Posséder

 

 

Parfois, on aimerait pouvoir croire qu’elle n’y est pour rien .

Une maison, un toit, des conditions climatiques, une famille, des chambres à n’en plus finir, un hiver à passer là, à écrire -un peu comme ici.

Parfois on aimerait croire que ça n’a rien à voir avec le reste du monde et qu’il s’agit juste d’une histoire, une fiction comme on dit, à laquelle on n’a pas d’importance à attacher parce qu’elle puise ses sources, ou ses idéaux, son imaginaire ou ses fantasmes ailleurs que dans quelque  repli abrupte ou aigu, le fil du rasoir ou le bord du monde quand il était plat, une partie retirée ou cachée, de notre âme. Un coin, un placard, une porte dérobée, un faux semblant, un trompe-l’oeil.

Parfois, ce serait bien d’y croire. Comme si le monde, le notre, celui sur lequel nous vivons (nous vivons sur le monde) (dedans le manteau, le noyau, les plaques qui se chevauchent et ces effusions, ces effluves, cette chaleur insoutenable, ces fumées et ces fusions, dedans, nous n’y survivrions pas), comme si ce monde-là n’avait pas d’autre existence que celle que nous lui infligeons en y bâtissant des histoires. Elles sont vraiment arrivées, et elles se sont vraiment produites. La preuve, il nous en reste encore quelque chose. On pose trois images (*), et sur la platine un disque, un cercle parfait, parfaitement gravé, complètement réfléchissant, et on entend la musique des sphères (la morna, tendre et chaloupée).

La merveille de cette histoire-là (on trouvera dans l’une des chambres d’enfant un tricycle dans les bleus), c’est sa brillance. Je me souviens qu’à cette époque-là, lors de la sortie -en 1980- de cet étrange sorte d’objet de fantasmagorie, il avait été comparé à une autre histoire d’enfant envoûté (« L’Exorciste », William Friedkin, 1973) (je m’attache aux dates, parce que sans elles, je suis perdu). C’est dans une maison, les choses se passent. Un enfant est médium. Un autre être, (un noir, le noir des US c’est toute leur histoire), un autre être est, du même sort (est-ce un sort, dis-moi ?) habité.

L’habitation, parfois, on aimerait pouvoir croire qu’elle n’y est pour rien. Encore faudrait-il y croire… Rien d’autre qu’un décor, tu sais bien. C’est dans les rouges que les choses se passent (comme ici cela a été indiqué).

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Tiré d’une histoire vraie (c’est à la mode, ces temps-ci). Un roman (comme si le genre n’avait pas d’importance). La porte de la chambre est ouverte.

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Il s’agit de notre monde, le chiffre et le code ça nous dit quelque chose, la possession s’en est emparé (tu sais, posséder aux deux sens). Notre monde, le vrai. Et des portes des ascenseurs s’écoule

shining 1

notre vie elle-même, de nos veines, de nos artères, ces liquides et ces humeurs, ces effluves et cette chaleur, une sueur parfois froide, et puis la chambre, les chambres ici elles ne sont que d’hôtel, le labyrinthe dans le jardin, la neige la nuit la chenillette, dans le Colorado (colorisé, ce que les mots nous aident parfois), cette histoire, notre histoire, et de tout temps, des fleuves de sang…

(*) : les photos, toutes en (C)PCH, réalisées bien sûr sans aucun trucage, sont des illustrations réalisées au téléphone portable-ça ne se dit plus- à même l’écran et tirées du disque inclus dans l’intégrale

 

 

Une réflexion sur « Posséder »

  1. ma…
    voilà que j’ai envie de supprimer le bidule que, sans y croire, j’ai posé juste là, après vous
    et ce beau texte

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