dispersion 17

 

 

c’est cette façon de ne rien faire tout en faisant trop – faire vivre le site, avancer et ne pas (trop) penser à ces choses qui arrivent, qui vont bien finir par arriver – ne pas attendre, ne pas se laisser entraîner au fond, vivre enfin

Un jour, tu verras, je mettrai au point l’index des articles – « un jour tu verras » c’est une si belle chanson – il ne faut pas se laisser aller, il faut se tenir
Peu de choses, l’agent fait son travail. Il se trouve dans l’entrée, puis passe au bureau. Il a des choses à faire,réviser ses mots son langage ses appréciations son argumentaire ses questions –

un article qui date de 2011 mais OSEF – il ne relate que le crachat dont aurait été victime Mankiewicz de la part d’une Katharine Hepburn ce qui ne ressemble pas tellement à la bestiole (c’est d’un vulgaire), mais après tout peut-être (n’est-ce pas l’un de ses plus grands rôles – avec celui tenu dans African Queen (John Huston, 1951) – je (me) rappelle qu’elle était de 7, Jo était de 9, et Huston de 6) (c’est juste pour fixer les idées – le temps passe et court)

un emplacement dans un cimetière – Stéphane  Audran (aka Colette Dacheville dixit wiki) – dans ce cimetière (Tolla, Corse-du-Sud) dominant un lac que ses restes (s’il se peut) aperçoivent de l’intérieur d’une tombe de marbre rose – ici on prépare, on répare, on bosse

espèce d’indiscrétion – personnage public – le contraire de privé, est-ce public ? ou professionnel versus privé ? – on tient à sa biographie (je l’aimais beaucoup, surtout dans ce film, Le festin de Babette (Gabriel Axel, 1987)

et deux images glanées dans le magazine aux mots croisés duquel on s’amuse – ici une image des deux premiers rôles du dernier film de Tony Gatlif, Tom Medina (2021) -lui, il est de 48, à Alger) (vraiment bien) – ici, on a posé quelques images de Josef Koudelka, je me souviens –

Slimane Dazy et David Murgia dans les rôles

puis ici un peu de catastrophisme c’est important pour faire passer le temps (il n’y a pas le point désolé) (il est assez inutile, j’édulcore (il y aura une légende) et tout le monde l’a reconnue)

la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, le 15 avril 2019

enfin une photo d’archive (au premier plan, j’ai l’impression le croisement rue du Renard rue Rambuteau) (début 70 je suppose aussi)

dispersion quinze

 

 

 

des images il y en a partout – je veux dire dans cette maison (19 opérations) plus les dispersions (une bonne quinzaine) mais ça ne fait rien je les ai trouvées, je les pose – l’agent ne m’en voudra pas mais il y en aura partout

ici une écrivaine traductrice mais je n’ai jamais rien lu d’elle (ça viendra sûrement), elle m’est apparue

Agnès  Desarthe

(la chanson de Barbara, plutôt libidinale d’ailleurs, m’a toujours fait penser à Yvonne la femme du général – il n’y en a qu’un – mais c’était un autre temps, on y coupait les têtes) (si la photo est bonne)Françoise Dolto

la maman de Carlos – je l’adore – elle; lui moins mais pas mal quand même (je me souviens de lui dans le studio des Buttes Chaumont)Laurence de Monoghan et Jean-Claude Brialy

l’important, dans celle-ci, c’est le genou (pas vu le film, je reconnais,pourtant j’aime assez l’élégance du réalisateur – il portait un pseudonyme et nous  enseignait l’art du raccord, s’il sort à droite, il entre à gauche etc.)Sophia et Marcello

c’est de nos jours, ces temps-ci à cause de cette peste brune qui envahit tout (à Nice par exemple ces jours-ci) (mais le dire n’est-ce pas le faire exister plus ?) enfin ce couple-là, et cette espèce d’amour-là (mère fils sans doute, quelque chose) –

Diego Maradona

on y est presque (en voyant cette image, avoue qu’on ne peut que croire qu’il prend des trucs) (que la paix soit sur son âme) – ici c’est son prénom que j’aime, cette chanson aussi (Johnny et le fils Hamburger)

Ariane Mnouchkine

la fille de son père (sa profession, son apparition dans le dvd des producteurs,j’apprends qu’il a épousé Simone Renant, celle (formidable) du Quai des Orfèvres (Henri-Georges Clouzot,1947) (celle : je veux dire photographe) (je l’aimais tant tu sais) une femme formidable, Ariane

trois du même (comme Aznavour)

Michel Bouquet trois fois, ici avec Stéphane Audran, interprètes de « La femme infidèle »

plus une

continuons, veux-tu

Antonio Lobo Antunes

on s’en fout, c’est vrai, mais tout ça vient quand même d’un journal (le recours aux images) sa chemise, son pull, sa façon d’être rue de Verneuil, je me souviens (je ne cherche pas, je suis pressé) (par quoi, c’est bien autre chose) –  ces gens-là

Rock Hudson

surtout pour ses rôles dans les films de Douglas Sirk – l’un de mes favoris, mais j’en ai plein – et l’image est belle il me semble- il ne se ressemble d’ailleurs pas – que des portraits

Jean-Paul Sartre au comité Russell

JiPé jl’aime aussi beaucoup – non c’est égal, je pensais qu’elle aurait dû refuser, mais pourquoi faire ? Venger sa race disait-elle – femme, blanche, française. On salue, profondément

Vie privée

 

 

 

il s’agit d’une photo de tournage : elle montre l’évacuation d’une actrice qui s’est trouvée mal lors de la projection d’un de ses films (probablement la première) (je ne sais plus, je n’ai pas revu le film il me semble l’avoir vu il y a quarante ans, un film de Louis Malle qui date des années 60, 1962 précisément), je l’ai trouvée dans le canard un jour de ces vacances –

intitulé « Vie privée » il raconte l’histoire de la star BB vaguement romancée – j’ai trouvé cette image parfaitement illustrative du cinéma

je l’ai découpée en plusieurs parts – toute cette mise en scène

cette foule rassemblée (il se peut que les agents de police ne soient pas tous d’artifice)

les instructions données à tous ces gens : les trois femmes au centre dont l’une sourit, l’autre compatit peut-être

celle en chemise à carreau droite cadre – et tous les autres

les projecteurs dans le champ – mais je pense à tous ces contrats, ces papiers, toutes ces assurances souscrites, ces fiches de paye – les vêtements, les gardes républicains empruntés

il n’y jamais qu’une centaine de personnes, d’ailleurs – ça ne va pas se faire en trois heures tu comprends bien – ni avec trois ou quatre euros – après on peut regarder par exemple la production : film italo-français (comme on faisait alors pas mal, les co-productions) (n’anticipons cependant pas)

tu y trouves Christine Gouze-Rénal mais aussi Jacques Bar (qui produisait les films avec Fernandel – on pourrait dire les « fernandel » en terme générique) ce qui indique une certaine continuité (la nouvelle vague qui crachait sur tout ce qui bougeait de l’ancien temps, tu te rappelles : eh bien, pour produire, il fallait quand même, parfois, malgré tout…) – j’ai pris des clichés rapprochés

les bruits disaient que le film racontait la vie de la star (la publicité, tu sais, comme un chien traître et lâche) il s’agissait d’une chronique défrayée (le suicide des stars avait quelque chose qui faisait vendre alors) il y avait aussi à l’affiche (comme on dit) Marcello dans le rôle du mari adultérin (les années 60 et leur puritanisme aggravé, comme de nos jours aux US)

l’image a quelque chose, j’ai cherché à savoir quoi

ah revoilà le trio des femmes plus une quatrième, une espèce de joie, de compassion, de questionnement – elles jouent à regarder passer une star évanouie

le sourire du jeune type avec sa pochette de veste sa cravate, ce contentement – il ne fait à peu près aucun doute qu’ont été captées des personnes de la régie – à cette époque, elle était scandaleuse par sa sexualité libérée (elle avait cette présence, comme Elvis Presley (surnommé élégamment Elvis the pelvis parce qu’il parvenait à faire ondoyer cette partie de son corps, ainsi que la star évanouie dans un film précédent (et Dieu… créa la femme (Roger Vadim, 1956) : il y a six ans de ça, infiniment désirable disaient les affiches… et depuis, sur le seul nom de la ravissante idiote se montait n’importe quelle production – idiote ou peut-être moins)

le type regard caméra juste à côté de celui qui porte un nœud papillon – je me suis renseigné, je lisais et je ne m’en souvenais pas mais le film était évidemment

(ici quand elle arrive à la projection) en couleurs

et assez américain… (on évite cependant le fait que la star (qui a vraiment très mal tourné) chante dans le film – et c’est, à mon humble avis, tant mieux)

 

Vie privée, un film réalisé par Louis Malle en 1962

 

et puis aussi cette dernière image (on ne sait jamais qui prend les photos – j’ai cherché dans le générique (IMDB) s’il y avait un (ou une) photographe de plateau : pas trouvé alors seulement (ça doit faire un lot, j’imagine) ceci donné par le canard (je n’ai pas pris l’image de gauche à bord du Dracula…)

(à l’occasion je la poserai tiens – la voilà

elle ne va pas être étouffée par la modestie mais en réalité la star pose

(c’est l’un des hommes qui a enlevé le haut) (l’éclairage de l’image est du à monseigneur l’astre solaire brillant sur la Normandie)

 

 

 

 

 

Exposition

Parfois quelque fois de temps en temps je laisse mes doigts agir pendant que ma tête digère

dilapidation disruptive

Il y a une sorte d’hystérie en ce moment avec ce qui se passe, je dis ‘en ce moment’ mais ça commence à faire, je dis ‘ce qui se passe’ au sens large, ce n’est pas réservé à une sphère particulière spéciale spécifique etc., vu que ce qui se passe au sens large te dit des choses au sens large qui t’atteignent au réveil chez toi, comment sortir comment ne pas tomber malade, où aller et est-ce que c’est autorisé d’aller acheter les chaussettes pour le petit dernier, bref le mot que je cherche est quotidien, ça touche au quotidien

Je passe sur le fait que la parole n’est pas égale et que, de loin, à vue de nez, à ouïr d’oreille, on a l’impression que ce statut est partagé (rester chez soi en se posant des questions existentielles sur le sens de la vie tout en relisant Proust et en faisant soi-même son pain serait une pratique commune), ce statut serait significatif symbolique, à se demander quels petits corps magiques aux mains magiques et transparentes te donnent ton ticket de caisse

Ce qui se passe en ce moment a une couleur et surtout une rapidité et une texture papier de verre incontestable
La couleur je ne sais pas, si je demande autour de moi elle est plutôt très moche

La rapidité c’est que tout s’enchaîne s’escalade brinquebale breloque palpite en ribambelles de dominos jetés à travers la pièce, si je prends deux minutes pour regarder ça me fascine

Parfois c’est une tragédie grecque ou du Labiche ou un chapitre du Prince de  Machiavel, il y a du mensonge des postures et des sous-entendus des tractations internes des négations intempestives des réactions épidermiques enfantines – de gens qui sont plus vieux que moi parfois, comme quoi

Il y a beaucoup de violence beaucoup beaucoup de violence les rézos les rézosocios c’est sûr mais est-ce que c’est certain, je veux dire est-ce qu’ils ne sont pas le symptôme de la maladie ou comme on dit la pointe de l’iceberg (iceberg, banquise fondue, à ce propos dans ma ville les branches de sapins coupés couvertes d’une mousse blanche chimique polystyrène décorent les rues, c’est une camionnette de la mairie frappée d’un logo écoresponsable qui les décharge)

Je crois qu’il y a beaucoup de violence parce qu’il y a une contradiction géante quelque part qui flotte là-haut

Par exemple donner la parole à de plus en plus de gens mais ce sont toujours les mêmes qu’on entend

Oui je ne dis pas « donner la parole à de plus en plus de gens et en même temps ce sont toujours les mêmes qu’on entend », je ne dis pas en même temps, je dis mais, ça me semble plus factuel

mais primitif

Par exemple ces idées qui parlent d’un mythe superbe la Fronce ce grand pays mais Calais ce qui se passe à Calais (quand ça se passe idem éclairé par la tour Eiffel, l’effroi soudain, la découverte parce que des phares s’allument)
et par exemple les femmes qui accouchent sur la route de la maternité parce qu’elle est loin, qui accouchent sur le bas-côté (c’est un exemple)
et par exemple des bureaux de poste fermés mais tu peux demander au facteur à la factrice de passer pendant sa tournée sonner chez ta grand-mère pour voir si  elle va bien si ça t’inquiète (service payant)

mais irréparable

Aussi le mais de la contradiction, cet homme jeune, bien mis, qui semble tout à fait civilisé, libéral au sens de liberté, mais c’est un vieux monsieur, très vieux, un contemporain de Victor Hugo si tu vois ce que je veux-napoléon-trois-dire

non mais

un vieux monsieur qui donne des ordres pour qu’on rajoute des dorures sur les murs du salon de son versailles mais il y a par exemple des étudiants qui meurent littéralement de faim qui font la queue à la croix rouge je dis pas en même temps tu vois je dis mais parce que ce qui flotte en très grand est un Mais gigantesque
les dorures mais les crève-la-faim

donnes-nous notre mais quotidien

Je crois que ce mais qui clignote et puis qui disparaît et puis réapparaît, arbitrairement, violent, c’est violent, c’est violent de voir la parole inversée et pour le coup la parole inversée touche à cœur à l’essentiel du centre, touche à Proust et aux mains des caissières tout pareil à la même altitude

(des lits d’hôpitaux fermés mais pour soigner, des usines qui fabriquent des raquettes de tennis mais on ne peut pas jouer au tennis, des restaurants qui ouvrent mais pas les universités)

combat entre mais et I prefer not to

L’hystérique du mais qui ne dit pas son nom doit se sentir très seul, il ne parle à personne, écoute des militaires et puis fait au jugé comme ça vient, coup par coup, avec une confiance en ses capacités à rebondir démesurée, il est capable d’affirmer que s’il rebondit à coté c’est un test pour voir si tout le monde suit

ce qui dans les mais indispose

Il fait au coup par coup comme ça vient en s’inventant des personnages j’aimerais bien être solennel se dit-il j’aimerais bien être princier se dit il j’aimerais bien être inventif disruptif se dit-il mais mais mais tous les mais qui ne sont pas des en même temps claquent comme cymbales, il faut dire que son emploi n’étant pas au départ destiné uniquement à l’art dramatique et les caméras étant partout, réellement partout, on peut filmer les cafouillages de l’acte deux scène un, un peu comme ces fans qui débusquent la rallonge électrique sous le corps du noble Boromir ou la montre à quartz au poignet d’un barbare dans Braveheart

extraction de mais avec aiguilles

Il a monté les échelons avec un « en même temps » mais c’est un mais qu’il faut entendre, et comme c’est psychologiquement maladif, c’est contagieux, ça fabrique ces éruptions volcaniques qu’on représente par du coca-cola qu’on a secoué, c’est contagieux parce qu’il organise autour de lui  ceux et celles qu’il embauche selon ce dogme

Par exemple, et de façon simpliste, Premier flic de Fronce mais faveurs sexuelles, ce mais qui ne peut pas être civilisé génère des retombées

Premier ministre de Fronce chantre de ce grand pays à l’histoire admirable grand H mais qui dit « peuh il faudrait s’excuser pour la colonisation et que sais-je encore ? » et hop d’un petit coup de talon gomme le passé

Un homme noir sous les coups répétés appelle à l’aide, il dit Appelez la police ! mais c’est la police qui frappe, ça en fait un grand MAIS, le symptôme ravageur d’une maladie de vieux monsieur

Il y a aussi maintenant j’y pense ces experts convoqués pour s’intéresser / conseiller / améliorer l’éducation (grand é) qui sont dans le civil vendeurs de flamands roses au mieux, au pire membre du GIGN, ce mais là est spectaculaire

Quand l’hystérique tout en haut joue avec ses névroses comme le saltimbanque lance ses quilles, et comme il lui prend l’envie de les enflammer parce qu’il aime les couleurs chatoyantes, ça brûle

Garant de la liberté de la presse mais le dit sur sur facebook, car ne sait pas se servir des symboles, sauf quand il s’agit de jouer l’empereur marchant devant une pyramide (du haut de laquelle des siècles nous contemplent voilà)

On devrait vivre en paix dans un monde civilisé puisqu’on a l’électricité, de quoi nourrir, de quoi loger tout le monde mais mais mais symboliquement a-t-on vu dernièrement un symbole de paix quelque part ?

C’est que les mots sont mélangés, paix égal sécurité égal contrôle égal consignes et châtiments, ça jongle des paillettes nocives

Après comme disent les sages il n’y a pas de hasard, peut-être que sa venue était logique, qu’il est arrivé à point nommé au moment où il le fallait, une longue montétrumpization, d’accord, mais très honnêtement, va falloir qu’il reparte

Je ne sais pas ce que diront les futurs et futures historiennes historiens de cette période que nous vivons dans deux cents ans, quand nous devrons nous endetter pour acheter nos bouteilles d’oxygène portatives (je ne suis pas pessimiste, juste un chouilla, c’est juste que parfois quelquefois de temps en temps mes doigts s’activent et ma tête digère)

le mais statique et la technique du mini-fight

Fonctionnalités

Je ne peux pas me laver dans le bureau mais je peux manger dans la chambre
Je ne peux pas travailler dans la salle de bains mais je peux dormir dans le salon
Je ne peux pas dormir dans la cuisine mais je peux travailler dans le salon

Je ne peux rien faire dans l’entrée ou alors vraiment très mal
Je ne peux rien faire dans l’entrée sinon entrer ou sortir
Je ne peux rien faire

sur la place

 

 

 

je reviens de vacances – le coeur se serre parce qu’il ne faudrait jamais revenir – on ne pourrait plus alors partir, certes – et comme tous ces voyages d’Italie, celui-là fut (encore une fois) particulièrement réussi (grâce à toi, à vous, aux teintes des maisons, aux douceurs des vents, à la gentillesse des passants, des voisins, des inconnus, grâce à la chance qu’on a eue de trouver ce lieu, mille huit cents kilomètres d’ici, sud-est) ( je regrette, je regrette tant) il y avait une place devant la maison (ici elle est en photo par quelqu’un, je ne sais pas exactement – c’est sur GSW

) il s’agit d’un village à dix kilomètres passent autoroute train, la mer Adriatique, cela se trouve dans les Abruzzes – la maison donne de plain pied sur la place – on entre dans un petit salon, la cuisine, qui donne sur l’arrière sur un jardin en pente dévers et une vallée (c’est la photo d’entrée de billet à la presque nuit), le lieu est magique – la place on s’en sert quand on veut, le soir pour y jouer aux cartes, le midi (vers deux ou trois, c’est l’ombre) pour y boire un café, lire – il ne faudrait jamais que ça finisse – et la place, cette place m’a retenu – tard, tôt, peu importe – des clichés que je pose ici, comme des témoins de cette maison – par ordre d’apparition à la mémoire du téléphone – rien de spécial

c’est à la nuit, le premier soir – ou le deuxième (vingt quatre août)

la petite voiture part vers minuit – le scooter je ne sais pas- ils sont là, ou pas, des gens passent, des gens vont viennent mais n’apparaissent pas – par ordre chronologique, vingt cinq août

cette maison qui porte un numéro 20 (elle porte aussi un 19, puis un 5 – qu’on ne distingue pas trop – plus dans certaines autres) – une photo, qu’est-ce que c’est ?

un quart de seconde de vie – on n’attend rien : vingt six août

dans la journée on s’en va, plage, rires ballons parasol – glaces ou pas – chapeaux et tongues (pas pour moi j’en ai horreur) – on rit des accents qu’on essaye de prendre, des mots qu’on ne comprend pas – on rentre, on fait des pâtes ou de la polenta, une salade des tomates et du fromage – de l’huile d’olive –

ce sont des choses éphémères, on voudrait les garder, on les double encore

qu’elles restent toujours en nous comme une âme pleine et sensible, qu’elle nous soit intestine, qu’elles restent et puis

passent les heures et passent les jours

les pompiers (on voit leur voiture au fond de l’image)

vinrent ce jour-là (vingt huit ou neuf ?) brûler un essaim de guêpes dans la cheminée d’une maison voisine – ici, on voit le 5,puis le 19, puis le 20 de cette maison – on ouvrit un jour cette porte de fer, mais la capture fut impossible – il faisait doux

à la sieste plus personne – très souvent un vent léger caresse les pensées, on s’assoit

deux belvédères donnaient sur la vallée proche où se travaillent oliviers et ceps de vigne – le monde laborieux, nous autres en vacances –

cette semaine-là, c’est un peu pour ne pas l’oublier – je ne l’oublierai pas – un peu pour m’en souvenir – parfois le temps met les choses à l’épreuve, on ne se souvient plus bien, qui était là, qui partit, qui revint – je ne sais plus – il ne me reste que deux images

voilà que ça se brouille – il faisait un temps splendide, on lisait, mots croisés cartes à jouer rires et réminiscences – les enfants, les autres qui crient, qui jouent, le monde entier sur une place

(tu vois ce petit carré en bas de l’image ? qu’est-ce ? un artefact ?) – on dirait que passe une ombre au fond, toutes les demi-heure sonnent, jusque dix et demie – la douceur du monde et la beauté des choses…

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

C’est ça l’amour

 

 

On avait aimé Party Girl où Catherine Burger travaillait avec une de ses acolytes femissiens (Marie Amachoukeli) et Samuel Theis (qui tenait un rôle à l’écran aussi). Ici aussi, nous serons à Forbach (ville du nord est de notre beau pays), et nous suivrons une histoire de famille (le cinéma français a ses thèmes ou ses genres : ici, l’un d’eux donc). A l’image, on trouvera Julien Poupard aussi : une espèce de groupe (l’union fait, aussi, la force). Dans l’image, on croisera la directrice de production (elle interprète la mère), la décoratrice (elle est la supérieure hiérarchique du père, lequel bosse en préfecture), la directrice de distribution (dans le rôle d’une camionneuse en short) (je n’aime pas le mot « casting »). L’amour des acteurs (une direction amoureuse, oui) et un scénario comme on aime : l’éveil la recherche la vraie vie un petit peu (je dis ça parce qu’il y a de l’autobiographie dans l’histoire : je me demandai de qui – la plus jeune, Frida ou l’aînée Niki – j’ai pensé Frida… (quelqu’un pour répondre dans la maison ?) il paraît que la maison est celle du père de la réalisatrice, lequel ressemble au sien comme je lui ressemble moi-même – une même histoire, un même amour des enfants, une joie de vivre et de partager)

L’histoire d’un père (Bouli Lanners, adorable)

et de ses deux filles (la blonde Frida (ici doublée), la brune Niki) (Justine Lacroix, vraie; Sarah Henochsberg, en acier – magique sûre et loyale)

dont l’épouse (la mère) (Cécile Rémy-Boutang, vibrante et lumineuse) est partie vivre sa vie (comme disait JLG)

Un éclairage de cette difficile passe

pour les filles

comme pour leurs parents, mais puisque c’est ça, l’amour (sans interrogation)

sans doute parviendront-ils (ensemble) à maîtriser l’incendie

Amours, tendresses, désirs, joie de vivre et confiance aussi – danser chanter et croire en notre humanité.

 

C’est ça l’amour, un film de Claire Burger

Les visages (Behnaz et Jafar)

 

 

 

Deux plans constituent le premier quart d’heure du film; l’un, cette jeune femme

qui veut devenir actrice – prétend-elle, ainsi que Pereira – qui se filme dans une grotte où elle va mettre en scène sa pendaison : la vie, sa vie ne peut plus durer si elle ne parvient pas à son désir (aller étudier à Téhéran la comédie) et elle demande à la star de l’aider à y parvenir en venant convaincre ses parents (quand j’écris star, je pense à Norma Jeane, et je me demande si, recevant ainsi un petit film d’une apprentie, mais bientôt concurrente quand même, elle aurait agi de la même manière – elle aurait demandé à Billy Wilder ou John Huston – non Billy, oui, Billy – de l’emmener aux frontières du Mexique pour retrouver cette jeune fille)

Le deuxième plan, sur la star (Behnaz Jafari, magnifique), qui regarde le petit film envoyé (l’esthétique de cette image – les trois quarts de l’image noire, une bande animée, contre plongée, jeune femme, bientôt le plafond de la grotte, la corde, la branche fichée dans un creux) dans la voiture, c’est le soir, c’est la nuit (alors j’apprends que Jafar Panahi, le réalisateur et acteur, est né à Mianeth, en Azerbaïdjan iranien – équidistance de Tabriz, 100 kilomètres peut-être au nord est, et Téhéran, cent kilomètres peut-être au sud-ouest), ils s’en sont allés tous les deux à la recherche de cette jeune fille.

« Le goût de la cerise » (Abbas Kiarostami, 1992) racontait aussi l’histoire d’un type qui veut se suicider (personne ne veut l’aider : c’est formellement interdit, le suicide, c’est vieux comme le monde…) : le suicide de la jeune fille (Marzyeh Rezaei) leur sera caché, il faudra enquêter. Arrivée au village

mais avant de passer le col, connaître le code

on le lui indique, on cherche à les aider parce qu’ils viennent de la ville : ils apportent certainement des faveurs du pouvoir central, ce sont des intellectuels (la pire des insultes : le qualificatif  « écervelée » pour dépeindre Marzyeh), des saltimbanques, des gens qui sont encore plus inférieurs que les inférieurs des inférieurs – ils ont du pouvoir, une voiture, une image : ils passent à la télévision… Non, la jeune fille n’est pas là. Au cimetière, cette merveille

allongée dans sa tombe (on rit un peu jaune quand même…) mais la jeune fille n’y est pas.

Il faut attendre, passer la nuit non loin de la maison d’une pestiférée (lépreuse peut-être, honnie en tout cas, laissée seule et abandonnée peut-être : elle était comédienne puis danseuse puis a vieilli et le shah étant foutu dehors, elle le fut tout autant…) Shahrzad (Kobra Saeedi) l’une des actrices les plus populaires du cinéma iranien d’avant la révolution (1978)

pour comprendre la condition de ceux qui tiennent à leur liberté.

Lui, le cinéaste, dort dans sa voiture : là-bas, dans la petite maison « minuscule » elles danseront. La plupart des comédiens sont dans leurs rôles (Jafar joue Jafar, Behnaz joue Behnaz, la vieille femme (donnons son nom : Fatemeh Ismaeilnejad) joue ce rôle-là, le (grâââve) frère de Marzyeh est joué par Mehdi Panahi… une affaire de famille, un groupe, qu’il faut soutenir. En parler, faire exister ce cinéma, iranien au plus haut, cette merveille : en maison(s)témoin oui.)

Un plan enfin, sans doute joli

de cette femme qui peint, de loin.

Et puis, pour la fin, (sous le lien le dossier de presse) il y aurait d’autres histoires à raconter (mais d’abord aller le voir) bien sûr, cette dernière, pour la fin : le voile blanc de la jeune fille qui va courir accompagner la star qui marche seule sur la route (cette reconnaissance et cet amour) et qui, la rejoignant, toute petite, bientôt elles disparaîtront derrière ce tournant (encore un plan séquence de peut-être six minutes – une merveille encore, mais le film en est plein – le cinéma comme on l’aime), et son voile a disparu, elle est, au loin, toute petite, avec son amie, marchant vers la suite de l’histoire.

 

 

Trois visages, un film (magnifique) de Jafar Panahi.

 

L’escalieteuse

L’escalieteuse arrive avec son encombrant catalogue d’escaliers. Il s’agit d’une sorte d’énorme livre pop-up, mais en quatre dimensions, qui parvient à faire tenir dans un micro-volume trans-univers les différents modèles miniatures qui apparaissent entre ses mains comme par magie dans nos trois pauvres dimensions, tandis qu’elle feuillette l’étrange objet. Nulle magie pourtant, simple maîtrise élémentaire de l’espace-temps que, dit-elle, le CERN refuse de prendre en compte malgré les démonstrations répétées qu’elle leur a proposé. Passons.

L’agent lui fait passer en revue les nouveautés. Il faut en effet changer l’escalier témoin. De l’avis des différents collègues, ce serait bien, il y a de mauvais retours dessus : trop sombre, trop clair, trop anguleux, trop mou, trop sec, pas assez accueillant, pas assez familial, pas assez discret ; il faut bien le reconnaître. Combien de ventes perdues à cause de ces approximatifs degrés ? Il faudra donc démonter l’escalier, le renvoyer, le recycler — en cheminées semble-t-il — et installer le nouveau. L’agent considère les fenêtres, la porte d’entrée, et sent que l’installation n’ira pas de soi. Il demande si le truc des quatre dimensions sera — non, impossible, dit-elle : trop gros, ça ne fonctionne que pour les livres.

Elle sélectionne certains modèles, d’après les contraintes de cette architecture témoin, la décoration précise comme au cinéma.

Un tournant-bas ou un tournant-haut, éventuellement, il y aura quelques adaptations à faire sur l’échappée. Nous avons des limons sculptés, modernes ou néo-classiques, du plus bel effet, on ne s’y attend pas, ça ne se faisait plus mais revient à la mode.

Il nous faut du clair, du fluide, du qui élève sans effort, vous voyez ?

Oui, tout à fait, donc pas de reliefs. Et du tilleul, pour le bois. Du bois aussi pour la main-courante  ?

Peut-être sculptée à ce niveau, quelque chose qui se fasse sentir sous la paume, vous voyez, qui laisse un souvenir agréable à la peau venue visiter.

D’accord, notre rampiste peut proposer des textures granuleuses, noueuses…

Oui, c’est ça, du nœud, pour la rampe seule, le reste lisse sous les pas.

Je le note. Et pour les balustres ? Tournées ? Droites ?

L’agent plisse les yeux, pour se représenter, dans ce décor moderne, une balustre tournée, ventrue.

Je peux vous montrer… Elle feuillette l’espace-temps local de son catalogue magique pour en tirer un escalier moderne aux balustres métalliques, cylindriques.

Non ! L’agent sursaute. Surtout pas. Pas de métal. Du clair, de l’air.

Ou plusieurs rampes si vous préférez. Les enfants adorent la petite rampe. Ainsi, pas de verticales, que des lignes ascendantes.

L’agent sourit, il est heureux de cette entente immédiate avec l’escalieteuse. Que des rampes, des envolées, voilà qui est idéal.

Elle manipule encore le catalogue et en tire le modèle parfait, que l’agent observe sous tous les angles. Il ose à peine toucher cette maquette qui semble vivante. Mais oui, dit-il, c’est ça.

Elle replie le catalogue dans un bruit de couacs sans écho et de sifflements étranges. Ils sortent au soleil jaune d’automne et dans sa voiture, elle imprime le devis. L’imprimante est intégrée adroitement dans la boîte à gants. L’agent signe et devient soudain impatient d’emprunter ce nouvel escalier, comme s’il allait accéder à un nouvel étage entièrement neuf, une étape inconnue ouverte sur le ciel et sa douceur.