Tango

 

 

Mercredi, c’est le jour du cinéma (les exploitants changent leur programme, il faut bien les suivre sans doute) – il fut un temps où c’était celui de merdalécole, mais ça a changé et on s’en fout – il faut tenir la distance (en même temps, il vaut mieux être seul que mal accompagné disait ma grand-mère). Il y a toujours des chansons (il y a peu, on m’a pris pour Charles Dumont, je ne suis pas complètement sûr de m’en être complètement remis) dont l’une fait « depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire » (la chambre noire, j’aime ça, c’est un peu comme la photographie, ou la verte (François Truffaut, 1978 – l’un des rares films qui me plaisent réalisés par ce cinéaste); ou la jaune, ou la rouge) et donc je divague un peu, j’erre dans les rues, dans la campagne : cette fois-là, je ne sais plus exactement – encore que ces circonstances soient tout à fait élucidables – c’est à cause du réalisateur, Stéphane Brizé dont je continue à regarder les films, parfois, pour m’en souvenir, et cette fois-ci donc, il s’agissait de l’histoire d’un type dont la profession est huissier de justice (il y a des professions difficiles à tenir, maton flic inspecteur du fisc – des fonctionnaires – détective tueur (à gage ou pas) bourreau et d’autres encore je ne vais me mettre à lister – y’en a plein – qui pourraient, à bon droit, revendiquer le titre de ce film (il date de 2004) (quand je mets une date, je fais un flash-back sur ma propre biographie, et je tente de regarder ce qui se passait alors – voilà plus de dix ans quand même, les choses s’effacent) (je ne l’ai pas vu à sa sortie) (je l’ai emprunté à la médiathèque du village du bourg enfin là-bas cinq kilomètres en auto, quinze euros l’abonnement à l’année, autant de films qu’on veut – peut-être seulement trois d’un coup, je ne sais plus) : « Je ne suis pas là pour être aimé » (2004).

Ce qui est évidemment faux, puisque tous les humains, de quelque genre qu’ils soient, sont là justement pour ça (content de vous l’apprendre si vous l’ignoriez). Au moins. Le type s’appelle Jean-Claude Delsart (c’est Patrick Chesnais qui l’interprète), il a hérité de l’étude (je crois que c’est ainsi que se nomme ce type de bureau ou d’officine) de son père, lequel finit ses jours dans une maison de retraite. Le type va voir son père tous les dimanches, et ensemble, ils disputent une partie de monopoly.

Comme on voit, le père (il n’est pas prénommé, juste Monsieur Delsart) est interprété par Georges Wilson (une certaine délectation à jouer les salauds ou les aigris animait cet homme – je crois comme tous les acteurs : ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans la vie et qui sont autorisées, là) (et en même temps, il n’est pas complètement avéré qu’ils ne soient pas dans ce style dans la vie courante : on s’en fout un peu mais on pense -surtout- à Jules Berry, que ce soit dans « Les visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) ou « Le crime de Monsieur Lange » (Jean Renoir, 1935)). Le fils encaisse (c’est le cas de le dire : pour un huissier, c’est l’encaissement qui compte). Il s’en va : son père le guette par la fenêtre, laisse glisser le rideau quand son fils se retourne (sans doute pour éviter de lui donner ne serait-ce qu’un signe). Des relations difficiles. J’aimerai continuer, mais j’ai peur de lasser.

Le fils voit, de sa fenêtre (un peu comme son père) un cours de tango : il se prend à vouloir danser (un médecin assez antipathique le pousse sur cette voie), il y va et y rencontre cette femme-là

Françoise Rubion, dite « Fanfan » lorsque la mère de ce Jean-Claude la gardait (ou quelque chose : elle le connait, et donc le reconnait; lui, non) (Anne Consigny dans le rôle : très bien). Puis les choses allant comme elles vont (le film est français – on échappe à la scène de lit – on parlera donc d’amour), ils s’entendent elle et lui, et dansent ensemble un tango lent, vraiment très beau on va dire. Elle lui explique les pas, il les comprend, ils s’entendent. C’est que quelque chose passe.

Le reste du monde 1 : elle va se marier, il l’apprend par une sorte d’indiscrétion, il en conçoit une sorte de blessure, ou de traîtrise, il ne veut plus la voir lorsqu’elle vient lui expliquer, dans son bureau, cette espèce de méprise peut-être (sans doute, probablement) cruelle.

Le reste du monde 2 : cette scène se déroule dans son bureau, et qui dit bureau dit secrétaire (une secrétaire préserve des secrets : celle-ci écoute aux portes

elle se prénomme Hélène (Anne Vincent, magique), elle remettra son patron d’aplomb).

Comme on sait (ou pas d’ailleurs), depuis que, lors d’une projection de « Senso » (Luchino Visconti, 1954 – une autre merveille), un (pas si) vieux (que ça) con m’a rabroué parce que je faisais des photos des écrans, je n’en commets plus (c’est ainsi, je suis impressionnable – j’agonis les abrutis aussi, mais je ne veux pas emmerder le monde non plus) (donc), je ne dispose plus que des films-annonces (j’aime ça) et de mes souvenirs de la vision du film. J’aime ce cinéma-là (il est un cinéma par réalisateur, celui de Stéphane Brizé – on a vu « Quelques heures de printemps« , formidable de retenu; « La loi du marché » – on a dû en parler ici – ; plus son premier film, je crois à la cinémathèque, mais je n’en trouve trace nulle part) celui de ce cinéaste-là me convient et me parle.

Il est d’autres péripéties, multiples, dont l’une (qui sera(it) un thème transversale à retenir) s’incarne dans le (futur) mari de Fanfan qui écrit : le tropisme de l’écrivain au cinéma est à traiter avec sérieux (j’aime ça, et je pense à ce magnifique « Providence » (Alain Resnais, 1977) où est suggérée la vie de Howard Philips Lovecraft) (Georges Wilson, et John Gielguld (il est Clive Langhman dans le film) sont de la même trempe) (y’a sans doute un étudiant en ciné qui a pondu une thèse là-dessus). En tout cas, ce cinéma-là s’incarne dans la dernière scène du film (juste une merveille).

dans le bureau

Dans le salon, il y a l’estampe japonaise éthérée. Tout le monde peut se l’approprier et se voir-là, y habiter. S’imaginer s’asseoir dans la banquette design, les pieds sur le pouf design, le doigt sur la télécommande de l’écran 360° [de pureté car un téléviseur *** est léger comme l’air et semble flotter au-dessus de son socle et l’arrière du téléviseur est vierge de toute vis pour qu’il soit aussi beau sous tous les angles allumé ou éteint].

Dans l’entrée, il y a un coquelicot géant avec une grosse tache blanche qui fait relief. On sent qu’avec un peu de pratique on pourrait être capable de se refléter dans un coquelicot géant, facilement.

Dans la cuisine il y a des carottes gigantesques suivies par une courgette de taille irraisonnée. On pourrait aisément s’imaginer déjeuner-là, contemplatif, devant la course des légumes monstres.

Lorsqu’on visite, on a souvent en bandoulière un peu de deuxième degré, sinon, le taux de pureté des écrans nous écrase, et on se sentirait vite mal fait, grossier, sale et pauvre.  On se sent vite un crève la faim dans les cuisines colorées. Beaucoup de gens ne comprennent pas. Mais c’est comme ça quand on n’a pas l’admiration facile, qu’on aime surtout les détails, et surtout l’essentiel (l’essentiel, on ne sait pas où il se cache, parfois dans le deuxième degré, mais ce n’est pas sûr, alors on cherche. Il ya une petite voix minime, minimaliste qui nous dit que c’est comme une résistance de se moquer) (une résistance minuscule).

On oublie qu’il peut y avoir des « résistants de l’intérieur ».  Soit ce sont des mains humaines, des actes, soit ce sont des objets, on ne peut jamais prévoir.

Ainsi, dans le bureau, il y a toute une vie accrochée, et du toit pend une ombre ronde, comme les boules de graines à offrir aux oiseaux, un cœur. Il y a une vision plus que panoramique. Un détail. Nous on aime les détails. On regarde. Le nombre de degrés n’y est pas indiqué. Plus de 360, bien plus. Et moins que deux.

pour-cj-maisonstemoin

Une pièce manquante

 

(où sont les gogues ? ) (enfin, les cabinets ?) (enfin,je veux dire les commodités ?) (les chiottes, le petit coin, les vécés eaux-fermées à la turc ou j’en sais rien ? dans la salle d’eau ?) (c’est pas facile, la vie : voilà près d’un an que cette maison fait son témoin -notamment de cinéma mais aussi de bien d’autres lieux comme la littérature- et on n’y trouve point de toilettes -seraient-elles sèches…) (tout ça est d’un trivial, j’en ai peur) (et en même temps c’est le thème alors) (toujours est-il qu’il fait beau la nuit) (debout)

 

C’est venu à cause des sorties de cette semaine, j’ai regardé et je n’ai rien trouvé (on est dimanche quand même hein).

On dira d’aller voir autre chose, un ancien film comme celui de JC Chandor « Tout est perdu » (2013) (aka « All is lost« ), sans dialogue dit-on, mais avec le RobertR Redford

(il est un peu plus jeune que dans le film, si je ne m’abuse mais ça me va, je l’aime bien dans cette posture qui fait souvenir de « l’Arnaque » (Georges Roy Hill, 1973) et comme il y a dedans Paul Newman

P Newman et R Redford

(là c’est dans un autre film, sans doute dans « Butch Cassidy et Sundance Kid » (Georges Roy Hill, 1969) ça me fait penser à « l’Arnaqueur » (Robert Rossen, 1961) et donc à Martin Scorcese qui lui fait dire « I’m back » dans son « Les Couleurs de l’argent » (1986).

Je brode, donc, et laisse aller les choses parce que les sorties de la semaine me fatiguent, si j’avais été critique de cinéma, j’aurais détesté avoir été tiré au sort pour aller voir quelque chose cette semaine, ou la précédente je ne sais pas. Je déplore de ne pas avoir exercé ce métier (ou si peu). Mais on ne refait pas l’histoire (on fait seulement en sorte de la faire changer, et debout, la nuit).

Comme c’est assez peuplé de fantômes ici, c’est la vérité, on lui doit de dire qu’il y a un « Truth » (James Vanderbilt, 2015) avec le même et l’australienne Blanchett qui vient de sortir quand même et qu’on ira peut-être voir (dans la dimension de « Spotlight » sans doute (Thomas Mc Carthy, 2015) film de genre comme il en existe sans doute quelques centaines, et qui m’entraînerait plutôt vers « Le gouffre aux chimères« (alias « The big carnival » Billy Wilder, 1951) (c’est sa photo en haut, là), une vraie merveille celle-là…)

On en dira plus peut-être. En tout cas, j’ai placé en italique ce qui a donné lieu à ce billet, mais en fin d’icelui, histoire de faire tourner un peu la machine, je dois aussi à la vérité de dire aussi que ces italiques-là avaient pour destinée d’illustrer un autre billet, mais les choses étant ce qu’elles sont, je l’ai repoussé à une diffusion plus tardive disons si jamais elle se réalise

 

 

 

Femmes cinéma addenda Panthéon

Addendum aux addenda : j’apprends à l’instant que Christiane Taubira vient de quitter cet ectoplasme qu’on nomme un gouvernement : ici donc lui est dédié ce billet parce qu’on sait qu’elle incarne quelque chose comme l’état de droit, et que ce quelque chose est désormais une illusion au sein de cette instance qui prône l’urgence et la déchéance.

 

Lola Montès

Affiche Lola Montès

quelque chose avec ce film : Max Ophüls

darrieux ophuls

(et Danielle Darrieux -c’est son vrai nom, elle est toujours parmi nous, comme TNPPI, elle va avoir cent ans, comme Suzy Delair), mais Martine Carol (alias de Marie-Louise Pourer), pourquoi cet accord avec Norma Jean Baker dite Marylin Monroe, je ne sais pas dire, sinon qu’elles sont aussi présentes dans l’enfance et destins tragiques, probablement, les fantômes qui hantent les rêves sont à la mesure de la perte, complète, totale de tous mes livres.

Il y avait Ingrid Bergman

Ingrid-Bergman

« Notorious » d’abord (Sir Alfred, 1946) –Les enchaînés en français, une merveille ) et son livre magnifique, sa lettre à Roberto Rossellini inoubliable, il y avait aussi Claudia Cardinale

claudia et delon

là avec Tancrède mais elle est hors concours parce que (née à Tunis, peut-être) son rôle dans « le Guépard » (Luchino Visconti, 1963), et celui de « Il était une fois dans l’ouest » (Sergio Leone, 1968) ce dernier film étant le premier vu à Paris, en 1972 il me semble (j’aime savoir que le tournage du film s’est effectué entre avril et juillet 1968) (il y a des choses que j’aime savoir et qui n’ont aucun intérêt) il y a beaucoup de fantômes qui hantent les pièces de cette maison (c’est sans doute qu’il ne m’en reste plus), Anna Magnani

rvo 8

qui est ma préférée (je crois) (j’en aime beaucoup d’autres, mais pas de l’amour qu’on porte à sa mère -dans ce sens, lorsqu’elle court et meurt dans une rue de cette « Rome ville ouverte » (Roberto Rossellini, 1945) je crois savoir que c’est de là que je hais la course à pied) (ce qui est biographiquement faux : c’est l’asthme qui m’a fait détester la course à pied, cet asthme qui s’empare de mon inspiration dans des airs un peu poussiéreux), elles sont toutes là, présentes (j’aime assez Honor Blackman, mais c’est dans « Golfinger » (Guy Hamilton, 1964) que j’avais vu au Pax, à Amiens à sa sortie française, je me souviens, la blonde amazone chef d’escadrille

james bond et pussy galor

alias Pussy Galor, souvenirs d’adolescence, qu’y puis-je donc, parcourir la filmographie des actrices, s’enticher d’Ava Gardner

20160127_104549 cette « Comtesse aux pieds nus » (The Barefoot Contessa, Joseph Mankiewicz, 1954) Maria Vargas (rôle pour Rita Hayworth qu’on vient de voir dans « Seuls les anges ont des ailes » (Howard Hawks, 1939) mais qui le refusa « ne désirant pas tourner sa propre biographie » comme dit élégamment wikipédia) et qui, en cela, représente aussi une sorte de parangon de modèle d’exemple de ce vers quoi tendrait toute actrice de cinéma : devenir l’épouse de quelqu’un de noble riche tout en lui apportant alors cette célébrité de ténébreuse pacotille digne des stars) et ici, peut-être, dans ce décor, les faire revivre un peu, leur donner quelques lumières à nouveau reste une tentative d’hommage à la grandeur de ces femmes, à ces batailles qu’elles livrèrent contre l’imbécillité et la brutalité des hommes (encore n’a-t-on pas parlé de la réalité de la guerre, des mafias et autres joyeusetés que ces derniers s’ingénient à produire pour se prouver leur appartenance au genre ou à l’espèce…)

Je m’en vais, il pleut sur le jardin, j’en ai laissé de côté, Delphine Seyrig que j’aime tant clope au bec mais pas là

delphine seyrig

(trames et avatars se sont ligués ici pour qu’elle n’apparaisse que de loin, hachée, tant pis) je pose aussi celle-ci où elle joue dans un film (je ne rajoute pas « idiot » ce serait pléonasme) de vampires (« Les lèvres rouges » (Daughters of darkness, Harry Kümel, 1972)

delphine seyrig et daniele quimet

d’autres et tant d’autres on n’en finirait pas des Monica Vitti ou des Joan Fontaine, Simone Signoret et les réalisatrices Ida Lupino, Alice Guy ou Agnès Varda (et Corinne Marchand donc Cléo) , je laisse de côté aussi les Bernadette Lafont ou Pauline, Anouk Aimée ou Stéphane Audran que j’adule, d’autres Judith Magre ou Jacqueline Maillan que j’oublie mais aime encore, Thelma Ritter ou Jeanne Fusier-Gir et Françoise Rosay, mais n’importe, je m’en vais, sur le jardin tombe la pluie, c’est mercredi, c’est cinéma

 

 

 

 

Le bureau du Havre

Ainsi, voyez-vous, ce mur rouge du bureau de l’appartement témoin réchauffe-t-il un peu l’atmosphère.

Ainsi donne-t-il envie de s’installer, d’utiliser le sous-main, le stylo, le papier, de rêver autrement à la destruction, à la reconstruction de la ville.

Une cloison coulissante donne accès au salon : on peut s’isoler ou non, c’est pratique.  Par la porte de gauche, plus classique, on rejoint le couloir qui distribue la salle de bain (comprenant tout le confort moderne, dont une lessiveuse), la chambre des parents, la chambre de l’enfant dont le lit est évolutif et qui, si nul enfant ne vient, peut se transformer en bureau. Voyez, la boucle est bouclée.  On déconseille le rouge cependant, pour la chambre d’enfant, si l’envie vous venait de la déplacer par ici.

Le mur du bureau tel qu’il se présente est orné d’une gravure qui rappelle l’importance des travaux d’Auguste Perret, lequel a relogé, on le sait, les habitants du Havre après la seconde guerre.  Il faudra lui tourner le dos peut-être, pour écrire, une fois que vous serez installé.  A moins qu’hypnotisé par la gravure vous n’entriez dedans, visitant alors a l’envi un nouvel appartement témoin, puis un autre, et un autre…