La voix d’Amara

 

 

Se tenir droit et rester de gauche

Avant ça, dans ce coin du dix-huit, dès quatre heures du matin, les cheminots faisaient chauffer leurs machines qui tournaient au mazout – les miasmes envahissaient l’ensemble : il y avait déjà là des écoles, des habitations, des commerces et une vie, embrumée certes, mais une vie  (la rue Pajol et ses sinistres entrepôts) et puis voilà qu’on y posa une bibliothèque (augmentée d’un gymnase et d’une esplanade – dédiée à Nathalie Sarraute) (inutile de dire que l’édile était de gauche) laquelle bibliothèque (couverte d’une toiture photovoltaïque) a été dédiée à Vaclav Havel

et c’est donc sous ces belles égides qu’était présenté un livre à la couverture jaune et aux pages blanches et noires – La voix d’Amara édité chez SiKiT
On pourrait croire qu’il s’agit de promotion, mais non, il ne s’agit pas de ça, en aucun cas. Tout autre chose: une mémoire et une volonté d’inscrire les choses comme elles viennent, dans cette maison, ici.

Une belle volonté de vivre – d’exister – de garder pour les autres et soi une estime et une dignité – tout le contraire, en quelque sorte, de ce qui nous est professé à longueur d’antenne de radio et d’écrans de télévisions : choses qui ne mènent qu’à la haine, la guerre de tous et toutes contre tous et toutes, l’horreur et l’abjection – mais en fait, non, il n’en est pas ainsi – ou du moins il nous reste à le construire et le vivre : la vie, elle-même, tous les jours par toutes ces initiatives menées et vécues (aux jardins d’Éole, qui jouxte ce lieu, où on donne à manger, par exemple, bénévolance hospitalité dons et contre-dons – quelque chose de l’humanité, simplement)

Je suis pour – nous sommes pour et nous avons raison

Je repose ici les notes prises hier soir lors de la présentation de ce livre dans cette bibliothèque – il s’agit de culture, de lecture, de compréhension, d’aide et d’hospitalité, quelque chose qu’on entend aussi dans bien d’autres endroits

 

la voix d’Amara écrit par Amara Camara et Joëlle Le Marec
les représentants de la bibliothèque – et les auteur.es

le cadre (l’est parisien)

et puis
octobre 2016, Amara ivoirien réfugié – langue officielle : le français, enseigné si on en a les moyens, qu’on entend à l’église – la bibliothèque ferme avec de la musique, tous les soirs, ce soir une musique d’Afrique (Oumou Sangaré si j’ai bien compris) – ah quel beau sept heures du soir
le quartier, la bibliothèque de la Goutte d’Or, le FGO (Foyer Goutte d’Or) Barbara – des initiatives – la boxe, la danse, l’écriture et la concentration en bibliothèque – l’hospitalité
écriture à 4 mains (en fait deux suffisent)
un mois après avoir appris l’alphabet, voilà qu’Amara écrit laisse des pages posées sur la table de la cuisine – une éducation (Joëlle est professeure, elle lui apprend sans doute à écrire – il lui apprend à le comprendre) une poésie qui s’exprime

Pour elle : assister à la naissance de l’écriture, on se dit « ah c’est ça ! »on est capable d’exprimer quelque chose chose avec l’écriture
Pour lui : on arrive à me comprendre et ça m’a beaucoup touché
les conditions de production du livre : elle  tient une espèce de chronique sur facebook – sous un pseudo sans doute transparent que l’éditeur reconnait – le livre naîtra alors

Partager les chroniques, plus tard donc l’ami éditeur Michaël, ils se voient eux deux et lui dans des cafés quelques fois – ils élaborent peut-être, le fond noir le fond blanc c’est l’éditeur qui l’apporte, comme le choix du titre et les effets de transparences

Apprentissage durant le voyage : des choses apprises , cette façon de s’éduquer, ces images ces actions, ces milliers de kilomètres (je pensais à cette chanson de Cabrel qui faisait vous vous imaginez peut-être que j’ai fait tous ces kilomètres pour m’arrêter contre un grillage) la confiance comme un savoir sur ce que c’est que la vie – ça n’a rien d’extraordinaire non plus c’est juste de l’humanité – sans critique – ce qui semble une caractéristique de notre monde celui d’ici, critiquer alors que des choses se font – on soigne on adopte on aide – et on reconnaît ce qui a vraiment de la valeur : le soin, l’éducation (je pensais ce qui est systématiquement détruit (l’hôpital, l’éducation nationale et la recherche, la justice) par la politique de ces vingt ou même quarante dernières années – je me disais faudrait que ça change)

Amara : les français aiment beaucoup critiquer mais il faut dire stop
Plutôt construire une relation, une par une – élaborer – écouter des voix différentes

Joëlle: une certaine méfiance vis à vis de la militance, laquelle fait en sorte de « parler à la place de » les prier de faire le silence, ne pas les laisser dire parler exprimer –  qui ça: les réfugiés

Ici deux voix différentes symétriques ne pas imposer le silence
une autre forme aussi de cette volonté de faire silence : l’esthétisation d’un certain cinéma
Donner à voir entendre faire exister ce qui se passe devant chez soi

on est partis avant la fin parce qu’on était fatigués – dehors était la nuit (l’autre pont bleu)
au dessus des fenêtres éclairées de la bibliothèque un croissant de lune

 

La voix d’Amara  un livre écrit conjointement par Joëlle Le Marec et Amara Camara