dispersion #X

 

 

 

ce qui traîne un peu – des images sans trop de suite toujours un peu les mêmes toujours assez différentes – des cartes postales – des alibis pour ne pas travailler (tant pis, ça ne fait rien ça ira)(ces images ne sont pas que de moi)

un pilier du Ground zéro paris 12

puis un autre pilier (probablement) du kebab coin Belleville/Rebéval

on continuera par une nature morte à la porte

puis ce lieu particulier comme un poste de pilotage des voies de chemin de fer de la gare du Nord

en réalité celas’apparente plus à un sur le bureau mais peu importe, à nouvelle année, nouvelle maison et nouveau témoin (elle je l’adore)

ici un lieu improbable(du côté de Villers-Cotterêts)

une inclusion marseillaise

un coucher de soleil

un marronnier

un pétrolier arraisonné sans doute (le truc à la mode des fachos)

et pour finir cette image reflets

Tous mes vœux vingt-six en douze images

Spreck

l’image d’entrée de billet date de janvier 1988

 

 

un article précédent parlait du livre qui a été ici adapté – on s’empare de ce qu’on peut – on fait comme on veut – ici la technique a, il semblerait, pris le pas sur l’esthétique ou la recherche – pourtant ailleurs on cherche encore quelque chose sur le cinéma sa façon de raconter disons son esthétique sa forme – on peut adapter des livres comme on peut écrire des scénarios originaux, personne n’en empêche quiconque : c’est ensuite que l’affaire se corse – ce livre-là intitulé roman raconte l’histoire de la genèse de la grande Arche de la Défense (des résultats du concours – plus de quatre cent quarante réponses pour un seul élu, le Spreck en question) – jusqu’à la disparition dudit Architecte – avec un grand A parce que

dit-il – lui le nommait « le Cube »(majuscule probable) (à l’image (fixe) Spreck de face (Claes Bang, grand, élégant, danois), et Andreu (Swann Arlaud, plus frêle, pertinent, loyal) de trois-quarts arrière) – le président de la république d’alors (François Mitterrand dit tonton – incarné quoiqu’un peu plus rond que  le modèle, mais magnifiquement par Michel Fau) (ici un peu ridicule je reconnais) le président (il l’était cependant de temps à autre soyons justes) donc

aimait à faire construire des espèces d’œuvres qui seraient porteuses de sa mémoire (la pyramide du Louvre, l’opéra de la Bastille, le cité de la Musique de la Villette, la très grande bibliothèque  (qui porte aujourd’hui son nom)) et de sa légitimité – l’Arche de la Défense, la Grande Arche, le Cube, avait sans doute le défaut irrémédiable de sa situation extra-muros…
Le concours eut lieu en 1983, le président désirait l’achèvement de cet énorme bazar pour la célébration du bicentenaire de la révolution (entre temps, il y aurait 1986 (et des élections législatives – perdues par la gauche), et 1988 (et des élections présidentielles remportées par elle, et son incarnation) . À Paris, la municipalité est à droite (Chirac Jacques) – mais comme chacun.e sait Paris c’est la France… L’histoire débute donc par ce concours, lequel est remporté par un illustre inconnu – on le recherche, c’est un danois, on envoie en éclaireur le chargé de projets (on appelle ces projets « les grands travaux ») de la présidence – un certain Subilon (Xavier Dolan, extra)

on le retrouve (« qu’est-ce qu’il dit? » demande-t-il – il ne parle pas encore très bien le français)

inséparable de sa femme (« il dit que tu as gagné » lui dit-elle – elle, plus)

il a en effet gagné – tout commence – rien n’est simple, mais le président tient à ce projet – on regarde la perspective (les voitures sont d’époque, oui)

tout ira bien – enfin pour le moment – mettons qu’on adjoigne un français au danois –

parce qu’il ne connait guère les mœurs de ce pays particulier – les appels d’offre, les avant-projets sommaires ou définitifs, les restitutions, les réponses idoines etc.) – ce sera Paul Andreu, qui travaille sur les aéroports

depuis quelques années, très au fait de ces techniques

des matériaux modernes, du béton précontraint et des diverses frasques des politiques français – pourquoi pas, après tout ? ce ne serait pas la dernière  couleuvre pour Spreck… Lui tient à son projet comme s’il s’agissait de lui-même, c’est lui-même, sa propre vie, alors travaillons de concert

rien n’est simple cependant

et le temps presse – je ne raconte pas tout (je n’ai pas les images non plus)* – le chantier est énorme, le travail à fournir tout autant – et les choses, en 86 se grippent : l’Arche sera sacrifiée, en partie, par le nouveau gouvernement (premier ministre jacqueschirac – au budget le droit dans ses bottes fier de ses jupettes (pas encore) trésorier bientôt (dans quelques années, certes) condamné pour fraude à la trésorerie de son parti et de ce fait « le meilleur d’entre eux » comme disait son mentor) – Spreck tente d’y croire

mais tonton n’en peut mais – et le chantier avance continue s’établit – des images animées tellement crédibles nous font croire que nous y sommes : une vraie prouesse – Andreu sera à la barre pour tout

tandis que Spreck deviendra invisible (ici dans une carrière de marbre de Carrare

: ce marbre sera refusé) – on tentera bien de lui mettre dans les pattes un homme d’affaires  (inspiré d’un nabab, qui prend le quartier de la Défense pour son domaine privé et sa chasse gardée… bientôt condamné pour escroquerie – on ne le nommera pas – évidemment ami du ministre du budget)

Spreck refusera cette entente – et petit à petit disparaîtra

honoraires copieux acquittés – pour ne plus revenir qu’un an après,puis définitivement emporté par un cancer fulgurant – le Cube, la Grande Arche, l’Arche de la Défense aujourd’hui: ici le contrechamp

et ici le champ, monumental et magnifique

vue de Nanterre

 

 

L’inconnu de la Grande Arche  un film réalisé par Stéphane Demoustiers (2025)

 

 

* : le travail sur le cinéma (est-ce bien un travail que de ne parler (est-ce vraiment parler et si oui à qui ?) des films qui ont plu ? ) (ou sur lesquels on a quelque chose à dire (est-ce dire qu’écrire ? poser des images fixes à propos d’images animées qui n’existent plus que dans la mémoire ?) s’opère à partir de documents proposés et retenus par le distributeur dudit film – on a droit à :
des images (quelquefois 4 ou 5 en haute définition)
un dossier de presse (de ceux qu’on distribue à l’entrée des projections de la même,regroupant presque toujours un entretien avec le réalisateur avec la star (bankable disent-iels) – ou le premier rôle (s’il est connu, c’est-à-dire bankable),un générique intitulé « fiche technique » pour les divers.es intervenannt.es derrière la caméra et « fiche artistique »pour celleux devant)
un film annonce
une affiche
d’autres trucs qui font penser à la vpc (je crois me souvenir) des libraires (en vrai c’est « publicité sur les lieux de vente » plv)
formatés formalisés préformés pur parler dire expliquer donner à voir au(x) public(s) privilégié(s) que forme(nt) la corporation journalistique (presse-papier, télévision, radio, internet j’en passe sans doute) pour informer les lecteurices auditeurices spectateurices etc. (j’en oublie et l’inclusive a quelque chose de barbare – probablement vue de ce côté-ci du protectorat – je veux dire patriarcat – furieusement à l’éveil (woke) – est-ce assez biaisé ?
reste intérieure sa propre vision du film (à cannes ou quand ? locarno venise sundance ? quelle salle de « projection privée » ou est-on privé de projection ? )(dans le même ordre d’idée voir le film en salle ? : la corporation des cinéastes et autres technicien.nes dit .es collaborateurices de création dispose auprès des caisse de cinéma d’une exonération – un exo – une place gratuite sur présentation de la « carte » – comme il existe des cartes culture ou autres – des passe-droit, des coupe-file, des privilèges mis en place par ce système-là)
ça n’intéresse personne – ça n’influence personne – à la marge – un peu comme la publicité dont on nous rebat les oreilles à longueur de posts billets et autres avatars plus ou moins en images fixes ou plans fixes ou sonorisés ou muets – je me souviens de ce président qui me parlait de films amateurs avec cette prétention outrancière (d’outre vide) de celleux qui savent ce qu’est la profession et les professionnel.les de la profession comme disait l’autre qui mit fin à ses jours (et tout ça parce que ma mère aimait Errol Flynn et Fanchot Tone, tu le crois ?)
(ici Medellin quand même)

 

Delphine, Carole, Jane, Maria et les autres (2)

 

 

ça ne s’arrêtera jamais – l’hécatombe – Ian Monk est mort… Ça n’empêche pas ça n’empêche rien ça  ne rime à rien – voici des portraits – nombreuses sont celles qui ne sont plus là – ça n’empêche rien…

Deuxième générique de ce film, en vrai le vrai générique – ou plus exactement la participation de toutes ces actrices – ou alors simplement le premier – nos temps sont troublés par des ectoplasmes décomplexés (parfois, à leur cheville, un bracelet – une entrave, un lien) je me souviens que JPS  nous informait de ce que c’était qu’un salaud – je pense à weinstein, je pense à epstein, je pense au peroxydé comme je pense à sarko : vous disiez racaille ? – combien sont-ils donc, à nourrir la bête immonde ? des hommes, beaucoup – bien que la fille du borgne… que veulent-ils donc ? Paix et amour… Bah… Pour ne pas oublier, cinquante ans plus tard, nous avançons, lentement c’est vrai, mais nous avançons. Pour ne pas cesser, jamais.

La première image

puis (les images fixes, sur papier, entrent dans le champ, se stabilisent,  puis sont enlevées pour être remplacées par les suivantes)

Et donc : Jill Clayburgh (actrice, comédienne – 1944-2010)

Marie Dubois (actrice comédienne – 1937-2014)

Delia Salvi (actrice, écrivaine – 1927 – 2015)

Juliet(te) Berto (actrice, réalisatrice – 1947 – 1990)

Pat D’Arbanville (actrice,mannequin – 1951- )

Maidie Norman (actrice, 1912-1998)

Louise Fletcher (actrice, 1934-2022)

Jane Fonda (actrice,  productrice, 1934 – )

Cindy Williams (actrice, productrice, réalisatrice, 1947 -2023)

Rita Renoir (comédienne, 1934 – 2013)

Jenny Agutter (actrice, 1952 – )

Luce Guilbeaud (actrice, réalisatrice, 1935 – 1991)

Shirley MacLaine ( actrice,danseuse, écrivaine, 1934 – )

Anne Wiazemsky (comédienne, réalisatrice, écrivaine, 1947- 2017)

Rose Gregorio (actrice, 1925 -2023)

Maria Schneider (actrice, 1952 – 2011)

Viva (artiste, écrivaine , 1938 – )

Candy Clark (actrice, 1947 – )

Barbara Steele (actrice, 1937 – )

Millie Perkins (actrice, 1938 – )

Mallory Millet-Jones (actrice,1939 – )

Susan Tyrrell (actrice, 194-2012)

Ellen Burstyn (actrice, 1932- )

et Delphine Seyrig (actrice, productrice, réalisatrice donc, 1932-1990)

 

Sois belle et tais-toi  un film réalisé par Delphine Seyrig (ici le générique de fin)

 

 

Le Caire

 

 

 

quelque chose avec les épiceries ça ne fait aucun doute – savoir quoi est une autre affaire – il en est une dans la rue – voilà bien des années qu’elle m’est connue – on en a quelques idées avec les images : le robot passe en 2008

c’est encore une boucherie mais déjà une épicerie (sous contrôle – je ne suis pas certain qu’on discerne, jte rapproche

) sur le côté droit de la boutique, le bail commercial sera à prendre par la librairie du genre urbain (à ce moment-là, elle est au coin de la rue de Pali-Kao – puis elle ira plus bas dans la rue (2010)

aussi un truc avec les librairies – en fait probablement un truc avec le commerce je suppose) deux ans  plus tard

apparaît l’intitulé « Le Caire » (si on va par là,quelque chose aussi avec l’Afrique du nord) – puis la boucherie disparaîtra

l’épicerie est devenue « Le Caire à Paris » – intitulé mag(nif)ique – ubiquité (garder en mémoire, s’il vous plaît, le rideau de fer du voisin de gauche) et voici un peu plus tard : on découvre en vitrine ces multiples bouteilles d’épices 

ce sont des produits du monde – encore un peu loin : zoom avant

or, hier voici ce que je découvre (et je prends ici donc à témoin cette maison)

une vitrine complètement changée – comme on voit assez mal (enfin moi) je rapproche pour vérifier l’étendue des produits proposés – formidable assortiment, à gauche

puis à droite

un seul titre : ça c’est Paris…

 

et le rideau de fer du deuxième voisin ces temps-ci (m’enfin…)

 

Photos de famille (2)

 

 

 

si ça se trouve je vais encore me faire admonester « non c’est pas bien »
vous n’avez aucun droit sur ces images
dans cette maison[s]témoin en plus qui n’appartient à personne
et donc à tout le monde justement
je suis simplement allé au musée et j’y ai pris quelques clichés

allons, il y a ici bien d’autres images de cette exposition – j’y ai retrouvé quelque chose de mon enfance voilà tout, je vous les livre elles m’ont plu – elles datent de 1958 à 1961 – la guerre (pardon,la pacification) a commencé en novembre 1957…

ici une échoppe d’un marchand ambulant

là un môme (ce pourrait être moi, comme la plupart des  mômes qu’on verra) devant une autre de ces échoppes

je remarque la qualité de la lumière (le soleil qui frappe je le ressens) et les chaussettes du type, là

toute (enfin, quelque peu, un bon peu) une ambiance, mon enfance sans doute (dauphine, 4 chevaux, 403…)

vendeur ou acheteur ? 

barbapapa (le sourire, les sourires…)

hexis vestimentaire

porteur

les deux amis

les sourires oui

je pensais au voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948) – la lumière, les bâches aux fenêtres

ce sourire, un peu comme quand on passe à la télé ou à la radio, on se sent quelqu’un d’important, on est dans de « bonnes dispositions » – hexis vestimentaire encore

il devait y avoir certainement des explications plus poussées,plus précises,mais je n’ai pas retenu (des textes il me semble bien)

quelque chose d’haussmannien…

quotidien

ici ce sont beaucoup des hommes – on verra plus loin, un peu plus de femmes

le sourire, le soleil et l’ombre –

à peine, le sourire… difficilement – ici une femme donc

beaucoup d’images (l’Algérie et ses quatre départements français…) : hexis féminines

ma préférée (on le croirait au nino…)

et pour finir, ce cinéma

Marina Vlady (épouse du réalisateur), Odile Versois (sœurs à la ville, ainsi que Olga Poliakoff, assistante à la réalisation) , Robert Hossein (qui réalise…), au Midi-Minuit (sortie outremer : 1959), dans Toi le venin (d’après le roman de Frédéric Dard) – une histoire de famille…

 

29/12/2024   

SPOILER ALERT !!!

Je date toujours ce que j’écris. Comme si. Par réflexe. Par peur. De disparaître. Peut être un peu mais que.

Et puis parfois, ce sont les dates, certains chiffres accompagnés de lettres, qui s’accrochent à moi, notamment.

 

Intro : journal DW, « il » en fait partie, de quoi ? Bonne question.

J’ai étudié un auteur particulier pendant cinq années. Grâce à lui, et un peu à ce directeur de recherches particulier, j’ai obtenu un diplôme de recherches en littérature anglaise, c’était en 2018, je n’ai pas le jour, ni le mois, peut être juin. Son nom était le premier d’une liste manuscrite faite par ce directeur d’inconscience, je ne connaissais rien de lui, mon doigt le pointe sans plus de raison apparente qu’aucun autre nom de la liste.

« Mais vous pouvez prendre un autre nom, les comparer et…

-Non, lui. C’est tout. »

Et c’était parti pour cinq années. J’ai commandé les ouvrages dans un autre pays lointain, par-delà l’océan. Il leur faudra un mois pour arriver. Je ne connaissais rien de lui. Et le directeur de me proposer ses ouvrages pour commencer à le lire. J’acceptais, fébrile, je ne sais pas prendre soin de quoi que ce soit. Je ne lui dis que du corps, je ferai donc ce que je pourrais le temps que.

En attendant, je n’ai pas pu refuser car je voulais absolument, absolument, vérifier une chose. Sans savoir quoi. Je me suis jetée comme un chien errant sur une carcasse de poulet sur son Journals. 1942-1948. Vite ! Où est 1945 ? ah ! et mai ? ah…et le 8… ?

Il n’y a rien. Rien. Pas d’entrées pour le 8 mai 1945.

Je ne sais pas ce que j’espérais, je ne sais toujours pas exactement aujourd’hui ce que je cherchais à ce moment-là. Ce que je sais, c’est que, pour une fois, la déception n’a pas complètement éteint mes envies diffuses. J’ai fini par tourner la page, assez vite, pour découvrir l’entrée du 9 mai 1945.

Il me faudra quatre années et un spécialiste en mammographie citadin de province, comme on dit, passionnée d’Asie à qui je raconte ce passage pour que s’éclaire, un peu, ce moment-là. J’avais déjà mon diplôme en poche, je ne pouvais donc pas me servir de cette dernière Breaking News pour améliorer quelque pénible argument. Et pourtant, toujours pas de déception. Un sourire, large, plus haut que les Zoreilles.

« Il est bien né à Shangai, votre auteur ? Pour eux, la fin de la guerre, c’est le 9… ».

Comment vous décrire, il n’y a pas de mots, vraiment, ou alors pas de ceux qu’on peut contrôler, ce seront des mots inimportants qui résonneront bien loin de ce moment où j’écris avec ce clavier au matin du 29 décembre 2024 à 9h36. Comme j’aimerais, et c’est là ma blessure, mon orgueil, ma vanité, mon arrogance, vous l’écrire. Ma prométhéenne ambition démesurée à ce petit corps là, alors même que j’ai bien conscience de la parfaite inadéquation entre ce que Prométhée veut faire et le résultat de ce qu’il fait.

Alors, revenons, un peu, sur cette entrée. Denton n’a qu’une phrase pour cette guerre mondiale s’achevant : « So, yesterday was victory day. A feeling of uneasiness all the time and wondering what to do, because I had been silly enough not to shut myself up in the morning. There we were sitting in May’s garden. I was doing the Doll’s House. (Did I say that in the kitchen, while I was scraping a piece of wood on the right of the fireplace I came across the initials M.J.D. and the date 1783…”.

La première fois que je l’ai lu, j’ai lâché le livre en lisant la date 1783. Qu’ai-je ressenti exactement ? Un apaisement triste, un sourire de larmes, comme une rencontre qu’on a attendu si longtemps qu’on ne l’attendait plus, qu’on se sait plus, que tout prend la place de rien. Un salut de loin, un clin d’œil, une tape dans le dos. Une solitude que l’on sait illusoire, sans pouvoir le dire, qui s’envole tel un voile sur le cristallin.

J’ai passé les cinq années à tenter de démontrer, à passer en revue tous les calendriers possible pour trouver l’équation ultime, sans pouvoir jamais y arriver. Et je savais, dès le départ, l’entreprise impossible. Mais l’envie, elle, inextinguible. Aujourd’hui, à ce moment-là, à 9h01 de dimanche 29 décembre 2024, elle est toujours là. Fidèle compagnon que je mettrais probablement encore longtemps à ne pas apprendre à domestiquer.

 

Il est probablement vers les 6h30 ce matin du vendredi 20 décembre 2024, je suis dans le métro 11 vers Châtelet. Comme tous les matins vers cette heure-là depuis trois semaines. Je suis en stage Fondamentaux de la Cuisine dans une célèbre école. Je suis vers la station Belleville quand, alors que je ne l’ai pas fait en trois semaines, je regarde mon portable. C’est que j’ai pris de l’assurance, pour une non-parisienne, je peux regarder mon portable au lieu de compter les stations et vérifier mentalement tout l’itinéraire. Ce matin, c’est l’épreuve finale du stage. Je sais que mon pire ennemi, comme toujours, c’est moi-même. J’ai juste besoin de me détendre. Le travail, l’intensité, et surtout l’envie, tout cela, je l’ai, voire un peu trop. Je n’ai pas encore équilibré totalement l’équation. J’essaye donc, en ouvrant ce portable, d’ajouter un élément dans l’équation, sans même pouvoir le nommer, mais je sais qu’il n’est pas loin, je le touche presque. La galerie de photos du téléphone me propose de voir ce que j’ai capturé cinq ans avant ce jour-là. Je n’en ai aucun souvenir. Je voulais faire autre chose en ouvrant le portable, mais je ne sais plus quoi. Alors je clique. Des photos, que je ne reconnais pas. Il m’en faudra trois pour me souvenir. Toutes ces affaires, des pelotes, des vêtements, des tasses à thé. Ce sont elles qui me feront tilter d’ailleurs. Date à date, la mort de la mère de ma mère. Date à date. Quoi faire ? comment réagir ? Je sais comment j’aurais réagi avant, mais maintenant ? D’abord, éteindre le portable. Puis regarder combien il reste de stations. Puis respirer. Puis continuer. Puis ne rien lâcher. Accepter. Y aller avec elle. Y aller avec elles.

Je passe à 8h30. A l’habitude, à mon habitude, je prends un café allongé au café à côté de l’école vers les 7h10. Pour ne pas arriver trop tôt, mais pas que. Aussi pour réviser, parce que je suis plus du matin que du soir. J’étale tout ce que j’ai sur la petite table ronde, le fascicule, les notes, la tablette avec le petit livre pour passer le CAP cuisine auquel je me suis inscrite en candidat libre pour la session de mai 2025, et un petit carnet dans lequel je veux synthétiser les recettes du jour : risotto et choux chantilly avec craquelin sucré. Ca me prend bien vingt minutes. Il est 7h40, le temps que je me présente à l’entrée, c’est acceptable. Je ne veux pas les effrayer par mes arrivées. Il est 8h00, à peu près, je prends donc mon café dans la salle de réunion. Je descend me fumer deux clopes en me demandant de ne plus m’en demander de la matinée. Je remonte. Il est 8h20, juste le temps d’un café, de saluer les autres élèves à peine arrivés, je suis déjà à moitié dedans. Pas le temps de beaucoup plus d’un « bonjour ! ». Il est 8h28, je jette le gobelet vide, et je marche vers la porte de la cuisine. Le chef est là, il est 8h29. Héléna, à côté de Florence, souffle doucement au chef Bastien : « je crois qu’il est l’heure… ». J’essaye de sourire, j’essaye de me détendre, vraiment. Je ne pense plus à rien qu’à « je ne sais pas ». Il y a un grand tableau vide dans mon cerveau, je sais qu’il va se remplir au fur et à mesure de l’épreuve, je n’ai pas peur. « Allez, à toi ! », je fais les quelques pas qui me séparent de la cuisine. Ayant passé la porte, j’essaye de penser les choses dans l’ordre, mais une de mes oreilles traine… :  «  c’est vrai que c’est dur…mort…. », mon esprit arrête mon corps peut être une seconde sur le mot « mort », je me souviens que mon corps se tourne vers l’origine auditive du mot, le chef Bastien. Puis, mon esprit prend le dessus sur Tout le reste. Je me retourne en me marmonnant dans la tête quelque chose comme « pas maintenant. » et je vais me laver les mains, puis me présenter devant mon poste de travail, je prends calmement mon tablier, je prends le temps de l’attacher correctement, le torchon à la taille, la toque. Je me souviens qu’à ce moment-là, Tout va bien, je pense à respirer. Je fais mes pesées pour les choux et le craquelin. J’organise le plan de travail. J’ai largement le temps, mais il faut que les choses soient faites correctement. La matinée se passe, j’étale la pâte à craquelin pour la mettre au froid, qu’elle soit manipulable au bon moment. Chef Bastien vient mettre sous vide quelques choses à côté de moi. Il y a encore une semaine, je n’aurais pas supporter qu’on vienne me perturber à moins d’un mètre. Le pape ou sa sœur, j’aurai lancé des regards assassins. Mais pas aujourd’hui. Je souris même. « Le bruit  ne te dérange pas, Alexia ? Non… » et je retourne à mes craquelins. Tiens, j’ai oublié de prendre un rouleau, heureusement ils sont à côté de ma position. Je comprends que je ne ferai pas tout parfaitement. Je crois que je suis, enfin, en train de faire le deuil de quelque chose, là, devant tout ce que je fais de travers, tout ce que j’oublie, tout ce qui n’est pas parfaitement maîtrisé. Je ne suis pas parfaite, et ce n’est pas grave. Et je sens que mes épaules me font moins mal. Heureusement, parce qu’il y aura une chantilly à monter au fouet un peu plus tard !

J’ai oublié de compter le temps des craquelins pour calculer le moment de commencer le risotto. Je me sens super en avance, mais un truc me chagrine, me gratte derrière la tête, légèrement. Quand le chef demande l’heure pour mettre les choux au four, je vérifie avec les compagnons, toujours en oubliant le temps des craquelins. Je me sens très à l’aise. Puis, à un moment, les craquelins refont surface dans ma mémoire…ah ! ah ben, ça change tout ! Mes choux sont sur plaque, j’en ai fait trop, comme d’habitude, je ne les ai pas assez bien espacés quand l’image des craquelins arrive exactement au fonds des cristallins, même celui censé ne pas fonctionner, le droit. Ok. Tout va bien. Pas de panique, il est temps de faire un petit choix. Cuisinier ou pâtissière ? Les deux mon Capitaine ! Comme d’habitude, je choisis de ne pas choisir. Je vais chercher ma plaque de craquelin, je discute un peu trop longtemps avec moi-même, la pâte à craquelin  a réchauffé et n’est plus manipulable. Combien de fois ne pas faire le choix aujourd’hui ? A chaque instant, je le sens, je l’accepte. Je n’ai plus le temps de remettre au froid. Alors je moule les craquelins dans le creux de ma main. Arnaque. Ou pas. Je mets au four. Je peux enfin me mettre au risotto. Chef Bastien m’avait lancé un « 10h10 pour commencer le risotto Alex. ». Il est 10h05, les pesées, j’y suis. Je ne peux pas dire que je suis « calme », mais je ne suis pas surexcitée. C’est un progrès. Et je commence à en être fière. Simon aura bien besoin de me rappeler qu’il peut entendre tout ce que je dis, et que ce serait bien que je me parle plus bas, mais honnêtement c’est quand même bien mieux qu’il y a tout juste une semaine. Je lance le risotto, 10h10. Même quand Valérie vient me poser des questions, je réponds gentiment, calmement. Le risotto est bien lancé. Je peux prendre quelques secondes pour lancer à Adeline qui vient de reparler d’un mort avec les autres : « …Psst, Adeline…de qui vous parlez ? », « Tu n’as pas vu que K n’était pas là ? il a perdu son père dans la nuit, il a du repartir sur l’Île… ». Noms des dieux, ma tête regarde son poste de travail vide, je n’avais pas vu, K ! Il n’est pas là ! Encore un peu, je dois finir mon risotto. Il est 10h30, je passe à 10h50. Il me reste encore un peu de avant de. Surtout la couleur, je m’étais planté sur la couleur, j’avais démarré les oignons à chaud et j’avais coloré toute la préparation. Je ne veux pas refaire la même erreur. Je me concentre, désolée vite fait K, je dois, je sais que tu comprends, je n’ai même pas à me le demander. J’ai oublié le sel, vite fait, j’en ajoute pas au bon moment, mais j’en ajoute. Je goute, je rectifie. 15 minutes, puis 4 sur marbre en inertie. Il est 10h 40, ou deux. Je suis dans le timing. Monter au beurre, j’oublie le poivre, mais c’est en QS, et je n’aime pas le poivre, c’est ce que je me dirai quand je m’en apercevrai une heure plus tard, en voyant les autres se passer le moulin. Le risotto n’est pas coloré, je le présente à 10h50 pile. Chef Bastien le valide. Ça, c’est fait. Entre temps, j’avais mis la minuterie au four pour mes choux. J’avais lu quarante minutes sur la recette du fascicule, à 175 degrès. J’avais donc enfourné mes choux à 175 degrés pour 40 minutes. J’étais la première, loin devant les autres, j’avais donc mis mes choux tout seuls dans un four et j’attendais que la sonnerie me signale la fin de cuisson. Chef Bastien était passé par là, et avait demandé « à qui sont les choux là ? », j’avais simplement répondu « à moi… », il me demanda « où est ton timer ? », que je n’aime pas ces petits engins, je préfère l’horloge murale ou la minuterie du four. « J’ai mis le temps au minuteur… ». « Combien de temps ? ». Je bredouille, sentant la mauvaise réponse, mais étant sûre de l’avoir pris dans le fascicule : « 40 minutes… ». Chef Bastien baisse légèrement la tête en soufflant, je crois qu’en une semaine il sait tout de moi. Comment je peux tout faire foirer pour une seconde d’inattention, parce que je n’ai jamais le temps de. Pourtant, j’en ai fait des choux à la Détente, je m’en rappelerai plus tard. Je n’ai jamais mis quarante minutes ! au plus vingt, mais jamais quarante ! « Je pense qu’ils sont cuits là, tu peux les sortir… ». Il restait onze ou treize minutes. Je les sors, il était temps.

Il me reste la chantilly à monter. Les pesées. Le sucre, la crème, une pincée de sel. Un cul-de-poule assez grand, un fouet. Je sais faire. J’en ai fait. Plein ! D’ailleurs, je crois que c’est à ce moment-là que je réalise que c’est le fouet mon ustensile préféré en cuisine. C’est celui qui amène au cœur d’une matière l’air brassé par la traction de mon bras. Quelle est l’ustensile qui peut mieux me faire entrer dans la matière ? C’est celui que je préfère, vraiment. C’est celui qui relie moi, ce qui m’entoure et la matière. J’adore le fouet. Mon coude droit en souffre un peu. Mais moi j’adore. Vingt minutes plus tard, je découpe les chapeaux de mes choux, je les garnis de chantilly, deux assiettes de huit choux. Je les présente à 11h30 précises. Chef Bastien et Héléna goûtent. Chef Bastien essaye de me rassurer, il me reste encore un peu de dedans. J’aimerais vous dire que je l’ai bien écouté. Mais je ne suis toujours pas parfaite. C’est avant-hier en cherchant des fiches techniques pour préparer les miennes, aujourd’hui à 10h22 en vous écrivant ces quelques lignes, demain en préparant la fricassée de volaille pour la Détente, que je le réécouterai un peu mieux à chaque fois. On a tous fini, on a tous réussi. Il est 13h13, je suis dehors, je suis sortie pour la dernière fois cette année de l’école, je fume ma clope sur le rebord de l’école, je prends un peu de temps pour aller sur la page du groupe sur un réseau social pour lire ce que K nous a écrit à tous. Je lui réponds dans le soleil d’automne, mon préféré, le ciel est bleu, j’attends Blanche, je pense à lui. Sincèrement. Le temps est absolument parfait, dans toutes ses incohérences, malentendus et autres inaccessibles étoiles.

6 nov 2024 à 10h06

On croit être confronté au pullulement des alternatives, mais en réalité ce que tout ce bordel est en train de mettre en œuvre c’est un étiolement de ce foisonnement, de cette divergence constante de ce entre quoi nous pouvons choisir, autrement dit on se lève le matin et les terres sont de plus en plus sales et privées de vie, et l’homme orange arrive avec logique, ô cowboy dans la plaine si admiré et si puissant, occupé et encouragé à soumettre les femmes, à brûler les campements, nous chantons et préparons l’arrivée de l’homme orange depuis les Cavaliers du destin, un récit de spoliation qui accapare les sols et les gens, depuis nos statues de Christophe Colomb l’éventreur, le sanguinaire, parce que nos mythes nous guident et s’ils nous ressemblent on les veut beaux et grands, et pas forcément justes. Le dollar monte. L’économie est très enthousiaste à l’idée de collaborer, même si, bémol, on appelle ‘économie’ une certaine économie, celle de l’homme, souvent blanc et souvent un homme, qui cherche à posséder, là aussi ‘on croit être confronté au pullulement des alternatives, mais en réalité ce que tout ce bordel est en train de mettre en œuvre’ c’est un canal creusé bien droit et bétonné, sans souci de régulation, de méandres, de pistes fugitives hors zone, hors efficacité, sans souci d’empêcher les inondations qui emportent toutes nos affaires dans le courant, nos lampes, nos cadres, nos photos, nos chaises, nous n’avons plus que nos vêtements sur le dos, ils sont boueux, et nos pieds sont boueux, on peut toujours jeter cette boue aux visages des puissants Cavaliers du destin, ils ne comprennent pas vraiment, soit par naïveté, soit par habitude, soit par goût du contrôle, soit par une soif de se sentir victorieux face au vertige qu’ils refusent d’examiner, genre à quoi ils servent, c’est une question complexe ça, à quoi on sert. Nous sommes affables de courtoisie pendant qu’on saigne et que l’on fait saigner, nous oublions de crier la main sur le cœur quand il faudrait, pour autre chose qu’une abstraite idée qu’on se fait de soi, et nos corps nous rappellent, nous reprennent, disant qu’ils ne veulent ni harponner, ni se faire harponner, ce qui pourrait exister. Nous sommes une palanquée d’êtres sensibles qui regrettons, et pleurons, et rions, et nous démenons comme beaux diables et belles diablesses à essayer de trouver de l’air, de trouer l’air, et la brume du matin nous porte gentiment, c’est son explication à la brume, le voilement et le dévoilement, quand l’homme orange, lui, ne sait que voiler, recouvrir, masquer, avec son masque de clown aux dents larges, jouer de la flûte pour charmer qui le suivent, rendant notre responsabilité écrasante.

 

Tu as volé l’orange!

Par-delà les mots des maux

Par-delà les maux des mots

Qui a volé l’orange du marchand ?

Percer et voir implique d’affronter des paradoxes qui peuvent rendre fous si on a pas eu le temps d’accepter certains dépassements de réalités, quels que soient les noms qu’on leur donne le temps d’accepter qu’un nom est encore illusoire : l’Argent, Dieux, la Célébrité, etc.

Je me souviens de ce moment où j’ai enfin atteint le niveau académique qui me permettait de choisir gravement entre branche molle ou dure de la recherche, comprenez par-là recherche en « Humanités » ou en « Linguistique ». Lasse, je me suis considérée, voire conne-sidérée, un peu vieille pour poursuivre une étoile trop lointaine. La Linguistique, que je poursuivais de mes désespoirs assidus de naissance, me sembla à ce moment-là, inatteignable, voire ina-teigne-able. J’ai bien cru l’avoir enterré ce jour-là. En fait, je n’y ai pas cru du tout, ni cuit d’ailleurs. Je savais bien que ce n’était que parti remise, encore une fois.

 

Je viens de compter, on vient d’enchainer 20 jours non-stop à la Détente. Aujourd’hui, on a décidé, toutes les deux, de se reposer. Pour se donner un peu de force pour la dernière ligne droite. Dont on ne sait même pas trop où est la fin, le 03, le 11, novembre, décembre. Je me souviens que sans vraiment savoir ce que je faisais, j’ai parlé de calendrier sur la moitié d’une des trois parties du fameux mémoire de Master 2. J’avais été très loin dans la recherche, mais je n’avais rien trouvé de ce que je cherchais. Je n’avais pas trouvé Le calendrier que je cherchais. C’était pas faute d’en avoir trouvé, des grégoriens, des lunaires, des anciens, des atomiques…mais rien n’y faisait, aucun ne m’avait satisfait, déjà. Et je crois bien que je n’en avais fait aucune conclusion d’ailleurs, déjà.

Il est 6h53, le mardi 29 octobre 2024, j’ai 14, 567 tâches administratives à peaufiner dans 3,14etc. domaines, et je suis là à écrire sur l’ordi, même pas avec un stylo.

Pause-clope.

Qui a volé l’orange du marchand ?

« Mais mademoiselle, personne ne va rien comprendre si vous mettez le troisième étage de la fusée sans rien avant !!! la fusée ne décollera même pas !!! »

Au moment où j’écris ces lignes j’ai le poignet droit qui saigne un peu à l’intérieur. C’est comme ça que je le ressens, une coupure à l’intérieur, juste en bas de la ligne de vie comme disent les diseuses d’aventures.

Je me souviens de cette fois où, sur un souk marocain, ma mère a cédé à une de mes deux petites sœurs et leur a permis de se faire dire la bonne aventure par une vieille femme assise sur un voile gigantesque dont je me souviens le rouge surtout qui cinglait sur le jaune du reste de l’environnement d’un souk presque vide déjà vu l’heure tardive. Je ne vois même plus qu’elle, la diseuse, assise à terre, et mes deux petites sœurs passant chaque une leur tour, assise devant elle, si petite, si « innocentes », elles. Et leur père qui leur traduisait le dialecte de la diseuse.

Mes yeux se sont affolés quand j’ai vu dans les yeux de l’une d’elle la « croyance ». Elle a bu chaque mot comme un nectar magique. L’effroi sous ma peau, ce n’était pas la première fois que je sentais ce liquide froid et bleu me parcourir sous la peau, mais c’était la première fois que j’essayais de le combattre. De trouver un moyen de prévenir, des yeux, ma mère, leur père, le sable, n’importe qui ou quoi pour que. Mais rien ni personne n’a rien vu.

« Tu rencontreras un beau prince qui te rendra heureuse et te couvriras de richesses ». Depuis je sais. J’ai fait depuis ce que j’ai pu, mais je ne pouvais pas grand-chose. Au moment où j’écris ces lignes à l’ordinateur, je sais. Je sais qu’elle est encore assise devant cette diseuse, hypnotisée par ses mots. Je ne peux rien faire, alors le matin je la mets dans la boucle, tous les matins. C’est tout ce que je peux faire. C’est mieux que rien, surtout pour moi, et je ne m’illusionne plus du reste. C’est tout ce que je peux faire.

Parfois je me demande pourquoi j’entend ce que j’entend et surtout pourquoi je suis la seule à les entendre ? A quoi ça sert ? Si je ne peux rien en faire ? Si je ne peux prévenir personne ? si je ne peux protéger personne ? A quoi ça sert si je ne peux pas protéger ma petite sœur ?

Alors j’ai choisi « Humanités ».

Il me restait encore un peu d’espoir à ce moment-là. Il me restait encore quelques matins à passer.

Plus exactement, j’ai choisi « Littérature », contre toute attente, surtout les miennes. Mais j’ai senti quelque chose. C’était au moment de choisir un directeur de recherches. J’ai choisi en fonction d’un être qui, je le sentais, me permettrait de passer un obstacle. Lui avait des « trésors » qui seraient bien plus utiles, pas dans l’immédiat, mais plus tard, bien plus tard. Tellement tard, que l’heure n’est pas encore venue, je le sais. Mais elle viendra, je le sais. Je le sens. Donc je le sais.

Peut-être que je ne suis moi aussi qu’en train d’attendre mon beau prince, peut être que je me fourvoie à essayer de libérer les « Humanités » de l’humanité, peut-être que tout cela n’est rien, mais au moins j’aurai essayé, même mal, même de travers. Après tout, moi aussi « j’y crois ». Peut être aussi que je n’aurai fait que m’entraîner pour une autre fois, va s’avoir.

Aujourd’hui donc, pas de pains perdus, surtout pas de service. J’ai des fourmis dans les doigts tellement j’ai froid à taper sur le clavier. Pourtant je n’ai pas fini, il m’en reste encore au moins un morceau ce matin. Après je pourrai me reposer un peu.

Je me suis inscrite au CAP cuisine pour mai prochain et à un stage de cuisine pour adulte en décembre. J’avais un programme en tête. Je devais passer le mois d’octobre à m’occuper des légumes. Pour ce faire, j’ai, le jour de mon anniversaire, demandé à Blanche de m’offrir mes premiers couteaux. Je voulais faire les choses « bien », dans l’ordre. Lasse, le magasin dans lequel nous sommes allées, spécialisé, n’avait rien d’enchantant pour un rituel. J’ai quand même fini par choisir quatre couteaux, dont mon préféré, le filet de sole. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que je n’aurai pas de problèmes avec les viandes et les poissons. Par contre les légumes. Et ce couteau éminceur de vingt centimètres. C’est lui qui me fait peur.

Le lendemain de l’achat, j’ai ramené mes nouveaux couteaux à la Détente, pour pouvoir m’y entrainer le moment venu. Lasse, le moment n’est pas encore venu, et nous sommes le 29 octobre. Et ces couteaux me font toujours aussi peur.

Quelques jours plus tard, nous trainions ailleurs, dans un autre magasin aux couleurs apprêtées pour la vente cette fois. J’y trouve très facilement la douille à St Honoré qui me manquait, mais j’oublie encore de prendre les poches qui vont avec. Tant pis, je vais finir d’user celle que j’ai acheté il y a six mois.

Juste avant de partir, et alors que Blanche avait déjà réglé les achats, je tourne autour d’une table dont la pancarte « -50 % » ne m’avait pas encore imprimé le cristallin. Je tourne autour d’un grille-pain gigantesque et rouge totalement inadapté sauf à vouloir impressionner quelques invités matinaux. Sous un autre appareil dont je ne me souviens  même pas, je vois dépasser le manche d’un couteau. Je le reluque quelques secondes avant de me décider à essayer de le prendre en main.

Détail important : j’ai des mains d’enfant. Je veux dire, vraiment. Déjà quand je travaillais aux huîtres, il fallait que je me fasse commander mes gants taille 6 pour être sûre d’en avoir tant j’étais la seule à avoir de si petites mains. Ce qui fait une grosse différence quand il s’agit de choisir des couteaux. Je voulais les plus légers possible, espérant là encore qu’ils me blesseraient le moins possible. C’est pour ça que j’avais choisi les couteaux de la marque espagnole. Ils étaient plus légers. Mais je les avais rangés pour ne jamais les ressortir. Celui qui était sur la table, quand je l’ai pris en main, j’ai tout de suite senti qu’il n’était pas léger. Mais j’ai senti autre chose. Il n’était peut être pas léger, mais tellement équilibré, on aurait dit qu’il était fait à ma main, ou presque. Bien sûr j’ai encore demandé à Blanche de me l’offrir, mais cette fois en rentrant, j’ai chopé le premier légume à couper pour l’essayer. C’était un oignon. Et qu’il était fluide le mouvement, que j’étais à l’aise. Je ne l’ai pas réutilisé depuis cependant. Les deux tendinites au deux bras me font encore un peu peur. Mais je sais que ce n’est pas lui qui me blessera. Il ne reste plus qu’à ce que je ne blesse pas moi-même.

Mal écrit ?

Certes, certes.

Mais écrit tout de même, jusqu’au bout de ce matin. Il est 7h59. Et les épaules me commandent d’arrêter pour aujourd’hui. C’est déjà pas si mal.

AWIAL

 

 

 

une image, des couleurs – trois parcours, disons, de vie – trois femmes, disons, dignes et au travail, dans un hôpital – Bombay, des vues de nuit formidables (on n’en a guère dans les photos retenues pour la presse ou la promotion) – un film franco-italo-luxembourgo-néerlandais (on aurait plus vite fait de dire européen) insiste wiki (pas à vendre, ces temps-ci) (le réseau me fatigue) – heureusement des films de cette eau existent (il paraît qu’il ne serait pas question de le montrer distribuer en Inde – bizarre cette économie soi-disant monde) – le marché, entre 4 et 7 le matin, les rues, les bruits les fruits et les légumes –  ces trois femmes travaillent (le travail rend libre…) l’une à l’accueil (bosser n’interdit pas encore de rêver)

l’autre plutôt infirmière

il me semble comme le centre du film

et puis la troisième (qu’on voit moins au début) à la cuisine – on la découvre ici dans son logement qu’elle quittera au milieu du film parce que sur un terrain en but aux promoteurs (partout, dans le monde, partout)

les trois femmes assidues au travail dignes laborieuses – trois portraits, une intrigue d’amour pour la plus jeune

d’un type musulman

ce qui fait un peu jaser

autant qu’une sexualité assez assumée (on pense à cet autre film – (comment dire? indien ?) Girls will be girls dans lequel la même actrice

Kani Kusruti (ici dans le rôle de Prabha – parfaite, tout autant)

tenait celui de la mère – un peu comme ici)

il me semble qu’elle est le pôle central du film,  elle dont le mari, parti en Allemagne, ne donne plus signe de vie sinon par l’envoi d’un auto-cuiseur

comme preuve d’amour (ou de pensée – ou de présence…)

oui, son mari est là-bas – la jeune colocataire qui vit sa vie (Anu, interprétée par  Divya Prabha) elle achète un voile pour une possible rencontre avec son chéri mais cette rencontre tourne court : scène magnifique que celle où, sur un quai de gare

elle ôte ce voile

et puis la troisième s’en va donc (Parvaty, Chhaya Kadam) : on les voit se révolter

et se venger,d’une pierre lancée

contre

une affiche (un homme, un promoteur ou son image, touchée atteinte crevée)

(l’affiche vante le nouveau complexe dédié à Zeus, bâti sur les ruines des maisons de pauvres, vomissant son slogan « la classe est un privilège réservé aux privilégiés »…) et puis elles s’en vont dans la campagne, le village où vivra désormais Parvaty (j’ai pensé – subjectif,parfaitement subjectif – aux dernières images de A star is born (Vincente Minelli, 1954)

je ne sais pas – le mieux, c’est certain, ce serait de le revoir…

 

 

 

Alla we imagine as light un film magnifique de Payal Kapadia  (dont on avait ici déjà repéré le tout aussi magnifique Toute une nuit sans savoir (2022)) image formidable : Ranabir Das – musique (pareille) : Topshe

 

Les trois actrices et la réalisatrice lors de la remise du Grand prix à Cannes, cette année

 

 

Biographies obscures mais déterminées par jeu de pages aléatoires – travail résolument inutile et risible dans un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production et la liberté de concurrence –

Sofia Martins (1986-) : née à Lisbonne, elle grandit dans une famille modeste et apprend la guitare en écoutant les anciens disques de fado de sa grand-mère. Elle contribue ensuite à la fondation de plusieurs comptoirs commerciaux le long de la côte pacifique. Localement impliquée dans l’organisation des Jeux olympiques d’hiver, on ne lui connaît pas d’ennemis.

Nayra Coñuecar (VIe siècle, Chili) : vivant dans la région du Biobío en tant que guérisseuse mapuche, car sachant tout des plantes médicinales et des rituels de guérison, elle est connue pour son travail dans le domaine des énergies renouvelables en tant que diplômée de l’École centrale de Lyon avant même que celle-ci soit construite.

Tulluq Nanqaaq (XIVe siècle, Groenland) : chasseuse habile dans l’art de maîtriser un kayak et de chasser le phoque (toujours le même), elle joua un rôle crucial dans la survie de son village durant les périodes de disette, en racontant de fameuses recettes imaginaires. Elle trouva ensuite rapidement sa voie dans l’abstraction, utilisant des couleurs vives et des formes organiques pour explorer les émotions humaines.

Zawadi Wafula (XVIIe siècle, Kenya) : en tant que chef de clan, courageux et visionnaire, il a mené son peuple à travers des conflits tribaux, formant des alliances stratégiques pour protéger son territoire, puis prit la tête de la force opérationnelle formée pour finaliser les négociations en vue des futures relations avec le Royaume-Uni. Son visage apparaît régulièrement dans les grottes du comté de Bigorre.

Carlos Yupanqui (XVIIe siècle) : navigateur et marchand d’origine espagnole ayant émigré au Chili, né par accident à La Tronche (département de l’Isère), il a réalisé plusieurs premières ascensions d’envergure aux côtés des plus grands alpinistes de sa génération, avant de finir secrétaire d’État.

Lucile Renaud (1978-) : artiste peintre française originaire de Montpellier. Après des études en histoire de l’art, elle passe sa vie à documenter la culture traditionnelle inuit à travers la photographie. Elle est rapidement nommé vice-présidente du Comité de réflexion sur le réfléchissement de la glace dans les aiguilles Rouges, et évolue au poste d’attaquant dans l’équipe première de la KHL.

(à suivre)