l’îlot central

Entre la cuisine avec sa table de petit déjeuner et le coin-repas avec son îlot central, la maison hésite entre deux styles distincts, deux manières de vivre offertes aux adeptes du cuisiner tranquille et du petit déjeuner en catimini, qui n’exclut pas le must de nos cuisines contemporaines, l’îlot central, ici uniquement à fonction de table surélevée avec tabourets hauts, et qui n’est plus central que du coin-repas.

Quelque chose d’une tour de contrôle des calories, voir de haut les menus dans l’assiette, que certes on mange encore ensemble, on s’assied à la même table, mais on se surveille. L’îlot central comme quart operator, celui qui divise  les portions, et qui dans la lumière forte d’un laboratoire transforme l’ordinaire pain quotidien, le frichti de nos grands-mères, le repas qui tient au ventre, l’avachissement sur un coin de table des fins de repas en un acte maîtrisé du corps, la bouche qui escompte ses bouchées, la colonne vertébrale roide, un certain inconfort du siège précipitant la durée du repas, le vingt-minutes chrono accordé à la nécessité de se nourrir, la lenteur de la satiété remplacée par l’esthétique du décor, on se met en scène mangeant, on mange dans le magazine de déco, on est contemporain, c’est-à-dire sain, sobre et rapide, traitant la nutrition comme on gère l’agenda, coincée entre un rendez-vous et un loisir structuré. L’îlot central, que seule cette position de surplomb sur le repas serait désormais la manière de manger.

Christine Simon

dans l’odeur

Dès l’entrée, cette odeur, je le savais, j’en étais sûre. J’ai accepté, ça me fait un petit supplément, depuis la fermeture des imprimeries, il n’y a plus beaucoup de travail ici, alors, mais je savais que le pire dans ce genre d’endroit, c’est l’odeur du neuf, je vais me mettre le masque au cas où, l’odeur du neuf, parlons-en, c’est du formaldéhyde et des phtalates, le neuf, c’est pas pour moi, mais si je vais leur dire, ils en trouveront une autre pour faire le travail. Le design environnemental, ils n’en ont rien à faire, et tout ce qui fait perdre du temps d’une manière générale, le tout c’est de caser le programme en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ont mis rapidement leurs petits meubles en place, c’est rôdé, tout dans l’apparence, mais la sécurité, qui s’en occupe à part ceux qui y passent du temps, je me demande si celle qui est en charge des visites se rend compte de ce qu’ils lui font supporter, et le problème avec le formaldéhyde, j’aurai beau aérer, ça ne partira pas, il faut des années, et moi, tous les matins à cinq heures, je vais passer deux heures dans l’odeur.

 

Christine Simon

Témoins

D’habitude, elle témoignait de votre rêve, celui pour lequel vous alliez vous endetter pour trois vies.  Bien sûr,  elle avait tout faux, mais tout de même, son mauvais goût vous aidait à préciser le vôtre.  Parfois un objet vous accrochait le regard comme cette sorcière suspendue par une courroie, miroir déformant d’une fausse réalité. Vous aviez soigneusement évité d’y regarder, qui sait quel reflet vous y auriez vu.

salon

C’est une couverture parfaite. Car cette maison là, elle témoigne sur ses visiteurs. Ce n’est ni pour la lutte contre la subversion rampante, ni pour vous adresser des publicités ciblées. C’est un écrivain qui l’a installée pour capturer ces détails qui font toute la richesse d’une histoire. Le moindre de vos gestes servira à donner un peu d’épaisseur à un personnage.  Un héros fatigué s’assiéra adossé à trois coussins empilés  pour soulager son mal au dos. Un adolescent traîné par ses parents chez des amis barbants soulèvera une théière pour vérifier si d’invisibles serviteurs robotisés l’ont remplie juste à temps pour leur arrivée.  Une jeune femme jettera des regards apeurés à ces lustres floraux.  Mais quel est donc cet objet monté sur un immense tripode que l’on a oublié de couper à droite ? Est-ce un projecteur ou une caméra ?

Philippe Aigrain

 

Voici

Le guitariste des pears 65 ans et sandy m 34 ans blessés par les déclarations se sont dit oui le 12 décembre dernier à londres une révélation totale le 28 janvier lorsqu’il débarque sur le tournage à chicago will obtient mais il semblerait une nomination aux oscars pour son rôle dans le film c’est éprpuisant que les folies du festival le couple ne soit déjà plus sur la même montre sa culotte longueur d’onde il est métamorphosé monstrueux décrit l’acteur phil dazzy ressemblait à une bête il avait les yeux pleins de rage parle de son anorexie avait pris beaucoup de kilos et se déplaçait difficilement le vice-président réfléchit à transformer l’affaire de la cocaïne en sitcom sa vrp1ie il ne décroche pas l’atout-charme le trophée denzel le remporte pour running mais il aura tout donné pour son personnage la figure légendaire si tout se passe bien je ne suis pas qu’un physique entre eux il apparaît lorsque l’on croise leurs interviews accusés que le musicien et sa femme n’ont pas exactement la même vision du futur vêtue d’une robe griffée elle déclare aider les gens c’est dans mon ADN il a osé en pleine tourmente depuis sa séparation d’avec taclée par les fans se passionne tristement les médias après son malaise et son hospitalisation ses anciens profs soulignent aussi ses facultés d’apprentissage et sa vivacitrp2é d’esprit peu de temps avant leur mariage la jolie jeune femme productrice de théâtre révélait dans la presse son désir d’enfant j’aimerais hésite mais pas tout de suite la prochaine étape on prendra un chiot groupe son étonnante transformation une sacrée différence d’âge drame elle ne compte pas quitter l’hexagone il y a un truc que les gens minimisent c’est le fait qu’être tout le temps à la télévision ne veut pas dire qu’on travaille tout le temps sans décocher quelques flèches trempées dans l’acide retourp3r gonflé hier c’est son poids que la belle a voulu partager sur instagram puisqu’elle pèse désormais de se lancer dans la restauration et décolleté plus particulièrement les bagels se lâchent à montpellier c’était horrible mais finalement on se demande si ce n’est pas plus une question de volonté que de possibilité.

Saisissez votre titre ici

Vous êtes entré dans l’entrée de la maison[s]témoin.

Vous avez poussé la porte de l’entrée de la maison[s]témoin avant d’entrer et vous avez noté sur le mur une petite fissure, extrêmement délicate, comme la coquille d’un œuf en train de se fendre.

Vous vous êtes dit que vous en parleriez plus tard à qui de droit, sachant pertinemment que vous oublieriez cette question, comme d’autres. D’ailleurs vous n’êtes pas certain de savoir qui est qui de droit, ni s’il est en capacité d’entendre.

L’entrée de la maison[s]témoin, hormis cette ligne de coquille d’œuf qui s’ouvre, vous semble vide, mais alourdie par une odeur de citron. Vous ne savez pas pourquoi, mais vous pensez que ce parfum d’agrume est particulièrement bien indiqué ici. Un parfum un peu aigre, un peu acidulé, un peu rafraichissant et un peu désolant de ne pas être naturel, mais assez entêtant pour savoir se mêler de poussière, de colle, de mastic, de peinture, de neuf, sans en être enseveli.

Sur le sol, vous notez qu’il y a, près de la butée de la porte, un éclat de plastique rouge, avec dans ses linules des restes de plâtre. C’est une cheville cassée en deux dans le sens de la longueur, oubliée par un ouvrier, puis négligée par la femme de ménage. Car c’est sûrement un ouvrier et une femme de ménage vous dites-vous, sans pourtant vous scandaliser, ou si peu. D’ailleurs, votre irritation ne changerait pas grand-chose. La femme et l’ouvrier ont disparu depuis assez longtemps pour ne plus être ni un ni une, ni l’un l’autre joignables, reconnaissables, ils pourraient marcher dans cette rue, derrière la porte de l’entrée de la maison[s]témoin, sans que vous le sachiez, ou prendre le bateau, se fondre dans une avenue, un souterrain de gare, un escalier roulant, ou chez eux éteignant la lumière, repliés sur une chaise à l’écart des fenêtres, compulsant des papiers ou se remémorant la veille, et choisir un ou une ne changera pas l’entité anonyme qui les grignote à petits coups de dents, finement, finit par les ronger, entièrement, on ne voit plus leurs visages, mâchoires, oreilles, cheveux, on ne voit plus leurs hésitations et leurs silences, on ne voit pas leur inexistence, seul un morceau de plastique rouge aux lignes hélicoïdales salies de blanc.
Il y a vraiment beaucoup d’espace dans cette entrée, et il est vide, pensez-vous encore.