Carte postale d’automne

 

 

(entrée de billet : place des Invalides, durant l’inter-réclusion : une soignante qui manifeste protégée par la police de ce pays) (photo dont la publication serait interdite si les chambres votent une loi inique et immonde proposée par le locataire beauvau)

 

il n’est pas question de faillir sous prétexte que les cinémas sont fermés – durant les cent cinquante jours de l’inter-réclusion, j’y fus douze fois – bah ça reviendra on était bien il y avait peu de monde, on riait – et on rit encore (comme le fantôme de Somerset Maugham) (j’ai bien aimé ce garçon-là, surtout ses nouvelles – ça me revient, ici, tant mieux : j’avais prêté cette autobiographie* à un certain R. et il ne me l’a jamais rendue – à sa décharge, c’était juste avant qu’il ne trépasse – je n’imaginais pas qu’il ait eu cette façon de se tenir

entre ici Somerset – je dois continuer (il est né en France à l’ambassade UK pour être anglais (je crois que ça se trouve à côté du palais où loge (pour encore un an et demi mais ce sera tout) (j’ose l’espérer) le cintré bleu et jésuite) – il parlait mieux français qu’anglais, le William, t’as qu’à voir – il me fait penser (va comprendre) à Ian Flemming James Bond et « Notre agent à la Havane » de Graham Greene (il y a eu un film de tiré de ce roman, Carol Reed, 1959) qui réunissait Alec Guiness (sir) et Maureeen O’Hara (on l’a aimée assez dans « Rio Grande » (John Ford, 1950) rousse et charmante) (Hollywood en diable) – j’ai dérapé mais n’importe ici, une carte postale des confins de l’Orne et du Calvados – j’avance en âge, je m’exécute en toussant dans mon coude : sur le chemin, personne sinon des frondaisons, des arbres, du ciel –

oui, c’est à cinq et demie qu’il fait nuit – on n’y voit rien comme dirait Daniel Arasse – quelques images glanées ici ou là pour garder le souvenir de ces moments de stase qu’il faut mettre à profit pour rêver et buller (malheureusement, je dois bosser mais enfin – je passe j’avance) – ici c’est à Lisbonne et celle-ci à son balcon, son nino en main (la photo date de mai 19)

ou est-ce un journal ? une zappette ? je ne sais pas bien, mais en face de chez elle se tient le musée Pessoa (je n’y fus point : partie remise) (image ayant failli illustrer le propos (magnifique) d’Helena Barroso dans le #20 de l’atelier d’été – il y en eut une autre, plus éloignée) des gens qui passent

(en commentaire d’un voyage rêvé et virtuel d’Olivier Hodasava) – où était-ce dis-moi ? c’est à La Sarre Québec – j’attends les livres par livraison (yeah) qui me viennent de chez mon ami libraire à L’Esperluette de Chartes – il y a brouillard ce matin (parfois je confuse : où suis-je, où vais-je ? ici là ailleurs ? je ne sais pas exactement mais je sais que j’y vais, c’est déjà pas mal)

c’est égal, ici on se trouve aux US (l’autre ordure s’est fait virer, c’est déjà pas mal – on attend pour ici, mais attendre, n’est-ce pas déjà accepter ?)

image dronatique – on pense aux milliers de machines de ce genre achetées à grand frais par notre belle police nationale durant la première réclusion (mais oui, les affaires continuent, que croyez-vous donc ?) – on pense à la place de la République avant hier soir (c’est à Paris, le fascisme commence à passer – qu’est-ce qu’on fait ? qu’est-ce qu’on en fait ? on a peur de la maladie, on a l’âge de ses artères) – continuer, ne pas oublier : ici couple d’écrivains magiques Toni Morrison et Edouard Glissant il y a une quinzaine d’années

c’est à ça que ça sert (aussi) la littérature – ne pas oublier, comprendre et agir –

ici le 33 avenue des Champs Elysées (paris 8) (cette avenue fait penser au petit Marcel – il y a un bar où parfois se réunissait le CLAN – se réunira sans doute bientôt, au printemps – qui porte ce nom (sans wifi c’est con) – mais n’importe) je me remémore ces lieux du travail d’alors (fin des années soixante dix – les études de cinéma – les cachets dans les émissions de télé – les ami.es) ( je tente de travailler encore, tu sais) – il y a cette image d’un millième des codes de la page qui correspond à une image de wtf google street view

simplissime – on maîtrise quoi, au juste ? – non, ça ne fait rien, un rédacteur ici aussi ? – je continue, ici encore un paysage

du train qui va d’Athènes à Thessalonique, en passant par Larissa (il y a le piment de Tunisie qui y fait penser, il y a la chanson de Balavoine – mais c’est l’Aziza (qui est le troisième prénom de l’une de mes sœurs) – non mais la Grèce et les amis T. et M. et puis encore encore une de ces deux-là

et puis voilà – rire, s’aimer, se voir et se regarder – se le dire.

 

* : en français l’autobio de WSM s’intitule « Et mon fantôme en rit encore » librement traduit de l’anglais « A writer’s Notebook » – soit « un carnet d’écrivain » si tu préfères

 

Deux fauteuils

 

 

 

dans cette maison[s]témoin, les articles ou les billets ou les posts ou quoi que ce soit d’intitulé d’autre pour ce genre de publications – quand même ce serait une publication – ce que c’est, d’ailleurs, restons sans inquiétude s’il te plaît – ça a commencé si tu préfères en mai 2015 (le premier a été pour Kiss me deadly (Robert Aldrich, 1955) il me semble bien me souvenir du « voum vava voum » du garagiste (il se nommait Nick) (les garagistes et moi entretenons depuis que je suis sur cette planète une espèce de confrérie – ils n’en savent rien – je n’y ai jamais (il me semble bien, attends que je réfléchisse) – mais non jamais – croisé d’individu du sexe qu’on dit beau ou faible c’est selon (ah je me souviens de cette réponse à l’enquête de fréquentation du chemin de fer d’une jeune femme, je me souviens de son sourire quand elle m’a tendu son questionnaire – c’était un papier cartonné – il y avait de l’amusement dans son sourire, on avait le même âge sensiblement – dans le compartiment réservé enquêteur, on mangeait des œufs durs avec de la mayonnaise en tube – puis on triait les questionnaires qu’on comptait qu’on mettait en enveloppes, intitulées et répertoriées fourrées dans le sac on n’en parle plus – et sur ce questionnaire où la question était « votre sexe ? » elle avait ajouté en réponse « beau mais faible » – tout est dans ce « mais » sans doute – mais j’ai dévié excuse-moi – elle portait court ses cheveux, un peu en brosse, si on m’avait demandé mon avis, je lui aurais bien mis quelques taches de rousseur – il y avait du soleil – je ne suis pas spécialement sûr mais il se peut que ça ait eu lieu sur le Cévenol (ce n’est presque rien, donner un nom à un train, presque rien – fuck off le marketing qui l’a jeté à la poubelle) (le Cévenol reliait Paris à Béziers par Clermont-Ferrand – départ gare de Lyon vers 8 ? arrivée à Béziers vers 8 itou mais du soir) (j’aimais aussi le Mistral) (sans même te parler du Palatino, qu’empruntait, ainsi que la mienne, la mère de Geneviève F.) (mais je me suis encore égaré) – tout est parti de cette image

noir et blanc un peu troublée (dans le disque dur non classée – le bazar du classement, n’en parlons pas) je voulais la poser ici elle est là, ce sont trois fleurs de bois, une vraie dans son pot, je ne saurais vous en donner la réelle appellation, je crois que ça s’appelle des impatiences – à droite un fauteuil en amorce, toute la gauche de l’image est formée par du gris d’un store de taille proportionnelle aux baies qu’il y avait dans le salon de la maison brûlée (ces stores au nombre de 4 m’avaient coûtés une fortune (on dit « un bras » de nos jours, c’est plus parlant) – je ne me souviens plus, j’avais des sous alors je les ai installés dans les premières années, à la fin du siècle dernier quatre-vingt quatorze sans doute. Sur le coté du dossier du fauteuil, on distingue cinq excroissances, ce sont des clous (grosses têtes certes) qui retiennent le tissu – TNPPI (ma tante, la sœur de ma mère) (je le dis pour ceux qui ne suivent pas les diverses apparitions de cette si charmante et si douce personne) a rénové une paire de ces fauteuils. Ils appartenaient à son père. Mon grand père maternel, donc, qui ornaient semble-t-il son bureau (ces deux fauteuils subsistent dans le grenier qui a été ravagé lors du premier wtf confinement par une bande d’abrutis probablement avinés) où il recevait son avocat. Lequel était mon grand père paternel, et ainsi se retrouvaient chez moi ces deux fauteuils dont elle me fit don un jour (elle avait aussi donné la cage à oiseaux qui lui servait de lustre dans sa chambre d’hôtel à mon amie d’alors). Une image, rien qu’une image : elle ornera sans doute un des murs du salon (ces objets, ces deux fauteuils, sont pratiquement les seuls rescapés de cet incendie – on pourrait peut-être aussi les importer dans cette maison, histoire de lui donner quelque chose de spécial ?). Je ne sais pas. Non.

Sans doute pas.

 

 

on reviendra au cinéma, on y retournera – on aime ça – pas devant une télé de merdalakon – fuck la nouvelle saloperie de credo gouvernemental start-up néchonne qui favorise les pires des agissements et les pires des commerçants (sans avoir l’air d’y toucher, tu comprends bien : l’hypocrisie à son comble) – on y retournera, on aime ça : il y en aura vingt quatre comme celle-là par seconde, on ira encore pleurer et rire t’inquiète – il y a de la colère il y a du dégoût – mais ça ne fait rien, on tient.

On tient et on y retournera.

Une autre image pour nous (Anna Magnani, Pier Paolo Pasolini au festival de Venise, présentation de Mamma Roma – 1962)

Femmes cinéma addenda Panthéon

Addendum aux addenda : j’apprends à l’instant que Christiane Taubira vient de quitter cet ectoplasme qu’on nomme un gouvernement : ici donc lui est dédié ce billet parce qu’on sait qu’elle incarne quelque chose comme l’état de droit, et que ce quelque chose est désormais une illusion au sein de cette instance qui prône l’urgence et la déchéance.

 

Lola Montès

Affiche Lola Montès

quelque chose avec ce film : Max Ophüls

darrieux ophuls

(et Danielle Darrieux -c’est son vrai nom, elle est toujours parmi nous, comme TNPPI, elle va avoir cent ans, comme Suzy Delair), mais Martine Carol (alias de Marie-Louise Pourer), pourquoi cet accord avec Norma Jean Baker dite Marylin Monroe, je ne sais pas dire, sinon qu’elles sont aussi présentes dans l’enfance et destins tragiques, probablement, les fantômes qui hantent les rêves sont à la mesure de la perte, complète, totale de tous mes livres.

Il y avait Ingrid Bergman

Ingrid-Bergman

« Notorious » d’abord (Sir Alfred, 1946) –Les enchaînés en français, une merveille ) et son livre magnifique, sa lettre à Roberto Rossellini inoubliable, il y avait aussi Claudia Cardinale

claudia et delon

là avec Tancrède mais elle est hors concours parce que (née à Tunis, peut-être) son rôle dans « le Guépard » (Luchino Visconti, 1963), et celui de « Il était une fois dans l’ouest » (Sergio Leone, 1968) ce dernier film étant le premier vu à Paris, en 1972 il me semble (j’aime savoir que le tournage du film s’est effectué entre avril et juillet 1968) (il y a des choses que j’aime savoir et qui n’ont aucun intérêt) il y a beaucoup de fantômes qui hantent les pièces de cette maison (c’est sans doute qu’il ne m’en reste plus), Anna Magnani

rvo 8

qui est ma préférée (je crois) (j’en aime beaucoup d’autres, mais pas de l’amour qu’on porte à sa mère -dans ce sens, lorsqu’elle court et meurt dans une rue de cette « Rome ville ouverte » (Roberto Rossellini, 1945) je crois savoir que c’est de là que je hais la course à pied) (ce qui est biographiquement faux : c’est l’asthme qui m’a fait détester la course à pied, cet asthme qui s’empare de mon inspiration dans des airs un peu poussiéreux), elles sont toutes là, présentes (j’aime assez Honor Blackman, mais c’est dans « Golfinger » (Guy Hamilton, 1964) que j’avais vu au Pax, à Amiens à sa sortie française, je me souviens, la blonde amazone chef d’escadrille

james bond et pussy galor

alias Pussy Galor, souvenirs d’adolescence, qu’y puis-je donc, parcourir la filmographie des actrices, s’enticher d’Ava Gardner

20160127_104549 cette « Comtesse aux pieds nus » (The Barefoot Contessa, Joseph Mankiewicz, 1954) Maria Vargas (rôle pour Rita Hayworth qu’on vient de voir dans « Seuls les anges ont des ailes » (Howard Hawks, 1939) mais qui le refusa « ne désirant pas tourner sa propre biographie » comme dit élégamment wikipédia) et qui, en cela, représente aussi une sorte de parangon de modèle d’exemple de ce vers quoi tendrait toute actrice de cinéma : devenir l’épouse de quelqu’un de noble riche tout en lui apportant alors cette célébrité de ténébreuse pacotille digne des stars) et ici, peut-être, dans ce décor, les faire revivre un peu, leur donner quelques lumières à nouveau reste une tentative d’hommage à la grandeur de ces femmes, à ces batailles qu’elles livrèrent contre l’imbécillité et la brutalité des hommes (encore n’a-t-on pas parlé de la réalité de la guerre, des mafias et autres joyeusetés que ces derniers s’ingénient à produire pour se prouver leur appartenance au genre ou à l’espèce…)

Je m’en vais, il pleut sur le jardin, j’en ai laissé de côté, Delphine Seyrig que j’aime tant clope au bec mais pas là

delphine seyrig

(trames et avatars se sont ligués ici pour qu’elle n’apparaisse que de loin, hachée, tant pis) je pose aussi celle-ci où elle joue dans un film (je ne rajoute pas « idiot » ce serait pléonasme) de vampires (« Les lèvres rouges » (Daughters of darkness, Harry Kümel, 1972)

delphine seyrig et daniele quimet

d’autres et tant d’autres on n’en finirait pas des Monica Vitti ou des Joan Fontaine, Simone Signoret et les réalisatrices Ida Lupino, Alice Guy ou Agnès Varda (et Corinne Marchand donc Cléo) , je laisse de côté aussi les Bernadette Lafont ou Pauline, Anouk Aimée ou Stéphane Audran que j’adule, d’autres Judith Magre ou Jacqueline Maillan que j’oublie mais aime encore, Thelma Ritter ou Jeanne Fusier-Gir et Françoise Rosay, mais n’importe, je m’en vais, sur le jardin tombe la pluie, c’est mercredi, c’est cinéma

 

 

 

 

Résister (Anna Magnani)

 

C’est que les êtres qui hantent la maison[s]témoin nous sont chers, elle a quelque chose du panthéon, quelque chose de tellement inexistant, volatile, incertain et inutile, visitée dans son décor de pacotille, ses pièces sans vie, sans histoire, sans familiarité, tous ceux là y habitent, y sont parce qu’on les y pose, ils s’en iront sûrement un jour, exiger l’ouverture de ces portes, de ces murs, exiger l’enlèvement de ces gravats, de ces ordures, de ces déchets, exiger que ici, toi qui y entres, exiger que toi gardes (ou perdes) tout espoir…

(les photos sont de l’auteur, prises du DVD où Martin Scorcese explique ses liens avec le cinéma italien).

 

 

 

Ca commence dans la cour de l’immeuble

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une rafle, la deuxième guerre mondiale, Rome, on emmène les hommes, on laisse les femmes et les enfants (on se souvient, à l’occasion, de la mi-juillet quarante deux, au vélodrome d’hiver, à Paris), elle c’est Pina, Nanarella, c’est la plus grande actrice de tous les temps et de tout l’univers, on dira ce qu’on voudra, une merveille, une des merveilles du monde du septième art, une merveille de l’humanité : et que serait l’humanité sans amour ? C’est lui qu’on lui enlève, Francesco, elle déjà veuve, elle qui l’aime, elle crie, hurle, se bat, frappe, se déchaîne court vers la sortie

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on lui déchire le coeur, tu sais bien comment ça se passe chez nous autres, les humains, elle court et hurle « Francesco!! Francesco!! »

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il est embarqué, sait-on alors qu’il va vers la mort ? et qu’elle y court, elle aussi ?

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qu’on la laisse, elle court, sort, elle crie, court

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court

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lui la voit dans le camion, elle court crie « Francesco!! » quelques secondes

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lever le bras, crier encore crier

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on tue, on arme le fusil, on tire, on tue

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dans la rue, morte…

Résister.

« Rome ville ouverte », Roberto Rossellini, 1945.