Carte postale de retour

 

 

 

je dispose d’une version étendue du Bird’s lament de Moondog – elle dure unpeu plus de vingt-six minutes – je la fais tourner lorsque j’ai un texte à écrire, pour l’atelier d’été notamment – le temps passe, sans le moindre objet – à quoi ça sert ? Le train avait quarante cinq minutes de retard et des jeunes gens attendaient – deux filles plutôt blanches, l’une en rose l’autre en bleu, trois gars en noir et gris  plutôt métèques typés maghreb (ça baisouillait gentiment) – l’un d’eux sur une trottinette électrique tournait ici, emmenait une fille (la bleue) là – l’une d’elles (la rose) alla prendre en photo le panneau annonciateur de retard pour l’envoyer à sa mère « elle va me tuer » – l’un des types « sur l’appli le train est annulé  » – on attendait là puis il est arrivé tranquillement – un passage à niveau du côté de je ne sais où avait succombé au soleil – des places réservées, une climatisation rendant à la voiture un climat hivernal – l’arrêt à Surdon est maintenu – des gens comme s’il en pleuvait – c’était un treize juillet (et BC tapait les 84) il faisait sur le quai une chaleur estivale – on revenait de la mer – les bains, les promenades, les sables infinis, les horizons ouatés – les moules frites au cabanon – à disposition, une quinzaine d’images en travelling avant (en vrai, dix-neuf) – et l’apparition d’un arc-en-ciel qui propage la bonne étoile, le bon sens, l’avenir radieux – ces superstitions de l’enfance – je les pose, les dispose et les propose les unes des autres à la suite – la maison ne ferme pas pour l’été mais on ne connaît pas la fréquence de parution des billets – le soir suivant l’équipe perdait face aux Ibères, il y avait sur les trottoirs des centaines de jeunes gens emmaillotés de bleu et buvant de la bière, beuglant des « aux armes citoyens » – tous ensemble tous ensemble ouais – une pathétique horreur – en retard de trois quarts d’heure le train entra dans la gare Montparnasse – le contrôleur intima de poser des réclamations sur le site dont au micro il mâchonnait l’adresse (en italien le w w w se dit wou wou wou)  – le métro ne marchait pas non plus que le 96 – on avançait, les images étaient dans le téléphone on était en été il faisait si beau il faisait si doux disait la chanson – des images

 

 

 

(ce sera un) bel été – à vous

Monstres

 

 

 

c’est à dire que dans cette histoire on se demande qui donc seront sont ont été les monstres – des cirques déambulent, des artistes font leurs numéros – ça a quelque chose de miraculeux, et si par une nuit d’orage… des personnes et des personnages, il y a Cléopâtre et son Hercule, il y a Hans et Vénus – tout est dans le mythe, c’est-à-dire dans le cinéma – le numéro 264 de l’avant-scène cinéma traite du sujet, plan à plan (un travail d’il y a 45 ans) – la moviala des sous-sols de l’institut d’Art et Archéologie : le refus de travailler pour rien, je me souviens de la cinémathèque universitaire tenue par Caude Beylie – je me souviens des regards de Cléopâtre, de cette simple volonté de prendre l’argent là où il est – profiter de l’attirance qu’elle provoque – plus tard on fera le parallèle avec ce qui se passera dans le monde dans les dix ou quinze années suivant la présentation de ce film au public (c’est en 1932) – les débuts du parlant tout de même – le cirque, quel cirque sinon celui des sentiments  : peu de public, mais beaucoup de coulisses – des repas plantureux, des fêtes, de la joie – et puis en réalité, non, il n’en est rien – on s’attend toujours à ce que les choses se terminent bien, mais le fantastique comme genre inclue ces fins désastreuses – plus tard on entendra dire et on montrera des choses plus horribles encore (des morts-vivants, des zombies, des êtres maléfiques et pervers) mais le dernier plan de ce film-ci est d’une terreur absolue – je tiens l’image mais je ne sais si je la poserai – et comme il s’agit de la maison et qu’elle témoigne de ce qui reste de nous – elle témoigne de ce qu’elle veut et dont on lui demande de témoigner – j’hante ces lieux et les miasmes des histoires qui font agir la mémoire, l’imagination, le souvenir sont mis à contribution – par images donc

les coulisses

il ou elle qu’on revoit ici – Joséphine Joseph mi-homme, mi-femme

une troupe, des attractions, des êtres qu’on ne se permettrait plus d’exposer dans un divertissement – serait-il allégorique – tous et toutes dotées de sentiments

humains vivants

joyeux ou terrifiants

encore aujourd’hui, je me demande

ces gens, ces acteurs (souvent dans le rôle qu’ils et elles occupent au monde)

Freaks dit le titre original – Monstres donc mais en français La monstrueuse parade –  mais qui sont-ils, qui sont-elles vraiment ? Ici Hercule à droite de l’image (on reste dans les coulisses)

ici Cléopâtre

qui charme Hans

tandis que la promise de celui-ci s’attriste

ici les deux réunis (à la ville (- dans la réalité (?)) elle est sa sœur)

comment dire, un beau film ? Des volontés de suivre les Frankenstein et autres des concurrents, pour les dépasser : de l’audience d’abord – le box office sans doute – il semble que dans une version différente (je ne sais si elle a jamais été exploitée) ce sont les dieux eux-mêmes qui, par la foudre, punissaient Cléopâtre -j’ai dû lire ça quelque part (peut-être ici), mais d’où est-ce que ça vient, je ne sais – la nuit la pluie la vengeance

la solidarité

l’entraide

qui pourraient paraître comme des valeurs positives sont en un sens perverties – rien n’est simple – la terreur comme l’amour…

 

Freaks (La monstrueuse parade – Tod Browning, 1932)

Toujours pas emballé

 

 

le type est là, debout, il se peut qu’il fume mais fenêtre ouverte (les conventions s’appliquent plus sur les lieux de travail comme on sait) (ou pas) il attend patiemment la venue de qui que ce soit – il est là, il n’est pas encore quatre heures du soir, peut-être un rendez-vous – devant lui au delà de la pelouse assez pelée par les temps qui chauffent, le rond-point qui ne sert à rien sinon enrichir certain.es édiles et desservir ce lotissement, obliger le pékin (ou la pékine) à freiner sur la route des vacances ou du travail ou du domicile enfin sur la route – le type fume -attend – et la maison doucement s’enfonce dans le temps et les effrois du monde

 

pour tout dire, on n’y accède pas par la rive droite du fleuve (mais par celle de l’île, oui) – ce serait trop facile – et contre productif; très probablement : la logistique d’entrée dans un tel lieu impose sans doute aussi une plus grande surface libre – peut-être – nous étions là, nous en étions là et nous attendions à peine quelques secondes

(tu sais, comme il faisait assez chaud, je pensais à ces gens qui allaient mourir – de chaud – j’ai pensé ça parce que je savais qu’à l’autre bout de ce qui, ici, marque une entrée, à la sortie donc, se trouvait un hôtel où une nuit peut-être facturée dix mille euros – l’hôtel (climatisé, je subodore) appartient au même milliardaire qui a foutu dehors un certain nombre d’humains pour entreposer là ses articles de luxe) on entre donc, c’est couvert – on entend du bruit (il paraît qu’on intitule ça « design sonore ») pas désagréable d’ailleurs

c’est ainsi que ça se présentait

bien sûr tout le monde en avait un – je n’ai pas vérifié évidemment mais j’avais le mien aussi sinon on ne verrait rien

– c’est fait pour – les camemberts des années 70, les retours de plage les soirées diapos – nous n’étions pas si nombreux et on marchait là-dedans-outre le bruit, il y avait aussi l’odeur – on appelle ça « design olfactif » – j’invente à peine – on ne va pas aller dire que ça puait, tout de même non – mais il n’y avait rien de particulier, quelque chose comme de l’air (ce qui est nécessaire), une certaine fraîcheur – une odeur particulière ? non

on avançait là-dedans comme dans un moulin, les uns suivaient les autres et vice-versa – on pourrait sire j’y étais – j’y suis allé c’était gratuit (si c’est gratuit c’est que c’est vous qui payez : il est fort possible que dans ces mots et ces images, je sois moi-même agi par le dispositif) – depuis lors (ces images datent

 

du 23 juin dernier, ça ne fait qu’une semaine en gros – il faisait chaud, on abandonnait des bébés dans des autos qui grillaient au soleil et les bébés mouraient : ici même on se jetait dans les canaux et on en ressortait mouillés (ou on en ressortait les pieds devant, ça dépendait de la chance, sûrement) (tout pour casser l’ambiance hein…) – sur la gauche de l’image, l’agent qui regarde et sourit à sa machine

que dit-on ? standupper ? instrumentalisation ? influenceureuses basé.es à Dubaï ? où en est-on ? eh bien on avance – on aurait pu revenir sur ses pas, mais pour quoi faire ? – et on sort

des inscriptions tatouées au t-shirt –  bermudas, barbalakons, shorts queues de cheval débardeurs – tatouages oui tatouages à même la peau oui j’oubliai – dehors le ciel est doux ne pas regarder en face mais plutôt vers l’est

pont au change – les bateaux les gens l’eau du fleuve, panoramiquons voulez-vous ?

on peut dîner aussi, sur l’île par exemple (réservation obligatoire – ça ne fait pas de doute – compter 100 e par personne quand même hein)

par là – plus loin, ailleurs – que reste-t-il du pont ?

des embarcations passent, un avant-goût des vacances (les vacances, mais quelles vacances ? pour qui, les vacances ?)

bateau sur l’eau la riviè-re la riviè-re – en face il fallait s’en aller, on ne regardait que devant soi, la rue, les touristes, le quai – puis de loin (cette image-là n’est pas de moi – elle appartient au site de l’artiste) – on s’en allait

non, sinon, rien

 

ah si quelque chose encore, quelque chose bien sûr quelque chose d’autre quelque chose sans le moindre sens de circulation, de flux, ou de parcours – rien non, mais je me souviens

 

 

 

 

 

 

 

Quinze images, juste

 

 

nous ne faisons que nous entregloser disait (crois-je savoir) Montaigne en ses essais (je ne les ai jamais lus mais les garde pour quand j’aurais du temps – quand je prendrais ma retraite comme disait (probablement) napo le grand en partant de Moscou – et des choses à faire pour que vive cette maison notamment en étiquette – se regarder le nombril : considérez ceci comme une espèce d’auto-portrait (un selfie si vous y tenez) – je regardais le journal mien (plus ou moins) composé aujourd’hui de 2582 articles – sur la colonne de gauche non de droite, on trouve

un sibyllin Œ&M : série débutant par

en date du 11 janvier 2021 – je ne sais plus bien, j’agis comme je peux – c’est-à-dire que je me suis un peu trompé d’objet – je ne cherche pas les premiers items (ça a quelque chose d’un peu lassant, indifférent, peu original, fatigant) – en images seulement donc, pratiquement, (des objets, des images en séries) et les ami.es etleur premières apparitions

les premières incises et liens
vers l’Employée aux écritures (un type en costard devant une merco dans un show-room de la marque (l’immeuble a disparu)

vers gare du nord

Venise

il y avait aussi (mais c’était ailleurs, en atelier) cette image-ci du cimetière de San Michele, en quelque sorte le contrechamp de l’image précédente

petits métiers

j’aurais du poser les dates – j’aurais dû y faire attention – ou mettre des liens vers ces articles – mais non

Christine Jeanney

ombre chinoise et Brigitte Célerier pour le recensement des vases communicants d’alors

prunus

arbre rampal

Anne Savelli

Paris

parc de la Villette

et pour finir série bulgares

rien sur le cinéma alors ? Allez (avec un peu de danse dedans)

Pina Bausch

les choses sont tombées pendant le week-end – elles auraient tout aussi bien pu tomber ici où, parfois, les étiquettes sont nombreuses – une autre fois peut-être

Pas emballé

 

 

je revenais de la place Saint-Sulpice (je ne connais pas de Sulpice, mais en revanche je connais un Cloud) où se tenait le salon de l’estampe (auquel participaient Caroline Diaz et ses complices – à pied (on peut voir découvrir ces œuvres magnifiques pendant le week-end) j’en repose une en forme de signature

lorsque s’imposa

cliché qui s’en alla directement vers Christine Jeanney et sa collection croisant cette plaque

juste au même endroit où un matin des ordures fascistes (adeptes de merdella deux hommes, une femme) tuèrent de sang-froid Federico Martin Arumburu (ni oubli, ni pardon) (ces horreurs contemporaines, cette guerre larvée civile raciste) allons quand même malgré tout marchons croisant ces leds

(un travail en cours (TEC) – ce type de work in progress (WIP) dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissants, mais auquel la contrainte s’applique)au loin se trouvait la rue Dauphine –

oui, ah oui qu’est-ce donc – un enjoliveur détruit par le vent – je le sais, je vais avoir quelques difficultés à y trouver joliesse – mais je marche quand même

j’aime à cadrer ce roi, son panache et sa messe –  des touristes innombrables – et donc ceci

qui cache la deuxième partie de pont qui va à la rive droite – seule qualité : cacher un peu la propriété obscène d’un bernararno (la samaritaine ne lui a pourtant rien fait – comme au bazar de l’hôtel de ville, bientôt transformé en hôtel de luxe (les chiffres d’affaire en chute libre) appropriation licenciements : la ville perd sa vie) bon d’ici ça a le mérite de cacher un peu la prétention et l’opulence grossière du luxe qui s’étale

ça n’a rien de tellement esthétique, je suis passé sur le quai (une pensée à Simone et son Ivo – et au Jean-Louis neveu de Montand associé du roi lebo – vaguement une autre à Jules Maigret ses bières ses sandwichs : mais la brasserie du coin n’existe plus – ça fait un moment) autre point de vue, depuis le quai de l’Horloge

les parties blanches ont été emportées par le vent – on ira peut-être voir – ou peut-être pas – une espèce de dégoût et le milliardaire qui rentabilise ses placements – du pont au Change

ça vous a quelque chose (ça disparaîtra – on repense à l’emballage de Christo et Jeanne Claude – mais pourquoi donc avoir choisi ce pont-là ? il est neuf, le plus vieux de Paris et toutes les raisons seront valables, je ne me fais aucun souci – veux-tu savoir ce qu’il m’inspire ?

ah Paris…
De retour, en passant par la bibliothèque

une espèce de biographie de Bernard Wallet (lequel, parallèlement à Gérard Berréby et Allia, en un sens a pris la succession des « Champs libres » du roi lebo en créant Verticales)

 

 

la première des choses

 

 

 

black out sur le tennis, cannes, le dôme de chaleur et de Milan – affreux – en face se trouve la scala – osefpm – on reprend du service – sans changer le moindre mot – on avance même si le temps ne fait rien à l’affaire (la barre d’espace de mon ordinateur (de merdalakon, certes)  fait comme la touche du k : elle bloblotte (tout comme, d’ailleurs, le claviste, mais c’est une autre casquette) (on peut suivre les pérégrinations d’icelui en optant pour le mot dit clé « cerisier TEC ») : l’agent est là, debout devant sa baie (elle n’est pas sienne, mais) il est là, derrière à présent sa baie , il fume un clopo attendant le chaland – il faut bien faire quelque chose, alors il attend – pourquoi faudrait-il faire quelque chose au lieu de rien ?  l’agent attend

(normalement, les heures devraient s’afficher, mais) c’est le matin – la veille, la tondeuse a tracé sur l’herbe des allées laissant des massifs d’adventices (ceci emprunté à Jane Sautière – les mauvaises herbes poussent, la nature a horreur du vide etc. etc.) (6h19)

« c’est pas moi qu’on rumine et c’est pas moi qu’on met en gerbe » chantait le poète – il est tôt, il fera sans doute bon, le matin est un enchantement car le monde dort – enfin un certain monde, l’humain – on ne prend pas garde aux autres, ici, on scie la branche sur laquelle on est assis (on arrache les haies, on coupe les arbres, on épand des pesticides, on amplifie les récoltes, les rendements sont bons on remercie le ciel et on achète des machines énormes – l’affaire (ultra-libérale) est faite) – c’est un monde empli de paradoxes (7h14)

on posera les heures (c’estfait) – il est tôt, on lit, on boit du café on écoute les oiseaux s’appeler les uns les autres – on se dit que les choses devraient s’arranger, quelqu’un devrait venir (une femme providentielle tu vois le topo…), sous le cerisier il fait doux : on pourrait jouer aux sept erreurs (jacques faizan ou je délire ?) on a taillé lé cytise, on a sorti la table et les chaises pour déjeuner dîner apérotiser tranquillement – d’un côté du champ, c’est une question de lustres, on a planté des lilas, des cerisiers sauvages, deux bouleaux (mais le locataire en a coupé un sans s’en rendre compte – ses chevaux ont mangé un des tilleuls de l’autre côté – merci bien) ça repoussera dit-il – écœurement – des églantiers, un laurier : ça ne se voit guère (6h16)

de l’autre, même affaire (reconstruire la haie : l’image suivra) avec six érables, un chêne était là, un autre y est venu, un laurier sauce, un buis donné par la voisine de la maison au toit de chaume, une haie de benjès qui ne dit rien – un pin qui a cru pendant des années sur le balcon – un tilleul (au vrai, deux mais l’un d’eux a été tué par le locataire ou ses chevaux – ça repoussera, c’est ça oui) (ça a déjà été dit oui) (8h13)

rien n’est mis en scène, c’est en l’état – on emporte la table pour dîner sous la glycine – on attend Joséphine qui ne vient qu’à la nuit tombée (il s’agit de chauve-souris) on entend Huguette  qui parfois se pose sur le faîte de l’annexe droite cadre (ici une chouette) (j’avais une tante qui se prénommait ainsi – il est vrai qu’elle était d’alliance) (il m’arrive de penser à ma famille, ces nombreuses tantes, ces nombreux oncles, j’appelle mon frère (mes sœurs se taisent dans leur dix-septième arrondissement (le bon, certes)) – au puits on prend l’eau, on arrose on taille la haie tandis que le voisin pousse dessus parce qu’elle le gêne (un huit mai, il tailla toute la sainte journée ses haies, on lui en fit vers neuf heures du soir la remarque,  le type trouva pertinent de répliquer « de toutes façons vous n’êtes pas chez vous » ah la beauté des pensées de ce péri-urbain (et des actes : ça vote à 6 pour 10 pour l’ordure) (ah oui quand même) – il a pris son camping-car et s’est tiré)  on y met des tuteurs ou repousse on taille (7h34)

le matin, la première des choses

 

ici une vue de la haie sud (on n’y voit rien – au fond les frênes dont on se demande s’il ne faudrait pas se séparer)

et là quelques fleurs, pour la route

vivre ou laisser mourir

 

 

 

une des affaires qui occupe l’agent – seul devant son jardin mort, dans son lotissement bondé de rond-points (sur l’un d’entre eux (tout est possible), un jour, il y eut un type qui enfouissait là un livre, a-t-il semblé – les gens ont de ces lubies…), à une place particulière ou pas, peu d’arbres, peu de végétaux, goudron, trottoirs inutiles non pratiqués (une espèce de ville éloignée d’une trentaine de kilomètres de la capitale,  desservie par une autoroute à péage non empruntée) – cette maison[s]témoin qu’il n’entretient qu’avec les plus grandes difficultés (au fond, non, il ne fait que son travail, il peut même au besoin mettre un peu de musique, dans le frigo des sodas, dans le garde-manger du pain, dans la bibliothèque du salon des livres et sous la télé (certes, elle est factice, mais rien ne l’empêche d’en amener une vraie (mais est-ce que ça existe encore, une vraie télévision ?) des disques numériques polyvalents mais ça ne résoudrait rien) – une des affaires qui l’occupe donc c »est cette façon de dire faire vivre ce lieu : parce que un lieu, est-ce quelque chose de vivant, un animal, un être, un lieu vit-il ? L’homme (c’est un homme, parfois il s’agit d’une femme mais là, c’est un homme) est debout devant cette baie vitrée donnant sur le jardin. Au mur derrière lui, prenant toute la surface, une vue d’une plage palmiers eau tendre soleil clair et bleu du ciel – personne sur la grève – on pourrait entendre les oiseaux, le bruit du vent dans les palmes, le ressac doux et léger de l’eau presque tiède. L’homme est là, attendant le pékin : il se peut qu’il ait un rendez-vous mais le lapin est fréquemment posé, parfois au loin une voiture semble s’approcher et à un rond-point fait demi-tour. L’homme est là, un agent, une cigarette à main gauche, il attend que passe le temps passe son travail, sa subsistance, sa subordination, sa respiration, tout se tient, tout se ligue, tout avance dans le même temps et le même tempo. Tout à l’heure, il pleuvra peut-être. Dans la fin du jour, il fermera les volets électriques, coupera le courant et s’en ira.
Tout à l’heure. Et bientôt, il prendra des vacances

 

le départ est fixé avant sept heures – on se bouscule dans le hall, on recherche son numéro de voiture on présente son ticket électronique on assiste à la bousculade bienveillante (tout le monde est-il content de partir ? – moi je n’aime pas ça, sans doute parce qu’il faut revenir) à nouveau un numéro mais de place cette fois-ci – assignée – individuelle unique – le bagage – les annonces – le départ
Ça se déroule dans le Montparnasse-Monde, c’est quelque peu sous terre (sous jardin, pour dire le vrai). À main droite si on se trouve dans le sens de la marche, on croisera un arbre fiché entre des immeubles d’un jaune passé, et qui croît malgré tout. Il ne pleuvra pas encore – peut-être tout à l’heure (réellement vers Biarritz et consorts et même avant), mais pour le moment, ce sont les faubourgs étendus d’une Babylone comptant une quinzaine de millions d’habitants qu’on traverse (ça sert à quoi, et surtout à qui, de compter ?).
Doucement, puis plus vite et encore et encore.
Un livre, un sandwich ou des biscuits, de l’eau ou du vin (très rarement), on enlève parfois ses chaussures, l’aise se prend (la plupart des êtres de cette réunion assise (elles sont peut-être quatre-vingt, ces âmes-là, dans cette voiture-ci, ce plancher à moquette grand passage) la plupart ne lit plus mais regarde un écran (les tailles en sont diverses) et c’est ainsi que les petites lampes  serties dans les dossiers (coudés, angles vifs et cruels) se retrouvent obsolètes comme on dit maintenant – codm) on installe son dos, ses jambes,  sur la vitre l’organisme a fait écrire « fenêtre avec vue » ce qui est d’un ridicule achevé (mais l’organisme est très friand de ce genre de pratique) on nous annonce que « le barrista qui nous attend en voiture x se nomme Serpico (pourquoi pas Macadam ou Samouraï ? ) et nous propose diverses boissons chaudes et froides blabla » puis que le train passera par ici par là par ailleurs avant d’arriver en cette gare-ci son terminus – l’organisme n’est jamais avare ni d’annonce inutiles ni de pratiques ridicules – la vitesse de croisière sera atteinte, et donc on croisera la Beauce

voilà bien des années, c’était à Nanterre (c’était en mai – ce n’étaient pas les événements)

mais tonton n’était pas encore locataire du faubourg saint-ho

un type nous enseignait les outils et autres mis en exergue peut-être, en égide ou en scène mots et images par Leroi-Gourhan

André de son prénom – nous, c’était alors des étudiants de diplôme de cinéma – essentiellement critique – et pour valider cet enseignement (peut-être cela s’intitulait-il un certificat, c’est bien possible)

il devait y avoir quelque chose qui avait trait à l’outil de travail – j’ai donné à cette validation (obtenue sans la moindre reconnaissance par le type en question (on en attend toujours, quoi qu’on puisse en dire) – un prof d’anthropologie il me semble bien me souvenir, qui disposait d’un pavillon d’oreille chiffonné)

un tour personnel (j’ai toujours travaillé durant mes études – longues et à rallonges multiples) en prenant comme outil

l’un des premiers train à grande vitesse (ils étaient alors orange et reliaient la capitale à celle des gaules)

un peu plus de deux heures – arrêt à Dijon si je me souviens, ou si j’interprète

l’eau des chiottes en était bleue

il y avait déjà pléthore d’annonces, il fallait bien se tenir, ne pas trop bouger dans les voitures – j’avais des questionnaires à distribuer, je fais comment dis moi pour « ne pas trop bouger » ? –

les portes entre les voitures étaient plus faciles à ouvrir, c’est vrai, et il n’y avait pas de vent dans ces soufflets non plus que d’espaces où on pouvait voir les rails, les cailloux – en gare on pouvait aller à quelque besoin – trois cents à l’heure rendez-vous compte – il ne m’en a rien dit

ou peut-être cela s’intitulait-il « unité de valeur »

comme outil de travail j’avais pensé que c’était bien trouvé

ça n’eut pas l’heur de plaire je suppose – ça allait vite comme maintenant

mais je n’avais pas, alors, ni le temps ni l’équipement pour regarder et fixer, pour un moment de splendeur, à cette vitesse-là la sublime beauté du paysage

 

texte d’éparpillement (accessoire qui me fait penser ici à moby) qui fait suite au numéro zéro du carnet de voyage(s) #156 – lequel s’établira dans les jours à venir –

 

ces jours-ci, la maison[s]témoin tape les onze ans, le nombre des billets du bernard-l’hermite d’agent (premier article le 17 mai 2015) que je suis s’établit à (indique la machine) 434 (ça me fait penser qu’il faudra passer par la case « mettre à jour l’index« ) – est-ce vivant ? est-ce mort ? est-ce que ça s’érige sur des bases organiques ? on s’en fout un petit peu (osefu2p)

Carte postale

 

 

 

je ne sais pas mais parfois regardant ce jardin ça me désespère – rien n’y pousse, rien n’y change, quand il pleut il y a là un peu de boue qui se solidifie lorsque le temps se met au beau – parfois on aimerait crier « Y’a quelqu’un ? » mais c’est parfaitement inutile, il ne vient personne, la maison reste témoin de son isolement, plus personne ne veut investir dans ce genre de construction – c’est vrai que ça date, les murs mêmes se fendillent, le climat change et les hivers sont de plus en plus rigoureux – les étés de plus en plus chauds – et tu crois vraiment que ça suffirait à faire taire ce qu’il nous faut faire en sorte d’exister ? ici c’est un relais, l’agent est là, il fume sans doute une cigarette, regarde le rond-point qui fait face à la maison, le lotissement, les arbres chétifs (depuis dix ans, quand même, ça devrait pousser)(foutre non) (encore qu’il suffise de s’imaginer que oui – « tu ne peux pas imaginer » disait-elle) (entre la fiction de l’agent et l’agencement de la biographie c’est bien là que se tient la littérature ou la fiction d’elle-même)

alors le ciné ce sera une autre fois, j’ai manqué la séance – je pose juste quelques images qui me sont parvenues, celle-ci

qui vient d’Italie (merci à toi XG) (cette façon de ne mettre que les initiales a quelque chose de parfaitement abscons, comme pour anonymiser – ne le fais pas alors – eh bien non) cette autre du côté du rézosocio

(probablement un faux – c’est égal j’avance quand même – les images, quoi qu’il puisse en être ne sont jamais que des représentations – ni vraies ni fausses – elles passent par milliards – on s’en va, on s’en fout)

bah c’est juste au menu d’un restaurant aisé parisien – les mœurs contemporaines – pour se faire une idée (quelque chose de tellement vulgaire dans la divulgation des prix des choses, dans le montant de l’addition – dans la mesure – ça m’étreint et m’égratigne) –

ça c’est Paris – de la tour Montparnasse (dédicace à L’eaé) – un détail – la ligne verte borde le fleuve – mais qui peut y vivre ? (au presque centre le dome des invalides – elle vivait rue fabert un moment je crois disons de 75 à 92) tout ça est furieusement personnel (on ne dit pas ces choses-là – l’agent se laisse aller au journal) ici un gisant une gisante une représentation d’une représentation – une reine crois-je savoir – je vis cette statue de mes yeux un jour (mais est-ce bien une statue ?) en lecture pour l’atelier

et pour finir une miniature (entre le Tigre et l’Euphrate supposé-je)

(chacal essayant de faire fuir un lion (1427) volé chez Jhibay – mais encore aussi pour un obituaire (je ne le fais plus, j’ai cessé ces mémoires – le carnet d’atelier s’est refermé, avec ses diverses séries dont les fleurs qu’il faudra reprendre)

Dean Tavouralis (un chef décorateur de cinéma – notamment mais pas seulement des films de Coppola) mari d’Aurore Clément –  les voilà tous les deux en plan américain – plateau d’Apocalypse now dit le wiki –

et pour vraiment finir, pour en finir avec avril, alors qu’on entre en mai – une dernière image (mais la mer qui monte)

 

 

 

Enveloppes jaunes

 

 

 

je dispose de cinq images pour étayer quelque chose comme une démonstration, certainement pas une injonction et encore moins une influence comme on dit maintenant (codm) – je tiens aussi à m’amuser et l’une des meilleures façons d’y parvenir est d’aller au cinéma (la chanson Le cinématographe de Boris Vian m’anime toujours) – une enveloppe jaune arrive dans une boite aux lettres et toute la vie professionnelle s’éteint en quelque sorte – tout est à recommencer – les deux personnages principaux (elle, c’est Derya (Özgü Namal déterminée), lui Aziz (Tansu Biçer nuancé))

qui ici sourient à l’opérateur (ce n’est pas une image du film) affrontent cet événement avec des réactions un peu différentes – elle et il se doivent de continuer cependant leurs chemins (elle est comédienne, il est prof et dramaturge – tous deux travaillent dans un même théâtre national – et c’est de cette nation dont il est question : la leur comme la notre) – la vie se déroulait à Ankara (ou à Berlin, ou à Paris ou ailleurs encore comme New-York ou Bombay – ça aurait aussi bien pu prendre place dans ville&cinéma)) et voilà qu’elle oblige à s’en aller

on les accuse, on les juge

on les condamne – leur fille les suit lors du déménagement à Istanbul chez la mère d’Aziz (une femme formidable) mais le patriarcat où baigne toute cette histoire, et en un sens la religion, obligent à des comportements qu’on aurait tendance à éviter – c’est à notre dignité que ces religions et ces sociétés en veulent  (elle efface de son profil rézosocio des messages que le pouvoir trouverait compromettants – ainsi obtient-elle (happy end) un rôle dans une série très suivie proposée sur une « plateforme » honnie mais riche; lui va à la mosquée avec son (odieux) beau-frère comme s’ils étaient amis  ou du moins partageaient quelque chose comme la même foi : avec l’aide de ce sale type Aziz trouvera un emploi de chauffeur de taxi – c’est (sans doute) mieux que rien…) il leur faut prouver leur appartenance à ce monde fait de patriotes et de croyants…
Alors le couple a tendance à se fracturer – la famille semble tenir sous les coups répétés de cette société et la question se pose en sortant de ce film : que ferions -nous, nous, dans de telles circonstances (ici, à New-York, à Lagos ou à Tokyo…) ?

 

Yellow letters un film réalisé par Ilker Çatak (primé ours d’or au festival de cinéma de Berlin, 76° du nom)

(on trouvera un dossier de presse sous ce lien – se demander en quoi un lien a à être souligné, graphiquement métaphoriquement aggravant son importance)

 

ce qu’il y a c’est que j’ai quelque chose avec la Turquie et ses Turcs comme ses Turques – quoi c’est tout le problème – je crois plus qu’il s’agit de quelque chose avec l’empire (ottoman déjà probablement mais cette forme d’état) – depuis le voyage à Istanbul d’il y a à peu près quinze ans, ce passage Bosphore, ces îles cette mer de Marmara, ce défilé vers cette mer dite Noire – en faire le tour a été un moment une idée qu’il faudrait que je reprenne (au départ, il n’y avait pas de guerre en Ukraine sinon en son Dombass et sa Crimée ce qui fait déjà beaucoup) – les prétentions du tsarulet ex-nkvd/kgb/(quelle importance la façon dont on intitule cette police secrète) qui s’arroge tous les droits (ce générique du feuilleton Destination Danger, la part belle donnée par un Ian Flemming à ces agissements – des purs héros ? double zéro sept – des hommes, blancs et hétérosexuels et queutards finis (non pas Patric Mc Goohan) – on aimerait pouvoir en rire et demander, par exemple, à ce père et sa fille empoisonnés (Sergueï et sa fille Iulia Skripal) par les services de renseignements ce qu’il et elle en pensent – tant d’affaires irrésolues, de meurtres, d’exécutions de personnages gênants – ces trois femmes kurdes, assassinées rue Lafayette à Paris, les services secrets turcs : le type souffre d’une tumeur au cerveau, il meurt : tout est accompli – Anna Politovskaïa – tant et tant de mortes et de morts – ou de quelque chose avec les Kurdes (dont ce film parle : on voit le drapeau de cette nation (le Kurdistan, est-ce une nation ? comme la Kabilye qui tous les dimanches sur la place de la République à Paris, demande son autonomie…) qui comme le peuple auquel mon patronyme me fait appartenir subissent depuis des siècles des tentatives d’éradication (à cheval sur les territoires des Turquie Syrie Iran et Irak) – aussi bien le Liban… 

 

Cartes postales

 

 

 

cette image-là

©DP

qui date de plusieurs années (le voyage de l’ami Denis Pasquier † à Venise – dix ans sans doute – qui précédait celui de Lisbonne) ce genre de prise de bras, la canne le sac à provisions (le sosie de Claude Lévi-Strauss), les impers la calle et les gens au fond qui viennent vers nous (il n’y en a qu’un mais gens n’a pas de singulier), celui qui traîne son caddie – qui sont-ils ? des frères, des amis, des amants ? qui peut savoir ?

je les aime bien comme j’aime bien le livre où ils se trouvent – où l’image d’eux se trouve –  cette image-là que je garde qui renvoie (parfois) à Norma (ici je repose ce qui dans le texte y fait référence

 

non, ça ne débute rien, c’est de l’histoire ancienne comme on dit — il y avait aussi une histoire celle de ces deux vieux types qui marchent dans une rue (ça ne s’appelle pas une rue), à Venise, qui reviennent de faire des courses, un filet à provision, du fromage sûrement, une canne, une image faite par un ami mais l’important ça a été de se tenir, de marcher de cette manière sans but et toujours le même trajet, plus ou moins, et pour moi dans l’ombre de les suivre (et puis : avoir l’idée derrière celle première c’est un peu délicat – le roman, là, le « but » ou l’objet)

Pourquoi pas Venise lorsque les lumières s’allument ? (une chanson idiote comme il en existe pas mal) (ce sont les fontaines, et non les lumières) mais Venise oui, les lieux un peu en dehors des parcours courus – des chansons oui

(puisque c’est italique, je ne suis pas certain de laisser ces mots)
huit ans

une espèce de carte postale – il faut bien, cette autre d’un jardin

©NH

ou cette autre, plus proche ou plus éloignée (Cracovie ai-je cru comprendre)©EL

c’est peut-être à ce propos qu’écrivait mon ami

Je suis juif sépharade, né à Tunis, français de choix et de cœur, fils de Gilbert et de Jacqueline. Mon nom porte en lui une histoire vieille de plusieurs siècles — celle d’une famille juive du Maghreb, mêlée à l’histoire de la Tunisie, à celle de la France, à celle de ce siècle qui a tout brisé.

c’est d’ailleurs reproduit sans autorisation – mais osefu2p – le prénom de Derrida était d’ailleurs, pour l’état civil, Jackie, ce sont des faisceaux de signes sans autre importance qui s’interpellent – c’est aussi que le livre est devenu, sans doute depuis qu’on peut s’en procurer n’importe comment-un peu comme des yaourths ou du pq – une marchandise comme une autre – conso – on en voit jetés dans les rues qui gonflent encore l’immense gâchis que nous infligeons à cette planète (j’aime quand même savoir que certain.es les récupèrent – lien d’entreglose) – une autre encore

©EL

l’entrée d’une salle de cinéma de Bucarest – augmentée d’un fraisia jaune pour la route

©CJ

mais j’ai dévié – j’en étais à cette foutue édition et à ces écrits qui ne servent à rien (flattant l’ego peut-être mais sans autre forme de valeur dans l’hypothèse où  c’en serait une) – et puis cette halle de la gare d’Austerlitz aussi (ou l’ex-gare) (ces travaux incessants urbains bruyants refaire le monde à neuf à nouveaux frais nouvelles technologies si efficaces et pertinentes)

© GZ

voilà quarante ans se tenaient ici les bureaux de son éminence (vaguement abjecte) le directeur du projet de bibliothèque de France (alias très grande bibliothèque maintenant revue à la baisse en dédicace à celui qui la voulut – quatre-vingt-trois et le tournant de la rigueur… qu’est-ce que ce monde ?) – il faut respirer, continuer, marcher avancer se battre avec détermination – et puis cette dernière

© DT

Merci à vous