un peu d’histoire (personnelle) du cinéma

 

 

je suis tombé sans (vraiment) m’en apercevoir sur ce livre

rescapé * – je l’ai feuilleté, c’est écrit ampoulé et idéologiquement vicié. Ça ne m’a pas tellement étonné (j’ai porté cette image au groupe facebook intitulé « Marilyn everywhere », t’inquiète). Ce sont les images et à quoi elle réfèrent qui m’ont parlé (les images parlent, c’est pas comme les mots – ou enfin certains oui – mais les images renvoient répètent transcrivent transforment travestissent et finissent pas trahir – bon d’accord, comme les mots…). Il s’agira ici de ce sens-là.
En fin de volume, une date

l’état du livre est à l’avenant – cinquante-cinq ans, des déménagements des multiples transports lectures peut-être etc. –

bah passent les jours passent les semaines  – ici la quatrième de couverture comme dit la wtf doxa

laquelle reprend les réalisateurs et les titres (et les années de réalisation) des films dont on ne voit qu’une image sur la première de couv (eh oui). Et donc, entre ici en cette maison[s]témoin ce qu’on pensait devoir montrer du cinéma parlant en 1965 (dans le livre de poche, certes; le copyright en date de 1964

abjecte maison d’édition d’extrême droite ça va bien avec le reste – à vomir) (à se demander pourquoi, sur les recommandations de qui cet ouvrage a été acheté – j’ai vaguement idée de cette affaire-là mais n’importe)

 

Et donc on reconnait (de haut en bas)

l’Ange bleu (Joseph von Sternberg,1930)
Quai des brumes (Marcel Carné, 1938) (j’aurais dit La Chienne de Renoir (1931), mais n’importe – il y a une autre photo du Quai des brumes plus bas…) (ou alors Panique Julien Duvivier, 1946) (ça m’a tout l’air de ressembler en tous les cas à Michel Simon)
Le voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948)

Zazie dans le métro (Louis Malle, 1960) (en couleurs)
Fenêtre sur cour (Sir Alfred, 1954)

Le Dictateur (Charles Chaplin, 1940)
À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960)
Jules et Jim (François Truffaut, 1962)

La Bête humaine (Jean Renoir, 1938)
Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939 – un petit M.G.M en bas)

Le Guépard (Luchino Visconti, 1962)
Ivan le Terrible (Serguei Eisenstein, 1945)
Le Septième sceau (Ingmar Bergman, 1956)

Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)
À nous la liberté (René Clair, 1931)

Tchappaiev (Serge et Georges Vassiliev, 1933)
Old man out (Sir Carol Reed, 1947)
Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

La  Bataille du rail (René Clément, 1945)
Hiroshimamon amour (Alain Resnais, 1959)
Les Misfits (John Huston, 1961 – NJB aka MM en couleurs)

À l’ouest rien de nouveau (Lewis Milestone, 1930)
La Strada (Federico Fellini, 1954)

Païsa (Roberto Rossellini, 1946)
West side story (Robert Wise- Jérôme Robbins, 1961 petit Artistes associés)
Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956 en petit Cocinor)

Quai des brumes (Marcel Carné, 1938)
Le diable au corps (Claude Autan-Lara, 1947)

et enfin La Strada (deuxième apparition parce que Giuletta) (Federico, 1954)
Les raisins de la colère (John Ford, 1940)

il s’agit d’un texte intégral (tiens encore)

(ça a du bien faire mal quelque part à cette enflure d’auteur de voir qu’il y avait là « Le Dictateur » et autres « Les raisins de la colère » mais peu importe encore) – ce qui m’importe plus ce sont les films choisis sur cette couverture ( je les ai tous vus) (je n’y vois pas Kubrick encore…) – et on trouve vingt huit images (je pense vingt huit films différents, mais vingt-sept titres : c’est une erreur) (mettons qu’il s’agisse de Panique de Julien Duvivier) et : (pas une seule femme)

onze réalisateurs français
huit réalisateurs étazuniens
quatre italiens
deux russes
un Anglais
un suédois

une vision assez centrée d’un certain cinéma d’occident (disons) (un tropisme).
Par ailleurs, comme rappelé dans la note*, l’un des deux auteurs fut passé par les armes en février 45 – il ne connut que peu les suites épiques du cinéma : on s’en fout, oui.

 

 

* Bien qu’il ait été écrit pas un couple de crevures (je ne vois pas d’autre mot, et il n’est pas trop fort, non) (ils sont morts tous les deux, ils étaient beaux-frères, fachos antisémites immondes) (l’un (brasillach) a été exécuté en février 45 – pas pu être sauvé par nombre d’amis intellectuels de sa corporation (les littérateurs) qui demandaient à De Gaulle sa grâce – l’autre a vécu des jours heureux – un peu comme cette pourriture de destouches/céline (sans majuscule) – jusque ses plus de quatre-vingt dix ans (la vie n’est pas très pertinente, il n’y a pas à dire)), voilà un livre dont la couverture vaut pour la maison[s]témoin, afin de lui donner quand même quelque chose comme une histoire (fut-elle celle du cinéma) (dans cette maison, on aime le cinéma, va savoir pourquoi…). Il date de 1965, ça nous rajeunit ? Voilà cinquante cinq ans. Je l’ai retrouvé ici (je suis en villégiature) il ne m’appartient que peu – il y a, sur la page de garde, tracées au stylo bille bleu, certaines initiales. C’est un rescapé de ma maison qui brûlât de fond en comble il y a cinq ans de cela : une de mes filles, armée de valises et de sacs eut le courage, dans l’horreur de cette réalité, de sauver quelques uns des livres des bibliothèques (je n’ai pas compté, mais il y en avait pas mal – et de livres je crois quelques milliers). Ce qui m’a permis de revoir (en rêve éveillé, comme Desnos Robert, l’un de mes poètes favoris) certains films de cette histoire-là. Sans plus de raison, un témoignage de mes débuts en France…

 

(en image d’entrée de billet, Albert Finney dans Samedi soir dimanche matin (Karel Reizs, 1960), une merveille de cette époque-là – le héros, c’est un peu moi en maison[s]témoin sur mon clavier, lui sur son établi…)

 

 

 

 

Thérèse

 

 

On n’est jamais sûr de rien, c’est bien connu, il n’y a pas d’actualité, ni de dictature du présent, il n’y a pas non plus d’autre chose que le hasard qui puisse présider au choix d’une chronique – qu’est-ce que c’est que ce désir de cinéma, d’en parler d’en écrire, d’en faire l’éloge – on ne va pas parler des films qu’on déteste, quelle affaire – d’y rester plongé quelques quarts d’heure, prendre quelques clichés de l’écran de l’ordinateur, tenter de les rapprocher d’une vision qu’on a il y a belle lurette ressentie – le film de la semaine dernière, « Carré 35 », on n’en finit pas d’y penser, même s’il ne s’y trouve pas de fiction, non plus que de directeur d’acteur… Donner au cinéma, c’est un peu comme à la littérature, c’est peine perdue s’il en est, puits sans fond, n’en attendre rien, jamais, milieu tellement libérale, loi du marché et trahison, « il n’y a que ceux qui travaillent qui travaillent« , familles connaissances amitiés, pourquoi faire ? Cette plaie. Hier matin, croisant sur la route qui menait des impôts à la sécurité sociale (je n’y suis pas allé d’ailleurs, oubliée en chemin, cette sécurité, tiens) un tournage sur la place (ici l’un des éclairagistes

règle sa lumière

) une telle inanité s’empare de moi, ma claque d’errer, de tenter d’exister, de vouloir envisager quelque chose, et quelque chose d’autre, et encore, marcher avancer continuer, travailler et encore et encore… Je me suis arrêté, j’ai regardé le travail, me suis souvenu de ce studio de la rue Fontarabie (c’est – le studio était, il n’existe plus – dans le 20, ce devait être en 1981 un peu avant l’élection de tonton) où se tournait « L’Etoile du Nord »  (adapté de Georges Simenon) avec cette même madame Simone Signoret (et Philippe Noiret, et Fanny Cottençon dans un de ses premiers rôles) (non, tonton devait être élu, ce devait être en septembre puisque le coup de téléphone de Bertrand Tavernier je l’avais reçu un quatorze juillet – il avait fini de tourner son adaptation « Coup de torchon » de « 1275 âmes », avec à l’image Pierre-William Glenn, comme dans « l’Etoile du Nord » – ony voyait aussi Noiret…), c’est que déjà cette chronique hantait un peu son rédacteur (il faut bien que les êtres qui nous sont chers nous hantent, sinon à quoi bon ? eh bien je pense à l’une de mes tantes, mon amie dont on ne cesse de salir la relation que j’avais avec elle, j’y pense et l’aime toujours, ainsi que cette Thérèse Raquin, noir et blanc, 1953, mise en scène  et portée à l’écran par Marcel Carné (adapté d’un roman d’Emile (dit Milou) Zola (ou « J’accuse ») qu’on aime autant que Gustave, Victor ou Honoré).

Je continue mon errance, donc, et si des larmes me viennent d’avoir tant et tant perdu de celles et ceux que j’aime, ce n’est que le vent, l’automne et les ocres des feuilles qui, au printemps, reviendront. 

 

C’est ici dans la boite aux lettres : la petite bonne de l’hôtel (une camériste si tu préfères) où descend le Riton ira poster son pli vers 5 heures, ce jour-là – ce sera à l’heure où passe le facteur qui ramasse le courrier…

 

Dans le roman (on s’en fout, du roman, je sais bien) c’est un fantôme qui hante le couple formé par Thérèse et Laurent : celui de Camille qu’ils ont noyé (tant mieux, en même temps, il faisait vraiment braire, ce petit freluquet). Ici aussi, le destin frappe un jour, dans un train où Camille veut emmener sa femme à Chatou, chez une vieille tante, pour la cloîtrer et l’empêcher de s’enfuir avec son amant. Laurent le jette du train (Lyon-Paris, de nuit, j’ai l’impression : dans le compartiment, un marin dort – le destin, c’est lui

Il roule en moto, ça rappelle un peu

Orphée et les motards, dans le Rolls il y a Heurtebise (François Périer, magique) et elle, « la princese » interprétée par Maria Casarès (ah! Maria Casarès…) (Jean Cocteau, 1950). La moto, le marin veut faire chanter le couple, voilà tout.

Le couple, Thérèse et Laurent :

(Simone Signoret et Raf Vallone, excuse-moi du peu, Lion d’or à Venise le ptit Marcel – « le môme » l’appelait au début Jean Gabin – on arrête d’évoquer sauf quand même le « Retour à Marseilles » (René Allio 1980), cette merveille, trente ans plus tard Raf Vallone…) : elle est une enfant trouvée, par la Raquin mère, mère de Camille (Jacques  Duby) contremaître dans une entreprise de transports (haïssable, bien sûr et normalement). Sans doute l’a-t-elle épousé par conformisme.

Mais lorsqu’elle rencontre Laurent, c’est le coup de foudre… Ces deux-là s’aiment, c’est à ne pas croire. Il leur faut partir, s’en aller loin, impossible sans doute. Et puis, et puis tant de choses, l’apparition de cet homme à moto

(Roland Lesaffre (Riton) un peu coureur, un peu (très) fêlé de la guerre, qui croit un peu au père Noël, qui s’imagine, qui veut profiter du sort – comme si c’était possible, tu vois ça d’ici – mais non…). Lorsque Camille meurt, ce n’est (ce ne doit être) qu’un accident mais sa mère en perd et la parole et ses mouvements, en chaise roulante, c’est encore Thérèse qui la nourrit à la cuillère…

(interprétée par Madame Sylvie, ici la photo ne lui rend guère hommage, mais tant pis

à peine mieux…). « La prunelle de ses yeux » tel était Camille… Et elle sait qu’on le lui a tué. Thérèse aussi sait qu’elle sait

Ah, le destin, le chemin de fer, l’indemnisation, le chantage, et la mort qui rôde…

Ce n’est que du cinéma, oui.

 

Thérèse Raquin, un film de Marcel Carné (1953).

 

 

 

  

Tango

 

 

Mercredi, c’est le jour du cinéma (les exploitants changent leur programme, il faut bien les suivre sans doute) – il fut un temps où c’était celui de merdalécole, mais ça a changé et on s’en fout – il faut tenir la distance (en même temps, il vaut mieux être seul que mal accompagné disait ma grand-mère). Il y a toujours des chansons (il y a peu, on m’a pris pour Charles Dumont, je ne suis pas complètement sûr de m’en être complètement remis) dont l’une fait « depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire » (la chambre noire, j’aime ça, c’est un peu comme la photographie, ou la verte (François Truffaut, 1978 – l’un des rares films qui me plaisent réalisés par ce cinéaste); ou la jaune, ou la rouge) et donc je divague un peu, j’erre dans les rues, dans la campagne : cette fois-là, je ne sais plus exactement – encore que ces circonstances soient tout à fait élucidables – c’est à cause du réalisateur, Stéphane Brizé dont je continue à regarder les films, parfois, pour m’en souvenir, et cette fois-ci donc, il s’agissait de l’histoire d’un type dont la profession est huissier de justice (il y a des professions difficiles à tenir, maton flic inspecteur du fisc – des fonctionnaires – détective tueur (à gage ou pas) bourreau et d’autres encore je ne vais me mettre à lister – y’en a plein – qui pourraient, à bon droit, revendiquer le titre de ce film (il date de 2004) (quand je mets une date, je fais un flash-back sur ma propre biographie, et je tente de regarder ce qui se passait alors – voilà plus de dix ans quand même, les choses s’effacent) (je ne l’ai pas vu à sa sortie) (je l’ai emprunté à la médiathèque du village du bourg enfin là-bas cinq kilomètres en auto, quinze euros l’abonnement à l’année, autant de films qu’on veut – peut-être seulement trois d’un coup, je ne sais plus) : « Je ne suis pas là pour être aimé » (2004).

Ce qui est évidemment faux, puisque tous les humains, de quelque genre qu’ils soient, sont là justement pour ça (content de vous l’apprendre si vous l’ignoriez). Au moins. Le type s’appelle Jean-Claude Delsart (c’est Patrick Chesnais qui l’interprète), il a hérité de l’étude (je crois que c’est ainsi que se nomme ce type de bureau ou d’officine) de son père, lequel finit ses jours dans une maison de retraite. Le type va voir son père tous les dimanches, et ensemble, ils disputent une partie de monopoly.

Comme on voit, le père (il n’est pas prénommé, juste Monsieur Delsart) est interprété par Georges Wilson (une certaine délectation à jouer les salauds ou les aigris animait cet homme – je crois comme tous les acteurs : ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans la vie et qui sont autorisées, là) (et en même temps, il n’est pas complètement avéré qu’ils ne soient pas dans ce style dans la vie courante : on s’en fout un peu mais on pense -surtout- à Jules Berry, que ce soit dans « Les visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) ou « Le crime de Monsieur Lange » (Jean Renoir, 1935)). Le fils encaisse (c’est le cas de le dire : pour un huissier, c’est l’encaissement qui compte). Il s’en va : son père le guette par la fenêtre, laisse glisser le rideau quand son fils se retourne (sans doute pour éviter de lui donner ne serait-ce qu’un signe). Des relations difficiles. J’aimerai continuer, mais j’ai peur de lasser.

Le fils voit, de sa fenêtre (un peu comme son père) un cours de tango : il se prend à vouloir danser (un médecin assez antipathique le pousse sur cette voie), il y va et y rencontre cette femme-là

Françoise Rubion, dite « Fanfan » lorsque la mère de ce Jean-Claude la gardait (ou quelque chose : elle le connait, et donc le reconnait; lui, non) (Anne Consigny dans le rôle : très bien). Puis les choses allant comme elles vont (le film est français – on échappe à la scène de lit – on parlera donc d’amour), ils s’entendent elle et lui, et dansent ensemble un tango lent, vraiment très beau on va dire. Elle lui explique les pas, il les comprend, ils s’entendent. C’est que quelque chose passe.

Le reste du monde 1 : elle va se marier, il l’apprend par une sorte d’indiscrétion, il en conçoit une sorte de blessure, ou de traîtrise, il ne veut plus la voir lorsqu’elle vient lui expliquer, dans son bureau, cette espèce de méprise peut-être (sans doute, probablement) cruelle.

Le reste du monde 2 : cette scène se déroule dans son bureau, et qui dit bureau dit secrétaire (une secrétaire préserve des secrets : celle-ci écoute aux portes

elle se prénomme Hélène (Anne Vincent, magique), elle remettra son patron d’aplomb).

Comme on sait (ou pas d’ailleurs), depuis que, lors d’une projection de « Senso » (Luchino Visconti, 1954 – une autre merveille), un (pas si) vieux (que ça) con m’a rabroué parce que je faisais des photos des écrans, je n’en commets plus (c’est ainsi, je suis impressionnable – j’agonis les abrutis aussi, mais je ne veux pas emmerder le monde non plus) (donc), je ne dispose plus que des films-annonces (j’aime ça) et de mes souvenirs de la vision du film. J’aime ce cinéma-là (il est un cinéma par réalisateur, celui de Stéphane Brizé – on a vu « Quelques heures de printemps« , formidable de retenu; « La loi du marché » – on a dû en parler ici – ; plus son premier film, je crois à la cinémathèque, mais je n’en trouve trace nulle part) celui de ce cinéaste-là me convient et me parle.

Il est d’autres péripéties, multiples, dont l’une (qui sera(it) un thème transversale à retenir) s’incarne dans le (futur) mari de Fanfan qui écrit : le tropisme de l’écrivain au cinéma est à traiter avec sérieux (j’aime ça, et je pense à ce magnifique « Providence » (Alain Resnais, 1977) où est suggérée la vie de Howard Philips Lovecraft) (Georges Wilson, et John Gielguld (il est Clive Langhman dans le film) sont de la même trempe) (y’a sans doute un étudiant en ciné qui a pondu une thèse là-dessus). En tout cas, ce cinéma-là s’incarne dans la dernière scène du film (juste une merveille).