Orson

 

(regardant l’index (non à jour, mais ça ne se fait pas tous les quatre matins non plus) je m’aperçois que Orson Welles n’y figure pas – non plus que, par exemple,  Satayajit Ray (jl’ai beaucoup aimé – depuis Le salon de musique (1958) dans les années soixante-dix ou quatre-vingts) et des milliers d’autres (plus d’hommes que de femmes en réalité – (le personnel cinématographique pris dans le sens des « ressources humaines »)  on ne peut toutes les citer non plus qu’eux tous) – après il en fait toujours un peu trop – Orson je veux dire : c’est sans doute son charme – là pourtant il n’en a guère (c’est le moins qu’on puisse dire) :  il a grossi de manière éhontée (il est de 15, le film de 58, il a quarante trois ans et essuyé déjà pas mal de revers vis à vis des producteurs US) – il est là, à la frontière mexicaine des US – une ville à moitié US à moitié mexicaine (ça devait se tourner à Tijuana mais ça n’a pas été possible) (on s’est rabattu sur Venice Californie dit la chronique) – il tient

le rôle d ‘un flic véreux (au fond, un gangster (Akim Tamiroff, au téléphone, au fond, a fait enlever l’épouse de l’autre flic) – alcoolique – perdu – sans espoir ni vertu (il aime à fabriquer des preuves afin de faire condamner des coupables – parfois, dommage, ils le sont moins…)  – menteur truqueur hypocrite : très président étazunien de nos jours… – un film noir, pour cette image (au moins)

l’autre flic, incarné par Charlton Heston, mexicain et intègre, lui, se trouve pris au piège : on le fait chanter, sauvera-t-il son épouse ?

l’histoire commence donc : une bombe explose à la frontière (un plan séquence d’ouverture comme on en voit peu – une merveille) dans cette ville où le flic mexicain va laisser sa femme le temps d’enquêter (elle et lui sont en voyage de noces, mais ça ne fait rien : le devoir (mais pas le conjugal, donc) avant tout…)

erreur (on kidnappe l’épouse, Janet Leigh (le type a pour patronyme Vargas, et je ne peux pas m’empêcher de le rapprocher de sa sœur (probablement) prénommé Maria, qui, quatre ans plus tôt épousait un conte (La comtesse aux pieds nus, Joseph Mankiewicz, 1954) – madame Vargas donc qui crie comme elle le fera dans deux ans dans Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) on la drogue on l’enferme on la bat (ici avec le truand)

on fait chanter le mari – tout va de plus en plus mal – et voilà qu’apparaît Marlène Dietrich grimée en une espèce de gitane (plus ou moins respectueuse, plus ou moins mère maquerelle – enfin comme elle est amie avec le flic interprété par Welles, tout est pardonné)

et puis et puis – on peut aussi voir Zsa Zsa Gabor (l’actrice aux sept maris) tenir une boite de strip-tease

je ne me souviens plus – je ne raconterais rien de plus – c’est un film noir, on les oublie, ils reviennent on s’en souvient (celui-ci est particulièrement magnifique – l’image est réalisée par Russell Metty à la filmographie hollywoodienne longue comme le bras) – l’histoire, les plans, les faux semblants en forme de reflet

la cruauté, le mensonge, ce que le monde fait aux femmes et aux hommes –

et Orson Welles réalisant tout ça en un temps record – entrant dans les budgets, sans dépassement mais à qui on retirera le montage final (dit final cut) – (un monde de chiens) et qui, pour la peine, cessera à jamais de tourner à Hollywood.
Un montage conforme à ses volontés sera réalisé à la fin du siècle, mais Orson aura disparu depuis plus de dix ans… – en 85, à… Hollywood…)

La soif du mal un film (en noir et blanc) (Touch of Evil) (et très noir – mais magnifique) réalisé par Orson Welles en 1958.