il avait des trucs à faire, notamment écouter (lire plutôt) ce que Wajdi Mouawad dit pour son entrée au collège de France
il y avait de l’actualité – comme une addiction malsaine (est-ce un pléonasme ?) surtout quand on voit ce que proposent les chaînes dédiées – quelle(s) différence(s) y a-t-il entre la foi et l’addiction ?
d’autres choses encore afin de tenter une espèce de reconnaissance : mais désespérément l’entrée du lotissement demeurait vide, le jardin autour de la maison peuplé certes d’herbes folles ou qu’on dit mauvaises, mais à l’entretien assez lâche
j’ai laissé la ponctuation dans un coin, regardé par la fenêtre le plomb du ciel à venir (le plomb et ses longues traces dessinées par ses « années » et ses wagons )
ce n’étaient sans doute que des pensées d’agent désœuvré : il y a toujours quelque chose à faire pourtant, la mise en abîme de la dispersion par exemple (deux images par jour)
et puis non – un film pourtant les documentaires rarement – dans le sens qu’on aime – on a mis sept ans à le faire, celui-ci – le produire, le tourner, le monter le mixer – acharné – entêté – ils y sont encore, un carton de fin indique que deux cents personnes continuent de faire vivre le territoire et sa forêt – travaillent vivent jouent gagnent – l’hiver… ensuite, ces temps sont troubles (on tue dans les rues et cette tuerie est jugée légitime par des gens élus…) un refuge alors ?
cette maison transformée en cabane, voilà… et au fond de l’image, un jardin…
il était une fois une lutte de plusieurs années contre l’implantation d’un aéroport disproportionné (on pense au pont de Messine, au tunnel de la ligne Lyon-Turin, on pense à ces choses-là…) des dizaines d’années de lutte et puis, par l’État l’abandon
(un jour un type m’a dit, sortant d’une expo sur le film Jusqu’ici tout va bien aka La haine (Mathieu Kassowitz, 1995) : « de l’État j’attends rien qu’une balle« )
et de cet abandon on s’était réjoui
on avait ri
et on avait dansé
pas tant d’avoir gagné et fait plier l’État (justement) que de pouvoir vivre normalement de ce territoire qu’on aime : la forêt et ses alentours, les marais les étangs les champs les cabanes qu’on avait construites
mais
on fit agir la force de la loi
(qui est donc ce « on » ? mais c’est en notre nom à tous et toutes que force reste à la loi…) probablement quelque chose d’administratif comme il sait si bien le faire – qu’attendre d’autre de lui ?)
on se battit
du verbe se battre (et non plus bâtir) – on tenta de négocier d’expliquer
autant parler à un mur – le Mexique ? Berlin ? tous les autres murs ? exactement – 
on résiste, et puis
que faire contre cette force-là ? eh bien écoute, c’est vrai qu’ils ont détruit
et tenté d’annihiler les abris les constructions les maisons et les cabanes
pourquoi ? Simplement pour montrer leur force – inutilement – ils ont perdu, et l’État n’en est pas sorti grandi
bâtir à nouveau, ensemble
construire
un avenir propre
et sur les ruines de la haine
(car cet état-là haït ceux-là mêmes qui l’ont porté où il est)
des mains
des pieds
auprès de la terre
au plus près des arbres
du ciel de la forêt
vivre
la nuit
ensemble en paix
Rien de plus beau
Forêt Rouge un film documentaire et documenté réalisé par Laurie Lassalle avec l’aide de toutes ces personnes joyeuses et toujours en vie, aussi libres qu’on peut l’être, de Notre Dame des Landes

























Une réflexion sur « À eux toutes et tous »