vivre ou laisser mourir

 

 

 

une des affaires qui occupe l’agent – seul devant son jardin mort, dans son lotissement bondé de rond-points (sur l’un d’entre eux (tout est possible), un jour, il y eut un type qui enfouissait là un livre, a-t-il semblé – les gens ont de ces lubies…), à une place particulière ou pas, peu d’arbres, peu de végétaux, goudron, trottoirs inutiles non pratiqués (une espèce de ville éloignée d’une trentaine de kilomètres de la capitale,  desservie par une autoroute à péage non empruntée) – cette maison[s]témoin qu’il n’entretient qu’avec les plus grandes difficultés (au fond, non, il ne fait que son travail, il peut même au besoin mettre un peu de musique, dans le frigo des sodas, dans le garde-manger du pain, dans la bibliothèque du salon des livres et sous la télé (certes, elle est factice, mais rien ne l’empêche d’en amener une vraie (mais est-ce que ça existe encore, une vraie télévision ?) des disques numériques polyvalents mais ça ne résoudrait rien) – une des affaires qui l’occupe donc c »est cette façon de dire faire vivre ce lieu : parce que un lieu, est-ce quelque chose de vivant, un animal, un être, un lieu vit-il ? L’homme (c’est un homme, parfois il s’agit d’une femme mais là, c’est un homme) est debout devant cette baie vitrée donnant sur le jardin. Au mur derrière lui, prenant toute la surface, une vue d’une plage palmiers eau tendre soleil clair et bleu du ciel – personne sur la grève – on pourrait entendre les oiseaux, le bruit du vent dans les palmes, le ressac doux et léger de l’eau presque tiède. L’homme est là, attendant le pékin : il se peut qu’il ait un rendez-vous mais le lapin est fréquemment posé, parfois au loin une voiture semble s’approcher et à un rond-point fait demi-tour. L’homme est là, un agent, une cigarette à main gauche, il attend que passe le temps passe son travail, sa subsistance, sa subordination, sa respiration, tout se tient, tout se ligue, tout avance dans le même temps et le même tempo. Tout à l’heure, il pleuvra peut-être. Dans la fin du jour, il fermera les volets électriques, coupera le courant et s’en ira.
Tout à l’heure. Et bientôt, il prendra des vacances

 

le départ est fixé avant sept heures – on se bouscule dans le hall, on recherche son numéro de voiture on présente son ticket électronique on assiste à la bousculade bienveillante (tout le monde est-il content de partir ? – moi je n’aime pas ça, sans doute parce qu’il faut revenir) à nouveau un numéro mais de place cette fois-ci – assignée – individuelle unique – le bagage – les annonces – le départ
Ça se déroule dans le Montparnasse-Monde, c’est quelque peu sous terre (sous jardin, pour dire le vrai). À main droite si on se trouve dans le sens de la marche, on croisera un arbre fiché entre des immeubles d’un jaune passé, et qui croît malgré tout. Il ne pleuvra pas encore – peut-être tout à l’heure (réellement vers Biarritz et consorts et même avant), mais pour le moment, ce sont les faubourgs étendus d’une Babylone comptant une quinzaine de millions d’habitants qu’on traverse (ça sert à quoi, et surtout à qui, de compter ?).
Doucement, puis plus vite et encore et encore.
Un livre, un sandwich ou des biscuits, de l’eau ou du vin (très rarement), on enlève parfois ses chaussures, l’aise se prend (la plupart des êtres de cette réunion assise (elles sont peut-être quatre-vingt, ces âmes-là, dans cette voiture-ci, ce plancher à moquette grand passage) la plupart ne lit plus mais regarde un écran (les tailles en sont diverses) et c’est ainsi que les petites lampes  serties dans les dossiers (coudés, angles vifs et cruels) se retrouvent obsolètes comme on dit maintenant – codm) on installe son dos, ses jambes,  sur la vitre l’organisme a fait écrire « fenêtre avec vue » ce qui est d’un ridicule achevé (mais l’organisme est très friand de ce genre de pratique) on nous annonce que « le barrista qui nous attend en voiture x se nomme Serpico (pourquoi pas Macadam ou Samouraï ? ) et nous propose diverses boissons chaudes et froides blabla » puis que le train passera par ici par là par ailleurs avant d’arriver en cette gare-ci son terminus – l’organisme n’est jamais avare ni d’annonce inutiles ni de pratiques ridicules – la vitesse de croisière sera atteinte, et donc on croisera la Beauce

voilà bien des années, c’était à Nanterre (c’était en mai – ce n’étaient pas les événements)

mais tonton n’était pas encore locataire du faubourg saint-ho

un type nous enseignait les outils et autres mis en exergue peut-être, en égide ou en scène mots et images par Leroi-Gourhan

André de son prénom – nous, c’était alors des étudiants de diplôme de cinéma – essentiellement critique – et pour valider cet enseignement (peut-être cela s’intitulait-il un certificat, c’est bien possible)

il devait y avoir quelque chose qui avait trait à l’outil de travail – j’ai donné à cette validation (obtenue sans la moindre reconnaissance par le type en question (on en attend toujours, quoi qu’on puisse en dire) – un prof d’anthropologie il me semble bien me souvenir, qui disposait d’un pavillon d’oreille chiffonné)

un tour personnel (j’ai toujours travaillé durant mes études – longues et à rallonges multiples) en prenant comme outil

l’un des premiers train à grande vitesse (ils étaient alors orange et reliaient la capitale à celle des gaules)

un peu plus de deux heures – arrêt à Dijon si je me souviens, ou si j’interprète

l’eau des chiottes en était bleue

il y avait déjà pléthore d’annonces, il fallait bien se tenir, ne pas trop bouger dans les voitures – j’avais des questionnaires à distribuer, je fais comment dis moi pour « ne pas trop bouger » ? –

les portes entre les voitures étaient plus faciles à ouvrir, c’est vrai, et il n’y avait pas de vent dans ces soufflets non plus que d’espaces où on pouvait voir les rails, les cailloux – en gare on pouvait aller à quelque besoin – trois cents à l’heure rendez-vous compte – il ne m’en a rien dit

ou peut-être cela s’intitulait-il « unité de valeur »

comme outil de travail j’avais pensé que c’était bien trouvé

ça n’eut pas l’heur de plaire je suppose – ça allait vite comme maintenant

mais je n’avais pas, alors, ni le temps ni l’équipement pour regarder et fixer, pour un moment de splendeur, à cette vitesse-là la sublime beauté du paysage

 

texte d’éparpillement (accessoire qui me fait penser ici à moby) qui fait suite au numéro zéro du carnet de voyage(s) #156 – lequel s’établira dans les jours à venir –

 

ces jours-ci, la maison[s]témoin tape les onze ans, le nombre des billets du bernard-l’hermite d’agent (premier article le 17 mai 2015) que je suis s’établit à (indique la machine) 434 (ça me fait penser qu’il faudra passer par la case « mettre à jour l’index« ) – est-ce vivant ? est-ce mort ? est-ce que ça s’érige sur des bases organiques ? on s’en fout un petit peu (osefu2p)

Laura (Otto)

 

 

il y a toujours cette tentation d’écrire quelque chose sur un film qu’on a aimé – ne pas se soucier de ses conditions de production, de ce qu’il charrie d’idéologie, de mise en scène, de domination – très à la mode – ici l’héroïne est brune, ce qui en  présage la perte – ou en présume – mais ce n’est pas la raison de cette mémoire de lui : c’est plus le prénom de l’acteur détective – il tombe sous le charme et il s’agit bien d’un charme – après le réalisateur (qu’on avait vu dans un des Cinéastes de notre temps en son temps (voilà quinze ans) (i ne faut pas s’abandonner aux passions tristes – la nostalgie n’existe pas) avait de gros défauts à ce qu’il semble être dit de lui : les films qu’il réalisa en ont sans doute moins – alors voici des images prises ici ou là, quelque part et ailleurs de cette mise en scène dans la mise en scène – l’héroïne est Gene Tierney (Laura qui donne son titre au film); le détective ensorcelé Dana Andrews (Mark de son prénom- ce prénom dans la vraie vie qui me fait souvenir); il y a aussi Vincent Price (qui ne fait pas Draculé mais panier percé et bientôt époux) et encore Clifton Web (en pygmalion au petit pied) – l’image et l’héroïne magnifiées par un Joseph La Shelle oscarisé pour la peine

 

nombreux sont les personnages incarnant des publicitaires -publicistes – cette nouvelle science marketteuse – ce qui n’a pas raiment d’importance dans la narration – un fond de décor, flou et indéfini – le travail de la fiction pourtant – Laura est de cette corporation – il s’agit d’un lieu commun – la voici

avec ce flou aux yeux (elle apparaît toujours en flash back – elle est décédée – mais ici présente pourtant – toujours

trop belle (signifiant, parfois, madame Muir (elle l’incarnera dans trois ans d’ici) – 1944, ce n’est pas son premier rôle mais celui qui la propulsera sans doute au rang de star – elle est assez absente

mais on se souvient d’elle – elle devient quelqu’un- quelqu’une – de réel- plus ou moins

chercher à comprendre – elle a disparu – assassinée – mais toujours présente aux yeux de ceux qui l’aimèrent

ou firent semblant (comme si c’était possible)

dévoiler les machinations (comme une espèce d’horlogerie)

comprendre

il n’y a pas loin d’ici aux révélations – la réalité – les turpitudes – et puis

au fond de l’image, les fleurs du portrait de Laura…

Des énigmes, des révélations, des sentiments  – noir et blanc fugaces et explicités – une espèce de merveille – le cinéma n’avait pas cinquante ans mais parvenait, alors, à quelque chose du mythe

 

Laura  un film réalisé (et produit) par Otto Preminger, en 1944

Goliarda

 

 

(après un prénom pareil ne s’oublie pas non plus – ça a quelque chose de l’attirance, l’emprise, la volonté de paraître ) – c’est en Sicile qu’elle naquit, à Catane en 24 du siècle précédent – dans notre ère dit-on – et qu’en 94, vers Gaète (cent bornes au sud de Rome

au fond de l’image, le Vésuve…) elle disparut) il s’agit d’un film réalisé par un homme, dont le scénario a été écrit par une femme et lui-même. Et il (me) faut souligner que dans la plupart des plans les actrices ne le cèdent en rien aux acteurs – il s’agit d’un film de cinéma qui raconte probablement quelques mois de la vie d’une écrivaine – la période troublée de la vie de cette femme, Goliarda Sapienza donc – après qu’elle ait été emprisonnée pour vol (des bijoux d’une de ses amies). Il s’agit d’une adaptation (dit la chronique) d’un de ses romans titré L’université de Rebibbia (il fau(drai)t que je me le procure) (add.du dimanche : c’est fait – encore merci !…) – un cinéma fait de retours sur soi ou flash-back – il se peut qu’il ne s’agisse que de quelques mois, au début des années 80, où Goliarda retrouve Roberta, une de ses amies, plus jeune qu’elle, qu’elle a connue en prison. Il se peut que  l’action ne se déroule que pendant quelques semaines (j’aime à le croire). Elles se retrouvent, Roberta et Goliarda et c’est une amitié magnifique et même magique probablement. Quelque chose de la liberté, entre femmes, quelque chose qui fait battre le cœur – un peu comme l’amour. Beaucoup, même mais chacun.e sait que ces choses là ne durent que l’espace d’un moment. J’aurais aimé montrer le dernier plan de ce film , il s’agit de Goliarda sur un quai de Termini la gare principale disons de Rome, Goliarda qui courre

(sur cette image, à la main, Valeria Golino, qui incarne l’autrice, tient un fac-simile de lettre – une lettre qu’un détenu (ou une) tente de faire parvenir à ses proches – on en voit une pleine valise, qui représente le signe d’un cadeau que Roberta fait à Goliarda, avant de disparaître) (à jamais) (pour toujours…)  

et cherche où a disparu Roberta – elle s’en est allée – qui l’appelle, puis qui se retourne vers nous donc et nous regarde. Cut. Générique de fin.

 

J’ai pris quelques images au film-annonce – je les fixe et les donne. D’ailleurs toujours ici comme ailleurs, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

 

dans la cour de la prison de Rebibbia (cette prison me fait souvenir des Brigades rouges, mais surtout des tortures qu’elles eurent à subir, des horreurs…) (dehors tout en étant dedans)

en semblables appareils, d’autres détenues

puis ici Roberta (qui lit…)

lectrice donc – il faudrait se renseigner plus avant, sur la durée du séjour (si on peut le dire comme ça) en prison de Goliarda Sapienza – il faudrait lire aussi son Le fil d’une vie (d’abord chez Viviane Hamy puis au Tripode) – un moment particulier de la vie de l’autrice

cette prison qu’elle décrit comme une université

ici elle parle de son livre L’art de la joie – où l’héroïne prénommée Modesta* fait figure d’un double transparent peut-être de Goliarda

mais surtout une espèce de liberté (un savoir vivre – des mœurs sans entraves)

mais aussi, peut-être surtout (rien de certain là-dedans cependant) écrire

et encore écrire – le film parle des difficultés rencontrées pour la publication de ce livre mais aussi, surtout, des relations tissées avec ses amies , ces amitiés vraies et sincères instaurées en prison, puis ensuite – avec Roberta

puis avec Barbara (ici droite cadre)

et aussi Suzy Wong (gauche cadre – toutes donc co-détenues)

et aussi, dehors donc mais en ville, à Rome

le jour, la nuit, volant des voitures

vite – mais vivre – vite

vite pour n’en rien perdre

et l’écrit pour tout garder

Sûrement.

 

 

* : Modesta est (aussi) le prénom que porte la sœur du premier mari de Goliarda, Francesco Maselli.

Fuori un film réalisé par Mario Martone

 

 

 

Orly 2

 

 

 

on pourrait en faire une espèce de mémorial – c’est moche, mais ça aide au souvenir semble-t-il –  pour ce type-là (né et mort un vingt neuf juillet – 92 années séparent ces deux faits) – ça ne lui aurait sans doute pas plu – pas trop – pas beaucoup – peu – c’est parce que depuis que le fils de l’ordure a créé celui de Venise et Jean Zay, pour le contrer, celui de Cannes, le cinéma s’étale au mois de mai (il me semble qu’il avait lieu en fin d’année à ses débuts) sur la croisette (c’est un joli mot qu’on pourrait traduire par la passegiatta) il y fait beau, les filles se dénudent (ça ne se fait plus non – tant que j’en ai oublié comment on les intitulait*) tout ça pour dire que, par une sorte d’oxymore (mais cependant j’y vais deux ou trois fois par semaine) (au cinéma pas à Cannes) (sans compter les films que je vois (assez partiellement, je reconnais, souvent) dans l’étrange lucarne), par la grâce d’un autre film, celui-ci sera l’objet du billet (numéro d’ordre : 400) (la maison[s]témoin continue son chemin).
Les images ici posées ont été prises au déroulement du très réussi Le 5° plan de La Jetée.

Sans oublier que

Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

qui est d’une belle facture (vers énoncé par Florence Delay, dû à Guillaume Apollinaire qui de la grippe alors espagnole mourut dans un immeuble du boulevard Saint-Germain antécédamment faubourg et voilà Marcel qui déboule)

je décris réécris traduis (je marque mon pas sur le pas de Marker) :

un couple, deux acteurs innommés, une femme et un homme (et Claude Lelouch qui lui aussi déboulera, quatre ans plus tard, sur la croisette… – l’image d’entrée de billet…)

Davos et Hélène aux Tuileries, je crois bien – un peu trop intello je suppose dans mon souvenir

il y avait cette faille alors (un peu comme pour le Perec et son Homme qui dort – le temps des facultés, des universités du quartier latin – celui où on s’endormirait aux films de la Duras) – mais ici, le type voyage

les avions, les Caravelles et les Super-Constellations (j’ai débarqué là, fin juillet soixante, deux ans plus tôt – j’en avais sept)

un endroit que j’aime encore assez – lui c’est dans le temps

il porte des œillères ou des lunettes d’aviateur

assez perdu et en un certain sens toujours en fuite

l’un des plus beaux films de cinéma du monde est fait de banc-titres – images fixes – seul le temps semble avoir quelque mouvement

est-ce le matin tôt (« good morning ladies and gentlemen this is the captain speaking... » ) ou n’est-ce que la fin

la femme est là

mais aussi l’assassin

car il n’est pas question qu’il s’échappe, ce Davos-là

il court il court et puis c’est l’instant

un moment 

terminal

un film de cinéma, de science-fiction peut-être – vingt-huit minutes – 1962

 

La Jetée  un film de Chris Marker

 

Le film « Le Cinquième Plan de La Jetée » réalisé par Dominique Cabrera

(merci à elle)

a été chroniqué en ville & cinéma

 

* : ce type d’olibrius, ou d’ectoplasme, ou d’objet fantômes ou sorcières bikinis vagues sables soleil (sea sex and sun disait l’autre à l’oreille en feuille de chou) était intitulé starlette – ça ne se fait plus et c’est tant mieux

 

 

Le salon de T Episode 4 Oh la belle bleue… !

08/05/2024

Corrections de Blanche à 8:39 le 08/05/2024

Le beL Esclandre…

Il était un peu plus de 14 heures ce mercredi 1er mai au salon de T, Blanche et moi venions de servir avec succès à peu près 25 clients, quand un homme ouvrit la porte du salon de T.

Un peu fatiguée par ce premier service « de saison », entendez par là premier coup de feu, entendre par là premier service où jongler avec les commandes est nécessaire, je me retourne vers l’homme et le salue :

« -Bonjour monsieur, c’est pour… ?

-Prendre un T…entendez par ces trois petits points que la suite va déraper.

-Combien êtes-vous Monsieur ?

Oui, parce que je viens de servir plusieurs tables de tailles différentes pendant deux heures, donc je me renseigne sur la taille du groupe avant que de pouvoir lui répondre…

-Nous sommes 70, il y a un bus là-bas !!!, entendez par ces trois points d’exclamation que la Scène a commencé, le Mépris est là, bien en place, et qu’il n’attend que moi pour lui répondre.

-Ah…à ce moment-là monsieur, ce ne sera pas chez nous, mais à la Guinguette.

Rires un peu étouffés des clients encore présents et comblant l’intérieur de l’établissement. L’un d’entre eux, un habitué aux cheveux blancs que j’aime bien, se risque même à souligner « elle était bonne celle du bus… » et moi de lui répondre « non, pas là », mais je  n’ai certainement pas le temps de gloser là non plus. Blanche comprend, et me demande d’aller m’occuper des gens sur la deuxième terrasse, elle va s’occuper du monsieur. Cela vaut mieux. Certes, certes. Je commence à avoir faim.

Je passe donc de l’autre côté et ne prend plus en charge ce client. Au fur et à mesure de mes allers/retours, j’entend Blanche prendre soin de lui et de son besoin de reconnaissance. Je n’ai pas le temps de m’y arrêter plus.

Las, Blanche est la seule à cuisiner. Il y a bien un moment où il faudra que je le « serve », mais très honnêtement je l’avais presqu’oublié quand Blanche me demanda :

« Tu peux lui mettre l’eau chaude ? J’ai préparé sa tasse…il a pris une tarte aussi, là. ». Je m’exécute, comme durant les deux heures précédentes. Je prends la théière, la remplit de l’eau chauffée à la bouilloire à 80 degrés pour une infusion qualitative, l’assiette à dessert avec la rose bleue, trouvée il y a deux ans à Emmaüs, les couverts, la serviette, et en passant près du vaisselier, la tasse de thé préparée avec la petite tasse à l’intérieur pour la boule à thé.

Je dépose le tout sur la table verte à l’extérieur, là où le monsieur s’est installé, sans rien dire, je dois encore filer de l’autre côté pour m’occuper des autres clients.

En revenant, le monsieur m’interpelle. Comment exactement, de là tout de suite sur mon clavier j’avoue que les images sont floues. Toujours est-il que Mépris était là, juste entre nous.

« Mademoiselle, je ne peux pas mettre la boule à thé dans la théière… »

Précision importante : je ne suis pas de l’équipe Thé, je suis de l’équipe Café. J’ai appris depuis 5 ans à répéter ce que j’ai entendu sur la petite cérémonie de « L’Heure du Thé » que nous pratiquons ici. A savoir que le service posé devant lui est censé lui servir à pouvoir se resservir plusieurs fois de l’eau chaude, quitte à nous en redemander pour respecter la petite cérémonie. Grave erreur.

 

« Mais vous n’y connaissez rien !!! Au contraire, justement !!! Pour L’Heure du Thé, je suis censé pouvoir mettre la boule à thé dans la Théière !!! c’est cela le rituel !!!

 

A chaque point d’exclamation j’ai joué la partition qu’il avait bien voulu me laisser, celle de la serveuse idiote-bête et inculturable : « Pas ici, monsieur. ». Je le lui ai répété presque une dizaine de fois je pense, avant de couper court, rentrer et claquer la porte juste à ses oreilles.

Un autre client, qui avait été là pendant les deux heures précédentes, me montre la porte des toilettes en face de moi et me dit d’aller me soulager…gentiment. Ce que je fis. Quelques secondes, las je n’en avais pas plus, il y avait toute la vaisselle à faire, et toujours les autres clients à s’occuper.

En sortant des toilettes, le gentil monsieur me demande l’addition. Je m’exécute et encaisse le tribut. Je suis donc entre la cuisine et la salle quand Monsieur entre pour tenter de m’expliquer encore une fois Comment, Qui, Pourquoi, et tout le reste si j’ai au moins une connexion neuronale de disponible pour intégrer tout ce Savoir Incroyable qu’il veut bien daigner me Transmettre.

Mais. Mon corps, et surtout mes yeux,  lui répond que rien ne passera. Il finit par le comprendre. Par l’accepter à sa manière :

«  Mais c’est normal que vous ne sachiez pas faire le thé, vous êtes française et donc vous êtes fasciste ! »

Blanche : « offre-lui ses consommations et qu’il se barre… »

Le Monsieur : « ah ! voilà ! quand même ! »

Et Blanche ajoute: « Et ce n’est pas la peine de revenir, Monsieur! »

Il est tout furibond, mon corps, sans me demander mon avis, suit celui du Monsieur dans la salle jusqu’à la porte. Et au moment où il a voulu claquer la porte, se met entre lui et la porte, si bien que la porte n’a claqué que sur mon dos sans faire le moindre bruit. Ultime offense.

« Ce qu’il y a l’intérieur de vous, mademoiselle, n’est pas beau! ».

J’aimerais vous dire que je l’ai laissé partir, seul. Non. Je n’ai pas atteint ce niveau. Je l’ai un peu poussé par l’air qu’il y avait entre nos corps, et surtout en laissant le mien avancer sur la terrasse, pour être sûre qu’il finisse par descendre les marches du salon de T et qu’il ne soit plus « dans notre espace ». Une fois fait, je n’ai pu retenir une phrase mal fagotée : « ce qu’il y a à l’intérieur de vous est écoeurant »

Quelle est la morale ?

Une autre cliente, qui avait assisté à la scène de loin et à qui j’expliquais le pourquoi du comment du qui, fit une grimace au moment où je lui explique. Je comprends alors que le Monsieur avait raison. Il se trouve que je lui ai donné exactement la même théière, je le lui signale, et devant moi elle arrive à insérer la boule de thé dans la théière.

Fin de la scène.

slander (v.)

 

late 13c., sclaundren, « defame, caluminate, accuse falsely and maliciously, » from Anglo-French esclaundrer, Old French esclandrer, from Old French esclandre « scandalous statement » (see slander (n.)). Related: Slandered; slandering; slanderer. In early biblical translations also sometimes closer to the Latin literal sense, or with a notion of « stumbling block to faith, grace, etc. »

 

    And who euer schal sclaundre oon of these litle that bileuen in me, it were betere to hym that a mylne stoon of assis were don aboute his necke, and he were cast in to the see. [Mark ix.42]

Œillets ibériques et péninsulaires

 

 

 

de quelques images rattrapées pendant ces dix derniers jours – quelque chose pour que vive cette maison – comme quelque chose d’entendu : j’étais arrivé à la conclusion qu’il fallait reprendre un peu tout ce qui a été conçu, en faire un lot, un index, un historique, un récapitulatif, quelque chose de sérieux (« t’es sérieux là ? » s’enquièrent nos têtes blondes ou pas) – j’avais des choses à faire (Marseille, Péloponèse, B2TS – le reste, la lecture de la fin d’Almayer et de sa folie – une belle histoire triste abritée par une espèce de mangrove, rechercher Sambir et d’autres lieux – quelque chose comme une réminiscence du rivage des Syrtes, une ambiance de fantômes mais non pour le reste, tout reste à faire comme d’habitude – mais ces images parce que quelque chose de vrai s’est alors passé – j’avais vingt ans tu sais ce que c’est, des choses qu’on n’oublie pas – elles se sont passées mais on ne les a vécues que  de loin, peu, on avait autre chose à faire
¨Puis je me suis demandé, me souvenant d’avoir vu ce film Capitaines d’Avril (Maria de Medeiros, 1999) au forum des images,si je n’avais pas, par hasard, commis un billet sur ce film mais non. J’ai dû oublier, comme souvent – je suis pris par autre chose, souvent, quelque chose à dire et à montrer (à me montrer surtout) (mais je partage) et j’ai recommencé à m’en prendre sérieusement à ma façon de faire, un peu légère mais suivie, j’ai cessé d’attendre à un moment, je me suis dit qu’il était inutile de tenter de comprendre quelque chose à ce public comme on dit – il suffit de (se) donner dans ses actions, quelque chose de généreux peut-être mais arrimé à quelque chose d’éthique – je cherche toujours, sans trouver – lire voyager regarder saisir sentir – non, mais tant pis pour l’œuvre ou l’écrit ou le roman – tant pis mais garder la tête hors de l’eau et nager – quand même 

 

25/04/1974. LA REVOLUTION DES OEILLETS

déjà posée parce que c’est important – descendre l’avenue avec un œillet à la main (ce billet dédiée à l’amie lisboète qui se reconnaîtra) et ne pas tuer – ne pas mourir – comme une vague formidable – tu vois, je ne savais pas alors, certes je criai dans les rues « Stirner ! Proudhon! Bakounine Kropotkine Voline! » sur l’air des lampions, on s’était amusés déjà à chanter « Ah Debré si ta mère avait connu l’avortement » qui était d’un goût assez douteux deux ans plus tôt – on mettait sur nos têtes des entonnoirs – on riait parce qu’on avait déjà derrière nous la réalité de l’usine et la ferme et définitive volonté d’y échapper tout comme à l’armée – nos vies à mener

25/04/1974. LA REVOLUTION DES OEILLETS

nous n’avions pas l’âge de ces capitaines, mais presque – ils étaient nos aînés – ils refusaient l’Angola et le reste – et l’ordure (sans majuscule, non) salazar pourrie était morte, ne restait plus qu’à l’enterrer

Adelino Gomes (ancien journaliste qui a couvert les événements), montrant ses archives, au Largo do Carmo où s’est produite la Révolution.

j’ai volé ces images dans le canard, comme une espèce d’habitude,un modus operandi un genre de crime – j’ai (très souvent) ce que la vulgate de ce genre (policier ou hard boiled) intitule des scrupules de pucelle – nous vivons dans un monde désolé –

Détails de l’exposition célébrant le 25 Avril, au Musée GNR situé à Largo do Carmo.

détacher les portraits (mais les remplacer par d’autres ?) – nous vivons dans un monde absurde – nous ne savons pas, nous ne savons rien sinon que doit vivre la liberté – nous ne savons pas pourquoi, mais sans entrave et sans temps mort …- tu te souviens… et puis le temps s’oublie et passe

Adelino Gomes (ancien journaliste qui a couvert les événements), montrant ses archives, au Largo do Carmo où s’est produite la Révolution.

à un moment, le charme s’est rompu
à un moment je n’ai plus su comment faire pour revenir
alors j’ai regardé devant moi et j’ai continué, un pied devant l’autre
une image après l’autre

Groupe de personnes célébrant le 25 avril et rendant hommage à Vasco Correia et Natércia. La cérémonie comprenait le chant de « Grândola Vila Morena »

des fleurs et des chansons

des noms de personne (à ce moment-là tout le monde faisait le voyage de Lisbonne racontait, il me semble bien, la biographe de JiPé) – ces années-là – le monde et l’univers, ce moment-là où tout semblait possible – et peut-être tout l’était-il, tout comme aujourd’hui

je me souviens des livres de Lidia Jorge (tous, mais surtout Les Mémorables  chez Métailié, traduit en 2017 par Geneviève Leibrich)

– je ne me souviens plus, pourtant, mais j’ai à l’idée ce nom qui me revient mais qui n’a rien à voir – c’est au pays voisin, sous l’ordure franquiste (Castelo Branco c’est ce qui me vient) (en réalité Luis Carrero Blanco dont la Dodge Dart s’envola un 20 décembre au dessus des toits d’une officine jésuite (car le hasard n’existe pas) pour retomber dans le jardin d’icelle – le nouveau premier ministre en mourut, ainsi que son chauffeur et son aide de camp – quelque quatre mois avant…) – je me souviens

 

Le salon de T Episode 3,123

13/04/2024

Violence et Résistance sont en couple depuis maintenant aussi longtemps que le temps existe.

 

La pâtisserie, la cuisine en général.

Battre les jaunes puis les blanchir au sucre.

Cuisiner c’est jouer avec la mort et la violence pour rendre « tout cela » digérable voire « agréable ».

 

Résister

 

A quoi ?

Pour se rendre à l’Evidence, il vaut mieux être bien équipé. Une bonne carte et une bonne boussole sont nécessaires, au sens où le voyage ne peut pas être sans, ou être autrement.

 

20/04/2024

Résister à quoi ?

  1. 1200, gelus, later jelus, « possessive and suspicious, » originally in the context of sexuality or romance (in any context from late 14c.), from Old French jalos/gelos « keen, zealous; avaricious; jealous » (12c., Modern French jaloux), from Late Latin zelosus, from zelus « zeal, » from Greek zēlos, which sometimes meant « jealousy, » but more often was used in a good sense (« emulation, rivalry, zeal »), from PIE root *ya- « to seek, request, desire » (see zeal). In biblical language (early 13c.) « tolerating no unfaithfulness. » Also in Middle English sometimes in the more positive sense, « fond, amorous, ardent » (c. 1300) and in the senses that now go with zealous, which is a later borrowing of the same word, from Latin.

https://www.etymonline.com/word/jealous

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », propos recueillis par Blanche le 19/04/2024 au salon de T, table Marbre, table de six personnes, trois hommes, trois femmes, venus ici sur les conseils d’un guide des routes en ard.

Le matin même, je me décidais enfin à remettre un exemplaire de mon précieux près des autres ouvrages laissés à disposition des gens de pas sage dans le salon de T. Un Rabelais rabelaisien[1], un ouvrage de poésie qui n’en est pas un[2], un livre maison qui se construit toujours[3], un exemplaire de la Revue des Deux Mondes sur le Wokisme, parce que j’espère encore raccrocher le wagon que j’ai raté quand il m’est passé sous les deux yeux, le fonctionnel et l’autre, il y a quelques années de cela,  plusieurs exemplaires de la revue Gestes que je n’ai jamais le temps de lire mais dont j’admire déjà les couvertures[4], et un exemplaire de « Carnaval », livre auto-édité que j’assume assez mal tant je sais que, ben, voilà quoi.

Alors hier matin, quand quelqu’un m’a demandé ce que j’avais pu publié qui ne me mettrait pas mal à l’aise quant au moins à l’engagement pris dans sa rédaction (technique de traduction de l’étoffement, elle m’a juste demandé ce que j’avais écrit d’autre, mais c’est moins…  « littérable »), j’ai parlé de « mon précieux », mon mémoire de Master 2, commis en 2018 à l’université de Tours. Et je me suis enfin décidé à redescendre l’exemplaire qu’il me restait du « bureau du Métamicien » jusque dans la salle du salon de T.

Quand les six réservés se sont installés table Marbre, ils avaient bonne vue sur tous les exemplaires des ouvrages à disposition. Il se trouve que l’exemplaire du Mémoire se voit mieux par son format académique, le A4. Et l’une d’entre elles d’essayer de lire le texte de loin… »c’est quoi ce paradoxe là-bas…c’est un docteur Welsch… ? » oui, j’ai entendu le sch, elle l’a prononcé à l’allemande. Or le titre c’est « Le Paradoxe Denton Welch », en tout K dans le titre, rien d’allemand.

« Non, madame, c’est le Paradoxe Denton Welch, c’est un auteur, et c’est mon mémoire de Master 2… » corrigeais-je en préparant quelque chose pour le service qui s’annonçait finalement moins léger que prévu. Pas le temps d’en dire plus, je les laisse prendre l’exemplaire, le compulser rapidement, lire à haute voix « Interaction Culturelles et Discursives…ah oui, quand même… ». Ce n’est que le nom du laboratoire de recherches auquel n’importe quel étudiant est obligé de s’adosser pour écrire son mémoire, mais ça je n’ai pas eu le temps de leur expliquer. D’autres clients se présentaient déjà à la porte. J’étais quand même contente, un peu fière, mais je n’avais pas le temps de plus.

Puis j’entends une des trois femmes parler de « thèse », là je ne pouvais pas ne pas intervenir, l’erreur aurait pu être grave, en tout K pour moi. Je ne voulais pas qu’on se méprenne, je n’ai jamais prétendu avoir publié une thèse, ça c’est pour après, quand j’aurais plus de temps… « non madame, ce n’est pas une thèse, c’est juste un mémoire…il y aura une thèse, plus tard, mais là, ce n’est qu’un mémoire… ». C’est que je ne voudrais pas voir dévaloriser un travail que je n’ai pas encore produit…

Des clients, une table de deux table Arbre, deux dames, un poulet orange, et un shitaké. Trois personnes table Métamicien, des amis qu’il fait bon revoir après un hiver rigoureux, deux autres qui arrivent « non, pas à l’extérieur, il fait trop froid… ». « Et bien ici alors… » dis-je en leur désignant la table Montgolfière, qui est normalement une table pour quatre personnes. « Ca ne vous dérange pas ? », demande quand même le monsieur, la politesse, la politesse. « Non, monsieur, c’est très jungien… », allez, prend ça en apéro et laisse moi mettre en place ma danse…

Je sens que ce service va être intéressant.

« Bonjour, nous sommes trois…

-je n’ai plus de place à l’intérieur, je peux vous proposer en face, la terrasse au soleil ?

-ah mais même à l’ombre, ça ne me dérange pas, dit le monsieur sans se retourner ni vers sa femme ni vers sa fille qui étaient déjà frigorifiées.

-allons, de l’autre côté pour voir si ça vous convient, je peux vous rentrer une table à l’abri du vent si vous voulez, dis-je en regardant la femme d’origine asiatique qui remontait le col de son manteau. Arrivés de l’autre côté, en traversant la route du village, la fameuse rue du Maréchal de Lattre de Tassigny, le soleil est là. Mais il y a du vent. J’insiste :

« -comme je vous le disais, je peux vous rentrer une table à l’abri du vent, sinon je la laisse au soleil.

-c’est pareil pour moi, on peut rester là, dit le monsieur. Mais pas le corps de sa femme, ni celui de sa fille, j’insiste encore un peu en regardant la femme.

« Oui…je veux bien à l’intérieur… »

Voilàààà. On y est. Je leur installe la table à l’intérieur du Métamicien, à l’abri du vent. Je prends la commande des boissons et je retourne vers le salon de T « historique », de l’autre côté de la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny.

En arrivant à la cuisine :

« je prépare le pain ?

-oui, tu peux, ça va sortir pour les trois et les deux. Après on fait les six.

-Ok »

J’adore ça. Ce moment où « il faut gérer », « le coup de feu », le « tout en même temps » mais pas vraiment, il y a largement assez de place pour danser. En tout K, je sais que dans ces moments-là, j’ai le corps fait pour, et il a hâte de pouvoir s’exprimer.

Le service se passe, je virevolte d’une terrasse à l’autre, j’ouvre une bouteille de vin ici pendant que je prends les desserts là, je place là pendant que réponds ici. J’adore ça. Et puis, depuis l’année dernière, il y a « mes desserts ». Et je sais qu’ils font tous mouches.

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », je ne l’ai pas entendue, et c’est heureux. Car j’aurais par trop adoré répondre. J’aurais, pour sûr, trouver la formule qui fait mouche. Je les aurais ébloui de ma prestance physique et mentale, alliées le temps d’une dose d’adrénaline, ou plutôt d’un cocktail de neuro-transmetteurs toujours en cours d’étude par je ne sais combien de laboratoires très sérieux à travers Le Monde, entendez par là le monde universitaire, qui s’il s’affichait à taille réelle sur une « véritable » carte du monde montrerait toute l’étendue de sa petitesse, finalement. Oui ! Mais non. C’est Blanche qui les a entendu et me l’a répété plus tard, heureusement.

Fin de service, deux heures plus tard, à courir, danser, penser mais pas trop. Un règlement par carte bleue, un TPE dans la main, j’étais en pleine transe, toute à ma jouissance de la performance, quand Blanche me parla. Le TPE vola dans l’air pour s’écraser sur le sol. Une partie de seconde à perdre mes yeux dans ceux de Blanche. Qu’a-t-elle dit exactement ? Je ne m’en souviens pas, bien sûr. Je me souviens par contre très bien de ce que j’ai ressenti. J’étais là, au sommet, en train d’achever l’Oeuvre du Service, et quelque chose d’extérieur est venu cassé mon Geste. C’est ab-so-lu-ment insupportable. Comment a-t-elle osé faire ça ? J’y étais presque !

« va te faire foutre. » déclarai-je.

Je pourrais, j’en ai les moyens ou j’ai les moyens de les chercher, gloser sur mille pages à  l’aide d’un Georges Bataille, de mythes perdus, puis retrouvés, puis re-perdus, puis re-retrouvés sur les Raisons qui m’ont fait proférer cette phrase, si doucement, et si injustement.

Au moment où j’écris ces lignes, il y a même une partie de moi, qui gonfle par moment pour prendre toute la place, qui le pense encore, toujours.

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », parce qu’elle n’a pas fini de travailler sur l’humilité. Elle a commencé il y a longtemps, mais à force de tourner sur son nombril elle a pris un peu de retard…

« Oh How I want to be great!

Delusion of Grandeur’s my fate.”[5]

Il est 7h04. On est samedi. Je n’ai pas publié depuis au moins une semaine.

[1] François Bon, https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot163 .

[2] Delphine Arras, https://editions-ex-maudits.com/produit/sonate-pour-un-bison/ .

[3] Catherine Serre, https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/la-maison-de-mues/ .

[4] Gestes, https://www.beauxarts.com/geste-s/ .

[5] DE-LA-NOY, M., The Journals of Denton Welch, New York : E.P. Dutton, 1984, p.3.

dispersion #24

 

 

 

j’avais à l’idée cette phrase du carnet café europa (qui m’entraîne toujours un peu vers l’est et sa mer Noire, ce genre de bazar du Bosphore, quelque chose par là-bas) (j’aime assez y penser bien que je préfère, et probablement de loin, le sud) cette phrase donc

Ceci étant dit, l’époque est au morcellement, au fractionnement, à l’attention discontinue et sursollicitée par l’image.

je me disais sursollicitée vraiment ? oui sans doute – peut-être – certes – pourquoi pas ? – probablement – mais les images ici où je (on) (je surtout) ne parle beaucoup que de culture visuelle (alors que je devrais me mettre à écrire) ont ce don de m’aider à me disperser – quelque chose comme de la discorde (je lisais aussi ce quelque chose discorde qui m’a plu) – nous en sommes au vingt-quatrième épisode, mais j’aime à savoir que dans ce dernier mot se niche aussi celui de « ode » qui m’est évocateur d’abord de son diminutif en prénom (porté par mon amie TNPPI, mais aussi la mère d’un de mes plus proches amis décédé au quatre août dernier), mais aussi de cette chanson en poésie sans doute, quelque chose de cet ordre – quelque chose de la mémoire que je ne veux pas oublier mais qui se déliquescence doucement (quand même ce ne serait pas un verbe) – tendrement – garder

quelque chose de l’urgence – sa cravate rose mal ou peu serrée sur son col monumental – ces (ce ne sont pas des mantilles, mais j’aime ce mot il m’est venu et il lui va bien) ses gants, là  (le nom m’échappe) (ce sont des mitaines) un homme qui est à la mode – continue (je ne l’aime pas cependant, cette image je l’ai prise, comme la suivante, parce qu’elle m’indique quelque chose de beau) mais pas le sujet

ici c’est l’outrecuidance de la montre – cette croix, là – mais deux fois pourtant, pour la légende rouge disons

semblable au nuage en artefact qui l’orne (j’aime beaucoup ce nuage rouge, oui rouge) – ce sont des gens comme les autres sauf qu’ils sont  en position d’être reconnus sans qu’on les nomme – tiennent au monde une place conséquente – considérable – des acteurs

(Raymond Aimos et Jean Gabin – Quai des Brumes Marcel Carné,1938) ou d’autres

(Robert Manuel et Jules Dassin, Du rififi chez les hommes, Jules Dassin, 1955) – personnages

(au fond,un type arrose le stade – celui qui joue Judas Ben-hur, je ne le prise pas – son amour pour les armes à feu et les subsides offerts par la National Rifle association c’est non – comme celui  qui anime un de ses contemporains, plus ou moins, delon sans majuscule, je ne l’aime pas non plus (comme disait Pialat à Cannes que je n’aime pas non plus – majuscules cependant) (on prépare les accréditations, là, t’inquiète) en revanche WW et son chapeau, ça me convient – est-ce sa réussite ? sans doute oui – mais cette image-ci

pour toujours

ou cette autre – mais moins pour toujours tu vois –

la légende indique que la photo a été prise au Kremlin (et pas Bicêtre) (mais quila prit ?) – dans le cadre au fond qui domine, Karl Marx – il n’y a là que des hommes, qui sourient benoîtement – la flatterie – le dégoût vaguement – à gauche, chauve : je me souviens de sa chaussure sur le pupitre de l’ONU – je me souviens – ces deux monstres

entre les deux , le réalisateur Noel Marshall époux de Tippi Hedren (égérie pratiquement violée par Hitchcock) et une dresseuse je crois bien – Tippi et la fille qu’elle a avec Noel Marshall, Mélanie Griffith, sont grièvement blessée – tournage de Roar seul film réalisé par  ce Noel Marshall… L’horreur (racontée par Hélène Frappat dans son magnifique Trois femmes disparaissent chez actes sud)

et moins grave

mais magnifique – et elle, Delphine Seyrig, tout autant magique

bah…

 

 

dispersion, une espèce de feuilleton de la maison[s]

 

Le salon de T Episode 1

 

C’est un endroit qui ne ressemble ni à la Louisiane, ni à l’Italie. Il y a deux pots d’Anduze au coloris particulier sur la terrasse. Les parents les sortent quand le salon de T rouvre ses portes, entre mi-mars et début avril. Une femme bien habillée de vêtements neufs, dans la quarantaine/cinquantaine expérimentée dans la perception de certaines choses mais pas de toutes, qui le serait ?, à la paire de lunette accordée à la couleur permanentée blonde mais pas trop, et pourquoi l’appellent-ils vénitien celui-là ?, la voix échauffée par l’envie sus-citée, arrondie par un reste de générosité trouvée au fonds d’une connexion neuronale mal en point, toute humide et un peu moisie d’avoir été laissé là trop longtemps, nous en offrit 50 ou 100 euros pour la paire, après avoir dégusté un T et une part de tarte et les avoir payés, non sans féliciter comme de bons a-lois la cuisinière.

Dans des mondes parallèles qui doivent bien exister puisqu’en j’ai perçois l’écho, faible mais néanmoins substantiel, je m’entends, seule, lui répondre « mais prenez-les, si ça vous fait plaisir… », lassée par la déliquescence surjouée d’une sociétaire de la Comédie Humaine. Ou, dans un autre, me prendre, seule, pour un Sire Anneau de Berge en Vrac et lui déclamer une diatribe de nez d’Anduze « à ma façon » pour tenter de réveiller le reste de ses connexions neuronales sur toutes les « autres choses » qu’elle n’a pas vu, ou plus sûrement pour tenter de la toucher là où, sans même le savoir, elle avait touché et blessé, sans trouver de centre sur cette amas de chair inerte où mes coups auraient porté.

Plus simplement, Blanche lui répondit :  «  nous savons ce que sont ces pots d’Anduze, Madame. Sachez d’ailleurs que le coloris est une commande spéciale et qu’il n’en existe qu’une centaine de ce type-là. »

Et la dame est reparti avec ses yeux ébahis, sa bouche ouverte avec un reste de tarte à T sur les molaires, et je suis restée près de Blanche pour apprendre.

Chez Tata Aïcha

Un appartement de la banlieue parisienne dans les années 1980, chez « tata Aïcha ». Ce n’est pas ma tante, c’est celle de mes sœurs. Ce n’est pas non plus la tante de mon frère. C’est la sœur de Ben. Elle est marié à un homme si vieux qu’il ne se lève plus de son fauteuil. Elle a un œil au beurre noir. Sur sa peau marron, ça fait étrange, comme un maquillage de mythe expliquant la double nature des choses. D’ailleurs elle est habillée comme un personnage de conte arabe, elle joue comme si elle était dans le hara d’un grand seigneur omeyyade ou abbasside. Rétrospectivement, je vois un peu ma sœur dans ce qu’il me reste d’images de tata Aïcha. Même si ce n’est pas ma tante, c’est celle de mes sœurs. Ce n’est pas non plus la tante de mon frère. C’est la sœur de Ben. Ben est le père de mes sœurs, mais pas notre père à mon frère ou à moi. On est trop blancs pour ça.

Le salon marocain est en L le long des murs de la salle principale de l’appartement. Les adultes se sont assis dans le L, se faisant face et se parlant de choses d’adultes. Le tissu des banquettes est aussi riche que la tapisserie est déjà pauvre.

La table est entre eux tous pour accueillir les collations éternellement fraîches et présentes, et le thé à la menthe toujours, toujours prêt à être servi en allongeant le geste au-dessus des petits verres sans en mettre une goutte à côté.

La caméra ne s’attarde pas sur eux, mon frère l’avait à peine allumée, on en voit que quelques dos assis sur des poufs en cuir.

Il se fait un petit travelling le long de la banquette pour arriver sur sa cible. Un corps d’enfant, le mien, posé là, seul, un peu plus loin. Il en étouffe déjà quelques rires…des plantes vertes un peu plus loin semble avoir plus de vie que ce petit corps. En y repensant, je crois que c’était la première fois que je m’essayais à la catatonie sans en connaître le mot. Ne rien faire, ne pas bouger, respirer à peine pour survivre, les bras qui semblent se détacher et vouloir couler sur le sol. Les yeux fixes sur rien.

Il continue son travelling en appelant mes sœurs « discrètement » pour qu’elles le rejoignent. Il garde le petit corps aussi inerte qu’il le peut au centre de l’image. Puis il recule pour prendre la distance nécessaire, qui ne peut ni ne pas être ni être autrement pour profiter au mieux.

Le micro sur la caméra capture tout bruit, tout mot, tout pouffement. Au centre de l’image, le petit corps ne bouge toujours pas. Je crois que j’avais réussi à totalement m’anesthésier.

« hey…je vous donne 5 francs si vous allez mettre une claque à Alexia… ? allez… ! »

On entend les petits rires des deux petites filles. C’est Ilhem qui y va. Elle s’est toujours faite avoir.

Sur l’image on voit le petit corps d’une enfant de 4 ans qui court en direction du petit corps inerte d’une enfant de 10 ans, s’arrêter devant, mettre une claque au visage, et revenir en courant.

La main droite du petit corps inerte de l’enfant de 10 ans ne devait pas être assez anesthésiée, elle se lève, se colle à l’endroit du choc, le regard se tourne vers l’œil de la caméra au moment où les rires du frère éclatent et remplissent la bande-son. Puis la main, le bras, le petit corps de l’enfant de 10 ans reprend sa position, sans aucune larme, sans avoir ouvert les lèvres, sans avoir essayer de se défendre. A quoi bon ? Personne n’a rien vu. Ou plutôt tout le monde a vu. Et personne n’a rien dit. Alors, a quoi bon ?

Tout le petit corps de l’enfant de 10 ans s’est remis en position. Je crois que ce jour-là, j’ai réussi quelque chose. Je cours peut être derrière depuis.