Salon de T, Préquel 1,1

18/05/2024

 

 

Il y a

Des pissenlits et des terrains vagues

Et des bois de meuble abandonnés

Rien de bien aimé

Il y a

Des caniveaux, des halls d’immeubles

Pas de quoi en faire

Un plat cette ZUP

 

Il y a des odeurs de menthe

Et des voitures abandonnées

Et des feux dedans

Il y a

Des jours et des nuits lentes

Et les histoires sourdes

Banalement

 

Et loin de tout, loin de moi

C’est là que je me sens chez moi

De là que je pars, où je reviens chaque fois

Et où tout finira

 

Il y a

Des enfants, des grands-mères

Une petite église en pré-fabriqué à côté d’une mosquée

Et des grands cafés

Il y a

Au fond des cimetières

Des joies, des misères

Et du temps passé

 

Il y a

Une petite école entourée d’immeubles hauts

Et des bancs de bois

Tout comme autrefois

Il y a

Des images qui collent

Au bout de mes doigts

Et mon cœur qui bat

 

Et loin de tout, loin de toi

C’est là que je me sens chez moi

De là que je pars, où je reviens chaque fois

Et où tout finira

 

Et plus la terre est aride, et plus cet amour est grand

Comme un mineur à sa mine, un marin à son océan

Plus la nature est ingrate, avide de sueur et de boue

Parce que l’on a tant besoin que l’on ait besoin de

nous

Elle porte les stigmates de leur peine et de leur sang

Comme une mère préfère un peu son plus fragile

enfant

Le salon de T, Préquel(le, lent, les, lées, lés, ect.).

17/05/2024

Vendredi : apprendre à écouter l’autre en ne le niant pas puis en l’écoutant, dépasser la sensiblerie et la susceptibilité.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine. Aujourd’hui, c’est vendredi.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles.

 

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écris d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie.

 

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Pourquoi ? je crois qu’avec le temps j’ai appris à m’en foutre un peu, ce qui n’est pas anodin. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écrit d’ailleurs. Pendant longtemps j’ai cru qu’écrire pouvait me sauver de la folie de l’intérieur de mon corps. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie. « Je » existe au milieu de quelque chose d’autre.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Pourquoi ? je crois qu’avec le temps j’ai appris à m’en foutre un peu, ce qui n’est pas anodin. Il y a quelques années déjà que cette expression me taraude. « Se foutre de ». J’en avais cherché l’origine, je dois bien avoir un fichier ou deux là-dessus quelque part. S’auto-ensemencer. N’avoir besoin de personne pour se créer. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écrit d’ailleurs. Pendant longtemps j’ai cru qu’écrire pouvait me sauver de la folie de l’intérieur de mon corps. Puis j’ai cru que j’allais sauver des Jeans ou des Jeannes ou des Jeanes ou des Jeanns, ect. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie. « Je » existe au milieu de quelque chose d’autre. Ce quelque chose est vaste, trop souvent insaisissable, trop fluctuent, trop indéterminé, trop trop. C’est pour cela que, bien souvent, je préfère rester dedans. Au chaud de mes ombres, à l’intérieur de ce corps quitte à risquer la folie, la désespérance, ect., certes, mais ce sont les miennes, celles du dedans.

 

Sauf que. Sauf que c’est une illusion. Une belle, cela va sans dire, mais une illusion tout de même. Tout passe, aucune frontière n’est hermétique.

Le salon de T Episode 4,1

10/05/2024

Bernard…Pivot

Etre sans blesser qui que ce soit ou quoi que ce soit

Vendredi : apprendre à écouter l’autre en ne le niant pas puis en l’écoutant, dépasser la sensiblerie et la susceptibilité.

-Bonjour Madame, je vous écoute…

-Nous avons réservé pour quatre…

-Ah oui, c’est en face, au soleil. Allez-y, je vous suis.

Et nous voilà parti à traverser la grand rue du village, la rue du maréchal de Lattre de Tassigny. Plus long ? Ils ont pas trouvé, m’est avis qu’ils n’ont pas trop cherché non plus. Ca se trouve, plus long.

Nous voilà arrivés sur la terrasse au soleil, je leur désigne la table Henri. Henri parce que la table est à côté de la maison d’Henri, voisin allemand qui vient deux ou trois fois l’année, ami des parents depuis longtemps, malgré la barrière de la langue. Ils tiennent, lui et sa famille, à parler français, mais à chaque fois on sent bien qu’ils ont le même niveau que moi en allemand : bon pour la grammaire, peu de vocabulaire. D’ailleurs il faudra que je m’y remette sérieusement un jour si je veux pouvoir lire Heidegger dans la langue…

La terrasse du métamicien, cela fait maintenant quatre ans que nous l’utilisons comme extension à la terrasse de la Détente. A la base, nous avions acheté le bâtiment pour que je puisse y faire « mon centre de recherches à moua toute seule » puisque je ne voulais, ne veux toujours pas, m’affilier à une université. Enfin, j’y arrive surtout pas. J’aime travailler « seule ». Le bâtiment a trois étages dont deux sont visibles de la rue, le troisième, le sous-sol, n’est visible que côté Loire. Et encore, on le devine plus qu’on ne le voit quand la végétation s’exprime pleinement. En ce moment, elle s’exprime pleinement.

La terrasse se trouve au niveau de la rue, et le dernier étage me sert de bureau. Enfin, me servira de bureau un jour. C’est en cours d’aménagement depuis cinq ans, tout comme l’exposition des toiles de Blanche.

Les gens s’installent.

On a toujours essayé de faire un décor qui nous ressemble, pour être raccord avec le côté « historique » déjà, qui est floralement entièrement entretenu par Brigitte, la mère de Blanche. Et c’est bien heureux. Si je m’avisais de penser à m’en occuper, le décor serait littéralement beaucoup moins vivant. Je  n’ai jamais eu de vert sur les mains. Donc je m’occupe principalement de ce qui apparait « sans vie », des soupières qu’on utilise pas mais que Blanche achète en quantité diamétralement opposée à l’utilisation qu’on en fait, et puis il y a le service de mémé Alice, que j’ai récupéré à sa mort. Tout le service qu’elle a eu à son mariage, probablement dans les années 1950, de Sarreguemines. Quand je l’ai récupéré, c’était pour le mettre à la Détente. Je me suis dit que puisqu’il n’avait jamais servi de sa vie à elle, il pourrait, je l’espérais en tout K, permettre d’arranger un Karma ou deux. Petites pensées à elle de temps en temps.

Les gens s’installent table Henri, sur laquelle j’avais préalablement déposé en décor la soupière de mémé Alice, remplie d’une collection d’œuvres françaises Zincontournables, jamais lues, dans une vieille édition récupérée auprès d’une voisine qui devait vider une maison qu’elle venait d’acheter. Il y a notamment du Baudelaire et du Diderot de mémoire. Jamais lus.

Les gens sont installés table Henri, une famille avec le père, la mère, le fils et la fille, ils sont quatre. Je les installe, leur explique le fonctionnement du restaurant et repart en coulisses pour aider Blanche.

Je reviens quelques minutes plus tard pour prendre la commande.

« -c’est formidable, cette soupière…on dirait un hommage à Bernard Pivot…vous savez Boullion de culture… »

Précision : cela fait deux ans que je mets cette soupière à droite, à gauche, en haut, en bas, sur les meubles, sur le frigo,  bref, qu’elle se balade dans tout le métamicien au gré du temps que j’ai à lui accorder et de mes envies.

Le visage de la femme est ouvert, contente d’avoir trouvé un endroit comme celui-là, et cette soupière lui fait penser que oui, décidément, elle est dans « un autre endroit ».

Las. J’ai trente secondes, peut être moins, pour me décider. J’ai hésité au moins cinq d’entre elles, puis j’ai pris la décision :

« -Je comprends…oui, c’est vrai qu’on pourrait dire ça…mais je vous préviens tout de suite, je ne suis pas fan du personnage… ».

Le visage de la femme se referme un peu, probablement parce qu’elle sait déjà ce que je vais dire, et j’aurais aimé avoir pris le temps de le formuler autrement :

« Oui, je vois ce que vous voulez dire, mais il a quand même reçu beaucoup de monde, tellement de gens…

-Effectivement, et il a aussi reçu Matzneff. »

Je n’ai pas pris le temps. J’aurais dû.

J’aurais du prendre le temps de lui dire que ce n’est pas du tout parce qu’il a reçu Matzneff que je ne suis pas fan du personnage. Premièrement, je ne suis fan de personne. Encore moins de moi. Quoique. Ca se discute. Bref, ce n’est pas parce qu’il a reçu Matzneff. C’est plutôt parce qu’au moment du grand méa culpa de la Littérature Française au sortir des années 70, il a fait un choix éditorial que je n’aurais pas fait. Mais je n’aurais en même temps jamais atteint son poste.

Il a arrêté de recevoir un certain Tony Duvert. Qui a écrit notamment « L’île atlantique », toujours pas lu, mais dans le bureau à l’étage en prévision de quand j’aurais du temps. Ce que j’ai lu de lui pour y goûter c’est  « Le Bon Sexe illustré », qui m’a à la fois fait rire, mais rire, et c’est très rare, et à la fois m’a agacé au plus haut point parce que j’y voyais tout le cheminement faussé et bon à la fois. Comme si il avait cru courir dans un territoire inconnu de tous, mais qu’il s’était retrouvé balisé par toute une culture qu’il n’a pas vu venir. Bref, il s’est fait avoir par son époque. Et ce style !!! Classe !!!

Donc Bernard Pivot, à la bonne époque, parle de lui comme des autres, loue son style et plus encore. Mais au moment de la Grande Lessive Télévisuelle, Tony refuse de se renier en quoi que ce soit. Refuse de s’excuser. Refuse. Refuse. Et refuse encore.

Défendre ou encenser un mort, quel intérêt ?

Sur le fronton de la maison des parents, rue du maréchal de Lattre de Tassigny à Chaumont sur Loire, comme sur toutes les maisons où les parents ont vécu, il y a une inscription, une citation de Lamartine. Ils y tiennent énormément. Sur bois et amovible pour respecter les conditions des Bâtiments de France.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme, qui s’accroche à la notre et la force d’aimer ? »

Quand les clients me le demandent, je leur répond qu’il y a des jours où je la comprends, et d’autres non.

Le salon de T Episode 4 Oh la belle bleue… !

08/05/2024

Corrections de Blanche à 8:39 le 08/05/2024

Le beL Esclandre…

Il était un peu plus de 14 heures ce mercredi 1er mai au salon de T, Blanche et moi venions de servir avec succès à peu près 25 clients, quand un homme ouvrit la porte du salon de T.

Un peu fatiguée par ce premier service « de saison », entendez par là premier coup de feu, entendre par là premier service où jongler avec les commandes est nécessaire, je me retourne vers l’homme et le salue :

« -Bonjour monsieur, c’est pour… ?

-Prendre un T…entendez par ces trois petits points que la suite va déraper.

-Combien êtes-vous Monsieur ?

Oui, parce que je viens de servir plusieurs tables de tailles différentes pendant deux heures, donc je me renseigne sur la taille du groupe avant que de pouvoir lui répondre…

-Nous sommes 70, il y a un bus là-bas !!!, entendez par ces trois points d’exclamation que la Scène a commencé, le Mépris est là, bien en place, et qu’il n’attend que moi pour lui répondre.

-Ah…à ce moment-là monsieur, ce ne sera pas chez nous, mais à la Guinguette.

Rires un peu étouffés des clients encore présents et comblant l’intérieur de l’établissement. L’un d’entre eux, un habitué aux cheveux blancs que j’aime bien, se risque même à souligner « elle était bonne celle du bus… » et moi de lui répondre « non, pas là », mais je  n’ai certainement pas le temps de gloser là non plus. Blanche comprend, et me demande d’aller m’occuper des gens sur la deuxième terrasse, elle va s’occuper du monsieur. Cela vaut mieux. Certes, certes. Je commence à avoir faim.

Je passe donc de l’autre côté et ne prend plus en charge ce client. Au fur et à mesure de mes allers/retours, j’entend Blanche prendre soin de lui et de son besoin de reconnaissance. Je n’ai pas le temps de m’y arrêter plus.

Las, Blanche est la seule à cuisiner. Il y a bien un moment où il faudra que je le « serve », mais très honnêtement je l’avais presqu’oublié quand Blanche me demanda :

« Tu peux lui mettre l’eau chaude ? J’ai préparé sa tasse…il a pris une tarte aussi, là. ». Je m’exécute, comme durant les deux heures précédentes. Je prends la théière, la remplit de l’eau chauffée à la bouilloire à 80 degrés pour une infusion qualitative, l’assiette à dessert avec la rose bleue, trouvée il y a deux ans à Emmaüs, les couverts, la serviette, et en passant près du vaisselier, la tasse de thé préparée avec la petite tasse à l’intérieur pour la boule à thé.

Je dépose le tout sur la table verte à l’extérieur, là où le monsieur s’est installé, sans rien dire, je dois encore filer de l’autre côté pour m’occuper des autres clients.

En revenant, le monsieur m’interpelle. Comment exactement, de là tout de suite sur mon clavier j’avoue que les images sont floues. Toujours est-il que Mépris était là, juste entre nous.

« Mademoiselle, je ne peux pas mettre la boule à thé dans la théière… »

Précision importante : je ne suis pas de l’équipe Thé, je suis de l’équipe Café. J’ai appris depuis 5 ans à répéter ce que j’ai entendu sur la petite cérémonie de « L’Heure du Thé » que nous pratiquons ici. A savoir que le service posé devant lui est censé lui servir à pouvoir se resservir plusieurs fois de l’eau chaude, quitte à nous en redemander pour respecter la petite cérémonie. Grave erreur.

 

« Mais vous n’y connaissez rien !!! Au contraire, justement !!! Pour L’Heure du Thé, je suis censé pouvoir mettre la boule à thé dans la Théière !!! c’est cela le rituel !!!

 

A chaque point d’exclamation j’ai joué la partition qu’il avait bien voulu me laisser, celle de la serveuse idiote-bête et inculturable : « Pas ici, monsieur. ». Je le lui ai répété presque une dizaine de fois je pense, avant de couper court, rentrer et claquer la porte juste à ses oreilles.

Un autre client, qui avait été là pendant les deux heures précédentes, me montre la porte des toilettes en face de moi et me dit d’aller me soulager…gentiment. Ce que je fis. Quelques secondes, las je n’en avais pas plus, il y avait toute la vaisselle à faire, et toujours les autres clients à s’occuper.

En sortant des toilettes, le gentil monsieur me demande l’addition. Je m’exécute et encaisse le tribut. Je suis donc entre la cuisine et la salle quand Monsieur entre pour tenter de m’expliquer encore une fois Comment, Qui, Pourquoi, et tout le reste si j’ai au moins une connexion neuronale de disponible pour intégrer tout ce Savoir Incroyable qu’il veut bien daigner me Transmettre.

Mais. Mon corps, et surtout mes yeux,  lui répond que rien ne passera. Il finit par le comprendre. Par l’accepter à sa manière :

«  Mais c’est normal que vous ne sachiez pas faire le thé, vous êtes française et donc vous êtes fasciste ! »

Blanche : « offre-lui ses consommations et qu’il se barre… »

Le Monsieur : « ah ! voilà ! quand même ! »

Et Blanche ajoute: « Et ce n’est pas la peine de revenir, Monsieur! »

Il est tout furibond, mon corps, sans me demander mon avis, suit celui du Monsieur dans la salle jusqu’à la porte. Et au moment où il a voulu claquer la porte, se met entre lui et la porte, si bien que la porte n’a claqué que sur mon dos sans faire le moindre bruit. Ultime offense.

« Ce qu’il y a l’intérieur de vous, mademoiselle, n’est pas beau! ».

J’aimerais vous dire que je l’ai laissé partir, seul. Non. Je n’ai pas atteint ce niveau. Je l’ai un peu poussé par l’air qu’il y avait entre nos corps, et surtout en laissant le mien avancer sur la terrasse, pour être sûre qu’il finisse par descendre les marches du salon de T et qu’il ne soit plus « dans notre espace ». Une fois fait, je n’ai pu retenir une phrase mal fagotée : « ce qu’il y a à l’intérieur de vous est écoeurant »

Quelle est la morale ?

Une autre cliente, qui avait assisté à la scène de loin et à qui j’expliquais le pourquoi du comment du qui, fit une grimace au moment où je lui explique. Je comprends alors que le Monsieur avait raison. Il se trouve que je lui ai donné exactement la même théière, je le lui signale, et devant moi elle arrive à insérer la boule de thé dans la théière.

Fin de la scène.

slander (v.)

 

late 13c., sclaundren, « defame, caluminate, accuse falsely and maliciously, » from Anglo-French esclaundrer, Old French esclandrer, from Old French esclandre « scandalous statement » (see slander (n.)). Related: Slandered; slandering; slanderer. In early biblical translations also sometimes closer to the Latin literal sense, or with a notion of « stumbling block to faith, grace, etc. »

 

    And who euer schal sclaundre oon of these litle that bileuen in me, it were betere to hym that a mylne stoon of assis were don aboute his necke, and he were cast in to the see. [Mark ix.42]

Le salon de T Episode 3,123

13/04/2024

Violence et Résistance sont en couple depuis maintenant aussi longtemps que le temps existe.

 

La pâtisserie, la cuisine en général.

Battre les jaunes puis les blanchir au sucre.

Cuisiner c’est jouer avec la mort et la violence pour rendre « tout cela » digérable voire « agréable ».

 

Résister

 

A quoi ?

Pour se rendre à l’Evidence, il vaut mieux être bien équipé. Une bonne carte et une bonne boussole sont nécessaires, au sens où le voyage ne peut pas être sans, ou être autrement.

 

20/04/2024

Résister à quoi ?

  1. 1200, gelus, later jelus, « possessive and suspicious, » originally in the context of sexuality or romance (in any context from late 14c.), from Old French jalos/gelos « keen, zealous; avaricious; jealous » (12c., Modern French jaloux), from Late Latin zelosus, from zelus « zeal, » from Greek zēlos, which sometimes meant « jealousy, » but more often was used in a good sense (« emulation, rivalry, zeal »), from PIE root *ya- « to seek, request, desire » (see zeal). In biblical language (early 13c.) « tolerating no unfaithfulness. » Also in Middle English sometimes in the more positive sense, « fond, amorous, ardent » (c. 1300) and in the senses that now go with zealous, which is a later borrowing of the same word, from Latin.

https://www.etymonline.com/word/jealous

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », propos recueillis par Blanche le 19/04/2024 au salon de T, table Marbre, table de six personnes, trois hommes, trois femmes, venus ici sur les conseils d’un guide des routes en ard.

Le matin même, je me décidais enfin à remettre un exemplaire de mon précieux près des autres ouvrages laissés à disposition des gens de pas sage dans le salon de T. Un Rabelais rabelaisien[1], un ouvrage de poésie qui n’en est pas un[2], un livre maison qui se construit toujours[3], un exemplaire de la Revue des Deux Mondes sur le Wokisme, parce que j’espère encore raccrocher le wagon que j’ai raté quand il m’est passé sous les deux yeux, le fonctionnel et l’autre, il y a quelques années de cela,  plusieurs exemplaires de la revue Gestes que je n’ai jamais le temps de lire mais dont j’admire déjà les couvertures[4], et un exemplaire de « Carnaval », livre auto-édité que j’assume assez mal tant je sais que, ben, voilà quoi.

Alors hier matin, quand quelqu’un m’a demandé ce que j’avais pu publié qui ne me mettrait pas mal à l’aise quant au moins à l’engagement pris dans sa rédaction (technique de traduction de l’étoffement, elle m’a juste demandé ce que j’avais écrit d’autre, mais c’est moins…  « littérable »), j’ai parlé de « mon précieux », mon mémoire de Master 2, commis en 2018 à l’université de Tours. Et je me suis enfin décidé à redescendre l’exemplaire qu’il me restait du « bureau du Métamicien » jusque dans la salle du salon de T.

Quand les six réservés se sont installés table Marbre, ils avaient bonne vue sur tous les exemplaires des ouvrages à disposition. Il se trouve que l’exemplaire du Mémoire se voit mieux par son format académique, le A4. Et l’une d’entre elles d’essayer de lire le texte de loin… »c’est quoi ce paradoxe là-bas…c’est un docteur Welsch… ? » oui, j’ai entendu le sch, elle l’a prononcé à l’allemande. Or le titre c’est « Le Paradoxe Denton Welch », en tout K dans le titre, rien d’allemand.

« Non, madame, c’est le Paradoxe Denton Welch, c’est un auteur, et c’est mon mémoire de Master 2… » corrigeais-je en préparant quelque chose pour le service qui s’annonçait finalement moins léger que prévu. Pas le temps d’en dire plus, je les laisse prendre l’exemplaire, le compulser rapidement, lire à haute voix « Interaction Culturelles et Discursives…ah oui, quand même… ». Ce n’est que le nom du laboratoire de recherches auquel n’importe quel étudiant est obligé de s’adosser pour écrire son mémoire, mais ça je n’ai pas eu le temps de leur expliquer. D’autres clients se présentaient déjà à la porte. J’étais quand même contente, un peu fière, mais je n’avais pas le temps de plus.

Puis j’entends une des trois femmes parler de « thèse », là je ne pouvais pas ne pas intervenir, l’erreur aurait pu être grave, en tout K pour moi. Je ne voulais pas qu’on se méprenne, je n’ai jamais prétendu avoir publié une thèse, ça c’est pour après, quand j’aurais plus de temps… « non madame, ce n’est pas une thèse, c’est juste un mémoire…il y aura une thèse, plus tard, mais là, ce n’est qu’un mémoire… ». C’est que je ne voudrais pas voir dévaloriser un travail que je n’ai pas encore produit…

Des clients, une table de deux table Arbre, deux dames, un poulet orange, et un shitaké. Trois personnes table Métamicien, des amis qu’il fait bon revoir après un hiver rigoureux, deux autres qui arrivent « non, pas à l’extérieur, il fait trop froid… ». « Et bien ici alors… » dis-je en leur désignant la table Montgolfière, qui est normalement une table pour quatre personnes. « Ca ne vous dérange pas ? », demande quand même le monsieur, la politesse, la politesse. « Non, monsieur, c’est très jungien… », allez, prend ça en apéro et laisse moi mettre en place ma danse…

Je sens que ce service va être intéressant.

« Bonjour, nous sommes trois…

-je n’ai plus de place à l’intérieur, je peux vous proposer en face, la terrasse au soleil ?

-ah mais même à l’ombre, ça ne me dérange pas, dit le monsieur sans se retourner ni vers sa femme ni vers sa fille qui étaient déjà frigorifiées.

-allons, de l’autre côté pour voir si ça vous convient, je peux vous rentrer une table à l’abri du vent si vous voulez, dis-je en regardant la femme d’origine asiatique qui remontait le col de son manteau. Arrivés de l’autre côté, en traversant la route du village, la fameuse rue du Maréchal de Lattre de Tassigny, le soleil est là. Mais il y a du vent. J’insiste :

« -comme je vous le disais, je peux vous rentrer une table à l’abri du vent, sinon je la laisse au soleil.

-c’est pareil pour moi, on peut rester là, dit le monsieur. Mais pas le corps de sa femme, ni celui de sa fille, j’insiste encore un peu en regardant la femme.

« Oui…je veux bien à l’intérieur… »

Voilàààà. On y est. Je leur installe la table à l’intérieur du Métamicien, à l’abri du vent. Je prends la commande des boissons et je retourne vers le salon de T « historique », de l’autre côté de la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny.

En arrivant à la cuisine :

« je prépare le pain ?

-oui, tu peux, ça va sortir pour les trois et les deux. Après on fait les six.

-Ok »

J’adore ça. Ce moment où « il faut gérer », « le coup de feu », le « tout en même temps » mais pas vraiment, il y a largement assez de place pour danser. En tout K, je sais que dans ces moments-là, j’ai le corps fait pour, et il a hâte de pouvoir s’exprimer.

Le service se passe, je virevolte d’une terrasse à l’autre, j’ouvre une bouteille de vin ici pendant que je prends les desserts là, je place là pendant que réponds ici. J’adore ça. Et puis, depuis l’année dernière, il y a « mes desserts ». Et je sais qu’ils font tous mouches.

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », je ne l’ai pas entendue, et c’est heureux. Car j’aurais par trop adoré répondre. J’aurais, pour sûr, trouver la formule qui fait mouche. Je les aurais ébloui de ma prestance physique et mentale, alliées le temps d’une dose d’adrénaline, ou plutôt d’un cocktail de neuro-transmetteurs toujours en cours d’étude par je ne sais combien de laboratoires très sérieux à travers Le Monde, entendez par là le monde universitaire, qui s’il s’affichait à taille réelle sur une « véritable » carte du monde montrerait toute l’étendue de sa petitesse, finalement. Oui ! Mais non. C’est Blanche qui les a entendu et me l’a répété plus tard, heureusement.

Fin de service, deux heures plus tard, à courir, danser, penser mais pas trop. Un règlement par carte bleue, un TPE dans la main, j’étais en pleine transe, toute à ma jouissance de la performance, quand Blanche me parla. Le TPE vola dans l’air pour s’écraser sur le sol. Une partie de seconde à perdre mes yeux dans ceux de Blanche. Qu’a-t-elle dit exactement ? Je ne m’en souviens pas, bien sûr. Je me souviens par contre très bien de ce que j’ai ressenti. J’étais là, au sommet, en train d’achever l’Oeuvre du Service, et quelque chose d’extérieur est venu cassé mon Geste. C’est ab-so-lu-ment insupportable. Comment a-t-elle osé faire ça ? J’y étais presque !

« va te faire foutre. » déclarai-je.

Je pourrais, j’en ai les moyens ou j’ai les moyens de les chercher, gloser sur mille pages à  l’aide d’un Georges Bataille, de mythes perdus, puis retrouvés, puis re-perdus, puis re-retrouvés sur les Raisons qui m’ont fait proférer cette phrase, si doucement, et si injustement.

Au moment où j’écris ces lignes, il y a même une partie de moi, qui gonfle par moment pour prendre toute la place, qui le pense encore, toujours.

“-Mais pourquoi est-elle serveuse ici alors… ? », parce qu’elle n’a pas fini de travailler sur l’humilité. Elle a commencé il y a longtemps, mais à force de tourner sur son nombril elle a pris un peu de retard…

« Oh How I want to be great!

Delusion of Grandeur’s my fate.”[5]

Il est 7h04. On est samedi. Je n’ai pas publié depuis au moins une semaine.

[1] François Bon, https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot163 .

[2] Delphine Arras, https://editions-ex-maudits.com/produit/sonate-pour-un-bison/ .

[3] Catherine Serre, https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/la-maison-de-mues/ .

[4] Gestes, https://www.beauxarts.com/geste-s/ .

[5] DE-LA-NOY, M., The Journals of Denton Welch, New York : E.P. Dutton, 1984, p.3.

Le salon de T Episode 3,12

 

Dimanche : dépasser l’orgueil, la vanité et la susceptibilité pour trouver l’altruisme.

« Mais faire tout un livre d’un seul de ces textes, ça va pas être facile… ». Nope. Qu’est-ce-que ça donnerait, un livre écrit par un fantôme d’enfant de 10 ans, un livre de recettes inversées à la tangente amorale, et un troisième de culture transversalement pseudo et scientifique ? Et si j’entourais le tout d’un petit conte science-fictionnel… ? Après tout, personne ne s’en plaindrait, à part moi « je » veux dire.

 

 

 

Andalousie

Je me souviens, les prairies bordées de cactus

Je vais pas trembler devant ce pantin

Ce minus

Je vais l’attraper, lui et son chapeau

Les faire tourner comme un soleil

Ce soir, la femme du torero

Dormira sur ses deux oreilles

 

Je me souviens avoir entendu, il y a longtemps, l’histoire du drapeau espagnol, racontée par un étudiant en espagnol de la fac d’Aix I en une phrase sans verbe: « le rouge pour le sang, le jaune pour l’or. » J’ai encore un bout de ce que j’ai ressenti là, au fonds. Mais comment l’écrire ?

Je me souviens, les prairies bordées de cactus. Je vais pas trembler devant ce pantin, ce minus. 

J’aurais pu passer quelques heures, comme je le fais parfois, à faire « des recherches » sur ce drapeau afin de revenir le démonter correctement, dans les règles.

Je vais l’attraper, lui et son chapeau, Les faire tourner comme un soleil…

Mais ce que j’ai ressenti était ce que je cherchais, et je l’avais déjà trouvé. J’étais à la fois fascinée et dégoûtée par ce miel sonore coulé dans mes deux oreilles.

Ce soir, la femme du torero, Dormira sur ses deux oreilles.

Des images, tout de suite, de sang et d’or, révélées, j’étais Le Réceptacle de quelque chose.

 

Est-ce que ce monde est sérieux?

Certes, certes. Au temps qu’il le peut.

Est-ce que ce monde est sérieux?

 

Qu’un territoire donne à quoi que ce soit comme de l’adn une saveur particulière, non je ne crois plus ni au père noël, ni aux nations. Mais. Peut être est-ce parce que je n’ai pas grandi là exactement où je suis née que je cherche n’importe quelle part infinitésimale de racine à laquelle me raccrocher ? Va s’avoir.

Le salon de T Episode 3,1

 

Samedi : dépasser le chaos (et la susceptibilité) pour rassembler ce qui est épars.

La synchronicité. « Je » vais écrire ici et maintenant ce qu’il m’en reste, ce qui n’exonère rien ni personne d’aller y voir par soi-même ailleurs et après. Ce que j’en perçois : c’est un concept jungien parce que, notamment sous ce nom, développé par Carl Gustav Jung dans les années 1920/1930, après sa « rupture » amicale, antres autres, d’avec Sigmund (Freud), notamment pour divergences de poings de vues sur le concept de libido. Obscur, pour le moins, ce concept diffusera dans l’œuvre de Carl sans qu’il concède à tenter de l’expliquer scientifiquement avant les années 1950. Et avec un succès très relatif puisqu’il se basera sur des travaux répudiés depuis comme falsifiés, donc aux oubliettes de La Science pour un moment. Pour tenter de faire simple, ce concept parle de deux évènements qui arriveraient simultanément sans aucun rapport causal entre eux (oserai-je ajouter sans aucun rapport causal perceptible à l’humain au moment de l’énoncé du concept) mais dont la relation ferait sens pour un individu. Kessec’est ? Certains pourraient dès lors parler de « foi », de « mystère quantique à élucider », ou encore « mais je suis sûre que j’avais mis le beurre sur l’étagère du haut dans le frigo, où est-il ??? », et cette liste non-exhaustive ne vaut que pour la sphère culturelle dont « je » suis issue.

C’est justement au-delà de la compréhension immédiate. C’est, pour moi toujours, un pari fait avec… ? probablement plus soi-même que tout autre chose.

Hier donc, Francis Cabrel offre un clip à son public pour le titre « La Corrida » sorti en 1994. Nous sommes en 2024.

Hier donc, à côté du salon de T, un commerce s’est vu affiché sur sa vitrine « vendu » sans que personne ne semble pouvoir dire à qui que ce soit, surtout pas à « nous » ?, ce qui va arriver dans les prochains mois, en pleine saison donc, dans ce « nouveau commerce ».

 

Depuis le temps que je patiente

Dans cette chambre noire

J’entends qu’on s’amuse

Et qu’on chante au bout du couloir

 

Cela fait six ans que je suis arrivée dans ce petit village du centre de la France. Enfermée à l’intérieur de moi, cadenassée, « dans cette chambre noire » depuis pas loin de ma naissance. « J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante au bout du couloir », et cela me met en rage, comme un taureau dans son enclos, sentant bien que rester dans cette chambre noire ou en sortir ne sera de toute façon pas une synécure.

 

Quelqu’un a touché le verrou

Et j’ai plongé vers le grand jour

J’ai vu les fanfares, les barrières

Et les gens autour

 

J’ai sincèrement essayé, encore une fois, de m’intégrer à la vie de ce petit village, en même temps que je vivais une histoire d’amour, comme on dit, avec un être exceptionnel, dont la rencontre m’était alors nécessaire, à savoir qui ne pouvait ni ne pas être ni être autrement. Mais. Avant que de. En plongeant « vers le grand jour, j’ai vu les fanfares, les barrières et les gens autour ». Cela fait donc, en temps humain, six ans que je suis éblouie par cette lumière, ces bruits et ces « gens autour ».

 

Dans les premiers moments

J’ai cru qu’il fallait seulement se défendre

Mais cette place est sans issue

Je commence à comprendre

Ils ont refermé derrière moi

Ils ont eu peur que je recule

Je vais bien finir par l’avoir

Cette danseuse ridicule

 

Alors même que j’avais au plus près de moi tout ce qu’un être humain peut demander d’avoir en une vie, je me suis enfermée, toute seule comme une grande « dans ces premiers moments ». « Je » s’est explosé en « cette place », « sans issue », « ils », « moi », « danseuse ridicule ». Ou plutôt, j’ai mis à peine six ans à prendre le recul nécessaire, qui ne peut ni ne pas être, ni être autrement, à percer et voir derrière les voiles des égos de tous ces personnas accumulés pendant les quelques quarante petites années d’une simple vie, qu’à la fois « tout » ne tournait pas autour de « je », et que mes capacités de perception étaient à ce point limitées, en tant que simple humain, que l’amalgame à déconstruire prendrait un temps sprezzaturien.

Est-ce que ce monde est sérieux?

Certes, certes. Au temps qu’il le peut.

Est-ce que ce monde est sérieux?

Le salon de T Episode 2

 

Le Saint Honorable « à ma façon », étape A

Réaliser et abaisser la pâte âmée

  • Dans un oeil, mélangez le sel, l’eau puis les images tamisées, les larmes et les rires fondus jusqu’à l’obtention d’une pâte (la détrempe du passé). Boulez-la au fonds du cristallin.
  • Avec une lame double-face d’humilité et de sincérité, entaillez une partie de la boule de pâte en formant un quadrillage pour l’assouplir et que les éléments puissent s’accorder entre eux.
  • Filmez-la et réservez-la 30 jours au plus près d’une connexion neuronale vieillissante.
  • Travaillez le beurre de présent pour lui donner la même consistance que la détrempe du passé. Faites-en un cube d’un œil d’arête.
  • Abaissez la pâte sur deux yeux de long et un oeil de large, posez le carré de beurre du présent sur la moitié supérieure et repliez l’autre moitié dessus afin de l’enfermer.
  • Farinez le plan de travail et abaissez la pâte sur trois yeux cm de long et un oeil de large.
  • Pliez en 3 puis tournez le pâton d’un quart de tour vers la droite.
  • Abaissez de nouveau puis pliez en 3. Vous venez de réaliser 2 tours.
  • Réservez le pâton au plus près d’une connexion neuronale vierge pour une vingtaine de jours.
  • Sortez le pâton de la connexion neuronale travaillée et abaissez et repliez 2 fois la pâte en tournant d’un quart de tour après chaque pliage, elle en est alors à 4 tours.
  • Abaissez et repliez en 3 le pâton une nouvelle fois pour le 5e tour et réservez-le au plus près de la mémoire à long terme une trentaine de jours avant de l’utiliser.
  • Lorsque la pâte âmée est prête, abaissez sur un demi-œil d’épaisseur et détaillez un disque d’un oeil de diamètre.
  • Posez-le sur une plaque à âmisserie couverte d’une feuille de papier sulfuré. Réservez à l’équilibre.

Le salon de T Episode 1

 

C’est un endroit qui ne ressemble ni à la Louisiane, ni à l’Italie. Il y a deux pots d’Anduze au coloris particulier sur la terrasse. Les parents les sortent quand le salon de T rouvre ses portes, entre mi-mars et début avril. Une femme bien habillée de vêtements neufs, dans la quarantaine/cinquantaine expérimentée dans la perception de certaines choses mais pas de toutes, qui le serait ?, à la paire de lunette accordée à la couleur permanentée blonde mais pas trop, et pourquoi l’appellent-ils vénitien celui-là ?, la voix échauffée par l’envie sus-citée, arrondie par un reste de générosité trouvée au fonds d’une connexion neuronale mal en point, toute humide et un peu moisie d’avoir été laissé là trop longtemps, nous en offrit 50 ou 100 euros pour la paire, après avoir dégusté un T et une part de tarte et les avoir payés, non sans féliciter comme de bons a-lois la cuisinière.

Dans des mondes parallèles qui doivent bien exister puisqu’en j’ai perçois l’écho, faible mais néanmoins substantiel, je m’entends, seule, lui répondre « mais prenez-les, si ça vous fait plaisir… », lassée par la déliquescence surjouée d’une sociétaire de la Comédie Humaine. Ou, dans un autre, me prendre, seule, pour un Sire Anneau de Berge en Vrac et lui déclamer une diatribe de nez d’Anduze « à ma façon » pour tenter de réveiller le reste de ses connexions neuronales sur toutes les « autres choses » qu’elle n’a pas vu, ou plus sûrement pour tenter de la toucher là où, sans même le savoir, elle avait touché et blessé, sans trouver de centre sur cette amas de chair inerte où mes coups auraient porté.

Plus simplement, Blanche lui répondit :  «  nous savons ce que sont ces pots d’Anduze, Madame. Sachez d’ailleurs que le coloris est une commande spéciale et qu’il n’en existe qu’une centaine de ce type-là. »

Et la dame est reparti avec ses yeux ébahis, sa bouche ouverte avec un reste de tarte à T sur les molaires, et je suis restée près de Blanche pour apprendre.

Chez Tata Aïcha

Un appartement de la banlieue parisienne dans les années 1980, chez « tata Aïcha ». Ce n’est pas ma tante, c’est celle de mes sœurs. Ce n’est pas non plus la tante de mon frère. C’est la sœur de Ben. Elle est marié à un homme si vieux qu’il ne se lève plus de son fauteuil. Elle a un œil au beurre noir. Sur sa peau marron, ça fait étrange, comme un maquillage de mythe expliquant la double nature des choses. D’ailleurs elle est habillée comme un personnage de conte arabe, elle joue comme si elle était dans le hara d’un grand seigneur omeyyade ou abbasside. Rétrospectivement, je vois un peu ma sœur dans ce qu’il me reste d’images de tata Aïcha. Même si ce n’est pas ma tante, c’est celle de mes sœurs. Ce n’est pas non plus la tante de mon frère. C’est la sœur de Ben. Ben est le père de mes sœurs, mais pas notre père à mon frère ou à moi. On est trop blancs pour ça.

Le salon marocain est en L le long des murs de la salle principale de l’appartement. Les adultes se sont assis dans le L, se faisant face et se parlant de choses d’adultes. Le tissu des banquettes est aussi riche que la tapisserie est déjà pauvre.

La table est entre eux tous pour accueillir les collations éternellement fraîches et présentes, et le thé à la menthe toujours, toujours prêt à être servi en allongeant le geste au-dessus des petits verres sans en mettre une goutte à côté.

La caméra ne s’attarde pas sur eux, mon frère l’avait à peine allumée, on en voit que quelques dos assis sur des poufs en cuir.

Il se fait un petit travelling le long de la banquette pour arriver sur sa cible. Un corps d’enfant, le mien, posé là, seul, un peu plus loin. Il en étouffe déjà quelques rires…des plantes vertes un peu plus loin semble avoir plus de vie que ce petit corps. En y repensant, je crois que c’était la première fois que je m’essayais à la catatonie sans en connaître le mot. Ne rien faire, ne pas bouger, respirer à peine pour survivre, les bras qui semblent se détacher et vouloir couler sur le sol. Les yeux fixes sur rien.

Il continue son travelling en appelant mes sœurs « discrètement » pour qu’elles le rejoignent. Il garde le petit corps aussi inerte qu’il le peut au centre de l’image. Puis il recule pour prendre la distance nécessaire, qui ne peut ni ne pas être ni être autrement pour profiter au mieux.

Le micro sur la caméra capture tout bruit, tout mot, tout pouffement. Au centre de l’image, le petit corps ne bouge toujours pas. Je crois que j’avais réussi à totalement m’anesthésier.

« hey…je vous donne 5 francs si vous allez mettre une claque à Alexia… ? allez… ! »

On entend les petits rires des deux petites filles. C’est Ilhem qui y va. Elle s’est toujours faite avoir.

Sur l’image on voit le petit corps d’une enfant de 4 ans qui court en direction du petit corps inerte d’une enfant de 10 ans, s’arrêter devant, mettre une claque au visage, et revenir en courant.

La main droite du petit corps inerte de l’enfant de 10 ans ne devait pas être assez anesthésiée, elle se lève, se colle à l’endroit du choc, le regard se tourne vers l’œil de la caméra au moment où les rires du frère éclatent et remplissent la bande-son. Puis la main, le bras, le petit corps de l’enfant de 10 ans reprend sa position, sans aucune larme, sans avoir ouvert les lèvres, sans avoir essayer de se défendre. A quoi bon ? Personne n’a rien vu. Ou plutôt tout le monde a vu. Et personne n’a rien dit. Alors, a quoi bon ?

Tout le petit corps de l’enfant de 10 ans s’est remis en position. Je crois que ce jour-là, j’ai réussi quelque chose. Je cours peut être derrière depuis.