Jeanne

 

 

C’est un film qui dure un moment, parce que les choses ne se font pas par magie -jamais même si on aimerait y croire, blanche, noire, exceptionnelle ou ordinaire, la magie n’existe qui si on y croit.

jeanne dielman 1

Alors donc je pose ce billet dans la cuisine, mais il pourrait aussi bien se trouver dans le salon

jeanne dielman 2

et cette soupière aurait aussi bien que le cric du début de cette maison pu se trouver encore ailleurs. On y met des sous. Plus exactement, Jeanne y met les sous de son labeur. Qu’en est-il de vivre dans un  monde d’homme ? Qu’en est-il d’être – disons – le jouet de leurs désirs ?

jeanne dielman 3

(« A la semaine prochaine » dit Henry Storck qui interprète le premier michton).

Quoi qu’il puisse en être, c’est une de mes cinéastes préférées, pas seulement parce qu’elle parvient à nous faire parvenir l’essence même des choses

jeanne dielman 4

et ces mains-là, qui s’ouvrent pour recevoir le salaire qui leur est dû.

jeanne dielman 5

Non pas seulement. parce que aussi, le personnage se comporte comme une mère aimant son fils, parce que cet argent là lui servira, à lui. Ils vont au cinéma ?

jeanne dielman 7

Je ne me souviens plus, mais elle le lui donne à lui, son fils, orphelin de père, seize ans, le fruit de ce travail.

jeanne dielman 6

Je ne me souviens plus, j’ai vu ce film lors de sa sortie, voilà plus de quarante ans, je ne me souviens plus exactement, j’ai juste dans l’idée les combats menés par l’actrice qui interprète Jeanne, à l’esprit la réalisatrice de ce film-là, et de bien d’autres, elle a décidé de s’en aller à un moment, je pense qu’elle l’a décidé, on en veut toujours à ceux qui nous fausse compagnie, on avait avec eux plaisir à vivre sur le même monde, mais tant pis, elle s’est tirée, Delphine Seyrig, cette charmante apparition aussi

delphine seyrig

ça ne fait rien, on est un peu plus seuls, sans doute et sans elles, mais n’importe, la vie continue, et lorsque , plus loin peut-être, à nos dernières heures dans ces salles obscures, nous repenserons à elles voyant les fantômes qui restent d’elles sur les écrans, notre vie en sera enrichie et encore et encore

Femmes cinéma addenda Panthéon

Addendum aux addenda : j’apprends à l’instant que Christiane Taubira vient de quitter cet ectoplasme qu’on nomme un gouvernement : ici donc lui est dédié ce billet parce qu’on sait qu’elle incarne quelque chose comme l’état de droit, et que ce quelque chose est désormais une illusion au sein de cette instance qui prône l’urgence et la déchéance.

 

Lola Montès

Affiche Lola Montès

quelque chose avec ce film : Max Ophüls

darrieux ophuls

(et Danielle Darrieux -c’est son vrai nom, elle est toujours parmi nous, comme TNPPI, elle va avoir cent ans, comme Suzy Delair), mais Martine Carol (alias de Marie-Louise Pourer), pourquoi cet accord avec Norma Jean Baker dite Marylin Monroe, je ne sais pas dire, sinon qu’elles sont aussi présentes dans l’enfance et destins tragiques, probablement, les fantômes qui hantent les rêves sont à la mesure de la perte, complète, totale de tous mes livres.

Il y avait Ingrid Bergman

Ingrid-Bergman

« Notorious » d’abord (Sir Alfred, 1946) –Les enchaînés en français, une merveille ) et son livre magnifique, sa lettre à Roberto Rossellini inoubliable, il y avait aussi Claudia Cardinale

claudia et delon

là avec Tancrède mais elle est hors concours parce que (née à Tunis, peut-être) son rôle dans « le Guépard » (Luchino Visconti, 1963), et celui de « Il était une fois dans l’ouest » (Sergio Leone, 1968) ce dernier film étant le premier vu à Paris, en 1972 il me semble (j’aime savoir que le tournage du film s’est effectué entre avril et juillet 1968) (il y a des choses que j’aime savoir et qui n’ont aucun intérêt) il y a beaucoup de fantômes qui hantent les pièces de cette maison (c’est sans doute qu’il ne m’en reste plus), Anna Magnani

rvo 8

qui est ma préférée (je crois) (j’en aime beaucoup d’autres, mais pas de l’amour qu’on porte à sa mère -dans ce sens, lorsqu’elle court et meurt dans une rue de cette « Rome ville ouverte » (Roberto Rossellini, 1945) je crois savoir que c’est de là que je hais la course à pied) (ce qui est biographiquement faux : c’est l’asthme qui m’a fait détester la course à pied, cet asthme qui s’empare de mon inspiration dans des airs un peu poussiéreux), elles sont toutes là, présentes (j’aime assez Honor Blackman, mais c’est dans « Golfinger » (Guy Hamilton, 1964) que j’avais vu au Pax, à Amiens à sa sortie française, je me souviens, la blonde amazone chef d’escadrille

james bond et pussy galor

alias Pussy Galor, souvenirs d’adolescence, qu’y puis-je donc, parcourir la filmographie des actrices, s’enticher d’Ava Gardner

20160127_104549 cette « Comtesse aux pieds nus » (The Barefoot Contessa, Joseph Mankiewicz, 1954) Maria Vargas (rôle pour Rita Hayworth qu’on vient de voir dans « Seuls les anges ont des ailes » (Howard Hawks, 1939) mais qui le refusa « ne désirant pas tourner sa propre biographie » comme dit élégamment wikipédia) et qui, en cela, représente aussi une sorte de parangon de modèle d’exemple de ce vers quoi tendrait toute actrice de cinéma : devenir l’épouse de quelqu’un de noble riche tout en lui apportant alors cette célébrité de ténébreuse pacotille digne des stars) et ici, peut-être, dans ce décor, les faire revivre un peu, leur donner quelques lumières à nouveau reste une tentative d’hommage à la grandeur de ces femmes, à ces batailles qu’elles livrèrent contre l’imbécillité et la brutalité des hommes (encore n’a-t-on pas parlé de la réalité de la guerre, des mafias et autres joyeusetés que ces derniers s’ingénient à produire pour se prouver leur appartenance au genre ou à l’espèce…)

Je m’en vais, il pleut sur le jardin, j’en ai laissé de côté, Delphine Seyrig que j’aime tant clope au bec mais pas là

delphine seyrig

(trames et avatars se sont ligués ici pour qu’elle n’apparaisse que de loin, hachée, tant pis) je pose aussi celle-ci où elle joue dans un film (je ne rajoute pas « idiot » ce serait pléonasme) de vampires (« Les lèvres rouges » (Daughters of darkness, Harry Kümel, 1972)

delphine seyrig et daniele quimet

d’autres et tant d’autres on n’en finirait pas des Monica Vitti ou des Joan Fontaine, Simone Signoret et les réalisatrices Ida Lupino, Alice Guy ou Agnès Varda (et Corinne Marchand donc Cléo) , je laisse de côté aussi les Bernadette Lafont ou Pauline, Anouk Aimée ou Stéphane Audran que j’adule, d’autres Judith Magre ou Jacqueline Maillan que j’oublie mais aime encore, Thelma Ritter ou Jeanne Fusier-Gir et Françoise Rosay, mais n’importe, je m’en vais, sur le jardin tombe la pluie, c’est mercredi, c’est cinéma