Juste un travelling

 

 

 

en réalité, ce que le cinéma prend pour de la promo(tion) (tout ce qui peut parler de lui est bon à prendre) n’en est pas dans cette maison (ou alors pour le medium lui-même) : l’idée même de promo(tion) répugne mais le consentement règne de nos jours – ventre mou, la culture n’est pas en reste (le cinéma, est-ce de la culture ou n’est-ce qu’une espèce d’épicerie?) : il existe un centre national d’icelui (trônant dans les beaux quartiers, chers aux Pinçon-Charlot), non loin d’un bar qui fait le coin (où le minuscule à talonnettes fêtait son élection, c’était en l’an sept de ce siècle) (on incendia sa marquise en décembre 18) (le jury, au premier étage de cet établissement, se réunit et décerne son prix, nommé d’un Louis Delluc (cinéaste, lui-même, et critique de cinéma) ce sont institutions, pratiquement, ainsi que les divers palaces de Cannes on en passe et des meilleurs – c’est le cinéma, l’argent y est maître, y coule à flots s’il se peut, ses servants sont rémunérés à cette aune. Alors en parler dans cette maison, pourquoi faire ? En dire encore et plus ? Mercredi est le jour des sorties, et cinquante deux fois l’an, en ce seul pays, quinze ou vingt nouveautés fleurissent… Cessons ces vérités : le film du jour date de l’année dernière (2021), a sans doute été tourné durant la période qui suivit le confinement (premier – ce genre de choses se sait – ici j’en réponds – à l’été vingt) (un film égale quelques mois de vie professionnelle des techniciens de création (c’est un joli intitulé non ?) et vingt quatre des deux ou trois managers – ce n’est jamais l’œuvre d’un.e seul.e – plusieurs centaines de plans, huit à dix semaines de tournage (ici on dit cinq ou six,juillet-août 2020), bien plus avant, plus encore après) . Mercredi, on en parle (trêve des confiseurs mise à part) : à la réalisation, une femme (ainsi qu’au scénario), un peu plus de cinquante ans (elle naquit en 68, au siècle dernier), premier film formidable.

L’histoire d’une jeune femme (Irène, 19 ans sans doute – Rebecca Marder, splendide de joie et d’énergie)

qui vit à Paris, veut devenir comédienne, prépare le concours d’entrée au conservatoire. Elle est juive mais, au début, ça ne compte pas.

Ça se passe en 1942, à l’été – ça n’est pas vraiment dit. Elle ne veut pas le voir. Elle, elle ne pense qu’à vivre : jouer, travailler aimer courir vivre – autour d’elle se construit ce qu’on sait de ces moments-là dans ce pays-là. Elle, elle joue, elle répète, elle vit (son professeur de théâtre (Bastien Bouillon) indique que « le plaisir est contagieux »: elle, elle le sait et elle le croit)
Sa grand-mère Marcelline est formidable (Françoise Widhoff, formidable, oui).

Son père inquiet (André Marcon, idem).

Son frère, drôle, transi (Anthony Bajon).


Son chéri, adorable (Cyril Metzger).

Passent les jours. Un jour, une des merveilles du film :

cette promenade

en vélo,

en sept images,

mais un seul plan

le cinéma

dans toute sa sublime splendeuret puis sans la moindre distinctionl’histoire qui suit son chemin

 

Une jeune fille qui va bien, un (bien beau) film réalisé par Sandrine Kiberlain (ici le dossier de presse)

Alice

 

 

 

je me fais du souci – tout ça a quelque chose de très virtuel mais quand même – il va falloir organiser la captation pour Maryse – en vrai donc – imprimer les textes, voir de quoi il retourne, répéter ? peut-être – tout prend une ampleur indécise – le mot du jour (on s’en fout viens on avance), c’est justement A. qui a parlé de l’expo, et en a rapporté (je crois) le catalogue – même pas passés à la librairie – pas le début de la moitié d’un euro ETLC – je m’éloigne – ça ne fait rien, c’est mieux

 

quelque chose de spécial, une façon de montrer à la manière de la photographie (il y a beaucoup de portraits) – des idées simples et justes – radicales ? pas spécialement – la photo n’est pas qu’adossée au portrait, mais je mets cette image de Nadar et sa famille

et celle-ci de son frèreen Pierrot fatalement – quelque chose de moi – et donc peu d’images de ses œuvres à elle (mais elles sont dans le gros carnet images du gros moteur g) mais un air de famille

il y a eu cet événement dans la vie d’Andy Warhol

une exposition que j’ai beaucoup aimée

une femme lui tire dessus, six ou huit balles – terrible mais il en réchappe

disons qu’il s’agit d’un montage alterné si tu veux bien

(mais comment veux-tu avec ces manières-là que le féminisme comme on dit surnage ?)

trois
à la suite
j’aime cette maison – beaubourg (mais la témoin autant)

il y a cinquante cinq ans de ça – le 3 juin 1968, la fille a écopé de trois ans de prison, Warhol n’a pas porté plainte – mais lui a porté son corset le reste de sa vie (il est parti de ce monde le 22 février 1987) il y a cette toile

donc qui le représente – et par les baies

un bout d’Ircam, dédiée à A.

passaient le monde et la lumière

en vrai deux fois

un samedi de novembre – il faisait si beau il faisait si doux comme disait Jean-Roger Caussimon (non loin, son Sebasto sous le soleil, oui)

cette ville merveilleuse (on aperçoit un de ses nus) – deux images d’elle quand même aussi, ici avec son ami Sam Brody

yeux fermés encore

c’est à beaubourg (ça n’a certes pas besoin de billets de ce genre) jusque mi-janvier mais elle,

quelque chose d’une héroïne de Frank Capra

à l’entrée, à gauche, trois images format photomaton – pour elle oui – on peut croire, aujourd’hui, qu’avec me too (mais avec les meurtres de femmes d’Iran, et les rebellions qui s’ensuivent) espérer au moins un peu en l’humanité…

 

 

En salle

 

 

 

c’est évidemment simplet – c’est du temps de Paul Anka ou des Chordettes – ou quelque chose de ce genre : quand le cinéma avait quelque chose de (disons) grandiose – les années cinquante, la couleur, l’entame le début déjà pourtant bien avancé de ce rêve américain – quelque chose de ce genre, trente glorieuses et plan Marshall sont dans un bateau – pour travailler, il suffisait de demander ou de le vouloir – il y avait la conscription, c’est vrai aussi, mais enfin on pouvait tenter d’y échapper – un sursis – quelque chose – le cinéma d’alors, c’est que c’est venu dans l’atelier, et que des images se sont bousculées les unes précédant les autres,les études, la rue Michelet, les quatre films par jour, c’était avant que ne tombe lemur, les tours et les illusions – j’en dispose de cinq mais ce sera suffisant, j’évoque et je tente de garder la joie de vivre et de fréquenter ces salles où s’éteint la lumière pour qu’on y voie mieux…

ce n’est déjà plus comme ça apparaît là – je suppose avoir pris cette image il y a une dizaine d’années – c’est au bas de la rue, c’tait un cinéma après avoir été un bal concert ou un théâtre enfin des trucs de ce genre, détente culture entertainment tu vois le genre, c’était en bas de la Courtille, juste à côté de la douane (qui ne s’appelait pas douane, mais qui en avait la teneur : on y payait l’octroi) – des cinémas transformés en épicerie, c’est le lot – depuis longtemps (tu te souviens, Modiano dans le quinze qui se promenait dans une de ces enseignes ?) (je me souviens) une année on était en vacances sur la presqu’île du Gargano et on avait poussé jusque Trani (un bled de mémoire plus que sinistre, du temps de l’ordure tout cette pourriture qui ressort ces temps-ci, tout ça) et on avait déjeuné juste à temps (des pâtes aux moules, merveilleuses) et plus tard on était tombé sur ça

c’est fermé, il n’y a plus d’affiche non plus que d’images (encore moins : le petit Doisnel n’y aurait rien trouvé) on a pensé au Cinéma Paradiso probablement magique comme toute cette époque – on se souvient, et on s’en va – c’était octobre dernier, pas le mois dernier, non, non, c’était entre les deux confinements de deux mille vingt, on s’en souviendra comme de quelque chose de cruel et d’obscène – on avait pris l’auto pour aller voir un peu ce qui se tramait du côté de l’embouchure de la Loire – une promenade magnifique il faisait beau (comme dans la chanson « dans la rue il faisait bon/j’me fredonnais une chanson… ») et à Paimbœuf

une espèce d’abandon – la télévision? le câble ? les chaînes ? tu te souviens ? les plateformes comme celles du pétrole ? – abjectes… On avait pensé à s’installer, tu sais comment c’est les rêves, les amusements (les fantasmes) les chansons c’est tout un, on ouvre un ciné-club, on cherche un distributeur intelligent et tout le bazar – dans tout ça me revenait les mots de Claude Beylie, si convaincu de la vérité et des vertus de la cinémathèque (celle-là était universitaire, j’y étais assistant)

ah non, celle-ci est celle qui restait de la Fémis – ce n’en est que le titre, défait, perdu – (fédération européenne des métiers de l’image et du son – on en a conservé l’acronyme mais on lui a changé le nom, on a changé l’emplacement, je me souviens aussi de Jack Gajos) du côté du Trocadéro (c’est devenu palais de Tokyo) mais on s’en fiche pas mal comme dans la chanson « j’ai mon passé qui est à moi » – pour finir alors cette image de l’une de mes actrices préférées, muses et inspiratrices magiques

avec nos meilleurs souvenirs

 

 

tout ça vient un peu pas mal de ce numéro 9 d’atelier, augmenté des images du blog de Philippe Celerier

 

Carte postale des ciels

 

 

 

elle mourrait si on ne la nourrissait plus – mais c’est qu’il n’y a rien à en dire non plus – aussi – des chroniques de cinéma, oui sûrement – un vieux film (il n’a que quinze ans) on trouvera peut-être des images – on se posera des questions, le dernier d’untel, le suivant d’une autre – (il s’agit de ce Le premier jour du reste de ta vie (Rémi Bezançon, 2008) et du premier « premier » rôle pour Pio Marmaï)mettre de la musique, écouter des chansons, laisser battre le cœur et sentir sa peau frémir – la maison est vide (comme dans la chanson de Popol on disait – il montrait son arrière-train à l’image histoire de choquer – il s’en est allé pour des questions fiscales si mes souvenirs sont bons – je ne sais plus s’il est toujours parmi nous) ça n’a pas d’importance, il faut continuer, et voir un peu de quoi il retourne – quelle heure est-il, quel temps fait-il ? – toujours les mêmes histoires – des choses à faire sûrement aussi – il y a un document sur le bureau, une espèce de journal, comment savoir ce que deviendront ces textes et ces images ? Non, on laisse –


ce sont ces trois fils téléphone télégraphe j’en sais rien qui m’ennuient – il y avait au ciel un doux froufrou c’est ça

peut-être que les gens feraient autrement s’ils savaient le désespoir qu’ils causent à ne pas répondre aux questions qu’on leur pose – pour les enfants ce doit être aussi la même incompréhension face au manque d’explication ou au mur du mutisme – ou simplement ils oublient, s’en fichent et pensent uniquement à leurs propres fantasmes – j’aime savoir que ces choses passent en pensée, en faisant du vélo dans la campagne magnifique – peut-être

c’est le mercredi que changent à l’affiche et dans les salles les films – il se peut que cette qualité-là se perde dans l’évolution des mœurs et des occupations (il y avait ce texte de Philip Kindred Dick Simulacres qui mettait en scène des gens – étaient-ce bien des gens ? – qui ne bougeaient plus de chez eux – était-ce quelque part ? (je veux dire : sur Terre ?) – mais faisaient en sorte de subir des histoires) (il y avait aussi cet Enchâssement  de Ian Watson si je me souviens – le livre avait cette couverture verte noire moirée qu’on faisait alors aux livres de science-fiction – il y en avait une aussi argentée – qui mettait en scène des gens sans bras ni jambes – on les avait disons transformés afin qu’ils cessent enfin de faire la guerre…) Oui, enfin tout ça.

s’il le faut absolument, je veux bien reconnaître une espèce de bazar dans le billet –  mais une espèce seulement – il y a pas mal de mots qui me sont venus ces derniers jours alors que les choses avancent quand même à un certain train – par exemple le travail s’est tari – les organisations d’assurance retraite se taisent – un mutisme bien contemporain : dans les cris et les hurlements des radios et des télévision « en direct » le silence des arbres est immense – le vent dans les feuilles m’est musique – j’essaye (et je parviens, jusqu’ici) à survivre

 

 

en entrée de billet : les portes bleues de Sidi Bou Saïd

 

Boris

 

 

 

toi qui passe par cette maison[s]témoin, abandonne tout espoir si ta sensibilité est trop exacerbée – le sujet du billet te serait trop douloureux – si cette chaleur en dôme qu’on nous annonce à coups de trompe répétés, si cette pandémie interminable, si ces guerres sanglantes et tellement inutiles ont déjà eu raison de ta foi en l’espèce, tu ne peux entrer ici pour y puiser un bon bol de rire (ce n’est pas drôle) – car enfin ce type est à la tête (était, certes) d’un des états les plus riches du monde – ce monde là, cette planète bleue qu’on s’ingénie à nous rendre invivable – et cette brochette où il figure en plein centre, débraillé, probablement aviné et si heureux de l’être

représente les neuf individus membres de ce qui se nomme G7 (c’est vrai iels sont 9 et c’est déjà prouver la fausseté de leur intitulé) (iels ont préférés se séparer du dixième (le tsarulet kremliniotte assassin) ça aurait fait un peu désordre) – les reconnais-tu ? entre ici, si le courage t’en dit, si le cœur t’y aide car l’épreuve risque d’être  difficile à surmonter – une quinzaine de fois la même physionomie, un être menteur, truqueur, faiseur et malfaisant (mais oui, il s’entendait comme un larron avec cet autre du même acabit (lui est de 64, l’autre de 46, 22 ans d’écart et la même ignoble idéologie – on se souvient de ses manières, notamment en ce qui concerne les femmes)

– un îlien, peut-être mais enfin blanc – patriarcat hypocrisie abjection – ça n’en fait pas ce qu’il est devenu et ce qu’il est parvenu à montrer de sa personne. Il est vrai aussi que ces gens-là (je te les pose, à toutes fins utiles en une image qui te les montre tels qu’en eux-même) sont alliés (l’un part l’autre reste …)

(mains coupées) . L’ordre n’est pas si aléatoire : voici cette façade noire, adresse 10 Downing Street (voie en impasse) celle du domicile du premier ministre du royaume –

dans les jardins, des fêtes très arrosées organisées par les tenants du pouvoir et du cabinet – pendant la pandémie, bien sûr, lorsque mourut le prince consort aussi : en vérité rien à foutre on a le pouvoir et on s’amuse – voilà tout (un peu comme ici) – ce contentement de soi-même

un profil intéressé

sa marque de fabrique

commence à s’inquiéter

qui peut savoir ?

s’accroche au pouvoir, bec et ongles – n’est-ce pas là homme décidé ?

alors comment faire ? se distraire et distraire le monde (ce cynisme éhonté – le même qu’ici, qui vend des armes ici, là, ailleurs (en Inde par exemple) alors la guerre

les promesses

un  homme si sympathique (on ne le voit guère accompagné de sa femme, je crois qu’il la bat c’est pour ça) (mais oui)

gaffe quand même (ça sent le roussi gravement)il pose encore

mais pas à dire c’est préoccupant

faudra voir à voir –

enfin c’en est fini – stop terminus

s’en va bon débarras

il en a fait des dégâts

itinéraire ordinaire d’un fantoche chef d’état…

Ce monde

ici en démonstration de son aptitude à maîtriser les vaccins durant la pandémie de covid 19…

 

Mes billets en maison[s]témoin s’interrompent quelques semaines – jusque début ou mi-août – les vacances enfin…)

 

Carte postale du jury

 

 

 

 

j’avais l’idée d’une autre chose, mais c’est l’actualité (de laquelle on se gausse comme de notre première quenotte) qui domine la semaine journée (hier 17 mai, en ouverture, le discours)  quinzaine (c’est Cannes) – le président du jury (nommé fraîchement d’ailleurs) (on ne sait plus rien avec ces affaires d’épidémie, pandémie, max pax taxes – on ne sait plus rien prévoir) (le monde est quand même bien fait t’inquiète) a discouru – mis ses lunettes aux verres légèrement teintés – il portait un smoking aux revers pointus (pas très seyant si tu veux mon avis – c’est sans image de lui désolé) (mais enfin tout le monde (?) le connaît, je subodore) cravate noire – le voilà allez

OSEF aussi – mais le discours m’a plu – les images qui suivent sont les plans de coupe (on entend Vinz parler en voix off – on dit – il y a aussi des plans de loin, pour capter l’attention du téléspectateur – parce que la télévision a besoin de capter l’attention du téléspectateur (tu te souviens de l’ordure qui parlait (dieu ait son âme) du « TDCD » – fuck off) c’est de la télé (à éviter c’est pour ça que j’en mets un peu ici, on n’en voit jamais nonplus) (vaut mieux éviter, ça n’embaume guère) – les plans ne peuvent durer plus de quatre ou cinq secondes – ceux sur lui un peu plus – il y avait (c’est sans image non plus) Virginie Efira (ex de la télé) qui faisait la potiche (désolé) cette tristesse de mise en scène c’est à pleurer – c’est la tradition (et le discours en était aussi empreint) il y avait donc plusieurs sortes de respiration : on avait droit donc au discoureur président du jury – donc bon – à d’autres plus larges où le président présidant préside comme de juste et parle et la potiche acquiesce – aux plans large de la salle amphithéâtre où ça devait être deux ou trois mille pékins

(plan à la grue tsais)

tous plus ou moins achalandés en robes de couleurs strass vrais diamants ou smokings du même métal (l’année dernière Spike Lee (président d’alors) en avait revêtu un rose – on fait ce qu’on peut) (Ladj Ly noir de peau comme on sait porte un smoking blanc) et aux images dans un ordre peu chronologique (on doit à la vérité de dire que l’affaire est réalisée en direct – comme dans un match de foot) (c’est sur un chaîne de « service public » (ça ne veut plus rien dire) elle se nomme deux – la chaîne payante a cessé de se faire braire à financer ce genre de rigolade j’ai l’impression)

Et donc ici les plans – du jury long métrage – il y a d’autres sections, et il y a des marchés et il y a des présentations et il y a trois ou quatre mille journalistes accrédités – des chambres d’hôtels à 500 minimum la nuit – des repas à 100 – pas pour n’importe qui – la populace regarde passer les véhicules sportifs mais utilitaires derrière des barrières – on laisse ce monde travailler – le tout est sponsorisé afin de réduire les impôts – il y a certainement un budget qu’il faudrait regarder pour se rendre compte – c’est le cinéma – la crème au moindre film valant son petit million – bienvenue dans le Var – c’est en Provence Alpes Côte d’Azur – on peut venir en avion, par Nice) (cool))

  1. Les membres dudit

large

(les sièges sont en or – celui du président est vide – je t’explique : quatre femmes actrices pour six hommes (un acteur, cinq réalisateurs) – l’honneur paritaire est (presque) sauf) (cependant sur cette image-ci (elle est d’avant hier – repas à la cantine du soir)

qui lève le bras, gauche cadre le délégué général Frémaux) (jury dans son jus – débraillé – enfin détendu, soyons charitable) (qui manque-t-il ? l’une des deux en robe blanche – je pense l’actrice italienne Noomi Rapace)

ou rapprochés

ici l’actrice Jasmine Trinca

là l’actrice Deepika Padukone

et là le réalisateur Ladj Ly (neupape noire chemise noire) (c’est con on voit pas Ashgar Faradi cravate blanche sur chemise blanche j’ai l’impression) 

ici l’actrice Rebecca Hall

2. les membres du public

large

ou rapprochés (pour la palme d’honneur, Forest Whitaker)

ou pour j’en sais rien

est-ce tout ? encore un

 

non c’est juste pour dire – je ne reconnais que quelques visages et puis on s’en fout un peu – le cinéma n’a pas vocation à révéler les vrais visages des vraies personnes non plus – d’ailleurs, qui sait si ça peut exister ? – et d’ailleurs encore, quelle est la vocation du cinéma et en a-t-il seulement une autre que celle de brasser des affaires ? – c’est trop d’honneur pour cette industrie qui ne demande qu’à briller – elle brille, elle brille

Je pose ça là – je retourne au cinéma voir des vrais films

 

 

Toute une nuit

 

 

y penser donne un léger tournis, un milliard et cinq cents millions d’âmes conduites (conduites ?) par un autocrate abject (les diverses exactions de ses partisans font froid dans le dos : des milliers et des milliers de morts au prétexte religieux demeurent et pour toujours sans doute impunis – c’est le cas ailleurs mais oui : bienvenue sur terre…) je te montre juste quelque chose de magnifique

(taxée dans un organe inqualifiable, peut-être, mais image quand même en disant un petit peu long : reçu par sa sainteté durant un repas privé (d’affaires) trois heures – epr plus armes) – qu’importe le flacon…


Il s’agit d’un film composé de centaines de plans apportés d’ici de là par les élèves d’une école de cinéma et de télévision — ça se passe en Inde, à une centaine de kilomètres au sud de New Delhi si j’ai bien compris – FTII Film and Television Institut of India – à Pune – ça ne va rien dire mais tant pis : là juste pour se faire une idée

on s’en fout un peu ? bah on aime les cartes, on aime le monde (pourtant…) – c’est un film où une voix d’on ne sait trop qui (L. est-il vaguement argué) (une femme) (Buhmisuta Das – peut-être la compagne de celui qui signe l’image, Ranabir Das) parle en off comme on dit – on ne la voit pas à l’image, ou du moins on ne sait pas qui elle est : elle lit des lettres qu’elle a écrites (croit-on) à son amoureux qui a disparu (il fait sans doute partie de ceux qui, tout à l’heure, ont disparu victimes des horreurs valorisées prônées demandées souhaitées ordonnées par ce Modi Narendra (maudit, oui) (enfin, j’interprète comme on sait)) tout à coup, elle ne l’a plus vu (il faisait partie d’une autre caste qu’elle, il n’y avait pas d’amour à ressentir pour elle – ou l’inverse : ces choses-là sont, comme le monde, vieilles et usées)

Et donc, il est arrivé un moment où ces étudiants en cinéma/télévision/images animées ou fixes se sont mis en grève (le pouvoir avait nommé, en 2015, un an après son accession au pouvoir, un de ses affidés à la direction de l’école – ça dit quelque chose ?)

un moment où le pouvoir a réprimé, durement, ces manifestations (ça te dit quelque chose ?) – on ne possède pas trop d’images du film (un dossier de presse – des images fixes) – on avance un peu dans l’ombre, le flou beaucoup

lancinante est la voix, et les images assez peu élaborées – impressionnistes peut-être si on veut aller vers leur valorisation : ce n’est pas nécessaire, elles parlent et en disent long, comme la voix – ce sont des juste des images comme disait l’autre – un long plan débute le film, une fête quelque chose de gai, les gens dansent boivent rient jouent

mais je ne l’ai pas trouvé – ça ne fait pas tellement grand chose, non plus, les jeunes gens qui s’amusent, et fêtent quelque chose, un anniversaire, l’obtention d’un diplôme, quelque chose qui aboutit (« c’est comme ça que les choses arrivent » disait je ne sais plus qui un poète, je crois bien) (non, une voix off) et il y a une musique, électro funk ? peut-être quelque chose qui porte à danser

des images, des mots, des sentiments

un pays lointain, l’Asie, l’océan qui porte le nom du pays, des humains pas si différents, tellement semblables – on aime la liberté, qu’on soit d’ici ou de là – et un flux d’images montées les unes à la suite des autres, qui nous parle tellement de ce qui a été ressenti – un système, une façon de contrôler les âmes justement – les humilier, les haïr, les faire disparaître (ça dit quelque chose) – il faut aussi expliciter les conditions de production, ce n’est pas spécialement un film de fiction non plus que documentaire, c’est un film qui indique une direction (la liberté, la joie, l’amour aussi bien – mais en creux) et qui s’y tient – il y a quelque chose de merveilleux dans le cinéma, quelque chose qui indique un chemin qu’on en soit ou pas conscient – il n’est pas innocent qu’il soit réalisé par une femme, si tu veux mon avis (il ne m’étonnerait pas qu’il en soit de même de l’image et du scénario) (on s’en fout : quoi qu’il en soit, ce sont jeunes gens, et comme ailleurs – ici par exemple – il me semble que cette idée soit fondée et défendue – une espèce de relève que j’aime à saluer)

des images des mots de la musique : invincibles (j’adore)

Toute une nuit sans savoir, un film de Payal Kapadia
co-scénariste qui a écrit, avec l’auteure, les lettres dites : Himanshu Prajapati

 

 

les dessins et les images sont tirées du dossier de presse (probablement glané chez le distributeur français du film)

Riace, Calabre

 

 

 

à Becky Moses

 

un de ces jours, il faudra faire en sorte que ce qui se passe en maison[s]témoin ne parte pas sans index – j’y pense depuis un moment sans parvenir à résoudre cette possibilité – mais un autre index (me) devient nécessaire (les nécessités aboutissent toujours à un travail d’ampleur inattendue mais devant le clavier, assis au chaud (blanc hétéro pacsé retraité sans doute dans le statut social) (enfin de multiples avantages, disons) l’inspiration de celles et ceux qui  font réellement quelque chose est toujours porteuse – il me semble – en tout cas je fais en sorte que – j’écris pour que le temp passe – lequel, ce faisant, me conduit où tu sais – je n’ai pas vécu de guerre, dieu merci (comme disait mané) ou j’en sais rien je veux dire : dieu ? merci ? j’en sais rien – je préfère sans doute écouter une chanson (par exemple « I’m on the dark side of the road »  qui me fait faire retour sur la vente de ses chansons par Bob Dylan –

bon le 25 avril marque une date libératoire du fascisme (1945) fin de la guerre en Italie et le reste aussi – ne pas oublier, et les ami.es Portugais.es aussi – un bien beau jour qu’aujourd’hui – 

– ce monde, ce monde-là, celui du divertissement sûrement, comme ce que je fais ici) (je me divertis) mais faisant connaître si ce n’est fait encore des personnes pour qui le monde compte (comme pour moi) – manière de résister, certainement, aujourd’hui que l’ordure brunâtre s’est à peine éloigné – ce racisme répugnant porté par une presque soixantenaire (née le 5 août 68, ça ne peut pas s’inventer) fille de tortionnaire et de voleur – que le sensiblement égal en plus hypocrite en a repris pour cinq ans – aujourd’hui donc vingt-cinq avril débute une façon d’hommage au travail accompli en Italie par Domenico Lucano condamné par la justice de son pays mais surtout par la raison d’État, lequel est tenu comme depuis un siècle (un siècle…) par le fascisme le plus immonde – les choses changent ? je n’en ai guère l’impression… (dire que je vais émigrer un jour, inch allah (comme diraient quelques ami.es) dans le nord de cette péninsule…) n’importe : l’affaire se déroule quelque part par ici

un peu à l’ouest de Monasterace Marina, un village, à quelques kilomètres de la mer (une extension dudit, Riace Marina montre son image

) par là

j’y suis arrivé par l’est, et dès que je l’ai vue

on la discerne à peine, droite cadre, presqu’en haut de la colline, semblant abandonnée

plus près

rapprochée

j’ai pensé qu’elle pourrait être pour moi – j’étais dans un état d’esprit procuré par le livre de Mimmo, le maire de Riace : Grâce à eux, Comment les migrants ont sauvé mon village (Buchet Chastel, 2021),lequel se termine par une évocation des chèvres

nombreuses semble-t-il dans ce si beau pays, si désolé – on voit ici, droite cadre, le chevrier de dos

j’allai voir ce village non pas en touriste (je n’aime pas le tourisme) mais en éclaireur – je me prépare à émigrer (je dois dire, peut-être ici, en cette maison, que mes premières années sur ce monde, se vécurent sous l’égide d’un aphorisme qui m’est resté « la valise ou le cercueil » qui s’adressait plus aux pieds-noirs et autres harkis du pays voisin, je reconnais, mais qui m’a marqué que je veuille ou pas) j’irais en Italie, il y fait plus doux (j’aime ma liberté, peut-être irais-je en Grèce, une île – je rêve – je me demande – j’élabore – j’imagine) j’entrai dans le village

dès l’entrée cette brouette (jte rapproche)

m’affirme que oui, il y a du boulot, du travail à faire, ainsi que dans la première maison repérée – le village, ici, dédié aux saints Côme et Damien qui lorsqu’on les fête (du 25 au 27 septembre) intiment aux habitants d’ouvrir leurs portes aux pèlerins – le village

qui un jour (le premier jour du mois de juillet 1998) vit arriver, en son extension maritime (Riace Marina), venant de Turquie un voilier parti le 24 juin, cent quatre-vingt quatre personnes à bord, toutes kurdes de nationalité, syrienne, turque, irakienne, iranienne.

Voilà près de vingt cinq ans : le sud de l’Italie se paupérise, les mafias pullulent, les réfugiés sont esclavagisés dans des conditions ignobles, voilà vingt cinq ans (au moins) que ça dure – à ce moment-là, Mimmo Lucano pas encore maire (mais presque) , aide à les accueillir, dans la tradition, simplement, de son village. Ils et elles refondent la vie sociale grâce à leur travail sur les maisons inhabitées et abandonnées : on en recherche les propriétaires, on leur demande l’autorisation de remettre en état leurs propriétés, ils acceptent et en échange permettent d’y vivre, on y travaille et les choses se passent. Normalement c’est à dire humainement. Il y a moyen d’espérer.

Ici l’arbre devant la mairie

Les habitants du village élirent Mimmo (Mimmo le Kurde…) maire. On mit en place des nombreux dispositifs pour aider ces « damnés de la terre » que sont les réfugiés de quelque pays que ce soit. Et puis comme on sait en Italie, le fascisme est toujours un peu dans sa position naturelle : il rampe. Vint l’abject salvini, un de ses affidés mit en examen Mimmo du fait de son manquement à l’administration du village : il avait signé un papier aidant une réfugiée à rester en Italie (je pense souvent à la vallée de la Roya (j’y ai travaillé un temps à enquêter le petit train qui relie Limone à Vintimille) et à Cédric Héroux qui enfin est lavé des accusations iniques portées contre lui). Condamné à 13 ans de prison, l’ex-maire (il a été défait aux élections) a fait appel ici, en France, on attend son procès. Et il n’est pas question de laisser faire : ici on exprime notre entière solidarité avec cet homme magnifique   

Le livre s’ouvre sur l’histoire de Becky Moses, qui est morte brûlée vive dans le bidonville de San Ferdinando, de l’autre côté de la presqu’île, là-même où se déroule la trilogie de Jonas Carpignano, cinéaste lui aussi impliqué dans l’accueil et la vie des réfugiés (son dernier film, A Chiara chroniqué ici). Ici aussi l’article lui est dédié : j’ai cherché

le cimetière: cette route sur la gauche de l’image y monte. J’y suis arrivé

il est dit dans le livre de Mimmo « le souvenir de Becky est avec nous pour toujours. Elle repose au cimetière de Riace, entre les niches de la rangée la plus haute: pour la voir, il faut regarder le ciel ». Juste là.

En redescendant, j’ai croisé ce garçon

qui travaille peut-être à rénover cette maison

(ces deux images datent, selon le robot (

dont j’ai trouvé aussi une image) de 2009) : la maison a cet aspect dix ans plus tard, au 22 de la rue du saint Esprit (via Spirito Santo)

J’aimerais bien demander à Mimmo comment s’appelle le type qui l’a rénovée. Je suis certain qu’il le sait. En tout cas, ça ne fait rien, ce qui est fait est fait et il fait parfois beau en Calabre. En partant, comme dans l’épilogue du livre (et comme au commencement de ce billet), j’ai croisé à nouveau ces chèvres

le chevrier et ses trois chiens blancs

Cet article, pour le 25 avril 2022 et la maison[s]témoin (zeugme), en l’honneur de tous les réfugiés du monde et de tou.tes celles et ceux qui les accueillent. Ici même paraîtra, dès que possible, l’index des noms propres et des lieux cités dans le livre.

 

 

 

 

 

dans la bibliothèque de la maison[s]témoin, La Nuit de Gigi de Dominique Dussidour

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Gigi n’est pas le personnage principal. D’ailleurs on ne la suit pas tout de suite. C’est parce qu’elle se trouve à une intersection, un nœud, comme ceux que font les plantes-lianes à l’endroit où ça se resserre et où ça repart en tiges et en vrilles, poussé par la faim de trouver la lumière, ici et là. Dominique Dussidour emmène, au sens propre. Elle dit Viens, regarde ici cette rue qui mène à ce pont, elle dit allons voir plus loin, littéralement, un peu comme l’accompagnatrice au chapeau choisi pour être reconnaissable, c’est plus facile pour rallier les touristes autour d’elle, qu’ils ne se perdent pas, elle porte un classeur ouvert contre sa poitrine avec tous les détails importants, elle guide, elle dit Ici… et lève le bras pour montrer une petite maison posée sur la pierre d’un clocher, à des centaines de mètres au-dessus des têtes, elle raconte qu’un soldat dans cette petite maison coincée là-haut, il y a des années et des années, faisait le guet.

Elle, Dominique Dussidour, ne fait pas le guet, parce qu’elle n’a pas envie de rester sur place et immobile, il lui faut au contraire garder la liberté d’aller un peu partout, elle est très libre, et le parcours qu’elle suit est comme elle, gourmand, le passé, le présent, ce qui se voit de l’extérieur et même les endroits inconnus qu’on sait déceler, mais qu’on ne sait pas toujours nommer. Elle observe les fils enchevêtrés pour nous, avec nous, sans autoritarisme, avec le même genre de curiosité qu’a une Agnès Varda, une volonté de voir comment les choses se déplacent, s’articulent, se chevauchent, disparaissent tout en se créant.

Il y a un groupe d’amis et d’amies, il y a des conditions atmosphériques, un été là, de la pluie plus loin, une rivière où se baigner, un appartement à l’étage, un vieil homme qui a fait le tour de sa vie, et la vie capturée dans des dessins d’enfants.

La nuit est un moment spécial où toutes les choses se rejoignent, c’est l’endroit préféré des plantes-lianes, car ce qui semble être dû au hasard, ces petits détails accumulés, ces vestiges du jour trouvent de quoi s’agglomérer ensemble pour former un tout. Un vrai tout, c’est-à-dire un tout en expansion, non limité à ses bordures. Un tout poreux, comme les pierres blanches que l’on ramasse sur les plages, mangées de trous.

Il y a Lola, il y a Gabrielle, il y a Honoré, il y a une exposition de films et de photos, des adolescents en révolte ou simplement en recherche de quelque chose, de quoi on ne sait pas, mais cela flotte constamment, ce désir de trouver ce « quoi » que l’on cherche et qui ne finit pas avec l’âge. C’est la vie. Et comme la vue de Dominique Dussidour est panoramique, elle n’oublie pas, dans la vie qu’elle raconte, de placer les creux, les absences, les impossibilités, les empêchements, ces petits trous dans la pierre.

Ce n’est pas une vue mélancolique, nostalgique du temps qui, en passant, malaxe les vies de Jacques, de Léo et des autres.

Il y a une grande sérénité. Les choses graves sont acceptées, telles que. À la même échelle que les petites merveilles dessinées au crayon de couleur par les petites mains de Gabrielle enfant. Tout est grave, tout compte, tout est léger, ne pèse pas plus qu’une plume, et tout est lourd, marqué à jamais en creux.

Les poissons exotiques Gnatho, un disque de PJ Harvey, une chanson de Josquin des Prés, les œufs de cochenilles qui colorent de rouge les bâtons d’aquarelle, la géomancie, tout compte, tout est lourd et léger. Ou plutôt, tout pèse son poids, son poids interne, ou sensible, la hiérarchie de la vie étant bizarre, bizarrement dérégulée, de minuscules choses aussi fines qu’un conte d’Andersen étant aussi massives, ou plus, qu’un chapiteau de foire.

Au cœur de La Nuit de Gigi il y a un creux immense. Une disparition. Comme si une bombe était tombée. Gigi au milieu des gravats, rassemble, et rassemble les morceaux éparpillés. Je ne sais pas comment fait Dominique Dussidour pour braver la tristesse, la retourner, envers sur endroit. La Nuit de Gigi, avec sa tragédie centrale, n’est pas triste. Elle dit que oui, nous le savons, la vie est une tragédie, mais Viens, avançons au milieu des poissons. Oui, on peut penser que tout semble gratuit ou dérisoire, comme si rien n’avait de sens, mais si on regarde mieux c’est faux, tout est utile, toutes les vies servent, même celles qui se sont arrêtées, car en regardant mieux on voit bien que celles-là, les finies, continuent, comme les plantes-lianes s’arrêtent contre un obstacle, tâtonnent et le dépassent, la mort est un obstacle comme un autre, elle fait partie des cloisons et des contorsions que la vie charrie, naturellement.

Et puis il y a le degré de perception de Dominique Dussidour. C’est très fin. Ça claque et fuse. Très délicat. Et simple. Ouvert. Traversé par. Vivant. C’est paisible et terrible. Sans chercher l’exhaustivité ou le contraste décoratif (non, ça n’est pas décoratif).

Il y a aussi la question de la filiation. Ce qui est donné et transmis,  inconnu, incomplet, ce qu’on connaît bien mal de l’enfant qu’on a porté pourtant, ce qu’on connaît bien mal du parent dont on vient pourtant, comme cette guerre qui restera non-dite.

Si La Nuit de Gigi était un tableau, ce serait La Tempête de Giorgione. Une vue de la réalité, avec sa part d’énigmatique, gentillesses et douceurs, grandes inquiétudes incluses. Ou bien ce pourrait être certains tableaux de Zao Wou-Ki, par exemple Water Music.

Un peu de Perec aussi, dans la tentative d’épuisement de lieux qu’on n’épuisera jamais.

Le regard flotte pour extraire des indices. Et comme les choses ne sont pas délimitées, c’est une broderie de fils, tous distincts, différents, qui se rejoignent.

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J’aurais bien voulu pouvoir dire tout cela à Dominique Dussidour de vive voix, mais ça n’est pas possible, alors je vous le dis à vous.

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des arbres en ville

 

 

 

l’évolution des choses – passant un jour par la rue de l’Ourcq revenant du parc – tant de choses y signent le passage (celui du temps où la ville vivait de son travail et non de ses services…) – il y eut cette photo

pas que ce soit particulièrement un quartier que j’aime (le dix-neuf, ça va encore – ça correspond aux moments du travail où on allait, par exemple avec Christian C. manger au restaurant vert qui marque le coin – maintenant tout ça est assez friqué) – l’affaire n’a pas été construite de toute pièce mais fait le pendant d’une espèce de réfection – je suis allé voir dans la mémoire des images – ici il y a dix ans

deux choses au moins : l’industrie du quartier (les garages au fond, voisins, remplacé par la chose en fausse briques marron (immonde – et qui ne l’est pas moins les terrasses en hauteur

et le petit balcon à l’avant dernier… – je veux dire : à qui est-ce destiné à ton avis ?au tout venant ? ) – les arbres (je me souviens de cette incise de Léo « aime enfin les arbres » il disait aussi « fous en l’air tes pantoufles/ mange debout »  ainsi que Zampano le fait remarquer à cette femme qu’il va aimer en sortant du plan et de la pièce où Gelsomina mange des pâtes) (en spéciale dédicace à Kiki) – à cette époque-là, ce lieu était une agence nationale pour l’emploi (ça a changé de nom, maintenant les chômeurs (comme la technocratie courbée et aux ordres les nomme) sont désinscrits – portés ailleurs qu’on ne les voie plus) – la boîte aux lettres n’y est pas encore

mais les arbres – ils sont encore là quelques années plus tard – on détruira (l’image est datée par le robot de mai 2012) (la voici, la boîte, légèrement appropriée)

pour plus tard promouvoir des appartements middle class – septembre 14 (boite aux lettres grisée – est-ce fond de travail ou tentative de la municipalité ou de la poste elle-même de faire disparaître le dessin ? on ne sait) (970 mètres-carrés de bureaux à louer)

à droite, les arbres ont disparu, mais les revoilà quelques mois plus tard

on aperçoit alors la boite aux lettres décorée sublimée par Da Cruz (c’est le quartier de Da Cruz plutôt)

on ne la voit guère – mieux ici

et encore mieux là -petite histoire de la boite aux lettres : mai 2017

puis juillet même année (l’histoire du tagueur tagué)

reprise (juillet 18)

et les arbres toujours (mai 19)

passent les années, les jours et les semaines – détruire dit-elle (ah Margot) (et son corsage) – mars 2020

des arbres, quels arbres ? (aucun d’entre eux ne sera abattu) (la grande classe)

mars 2021 – renouveler réaménager refaire réimplanter implémenter rénover revenir – des arbres ? mais quels arbres ? je la repose, j’apprécie particulièrement la terrasse du premier étage

un bâtiment parisien (géré pour le bien-être des habitants – j’adore) (greenwashing éhonté ? ou yellow standing ?)

(agence parisienne du climat sous ce lien)

(non mais rien)

je passe