Décors de murs

 

 

 

On va en mettre un peu partout, histoire de convaincre les futurs acheteurs ou locataires, qui peut bien savoir ?, de cette maison (serait-elle témoin)  du bien fondé de la décoration contemporaine. Elle indique, en effet, un état des moeurs et des actes de ce pouvoir (comme on vote en fin de semaine – pendant le week-end, évidemment – voilà qui donne quelques pistes pour accomplir un devoir civique de plus en plus inepte (enfin, il me semble). Commençons par les fondamentaux (comme ils disent au foot)

c’est un bon début – viennent ensuite les tentatives d’éveil –

le point d’interrogation serait à proscrire – un remède à nos agacements

pour les plus jeunes, cette exhortation

un peu de rire pour nous détendre

le tout pourrait nous détendre, en effet, un tel pathétique provoque un sourire, mais le tragique, le drame l’horreur n’est jamais loin : c’est que la réalité nous rattrape

et ce sont les blessures (on n’a pas encore touché à la sacralité de la mort, mais on n’oublie pas Rémy Fraisse sur les lieux du barrage de Sivens, dont la construction inique a été abandonnée, ni Zineb Romdhane de Marseille, quatre vingts ans – et c’est bien une honte pour ce pays, non plus que l’ignoble saccage des cabanes de Notre-Dame-des-Landes)

et tant et tant de blessés, meurtris, handicapés aux vies déchirées, estropiés mutilés, pourquoi ?

pour rien, pour ne pas entendre, pour ne pas écouter et satisfaire des intérêts immondes – ne rien partager, ne rien donner –

garder la tête hors de l’eau, rire de l’enflure d’alors renouvelée aujourd’hui

continuer quand même à écouter de la musique, aller au cinéma ou au théâtre ou ailleurs, renouveler les émois et garder sa dignité

rire encore et malgré tout – image suivante : (c)Dominique Hasselmann)

et vivre, ce n’est qu’unis que nous gagnerons

que le printemps soit avec nous…

 

en entrée de billet, la lagune de Faro, au sud du Portugal – juste pour le plaisir

Coin Monge-Bernardins

 

 

 

C’est une affaire qui fait le coin de la rue Monge (en son bas, avant la place Maubert) et de celle des Bernardins. Bois au détail et outillage, petite quincaillerie (et grosse sans doute probablement s’il le fallait), un commerce de la rive gauche (à six pas, l’ex-emprise de l’école polytechnique, à douze la faculté alors dite de Paris six Pierre et Marie Curie, entre autres, dite aussi Jussieu aujourd’hui UPMC ou (wtf?) Paris Sorbonne) (on ne sait plus on change d’intitulé afin que les classes moyennes, trop nombreuse à présent, s’y perdent). Trivialement, on dirait que le magasin fait partie de la famille (est un personnage à part entière du film : on ne va pas aller par là). Ici, le voici il y a onze ans

C’est là que ça se passe (le film est un documentaire : il se passe disons quatre vingt quinze pour cent du temps à l’intérieur de l’officine) (c’est un procédé qu’on peut apprécier). Seulement, le lieu est habité : il s’agit d’une entreprise (ici le gérant

). On boucle les fins de mois avec difficultés, de plus en plus. On travaille : un peu les mêmes employés depuis quatre vingt deux (au siècle dernier, y’a tonton qui arrive au pouvoir : il se peut qu’on se range – celui qui tient la caméra est né quatre ans plus tôt – 78 – on ne sait s’il a frères et/ou soeurs – on ne sait s’il y a une mère – on ne connaît pas bien la famille – on s’en fiche à peine – elle est remplacée par les employés, du moins dans ce décor-ci) ici le patron avec Zohra

dès le début du film, elle apporte des pâtisseries, des makrouds (ce qui fait que les choses se resserrent : le deuxième prénom de ma mère, les pâtisseries ourdies par sa soeur – on se retrouve, je m’y retrouve) (le sucre, c’est la douceur) le magasin, il y a dix ans de ça

on y vend des clous, des vis, du bois à la coupe et à la demande – le bois, c’est quelque chose, le servant de ce matériel est portugais, se nomme José, le voici ici qui sourit

ils’agit d’une petite entreprise (« un abri, un parfait abri ») (sur le registre, José est le deuxième nom sur 30 employés – le premier c’est monsieur Jean) qui faisait vivre ce petit monde-là, mais le temps passe; tu sais bien, il y a aussi je crois bien qu’il vient de l’océan indien, quelque part (on s’en fout complètement, on travaille, on s’entraide, on fait avancer le truc) pour moi il s’appelle Mangala et il pleure un peu

comme José tout à l’heure, comme Zohra sans doute, et comme pas mal de clients – c’est que la boutique va s’arrêter (là c’est en 2014

) juste en face, Saint Nicolas du Chardonnet (hips!), l’une des églises les plus pieuses de Paris et de tout l’univers –  Dieu merci, on n’en voit personne – par contre, deux petits jeunes juifs viennent fourguer leur propagande tous les vendredi après-midi – on ne les a pas à l’image, peu importe, ici le patron, donc à nouveau

c’est au sous-sol, il se peut que le magasin soit fermé, on discute, alors soixante huit, et les années suivantes, et la gauche prolétarienne, et l’assassinat de Pierre Overney ? – où en étions-nous ? oui,voilà, dans le sous-sol,  et bientôt, il ne sera plus question de vendre quoi que ce soit ici

cette image date de 2015 (dit le robot), c’est à peu près la date où le chantier du film a commencé – le fils de Jean s’est emparé d’une caméra, a commencé de filmer, a montré quelques rushs à une amie productrice, elle lui indique d’aller se former un peu, il fonce à Lussas (école de cinéma, il n’y a pas que la Femis ou Le Fresnoy dans la vie) (ou Vaugirard/Bry-sur-Marne) (ou la fac) tourne, et encore

juillet 2015 – rien ne change, tout se transforme – on tourne, on interroge, les gens passent, les gens tant de gens, les amis

ça n’a rien de tellement triste, c’est juste le mouvement du monde, on arrête, ça va bien, ça suffit – les clients sont malheureux, car ici on pouvait parler, on pouvait rire ou se plaindre – on ferme (là, en 2016)

« dépêchez-vous messieurs on va fermer » chantait Pierre Vassiliu, un temps où l’idéal existait – voulez-vous savoir ce que c’est qu’un type bien ?

José emporte son établi, ses morceaux de bois, Mangala ne sait pas s’il retrouvera une ambiance semblable parce que « le travail peu importe, on peut faire n’importe quoi, comme travail, l’important c’est avec qui on le fait » – compter un peu beaucoup : son premier franc, c’est ici qu’il l’a gagné, il ne l’oubliera pas – céder à un épicier et s’en aller

trente ans d’une vie, s’en aller – liquidation totale, stock bazardé, dernier verre entre amis, un film qui restera pour que ça ne disparaisse pas trop vite – un type bien, un commerce de proximité comme on dit de nos jours, allez on ferme – ça ne fait rien, on s’en va – un peu de la vie, un peu de la joie de vivre – nos quartiers meurent, bientôt  : alors faites en sorte qu’ils revivent, vous autres, jeunesses et passionnés – on s’en va – et les affaires reprennent

 

68, mon père et les clous, un (magnifique) film documentaire de Samuel Bigiaoui.

L’Arche

 

on commence comment ? je vais peut-être aller chercher une image de l’auteure – c’est Laurence Cossé, en entrée de billet, interrogée chez Mollat – ou alors je ne sais pas – c’est qu’on est dans une situation difficile – vingt cinquième/sixième samedi, malgré les blessures, les morts même, les gens estropiés, énucléés, meurtris par une police qui semble autonome et livrée à elle-même – elle fait ce qu’elle veut, ainsi que d’autres durant la dernière guerre, les policiers sont sans aucun doute drogués, le pouvoir ment tant et plus – c’est difficile – je me dis souviens-toi pinochet, le bouton de nacre et les rails qu’ils accrochaient aux morts pour les faire disparaître dans le Pacifique – non, je lis, je travaille, j’ai peur et je tente de me terrer… Parfois c’est la honte qui me prend, c’est que je tiens à ma vie – tant que ça ? la liberté ou la mort, disaient-ils il y a deux cent trente ans – il faut bien écrire et lire, il (me) le faut bien – cette histoire-là, comme on dit, c’est une histoire vraie (il n’y a pas que du cinéma dans la maison) . L’homme dont il est question est mort de maladie, quelque chose d’assez fulgurant semble-t-il – mais comment saurait-on la date du départ de sa maladie ? 

Il s’agit d’un architecte danois nommé JOS – Johan Otto von Spreckelsen (1927-1987) – on l’appelle Spreck si on veut – il a gagné le concours international d’architecture (lancé par Mitterrand qui voulait faire de grands gestes – 424 réponses, un seul gagnant) pour construire ce qui ne s’appelait pas encore « La Grande Arche de la Défense » – comme de nos jours. C’est une affaire terrible, mais je préfère ne poser que des images de ce qui s’est passé, des gens, peut-être – et de la fin de l’histoire – trente ans plus tard… Beaucoup sont morts, on n’y voit pas beaucoup de femmes, c’est l’architecture qui veut sans doute ça.

Par exemple, voyons ici Jean-Claude Subileau (né en 1943 – 43 ans sur l’image à peu près) (urbaniste, il bosse toujours (sans doute moins) semble-t-il, dans son agence)

(image tirée d’un film de l’ina, du temps où l’arche se construisait – 86 ou 87) (on reconnaît les lunettes à grands carreaux, ainsi que ceux de Chirac qui a pris la place du Fabius à Matignon) (SEM société d’économie mixte – soit privée et publique  alias PPP – partenariat public privé – organisme chargé de finir de mettre au point et de construire l’arche). Un autre exemple, Paul Andreu (1938-2018), le bras droit français de Spreck (c’est grâce à lui si l’arche se terminera)

c’est cette idée-là, de montrer des portraits qui fait son chemin – en faire des témoins – il y a eu aussi Robert Lion (qui dirigeait la banque laquelle finançait quand même, au début avec l’appui de l’Etat, ensuite sans…)

c’est cette idée-là, je ne vais pas raconter le livre (qu’il faudrait lire) (peut-être) (c’est difficile ces histoires de billets, un peu pour faire vivre cette maison, serait-elle témoin – un peu pour dire ce qui se passe dans l’intérieur de ma mémoire – ici la faute à une émission de radio) (il faudrait aussi l’écouter) on met des images, on a mal au ventre des cynismes dont a fait preuve le pouvoir – on ne va pas mettre d’image de tonton (1916-1996) (peut-être celle-là quand même

où on le voit à peine mais sa chemise porte ses initiales (est-ce d’un autre temps ? d’autres moeurs ? on voyait il y a peu l’autre minuscule avec ses boutons de manchettes qu’il commence à cacher – on voyait il y a un peu plus de deux ans le champion d’un autre groupe confondu par ses costumes) (on en parlait ici – images à l’appui) (il faut cesser de se poser des questions parfois peut-être).
C’est une erreur : on en mettra une autre du monarque socialiste (comme il disait). Dans le même film on découvre ces travaux-là

d’un peu loin, approchons

on en finira dans les temps (Spreck aura été emporté par un cancer, après avoir jeté son contrat aux orties – enfin une partie seulement – en 1986 – sa femme, ses trois enfants – déjà âgés alors – laissés à la solitude du royaume du Danemark) de nos jours, vue de Nanterre

rendre compte, mais de quoi ? de l’inanité de la parole humaine, peut-être – je ne sais pas bien, il est à peu près certain cependant que l’architecte

qui sourit ici est mort de chagrin – ou de dépit, emporté par ses idées franches et loyales, tombées dans cette cohabitation à la française comme on dit – à trente ans d’ici, inauguration en grandes pompes en juillet 1989 – tonton de retour – deux cents ans plus tard, tu sais bien – cet immense bâtiment

vu d’ici, c’est magnifique, il semble – le truc en forme de voile, peut-être pas tant que ça

il faut que j’en termine, des idées de lutte et de volonté de nuire – qu’en a-t-il de plus aujourd’hui, cet homme, après deux mandatures à la tête de l’État ? – ces turpitudes immondes – sur les images il fait beau, et les gens sourient, souvent –

(ici, les travaux de rénovation sur le pan nord) celui qui restait droit dans ses bottes, cette époque-là des attentas de la rue de Rennes, et autres – un peu plus de trente ans – ça avait l’air d’une espèce de rigolade, cette cohabitation – peut-être simplement ne la voyait-on que de notre fenêtre –

cet axe dit historique – cette défense (à cette place se tenait une statue un peu du genre de celle qu’on voit place de Clichy, de nos jours) – zoom arrière

on omet de parler du repris de justice qui faisait pluie, beau temps grêle et gel alors sur ce parvis – mettons une image quand même, ne le citons pas (on s’en voudrait de manquer un aussi beau cliché d’un aussi beau couple dans une aussi belle position)

(hein, qu’est-ce t’en penses ?) – que de célébrités – on s’est encore écharpé pour les travaux de rénovation (le marbre qui venait de Carrare n’était pas de la meilleure qualité, ou non traité ou sans égard enfin, des millions de types en costumes cravates passent repassent vont vaquent viennent dans ces parages – cette espèce de zone industrieuse à l’ouest (qui n’a, de ce fait, que ce qu’il mérite) de cette capitale – ville lumière, my foot – banlieue, métro – grand Paris de nos jours, milliards d’euros et crocs qui rayent les planchers…

Terrible…

Au fond,tout au fond – une pensée pour Spreck, allez

Une dernière (qu’on a piquée à la radio) où on voit la différence magnifiquement captée des attitudes de l’illustre tonton sphinx (ce qu’on peut lui en vouloir à celui-là), l’architecte heureux, le sinistre de la culture de l’époque qui pense à sa bastille sans doute – terrible…

 

 

La Grande Arche, un livre de Laurence Cossé

 

 

Radio cinéma

 

 

 

(il me semble bien que je l’ai déjà fait, ce plan avec Blow up) (c’est une émission que je regarde parfois sur youtube) (c’est que j’ai pas la télé) (c’est quand même dans le salon que ça se pose ce genre de truc – quoi que la radio, c’est plutôt un peu n’importe où) (partout en réalité) ( et surtout ça laisse un peu les mains et l’esprit libre) (on peut faire autre chose avec les yeux je veux dire) (ça n’engage à rien) (c’est la radio) (bon ça va comme ça) cette émission parle de la radio au cinéma – j’ai pris quelques unes des images (y’en a 9, mais ça ne fait que 8 films) (il s’agit d’une émission de montage un peu comme ce que fait le Président Pierre Ménard Liminaire tous les quinze jours, si j’ai bien compris) parce que j’aime les films qu’elles me remémorent – on fait ce qu’on peut – et que j’aime bien parler de cinéma – c’est ce que je fais ici, de temps à autre, le mercredi, ça nous change un peu – peu importe, c’est le printemps – ce n’est pas que je sois désespéré tu comprends bien, mais enfin quand je vois et j’entends que les plus grosses fortunes du monde donnent un peu de monnaie pour reconstruire un bâtiment brûlé, je trouve ça merveilleux, certes, mais fiscalement très avantageux pour elles – ce qui fait que j’étais déjà assez malheureux comme ça, mais que ça continue et que j’en ai ma claque de cette façon de faire des grandes fortunes sur le dos de qui, je te/me le demande) laisse, et commence (l’image d’entrée : Sacrifice Andreï Tarkovski, 1986)  ici c’est un film de Costa Gavras, « L’aveu » (1970) (il y a Yves Montand aussi) (les guillemets pour les titres des films, c’est une habitude ou une obligation, me demandé-je fréquemment)

c’est Simone Signoret (nostalgie mais je me suis trompé, en réalité, je me disais c’est « l’Armée des Ombres » (Jean-Pierre Melville, 1969) – mais non, je ne crois pas – c’est difficile à dire – là une image de ce film merveilleux (je le croyais en noir et blanc, mais non) (sans compter les majuscules aux titres, alors là)

L’ARMÉE DES OMBRES

ça ne fait rien, je continue mon exploration (exploitation) de cette émission, et je tombe sur ce DJ aveugle nommé Super Soul qui guide Kowalski tout au long du film – Kowalski, ex-pilote de course, qui doit convoyer une voiture traverse du nord au sud les Etats Unis (« Vanishing Point », Point limite zéro en français, Richard C. Sarafian, 1971) (un de mes films favoris quand j’avais 20 ans) (après ça s’est tassé) (mais je ne l’ai pas revu depuis – ça veut dire « Point de fuite » si tu traduis le titre d’anglais en français)

je me souviens (j’aime me souvenir) de Robin Williams (il s’est tiré, lui) (Simone et Yves aussi, tu me diras) (pour Clivon Little qui joue le DJ, on me dit aussi) Robin Williams donc qui crie « Gooooood Mooooornig Vietnam !!! » ce que j’ai adoré cette façon de dire merde à l’uniforme, l’armée, l’imbécilité, tu te souviens ?

avec ce sourire, cette joie de vivre – et la guerre… – ce sont des films qui restent, ils sont là, un peu comme les images dont on rêve, moi j’ai cette impression, un peu aussi comme certaines musiques, certaines chansons tout autant, des choses qui sont là, qu’on entend, qu’on écoute et qu’on regarde (là, c’est Shock corridor  Samuel Fuller, 1963) c’est pas dans l’émission, mais tant pis

) c’est là, un pli une lettre une enveloppe, c’est à l’intérieur de nous – ça nous accompagne, ça nous rassure et ça nous aide parce que le monde réel est si présent aussi, on veut s’en détacher un peu – je me souviens de cette image de Michel Piccoli dans « Habemus papam » (Nanni Moretti, 2011)

ou celle-ci

ce pape qui refuse l’uniforme – se battre, peut-être – à nos âges ? – j’aime ces histoires-là – ici j’ai pris cette image

pour me souvenir que Georges Perec faisait du cinéma, ça me réconforte – je me souviens aussi de Robert Bober, et de son film (Récits d’Ellis Island, 1979) et aussi de son « En remontant la Villin » (1992) dix ans après la mort du Georges – adaptation et dialogue

« Série noire » (Alain Corneau, 1979) non pas que l’artiste (je ne sais pas les comédiens, les acteurs sont-ils des artistes ? je ne sais pas) Patrick Dewaere me soit quelque chose pourtant, mais dans ce film-ci, oui, c’était l’année du début des études de cinéma – oublier, reconnaître, le monde tourne – sans doute quelques regrets – mais ils ne me sont de rien – ici un vieil homme

« Umberto D » (Vittorio de Sica, 1952) déchirant (Carlo Battisti…), je ne sais plus ce que fait ici cette image, peut-être vient-elle d’ailleurs, mais c’est l’Italie qui revient de tellement loin – l’Italie, oui – ces temps-ci elle semble retourner vers ces démons – je préfère aller au cinéma, c’est vrai –

cette image-là, où Charlie Chaplin se rend compte que la dictature et la démocratie empruntent les mêmes voies (les mêmes voix : celles de la radio) et ce désespoir qui se lit sur ses rides (Le Dictateur, Charlie Chaplin, 1939) – la conscience ne suffit pas, il nous faut l’action aussi : alors faire, et encore et continuer…

Pour finir comme il faut, cette image de Christopher Walken (un des acteurs fétiches du chroniqueur) qui danse dans ce clip d’un DJ (clip réalisé par Spike Jonze – ici à regarder – réalisé en 2000)

il dort, puis se réveille en rêve puis danse et se rendort… Et il se réveille parce que bien sûr et d’abord, sans doute peut-être, je ne sais pas bien, mais la radio diffuse de la musique  (première à éclairer la nuit…)…

 

C’est ça l’amour

 

 

On avait aimé Party Girl où Catherine Burger travaillait avec une de ses acolytes femissiens (Marie Amachoukeli) et Samuel Theis (qui tenait un rôle à l’écran aussi). Ici aussi, nous serons à Forbach (ville du nord est de notre beau pays), et nous suivrons une histoire de famille (le cinéma français a ses thèmes ou ses genres : ici, l’un d’eux donc). A l’image, on trouvera Julien Poupard aussi : une espèce de groupe (l’union fait, aussi, la force). Dans l’image, on croisera la directrice de production (elle interprète la mère), la décoratrice (elle est la supérieure hiérarchique du père, lequel bosse en préfecture), la directrice de distribution (dans le rôle d’une camionneuse en short) (je n’aime pas le mot « casting »). L’amour des acteurs (une direction amoureuse, oui) et un scénario comme on aime : l’éveil la recherche la vraie vie un petit peu (je dis ça parce qu’il y a de l’autobiographie dans l’histoire : je me demandai de qui – la plus jeune, Frida ou l’aînée Niki – j’ai pensé Frida… (quelqu’un pour répondre dans la maison ?) il paraît que la maison est celle du père de la réalisatrice, lequel ressemble au sien comme je lui ressemble moi-même – une même histoire, un même amour des enfants, une joie de vivre et de partager)

L’histoire d’un père (Bouli Lanners, adorable)

et de ses deux filles (la blonde Frida (ici doublée), la brune Niki) (Justine Lacroix, vraie; Sarah Henochsberg, en acier – magique sûre et loyale)

dont l’épouse (la mère) (Cécile Rémy-Boutang, vibrante et lumineuse) est partie vivre sa vie (comme disait JLG)

Un éclairage de cette difficile passe

pour les filles

comme pour leurs parents, mais puisque c’est ça, l’amour (sans interrogation)

sans doute parviendront-ils (ensemble) à maîtriser l’incendie

Amours, tendresses, désirs, joie de vivre et confiance aussi – danser chanter et croire en notre humanité.

 

C’est ça l’amour, un film de Claire Burger

Cléo

 

 

Repasser en une ce billet sur Cléo (cette merveille) (entendu dans le poste madame Varda indiquer que le film s’appelle « de 5 à 7 » alors qu’il ne dure qu’une heure et demie « peut-être pour donner un côté coquin » au titre. Peut-être). En tout cas, vendredi dernier, je crois bien vers 11 heures, on apprit la mort, le décès, le départ vers d’autres cieux cinémas histoires de la réalisatrice qui tapait les quatre-vingt-dix printemps quand même. On avait vu Visages, villages il y a peu . Sans doute faut-il que les choses se passent – je ne sais plus, je crois que j’ai vu pour la première fois un film d’elle au début des années soixante dix, « La pointe courte » c’est certain, la date il me semble – je me trompe sans doute, peu importe. En une espèce d’hommage, et aussi à cause d’Anne Savelli qui  a écrit le magnifique Décor Daguerre (éditions de l’attente, 2016)  dont on parlait aussi ici et ailleurs, enfin disons que les choses passent, et se passent; les films et les livres resteront, sans doute – qui peut dire cette certitude..?

Par ailleurs, ou dans un même mouvement, lecture à la librairie La Petite Lumière, vers 19h le 10 avril (c’est mercredi prochain et 14 rue Boulard, Paris 14 métro Denfert-Rochereau) de quelques parties de ce Décor Daguerre.

Sur l’image d’entrée, madame Varda entourée de JR et M (à Cannes, il y a bientôt 2 ans je crois bien)

 

 

 

 

Les paroles de la chanson sont de madame Varda, la musique de Michel Legrand (si on osait, on poserait une note de bas de page avec : il faudrait comparer les paroles de cette chanson-là avec celle-ci des Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964) – souviens-toi « non, jamais je ne pourrais vivre sans toi… » etc….) (depuis longtemps Jacques Demy y pense): ici Florence dite Cléo (ainsi qu’Arlette était dite Agnès) (Corinne Marchand, magique)

(j’aime assez « les Moulins de mon coeur » du même musicien) (c’est autre chose, mais c’est important – par ailleurs) (par ailleurs d’ailleurs, ce billet devrait prendre place sur l’Air Nu, pour ouvrir la rubrique « la ville au cinéma » que je tenterais de nourrir durant les années qui viennent 19/20/21 etc) (c’est ainsi qu’on aime envisager les choses – on posera les liens, à mesure et au fur que les choses se dérouleront)

Le film date de 1961, Agnès Varda a trente trois ans, Michel Legrand n’en a pas trente. Illustrant les paroles, des images du film, ci-dessus Corinne Marchand de profil, qui chante lors d’un Discorama (je suis content de réunir tout ce monde dans un billet) de madame Denise Glaser (une autre image en couleur, montrera aussi le domicile de Cléopatre – dite Cléo – 6 rue Huygens, Paris 6). L’un des plus beaux films du monde, quand même il serait français (ou parce que) (quoi que madame Varda naquit à Ixelles, banlieue de Bruxelles, j’aime beaucoup savoir ça), je n’avais pas dix ans (je l’ai vu plus tard, t’inquiète) (plusieurs fois, certes : il m’avait semblé, à la première vision, que la maladie était plus bénigne – une autre fois, qu’elle attendait de savoir si elle était enceinte : les souvenirs, ah Cléo – Florence Victoire, quelle merveille – ils s’évaporent, changent, se muent, et nous restons avec eux, semblables, différents, nos rides et nos yeux et nos sentiments qui parfois nous mentent) (encore à nouveau, le rôle tenu par Antoine était, dans mon esprit, tenu par le prince rouge de Peau d’Âne (Jacques Demy, 1970) le jeune Jacques Perrin – il avait alors vingt ans, et se nomme/ait Simonet – comme le temps change – il a adopté le pseudonyme de sa mère – non, donc, ce n’était pas lui…). On notera aussi que le film se déroule de 5 à 7 mais qu’il ne dure que quatre vingt dix minutes (une demi-heure – comme le condamné à mort – s’est échappée).

Tout commence vers 5 heures, par la visite à la voyante Madame Irma (Loye Payen dit wiki) (j’adore) (elle reçoit rue de Rivoli)et son mari (ne dit rien, non crédité) – on annonce que la mort rôde… –puisles chapeaux, et vient le voyage en taxi (une Déesse conduite par une femme : Lucienne Marchand, peut-être est-ce la soeur de Corinne, je ne sais), l’épisode des étudiants aux Beaux-Arts, et l’arrivée à destination. Ce sont les rues de Paris. Ici, le 6 rue Huygens.Un peu de pathos, certes, mais aussi une mue de cette charmante blonde, elle dit suite à ce plan« je vais m’allonger maintenant que je me suis allongée » (sa peut-être secrétaire gouvernante Angèle (Dominique Davray) à l’arrière plan  qui rit) , elle va recevoir son amant José (José Luis de Villalonga), puis chanter cette chanson lorsque Bob(Michel Legrand donc, à droite le Plumitif Maurice (Serge Korber)) lui indiquera de commencer. C’est après cette chanson qu’elle entamera sa mue (ôter sa perruque, se changer de blanc en noir, j’illustre ensuite, vous verrez)

Ainsi les paroles :

« toutes portes ouvertes /en plein courant d’air/je suis une maison vide/

Sans toi sans toi

comme une île déserte/ Que recouvre la mer/ Mes plages se dévident/

Sans toi sans toi 

Belle en pure perte/ Nue au coeur de l’hiver/ Je suis un corps à vide/ 

Sans toi sans toi

Rongée par le cafard/ Morte au cercueil de verre/ Je me couvre de rides/

Sans toi sans toi

Et si tu viens trop tard/ On m’aura mise en terre/ Seule laide et livide/

Sans toi sans toi

Sans toi » 

« Non, dit-elle, seule, laide livide, non !! »

Elle se change (elle sort)et la rue,  et les hommes sur le pas de la porte qui la suivent des yeuxsuivre la rue, effrayerles pigeonsça c’est Paris (et puis aller, marcher) (boulevard Edgar Quinet, l’avaleur de grenouilles, le type qui se perce le bras de son aiguille (un poignard javanais dit le scénario), les gens les cafés les gens les gens…) retrouver son amie Dorothée (Dorothée Blanck) qui pose nue dans un atelier de sculpture, s’en aller(la décapotable (on pense à la voiture amphibie des Rendez-vous de Juillet, évidemment ( Jacques Becker, 1948), les bobines de film…)le cinéma où officie le projectionniste , l’ami l’amant Raoul (Raymond Cauchetier, aussi crédité au générique comme photographe de plateau – on se souvient, à cette occasion, des débuts d’Agnès Varda en photographe de plateau des scènes de Jean Vilar, quelques années auparavant), on y donne « Elmer Gantry le Charlatan » (Richard Brooks, 1960) (et aussi en avant-programme sans doute, « Les fiancés du pont Macdonald » tourné à la Villette) le cinéma de la rue Delambre (Oh Burt…!), non loin de cette gare Montparnasse (lien vers le Montparnasse Monde) (et tout, souvent, illustré de ces gens)puis viendra l’épisode la scène la séquence du parc Montsouris (non loin de là, mais il n’y faut voir que des souvenirs réorganisés, mais quand même, malgré tout, là vivrait – quelques années plus tard – Coluche, non loin juste au dessus et de la prison de la Santé et de l’hôpital Sainte Anne juste là, le réservoir)Cléo seule (sans personne, livide…) et puis voici qu’apparaît Antoine (Antoine Bourseiller – à la ville, le père de la fille de madame Varda, Rosalie)le filigrane indique la guerre d’Algérie (début des années 60, Edith Piaf qui manque sons suicide, la guerre d’Algérie qui revient comme aux Parapluies…), on parle on se raconte, la maladie, l’engagement, la vie et la mort, quelque chose dans le regard de Cléo qui indique une espèce de chemindescendre ensemble le boulevard de l’Hôpital, à deux plus rien n’existerait ? – il me semble me souvenir qu’il s’agit du 67 – et dès lors la ligne – comme la 29 de Jacques Roubaud – garde sur elle – ou la 91 de l’Employée aux écritures – toute la profondeur des rues de Paris – on arrive, on croise le médecin (on lui donnerait bien quelques gifles – finalement non, la mort s’éloigne vite)il faudra se soigner, sans doute, mais il est déjà 7 heures, raccompagner Antoine par le pont d’Austerlitz (on se souvient aussi de « L’Homme de Rio » (Philippe de Broca, 1964) parce que, aussi, Françoise Dorléac…) (mais on se souvient aussi de Charonne, et de ces moments de guerre) qui s’en va à la guerre, pacifier… Il reviendra, Cléo…

 

Cléo de 5 à 7, un film d’Agnès Varda.

 

Pour l’amour de la musique

 

 

je ne sais pas bien pourquoi la musique et Doisneau ont été mis en exposition, sans doute parce que celui-ci aimait assez celle-là pour être engagé à aller couvrir comme on dit quelques concerts – son amitié avec le violoncelle et l’un des ses plus fervents adeptes, Maurice Baquet, a du faire le reste – j’imagine.

Robert Doisneau Neige à New York

image trouvée, les rues de New York, la neige, le gag. Le lieu est le musée de la musique, dans la cité du même nom, dont on a changé le titre – mais ce lieu-là, je le préfère avec son titre ancien.

L’exposition montre des personnages que j’apprécie je pose mes photos ainsi que je les ai prises – j’en fais profiter un peu cette maison qui me semble de plus en plus vide – décorons, soignons nos effets, tentons d’habiller murs espoirs et esprits.

Il fait toujours beau quand on entend de la musique et des chansons… Désole du flou, ici c’est Germaine Montero – derrière elle Vladimir Cosma – elle sourit chante sans doute, il joue du piano quelque chose de la pause, pourquoi pas ?

Vient ensuite Jean-Roger Caussimon – à la Rose rouge – de près

puis de plus loin (ce sont ses manches courtes qui me plaisent – mais lui aussi que j’aime)

et dans le même cabaret (si je ne m’abuse) les frère Jacques

troublé comme La Calas (quel hommage mets-je ici, c’est pour ne pas oublier, Maria, seulement – pardon, pardonne-moi)

(on la reconnaît à peine, cette divine mais on devine un peu de sa grâce – je me souviens d’elle avec Pasolini à l’arrière du bateau – et de la fin de sa vie si triste dans ce Paris d’alors) (j’ai oublié je préfère j’ai oublié ces voiles ces tentures ce refus de la lumière – j’ai oublié) ici

adoré le costume de Vincent Scotto, l’homme aux quatre mille chanson –

vu Fréhel une dernière fois

(au bal des Tatoués – les Escarpes, place de la Contrescarpe) et j’ai sauvé ce cartel informatif

Viennent ensuite des plus contemporains (j’ai laissé Charles Aznavour, sur le tournage de « Tirez sur le pianiste », Juliette Gréco qui avait encore son nez comme disait la chanson et les Rita Mitsouko, comme Jacques Higelin dans le parc) ici le fils de Marc Chagall

David McNeil, cette image de Pierre Schaeffer qui évoque tellement le type qu’il était

cette autre de Thomas Fersen (c’est aux puces de la porte de Vanves)

et enfin celle-ci de Sapho

(on ne la reconnaît guère)

Enfin, tant pis, Robert Doisneau a tiré sa révérence à la fin du siècle dernier (1994) – la photographie comme on l’aime, un peu dans le genre de celle de Willy Ronnis.

 

La mémoire de l’eau

 

Il ne s’agit pas d’une obsession, mais ça hante. C’est une affaire personnelle, certainement, mais depuis longtemps, elle se tient là, et il a bien fallu s’en saisir. A chacun des passages ici, la question se pose : pourquoi, sinon faire vivre cette maison afin qu’elle témoigne de quelque chose – et c’est du cinéma (j’ai tordu la consigne du lieu, mais tant pis). Il n’est pas question d’essayer de tenter une comparaison entre les films ou les billets – ça ne se compare pas, la comparaison (le bench marking, ce terme magnifique qu’on doit à la science du marketing – ce terme magnifique – on tient en magasin aussi le reporting qui lui aussi… enfin toute cette glaise poisseuse qui fait la communication) la comparaison, donc, c’est la porte ouverte à l’efficacité, la performance, et je crois, la mort : je ne tiens pas à l’ouvrir. On a cependant parlé ici du film de Costa Gavras, Missing (le billet porte le nom d’un des massacrés dans le stade de Santiago, en soixante treize – Charles Horman). On a parlé ailleurs de ce pays (pendant le week-end et un atelier d’écriture). On connait les ennemis, ce sont l’oubli, l’ennui, le lissage de la mémoire. Alors, on se bat.

 

 

Il s’agit d’une histoire d’eau – et d’une histoire de mémoire. Ce n’est pas une histoire, c’est l’histoire – je ne lui mets pas de majuscule parce que ce genre de truc n’en a pas besoin : il s’agit de quelque chose qui se fait, qui se raconte peut-être, qui finit par s’oublier. L’humanité dans toute son horreur, exactement.

Il s’agit d’un film documentaire, c’est-à-dire qu’il raconte, disons, une histoire vraie. La vérité, c’est un peu comme la mémoire, ça peut s’user si on l’oublie. Par exemple, c’est une date fatidique dans l’histoire du monde. De quel monde ? Une date exceptionnelle : la chute d’un régime, un coup d’état militaire, le bombardement de ce qui se nommerait chez nous le palais de l’Elysées : des avions de chasse le survolent et lancent des bombes. C’est ainsi que les choses se sont passées, le onze septembre mille neuf cent soixante treize. C’est au Chili, au bout du monde; de quel monde ? (1)

C’est une histoire d’eau

il s’agit d’un film documentaire, réalisé par Patrizio Guzman (j’ai longtemps cherché le compte-rendu de son passage au Jeu de Paume,un jour à l’invitation de, croyais-je me souvenir, Christian Delage mais je me suis trompé, sans doute). Même si on ne l’utilise pas, la mémoire s’use, il faut faire attention.

Le Chili est un pays qui possède plusieurs milliers de kilomètres de côtes, il est bordé par l’océan Pacifique, et en arrivant là, bien sûr, les colons ont chassé, tué, terrorisé, abattu, torturé, anéanti la civilisation qui leur était antérieure. L’histoire de ce film est faite de ces gens (il en reste quelques uns, ils parlent encore leur langue, ils ont toujours une mémoire) : ici l’une d’elle Gabriela

le réalisateur lui demande de traduire des mots, et lorsqu’il lui demande « Dieu », elle sourit et lui dit non de la tête. Tout est dit, sans doute.

C’est un pays, c’est l’histoire d’un bouton de nacre : celui qu’on a offert à l’un de ces Patagoniens – on l’a ensuite appelé Jimmy Button, on l’a rapatrié au Royaume-Uni, on l’a civilisé, toutes choses qui sont des atteintes destructrices majeures de son identité, pour un bouton. Massacre, génocide, tuerie : passons à notre contemporain. Le général prend la parole, martial  et fier de lui, de sa force, de ses armes et de ses hommes. Ils remettront de l’ordre dans cette nation qu’ils aiment. D’abord, ils auront tué Salvador Allende.

C’est l’histoire de ces gens qu’on tuait, et dont on lestait les corps avec des morceaux de rail (on met en scène cette ignominie, pour ne pas oublier), cette histoire, là, les corps mutilés et torturés, écrasés sous des blocs d’acier, ceints de fil de fer, enfermés dans des sacs en toile et précipités ensuite dans l’océan Pacifique, dans l’eau. Pour qu’on ne les retrouve jamais. Effacer leur mémoire et leurs vies. C’est l’histoire de cette eau, qui sans doute, on le croit, on le pense, se souvient.

On connait la fin, le but avoué, des milliers d’opposants torturés massacrés, mis à mort, tués . On ne retrouvera jamais leurs corps. On se souvient du stade, on se souvient de la fin de ce général, malade et recueilli par le Royaume-Uni, où on cachait l’ordure dans une clinique. Dans l’eau restent encore les morceaux de rail (voilà quarante cinq ans qu’ils gisent). Les retrouver, les repêcher, c’est le but de la justice, ensuite à la fin du siècle dernier, retrouver ces traces, ces preuves des actes de la nature humaine. Et fiché dans l’un de ces rails

ce bouton.

L’eau se souvient.

 

 

(1) il y eut comme on sait un autre onze septembre – il y en a tous les ans, c’est sans doute immuable – on a la faiblesse de croire que ceux (y’avait pas de femmes, tiens) qui ont commis cet attentat contre le centre du commerce mondial (rien que ça, en même temps) ne voulaient pas honorer les Chiliens, et ceux qui ont péri sous les coups, les tortures, les balles. Il ne fait aucun doute, cependant, que l’agence CIA est pour beaucoup – peut-être pas pour tout – dans le meurtre de Salvador Allende et de la démocratie chilienne de l’époque (comme des meurtres de tant d’autres). Cependant encore, cette démocratie renaît.

Cette chanson (sans grand rapport mais quand même) en hommage à tous ceux-là.

Le bouton de nacre, un film (splendide et) documentaire de Patrizio Guzman (2015).

les couleurs de Douchanbé

 

D’un voyage à l’autre #4 : espèce de série inspirée disons des voyages effectués par O.Hodasava sur son site Dreamlands virtual tour.

 

Douchanbé, c’est une localité du Tadjikistan – c’en est même la capitale – (ou Dushanbé) – Asie centrale, ex-union des républiques socialistes soviétiques – en gros c’est là

 

c’est pour qu’on se repère (en vert) – les billets de Dreamlands virtual tour sont, depuis quelque jours, orientés Asie Douchanbé pourquoi pas – on parle aujourd’hui de ce que d’autres pourraient voir là-bas – je suis coutumier du fait  (il s’agit de la quatrième recension des diverses recherches que j’entreprends le matin, vers sept heures trente quelque chose) (en semaine) – on aura ici, oules 3 premiers billets de cette affaire – en vrai c’est donc la capitale (je croyais que c’était Tachkent mais je me trompais – c’est celle du voisin, l’Ouzbékistan) (il s’agit d’un pays sans mer) l’hiver il y fait froid – la voiture robot n’y passe évidemment pas – le capitalisme a ses propres fantasmes comme on sait – ce sont donc des images réalisées par quelques personnes j’imagine – je ne sais pas lire l’alphabet tadjik (j’imagine qu’elles et ils parlent tadjik) (un peu comme le russe je suppose – j’en sais rien) – il y en a du reste un bon paquet de ces images réalisées par un gonze qui va en vélo (ou une gonzesse, j’en sais rien non plus) (quoique le vélo, comme on le voit là, gauche cadre, soit plutôt marqué masculin – bof mais quand même)

quatorze images donc de ce lieu (ici réparer son vélo), de ce que j’en ai plus ou moins retenu – il y a des couleurs surtout – et peut-être comme toujours, je n’irais jamais là-bas – le peut-être est quasiment certain – qui peut dire ? je n’ai pas le temps, j’ai des trucs à faire – on ne va pas non plus mourir tout de suite – avançons, voulez-vous ? ce qui est sur le mur d’une salle de sport (pas mal de salle de sports muscu truc à la con mais peu importe – l’âme slave le corps quelque chose ? peut-être bien – en tout cas ceci

un mec un vrai (à pleurer ? peut-être, qui sait ?) – se faire couper les cheveux (traitement d’image du coiffeur et non de l’auteur du billet)

(c’est moi, ou ça vous a quelque chose de semblable ?) ( c’est moi, certes) c’était l’intérieur, passons au patio

(je ne connais pas signification de ce signe droite cadre, petit doigt levé (tant que ce n’est pas le majeur) quelque chose de la couleur – entrez, par ici (ils’agit d’un autre restaurant)

une espèce de carnet de voyage, un passage dans le temps et l’espace – je passe, je m’en vais – c’est imaginaire, c’est collaboratif, c’est enrichissant – j’avance, je mets un disque d’Amalia et puis je continue –

remarquable, sans doute – jardins, rues, chemins, je ne m’attarde pas, je me suis donné une heure avant de reprendre la saisie – j’aime voyager

locomotive à vapeur, char d’assaut pour la victoire finale de l’étoile rouge

il y a une flopée d’images de machin (le chef, le leader maximo, le fürher, que sais-je ? mais j’en mets pas, tu m’excuseras), il y a de la neige et des enfants des jeunes gens

le monde comme il va, mais surtout des couleurs, j’ai aimé, à Duchanbé, les couleurs, les verts de ces murs des arbres de la haie de l’auto

(sous son drap on ne la reconnaît pas, l’arbre cache l’écusson) (une Lada peut-être bien) – les couleurs, ce vert pastel, cet or, ce bleu

celles de cet homme assis en gris comme s’il ne voulait pas être dans l’image, le rouge du mur, la porte dans les jaunes, la veste  et le vert derrière la rampe blanche- qui sait ce qu’on prend en photo ? – le soleil sur le pavé bicolore

il en reste une, je ne sais plus, où se cache-t-elle ?

Ici la sculpture devant l’aéroport international – voici la dernière, au revoir, adieu à bientôt (c’est l’opéra Ayni et presque le monde est déjà parti…) (dans les rouges, fatalement

3 films français

 

 

 

Trois fois sur le métier – trois films français – et pourtant, la nation… – enfin surtout lorsqu’elle est représentée par celui qui nous promet « le pire » – je suis tellement dégoûté de cette tournure – « lorsqu’on va dans des manifestations, on est complice du pire » a-t-il le front d’affirmer – mais n’importe on n’est pas là pour parler de cet ectoplasme en manche de chemise – cependant, il n’est pas douteux que le pire est à venir…

Brisons là, parlons d’autre chose.

Ce sera dans la pièce à vivre, ce sera facile comme une comédie, il n’y aura pas trop de tristesse, pas trop de drame, et la vie, comme un rêve…

Une première avec « les Estivants » (Valéria Bruni-Tedesci dans le premier rôle, une famille riche, des serviteurs, lutte des classes et faux semblants – quelque chose qui nous met mal à l’aise, mais le propos est de comédie, quand même – une fin dans le brouillard, somptueuse – de toutes les manières, VBT on l’aime (elle peut avoir le beauf qu’elle veut – et celui qu’elle a l’est particulièrement) – ça se passe dans sa villa du cap Nègre, sa mère, sa fille et sa tante sont au générique aussi- quelque chose avec les acteurs, formidable)

Une deuxième avec « Tout ce qu’il me reste de la révolution » (Judith Davis, extra) – il s’agit d’un collectif, on se réunit dans une salle de classe mise à disposition par un directeur d’école (l’amoureux qui vient) et on parle de choses qui nous émeuvent : par exemple, on énonce une chose dont on est sûr et certain (quelque chose de magique – vers la fin son beauf gifle sa meilleure amie (photo d’entrée de billet : Claire Dumas, extra aussi)  parce qu’il se laisse entraîner à jouer le rôle qu’il joue dans sa vie professionnelle) (beaucoup de tendresse de nervosité de vérités)

Et trois avec « Deux fils » (ici, Yvan, le cadet – incarné par un Mathieu Capella dont il semble qu’il s’agisse d’un premier rôle)

– à la réalisation Félix Moati, un acteur aussi qu’on avait aimé dans « Gaspard va au mariage » (Antony Cordier, 2017), qui joue aussi dans « Le grand bain » (Gilles Lelouche, 2018) – avec une merveille lorsque la protale du lycée de cet Yvan annonce à son père (Benoît Poolvoerde, en écrivain qui a jeté aux orties son cabinet de médecin) « Yvan traverse un épisode compliqué de sa vie… avec votre cancer » et lui « Je n’ai pas de cancer…  » (il sourit)

– un peu Quatre cents coups (le « ma mère est morte ! » de Doisnel, tu te souviens sûrement), un peu comédie américaine (dialogues ping pong, et drôles et des sous-titres sous l’eau sans qu’on entendent les deux amoureux se parler puisqu’ils ne se parlent pas… – l’aîné (Vincent Lacoste) et Anaïs Demoustier) quelque chose du cinéma, de la comédie, de la légèreté et du rire – quelque chose aussi de la maladie du monde, d’ici, cette France… : on en a un peu besoin quand même (en tout cas plus que de ce « grand » débat enfumant le reste des vérités (on y retourne samedi ?) (euh oui… mais au cinéma)