Rive gauche

 

 

 

je tente de maintenir ici un rythme hebdomadaire – là-bas mensuel – ailleurs quotidien – je ferais dans le journal que ça ne m’étonnerait qu’à moitié – seulement voilà, les choses se passent et le pouvoir vacille – un pays qui traite mal sa jeunesse est une affaire putride – alors plutôt que de m’enhardir à recenser ce que je trouve (ici un livre dans une boîte à iceuxci) peut-être ferais-je mieux de sortir et crier en rue (seulement la bronchite – plus ou moins chronique – s’empare des poumons d’octobre à avril en général – et en particulier ces jours-ci) – l’agent se soigne mais fatigue

 

voici toute l’affaire

après dedans j’ai trouvé une enveloppe (etc) (lien d’entreglose) mais souvent quelque chose dans un livre – celui-là retournera dans sa boite incessamment (je n’aime guère son bavardage) (je le cède  qui le demande) mais empli d’images vaguement parlantes (il n’y est rien dit de l’image de couverture qui doit parler d’elle-même : je suppose – un cheval, une tortue, un bassin (du Luxembourg probablement ou de l’Observatoire)…) – par exemple celle-ci (en spéciale dédicace à l’Employée et à son Montparnasse-monde)

surexposée je reconnais (le flash ne s’est plus senti) (elle est anonyme et vient comme à peu près toutes celles choisies ici du musée Carnavalet)  – un accident – boum (comme disait Hélène Hazera (†)) – une minute d’inattention, et on oublie de freiner – non je blague une minute (ce n’est cependant pas vraiment drôle : il y eut un mort, je crois bien le marchand de journaux du kiosque sur lequel chut la loco) – et puis cette image-ci, sur le boulevard un peu plus loin

(André par Imre) Kertész Café du Dôme début de siècle précédent je suppose – le Dôme (on y croisera plus tard Simone de Beauvoir ou Nathalie Sarraute) – ou encore celle-là

(J’ean-Louis David et son Marat assassiné) – la violence, la révolte, la révolution – la réaction – quel âge avait-il ce bougre ? cinquante piges quand même – bah on ne le dirait pas (du côté de Saint-Sulpice) – la rive gauche pour ces dix promenades donc – je les oublie, le parc Montsouris pour Cléo je passe, mais reste sur cette image-là

Charles Marville – Restauration du Panthéon après la guerre de 1970

 les « grands hommes » et les dix centimètres de faille en son milieu – et cependant quelques femmes… C’est cet ordre-là, sûrement qu’il faudrait mettre à bas – c’est peut-être un hasard que se trouve patrie dans patriarcale – rapatrié – rive gauche, du quai d’Orsay (on s’installa L. à son arrivée vers la fin des années 40),  les Invalides (la rue Fabert, où devenue veuve, elle s’installa, les années 70), les hôtels des rues du Bac, Montalembert, Bottin  Verneuil, puis du quai Voltaire (des anénes 40 aux près de vingt premières de ce siècle-ci) – ce quartier, cette rive, Paris rive gauche

Foujita L’Hôtel Edgar-Quinet boulevard Edgar-Quinet

un tout autre quartier – un tout autre hôtel – éloigné

 

les dix promenades de la rive gauche :
L’île Saint-Louis
Les arènes de Lutèce
De la Salpétrière
De Denfert à Montsouris
Montparnasse
Luxembourg, Saint-Sulpice
La montagne Sainte-Geneviève
Saint-Germain-des-Prés
Le faubourg Saint-Germain (qui n’existe pas)
Des Invalides au Champ de Mars

 

 

 

Contemporaines

 

 

ce n’est pas qu’il s’agisse d’un décor (comme ces vues immenses de plage cocotiers sable clair et mer turquoise que je croisais lors des enquêtes à domicile, sur la dalle d’Argenteuil ou d’ailleurs) (des coursives et des duplex – l’île sur la Seine, le pont de Bezons au loin) (cette ceinture-là était encore d’un rose assez soutenu (style 84 ou 85) mais voilà : où es-tu, lotissement maison (bernararno y fit fortune avec son perinel à la mer à la montagne à la décharge quinze ans après) jardin sec et pelé rond-point arbre chétif (cette maison-ci n’a pas quinze ans, mais abrite 444 billets miens – celui-ci fait 445 – et on décore encore les murs – c’était dimanche il faisait si beau il faisait si doux : on a marché, dans le 20 – après la rue de Bagnolet, celle de Monte-Cristo (j’aurais bien mis un h quelque part dans cet intitulé mais non) (fais-je de la retape de la réclame de la publicité ? serais-je rémunéré pour mon billet ? j’ai peur que non mais tant pis – tant mieux) les lieux sont neufs, le robot recense cette galerie depuis 2024

ça appartient à quelque chose comme un emballeur – un ancien entrepôt,  un siège social historique (dont on se vante pas) apprends-je, converti, par la grâce de la pédégère, en une fondation d’art contemporain dédié à la sculpture) (pourquoi pas ? mécénat quand tu nous tiens ? comment ça va, les impôts sur les sociétés, au fait ?) (un revers de main et le tout est évacué) l’entrée y est (contrairement à la bourse du commerce ou à l’enseigne boycottée du bois de Boulogne (la navette entre le métro et facturée dit-on 2 euros – pas de petits profits, jamais) gratuite  – le monde de l’art (laisse, va) ici un petit cadeau à l’entrée (pris en sortant) – c’est au numéro 9 de la rue –

et là le pedigree de l’exposition

je te rapproche

on n’y voit rien? pardon, Daniel Arasse – le nom des artistes (des femmes) (par égard pour la paxette (laquelle ne l’est encore que pour quelques mois), je laisse les noms des commissaires (une fille et un garçon)

pas beaucoup mieux – mais il y a à lire dans cet article/billet/post/compte-rendu – et à voir : j’ai adoré ceci fait d’un seul fil

grandeur nature – renseigné par l’artiste ou ses complices

une artiste du cru – (j’y ai vu une condition rapportée à cette partie du monde (Inde-Pakistan-Afghanistan-Iran-Syrie – comme un froid) le sort laissé aux femmes ici

 

 

et l’objet

une espèce de terreur, en effet – mais ces trois mouchoirs, magnifiques

qu’on poserait sur les yeux

pour échapper peut-être aux regards de ces 519 oubliées-là

ce monde-là – ni oubli, ni pardon

une bien belle présentation

lors des journées du p/matrimoine (le 19 de ce mois-ci il me semble bien), une distribution de rubans (ils forment une œuvre d’une artiste dont je n’ai pas pris le nom – je ne la retrouve pas non plus sur le site de cette fondation qui, sur les 21 exposée n’en présente que trois) – est organisée (si j’y vais je complète – add.du 23 neuf : pas réussi à y aller)

Madeleine (2)

 

un billet /un post / un article / un compte-rendu / quelque chose donc qui fait suite à un précédent de la même Madeleine de Sinéty 

 

 

une fenêtre du musée du jeu de paume par beau temps

un petit film – court métrage, peu de sons, sans dialogue – un documentaire disons

7 minutes, une cinquantaine de plans voilà tout – mais aussi, disons d’abord puisqu’il s’agissait d’une exposition de photographies – alors une image photographique

pour commencer – et puis l’histoire, peut être que raconte cette locomotive (la vapeur… la fumée… le bruit – non, pas le bruit mais presque) qui passe au loin

le regard de la petite – alors presque comme du vrac ces images en forme de photogrammes, ici fixes

l’écran est un petit mur, et le projecteur tourne – une machine

des vapeurs –

le (ou l’un des) chefs de la gare Montparnasse, sans doute

le même, vérifiant l’heure

puis à nouveau,

signalant ou signifiant le départ probablement

la machine

des gestes quotidiens, des riens presque, mais le mouvement

et le feu pour la vapeur

une fois puis deux

et ce sourire-là

une fois, deux fois

trois fois

voilà tout (de la joie, de la vie) – en images, arrêtée

une splendeur

 

 

 

Madeleine (1)

 

 

il y aura deux épisodes : les images fixes (ce billet-ci) et les images d’un film, projetées sur un des piliers de l’exposition, le projecteur visible, le public passant ou pas devant – mais le film m’a plu – l’exposition  présente les diverses étapes disons des voyages de la photographe – Madeleine de Sinéty

journaliste donc (dite Sinéty…) – ici un portrait d’elle par elle-même (un peu peintre aussi)

probablement des rencontres, des amours, des mariages – des images beaucoup – des enfants aussi – et puis les voyages (ici l’image de la petite quatre-chevaux de mon enfance)

(ou du moins, une semblable) le désert puis le froid d’Iran

ou d’ailleurs (on pense à L’usage du monde – on pense aux voyages, au grand tour, les cargos et les départs au long cours) (et moi à Y. et sa femme C. en route vers Karachi) – mais une première étape peut-être d’abord, du moins chronologiquement m’a-t-il semblé ici

(éditions Rue des Scribes à Guingamp) qui donne lieu au film de la deuxième partie – qui en est une émanation, un objet autre que d’illusion : ici un photogramme

cheminot – l’embarquement plus ou moins secret – et des images encore, (comme celle-ci

qui découvre donc l’écran en pilier) suivra le voyage aux états-unis (mais qui ressemble plus à un marchand ambulant qu’un autre marchand ambulant ?)

et des fleurs (c’est plus à Paris)

et des fleurs (plus le quai aux Fleurs, à Paris – mais ça ne fait rien)

et cette image-ci (comme la 4 chevaux tout à l’heure, quelque chose de bizarrement proche)

un gros quartier de viande dans le coffre d’une (grosse) voiture, un papier kraft, un homme enchapeauté imperméable beige : quelque chose… et puis la campagne sans doute aussi

une foire aux chevaux, sans doute – quelques explications

de l’humanité, beaucoup (et donc, s’il se peut qu’on y croie encore, de l’empathie) (quelque chose de daté peut-être, de la deuxième moitié d’un siècle…) – et ceci aussi, qui nous ramènerait en France

de la simplicité, de la spontanéité, de la vérité – revenir plus tôt dans la chronologie, plus vers le Montparnasse-Monde d’alors

et vers celui d’hier encore

puis ces images de campagne, rurales, un autre monde, quelque chose d’autre que l’urbain côtoyé chaque jour sans doute : un dépaysement (ou alors un conte…) (j’ai pensé à Jeanne Favret-Saada et à son magique Les mots la mort les sorts

et pour finir, ce cahier qui téléscope des recherches menées depuis bien des années (tu sais, non mais le monde continuait de tourner comme toujours disons, entre mars et mai 1978…)

 

 

 

une exposition au musée du jeu de Paume (Paris, place de la Concorde, jardin des tuileries)

 

 

La technique me dépasse et me barbe aussi (l’un entraînant sans doute l’autre) mais l’agencement de cette maison a quelque chose qui me contraint mais me dépasse aussi – le sentiment du n’importe quoi du moment qu’on y (que j’y) pose quelque chose (l’amie de tentatives a plus de constance dans les idées, il me semble) (elle vient d’emménager  dans la salle de visionnage) (je pourrais y coller le billet mais ici ce sont images fixes – ça ne change pas grand chose, je sais bien) – afin de faire avancer le bidule* (je me souviens de guy lux – voilà bien une référence  intellectuelle quoi que télévisuelle – à méditer – philosophique – et de cette blonde, là, qui présentait l’avant journal de la mi-journée comme c’est dit – danièle gilbert qui nous a quitté.es il n’y a pas si longtemps crois-je me souvenir (mais non, 83 aux pelotes dixit l’oracle : c’en était une autre, je me souviens de son sourire, faire-valoir comme Léon Zitrone mais point sur la même image, ni sur le même plan – Simone Garnier (je l’aurais bien vu en Françoise cependant) elle aussi toujours parmi nous – de même source)) – j’ai conservé cet esprit, cette espèce de conception midinette (ou peuple) du monde : c’est égal, je m’en irai avec – je pose des images que je tire de journaux (la série dispersion) ou des lieux que je fréquente (j’avais conçu un journal d’atelier tout à fait sensible à ce sujet – l’actualité ou du moins la mienne – il est quelque part j’ai cessé à un moment (il se trouve toujours des princes desquels je me fais le bouffon – le clown – l’idiot – je ne le sais pas mais m’y trouve cantonné, à un moment – bernard l’hermite ou quelque chose de ce style : c’est égal je continue (de cette avancée, je ne connais ni l’usage ni la teneur, je continue simplement) (je n’ai pas rancune, seulement de la mémoire et encore s’effrite-t-elle)
* : quel bidule ? une façon d’exercer, probablement (mais qui peut savoir ?) ce titre de film en forme de proverbe ou de viatique
S’en fout la mort j’ai l’impression et l’attrait des images (jouir de la pulsion scopique)
j’y retourne immédiatement

 

 

 

vivre ou laisser mourir

 

 

 

une des affaires qui occupe l’agent – seul devant son jardin mort, dans son lotissement bondé de rond-points (sur l’un d’entre eux (tout est possible), un jour, il y eut un type qui enfouissait là un livre, a-t-il semblé – les gens ont de ces lubies…), à une place particulière ou pas, peu d’arbres, peu de végétaux, goudron, trottoirs inutiles non pratiqués (une espèce de ville éloignée d’une trentaine de kilomètres de la capitale,  desservie par une autoroute à péage non empruntée) – cette maison[s]témoin qu’il n’entretient qu’avec les plus grandes difficultés (au fond, non, il ne fait que son travail, il peut même au besoin mettre un peu de musique, dans le frigo des sodas, dans le garde-manger du pain, dans la bibliothèque du salon des livres et sous la télé (certes, elle est factice, mais rien ne l’empêche d’en amener une vraie (mais est-ce que ça existe encore, une vraie télévision ?) des disques numériques polyvalents mais ça ne résoudrait rien) – une des affaires qui l’occupe donc c »est cette façon de dire faire vivre ce lieu : parce que un lieu, est-ce quelque chose de vivant, un animal, un être, un lieu vit-il ? L’homme (c’est un homme, parfois il s’agit d’une femme mais là, c’est un homme) est debout devant cette baie vitrée donnant sur le jardin. Au mur derrière lui, prenant toute la surface, une vue d’une plage palmiers eau tendre soleil clair et bleu du ciel – personne sur la grève – on pourrait entendre les oiseaux, le bruit du vent dans les palmes, le ressac doux et léger de l’eau presque tiède. L’homme est là, attendant le pékin : il se peut qu’il ait un rendez-vous mais le lapin est fréquemment posé, parfois au loin une voiture semble s’approcher et à un rond-point fait demi-tour. L’homme est là, un agent, une cigarette à main gauche, il attend que passe le temps passe son travail, sa subsistance, sa subordination, sa respiration, tout se tient, tout se ligue, tout avance dans le même temps et le même tempo. Tout à l’heure, il pleuvra peut-être. Dans la fin du jour, il fermera les volets électriques, coupera le courant et s’en ira.
Tout à l’heure. Et bientôt, il prendra des vacances

 

le départ est fixé avant sept heures – on se bouscule dans le hall, on recherche son numéro de voiture on présente son ticket électronique on assiste à la bousculade bienveillante (tout le monde est-il content de partir ? – moi je n’aime pas ça, sans doute parce qu’il faut revenir) à nouveau un numéro mais de place cette fois-ci – assignée – individuelle unique – le bagage – les annonces – le départ
Ça se déroule dans le Montparnasse-Monde, c’est quelque peu sous terre (sous jardin, pour dire le vrai). À main droite si on se trouve dans le sens de la marche, on croisera un arbre fiché entre des immeubles d’un jaune passé, et qui croît malgré tout. Il ne pleuvra pas encore – peut-être tout à l’heure (réellement vers Biarritz et consorts et même avant), mais pour le moment, ce sont les faubourgs étendus d’une Babylone comptant une quinzaine de millions d’habitants qu’on traverse (ça sert à quoi, et surtout à qui, de compter ?).
Doucement, puis plus vite et encore et encore.
Un livre, un sandwich ou des biscuits, de l’eau ou du vin (très rarement), on enlève parfois ses chaussures, l’aise se prend (la plupart des êtres de cette réunion assise (elles sont peut-être quatre-vingt, ces âmes-là, dans cette voiture-ci, ce plancher à moquette grand passage) la plupart ne lit plus mais regarde un écran (les tailles en sont diverses) et c’est ainsi que les petites lampes  serties dans les dossiers (coudés, angles vifs et cruels) se retrouvent obsolètes comme on dit maintenant – codm) on installe son dos, ses jambes,  sur la vitre l’organisme a fait écrire « fenêtre avec vue » ce qui est d’un ridicule achevé (mais l’organisme est très friand de ce genre de pratique) on nous annonce que « le barrista qui nous attend en voiture x se nomme Serpico (pourquoi pas Macadam ou Samouraï ? ) et nous propose diverses boissons chaudes et froides blabla » puis que le train passera par ici par là par ailleurs avant d’arriver en cette gare-ci son terminus – l’organisme n’est jamais avare ni d’annonce inutiles ni de pratiques ridicules – la vitesse de croisière sera atteinte, et donc on croisera la Beauce

voilà bien des années, c’était à Nanterre (c’était en mai – ce n’étaient pas les événements)

mais tonton n’était pas encore locataire du faubourg saint-ho

un type nous enseignait les outils et autres mis en exergue peut-être, en égide ou en scène mots et images par Leroi-Gourhan

André de son prénom – nous, c’était alors des étudiants de diplôme de cinéma – essentiellement critique – et pour valider cet enseignement (peut-être cela s’intitulait-il un certificat, c’est bien possible)

il devait y avoir quelque chose qui avait trait à l’outil de travail – j’ai donné à cette validation (obtenue sans la moindre reconnaissance par le type en question (on en attend toujours, quoi qu’on puisse en dire) – un prof d’anthropologie il me semble bien me souvenir, qui disposait d’un pavillon d’oreille chiffonné)

un tour personnel (j’ai toujours travaillé durant mes études – longues et à rallonges multiples) en prenant comme outil

l’un des premiers train à grande vitesse (ils étaient alors orange et reliaient la capitale à celle des gaules)

un peu plus de deux heures – arrêt à Dijon si je me souviens, ou si j’interprète

l’eau des chiottes en était bleue

il y avait déjà pléthore d’annonces, il fallait bien se tenir, ne pas trop bouger dans les voitures – j’avais des questionnaires à distribuer, je fais comment dis moi pour « ne pas trop bouger » ? –

les portes entre les voitures étaient plus faciles à ouvrir, c’est vrai, et il n’y avait pas de vent dans ces soufflets non plus que d’espaces où on pouvait voir les rails, les cailloux – en gare on pouvait aller à quelque besoin – trois cents à l’heure rendez-vous compte – il ne m’en a rien dit

ou peut-être cela s’intitulait-il « unité de valeur »

comme outil de travail j’avais pensé que c’était bien trouvé

ça n’eut pas l’heur de plaire je suppose – ça allait vite comme maintenant

mais je n’avais pas, alors, ni le temps ni l’équipement pour regarder et fixer, pour un moment de splendeur, à cette vitesse-là la sublime beauté du paysage

 

texte d’éparpillement (accessoire qui me fait penser ici à moby) qui fait suite au numéro zéro du carnet de voyage(s) #156 – lequel s’établira dans les jours à venir –

 

ces jours-ci, la maison[s]témoin tape les onze ans, le nombre des billets du bernard-l’hermite d’agent (premier article le 17 mai 2015) que je suis s’établit à (indique la machine) 434 (ça me fait penser qu’il faudra passer par la case « mettre à jour l’index« ) – est-ce vivant ? est-ce mort ? est-ce que ça s’érige sur des bases organiques ? on s’en fout un petit peu (osefu2p)

Laura (Otto)

 

 

il y a toujours cette tentation d’écrire quelque chose sur un film qu’on a aimé – ne pas se soucier de ses conditions de production, de ce qu’il charrie d’idéologie, de mise en scène, de domination – très à la mode – ici l’héroïne est brune, ce qui en  présage la perte – ou en présume – mais ce n’est pas la raison de cette mémoire de lui : c’est plus le prénom de l’acteur détective – il tombe sous le charme et il s’agit bien d’un charme – après le réalisateur (qu’on avait vu dans un des Cinéastes de notre temps en son temps (voilà quinze ans) (i ne faut pas s’abandonner aux passions tristes – la nostalgie n’existe pas) avait de gros défauts à ce qu’il semble être dit de lui : les films qu’il réalisa en ont sans doute moins – alors voici des images prises ici ou là, quelque part et ailleurs de cette mise en scène dans la mise en scène – l’héroïne est Gene Tierney (Laura qui donne son titre au film); le détective ensorcelé Dana Andrews (Mark de son prénom- ce prénom dans la vraie vie qui me fait souvenir); il y a aussi Vincent Price (qui ne fait pas Draculé mais panier percé et bientôt époux) et encore Clifton Web (en pygmalion au petit pied) – l’image et l’héroïne magnifiées par un Joseph La Shelle oscarisé pour la peine

 

nombreux sont les personnages incarnant des publicitaires -publicistes – cette nouvelle science marketteuse – ce qui n’a pas raiment d’importance dans la narration – un fond de décor, flou et indéfini – le travail de la fiction pourtant – Laura est de cette corporation – il s’agit d’un lieu commun – la voici

avec ce flou aux yeux (elle apparaît toujours en flash back – elle est décédée – mais ici présente pourtant – toujours

trop belle (signifiant, parfois, madame Muir (elle l’incarnera dans trois ans d’ici) – 1944, ce n’est pas son premier rôle mais celui qui la propulsera sans doute au rang de star – elle est assez absente

mais on se souvient d’elle – elle devient quelqu’un- quelqu’une – de réel- plus ou moins

chercher à comprendre – elle a disparu – assassinée – mais toujours présente aux yeux de ceux qui l’aimèrent

ou firent semblant (comme si c’était possible)

dévoiler les machinations (comme une espèce d’horlogerie)

comprendre

il n’y a pas loin d’ici aux révélations – la réalité – les turpitudes – et puis

au fond de l’image, les fleurs du portrait de Laura…

Des énigmes, des révélations, des sentiments  – noir et blanc fugaces et explicités – une espèce de merveille – le cinéma n’avait pas cinquante ans mais parvenait, alors, à quelque chose du mythe

 

Laura  un film réalisé (et produit) par Otto Preminger, en 1944

Goliarda

 

 

(après un prénom pareil ne s’oublie pas non plus – ça a quelque chose de l’attirance, l’emprise, la volonté de paraître ) – c’est en Sicile qu’elle naquit, à Catane en 24 du siècle précédent – dans notre ère dit-on – et qu’en 94, vers Gaète (cent bornes au sud de Rome

au fond de l’image, le Vésuve…) elle disparut) il s’agit d’un film réalisé par un homme, dont le scénario a été écrit par une femme et lui-même. Et il (me) faut souligner que dans la plupart des plans les actrices ne le cèdent en rien aux acteurs – il s’agit d’un film de cinéma qui raconte probablement quelques mois de la vie d’une écrivaine – la période troublée de la vie de cette femme, Goliarda Sapienza donc – après qu’elle ait été emprisonnée pour vol (des bijoux d’une de ses amies). Il s’agit d’une adaptation (dit la chronique) d’un de ses romans titré L’université de Rebibbia (il fau(drai)t que je me le procure) (add.du dimanche : c’est fait – encore merci !…) – un cinéma fait de retours sur soi ou flash-back – il se peut qu’il ne s’agisse que de quelques mois, au début des années 80, où Goliarda retrouve Roberta, une de ses amies, plus jeune qu’elle, qu’elle a connue en prison. Il se peut que  l’action ne se déroule que pendant quelques semaines (j’aime à le croire). Elles se retrouvent, Roberta et Goliarda et c’est une amitié magnifique et même magique probablement. Quelque chose de la liberté, entre femmes, quelque chose qui fait battre le cœur – un peu comme l’amour. Beaucoup, même mais chacun.e sait que ces choses là ne durent que l’espace d’un moment. J’aurais aimé montrer le dernier plan de ce film , il s’agit de Goliarda sur un quai de Termini la gare principale disons de Rome, Goliarda qui courre

(sur cette image, à la main, Valeria Golino, qui incarne l’autrice, tient un fac-simile de lettre – une lettre qu’un détenu (ou une) tente de faire parvenir à ses proches – on en voit une pleine valise, qui représente le signe d’un cadeau que Roberta fait à Goliarda, avant de disparaître) (à jamais) (pour toujours…)  

et cherche où a disparu Roberta – elle s’en est allée – qui l’appelle, puis qui se retourne vers nous donc et nous regarde. Cut. Générique de fin.

 

J’ai pris quelques images au film-annonce – je les fixe et les donne. D’ailleurs toujours ici comme ailleurs, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

 

dans la cour de la prison de Rebibbia (cette prison me fait souvenir des Brigades rouges, mais surtout des tortures qu’elles eurent à subir, des horreurs…) (dehors tout en étant dedans)

en semblables appareils, d’autres détenues

puis ici Roberta (qui lit…)

lectrice donc – il faudrait se renseigner plus avant, sur la durée du séjour (si on peut le dire comme ça) en prison de Goliarda Sapienza – il faudrait lire aussi son Le fil d’une vie (d’abord chez Viviane Hamy puis au Tripode) – un moment particulier de la vie de l’autrice

cette prison qu’elle décrit comme une université

ici elle parle de son livre L’art de la joie – où l’héroïne prénommée Modesta* fait figure d’un double transparent peut-être de Goliarda

mais surtout une espèce de liberté (un savoir vivre – des mœurs sans entraves)

mais aussi, peut-être surtout (rien de certain là-dedans cependant) écrire

et encore écrire – le film parle des difficultés rencontrées pour la publication de ce livre mais aussi, surtout, des relations tissées avec ses amies , ces amitiés vraies et sincères instaurées en prison, puis ensuite – avec Roberta

puis avec Barbara (ici droite cadre)

et aussi Suzy Wong (gauche cadre – toutes donc co-détenues)

et aussi, dehors donc mais en ville, à Rome

le jour, la nuit, volant des voitures

vite – mais vivre – vite

vite pour n’en rien perdre

et l’écrit pour tout garder

Sûrement.

 

 

* : Modesta est (aussi) le prénom que porte la sœur du premier mari de Goliarda, Francesco Maselli.

Fuori un film réalisé par Mario Martone

 

 

 

Orly 2

 

 

 

on pourrait en faire une espèce de mémorial – c’est moche, mais ça aide au souvenir semble-t-il –  pour ce type-là (né et mort un vingt neuf juillet – 92 années séparent ces deux faits) – ça ne lui aurait sans doute pas plu – pas trop – pas beaucoup – peu – c’est parce que depuis que le fils de l’ordure a créé celui de Venise et Jean Zay, pour le contrer, celui de Cannes, le cinéma s’étale au mois de mai (il me semble qu’il avait lieu en fin d’année à ses débuts) sur la croisette (c’est un joli mot qu’on pourrait traduire par la passegiatta) il y fait beau, les filles se dénudent (ça ne se fait plus non – tant que j’en ai oublié comment on les intitulait*) tout ça pour dire que, par une sorte d’oxymore (mais cependant j’y vais deux ou trois fois par semaine) (au cinéma pas à Cannes) (sans compter les films que je vois (assez partiellement, je reconnais, souvent) dans l’étrange lucarne), par la grâce d’un autre film, celui-ci sera l’objet du billet (numéro d’ordre : 400) (la maison[s]témoin continue son chemin).
Les images ici posées ont été prises au déroulement du très réussi Le 5° plan de La Jetée.

Sans oublier que

Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

qui est d’une belle facture (vers énoncé par Florence Delay, dû à Guillaume Apollinaire qui de la grippe alors espagnole mourut dans un immeuble du boulevard Saint-Germain antécédamment faubourg et voilà Marcel qui déboule)

je décris réécris traduis (je marque mon pas sur le pas de Marker) :

un couple, deux acteurs innommés, une femme et un homme (et Claude Lelouch qui lui aussi déboulera, quatre ans plus tard, sur la croisette… – l’image d’entrée de billet…)

Davos et Hélène aux Tuileries, je crois bien – un peu trop intello je suppose dans mon souvenir

il y avait cette faille alors (un peu comme pour le Perec et son Homme qui dort – le temps des facultés, des universités du quartier latin – celui où on s’endormirait aux films de la Duras) – mais ici, le type voyage

les avions, les Caravelles et les Super-Constellations (j’ai débarqué là, fin juillet soixante, deux ans plus tôt – j’en avais sept)

un endroit que j’aime encore assez – lui c’est dans le temps

il porte des œillères ou des lunettes d’aviateur

assez perdu et en un certain sens toujours en fuite

l’un des plus beaux films de cinéma du monde est fait de banc-titres – images fixes – seul le temps semble avoir quelque mouvement

est-ce le matin tôt (« good morning ladies and gentlemen this is the captain speaking... » ) ou n’est-ce que la fin

la femme est là

mais aussi l’assassin

car il n’est pas question qu’il s’échappe, ce Davos-là

il court il court et puis c’est l’instant

un moment 

terminal

un film de cinéma, de science-fiction peut-être – vingt-huit minutes – 1962

 

La Jetée  un film de Chris Marker

 

Le film « Le Cinquième Plan de La Jetée » réalisé par Dominique Cabrera

(merci à elle)

a été chroniqué en ville & cinéma

 

* : ce type d’olibrius, ou d’ectoplasme, ou d’objet fantômes ou sorcières bikinis vagues sables soleil (sea sex and sun disait l’autre à l’oreille en feuille de chou) était intitulé starlette – ça ne se fait plus et c’est tant mieux

 

 

Le salon de T Episode 4 Oh la belle bleue… !

08/05/2024

Corrections de Blanche à 8:39 le 08/05/2024

Le beL Esclandre…

Il était un peu plus de 14 heures ce mercredi 1er mai au salon de T, Blanche et moi venions de servir avec succès à peu près 25 clients, quand un homme ouvrit la porte du salon de T.

Un peu fatiguée par ce premier service « de saison », entendez par là premier coup de feu, entendre par là premier service où jongler avec les commandes est nécessaire, je me retourne vers l’homme et le salue :

« -Bonjour monsieur, c’est pour… ?

-Prendre un T…entendez par ces trois petits points que la suite va déraper.

-Combien êtes-vous Monsieur ?

Oui, parce que je viens de servir plusieurs tables de tailles différentes pendant deux heures, donc je me renseigne sur la taille du groupe avant que de pouvoir lui répondre…

-Nous sommes 70, il y a un bus là-bas !!!, entendez par ces trois points d’exclamation que la Scène a commencé, le Mépris est là, bien en place, et qu’il n’attend que moi pour lui répondre.

-Ah…à ce moment-là monsieur, ce ne sera pas chez nous, mais à la Guinguette.

Rires un peu étouffés des clients encore présents et comblant l’intérieur de l’établissement. L’un d’entre eux, un habitué aux cheveux blancs que j’aime bien, se risque même à souligner « elle était bonne celle du bus… » et moi de lui répondre « non, pas là », mais je  n’ai certainement pas le temps de gloser là non plus. Blanche comprend, et me demande d’aller m’occuper des gens sur la deuxième terrasse, elle va s’occuper du monsieur. Cela vaut mieux. Certes, certes. Je commence à avoir faim.

Je passe donc de l’autre côté et ne prend plus en charge ce client. Au fur et à mesure de mes allers/retours, j’entend Blanche prendre soin de lui et de son besoin de reconnaissance. Je n’ai pas le temps de m’y arrêter plus.

Las, Blanche est la seule à cuisiner. Il y a bien un moment où il faudra que je le « serve », mais très honnêtement je l’avais presqu’oublié quand Blanche me demanda :

« Tu peux lui mettre l’eau chaude ? J’ai préparé sa tasse…il a pris une tarte aussi, là. ». Je m’exécute, comme durant les deux heures précédentes. Je prends la théière, la remplit de l’eau chauffée à la bouilloire à 80 degrés pour une infusion qualitative, l’assiette à dessert avec la rose bleue, trouvée il y a deux ans à Emmaüs, les couverts, la serviette, et en passant près du vaisselier, la tasse de thé préparée avec la petite tasse à l’intérieur pour la boule à thé.

Je dépose le tout sur la table verte à l’extérieur, là où le monsieur s’est installé, sans rien dire, je dois encore filer de l’autre côté pour m’occuper des autres clients.

En revenant, le monsieur m’interpelle. Comment exactement, de là tout de suite sur mon clavier j’avoue que les images sont floues. Toujours est-il que Mépris était là, juste entre nous.

« Mademoiselle, je ne peux pas mettre la boule à thé dans la théière… »

Précision importante : je ne suis pas de l’équipe Thé, je suis de l’équipe Café. J’ai appris depuis 5 ans à répéter ce que j’ai entendu sur la petite cérémonie de « L’Heure du Thé » que nous pratiquons ici. A savoir que le service posé devant lui est censé lui servir à pouvoir se resservir plusieurs fois de l’eau chaude, quitte à nous en redemander pour respecter la petite cérémonie. Grave erreur.

 

« Mais vous n’y connaissez rien !!! Au contraire, justement !!! Pour L’Heure du Thé, je suis censé pouvoir mettre la boule à thé dans la Théière !!! c’est cela le rituel !!!

 

A chaque point d’exclamation j’ai joué la partition qu’il avait bien voulu me laisser, celle de la serveuse idiote-bête et inculturable : « Pas ici, monsieur. ». Je le lui ai répété presque une dizaine de fois je pense, avant de couper court, rentrer et claquer la porte juste à ses oreilles.

Un autre client, qui avait été là pendant les deux heures précédentes, me montre la porte des toilettes en face de moi et me dit d’aller me soulager…gentiment. Ce que je fis. Quelques secondes, las je n’en avais pas plus, il y avait toute la vaisselle à faire, et toujours les autres clients à s’occuper.

En sortant des toilettes, le gentil monsieur me demande l’addition. Je m’exécute et encaisse le tribut. Je suis donc entre la cuisine et la salle quand Monsieur entre pour tenter de m’expliquer encore une fois Comment, Qui, Pourquoi, et tout le reste si j’ai au moins une connexion neuronale de disponible pour intégrer tout ce Savoir Incroyable qu’il veut bien daigner me Transmettre.

Mais. Mon corps, et surtout mes yeux,  lui répond que rien ne passera. Il finit par le comprendre. Par l’accepter à sa manière :

«  Mais c’est normal que vous ne sachiez pas faire le thé, vous êtes française et donc vous êtes fasciste ! »

Blanche : « offre-lui ses consommations et qu’il se barre… »

Le Monsieur : « ah ! voilà ! quand même ! »

Et Blanche ajoute: « Et ce n’est pas la peine de revenir, Monsieur! »

Il est tout furibond, mon corps, sans me demander mon avis, suit celui du Monsieur dans la salle jusqu’à la porte. Et au moment où il a voulu claquer la porte, se met entre lui et la porte, si bien que la porte n’a claqué que sur mon dos sans faire le moindre bruit. Ultime offense.

« Ce qu’il y a l’intérieur de vous, mademoiselle, n’est pas beau! ».

J’aimerais vous dire que je l’ai laissé partir, seul. Non. Je n’ai pas atteint ce niveau. Je l’ai un peu poussé par l’air qu’il y avait entre nos corps, et surtout en laissant le mien avancer sur la terrasse, pour être sûre qu’il finisse par descendre les marches du salon de T et qu’il ne soit plus « dans notre espace ». Une fois fait, je n’ai pu retenir une phrase mal fagotée : « ce qu’il y a à l’intérieur de vous est écoeurant »

Quelle est la morale ?

Une autre cliente, qui avait assisté à la scène de loin et à qui j’expliquais le pourquoi du comment du qui, fit une grimace au moment où je lui explique. Je comprends alors que le Monsieur avait raison. Il se trouve que je lui ai donné exactement la même théière, je le lui signale, et devant moi elle arrive à insérer la boule de thé dans la théière.

Fin de la scène.

slander (v.)

 

late 13c., sclaundren, « defame, caluminate, accuse falsely and maliciously, » from Anglo-French esclaundrer, Old French esclandrer, from Old French esclandre « scandalous statement » (see slander (n.)). Related: Slandered; slandering; slanderer. In early biblical translations also sometimes closer to the Latin literal sense, or with a notion of « stumbling block to faith, grace, etc. »

 

    And who euer schal sclaundre oon of these litle that bileuen in me, it were betere to hym that a mylne stoon of assis were don aboute his necke, and he were cast in to the see. [Mark ix.42]

Œillets ibériques et péninsulaires

 

 

 

de quelques images rattrapées pendant ces dix derniers jours – quelque chose pour que vive cette maison – comme quelque chose d’entendu : j’étais arrivé à la conclusion qu’il fallait reprendre un peu tout ce qui a été conçu, en faire un lot, un index, un historique, un récapitulatif, quelque chose de sérieux (« t’es sérieux là ? » s’enquièrent nos têtes blondes ou pas) – j’avais des choses à faire (Marseille, Péloponèse, B2TS – le reste, la lecture de la fin d’Almayer et de sa folie – une belle histoire triste abritée par une espèce de mangrove, rechercher Sambir et d’autres lieux – quelque chose comme une réminiscence du rivage des Syrtes, une ambiance de fantômes mais non pour le reste, tout reste à faire comme d’habitude – mais ces images parce que quelque chose de vrai s’est alors passé – j’avais vingt ans tu sais ce que c’est, des choses qu’on n’oublie pas – elles se sont passées mais on ne les a vécues que  de loin, peu, on avait autre chose à faire
¨Puis je me suis demandé, me souvenant d’avoir vu ce film Capitaines d’Avril (Maria de Medeiros, 1999) au forum des images,si je n’avais pas, par hasard, commis un billet sur ce film mais non. J’ai dû oublier, comme souvent – je suis pris par autre chose, souvent, quelque chose à dire et à montrer (à me montrer surtout) (mais je partage) et j’ai recommencé à m’en prendre sérieusement à ma façon de faire, un peu légère mais suivie, j’ai cessé d’attendre à un moment, je me suis dit qu’il était inutile de tenter de comprendre quelque chose à ce public comme on dit – il suffit de (se) donner dans ses actions, quelque chose de généreux peut-être mais arrimé à quelque chose d’éthique – je cherche toujours, sans trouver – lire voyager regarder saisir sentir – non, mais tant pis pour l’œuvre ou l’écrit ou le roman – tant pis mais garder la tête hors de l’eau et nager – quand même 

 

25/04/1974. LA REVOLUTION DES OEILLETS

déjà posée parce que c’est important – descendre l’avenue avec un œillet à la main (ce billet dédiée à l’amie lisboète qui se reconnaîtra) et ne pas tuer – ne pas mourir – comme une vague formidable – tu vois, je ne savais pas alors, certes je criai dans les rues « Stirner ! Proudhon! Bakounine Kropotkine Voline! » sur l’air des lampions, on s’était amusés déjà à chanter « Ah Debré si ta mère avait connu l’avortement » qui était d’un goût assez douteux deux ans plus tôt – on mettait sur nos têtes des entonnoirs – on riait parce qu’on avait déjà derrière nous la réalité de l’usine et la ferme et définitive volonté d’y échapper tout comme à l’armée – nos vies à mener

25/04/1974. LA REVOLUTION DES OEILLETS

nous n’avions pas l’âge de ces capitaines, mais presque – ils étaient nos aînés – ils refusaient l’Angola et le reste – et l’ordure (sans majuscule, non) salazar pourrie était morte, ne restait plus qu’à l’enterrer

Adelino Gomes (ancien journaliste qui a couvert les événements), montrant ses archives, au Largo do Carmo où s’est produite la Révolution.

j’ai volé ces images dans le canard, comme une espèce d’habitude,un modus operandi un genre de crime – j’ai (très souvent) ce que la vulgate de ce genre (policier ou hard boiled) intitule des scrupules de pucelle – nous vivons dans un monde désolé –

Détails de l’exposition célébrant le 25 Avril, au Musée GNR situé à Largo do Carmo.

détacher les portraits (mais les remplacer par d’autres ?) – nous vivons dans un monde absurde – nous ne savons pas, nous ne savons rien sinon que doit vivre la liberté – nous ne savons pas pourquoi, mais sans entrave et sans temps mort …- tu te souviens… et puis le temps s’oublie et passe

Adelino Gomes (ancien journaliste qui a couvert les événements), montrant ses archives, au Largo do Carmo où s’est produite la Révolution.

à un moment, le charme s’est rompu
à un moment je n’ai plus su comment faire pour revenir
alors j’ai regardé devant moi et j’ai continué, un pied devant l’autre
une image après l’autre

Groupe de personnes célébrant le 25 avril et rendant hommage à Vasco Correia et Natércia. La cérémonie comprenait le chant de « Grândola Vila Morena »

des fleurs et des chansons

des noms de personne (à ce moment-là tout le monde faisait le voyage de Lisbonne racontait, il me semble bien, la biographe de JiPé) – ces années-là – le monde et l’univers, ce moment-là où tout semblait possible – et peut-être tout l’était-il, tout comme aujourd’hui

je me souviens des livres de Lidia Jorge (tous, mais surtout Les Mémorables  chez Métailié, traduit en 2017 par Geneviève Leibrich)

– je ne me souviens plus, pourtant, mais j’ai à l’idée ce nom qui me revient mais qui n’a rien à voir – c’est au pays voisin, sous l’ordure franquiste (Castelo Branco c’est ce qui me vient) (en réalité Luis Carrero Blanco dont la Dodge Dart s’envola un 20 décembre au dessus des toits d’une officine jésuite (car le hasard n’existe pas) pour retomber dans le jardin d’icelle – le nouveau premier ministre en mourut, ainsi que son chauffeur et son aide de camp – quelque quatre mois avant…) – je me souviens