Radio cinéma

 

 

 

(il me semble bien que je l’ai déjà fait, ce plan avec Blow up) (c’est une émission que je regarde parfois sur youtube) (c’est que j’ai pas la télé) (c’est quand même dans le salon que ça se pose ce genre de truc – quoi que la radio, c’est plutôt un peu n’importe où) (partout en réalité) ( et surtout ça laisse un peu les mains et l’esprit libre) (on peut faire autre chose avec les yeux je veux dire) (ça n’engage à rien) (c’est la radio) (bon ça va comme ça) cette émission parle de la radio au cinéma – j’ai pris quelques unes des images (y’en a 9, mais ça ne fait que 8 films) (il s’agit d’une émission de montage un peu comme ce que fait le Président Pierre Ménard Liminaire tous les quinze jours, si j’ai bien compris) parce que j’aime les films qu’elles me remémorent – on fait ce qu’on peut – et que j’aime bien parler de cinéma – c’est ce que je fais ici, de temps à autre, le mercredi, ça nous change un peu – peu importe, c’est le printemps – ce n’est pas que je sois désespéré tu comprends bien, mais enfin quand je vois et j’entends que les plus grosses fortunes du monde donnent un peu de monnaie pour reconstruire un bâtiment brûlé, je trouve ça merveilleux, certes, mais fiscalement très avantageux pour elles – ce qui fait que j’étais déjà assez malheureux comme ça, mais que ça continue et que j’en ai ma claque de cette façon de faire des grandes fortunes sur le dos de qui, je te/me le demande) laisse, et commence (l’image d’entrée : Sacrifice Andreï Tarkovski, 1986)  ici c’est un film de Costa Gavras, « L’aveu » (1970) (il y a Yves Montand aussi) (les guillemets pour les titres des films, c’est une habitude ou une obligation, me demandé-je fréquemment)

c’est Simone Signoret (nostalgie mais je me suis trompé, en réalité, je me disais c’est « l’Armée des Ombres » (Jean-Pierre Melville, 1969) – mais non, je ne crois pas – c’est difficile à dire – là une image de ce film merveilleux (je le croyais en noir et blanc, mais non) (sans compter les majuscules aux titres, alors là)

L’ARMÉE DES OMBRES

ça ne fait rien, je continue mon exploration (exploitation) de cette émission, et je tombe sur ce DJ aveugle nommé Super Soul qui guide Kowalski tout au long du film – Kowalski, ex-pilote de course, qui doit convoyer une voiture traverse du nord au sud les Etats Unis (« Vanishing Point », Point limite zéro en français, Richard C. Sarafian, 1971) (un de mes films favoris quand j’avais 20 ans) (après ça s’est tassé) (mais je ne l’ai pas revu depuis – ça veut dire « Point de fuite » si tu traduis le titre d’anglais en français)

je me souviens (j’aime me souvenir) de Robin Williams (il s’est tiré, lui) (Simone et Yves aussi, tu me diras) (pour Clivon Little qui joue le DJ, on me dit aussi) Robin Williams donc qui crie « Gooooood Mooooornig Vietnam !!! » ce que j’ai adoré cette façon de dire merde à l’uniforme, l’armée, l’imbécilité, tu te souviens ?

avec ce sourire, cette joie de vivre – et la guerre… – ce sont des films qui restent, ils sont là, un peu comme les images dont on rêve, moi j’ai cette impression, un peu aussi comme certaines musiques, certaines chansons tout autant, des choses qui sont là, qu’on entend, qu’on écoute et qu’on regarde (là, c’est Shock corridor  Samuel Fuller, 1963) c’est pas dans l’émission, mais tant pis

) c’est là, un pli une lettre une enveloppe, c’est à l’intérieur de nous – ça nous accompagne, ça nous rassure et ça nous aide parce que le monde réel est si présent aussi, on veut s’en détacher un peu – je me souviens de cette image de Michel Piccoli dans « Habemus papam » (Nanni Moretti, 2011)

ou celle-ci

ce pape qui refuse l’uniforme – se battre, peut-être – à nos âges ? – j’aime ces histoires-là – ici j’ai pris cette image

pour me souvenir que Georges Perec faisait du cinéma, ça me réconforte – je me souviens aussi de Robert Bober, et de son film (Récits d’Ellis Island, 1979) et aussi de son « En remontant la Villin » (1992) dix ans après la mort du Georges – adaptation et dialogue

« Série noire » (Alain Corneau, 1979) non pas que l’artiste (je ne sais pas les comédiens, les acteurs sont-ils des artistes ? je ne sais pas) Patrick Dewaere me soit quelque chose pourtant, mais dans ce film-ci, oui, c’était l’année du début des études de cinéma – oublier, reconnaître, le monde tourne – sans doute quelques regrets – mais ils ne me sont de rien – ici un vieil homme

« Umberto D » (Vittorio de Sica, 1952) déchirant (Carlo Battisti…), je ne sais plus ce que fait ici cette image, peut-être vient-elle d’ailleurs, mais c’est l’Italie qui revient de tellement loin – l’Italie, oui – ces temps-ci elle semble retourner vers ces démons – je préfère aller au cinéma, c’est vrai –

cette image-là, où Charlie Chaplin se rend compte que la dictature et la démocratie empruntent les mêmes voies (les mêmes voix : celles de la radio) et ce désespoir qui se lit sur ses rides (Le Dictateur, Charlie Chaplin, 1939) – la conscience ne suffit pas, il nous faut l’action aussi : alors faire, et encore et continuer…

Pour finir comme il faut, cette image de Christopher Walken (un des acteurs fétiches du chroniqueur) qui danse dans ce clip d’un DJ (clip réalisé par Spike Jonze – ici à regarder – réalisé en 2000)

il dort, puis se réveille en rêve puis danse et se rendort… Et il se réveille parce que bien sûr et d’abord, sans doute peut-être, je ne sais pas bien, mais la radio diffuse de la musique  (première à éclairer la nuit…)…

 

Thérèse

 

 

On n’est jamais sûr de rien, c’est bien connu, il n’y a pas d’actualité, ni de dictature du présent, il n’y a pas non plus d’autre chose que le hasard qui puisse présider au choix d’une chronique – qu’est-ce que c’est que ce désir de cinéma, d’en parler d’en écrire, d’en faire l’éloge – on ne va pas parler des films qu’on déteste, quelle affaire – d’y rester plongé quelques quarts d’heure, prendre quelques clichés de l’écran de l’ordinateur, tenter de les rapprocher d’une vision qu’on a il y a belle lurette ressentie – le film de la semaine dernière, « Carré 35 », on n’en finit pas d’y penser, même s’il ne s’y trouve pas de fiction, non plus que de directeur d’acteur… Donner au cinéma, c’est un peu comme à la littérature, c’est peine perdue s’il en est, puits sans fond, n’en attendre rien, jamais, milieu tellement libérale, loi du marché et trahison, « il n’y a que ceux qui travaillent qui travaillent« , familles connaissances amitiés, pourquoi faire ? Cette plaie. Hier matin, croisant sur la route qui menait des impôts à la sécurité sociale (je n’y suis pas allé d’ailleurs, oubliée en chemin, cette sécurité, tiens) un tournage sur la place (ici l’un des éclairagistes

règle sa lumière

) une telle inanité s’empare de moi, ma claque d’errer, de tenter d’exister, de vouloir envisager quelque chose, et quelque chose d’autre, et encore, marcher avancer continuer, travailler et encore et encore… Je me suis arrêté, j’ai regardé le travail, me suis souvenu de ce studio de la rue Fontarabie (c’est – le studio était, il n’existe plus – dans le 20, ce devait être en 1981 un peu avant l’élection de tonton) où se tournait « L’Etoile du Nord »  (adapté de Georges Simenon) avec cette même madame Simone Signoret (et Philippe Noiret, et Fanny Cottençon dans un de ses premiers rôles) (non, tonton devait être élu, ce devait être en septembre puisque le coup de téléphone de Bertrand Tavernier je l’avais reçu un quatorze juillet – il avait fini de tourner son adaptation « Coup de torchon » de « 1275 âmes », avec à l’image Pierre-William Glenn, comme dans « l’Etoile du Nord » – ony voyait aussi Noiret…), c’est que déjà cette chronique hantait un peu son rédacteur (il faut bien que les êtres qui nous sont chers nous hantent, sinon à quoi bon ? eh bien je pense à l’une de mes tantes, mon amie dont on ne cesse de salir la relation que j’avais avec elle, j’y pense et l’aime toujours, ainsi que cette Thérèse Raquin, noir et blanc, 1953, mise en scène  et portée à l’écran par Marcel Carné (adapté d’un roman d’Emile (dit Milou) Zola (ou « J’accuse ») qu’on aime autant que Gustave, Victor ou Honoré).

Je continue mon errance, donc, et si des larmes me viennent d’avoir tant et tant perdu de celles et ceux que j’aime, ce n’est que le vent, l’automne et les ocres des feuilles qui, au printemps, reviendront. 

 

C’est ici dans la boite aux lettres : la petite bonne de l’hôtel (une camériste si tu préfères) où descend le Riton ira poster son pli vers 5 heures, ce jour-là – ce sera à l’heure où passe le facteur qui ramasse le courrier…

 

Dans le roman (on s’en fout, du roman, je sais bien) c’est un fantôme qui hante le couple formé par Thérèse et Laurent : celui de Camille qu’ils ont noyé (tant mieux, en même temps, il faisait vraiment braire, ce petit freluquet). Ici aussi, le destin frappe un jour, dans un train où Camille veut emmener sa femme à Chatou, chez une vieille tante, pour la cloîtrer et l’empêcher de s’enfuir avec son amant. Laurent le jette du train (Lyon-Paris, de nuit, j’ai l’impression : dans le compartiment, un marin dort – le destin, c’est lui

Il roule en moto, ça rappelle un peu

Orphée et les motards, dans le Rolls il y a Heurtebise (François Périer, magique) et elle, « la princese » interprétée par Maria Casarès (ah! Maria Casarès…) (Jean Cocteau, 1950). La moto, le marin veut faire chanter le couple, voilà tout.

Le couple, Thérèse et Laurent :

(Simone Signoret et Raf Vallone, excuse-moi du peu, Lion d’or à Venise le ptit Marcel – « le môme » l’appelait au début Jean Gabin – on arrête d’évoquer sauf quand même le « Retour à Marseilles » (René Allio 1980), cette merveille, trente ans plus tard Raf Vallone…) : elle est une enfant trouvée, par la Raquin mère, mère de Camille (Jacques  Duby) contremaître dans une entreprise de transports (haïssable, bien sûr et normalement). Sans doute l’a-t-elle épousé par conformisme.

Mais lorsqu’elle rencontre Laurent, c’est le coup de foudre… Ces deux-là s’aiment, c’est à ne pas croire. Il leur faut partir, s’en aller loin, impossible sans doute. Et puis, et puis tant de choses, l’apparition de cet homme à moto

(Roland Lesaffre (Riton) un peu coureur, un peu (très) fêlé de la guerre, qui croit un peu au père Noël, qui s’imagine, qui veut profiter du sort – comme si c’était possible, tu vois ça d’ici – mais non…). Lorsque Camille meurt, ce n’est (ce ne doit être) qu’un accident mais sa mère en perd et la parole et ses mouvements, en chaise roulante, c’est encore Thérèse qui la nourrit à la cuillère…

(interprétée par Madame Sylvie, ici la photo ne lui rend guère hommage, mais tant pis

à peine mieux…). « La prunelle de ses yeux » tel était Camille… Et elle sait qu’on le lui a tué. Thérèse aussi sait qu’elle sait

Ah, le destin, le chemin de fer, l’indemnisation, le chantage, et la mort qui rôde…

Ce n’est que du cinéma, oui.

 

Thérèse Raquin, un film de Marcel Carné (1953).