Carte postale du jury

 

 

 

 

j’avais l’idée d’une autre chose, mais c’est l’actualité (de laquelle on se gausse comme de notre première quenotte) qui domine la semaine journée (hier 17 mai, en ouverture, le discours)  quinzaine (c’est Cannes) – le président du jury (nommé fraîchement d’ailleurs) (on ne sait plus rien avec ces affaires d’épidémie, pandémie, max pax taxes – on ne sait plus rien prévoir) (le monde est quand même bien fait t’inquiète) a discouru – mis ses lunettes aux verres légèrement teintés – il portait un smoking aux revers pointus (pas très seyant si tu veux mon avis – c’est sans image de lui désolé) (mais enfin tout le monde (?) le connaît, je subodore) cravate noire – le voilà allez

OSEF aussi – mais le discours m’a plu – les images qui suivent sont les plans de coupe (on entend Vinz parler en voix off – on dit – il y a aussi des plans de loin, pour capter l’attention du téléspectateur – parce que la télévision a besoin de capter l’attention du téléspectateur (tu te souviens de l’ordure qui parlait (dieu ait son âme) du « TDCD » – fuck off) c’est de la télé (à éviter c’est pour ça que j’en mets un peu ici, on n’en voit jamais nonplus) (vaut mieux éviter, ça n’embaume guère) – les plans ne peuvent durer plus de quatre ou cinq secondes – ceux sur lui un peu plus – il y avait (c’est sans image non plus) Virginie Efira (ex de la télé) qui faisait la potiche (désolé) cette tristesse de mise en scène c’est à pleurer – c’est la tradition (et le discours en était aussi empreint) il y avait donc plusieurs sortes de respiration : on avait droit donc au discoureur président du jury – donc bon – à d’autres plus larges où le président présidant préside comme de juste et parle et la potiche acquiesce – aux plans large de la salle amphithéâtre où ça devait être deux ou trois mille pékins

(plan à la grue tsais)

tous plus ou moins achalandés en robes de couleurs strass vrais diamants ou smokings du même métal (l’année dernière Spike Lee (président d’alors) en avait revêtu un rose – on fait ce qu’on peut) (Ladj Ly noir de peau comme on sait porte un smoking blanc) et aux images dans un ordre peu chronologique (on doit à la vérité de dire que l’affaire est réalisée en direct – comme dans un match de foot) (c’est sur un chaîne de « service public » (ça ne veut plus rien dire) elle se nomme deux – la chaîne payante a cessé de se faire braire à financer ce genre de rigolade j’ai l’impression)

Et donc ici les plans – du jury long métrage – il y a d’autres sections, et il y a des marchés et il y a des présentations et il y a trois ou quatre mille journalistes accrédités – des chambres d’hôtels à 500 minimum la nuit – des repas à 100 – pas pour n’importe qui – la populace regarde passer les véhicules sportifs mais utilitaires derrière des barrières – on laisse ce monde travailler – le tout est sponsorisé afin de réduire les impôts – il y a certainement un budget qu’il faudrait regarder pour se rendre compte – c’est le cinéma – la crème au moindre film valant son petit million – bienvenue dans le Var – c’est en Provence Alpes Côte d’Azur – on peut venir en avion, par Nice) (cool))

  1. Les membres dudit

large

(les sièges sont en or – celui du président est vide – je t’explique : quatre femmes actrices pour six hommes (un acteur, cinq réalisateurs) – l’honneur paritaire est (presque) sauf) (cependant sur cette image-ci (elle est d’avant hier – repas à la cantine du soir)

qui lève le bras, gauche cadre le délégué général Frémaux) (jury dans son jus – débraillé – enfin détendu, soyons charitable) (qui manque-t-il ? l’une des deux en robe blanche – je pense l’actrice italienne Noomi Rapace)

ou rapprochés

ici l’actrice Jasmine Trinca

là l’actrice Deepika Padukone

et là le réalisateur Ladj Ly (neupape noire chemise noire) (c’est con on voit pas Ashgar Faradi cravate blanche sur chemise blanche j’ai l’impression) 

ici l’actrice Rebecca Hall

2. les membres du public

large

ou rapprochés (pour la palme d’honneur, Forest Whitaker)

ou pour j’en sais rien

est-ce tout ? encore un

 

non c’est juste pour dire – je ne reconnais que quelques visages et puis on s’en fout un peu – le cinéma n’a pas vocation à révéler les vrais visages des vraies personnes non plus – d’ailleurs, qui sait si ça peut exister ? – et d’ailleurs encore, quelle est la vocation du cinéma et en a-t-il seulement une autre que celle de brasser des affaires ? – c’est trop d’honneur pour cette industrie qui ne demande qu’à briller – elle brille, elle brille

Je pose ça là – je retourne au cinéma voir des vrais films

 

 

Toute une nuit

 

 

y penser donne un léger tournis, un milliard et cinq cents millions d’âmes conduites (conduites ?) par un autocrate abject (les diverses exactions de ses partisans font froid dans le dos : des milliers et des milliers de morts au prétexte religieux demeurent et pour toujours sans doute impunis – c’est le cas ailleurs mais oui : bienvenue sur terre…) je te montre juste quelque chose de magnifique

(taxée dans un organe inqualifiable, peut-être, mais image quand même en disant un petit peu long : reçu par sa sainteté durant un repas privé (d’affaires) trois heures – epr plus armes) – qu’importe le flacon…


Il s’agit d’un film composé de centaines de plans apportés d’ici de là par les élèves d’une école de cinéma et de télévision — ça se passe en Inde, à une centaine de kilomètres au sud de New Delhi si j’ai bien compris – FTII Film and Television Institut of India – à Pune – ça ne va rien dire mais tant pis : là juste pour se faire une idée

on s’en fout un peu ? bah on aime les cartes, on aime le monde (pourtant…) – c’est un film où une voix d’on ne sait trop qui (L. est-il vaguement argué) (une femme) (Buhmisuta Das – peut-être la compagne de celui qui signe l’image, Ranabir Das) parle en off comme on dit – on ne la voit pas à l’image, ou du moins on ne sait pas qui elle est : elle lit des lettres qu’elle a écrites (croit-on) à son amoureux qui a disparu (il fait sans doute partie de ceux qui, tout à l’heure, ont disparu victimes des horreurs valorisées prônées demandées souhaitées ordonnées par ce Modi Narendra (maudit, oui) (enfin, j’interprète comme on sait)) tout à coup, elle ne l’a plus vu (il faisait partie d’une autre caste qu’elle, il n’y avait pas d’amour à ressentir pour elle – ou l’inverse : ces choses-là sont, comme le monde, vieilles et usées)

Et donc, il est arrivé un moment où ces étudiants en cinéma/télévision/images animées ou fixes se sont mis en grève (le pouvoir avait nommé, en 2015, un an après son accession au pouvoir, un de ses affidés à la direction de l’école – ça dit quelque chose ?)

un moment où le pouvoir a réprimé, durement, ces manifestations (ça te dit quelque chose ?) – on ne possède pas trop d’images du film (un dossier de presse – des images fixes) – on avance un peu dans l’ombre, le flou beaucoup

lancinante est la voix, et les images assez peu élaborées – impressionnistes peut-être si on veut aller vers leur valorisation : ce n’est pas nécessaire, elles parlent et en disent long, comme la voix – ce sont des juste des images comme disait l’autre – un long plan débute le film, une fête quelque chose de gai, les gens dansent boivent rient jouent

mais je ne l’ai pas trouvé – ça ne fait pas tellement grand chose, non plus, les jeunes gens qui s’amusent, et fêtent quelque chose, un anniversaire, l’obtention d’un diplôme, quelque chose qui aboutit (« c’est comme ça que les choses arrivent » disait je ne sais plus qui un poète, je crois bien) (non, une voix off) et il y a une musique, électro funk ? peut-être quelque chose qui porte à danser

des images, des mots, des sentiments

un pays lointain, l’Asie, l’océan qui porte le nom du pays, des humains pas si différents, tellement semblables – on aime la liberté, qu’on soit d’ici ou de là – et un flux d’images montées les unes à la suite des autres, qui nous parle tellement de ce qui a été ressenti – un système, une façon de contrôler les âmes justement – les humilier, les haïr, les faire disparaître (ça dit quelque chose) – il faut aussi expliciter les conditions de production, ce n’est pas spécialement un film de fiction non plus que documentaire, c’est un film qui indique une direction (la liberté, la joie, l’amour aussi bien – mais en creux) et qui s’y tient – il y a quelque chose de merveilleux dans le cinéma, quelque chose qui indique un chemin qu’on en soit ou pas conscient – il n’est pas innocent qu’il soit réalisé par une femme, si tu veux mon avis (il ne m’étonnerait pas qu’il en soit de même de l’image et du scénario) (on s’en fout : quoi qu’il en soit, ce sont jeunes gens, et comme ailleurs – ici par exemple – il me semble que cette idée soit fondée et défendue – une espèce de relève que j’aime à saluer)

des images des mots de la musique : invincibles (j’adore)

Toute une nuit sans savoir, un film de Payal Kapadia
co-scénariste qui a écrit, avec l’auteure, les lettres dites : Himanshu Prajapati

 

 

les dessins et les images sont tirées du dossier de presse (probablement glané chez le distributeur français du film)

Riace, Calabre

 

 

 

à Becky Moses

 

un de ces jours, il faudra faire en sorte que ce qui se passe en maison[s]témoin ne parte pas sans index – j’y pense depuis un moment sans parvenir à résoudre cette possibilité – mais un autre index (me) devient nécessaire (les nécessités aboutissent toujours à un travail d’ampleur inattendue mais devant le clavier, assis au chaud (blanc hétéro pacsé retraité sans doute dans le statut social) (enfin de multiples avantages, disons) l’inspiration de celles et ceux qui  font réellement quelque chose est toujours porteuse – il me semble – en tout cas je fais en sorte que – j’écris pour que le temp passe – lequel, ce faisant, me conduit où tu sais – je n’ai pas vécu de guerre, dieu merci (comme disait mané) ou j’en sais rien je veux dire : dieu ? merci ? j’en sais rien – je préfère sans doute écouter une chanson (par exemple « I’m on the dark side of the road »  qui me fait faire retour sur la vente de ses chansons par Bob Dylan –

bon le 25 avril marque une date libératoire du fascisme (1945) fin de la guerre en Italie et le reste aussi – ne pas oublier, et les ami.es Portugais.es aussi – un bien beau jour qu’aujourd’hui – 

– ce monde, ce monde-là, celui du divertissement sûrement, comme ce que je fais ici) (je me divertis) mais faisant connaître si ce n’est fait encore des personnes pour qui le monde compte (comme pour moi) – manière de résister, certainement, aujourd’hui que l’ordure brunâtre s’est à peine éloigné – ce racisme répugnant porté par une presque soixantenaire (née le 5 août 68, ça ne peut pas s’inventer) fille de tortionnaire et de voleur – que le sensiblement égal en plus hypocrite en a repris pour cinq ans – aujourd’hui donc vingt-cinq avril débute une façon d’hommage au travail accompli en Italie par Domenico Lucano condamné par la justice de son pays mais surtout par la raison d’État, lequel est tenu comme depuis un siècle (un siècle…) par le fascisme le plus immonde – les choses changent ? je n’en ai guère l’impression… (dire que je vais émigrer un jour, inch allah (comme diraient quelques ami.es) dans le nord de cette péninsule…) n’importe : l’affaire se déroule quelque part par ici

un peu à l’ouest de Monasterace Marina, un village, à quelques kilomètres de la mer (une extension dudit, Riace Marina montre son image

) par là

j’y suis arrivé par l’est, et dès que je l’ai vue

on la discerne à peine, droite cadre, presqu’en haut de la colline, semblant abandonnée

plus près

rapprochée

j’ai pensé qu’elle pourrait être pour moi – j’étais dans un état d’esprit procuré par le livre de Mimmo, le maire de Riace : Grâce à eux, Comment les migrants ont sauvé mon village (Buchet Chastel, 2021),lequel se termine par une évocation des chèvres

nombreuses semble-t-il dans ce si beau pays, si désolé – on voit ici, droite cadre, le chevrier de dos

j’allai voir ce village non pas en touriste (je n’aime pas le tourisme) mais en éclaireur – je me prépare à émigrer (je dois dire, peut-être ici, en cette maison, que mes premières années sur ce monde, se vécurent sous l’égide d’un aphorisme qui m’est resté « la valise ou le cercueil » qui s’adressait plus aux pieds-noirs et autres harkis du pays voisin, je reconnais, mais qui m’a marqué que je veuille ou pas) j’irais en Italie, il y fait plus doux (j’aime ma liberté, peut-être irais-je en Grèce, une île – je rêve – je me demande – j’élabore – j’imagine) j’entrai dans le village

dès l’entrée cette brouette (jte rapproche)

m’affirme que oui, il y a du boulot, du travail à faire, ainsi que dans la première maison repérée – le village, ici, dédié aux saints Côme et Damien qui lorsqu’on les fête (du 25 au 27 septembre) intiment aux habitants d’ouvrir leurs portes aux pèlerins – le village

qui un jour (le premier jour du mois de juillet 1998) vit arriver, en son extension maritime (Riace Marina), venant de Turquie un voilier parti le 24 juin, cent quatre-vingt quatre personnes à bord, toutes kurdes de nationalité, syrienne, turque, irakienne, iranienne.

Voilà près de vingt cinq ans : le sud de l’Italie se paupérise, les mafias pullulent, les réfugiés sont esclavagisés dans des conditions ignobles, voilà vingt cinq ans (au moins) que ça dure – à ce moment-là, Mimmo Lucano pas encore maire (mais presque) , aide à les accueillir, dans la tradition, simplement, de son village. Ils et elles refondent la vie sociale grâce à leur travail sur les maisons inhabitées et abandonnées : on en recherche les propriétaires, on leur demande l’autorisation de remettre en état leurs propriétés, ils acceptent et en échange permettent d’y vivre, on y travaille et les choses se passent. Normalement c’est à dire humainement. Il y a moyen d’espérer.

Ici l’arbre devant la mairie

Les habitants du village élirent Mimmo (Mimmo le Kurde…) maire. On mit en place des nombreux dispositifs pour aider ces « damnés de la terre » que sont les réfugiés de quelque pays que ce soit. Et puis comme on sait en Italie, le fascisme est toujours un peu dans sa position naturelle : il rampe. Vint l’abject salvini, un de ses affidés mit en examen Mimmo du fait de son manquement à l’administration du village : il avait signé un papier aidant une réfugiée à rester en Italie (je pense souvent à la vallée de la Roya (j’y ai travaillé un temps à enquêter le petit train qui relie Limone à Vintimille) et à Cédric Héroux qui enfin est lavé des accusations iniques portées contre lui). Condamné à 13 ans de prison, l’ex-maire (il a été défait aux élections) a fait appel ici, en France, on attend son procès. Et il n’est pas question de laisser faire : ici on exprime notre entière solidarité avec cet homme magnifique   

Le livre s’ouvre sur l’histoire de Becky Moses, qui est morte brûlée vive dans le bidonville de San Ferdinando, de l’autre côté de la presqu’île, là-même où se déroule la trilogie de Jonas Carpignano, cinéaste lui aussi impliqué dans l’accueil et la vie des réfugiés (son dernier film, A Chiara chroniqué ici). Ici aussi l’article lui est dédié : j’ai cherché

le cimetière: cette route sur la gauche de l’image y monte. J’y suis arrivé

il est dit dans le livre de Mimmo « le souvenir de Becky est avec nous pour toujours. Elle repose au cimetière de Riace, entre les niches de la rangée la plus haute: pour la voir, il faut regarder le ciel ». Juste là.

En redescendant, j’ai croisé ce garçon

qui travaille peut-être à rénover cette maison

(ces deux images datent, selon le robot (

dont j’ai trouvé aussi une image) de 2009) : la maison a cet aspect dix ans plus tard, au 22 de la rue du saint Esprit (via Spirito Santo)

J’aimerais bien demander à Mimmo comment s’appelle le type qui l’a rénovée. Je suis certain qu’il le sait. En tout cas, ça ne fait rien, ce qui est fait est fait et il fait parfois beau en Calabre. En partant, comme dans l’épilogue du livre (et comme au commencement de ce billet), j’ai croisé à nouveau ces chèvres

le chevrier et ses trois chiens blancs

Cet article, pour le 25 avril 2022 et la maison[s]témoin (zeugme), en l’honneur de tous les réfugiés du monde et de tou.tes celles et ceux qui les accueillent. Ici même paraîtra, dès que possible, l’index des noms propres et des lieux cités dans le livre.

 

 

 

 

 

épisode 21 – jardin

 

 

 

Il y avait un jardin attenant à la maison

il y a dans les projets l’un d’entre eux qui se nomme VIVRE sans majuscule qui est censé paraître (ou apparaître) le jour des quatorze lustres de l’auteur (quatorze lustres, c’est long – et ça passe comme un rêve) – ici il s’agit du jardin des lustres deux, trois et quatre – ça s’arrête à un moment – c’est autobiographique mais on s’en fout, il s’agit de la maison – contre le mur de briques qu’on verra sur la droite des images rebondissaient les balles jaunes ou blanches de tennis frappées pour l’exercice dit « du mur » – le tennis oblige à cette discipline – au fond de l’image, la maison des B. aux tuiles rouges, le père conduisait une merco 200 diesel voyageur représentant placier en quelque chose – je ne sais pas je n’ai jamais su – j’écris ce billet pour rapprocher le souvenir, je pose sur la platine Patti Smith et son « Horses » dont j’aimais tant l’écoute vers la fin des années 70 – si tu préfères

c’est une affaire entendue, classée terminée – on n’a rien oublié – ou du moins on ne sait pas ce qu’on en a oublié – ça se passe là

ici c’était en juillet 2008 (indique la référence) – en réalité (je ne sais pas trop ce que ça peut bien vouloir dire réalité mais ça ne fait rien)  j’étais en train de me dire deux choses : d’une part, que au toit de cette maison dans laquelle je vécus des années cruciales de cette vie (toutes les années sont cruciales), il y avait ici une lucarne – sur ce pan de toit  (alors qu’il en était une d’un des trois autres greniers qui composait l’étage (outre les chambres de mes deux sœurs) (les fenêtres des chiens dits assis) (on a du la virer mais on a posé des vélux (3) aux autres greniers –

ici ce sera en mai 2011 (haie mieux taillée, arbres assez nombreux – on aperçoit au fond la maison des B.)

de mon temps comme disent les vieillards il n’y avait qu’un seul poirier au milieu de la pelouse, lequel ne donnait rien sinon des fruits comme le bois durs – peut-être est-ce l’un d’entre eux (août 14) qui dominent les autres ?

les fenêtres n’étaient pas de cette eau, ici elles semblent ne pas s’ouvrir sinon en glissant dans leur plan – j’agonis ce genre d’ouverture – ça tombe bien, je m’en suis allé de ces lieux en soixante treize (juin 15)

je n’avais pas vingt ans – le volet à peine entrouvert au premier sur l’image précédente est celui de ma chambre (ex-cuisine, ex-chambre verte – vaguement le sentiment d’avoir déjà déployé cette géographie ici) – haie furieusement bien taillée avoue quand même

juillet 2017, l’un des troènes semble fatiguer – mars 2018 :

décidément on ne verra personne aux fenêtres, on ne verra personne au jardin – on s’en fiche un peu c’est vrai – parfois l’idée revient de m’y rendre, de sonner, de dire « bonjour j’ai vécu ici de septembre soixante à juillet soixante-treize, vous permettez que je regarde comment vous avez arrangé le bazar ? » – juin 2019

en face vivaient les propriétaires (image d’ouverture: la bâtisse de droite mansard et compagnie) tu te souviens de madame Thomas ? elle a passé l’arme à gauche dans les années d’alors – une vieille femme assise à sa fenêtre, la mère de l’huissier ou du greffier enfin quelque chose on s’en fout – (quelque chose de la justice et du droit – quelque chose de propre sur soi – aisé) (on se fout de pas mal de trucs j’ai l’impression, non ?) (c’était il y a longtemps, c’est vrai) – janvier 2022

à peine quelques mois – le troène est malade, les automobiles (électrifiées ces temps-ci) la haie le mur les greniers – et les arbres qui croissent…

 

j’ai oublié, je me vois assez bien cependant y retourner, marcher dans les rues, emprunter celle-ci qui monte – je l’ai fait un jour, dans les années du début de ce siècle, alors que j’avais l’intention, ou simplement l’idée, d’entreprendre avec son épouse, quelque chose sur le voyage de Y. en voiture et au Pakistan à la fin des années cinquante – et puis les choses ont semblé partir et s’éloigner, l’épouse de Y., ainsi que lui en deux mille, s’est éteinte – avril ne pas se découvrir (j’entends bien que le moment n’est pas aux réminiscences, remémorances et autres souvenirs perdus) (le moment est abominable et je me réfugie, probablement, loin dans le temps, loin aux moments pourtant où attentats crimes meurtres et tortures étaient tout autant légion qu’aujourd’hui – la guerre est certainement le fait le plus récurrent de l’histoire des hommes – j’entends bien) – non ça ne fait rien – un raku parfois peut se revêtir de fils d’or – on aime à le savoir – pour ne pas oublier
par ailleurs et dans le même contexte-mouvement-exercice et la même volonté difficile à assouvir, on a à proposer à la revue DIRE quelque chose – on a carte blanche – alors pourquoi pas le premier chapitre de VIVRE ? – tu sais quoi, je me demande mais je continue dans le rouge quand même (celui des brigades)

 

c’est sans le savoir vraiment, mais ça ne me gêne pas et ça  continue l’épisode 10 du raku

Deux amies

 

 

 

 

juste regardé ce film hier soir (c’était mercredi je crois) – et connaissant déjà les deux réalisateurs pour en avoir apprécié une des œuvres (ici, en cette maison[s]témoin même) (ils n’ont que deux films à leur actif) – dans des dispositions semblables il me semble (la guerre dans son horreur civile militaire et humaine – tristement semblable toujours à elle-même) (aux portes de la Pologne cependant on trie les réfugiés, noirs d’un côté blancs de l’autre – on avait déjà fait pression pour d’autres réfugiés, d’autres exilés, d’autres malheureux qui n’avaient pas la même couleur de peau – les Polonais comme les Hongrois ou d’autres de ces obédiences se servent de l’Europe comme d’un bouclier raciste – et l’immonde du Kremlin (lequel finance ici même l’abjecte fille du borgne) fait semblant d’être du bon côté de la morale) (je m’égare un peu mais dimanche qui vient, on passe aux urnes : on a des choses à faire, et d’importance – quand même le piéjacons de ma jeunesse se fait entendre, au loin) – juste regardé ce film, ça se passe en Géorgie (où l’immonde a déjà tenté et réussi quelques annexions – combien de morts, de blessés combien ? et même le compte, qu’en faire ?) (on ne va pas laisser tomber, mais les bras en tombent souvent – simplement la paix serait trop demander – impossible…) ici non plus, il s’agit de l’histoire de deux jeunes filles, quatorze ans, brunes toutes les deux, amies dans la même classe à l’école – il s’agit du passage de ce rôle plus ou moins d’enfant allant chercher le pain à celui d’adulte plus ou moins mariées…

Deux jeunes filles : à droite Eka (Lika Babluani) et à gauche son amie Natia (Mariam Bokeria)

(au moment du tournage elles ont dans les quinze ans) amies

à l’école ensemble (l’école était présente dans l’autre film aussi – et je crois bien cette Lika aussi (il me semble) (c’est ça en effet) – ensemble pour en revenir

ensemble pour s’amuser et rire

rentrer sous la pluie ensemble

danser parler

l’amour de Natia pour ce jeune homme

Lado (Data Zakareishvili) qui lui offrira

en cadeau (allô Sigmund?) (non, mais ça va) cette arme à feu « c’est pour toi » lui dit-il – afin qu’elle puisse se défendre – qu’elle la protège – (à la guerre comme à la guerre est-on tenté de penser mais le film se passerait en 1992 – il se déroulerait à Tbilissi – sorti en 2013 dix ans après la révolution des Roses) – le film raconte les difficultés pour manger simplement

mais elles passent un peu à l’arrière plan

encore que le pain reste une espèce d’arme, aussi

même si ce « on crève la dalle » semble mensonge. Non, tout est lié : Natia est aimée d’un autre (le type du milieu, Kote (Zurab Gogaladze), ici, avec ses quatre acolytes) (il se trouve au milieu de l’image, il ne fait pas partie spécialement d’un certain « milieu »)

et quelque chose échappe ici : ce groupe de jeunes gens, à peine plus âgés que les jeunes filles, s’arrangent bien qu’elle le refuse

dit-elle – pour enlever Natia et lui faire épouser (crois-je comprendre) de force donc semble-t-il le Kote en question… ce qui révulse son amie Eka

Un vieillard la fera taire à coups de poing.
Obscur côté des mœurs, j’imagine… Et le mariage a lieu, qui donne l’occasion au film de montrer Eka

probablement assez libérée de ces contraintes pour danser et faire rire et mimer peut-être une parade, nuptiale et probablement traditionnelle

moment magnifique qui fige dans la réalité ce mariage plus ou moins forcé… Je ne sais pas, mais la relation qui unit les deux amies a quelque chose de sublime (le film entier est sous cette qualité – c’est seulement dans ces conditions que le cinéma confine à l’art) – d’autres éléments le constituent que je tais mais il montre ce passage, ce gué, ce seuil franchi par ces deux amies entre l’enfance et l’âge adulte – peut-être plus du point de vue de Eka

et cette espèce de maxime qui clôt ce film… c’est à ne pas croire

 

 

Eka et Natia (le titre géorgien : Les longues journées claires; le titre à l’export In bloom (soit En fleurs) ) un film de Nana Ekvtimishvili et Simon Gross (2013)

 

 

 

 

 

maison bleue

 

 

ce n’est pas un problème mais une astreinte (c’est aussi ainsi qu’on identifie les personnels qui sont de garde certains jours fériés dans certains établissements) (un peu comme pour les farmacies – à ce propos je ne parviens à joindre le notulographe et comme il a des problèmes de santé et d’équilibre ces derniers temps, j’espère que ce n’est que technique- anéfé ce n’est que technique) (j’aime pas trop ce genre de mood – ça va mieux) j’ai gardé quelques images parce qu’en cette maison, elles vont et viennent au rythme de l’envie du rédacteur (l’agent est d’astreinte, le mercredi en général)

(il aime le cinéma, certes – à ce propos on peut voir ce « De nos frères blessés » (Hélier Cisterne, 2020) qui nous parle un peu de l’Algérie au milieu des années cinquante – une chronique de la vie de Fernand Iveton, et de sa mort par décapitation sur ordre de l’État d’alors (président Coty, premier ministre Mollet, garde des sceaux  Mitterrand : la honte) – mais aujourd’hui il pleut, je n’ai pas le sens de la critique – sans doute suis-je dans une proximité trop contiguë de cette guerre – des images plutôt et d’abord celle-ci pour en (provisoirement) finir avec ce film 

on le voit là (en vrai) avec son épouse, Hélène (elle tient un place forte, dans le film)

– mais pas du cinéma tout de suite : ici Ernst Lubitsch qui pose gentiment avec Jeannette MacDonald

ce qu’elle peut se permettre de faire des (ou aux) hommes, sans doute (duo avec Maurice Chevalier dans le « Aimez-moi ce soir » (Rouben Mamoulian, 1932) y’avait aussi Mirna Loy…) (c’était pas non plus ce qu’elle a fait de mieux) (quant au maurice.. passons) : ça ne nous rajeunit pas : près d’un siècle…) –  non mais on s’en fout pas mal – l’important c’est aujourd’hui, maintenant  et aujourd’hui – mais le propre de cette rédaction c’est sa dispersion – ici une image d’une image de pose

c’est que comme tu sais j’aime beaucoup les actrices (Françoise Fabian, par exemple à cause de l’Algérie, sans doute; Nicole Garcia à cause de son balcon sur la mer – pour ce compartiment du jeu, je veux dire – le Maghreb en gros) ici Jodie Foster parce que j’aime comme elle est, et ce depuis son premier (grand – elle avait 14 ans…) rôle dans Chauffeur de taxi (ça vous a un drôle d’air, traduit hein) (Martin Scorcese, 1976) – mais ce n’était pas exactement le sujet ou l’objet du billet – c’est la crainte et la tentative de ménager ce qui peut arriver dans le monde, la vie, qui m’agit  –

un passage sur les traces de Dreamland Virtual Tour  dans une ville, Birmingham (c’est aux États, en Alabama – l’un de ces états du sud qui adorent le racisme le plus éhonté) (ce n’est pas le propos non plus, mais ça a tendance quand même à écœurer – un peu comme celui qui œuvre aux frontières est de la Pologne – cette pourriture ambiante mais humaine, qu’est-ce qu’on peut faire, sinon se battre contre elle ? ) (pardon, je m’égare) alors c’est au 1801 avenue F que ça se trouve

(à droite part l’avenue, à gauche la 18ème rue) – immeuble de briques rouges, image de 2009 – puis 2011 (rien de spécial) (on aime à être exhaustif – ce qui est absolument inutile) (mais l’utilité reste un concept ou une manière de voir qui m’indispose)

plus tard, 2015 vaguement le sentiment que ça se dégrade un peu

puis 2016 reprise

sur le mur de la rue, dans le triangle blanc cette inscription qui subsiste

jusqu’au terme des travaux

une boite de nuit, j’ai supposé – la rue dix-huitième du nom dans ce bled paumé – la carte que j’ai tenté de centrer sur Birmingham

la dix-huitième rue

(au fond de la perspective, un immeuble qu’on verra bientôt détruit) – l’arrière du bâtiment dans les verts (2011)

puis qui virera aux bleus (2016)

plus tard dans les mauves –

puis cette affiche sur le mur (il s’agit du maire actuel de la ville) (démocrate)

cependant dans la rue, cet arrêt de bus (milieu de nulle part sans doute)

désolé peut-être, en tout cas solitaire

un coin de rue – témoin peut-être – ici un type

et cet immeuble qu’on voyait tout à l’heure au loin et qui m’intriguait – il marque le coin de l’avenue E et de la 19ème rue – on ne le voit plus dans les images assez contemporaines – ici en 2019

de plus près (2012)

déjà à l’abandon) puis 2018 (pas mieux)

jusqu’à 2022 (terminé)

 

 

 

 

 

des arbres en ville

 

 

 

l’évolution des choses – passant un jour par la rue de l’Ourcq revenant du parc – tant de choses y signent le passage (celui du temps où la ville vivait de son travail et non de ses services…) – il y eut cette photo

pas que ce soit particulièrement un quartier que j’aime (le dix-neuf, ça va encore – ça correspond aux moments du travail où on allait, par exemple avec Christian C. manger au restaurant vert qui marque le coin – maintenant tout ça est assez friqué) – l’affaire n’a pas été construite de toute pièce mais fait le pendant d’une espèce de réfection – je suis allé voir dans la mémoire des images – ici il y a dix ans

deux choses au moins : l’industrie du quartier (les garages au fond, voisins, remplacé par la chose en fausse briques marron (immonde – et qui ne l’est pas moins les terrasses en hauteur

et le petit balcon à l’avant dernier… – je veux dire : à qui est-ce destiné à ton avis ?au tout venant ? ) – les arbres (je me souviens de cette incise de Léo « aime enfin les arbres » il disait aussi « fous en l’air tes pantoufles/ mange debout »  ainsi que Zampano le fait remarquer à cette femme qu’il va aimer en sortant du plan et de la pièce où Gelsomina mange des pâtes) (en spéciale dédicace à Kiki) – à cette époque-là, ce lieu était une agence nationale pour l’emploi (ça a changé de nom, maintenant les chômeurs (comme la technocratie courbée et aux ordres les nomme) sont désinscrits – portés ailleurs qu’on ne les voie plus) – la boîte aux lettres n’y est pas encore

mais les arbres – ils sont encore là quelques années plus tard – on détruira (l’image est datée par le robot de mai 2012) (la voici, la boîte, légèrement appropriée)

pour plus tard promouvoir des appartements middle class – septembre 14 (boite aux lettres grisée – est-ce fond de travail ou tentative de la municipalité ou de la poste elle-même de faire disparaître le dessin ? on ne sait) (970 mètres-carrés de bureaux à louer)

à droite, les arbres ont disparu, mais les revoilà quelques mois plus tard

on aperçoit alors la boite aux lettres décorée sublimée par Da Cruz (c’est le quartier de Da Cruz plutôt)

on ne la voit guère – mieux ici

et encore mieux là -petite histoire de la boite aux lettres : mai 2017

puis juillet même année (l’histoire du tagueur tagué)

reprise (juillet 18)

et les arbres toujours (mai 19)

passent les années, les jours et les semaines – détruire dit-elle (ah Margot) (et son corsage) – mars 2020

des arbres, quels arbres ? (aucun d’entre eux ne sera abattu) (la grande classe)

mars 2021 – renouveler réaménager refaire réimplanter implémenter rénover revenir – des arbres ? mais quels arbres ? je la repose, j’apprécie particulièrement la terrasse du premier étage

un bâtiment parisien (géré pour le bien-être des habitants – j’adore) (greenwashing éhonté ? ou yellow standing ?)

(agence parisienne du climat sous ce lien)

(non mais rien)

je passe

 

De deux films (Elles)

 

 

il faudrait lister les points de rencontre, les occurrences, les ressemblances – les singularités, c’est que l’un se déroule de ce côté-ci du Pas-de-Calais; l’autre ailleurs (Yorkshire je suppose – en réalité, Bradford, West Yorkshire) – l’un est réalisé par une femme (Clio Barnard) et l’autre un homme (Jérémie Elkaïm) – c’est important, il faudrait mais non, deux films dont le sujet, l’objet ou le scénario sont en correspondance – à quelque différence près : une femme d’un certain âge, blanche, rencontre et aime un homme d’une autre couleur de peau (ici, mon préféré évidemment, il est dj ou l’a été (probablement pakistanais) – là il est réfugié (d’Iran, il tente d’aller en Angleterre) – un sujet difficile – toutes les deux sont veuves, toutes les deux étaient battues par leur mari (crevés, mort de cirrhose, flics ou autre) (tendance front national dégueulasse les deux) – comment vivre, survivre, revivre ? Les deux films, l’un français donc

l’autre britannique,

donnent de l’espoir. Les deux aussi font la part des choses, les relations avec les voisins, avec la famille… Alors on n’a pas l’intention de comparer, d’évaluer, de décerner quelque palme – il y a toujours cet élan dans les mots qu’on pose, jury ou juge – et bien sûr que c’est une affaire entendue, markettée tapis rouge/or/smoking et robe longue fendue coiffures maquillages – photograpĥes et paparazzi – le cinéma dans toute sa méphitique splendeur – non, il y a cet aspect il y a d’autres angles – il y a cette façon du cinéma français de se regarder nombrilique – et plutôt clitoridique en l’occurrence (trop de scènes de lit, certes…) – et la façon britannique plus sociale, plus lissée polissée pas aseptisée, non, mais plus simple, plus douce aussi peut-être (il n’est pas certain, si on veut aller dans ce sens, que la sexualité soit une (et encore moins la) bonne porte de compréhension des humains – elle représente, cependant et au même titre que la mode ou la gastronomie, quelque chose comme une image de marque du pays d’ici comme on sait). En tout cas, et pour parler franc (!), le cinéma sans musique m’indispose au plus haut point – une dimension manque alors – une esthétique et une joie, un plaisir sûrement aussi… Dans Ali & Ava cette dimension est présente ainsi qu’on l’aime (le public dispose d’un échantillon, folk/country/rap/punk/rock comme on voit tout ça est très anglo-saxon), dans Ils sont vivants il n’y en a simplement aucune…  Alors comment te dire ? (cette question, qui fait le pendant des « voilà », « j’ai envie de dire » et autres « en même temps »ou « du coup » si contemporains…) deux images de ces deux femmes, ici Béatrice

(Marina Foïs, formidable, vraiment) et là Ava

(Claire Rushbrook, formidable tout autant – qu’on avait adorée aussi dans le Secrets and Lies de (Mike Leigh, 1996))

 

Ali & Ava (Clio Barnard, 2021) et Ils sont vivants (Jérémy Elkaïm,2021)

 

 

j’ai, ici, pris le parti de ne parler que de films que j’estime – ici on les aime assez, mais ce sont les sujets, les idées, les personnages aussi bien qui (nous) sont parallèles et si contemporains – on a le droit d’aimer qui on veut, qui on peut sûrement aussi bien – mais ici, c’est cette singularité de disposition qui m’interpelle – il y a toujours eu, dans mon amour du cinéma, cette façon de le concevoir comme un, unique, et un tout qui, à chacune de ses apparitions sur mon horizon personnel, continue et continue encore et toujours la même et semblable histoire – les histoires qui nous sont racontées n’en font qu’une – les personnages sont toujours les mêmes – j’aime me rendre compte maintenant, ici, écrivant ces lignes, que ces deux héroïnes sont blondes, blanches, déclassées – cette façon de dire la classe sociale, tu vois : ici déclassée est une qualité (même le vocabulaire me dessert…) – j’espère me faire comprendre…

Une heure un coin (spéciale dédicace #perec40 paraît-il)

 

 

 

 

 

Mettons qu’il se fut agi d’une initiative dans un cadre particulier (expliquée ici) j’y suis arrivé à pieds (écoute (si tu as 2 minutes et seize secondes) le piano tu verras ce que c’est qu’un accompagnement) (c’est Bob Castella devant les 88 noires et blanches – ebony and ivory) je ne suis pas certain d’avoir choisi et surtout fais le bon choix –  j’y ai réfléchi pourtant un moment mais non – c’est là

à l’heure dite (12:30) je me suis installé (un peu avant au vrai) sous le parasol blanc du haut – une commande plus tard

à ma gauche, un

bedonnant tatoué d’approximativement mon âge buvait de l’eau pétillante – le monde ainsi que le temps passait – à l’heure dite (12:30:32)

il faisait gris mais doux – on en était aux derniers stigmates pandémiesques -on téléphone (12:32:23)

essentiellement suivant deux axes ici est-ouest, là nord nord-sud

comme on sait, chacun voit midi à sa porte – l’épuisement n’aurait lieu que sur ce coin de rue – en Ukraine on tue

on attend on se retrouve (sa fille est arrivée) (la première) –

des humains – un coin de rue (dans le vingtième) – la rencontre de chaussettes rouges et de radiographies

le jeudi c’est plutôt calme (les mardis et vendredis c’est un autre cocktail)(en arrière plan, des pralines ?) – des gens

heureux ou malheureux – on se retrouve

seul – camions livraisons taxis – autobus vélos -corbillard  ?

livreurs badauds passante (sa deuxième fille)

on se retrouve, on s’embrasse, on s’en va –

(toutes ces images sont tatouées de l’heure de prise de vue à la seconde près)

il est toujours midi à l’horloge du carrefour mais un quart d’heure est passé – un gilet jaune

on va déjeuner ? probablement pas (la dame au bonnet gris chapeau attend, il va arriver mais je ne le capterai point) – la dame à la fourrure va à son chagrin-

la place voisine n’est pas restée vide longtemps (le livre rouge est de Gaston Bachelard – elle en cachera le titre)

on appelle, on répond on téléphone – quelle est cette distinction de montrer les visages des mobiles et non ceux des assis ?

passent les téléphones les masques et les vélos – au deuxième plan, lunettes noires capuche grise va venir s’installer devant l’opérateur-paparazzo

la mode doudoune/jean/nino – il prendra une bière – masques débridés pratiquement – casques aussi bien

que de béquilles… –

couleurs charmes génération i grec ? – quelle affaire – on est un peu loin pour l’affirmer ouvertement mais il semble que de la part de blouson rouge s’exerce un regard caméra – casque quand même – l’opérateur ne se cache pas et sera bientôt découvert –

tandis qu’au deuxième plan passe un homme que la vie a frappé fatigué touché – arrive le rendez-vous

content de te voir – installe toi – autobus –

troisième plan, bientôt découverte du photographe

l’homme est outré –

sauvé ? (la jeune femme voisine annote son carnet) changer d’axe

regarder ailleurs

droite cadre sac gris et nino

compliqué hein – et puis le revoilà : où donc en étions nous?

je ne sais plus

passez circulez avancer – le président comme une antienne –

ce monde et ce passage – et à nouveau

c’est par là-bas (13:00:08) – rouges

bleu

à côté sans doute s’étaient-ils donné rendez-vous à une heure qui peut savoir ?

en tout cas il est là – avec son nino comme un passe-muraille/droit/sanitaire – au loin passe un bulgare jaune

récupération de nos gâchis sans fond sans fard sans honte – ici sans le savoir, un (ou une peut-être) qui se cache

oui, une plutôt – d’autres qui se pressent – ça urge (estampillée K)

d’autres encore

grands passages – maxées ou pas – souvent, très souvent en basketts – question d’âge et de génération sans doute

aussi, un peu

pas si sûr – un peu – ici une classe de gilets verts fluos (bientôt jaunes) la prof, amusée

par les cris des mômes – vivants – tandis que lunettes noires/capuche grise se tire (en fait non, il se replace) – passage au verre d’eau

vélo à contresens de la flèche

un regard doublé feu rouge

(j’aime beaucoup les fez comme en portait (dans mon sentiment et ma mémoire reconstituée diffuse et probablement trompeuse ou trompée) l’un de mes grands-pères – il était rouge (le fez, pas le grand-père) le truc en feutre vert –

marcher aller sac rouge

des oliviers sûrement – des tresses bicolores –

au menu couscous – mais non, je n’ai pas mangé, j’ai noté quelques trucs –

ah revoici la respectueuse (on en pourrait déduire la durée du dispositif)

ouais, on s’en fout -un peu de sport (13:14:48)

à côté ça discute ferme de quelque chose qui a à voir avec quelque chose d’autre – on s’en fout oui – on attend

(téléphone sac baskett) on passe

et on attend encore

autobus – passage – klaxons – douceur de l’air

pensées réminiscences on attend encore un peu

qui ou quoi ? personne ne peut savoir – sur l’image seulement un cadrage postérieur indique le chemin – le caban noir sur la robe grise – la main au front – les marques –

pieds à terre – troisième plan costard croisé cravate doudoune –

sans le point dommage – je la laisse hein –

oui aussi –

 

regard caméra – déterminé – et pour finir, fermant les yeux, attendant encore –

 

La transcription de la tentative épuisante du coin d’une heure, en mots autres mais sans image, se trouve à l’adresse 2092 pendant le week-end

l’arbre – épisode 20

 

 

 

parti, et revenu – dans ce laps de temps, la guerre elle est advenue – je me souviens de ce type (du même ordre que l’ignoble au poil court, ex-services secrets GPU, qu’iels ont à leur tête) aviné au plus au degré (c’est le cas de le dire) qui, entre deux hoquets et un rot, en appelait à la dissuasion (il s’appelait Elstine – pourquoi tant de catastrophes dans ce monde, tant de guerres de morts et de flots de sang ?) il en est ainsi (alors que nous avons la musique et bien d’autres arts) – nous sommes à la merci de n’importe quel autocrate (il serait plutôt mâle, certes)  (nous ne sommes rien,  civils peut-être, mais rien) (une bombe est vite lancée, vite arrivée, vite explosée) (on a peur ? oui…) 

 

il s’agit d’une maison, elle appartenait à R. ainsi que ces arbres

des aménagements sont prévus, on y travaille malgré tout parce que la vie continue

c’est tranquillement reparti car, au fond, que sait faire l’humanité, sinon des enfants afin qu’ils aillent (pour les mâles) à la guerre ? Se battre. Ici, nous sommes le quatrième ou cinquième producteur d’armes au monde – qu’est-ce qu’on attend ?

Le chômage ? Le corona virus ? L’élection présidentielle ? Le réchauffement climatique ? Les eaux qui montent ? j’ai attendu un moment – tous les matins, la première des choses (avant même les autres nécessaires) une image de l’arbre (la suivante est prise cinq secondes après la précédente)

(non, le point non) (il est encore tôt – trop sans doute – je dors mal – un propriétaire a des problèmes locatifs : le type à qui il louait le studio* l’a prêté à un de ses amis (on mettra des guillemets où on voudra) lequel a déménagé une machine à laver (une histoire à peine croyable)

et a laissé de son passage et sur une moquette neuve (zeugme) une traînée noire d’eau usée – la moquette était bleu de France avec de petites étoiles peut-être bien noires – on n’a plus de nouvelles de l’ami – on sait qu’il recevait des respectueuses peut-être

– le syndic de copropriété a décidé de changer ladite moquette neuve (elle était souillée sur les 20 mètres qui vont du studio* à l’ascenseur) de tout l’étage – à cet étage de l’immeuble, les couloirs ont une longueur de 120 mètres linéaires – le syndic a changé la moquette (il s’est trompé de couleur puis en a fait poser une autre) et réclame au propriétaire quelque chose comme 3600 euros – décadré certes – deux de ses congénères

lequel n’a pas la queue d’un demi-euro – alors attaquer, car la meilleure défense est l’attaque – regarder le monde bruire –

le locataire est un homme malade – il est rentré chez lui fin 20, enfin chez lui, il vit en Arménie aujourd’hui – c’est un type bien (il a de mauvaises fréquentations, peut-être) et tu sais ce qui se passe aujourd’hui ?

son mail ne fonctionne plus – c’est l’irruption de la réalité dans le monde virtuel – (le sapin qu’on voit à gauche a été de Noël fin des années soixante) (à côté de lui, un frêne centenaire) – comment veux-tu qu’on ne soit pas fatigué ? – on n’en dort plus que mal – on a des difficultés – il fait encore froid – sur le balcon, le forsythia déploie son or –

ici c’est un cognassier du Japon, qui de son rouge remémore R. qui l’a planté il y a peut-être quarante ans – je me souviens d’elle, appuyée à sa commode, qui priait dieu sait bien qui, afin qu’on lui épargne ces douleurs – elle est partie, une nuit calme et douce – ça ne fait rien c’est vrai nous ne faisons que passer – passons – passons –

une maison, dans la campagne qu’on aménage – on serre des vis, on cloue on nettoie on brosse enduit ponce réduit repose visse et encore et encore – s’occuper du jardin, tondre rafraîchir

le magnolia de R.

 

* : voilà un demi-siècle, elle regardait le Figaro (en ce temps-là, on le lui apportait avec le plateau de son petit déjeuner) et trouva cette occasion – le lieu était un peu bas de plafond – il correspondait sans doute à une certaine surface financière de sa sœur – il est dénommé remise – elle et sa sœur le visitèrent et furent toutes les deux séduites par l’entrée l’immeuble, majestueuse ors et bois rares stucs mosaïques miroirs – l’argent venait de l’assurance vie contractée par l’homme qui venait de mourir – sa sœur vivait sur ce continent depuis douze ans, et voilà qu’on lui avait ôté son amour – nous avions beaucoup pleuré son départ (nous étions six) – le truc est là, aujourd’hui habité par une jeune femme adorable – il fait encore un peu froid, tu sais