l’arbre – épisode 20

 

 

 

parti, et revenu – dans ce laps de temps, la guerre elle est advenue – je me souviens de ce type (du même ordre que l’ignoble au poil court, ex-services secrets GPU, qu’iels ont à leur tête) aviné au plus au degré (c’est le cas de le dire) qui, entre deux hoquets et un rot, en appelait à la dissuasion (il s’appelait Elstine – pourquoi tant de catastrophes dans ce monde, tant de guerres de morts et de flots de sang ?) il en est ainsi (alors que nous avons la musique et bien d’autres arts) – nous sommes à la merci de n’importe quel autocrate (il serait plutôt mâle, certes)  (nous ne sommes rien,  civils peut-être, mais rien) (une bombe est vite lancée, vite arrivée, vite explosée) (on a peur ? oui…) 

 

il s’agit d’une maison, elle appartenait à R. ainsi que ces arbres

des aménagements sont prévus, on y travaille malgré tout parce que la vie continue

c’est tranquillement reparti car, au fond, que sait faire l’humanité, sinon des enfants afin qu’ils aillent (pour les mâles) à la guerre ? Se battre. Ici, nous sommes le quatrième ou cinquième producteur d’armes au monde – qu’est-ce qu’on attend ?

Le chômage ? Le corona virus ? L’élection présidentielle ? Le réchauffement climatique ? Les eaux qui montent ? j’ai attendu un moment – tous les matins, la première des choses (avant même les autres nécessaires) une image de l’arbre (la suivante est prise cinq secondes après la précédente)

(non, le point non) (il est encore tôt – trop sans doute – je dors mal – un propriétaire a des problèmes locatifs : le type à qui il louait le studio* l’a prêté à un de ses amis (on mettra des guillemets où on voudra) lequel a déménagé une machine à laver (une histoire à peine croyable)

et a laissé de son passage et sur une moquette neuve (zeugme) une traînée noire d’eau usée – la moquette était bleu de France avec de petites étoiles peut-être bien noires – on n’a plus de nouvelles de l’ami – on sait qu’il recevait des respectueuses peut-être

– le syndic de copropriété a décidé de changer ladite moquette neuve (elle était souillée sur les 20 mètres qui vont du studio* à l’ascenseur) de tout l’étage – à cet étage de l’immeuble, les couloirs ont une longueur de 120 mètres linéaires – le syndic a changé la moquette (il s’est trompé de couleur puis en a fait poser une autre) et réclame au propriétaire quelque chose comme 3600 euros – décadré certes – deux de ses congénères

lequel n’a pas la queue d’un demi-euro – alors attaquer, car la meilleure défense est l’attaque – regarder le monde bruire –

le locataire est un homme malade – il est rentré chez lui fin 20, enfin chez lui, il vit en Arménie aujourd’hui – c’est un type bien (il a de mauvaises fréquentations, peut-être) et tu sais ce qui se passe aujourd’hui ?

son mail ne fonctionne plus – c’est l’irruption de la réalité dans le monde virtuel – (le sapin qu’on voit à gauche a été de Noël fin des années soixante) (à côté de lui, un frêne centenaire) – comment veux-tu qu’on ne soit pas fatigué ? – on n’en dort plus que mal – on a des difficultés – il fait encore froid – sur le balcon, le forsythia déploie son or –

ici c’est un cognassier du Japon, qui de son rouge remémore R. qui l’a planté il y a peut-être quarante ans – je me souviens d’elle, appuyée à sa commode, qui priait dieu sait bien qui, afin qu’on lui épargne ces douleurs – elle est partie, une nuit calme et douce – ça ne fait rien c’est vrai nous ne faisons que passer – passons – passons –

une maison, dans la campagne qu’on aménage – on serre des vis, on cloue on nettoie on brosse enduit ponce réduit repose visse et encore et encore – s’occuper du jardin, tondre rafraîchir

le magnolia de R.

 

* : voilà un demi-siècle, elle regardait le Figaro (en ce temps-là, on le lui apportait avec le plateau de son petit déjeuner) et trouva cette occasion – le lieu était un peu bas de plafond – il correspondait sans doute à une certaine surface financière de sa sœur – il est dénommé remise – elle et sa sœur le visitèrent et furent toutes les deux séduites par l’entrée l’immeuble, majestueuse ors et bois rares stucs mosaïques miroirs – l’argent venait de l’assurance vie contractée par l’homme qui venait de mourir – sa sœur vivait sur ce continent depuis douze ans, et voilà qu’on lui avait ôté son amour – nous avions beaucoup pleuré son départ (nous étions six) – le truc est là, aujourd’hui habité par une jeune femme adorable – il fait encore un peu froid, tu sais

Actrice

 

 

on l’avait déjà vue dans un rôle semblable – il y a dix ans (Les beaux jours (Marion Vernoux, 2013) (quelque chose de sage : elle assise dans l’aéroport, l’autre qui s’en va, elle ne le regrette pas) (avec les acteur.es, j’ai mes têtes : je suis difficile et comme diraient les journalistes (qui aiment un peu à salir parfois (voir par exemple le Illusions perdues  récent (Xavier Giannoli, 2021)) je ne suis pas (un bon) client) (un peu comme Sir Alfred dont on raconte qu’il répondait élégamment à l’un d’eux lui demandant des axes de jeu : « Je vous paye assez cher pour que vous sachiez ce que vous avez à faire ») (charmant)
je me suis égaré : une actrice, donc, qui interprète le rôle d’une femme de son âge (elle est de 49) (plus ou moins : en réalité, le rôle devait être celui d’une femme de quatre vingts ans si j’en crois les gazettes) peu importe d’ailleurs : le rôle est celui de la mère de la réalisatrice. Devait être : Solveig Anspach a été arrachée à notre affection il y a quelques années (en août 2015) (ici, on l’aime toujours beaucoup : – le sujet était déjà prêt dans la vraie vie, il a été repris (magnifiquement) par Carine Tardieu, ici
parfois les images fatiguent – parfois moins – j’aime à regarder les passants ( ce sont des acteurs, un film qu’on ne connaît pas, une mise en scène qu’il peut être parfois facile de déceler, des costumes, des maquillages, des dialogues – quelques secondes  et les voilà partis…)
une actrice donc : ce n’est pas un métier, c’est un état – j’ai vaguement vu qu’elle disait d’elle même « je ne suis qu’une actrice, une personne ordinaire » et oui, tout est là
une histoire d’amour comme les films français (ou pas) savent en faire parfois : une espèce d’image de marque (la France, ce pays où la gastronomie la mode le bon goût la libido) (on dit plutôt l’amour : un peu comme les jeunes mariés vont à Venise) (ce genre de poncif – par exemple encore mais après j’arrête : le tgv va dans un sens, puis dans un autre – les versions du train sont différentes – il doit s’agir de quelque plan destiné à l’export)
lui est médecin spécialiste cancer (on dit oncologue) deux enfants, une femme biologiste (Cécile de France, quelque chose de franc de frais de spontané) – il vit à Lyon
elle était architecte vit 19 rue des Panoyaux (c’est à Paris 20) un appartement assez en bazar – une vie entière (à un moment, il la rencontre à côté d’un « hôtel des Facultés » qu’il faudrait que je retrouve) (vaguement le sentiment que c’est à Lyon)
ils se rencontrent, en Irlande, histoire d’amour (scène de lit : parfaite) il ne peut le cacher à sa femme parce qu’il ne le veut pas (elle encaisse : un mal de chien…); les enfants ressentent l’affaire, rien n’est facile – on avance, mais il ne peut pas cacher cet amour
le truc, c’est qu’elle a quelque chose comme vingt-cinq ans de plus que lui (lui, c’est Melvil Poupaud – il est de 73, comme la réalisatrice) : comme dans la vraie vie (si jamais ça existe) disons – le couple est un peu difforme, le livreur épicier asiatique n’apprécie que peu, le copain d’enfance moins sans doute (Sharif Andoura), mais sa fille à elle (Florence Loiret Caille, qui envoie grââââve – extra) oui
alors voilà, on avance le drame se noue, est noué se révèle
j’aime savoir/croire que les actrices (et les acteurs) jouent toujours le même rôle dans le même film – ça m’aide à regarder les films dans leurs différences, pratiquer des correspondances, me souvenir des belles choses, faire exister ici ou là une histoire peut-être improbable – j’y vois de la fidélité, peut-être (est-ce que volage est le contraire de fidèle ?) de la constance et l’assurance que nous sommes en vie (je ne vais que rarement au cinéma tout seul) (on rit, on pleure)
il paraît qu’elle jouait à ses débuts dans cette série nommée « Les dames de la côte » (c’était à la télévision) une aura un peu sulfureuse, peut-être anarchiste, peut-être éthérée : mais comme dans La Famille (Ettore Scola,1987) j’ai vaguement l’impression qu’elle se tient – elle est ici formidable – sa voix surtout ? non, son sourire

 

Les jeunes amants, un film réalisé par Carine Tardieu (en vrai, les trois actrices sont formidables)

Nour, ses frères et leur mère

 

 

 

ce qui est un peu impressionnant d’abord, dans ces images-là, c’est que le petit héros

ici à l’extrême gauche bras croisés avec ses collègues (ils sont en travail d’intérêt général : la raison en demeurera tue) le petit héros (je dis « petit » parce que c’est le dernier de la fratrie) (ils sont quatre) ici peignant

les murs d’un collège pense-t-on – travail ordonné par un animateur socio-culturel (Pietro, interprété par Luc Schwarz)

assez au fait des méthodes à employer avec ce genre de public – donc le petit héros porte, comme le précédent, de l’eau vers sa maison – de l’eau – il y vit avec ses trois frères (d’où le titre du film) et leur mère

tout le monde le sait, elle va mourir – on peut espérer, se leurrer, espérer encore, mais elle va mourir (comme nous tous, telle est notre condition- semble-t-il) (oui) – et ses fils s’en occupent, ils la gardent chez elle (donc chez eux) car c’est chez elle qu’elle veut (ou doit : on le subodore, on n’en sait pas grand chose, mais on y croit) mourir. C’est l’été, il fait chaud et Nour (c’est le petit héros) (Maël Rouin-Berrandou)

part la grâce de la musique va commencer à voir quelque chose, au loin, quelque chose par l’intermédiaire de cette professeure de chant (Sarah – Judith Chemla)

elle lui apprend à poser sa voix

et son souffle

afin qu’il parvienne à chanter

ces mots qu’à sa mère (c’est ainsi qu’il l’a séduite) son père chantait quand il était encore là (où est-il ? mystère). Elle lui fit cependant quatre fils; il partit; et eux vécurent cet été-là, l’été de la disparition (certaine) de cette mère, dans cet appartement

vivant de petits trafics, ou de prostitution – une espèce de vie, une espèce de saison – l’aîné (Abel (Dali Benssalah)) n’apprécie pas le chant

son petit frère a autre chose à faire pense-t-il

merdalafin t’as compris ?

probablement – mais le chant

le chant pas seulement pour leur mère, mais quand même

le chant – c’est important, non, le chant ? – oui, alors je ne peux pas raconter la ville qui n’existe pas (c’est certainement situé dans le sud de ce pays dont on parle la langue) je ne raconte pas les trois autres frères – à un moment, l’oncle (tonton Manu, Olivier Loustau) veut faire entrer leur mère à l’hôpital parce que c’est là qu’on doit mourir

oh non ! le cadet

mais non

on ne la laissera pas

même s’il y a de la police (coursé par elle : Hédi)

on aidera la prof (au guidon, Mo le gigolo (Sofian Khammes))

et puis

et puis

il restera toujours la musique

et aussi les fleurs

un bien beau film…

 

Mes frères et moi réalisé par Yohan Manca

Générique

et techniciens (de création dit-on)

 

 

chambre 12, hôtel de Suède – enquête et hors-champ

 

 

 

 

ça se passe donc là – la réalité des choses : une des séquences d’un film, À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1959) (on en a parlé pas mal ici si tu veux voir – du moins on en connait les aboutissants)

ici, il s’agit plus d’une exploration (on ne sait trop comment (il n’en dira rien), mais le réalisateur (Claude Ventura) a par devers lui pas mal de pièces à conviction trouvées probablement dans les archives de la production (l’adresse du 4 rue de Cérisolles Paris 8 n’existe plus) – le téléfilm, comme on a dit, est plutôt centré sur les relations Georges de Beauregard (GdB)/JLG – on a cette image par exemple

qui montre, sur fond d’église de Saint-Germain-des-Près (on pourrait voir passer là soit Margot, soit Jipé – premier jour de tournage, paraît-il, soit 17 août 1959) (on est devant le café de Flore – gauche cadre l’autobus à plateforme où se tenait le préposé qui actionnait sa sonnette après avoir vérifié/tamponné ton ticket) (des souvenirs des « Exercices de style » de Queneau aussi) – de gauche à droite JPB (alias Bébel – on va le revoir avec sa montre plus tard) /JLG (en flamand rose) / GdB (on note les cravates?) (ce sont des gens bien) (toute une époque) (prise de vue : voiture

) or donc, il s’agit d’un décor que cette chambre 12 : le type (Xavier Villetard dans son propre rôle – scénariste, co-auteur, acteur téléphoneur intervieweur) cherche à savoir si JLG a foutu sur la gueule à GdB ou si c’est plutôt l’inverse (ceci pour le Mac Guffin du bazar, entendons-nous) – il va chercher à en parler avec JLG par exemple (il se fait envoyer paître, semble-t-il) donc il cherche d’autres informations ou sources, il recoupe il va de ci de là (les notes de musique de la bande originale (comme on dit) (extra) due à Martial Solal l’accompagnent – il n’a pas été chercher le musicien, c’est dommage) – il va en ville, il cherche (rive gauche plutôt) rencontre untel (lui aussi en merco) (j’aime le 96, derrière)

Claude Chabrol qui indique qu’il n’a fait que donner son nom comme garantie (il est crédité au générique comme conseiller artistique) (et comme directeur de production – quand même…)  (de la même manière, François Truffaut est crédité au scénario (or il n’y avait pas de scénario…) : ainsi  le film a-t-il pu se monter (se produire, se financer : on saura qu’un René Pignières veut un (son, c’est la mode et ça rapporte) film « nouvelle vague » : GdB le lui offrira… (le Pignières en question distributeur  fondateur (en 1934), avec les deux Beytout, de la SNC société  nouvelle de cinéma – distribution (entre beaucoup d’autres de La Bandera de Julien Duvivier, avant-guerre par exemple – 1934) (la preuve) des « Gendarmes » avec Louis de Funès dans ces années-là (furieusement nouvelle vague, hein…) (non, mais l’argent n’a que peu d’odeur et sans argent, pas de cinéma : donc on s’en fout, on le prend où il est) – équipe de tournage assez réduite, dit-on , mais de GdB l’équipe : par exemple le chef opérateur, Coutard  (dans l’annuaire, on découvre l’adresse du Raoul (il est mort en 2016 – il était de 24), j’ai trouvé ça

au 5 de la rue Boutarel (sur l’île) (il faut me croire sur parole, là – comme on est enclin, toujours d’ailleurs, à le faire au cinéma…) on ne la voit que trop rapidement, mais j’aime bien sa montre analogique, à la mode en ce temps-là – 1993) (je te la montre)

(clcdld)* hein –

ils sont au Select (boulevard du Montparnasse), le type Xavier V. pose des questions, l’autre répond, blasé, que oui, GdB et JLG en sont venus aux mains, devant « la belle Fero » (un café/restaurant rive droite, rue François-Premier)

(au fond à droite, les arbres sont ceux des Champs-Elysées; à gauche ceux de l’avenue Georges Vé) (pour situer) (à l’à peu près même époque, ce café était aussi un quartier général pour les journalistes et photographes de Paris Match, puis d’Europe 1 puis plus tard de Salut les copains – toute une histoire dont on retrouve les prolégomènes dans le projet DF)  : là où ils se sont foutu sur la gueule et le personnel (attentionné) du café les a séparés… (des bruits de caniveau ? peut-être en tout cas pas confirmés par les autres) – il y en a un paquet dans le (télé)film (des autres veux -je dire) – des types, plutôt, comme ici  – on le voit trente trois ans plus tôt, avec son chapeau ici mais dans la même attitude de lecture

Pierre Rissient – à sa gauche, la scripte-girl (Suzon Faye, on ne l’entend qu’au téléphone) (moi je ne la connais pas, j’aurais plus dit la fille au crayon derrière la camera pour la scripte mais bon) – le type, là, était assistant – sur cette photo-là

la petite robe de prisunic (on en voit la facture ou alors ce n’est que suggéré, en tout cas c’est dit) (le son du film fait comme JLG aime à faire : chevauché, on entend ici quelque chose de l’autre côté autre chose -un peu un gimmick, une sorte de masque) la photo entière (sans doute de Raymond Cauchetier, le photographe de plateau – qu’on n’interrogera pas… : dommage il n’est pas sur la liste) (Rissient coupé, à l’extrême gauche)

on aperçoit aussi Phuong Maittret la maquilleuse (qui n’avait pas grand chose à faire semble-t-il – JLG refusait qu’on maquille les acteurs semble-t-il encore – surtout la petite américaine…) (mais de la maquilleuse, on ne saura rien : elle n’est pas interrogée non plus – on sait qu’elle répond au téléphone par monosyllabes, ce sera tout d’elle) (comme il y a là deux visages asiatiques et féminins, on ne sait pas trop laquelle est qui – probablement la première en partant de la gauche)

puis continuant sa recherche qui se pratique en neuf jours, il ira trouver

un certain François Moreuil (alors époux de la Jean Seberg, elle a 21 ans, il en a alors 25…) (réalisateur de cinéma et télévision, décédé en 2017) puis un José Bénazéraf (1922-2012)

réalisateur lui aussi, mais de films porno(graphique)s (le genre marchait fort à ce moment-là, mais avec internet les choses ne sont plus ce qu’elles étaient) qui partageait ses bureaux avec GdB – vient ensuite Roger Hanin (1925-2015) (marié à Christine Gouze-Renal productrice (le 4 août 1959…), sœur à la Danielle Gouze épouse Mitterand enfin tout ça) (en 1959, il est interprète d’un film de la série des Gorilles, plus ou moins (plutôt plus) navets à base de barbouzes et compagnie gaulliennes – on passe hein) encore qu’il interprète ici le rôle que devait tenir un certain Paul Gégauff (espèce d’éminence grise de la nouvelle vague machisme cynisme vol et autres turpitudes dont on dit qu’elles seraient la base de la personnalité du Poiccard) vient ensuite Richard Balducci

chargé de presse du film (c’est mieux qu’attaché ? peut-être mais c’est le même rôle) qui tient (au débotté) le petit rôle du maître-chanteur (à la fin du film, rue Première Campagne comme dit Patricia) (il est sur la photo plus haut, au dessus de la scripte Suzon Faye) – puis encore, à Joinville (studios de cinéma d’alors) Cécile Decugis, la monteuse (1930-2017) (bonjour le boulot : sans scénario, sans trop de clap, sans son – sans compter les sautes d’humeur du réalisateur…)

(assistante de Marie-Josèphe Yoyotte (1929-2017), LA monteuse du cinéma français d’alors (elle a réalisé le montage de Moi un noir de Jean Rouch (eh oui) et des 400 coups du Truffaut ( avec donc Cécile Decugis qui est aussi LA monteuse de la nouvelle vague avec la plupart des films de Roro (alias Maurice Scherer) aka Éric Rohmer) – ensuite viendra l’actrice Liliane David (1937-2018) (l’amie – de la même eau qu’Anne Colette est celle du JLG – du François Truffaut)

celle à qui Poiccard vole quelques billets dans sa chambre mansardée de bonne – elle parle aussi de Paul Gégauff  dont on tient ici une image d’alors, en compagnie de JLG (découpée) (le Gégauff en question (1922-1983) a fini sa vie sous les coups de couteau de son épouse du moment – c’est pour te dire l’amour et la joie qu’il inspirait…),un peu de Claude Chabrol en off encore, puis viendra Poiccard avec trente trois ans de plus

sa montre – premier grand (premier) rôle pour lui – il est de 33 –  premier film de long métrage pour JLG – non, on ne va pas salir cette magnifique entente

mais non, bien sûr – pour finir, l’enquête se dirige vers Genève, y rencontre un certain Roland Tolmachoff, à présent gérant d’un hypothétique (introuvable) Sunset (JLG y séjourna un moment dans les années 55, 56 – sa mère morte dans un accident de Vespa, à 45 ans (dixit A. de Baecque je crois bien – JLG lui travaillant à un barrage quelque part), ils se réunissaient parfois dans un café avec Berutti  peut être Parvulesco, Combaq d’autres encore, le Parador (introuvable itou) enfin un de ses amis d’alors

mais sinon, à part quelques zones ombreuses, tout, absolument tout, est vrai

Mais non – mais donc, ce Poiccard, cependant trahi par cette Patricia, court mortellement atteint dans le dos par l’inspecteur Vital (Daniel Boulanger) et s’affaisse

vers le croisement du boulevard Raspail (là où se trouve son effigie rénovée)

alors que passe on dirait bien une 4 chevaux (comme celle que conduisait ma mère) il tombe (au milieu des clous hein) et passe

une 403 comme en conduirait mon père

 

Chambre 12, Hôtel de Suède, un (télé)film (magnifique) de Claude Ventura et Xavier Villetard

 

les fleurs en entrée de billet : à destination de Jean Seberg et de toutes les oubliées des génériques

*clcdld: c’est le cas de le dire (on intègre ici l’affiche du film

)

– par rapport au générique de fin de ce film-ci (il me semble qu’il n’y en a pas dans le ABDS) on remarquera que Suzon Fay (seulement en voix off, certes) n’est pas présente : elle intervient pourtant entre Claude Chabrol et Raoul Coutard; Cécile Decugis vient après Jean-Paul Belmondo (on entend seulement l’interprète de Poiccard avant l’intervention à l’image de la monteuse). La maquilleuse Phuong Maittret (qui deviendra, dit-il, la confidente de Jean Seberg) absente ne répond (comme on l’a entendu seulement) que « par monosyllabes au téléphone ».
On a cherché sans y parvenir à identifier le Jim Pallette dont on entend la voix (peut-être est-ce lui qui travestit la voix de JLG au téléphone)

Pour en finir (provisoirement), il existe un livre sur le film écrit par Michel Marie (prof de ciné en Sorbonne) chez Armand Colin, La nouvelle vague et son film manifeste À bout de souffle (2012) (31 euros quand même) – quelques extraits ici)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

chambre 12, Hôtel de Suède – distribution

 

 

 

toute notre gratitude à l’Employée aux écritures pour nous avoir fourni (par la poste) le lien vers le site qui permet le visionnage de ce beau documentaire 

 

Lorsque j’ai entendu dans le film le réalisateur au bout du fil (entre parenthèses, gardons confiance dans la réalisation pour nous affirmer que c’est lui qui est au bout du fil) répondre : « non mais vous rêvez non » sourires puis raccrocher après un « voilà au revoir »

« pourquoi je rêve ? « , demande l’interlocuteur, ici penché en avant, « dites-moi pourquoi je rêve » quand même ce serait Jean-Luc Godard, je me suis dit mais comment veux-tu qu’il réponde ? est-ce qu’on sait jamais pourquoi on rêve ? sinon pour ranger les souvenirs, dormir tranquille et reposer un peu cette pensée toujours en travail… Il y a cette image de « jeunes gens insouciants »

(bof) (on est août 1959) (je regarde ces images et je vois de loin Otto Preminger qui maltraite ses actrices; je vois, de loin encore, le même Jean-Luc Godard qui ne veut pas parler avec Marina Vlady (premier rôle de Deux ou trois choses que je sais d’elle – récemment en poème/express*875) sinon par micro et oreillette interposée) je regarde le générique d’un des films qui fera croire au reste du monde qu’existe une « nouvelle vague » cinématographique en France (une « bossa nova » au Brésil), alors voilà pour dire avant qu’il ne commence, ces jours-ci, ces temps-ci, à quoi ressemble le décor (ici en 2010 – légèrement difforme par la grâce du robot

là avant hier

) alors qu’on nous informe dans le (télé)film que l’hôtel va être détruit dans les huit jours (on s’en fout, je reconnais – ça donne une caractère d’urgence, de fatale destinée à l’enquête) et puisque cette maison reste témoin de ces agissements-là, alors pour la troisième fois ici (deux autres : ici et ) , le générique – il s’agit d’un téléfilm comme on dit

il date de 1993, semble-t-il (bouquinistes, mais pas de Notre-Dame) au son, les cinq notes dues à Martial Solal qui inondent littéralement le (télé)film (on croirait du Georges Delerue, c’est pour te dire…) (magistrales) (ça rime…)

un type arrive au volant d’une merco – l’hôtel s’appelait de Suède, c’est joli (ça me fait penser à Ingrid Bergman, qui envoie une lettre à Roberto Rossellini) c’est le générique de début

rien de spécial (Xavier Villetard joue probablement son propre rôle (ça veut dire quoi, » joue son propre rôle »  dis-moi ?) je crois que Claude Ventura fait la voix off

c’est ainsi que se déroule le (télé)film, une heure vingt de recherche (à voir encore je crois un moment ici) de rencontres, d’entretiens, un documentaire dont le sujet serait les relations qu’entretiennent le producteur et le réalisateur d’un film qui deviendra, sans qu’aucun d’eux en sache quoi que ce soit, une espèce de parangon de cette « nouvelle vague » – j’ai réalisé pas mal de « captures d’écran » comme on dit (capture d’écran ? ça veut dire quoi, capturer un écran… ? nous avons besoin des mots),  je les poserai plus tard ici, et puis voici les cartons du  générique de fin –

on ne dispose pas de celui de « Fin » sur l’écran – il n’y en a pas – Xavier Villetard attend pour traverser, devant le quinze du quai Saint-Michel (je préfère le mot toponyme, juste avant, de Montebello)

et puis c’est en noir et blanc – sonore – avec

tout ce monde interprète son propre rôle (réalisateurs, assistant, opérateur de prises de vue, acteur : pas une femme tu remarqueras) (je ne suis pas certain qu’ils soient cités dans l’ordre d’apparition à l’image)

ici deux femmes, la monteuse et une actrice (à laquelle, dans le film À BOUT DE SOUFFLE le Poicard fauche de l’argent, au début de ses pérégrinations) (Jim Palette ? je ne sais qui…) (seulement sa voix ?)

personnel télévisuel plutôt (on se perd en conjectures : jouent-iels leur propre rôle ?)

en tout cas image arrêtée (ou alors un autre, celui de leur profession?)

(l’accent grave sur le A tu repasseras) et puis

seul sur le quai

une esthétique des années soixante – À bout de souffle se dit Breathless en anglais – sans respirer – la suite au prochain numéro…

 

Chambre 12, Hôtel de Suède, un documentaire (donc) (télévisuel…) de Claude Ventura

 

 

les fenêtres allumées, les alarmes et les courageux protecteurs

 

j’ai mal dormi
sommeil entrecoupé
à chaque fois que je reprenais pied dans le monde semi-réel de la nuit, même pour quelques secondes, je pensais à des choses pragmatiques, des bricoles, le jour, quel jour ? le nom du jour et la lumière de la salle de bain des voisins dont la fenêtre fait face à la fenêtre de notre chambre, allumée, encore allumée ou déjà allumée ? je pensais, je me disais que ce qui se voit (la lumière venant de la fenêtre de la salle de bain des voisins) ne se limite jamais à ce qui se voit, car derrière cette lumière, à cet horaire, il y avait peut-être un sommeil entrecoupé là aussi, ou un réveil difficile, besogneux, une difficulté à s’extraire des draps, car je sais qu’ils travaillent (les voisins) tous les deux au contact, réellement au contact, cas contact, il y a une inquiétude sur ce qui fait contact et qu’on peut contacter, ça se devine aussi entre les fentes des volets la nuit
un autre moment j’ai pensé aux concours pour chiens
ils sont présentés côte à côte, tous de la même race, tous les mêmes poils, la même silhouette et la taille au garrot identique, on compare leur allure, celle au repos et celle au trot, on mesure l’écartement entre leurs yeux, le retombé de leurs oreilles, la tonicité de leur queue, la clarté de leur globe oculaire et on décerne un prix au chien dont les qualités, musculature, vivacité, correspondent à ce qui est inscrit sur la fiche officielle, la fiche de référence avec le tarif officiel qui décrit la norme officiellement admise et j’ai pensé que s’il n’y avait pas de prix pour les feuilles d’automne ou pour les flocons de neige ou pour les astéroïdes c’était sûrement un oubli, car si les feuilles d’automne les flocons de neige et les astéroïdes pouvaient être réunis dans une grande salle des fêtes pour être triés répertoriés mesurés comparés on trouverait très vite le meilleur flocon de neige, le plus beau, le plus méritant, celui qui correspond le mieux au standard officiel avec son décor officiellement admis, et au lieu de penser que c’étaient des divagations de 04h37 du matin ce que je pensais, j’ai pensé que c’étaient des alarmes, des signaux, peut-être des signaux de détresse, enfin j’ai surtout pensé que le jour où il n’y aurait plus de concours pour chiens, même si cette nouvelle peut paraître au premier abord assez périphérique, ou anodine, donc ce jour où, faute de participants, ou faute de volontaires pour les organiser, il n’y aurait plus de concours pour chiens, ce serait peut-être le symptôme, le symbole, la petite preuve cachée entre les fibres du tapis qu’on est passé à autre chose, nous tous, nous tous je veux dire en tant que société, ça voudra dire que nous serons passés à quelque chose de plus vorace, de plus déterminé, de plus monumental du verbe vivre, de plus plus, de plus précieux et infiniment apaisé que ce médiocre, que le médiocre des comptes d’épicier qui tuent
parce que j’y crois, il y a des liens entre les choses, la façon de penser débouche sur des actes débouche sur des décisions débouche sur des organisations et des distributions de paillettes, de rance, de tristesse des encombrements
ce sont des encombrements, ça encombre la tête ces récompenses fardeaux, ces rubans premier prix de vaches charolaises et j’ai même envie de dire, mais c’est cocasse, que dans un monde comme ça nous sommes toutes et tous des vaches charolaises, un peu
lorsqu’on comptabilise, organise, labellise, hiérarchise, lorsqu’on fait du pyramidal, lorsqu’on met en avant dans la vitrine cette norme au lieu d’une autre, on oublie totalement les astéroïdes, ce qui est contre-productif, je veux dire contre-inventif puisque c’est d’eux qu’on vient
et les flocons, il faut juste prendre quelques secondes pour regarder, mais regarder vraiment, réellement, à quoi ressemble un flocon de neige, sérieusement
c’est peut-être ça qui s’est passé cette nuit, je veux dire dans ma nuit, l’arrivée de décors de flocons de neige dans mon rêve et comme ils sont puissants, très puissants, rétifs aux tarifs gélifiés de tonicité d’oreilles tombantes et de musculature, ils restent, s’installent, demeurent, ils flottent en filigrane tout au fond de l’iris
donc quand je dis j’ai mal dormi je me trompe peut-être, peut-être que j’ai bien dormi, amis, amies, astéroïdes et voisins courageux protecteurs du sommeil

Aider

 

 

 

Le rédacteur est parfois pris d’une espèce de doute et le nihilisme le terrassant, plus rien ne sert à rien – et servir pourquoi faire ? – et peut-être surtout pour qui – c’est une affaire entendue, il aime le cinéma (comme si ça pouvait y changer quelque chose) et le commente encore – et encore – mais le rédacteur, parfois, est fatigué. En doute, cette manière de proposer des images tirées des dossiers de presse (ici celui du jour) afin de relater quelque chose de ces images animées – avez-vous donc une âme ? – qui n’existent plus une fois la lumière revenue dans la salle (le rédacteur voit les films en salle, le plus souvent). Et aussi, certainement plus, le choix – pourquoi ça et pas ça? – tempête sous un crâne… Pourquoi pas ce que la vulgate en cours à la mode du moment énonce comme »block buster » – une superproduction – un truc qui vaut des millions, et qu’iront voir (donc) des millions de spectateurs ? C’est produit par Gaumont (« depuis que le cinéma existe » – on ne va cracher dans la soupe, non) et Vincent Cassel, l’un des deux acteurs phare de l’histoire (« inspirée d’une histoire vraie » sans doute).

 

Deux réalisateurs se partagent donc les « moteurs » et autres « silence » à moins qu’ils ne disposent d’assistants pour cette tâche (le clap, et ça tourne) : Eric Toledano et Olivier Nakache (ou l’inverse, je ne sais pas) – il y a au cinéma, assez souvent, des frères qui officient ensemble (Dardenne) ou séparément (Mankiewicz) – chacun son tour (Taviani) ou autrement (Coen) – d’autres encore mais pas vraiment frères (Loach et Laverty) : les deux qui nous occupent ne sont pas frères non plus, mais presque et cassent la baraque depuis « Intouchables » (2011) : ce sont donc des locomotives du cinéma français (il n’est sans doute pas d’auteur mais est-ce qu’on en a vraiment quelque chose à faire ?) (le cinéma (d’auteur) français, ce peut être deux ou trois personnes dans un appartement qui parlent, et parfois, on se lasse aussi). Le film reste de la qualité française, cependant.

En réalité, le cinéma (n’) est (que) ce qu’il est.

Point à la ligne : deux acteurs donc, Vincent Cassel et Reda Kateb (les deux, d’une présence formidable) – l’un interprète un juif (kipa – sous une casquette estampillée NY le plus souvent – plus tsitsit) l’autre un arabe (plutôt banlieue, en connaissant les codes). Ce sont ces deux hommes qui tiennent le film, deux amis loyaux et sincères, dotés d’une patience d’ange. Tous deux dirigent des associations d’aide aux personnes handicapées (ici, des autistes, adultes ou non).

Ils sont épaulés par deux bandes de jeunes gens, les plus ou moins autistes et leurs aidants (plutôt plus parfois moins – ils les aident à entrer dans la vie disons courante). Une vraiment très belle histoire, enlevée drôle et triste parfois – des coups de cinéma, des téléphones portables, des courses poursuites – beaucoup de plans de ville sont situés dans le dix neuf, on reconnaît les bords du canal, la Philharmonie…

L’essentiel du film est le secours porté à ces jeunes gens et l’abnégation que leurs aidants donnent à voir – les aidants : parfois des jeunes gens, noirs ou pas, arabes ou non, qui s’occupent chacun d’une de ces personnes. On augmente du fait que l’une des associations a la visite d’inspecteurs de la sécurité sociale (disons pour faire vite) et que les subsides vont lui être coupés. Les deux directeurs se tiennent les coudes, c’est réjouissant – les personnes qui les soutiennent, à l’hôpital (Catherine Mouchet, tenace) ou les parents de ces enfants aux handicaps parfois très lourds, eux aussi assez formidables (Hélène Vincent, magnifique) : c’est réjouissant tout autant.

J’ai pensé parfois à ce film, « d’ici là » chroniqué ici qui est d’une autre ampleur (documentaire, sans doute, conditions sociales de production différentes – ici 5 pour cent des profits seront reversés à des associations du genre) – mais les deux heures passent un peu comme un rêve (le monde n’est pas si pire – la tâche, admirable, de ces gens doit être montrée et soutenue (mais l’État, dans tout ça ? est-il occupé à mater les résistances et procurer aux actionnaires les quinze pour cent annuels qu’il leur promet ?) : un moment de beauté.

Parfois, c’est difficile de parler des films (le cinéma, c’est aussi un passe-temps, un  loisir, un moment d’égarement ou de dégrisement), parfois il se peut qu’ils n’en aient nullement besoin (il faut faire preuve de discernement – les temps du cinéma sont durs ces jours-ci…). Pour une fois (mais c’est aussi souvent le cas), les bons sentiments triomphent et on n’en conçoit pas d’aigreur (c’est plus rare…). On pourra bouder ce plaisir mais il y a de la joie, de l’entraide et de la vérité, pour croire un peu en ce que l’humanité peut avoir de meilleur. Ensuite, dehors, en sortant, on retrouve les lumières allumées, et les autos qui foncent sur les boulevards (le 5 décembre, on y pense quand même).

 

« Hors Normes », un film d’Olivier Nakache et Vincent Toledano (ou l’inverse, je ne sais pas).

sur l’écran

Sur l’écran la pianiste s’agite, mais le son est coupé.
C’est une allégorie. Elle s’agite en silence pour dire toutes les femmes effacées, inconnues, oubliées.
« J’ai un mauvais pressentiment mais qu’importe » dit le héros sur une autre chaîne.
« Fais ce que tu as à faire quoi qu’il advienne », lui conseille-t-on.
_ Je ne te promets rien. » répond-t-il.
Moi non plus j’ajoute à voix basse (et donc pour moi-même). Le héros frappe à une porte. Il est question de sorcières, comme d’habitude. Les femmes effacées, inconnues, oubliées, nocives, ça fait très longtemps que ça dure, que ça se propage dans les esprits, les fictions et les réalités en rendent compte chacune nourrissant l’autre et l’inverse.
« Crache le morceau! » dit le héros.
Très bien.
Ma question est – que cette maison[s]témoin soit le témoin de ce questionnement – en a-t-il toujours été ainsi ? Pendant les deux cent-cinquante mille ans où nous étions chasseurs-cueilleurs (deux cent-cinquante millénaires, c’est-à-dire peu ou prou une durée d’environ cent vingt-cinq civilisations cul à cul), pendant ce temps où nous étions tapis autour des foyers, réunis, effrayés par les prédateurs, effrayants pour nos proies, en a-t-il toujours été ainsi ? Et les vénus callipyges ? Quelles mémoires racontent-elles silencieusement ?
Il y a plusieurs niveaux de connaissance, plusieurs niveaux au sens propre : dans la cave d’une maison témoin, les fossiles et les questionnements ; au rez-de-chaussée salon salle à manger cuisine, le théâtre, l’agent immobilier qui organise la visite (c’est un homme, ou bien c’est une femme avec le lexique et les automatismes d’un homme) pour les clients, un couple (sans doute qu’elle demande où pourra se brancher la machine à laver) ; à l’étage, la salle de bain aux miroirs kaléidoscopiques qui nous traquent, nous définissent ou que nous nous évertuons à tromper, rigoureusement peints à la main quand nous en avons l’énergie et/ou l’occasion, et puis les chambres où s’agitent des rêves. Et passent des allégories de pianistes travaillant leur instrument en robe de soirée sans que personne n’entende.

rêve américain

 

 

C’est un peu l’histoire du rêve américain – c’est à dire que c’est rêvé par des américains (étazuniens, surtout) il y a à voir avec cet autre film  : en réalité, le scénario se compose de la même manière – le van est un des personnages mais loin d’être le principal – une camionnette qui transporte des personnes handicapées

d’un endroit à un autre d’une ville de province – on ne sait pas bien ce que ça peut être, la province des États-Unis mais c’est qu’il y a trop de capitales sans doute – je suppose – alors disons qu’on recommencerait comme « c’est l’histoire d’un type qui conduit une camionnette »

et ce serait suffisant (le type Vic, interprété par  Chris Galust). On appartient à l’histoire, et on la suit.  Il y a son grand-père gentil mais un peu fou, il y a la soeur de Vic aussi

il y a leur mère musicienne, qui donne (ce sera le soir) un concert dans son appartement, il y a les gens de l’établissement où vit le grand-père (l’une d’entre celles et ceux-ci est décédée, Lilya, il faut aller à son enterrement)

il y a les gens qu’il faut convoyer – une jeune femme assez obèse qui va chanter dans un concours « ‘Rock around the clock », une autre jeune fille handicapée

noire

qui doit aller quelque part, qui est évidemment comme tout le monde, en retard et puis d’autres encore – je ne sais plus exactement – mais arrive le neveu de la Lilya

qui est morte, qu’on va enterrer qui vient assister à l’enterrement – et tout ce beau monde est embarqué à cent à l’heure…

C’est un  peu le rêve américain – on aime cette nation, on vient d’ailleurs pour la plupart de Russie (les gens qui vivent dans le même immeuble que le grand-père) et on dispose d’une âme slave (je me souviens de cette chanson, je me souviens de Jacques Higelin qui la chantait, je me souviens) et donc on chante – on s’est trompé de tombe

tant pis on change et on chante, on chante et c’est l’hiver, il a neigé, il fait un froid de gueux, elle est enterrée, Lilya.  Le rêve américain, c’est aussi pas mal les Noirs – la famille de cette jeune fille (Tracy  dans le film, interprétée par Lauren »Lolo »Spencer)

qui a apporté à son boyfriend (son ami de coeur) un carton qu’il ne prendra pas et un cadeau d’anniversaire – un sabre japonais dans son étui – qu’il ne prendra pas non plus, cette jeune fille dont le frère fait partie d’un groupe de rap – ils chanteront un morceau a capella – il y a des gens qui travaillent et qui chantent

la jeune fille participe à son concours, on chante – des gens rient, des gens dansent…

C’est un peu comme on aimerait que soit le rêve américain : les choses s’arrangent toujours – un peu de bric ici, un peu de broc là – on déménagera pour le concert un canapé, à pied, loin, on s’assiéra dedans fumer une cigarette au bord de la route, il neige c’est bientôt la fin de l’après midi, on a été chercher les clés de l’appartement de Lilya, puisqu’elle est morte, il faut qu’on boive qu’on mange et qu’on chante – on ne peut pas, non impossible d’avoir les clés, non : son neveu charme la gardienne agent de sécurité, il lui parle gentiment, elle l’écoute finit par sourire – on va aller boire, tous ensemble – on va rire aussi

c’est vraiment le bazar

on partira ensuite, on s’en ira écouter le concert, on reviendra ici, là ailleurs – ce sera la nuit : chez la jeune fille noire, le groupe de jeunes gens rappeurs se sont fait prendre, ils sont au commissariat, il faut aller délivrer le frère, mille dollars, on les emprunte ici, on les trouvera là (la mère les a planqué dans le canapé,le canapé n’est plus là…)  et puis et puis une séquence endiablée

(en noir et blanc)

on se bat

on se bat – terrible séquence… L’Amérique (les États, plutôt)si elle était comme elle nous est montrée là, comme elle est et devrait être, c’est ainsi qu’on l’aimerait…

Je ne raconte pas tout, évidemment, les images sont fixes, le texte est ce qu’il est – mais dans tous les sens, partout, tout le temps, cet amour immodéré pour les gens,ce qu’ils sont simplement (il y a surtout – ça ouvre et ferme le film – ce dialogue où Vic ne dit rien, mais c’est un dialogue, avec un de ses amis – cigarette simples mots : for-mi-da-ble.

C’est la nuit

c’est l’hiver

il fait un froid de gueux, ce sont les rues d’une ville de province, parcourues à tombeau ouvert par une camionnette qui sert au transport des handicapés – un peu comme dans ce film, là, qui était tellement bien… Ici aussi, tellement bien, c’est la nuit, il fait froid, c’est un peu un rêve américain

 

Give me Liberty, un film (extra) de Kyrill Mikhanovski.

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien