allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

Décors de murs

 

 

 

On va en mettre un peu partout, histoire de convaincre les futurs acheteurs ou locataires, qui peut bien savoir ?, de cette maison (serait-elle témoin)  du bien fondé de la décoration contemporaine. Elle indique, en effet, un état des moeurs et des actes de ce pouvoir (comme on vote en fin de semaine – pendant le week-end, évidemment – voilà qui donne quelques pistes pour accomplir un devoir civique de plus en plus inepte (enfin, il me semble). Commençons par les fondamentaux (comme ils disent au foot)

c’est un bon début – viennent ensuite les tentatives d’éveil –

le point d’interrogation serait à proscrire – un remède à nos agacements

pour les plus jeunes, cette exhortation

un peu de rire pour nous détendre

le tout pourrait nous détendre, en effet, un tel pathétique provoque un sourire, mais le tragique, le drame l’horreur n’est jamais loin : c’est que la réalité nous rattrape

et ce sont les blessures (on n’a pas encore touché à la sacralité de la mort, mais on n’oublie pas Rémy Fraisse sur les lieux du barrage de Sivens, dont la construction inique a été abandonnée, ni Zineb Romdhane de Marseille, quatre vingts ans – et c’est bien une honte pour ce pays, non plus que l’ignoble saccage des cabanes de Notre-Dame-des-Landes)

et tant et tant de blessés, meurtris, handicapés aux vies déchirées, estropiés mutilés, pourquoi ?

pour rien, pour ne pas entendre, pour ne pas écouter et satisfaire des intérêts immondes – ne rien partager, ne rien donner –

garder la tête hors de l’eau, rire de l’enflure d’alors renouvelée aujourd’hui

continuer quand même à écouter de la musique, aller au cinéma ou au théâtre ou ailleurs, renouveler les émois et garder sa dignité

rire encore et malgré tout – image suivante : (c)Dominique Hasselmann)

et vivre, ce n’est qu’unis que nous gagnerons

que le printemps soit avec nous…

 

en entrée de billet, la lagune de Faro, au sud du Portugal – juste pour le plaisir

sur le trottoir devant la maison[s]témoin

J’aimerais vous donner de ses nouvelles, clairement, je ne sais pas. Sa présence ne passait pas inaperçue. Voilà, et vous savez la suite. Il parlait de rien. Lui était médecin et il savait, à la visite d’embauche il aurait pu dire. Jamais on s’est posé la question de la visite inverse. La réponse était inapte. L’usine de la honte. L’usine cercueil. Essentiellement des femmes. Les gens qui habitaient dans la rue sont morts. Non lieu. Il n’y a même pas matière à instruire ou à juger. Dans cette rue y’avait les abattoirs, la spa et l’assédic. Maintenant ils ont mis des sdf. C’est pour dire la vocation de cette rue. Avant c’était une rue ouvrière. Y’avait les grèves, des distribution de tracts. Maintenant y’a quelques entrepôts, c’est des bureaux, artisan du placard, expertise-comptabilité, ils ont acheté ça pas cher. Là où y’a écrit horizon, moi j’ai commencé à travailler là, là où c’est marqué horizon. Le dernier pdg il travaillait là. Avant c’est son père qui était pdg. C’est des verrières. On n’a pas besoin de faire de fenêtres pour les ouvriers, sinon ça les distrairait. C’est la poésie patronale. Mon père avait été licencié comme syndicaliste, je pouvais plus aller à l’école, je suis venue et on m’a embauchée. On rentrait là. À côté y’avait la filature et en haut c’était le filage tressage. Il faisait tellement chaud, ça tapait on demandait au chef de peindre en bleu pour filtrer les rayons du soleil, on prenait les bobines et on les balançait sur les verrières, on les cassait alors ils venaient et ils peignaient. Y’avait des machines qui brasaient partout, vers chaque machine y’avait un nuage de poussière. C’était une atmosphère irrespirable. C’était une machine qui faisait une tresse, une gaine, la machine y’avait un tapis, ça faisait une mèche, on n’avait ni masque ni gant. Toutes les femmes en blouses de nylon, parce qu’en coton ça se collait dessus. On en avait dans les cheveux, les oreilles. Les médecins anesthésient les gens. Y’avait peut-être vingt-cinq navettes qui tapaient tapaient, ça faisait un bruit infernal tout le temps. Au début je venais pour gagner ma vie après je venais pour faire la syndicaliste. Le seul problème qu’on posait pas c’est celui qu’on savait pas. Entre gêné et empoissonné, c’est pas la même chose. Elle respirait pas bien ou elle toussait? On se disait c’est de la poussière. Aucune poussière n’est bonne. On se disait ça se saurait. On voyait des gens qui mourraient mais le lien était jamais fait. Il est mort de façon très rapide. La direction devait s’employer justement à dire ils fument ils boivent ils s’abîment la santé eux-mêmes, les mineurs crachaient leur poumons, les gars du bâtiment dégringolaient des échafaudages, c’est la condition minimum. Ce qui me tracasse beaucoup, c’est peut-être que ça se réveille. Le jour où ils ont annoncé la fermeture les gens étaient désespérés, j’ai demandé d’être entendue, on est rentré tous dans le grand bureau, il était là, elles ont commencé à dire c’est une honte, ce qu’on dit quand on est jeté à la rue et lui il était très surpris, il nous regardait d’un air détaché, y’avait une part d’indifférence, peut-être presque d’indifférence de naissance. C’est le dernier cliché que j’ai. Moteur.

Je suis arrivé tout début janvier. J’ai découvert le site, c’était le moyen âge. Y’avait de la poussière qui était là depuis quarante ans. Au bout des six mois, il avait rien fait, il fallait arrêter toute l’usine. Quels travaux. L’expert a mis huit mois pour faire le voyage, huit mois pour faire son rapport, en tout deux ans. Le pdg a déposé son bilan. Entre nous je crois que la faillite est arrivée au bon moment. Il savait très bien que c’était excessivement dangereux. C’est scandaleux. Ils ont bénéficié de ces experts, de ces médecins qui venaient dire que c’était pas dangereux. Le fils, quand il a pris l’affaire il savait très bien tout ce qu’il fallait faire, il savait.

Nous faisons partie de votre héritage. Vous avez eu le meilleur et nous le pire. Vous avez eu l’argent, nous avons eu la maladie. Il voulait pas faire de travaux. La fortune il l’a pris. Il faut qu’il prenne les victimes aussi. Les patrons ils venaient pas beaucoup, une demie-heure par an. La plainte a toujours pas abouti. Les témoins sont morts. Les accusateurs sont morts. Mais on se dit que ça pourrait donner à réfléchir aux autres. La dignité. Que nous on nous donne le statut de victimes, et lui d’empoisonneur. Que chacun ait sa place. Et que les ouvrières redescendent du bus en chantant. Qu’il ose nous faire face. On lâchera jamais.

(lettre à Chopin)

les 13 autres – suite du précédent

 

Trouvée, cette citation qui énonce l’ambition de ce travail (je crains de n’y pas parvenir cependant) : Nous attendons à tort une explication alors qu’une description constitue la solution de la difficulté, pour peu que nous lui donnions sa juste place, que nous nous arrêtions à elle, sans chercher à la dépasser. C’est cela qui est difficile, s’arrêter. Ludwig Wittgenstein (1)

(« la juste place » en question, je ne suis pas  si sûr de l’avoir trouvée) (et d’y être encore moins) Dans les gravats et  dans les murs quand même.

 

A propos du dernier des treize précédents, on note qu’il fait partie de cette humanité qui détermine que survivre sera difficile pour tout le monde et que, donc (l’île en sa possession doit en être une espèce d’avatar) il est bon de préparer l’après-chaos (autant que l’esclavagiste (11) est libertarien – secte plus ou moins abjecte à laquelle appartiennent aussi, dit-on les frères Koch – en 6° et 7° position dans ce recensement – ainsi que, par exemple,  Clint Eastwood ou d’autres du même acabit. J’ai en effet dépassé, déjà, la description – mais tant pis ) autant celui-là est transhumaniste – même genre de truc dégueulasse qui prône un homme immortel (mais riche quand même vu qu’il parvient à se payer les meilleures techniques et soins pour prolonger la vie – et d’abord la sienne, évidemment). Si on n’avait pas encore (je m’égare) le sens de ces réalités, elles sont donc ainsi exposées noir sur blanc.

Quatorze : (1973, informatique – un demi-gog) (image en grand qui doit dater de dix ans)(computer scientist) dégingandé coooool (wtf) (trop de sourire le tue)

Je continue par ordre alphabétique mais on devrait mettre ici le 22 vu qu’ils sont ensemble  (plus ou moins) (avant que l’un ne mange l’autre – ou lycée de Versailles) (bah)

Quinze : (1928 – l’un des plus âgés de la bande – ça ne veut plus rien dire, je sais bien : je veux dire les images, ne rendent pas compte des 90/1 balais du magnat – on se perd en conjectures : est-il né le 29 janvier 28 ou le 28 janvier 29 ? – la question est grave – en tout cas, bon anniversaire ..!!! – immobilier Hong-kong)

Seize : Li Ka-Sing (1929 – je crois que c’est sûr – entrepreneur armateur juge de paix – Hong Kong comme le précédent) ( il a lâché l’affaire en mars 18)

refilé le bébé à son fils Victor (lol) (Victor Li Tzar-Kuoi – je meSerts des majuscules mais c’est que je ne sais pas – so sorry – mais je ne me laisse pas, cependant, dépasser) une image dudit successeur en compagnie de son père

Dix sept : (tir groupé) une jeunesse – 47 – sans cravate sans doute ceci explique-t-il cela – telecom, internet; Chine) (moyennement rigolo, hein)

Dix-huit : (le plus jeune 34 – us – philanthrope paraît-il) (un tout petit peu de cravate – la jeunesse – mais très content de lui)

Dix-neuf : (franchement copain avec la maire d’ici Paris – a succédé à Rudy Juliani (toujours très copain de Trump) comme maire de New-York, c’est pour ça) (78, us, finances) (une seule image, cravate rouge rayé machin)

homme d’affaire versé dans l’analyse financière (il a failli faire président mais s’est retiré, laissant la place au peroxydé – républicain évidemment, puis indépendant, voilà qu’il est devenu démocrate – y’a que les imbéciles etc.)

Vingt (interminable…) : (61 (héritier-mégalo), Inde, télécom santé média énergie)

(cravate pas mal, micro, sourire) défraie (à peine) une certaine chronique avec le mariage de sa fille (décembre 18) (dépense à peine cent millions de dollars pour cette petite fête – elle est mariée avec l’héritier d’un autre milliardaire indien, Piramal pharmacie/ finances / immobilier : il vaut mieux rester entre soi) (vit dans un pied-à-terre immense (37 000 mètres carrés dit une chronique – salle de ciné/terrain de tennis/piscines gratte-ciel etc.)

Vingt-et-un : 

encore un fils (mais c’est l’aîné) du Sam précédent (décédé) (sa soeur en number one ici) (son frère en 12), us 74 épicier)

Vingt deux : (lui c’est le président – de ogle – , le 14 est dégé, on va pas pinailler non plus) (45, us) (on dit Sergey maintenant, parce que là ça fait un peu russe)

sourire micro dégingandé quand même

Vingt-trois : 75, us, casinos immobilier (copain de Netanyahou, c’est tout dire)

Vingt-quatre : 62, us, informatique (vaguement le sentiment qu’il est à la retraite mais je dois me tromper) (copain comme cochon avec Bill Gates- numéro 4 des merveilles d’ici) (moins riche, sans doute ?)

 zéro cravate (c’est pour ça le plan retraite) (sportif en diable)

Vingt-cinq : 64, Chine, tourisme hôtellerie cinéma (d’état tout ça)

(tout le kit et même plus – signifiant : traduction) (pas un marrant non plus)

Vingt-six : 89 us finances assurances (copain comme cochon avec le 4, participations croisées etc.)

 

Que de turpitudes  (l’argent ne fait pas le bonheur etc. – j’en ai fini, ça ne m’a pas plu, tant pis – ces gens sont d’un convenu, avec leurs cravates, leurs sourires, leurs airs entendus, c’est à pleurer de l’humanité – même si certains, sans doute, se montrent philanthropes (pour échapper au fisc, remarque : mais c’est que l’Etat ne fonctionne pas non plus tellement bien – et la guerre, dans tout ça ? aucun marchand d’armes, aucun militaire si je ne m’abuse – ça n’enrichirait donc pas ?) (et la vraie réalité des choses ? ils ne mangent quand même pas plus que trois fois par jour, dorment, rêvent, vont aux commodités seraient-elles ornées d’or, le papier qu’ils utilisent – et puis circulez – il y avait aussi cette propension qu’ils affichent pour les demeures excessives (des villas de 1200 mètres, la maison de l’indien plusieurs dizaines de milliers- le nombre de domestiques et tout ce bataclan qui indique quelque chose de l’excès sans doute) pendant ce temps-là, les trois milliards six cent millions les plus pauvres qui se battent pour des racines ou des miettes – je ne sais pas bien, j’ai un peu de difficultés) ( drôle de travail que je m’impose certes – peu importe : il y a aussi d’autres « chiens de garde »  qui défendent l’ordure je sais bien aussi)

Se posera la question de la photo d’entrée de blog – je ne suis pas certain d’être intéressé non plus – je préfère les belles choses… Ça n’a pas d’attrait – je me disais »parler des « Invisibles » avant – peut-être on verra (c’est fait).

 

 

 

(1) en préface présentation à l’article d’Alexandre Laumonier pour son roman 4 paru chez Zone sensible (maison d’édition qu’il dirige d’ailleurs) .

Les rendre visibles

 

 

 je me disais « mettons les treize autres richards, on verra plus tard » – le billet est prêt – je suis en avance c’est beau et c’est rare – je ne sais pas quel est ce calendrier, ni cet agenda mais tant pis, je continue – on avait déjà vu « Discount » du même Louis-Julien Petit ( qui avait quelque ressemblance : on en avait un peu parlé ici) – et puis non, ici et maintenant. Disons : c’est un film dont les rôles principaux sont tenus par des femmes, et c’est important à souligner. C’est important de savoir que le monde tourne grâce à elles – et peut-être d’abord : il y a toujours, et partout, des gens (ce sont des femmes, le plus souvent) qui aident les autres, qui les éduquent les soignent les lavent les secourent et les nourrissent (ce sont ces jours dont on connaît la venue, ceux des « établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes » et rien que l’intitulé donne envie de tout foutre en l’air) (je m’égare, pardon). Le film montre des femmes qui n’ont pas de domicile et qui tentent de survivre dans ce monde idiot et brutal créé par des hommes (ou des femmes, c’est selon) (mais plutôt des hommes quand même). 

 

Il s’agit d’un établissement dit « de jour » : on y accueille durant la journée des femmes qui n’ont pas où aller – sinon la rue. Trois salariées, une bénévole, une vingtaine de résidentes ; on y tente de vivre et de trouver du travail.

(ici, de dos (invisible elle aussi) la directrice de l’établissement; de face les invisibles). Le propre du film est premièrement de nous les montrer; de nous les donner à voir – on ne les voit plus, on les oublie et à la rue, elles meurent – eux aussi, mais elles meurent. c’est que ce monde de performance, d’efficacité imbécile et de concurrence absurde ne veut pas voir ce qu’il crée – il faut aller les voir cependant. Deuxièmement de les faire exister et vivre, réellement – une heure et demie, peut-être, mais exister.

Ici l’assistante sociale (incarnée avec joie finesse et subtilité par Audrey Lamy), là la directrice

Corinne Masiero (retenue, drôle et puissante), puis la stagiaire gauche cadre

Déborah Lukumena solaire et spontanée

(on l’avait vue dans « Divines » tu te souviens je crois) (Houda Benyamina, 2016) et enfin la bénévole, Noémie Lvovski

(fébrile, fragile si vraie) (elle va vendre sa télé, tiens) (ouvrez les yeux, hein)

toute une pléiade de femmes aux âges différents

attachantes parce que gaies ou pas mais vivantes, aux voix et aux yeux limpides ou atterrés – le centre de jour fermera (on le rouvrira parce que la loi – incarnée ici par Brigitte Sy

n’a pas le dernier mot (ce qu’on décèle c’est la direction d’acteurs, magique, on dirait Renoir : toutes sont justes sans jouer – ainsi en va-t-il aussi des acteurs, mais ils sont loin dans l’ordre des rôles, et on les oublie) (le méchant n’est pas si méchant que Jules Berry, non) (on a droit au jeune barbalakon quand même, remarque bien) : parce que la loi est inique, et que lorsqu’elle l’est, il est bon de la transgresser et de la changer – on préparera une journée portes ouvertes

accueillant le voisinage et plus, une réussite – un moment de joie et de danse

on est heureux, et parfois on pleure, on oublie mais le monde nous rattrape – peu importe, ce qui importe c’est le chemin qu’on a parcouru, ensemble, des individus, des personnes, des sentiments et des réalités

 

Une réussite, à nouveau : Les Invisibles, un film de Louis-Julien Petit

 

les listes et les podiums

Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il y avait sur cette liste, des sortes de résolutions, et en toute fin celle de ne jamais faire de liste.

Ce dont je me souviens est haineux surtout, mais je ne sais pas dans quelle mesure l’hippocampe du cerveau doit être tenu pour responsable et comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on – un deux trois quatre dit le mec au téléphone dans la cour – étudier ou même tout simplement reconstituer ce qui amène à ça, à la détestation des différences – la grille de la cour claque de façon très reconnaissable en se refermant, le mec un deux trois quatre est très différent de moi, je ne le déteste pas mais je suis tout à fait capable de détester qui s’érige qui se porte garant, qui refuse d’accorder, qui n’imagine pas se tromper, qui prend l’espace et la parole, ce serait trop compliqué de faire une liste, surtout sachant que certains paramètres de reconnaissance de ces qui détestables sont diffus, de l’ordre du sensible, et tiennent à une manière de prononcer certains mots, avec une certaine torsion de la bouche, par exemple en s’érigeant, se portant garant, refusant d’accorder etc.

Ensuite il y a beaucoup d’avis qui sont donnés sans préavis.
On cherche la poule qui sait compter ou le poulpe qui donne des résultats de paris sportifs.

Finalement, recopier intégralement, ou pratiquement intégralement, le discours d’une chaîne de téléachat est reposant, parce que le détestable se montre tout clair, sans masque, pas besoin de se fatiguer à le débusquer ou à le traduire. C’est l’éloge de la différence – plus exceptionnel, meilleur, performant, ça va vous changer la vie – mais d’une autre différence, celle qui nous rapproche de l’exception admirable. Le téléachat installe des nuées de podiums sur tous les emplacements, même quand il s’agit d’un coton-tige ou d’un parapluie pour que nous devenions tous l’exception admirable. Ne pas être comme les autres, c’est être meilleur – plus exceptionnel, performant – que les autres, ce qui est un abîme sans fond, car si ça fonctionnait avec cent pour cent de réussite, à la fin nous serions tous identiques. C’est reposant de voir à l’œuvre cette schizophrénie. Mais quel outil, comment, avec quoi, tirer des conclusions, sauf en détestant ce détestable.

Les décorations de noël sont en place, les rues ont été bloquées très peu de temps pour que les boutiques n’aient pas à en subir les conséquences, en termes d’accès, ventes, black-friday. Certaines guirlandes lumineuses ont peut-être été installées de nuit. À la devanture du magasin de jouet du centre-ville, un père noël ventru de douze centimètres sourit dans la nacelle d’une montgolfière tissée. Aucun jouet n’est à moins de cent cinquante euros. Le pull moutarde dans la vitrine d’à côté est en solde à deux cent vingt-cinq euros. Il en faut deux pour obtenir le prix d’une paire de chaussures. La ville est calme. C’est en périphérie qu’on brûle des pneus. Ce sont des différences visibles, des podiums bien installés. La haine aussi veut son podium. La ville est calme. Il n’y a pas de mère de famille tuée sur son palier à coups de couteau ici, comme dans d’autres villes. C’est peut-être une question géographique. On pourrait se dire – comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on, un deux trois quatre  – que les différences – de prix et de couteaux – sont géolocalisées. Peut-être même qu’il existera bientôt une application pour téléphone où les podiums apparaîtront en temps réel sous une tête d’épingle rouge ou verte en forme de goutte d’eau stylisée inversée. Une qui sert le café avait un bleu au visage l’autre jour et les yeux rouges. L’étrange, c’est qu’elle ne se trouve pas en périphérie. La chaîne du téléachat est dans toutes les télévisions, peu importe leur emplacement. C’est pareil pour les bleus, ça l’est moins pour les jouets en bois faits à la main, les montgolfières tissées de quinze centimètres de haut en soie et les vêtements moutarde. Historiquement, c’est un peu comme les chambres de bonnes toutes au rez-de-chaussée. Il y a une ville en Amérique du sud dont les quartiers les plus privilégiés se trouvent sur les hauteurs, et les zones pauvres en bas. Quand les pluies dévalent les pentes, qu’elles engorgent des rigoles parfaitement goudronnées, s’y engouffrent, longeant les interphones des portails électriques, passant devant des escaliers à double volée donnant sur des statues au centre de parterres fleuris, elles inondent les cabanes de bois et de tôles ondulées, elles les recouvrent, elles les pourrissent et elles les noient, avec des gens à l’intérieur. La haine de qui s’érige de qui refuse d’accorder s’écoule, simplement, au grand air.

Après, il y a ce souci dès qu’on écrit, d’arriver à une conclusion. De faire une démonstration. Ou un portrait. De donner à voir un angle qui ne serait pas commun, ou qui serait différent. C’est peut-être la corrosion qui gagne. L’acide du podium se répand. Dès qu’on écrit, et sans qu’on le formule, même sans qu’on veuille s’y intéresser, arrivent les différences, le haut, le bas. La sélection. Écrire c’est sélectionner. Recopier c’est sélectionner ce qu’on va recopier.
Même la longueur d’un texte est soumise à la sélection : trop longue pour un billet en ligne sur le net comme ici, trop courte pour un livre. Si je choisis d’écrire un texte trop long pour être lu en ligne, est-ce que c’est pour déjouer ce principe ou pour faire différent ? (me la jouer ?) Comment – quel outil, comment savoir, comprendre, répondre, et où se terrent les illusions, sur soi et sur le reste, celles qu’on voudrait avoir, celles dont ne sait pas qu’elles nous collent aux talons.

« Il y aurait plus de mondes potentiellement habitables dans l’Univers que prévu », me dit un site. Juste après m’avoir demandé
« Qui est Jesus ? » et
« Comment préparer une pizza parfaite selon la science ? ».
Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si dans ces mondes aussi il y a obligation d’agencer en vue de démontrer, et si tout s’organise hiérarchiquement, même la pluie.

des affiches

 

 

 

on sacrifie à la mode de l’anniversaire, en un sens, avec deux affiches pour décorer un peu cette maison (vide) (il y avait cette chanson émise par Michel Polnareff « dans la maison vide » qui n’arrivait pas à la cheville de celle nommée « le château des Laze » diamants rubis topazes) (bah, aucun rapport, n’importe : illustration musicale peut-être) ces affiches datent des années claires dont on nous rebat déjà les oreilles, et les cinquante ans (ce qui ne nous rajeunit que peu). Celle-ci d’abord parce que d’actualité à Poitiers et à Toulouse

rien nulle part dans les journaux (je ne dois pas lire les bons, j’imagine) mais je m’interroge (ici, ailleurs), les choses se meuvent, les terreurs (je me souviens aussi, de l’assassinat de Martin Luther King, comme je vois celui de Marielle Franco, je repose ici une image d’elle pour ne pas oublier

selon toute vraisemblance assassinée par la police, quatre balles dans la tête) tu vois son sourire et l’humanité entière existe…

C’est l’état d’urgence ici, la Ligue des droits de l’homme a posé, je crois, quatre questions prioritaires de constitutionnalité sur cet état-là (le conseil en délibère et rendra son jugement le 29 mars) mais il me semble (je peux me tromper, je suis sans doute influencé par mon désir) que les choses ont un aspect particulier et dès demain, on manifeste déjà, puis les grèves des cheminots (ici une deuxième affiche de l’époque, que j’ai empruntée à « notre héroïne » de la Binaf – merci à elle)

on ne voit pas les choses bégayer, non, le contexte a changé, la liberté pourtant est vraiment menacée par la réaction dont l’incarnation hypocrite est bien au pouvoir, avec son costume cintré (cette histoire de costumes qui a mis à bas les prétentions de celui qui l’avait emporté et sur le droit dans ses bottes et sur le type encore en garde à vue à Nanterre, là maintenant au moment où je pose ces mots) et ses clins d’oeil entendus, cette entente avec la banque et l’omniprésence de l’entre-soi.

Ne pas lâcher, rien, et continuer, suivant ses moyens (pauvres, ici, comme il se doit), modestes mais tenaces.

 

 

Les poissons rouges

 

Comme il n’est pas question de laisser cette maison vide, on se résout à y déposer un billet – même si le film en question a quelque chose qui ne correspond pas vraiment à la passion qui peut animer le rédacteur pour le cinéma : ce n’est pas que le réalisme des faits soit mis en question; peut-être que le monde qu’il décrit est éloigné de celui dans lequel il vit. Il y a pourtant dans cette destination, ce pays, l’Iran, cette campagne et cette ville, quelque chose d’exact et de vrai. Les discussions qui ont lieu dans les voitures, les relations qui ne sont que d’intérêt, sans amour et sans compréhension sinon recours à la force, brute et aveugle, indiquent une disposition plutôt hargneuse et sauvage : il se peut que cette description soit la réalité de la vie. Je ne sais pas bien s’il s’agit d’une attitude franche contre le régime, ou d’une volonté de se montrer plus dur encore que l’acier tranchant dont on sent bien que l’Etat est fondé, bâti, constitué dans ce pays particulier. J’en ai peur, sans doute – mais dans cette circonstance, ici maintenant, regardant l’hypocrisie ambiante (celle de la tête de l’exécutif comme celle de ceux qui la servent), il se peut qu’il s’agisse d’une voie de recours. Le manque de sympathie fait trembler les certitudes, mais s’il n’y a qu’ainsi qu’on puisse survivre, peut-être faut-il s’y résoudre.  

 

 

Ca se passe en Iran, le type (jamais un sourire) vient d’ailleurs – on ne sait trop. Sa femme bosse dans une école, lui élève dans un paysage magnifiquedes poissons en eau douce (ce sont des poissons dont sont friands les Iraniens, sans doute à certaines fêtes – je ne me souviens plus exactement, il y a quelque chose comme un sens, un signe, un témoin de quelque chose). L’histoire commence par une aiguille pénétrant dans une pastèque : le type, en secret, fabrique une espèce d’alcool, cache ses fruits dans une trappe, arrivent deux types à moto : ils cherchent quelque chose (sans doute cet alcool) finissent par  lui confisquer son fusil ( la loi islamique, certainement : il faudra venir à la mosquée au besoin réclamer l’arme – c’est assez trouble).

Puis l’histoire suit son errance : le terrain est convoité par des édiles, il ne veut pas céder, l’eau dont il se sert lui est rationnée, sa femme tente d’intervenir

sans y parvenir… Il y a quelque chose de l’amour qui unit ces deux personnes (ils ont ensemble un fils) mais il y a surtout quelque chose qui les sépare (elle lui apporte son aide, mais lui n’en veut pas, quelque chose d’individuel et de sauvage aussi). Il faut qu’il paye, lui ne veut pas. L’eau de ses bassins où vivaient ses poissons rouges est empoisonnée, les poissons meurent… Il se réfugie dans une sorte de grotte, un bain d’eau chaude, il boit son alcool de pastèque

sans doute ourdit-il un plan dont il ne confie pas la teneur à sa femme. Simplement : il se batSeul. Contre tous, il vend son auto, paye, tente de surnager : non. Sa maison brûle…On se souvient de l’avant-dernier plan du film de Tarkovski « Sacrifice » cette merveille. Oui, on met le feu à sa maison (il a fait partir sa femme et son enfant chez son beau-frère, parce que se battre voilà le moteur). Il se batSeul. Conçoit, seul, sa façon, sa manière, sa victoire. Paye. S’allie. Et puis, et puis…Paysages magnifiques, villes et villages, villageois et vengeances, ce n’est pas qu’on ne le comprenne pas, simplement il est rattrapé par le reste du monde. Le film a obtenu le grand prix de la sélection « Un certain regard » à Cannes en 2017.

 

Un homme intègre, un film de Mohammad Rasoulof.

Lui : Reza Akhlaghirad; elle : Soudabeh Beizaee

Décorez moi ça

 

 

 

Il y a dans cette façon de laisser les choses en l’état une manière de désespoir – la maison(s)témoin demande pourtant à vivre, on la nourrit mais est-ce suffisant ? Il manque des fleurs

en voilà, elles sont décadrées mais c’est tout de même mieux que rien (le billet s’arrêterait ici qu’on n’en aurait guère plus : passe ton chemin, toi qui cherche des intelligences sur ce monde absurde).

Une chanson parle de carnet à spirale et d’écriture sympathique lettres bleues et capitales – cinéma, chansons, photographies, littératures, on aura tout eu : cultiver son jardin disait l’autre – eh bien je ne sais pas trop quand a commencé cette histoire de bouquet

(sans doute et très probablement avec les photos) mais c’est devenu une espèce d’habitude, une fois  par semaine, plus ou moins, j’allais à son hôtel (elle vivait à l’hôtel) lui porter un bouquet de roses que j’achetais dans un établissement du haut de la rue

(s’il le fallait, je compterai le nombre de clichés que j’ai de ces fleurs-là) (lorsqu’elle s’en allé, j’ai compté quatre vingt onze occurrences, mais ce ne sont que celles depuis fin octobre quinze)

trop sans doute, j’en dispose ici quelques uns afin de marquer aussi des souvenirs

aux ami-e-s disparu-e-s – ce ne sont pas que des pensées – l’autre jour

je passais en ville, j’attendais le bus, qu’avais-je à l’idée, je crois la maison de la mère de Marc Auger (j’étais à Maubert, oui), au fond de la perspective, il y avait l’île de la Cité, le quai des Orfèvres, à droite presque au quai, cette librairie qui aime les ouvrages de Jules Verne, et voilà qu’on me touche le coude

c’était ma fleuriste préférée, qui m’indiquait qu’elle travaillait là à présent, ah très bien, dis-je, le bus arrivait je le pris

cette image-là je l’aime plus particulièrement, elle affirme le jardin, elle soutient la vie du soleil, quelque chose de la vraie nature des choses (ça chélidoine, ces trucs-là) (je ne savais pas le faire, mais je crois que c’était dans ces eaux-là qu’elle s’en allait, Maryse, alors ces fleurs, ces décors de maison, ces senteurs suaves et gaies, tout cela sera pour elle comme pour TNPPI) (ici l’arbre d’où elles viennent)

 

Perlimpinpin aux Batignolles

 

 

On dit souvent qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie, et c’est vrai (on c’est moi, je reconnais, mais tout de même, je ne suis pas (si) seul) : il y a aussi la chanson (et l’agent, bien sûr…). Toutes les chansons du moment où elles sont ce qu’elles doivent être (alors j’aime d’abord Ella et Amalia, puis Cesaria (beaucoup), puis d’autres encore, comme évidemment Barbara, et le film du jour (une merveille qui aime et la chanson, et le cinéma) lui donne à vivre, pour qui, comment quand et pourquoi ? On le sait) (et aussi Georges (qu’elle chantait à ses débuts), Jacques (avec qui elle jouait au cinéma) et d’autres encore). On aura donc deux images (plus une d’elle) et une chanson, ici, dans le square des Batignolles (à côté de ce square et de la gare du Pont Cardinet, tant et tant de dimanches passés aux renseignements téléphonés, si tu savais…). On sait bien que rien ne change (puisque tout devra changer) : l’enfance a quelque chose de terrifiant, c’est sa naïveté, sa foi, sa croyance, son obligeance, son amour dédié à, parfois, d’abominables innocences. J’ai aimé mon enfance tout aussi bien, le bleu et le blanc, le reste du monde que je ne connaissais pas, ni les guerres, ni les tortures, ni les terreurs, non, le soleil oui, et la mer bleue au bout de l’avenue. Et j’aime, comme la vieillesse, l’enfance. Vivre. Je lisais tout à l’heure quelque chose à ce sujet, cette aigre façon d’envisager le temps, c’est à rire, les gens il faudrait ne pas le connaître – c’est ce qu’on fait, le plus souvent, et c’est tant mieux pour nous. Je garde par devers moi les douleurs en mes os, celles engendrées par la perte de la mémoire et de celles et ceux qu’on a aimé-e-s, parler de poésie, n’en plus parler, et offrir quelques fleurs, et toutes les chansons.

« Dites-le moi du bout des lèvres/Moi je l’entends du bout du coeur… » dit-elle, chante-t-elle. Quelle merveille, ici ou dans la chanson interprétée par Lou Casa dans le film (Mathieu Amalric, 2017). Et puis Jeanne Balibar dite Brigitte, espiègle (elle passe sur le pont Royal, et moi j’aime le pont Royal, tu comprends…)

gaie et profonde, opiniâtre et tenace, forte et sensible, comme la chanteuse, tout comme elle. C’est vrai, il n’y a pas que le cinéma dans la vie mais heureusement, parfois, il arrive qu’il soit là.

Paroles et musique de Barbara. Lire, écouter, entendre, vivre.

Pour qui, comment quand et pourquoi ? Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ? Où allez-vous ?  Qui êtes-vous ? Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose
Je suis pour le soleil couchant en haut des collines désertes Je suis pour les forêts profondes

Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir entre deux innocences 
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance 

Pour qui, comment, quand et combien ? Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain,  et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles 
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien 
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour un jardin qui frissonne 

Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance.

Contre qui, comment, contre quoi ? Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain, et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour une rose entr’ouverte,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne

Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses
Ne plus parler de poésie
Ne plus parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance

Et vivre vivre passionnément et ne se battre seulement

qu’avec les feux de la tendresse

Et riche de dépossession n’avoir que sa vérité

Posséder toutes les richesses
Rien que la tendresse pour toute richesse…