En les attendant…

En les attendant, je passe d’une pièce à l’autre, je traverse presque les cloisons, rien ne protège, rien n’enveloppe, tout est papier, mousse, nuage, ils voient leurs meubles, leurs images, leurs heures d’or, pas de paroi pour les arrêter, pas de miroir pour les réfléchir, rien qui fasse douter leur rêve et je parlerai sans penser, récitant, portant mon regard au-delà de leur yeux pour flotter derrière leur tête, j’attendrai lorsqu’ils parleront et je répéterai leurs paroles pour qu’ils se sentent compris, il y aura une heure de mots et rien qui relie, ils s’en iront, deux d’entre eux reviendront en cherchant à remplir le vide. Je partirai ailleurs, près d’un autre champ.

Visiteuse 37

Je viendrai ici et puis il s’en ira. Je serai seule et la maison si grande qu’il n’y aura pas de place pour moi. Sans musique et sans mots, je fonderai. Il faudra des années mais je finirai par ne plus être. Les peintures auront passé, il y aura quelques taches sur le plancher, l’ombre des meubles sur les murs. Il y aura tellement de rien que nul ne voudra venir dormir ici de peur d’être aspiré. Ils refermeront la porte derrière eux sans se retourner mais attentifs au claquement du pêne dans la serrure. Les vitres seront cassées, les moisissures gagneront. Par plaques le crépi tombera. Les murs seront longs à s’effondrer. Même après le passage de la pelleteuse le vide restera.