Dans le garage

 

ga

Sur une de ces étagères, on ne le voit pas d’ici, il y a un cric. Personne ne le voit, on ne fait pas attention : le couple de tout à l’heure, tout ébahi par l’ampleur des lieux, n’a même pas remarqué quelque présence que ce soit, et pourtant nous, les objets, nous sommes un certain nombre dans ce décor. Nous sentons aussi bien que vous cette odeur, légèrement entêtante pensez-vous, de citron. Le garage, on m’y a rangé parce que je ne dépareille pas. Le cric. Encore que je me demande un peu ce que je fais ici (ce que je fous là serait mieux, mais je ne connais pas les tons ni les accents de celles et ceux qui vont venir s’installer ici). Aussi bien on ne me verra jamais. C’est heureux : ce n’est pas que je me cache d’ailleurs, mais je suis là, comme abandonné. A l’image, on voit mon propriétaire, il s’appelait Nick, et était garagiste, comme il se doit sans doute.

voumvavavoum

Il avait coutume de répéter à son client (on le voit en amorce, droite cadre, une ordure évidemment) « voumvavavoum hein Mickey…! » en riant, mon patron aimait rire. Moi, je n’ai rien pu faire, et ça l’a écrasé, quand un des malfrats a dévissé la pompe qui servait à retenir soulevée la voiture. J’étais censé faire quoi ? Je ne fais rien, je ne suis qu’une chose. Je n’ai rien fait, je vis dans ce garage, je reste ici un peu dans la brume un peu dans le souvenir, il n’y a pas un grain de poussière, il n’y a pas une tache d’huile, ce garage, ce garage…

6 réflexions au sujet de « Dans le garage »

  1. je me demande aussi un peu ce que tu fais là – c’est vrai tu ne dépares pas, tu fais vrai
    mais depuis que je connais ton histoire je m’interroge – comment est ce que l’accessoiriste t’a récupéré – il connaissait qui ? ton patron ou les autres
    peut être aucun en fait, on s’est débarrassé de toi et il t’a récupéré

    je me demande ce qui t’attends quand on aura tout vendu

  2. Cette histoire de cric ne m’a pas quittée, comment un cric peut se retrouver tout seul sans le véhicule qui va avec, suis partie avec métaphoriquement j’entends et je l’ai trimballée chez le toubab, à La Poste, chez le boulanger, le nouveau, qui n’a hélas pas les talents de Walid, et à peine arrivée que j’y retourne.

    Me demande si ne vais pas revenir cette nuit pour l’emprunter, parce que le mien a disparu de ma voiture, et je m’demande si des fois le promoteur ne me l’aurait pas emprunté pour faire plus vrai…. et serais dans ce cas tout à fait légitime à

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