C’est sûrement le paradis

 

 

 

évidemment, on n’a pas tellement le cœur à rire – ni à la comédie – on s’ennuie (on reste poli) dans les autos embouteillées, on patiente attendant l’autobus, les métros ne sont pas là, les gouvernants roulent dans leurs autos privées que la République met à leur disposition : c’est beau – il fait froid et entre l’ordure du vendredi noir et celles des fêtes de Noël, comment faire quand les finances ne sont pas si brillantes, et surtout ne pas gâcher, se gâcher la vie et l’émotion ? Comment faire pour continuer à penser à ceux et celles qu’on aime, à qui bien sûr il est toujours bon d’affirmer cet amour et de le réitérer encore et encore ? Des gens meurent dans la rue – plus de huit cents l’année dernière et l’autre cintré qui disait n’en plus vouloir :  menteur, qu’a-t-il seulement esquissé pour qu’il en soit ainsi ? Une loi travail – ni loi ni travail ? des yeux crevés et des mains arrachées ? Une femme morte chez elle, une autre grièvement blessée, les agents de ces crimes restés impunis ? C’est ce qui nous reste… Une comédie ? Un drame… On reste grave cependant et on soutient. 

Le titre de ce film , « Ce doit être le paradis », annonce vraiment ce qui est recherché – c’est l’histoire d’un type (probablement réalisateur de cinéma – puisque c’est lui qui joue son rôle, plutôt muet)

(là il tente de se débarrasser d’un oiseau qui veut l’empêcher de taper à la machine) (je dis taper à la machine parce que je préfère) (j’aimerai savoir qui se trouve en photo sur la droite de l’image) (ses parents ? lui-même?)

là, il est dans un taxi – le type qui conduit n’en croit pas ses oreilles

trop d’honneurs – notre héros, Palestinien, est à New-York et cherche un financement pour son film – on ne le sait pas trop (je ne le déclare qu’aux antisémites) mais mes parents étant juifs tous les deux, ils me l’ont cédée, cette appellation (je ne sais pas exactement ce que ça peut bien vouloir dire) et je me disais voyant celui-ci

lequel se sert dans le jardin de notre héros : voici des gens en guerre depuis soixante dix ans – voici des gens en guerre depuis des millénaires – et pourquoi ? un citron ? une orange ? – certes, il n’est pas avéré que dans les années trente ou quarante du siècle précédent, il y ait eu une hospitalité caractérisée pour cette peuplade disons au moyen-orient – ou du moins la plupart n’y émigrât point – mais on sait que tout ça peut se reproduire, l’homme (l’animal) est habitué à ce type de disposition – et de dispositif… – une comédie, oui, le réalisateur jouant son propre rôle, muet, va à Paris

– on aime Paris au mois de mai, les jolies filles tout ça tout ça – parfois, le champ pourtant y est vide (ici les jardins du Palais Royal)

là à la pyramide du Louvre

on y trouve parfois un type qui court, et planque sous une auto

un gros bouquet de fleurs – les flics le suivent

en un joli ballet, une femme marche dans le métro

les flics la suivent en un joli ballet – un type est installé sur une terrasse

les flics prennent 

des mesures (en un joli ballet), un type s’enfuie, les flics le coursent en un joli ballet – ça c’est Paris –

en France donc – et pourtant des chars

et des mirages

mais aussi des touristes qui cherchent

quelqu’un

mais non – ça c’est Paris – la France, et puis New-York (où tout le monde se trimballe armé jusqu’aux dents), on traque un ange

– on ne l’attrapera pas

– notre héros reviendra dans son pays, y retrouvera son voisin (le citronnier ou l’oranger aura poussé) – on verra un homme danser, magique et magnifique

et tout finira (comme il se doit) avec des chansons – mais des chansons joyeuses, jeunes et gaies – comme une note d’espoir et de joie.

 

« It must be heaven »

assez merveilleux (2019, mention spéciale du jury au festival de Cannes) (ici devant une librairie-papeterie transformée en salon de coiffure)

d’un voyage à l’autre #6

 

 

 

je suis en retard – je suis toujours en retard – mais je me tiens au rythme quand même (le billet hebdomadaire) – je suis en retard, c’est parce que je travaille (mais n’en est-ce pas ?) (si) (il y a dans cette maison un lieu où on entasse les cartes postales – bons baisers d’ici ou là – je pense à toi, il fait beau et on mange des glaces – on bronze – ici il neige… – je me souviens, en Italie les timbres-poste pour les cartes ne s’achètent pas au tabac (d’ailleurs, il n’y a pas de tabac) – des images de faux voyages (ou de fausses images de voyage) – des cieux surtout

c’est en Finlande, le soleil de quatorze heures – l’ombre de l’opérateur et de la voyageuse (son pied) – le froid –

quelque part aux États-Unis, il me semble me souvenir (tu sais quoi ? ces voyages, là, ça me prend vers sept heures et demie du matin en semaine – j’écoute un  peu les nouvelles, je regarde un peu le journal, je voyage)

ce peut être l’Ukraine, quelque part à la fin de l’hiver (l’annexion de la Crimée par le tsar du kgb, je préfèrerais qu’on parle d’autre chose – mais non)

des hommes , il fait froid, une pause dans le voyage  – je ne vois pas d’armes, il n’y en a jamais dans les images prises de cette voiture – les lieux sont calmes

ici on est en France, il s’agit du triangle de Gonesse où aurait dû s’installer un centre commercial, mais finalement non, un arbre – un autre

plus quelques autres – c’est la fin de l’hiver, c’est aussi l’Ukraine, à la fin du jour – parfois, le Chili, la Bolivie, l’Irak, l’Egypte, non vraiment c’est difficile de rester au calme, tranquillement – le journal le matin, les vendredis du climat, les samedis des gilets jaunes – le travail, ah oui, le travail

une image prise d’un drone, c’est en Hongrie, la plaine les ciels le bleu – je tiens aussi quelques animaux, ici un chien devant des jantes

(c’est à Iakoutsk, en Sibérie – moins 40 l’hiver, 25 à 30 l’été – au bord de la Léna) là des pigeons devant un vendeur des rues

c’est à Mexico – quelque chose du rêve ? oui sans doute – je continue, mais ce sont des choses trouvées hier du côté de Romny (c’est encore en Ukraine – c’est que ça ne veut pas lâcher – en Chine, des Ouïgours sont internés, massacrés sans doute mais on n’a pas de photo, non) ici un petit bateau

et là, le repas qui chauffe cuit embaume peut-être

comme une phrase qui nous serait dite, je vais remettre des fleurs rouges au début, pour un peu de douceur (elles viennent des États Unis – je vais retourner au travail) (j’ai du retard) (j’ai toujours du retard…) (j’avance quand même)

ah oui, encore deux images : celle-ci qui vient de Porto (je crois que je l’ai volée à Lou Dark)

avec son pont au double tablier au dessus du Douro et cette dernière, la plage d’Hammam Ghézèze (c’est en Tunisie, non loin du cap Bon) – les vieux vont se baigner avant six heures le matin (parfois une femme, habillée passe et elle aussi se baigne) : y entend-on presque le doux ressac et une mouette qui rit…?

 

 

Désolé, on vous a manqué

 

 

 

on vous a manqué parce que vous n’étiez pas là et le livreur laisse un petit mot à celui à qui il livre des colis – c’est le monde d’aujourd’hui : on achète sur internet des objets, n’importe quoi, ce que vous voulez – des poupées gonflables, des pilules de viagra ou d’ecstasy, des passeports – vrais, faux, n’importe – n’importe quoi, des smartphones ? si vous voulez et on vous le livre – on vous donnera même une heure contractuelle au delà de laquelle nous serons, nous autres vos livreurs vos obligés vos serfs, à l’amende – et alors, elle est pas belle la vie ? Il s’agit d’une famille ordinaire

. Voilà dix ans, ils avaient pour projet d’acheter une maison – ils avaient obtenu un prêt : ils étaient tout heureux, prêts à en suer pour y parvenir, devenir propriétaire – acheter une maison bien à eux – une photo atteste de cet état

où ils sont aussi quatre : la petite (Lisa Jane, dans le film, qui a onze ans maintenant – adorable, jouée par Katie Proctor) est encore dans le ventre de sa mère. Et puis les choses sont allées comme elles ont été, et puis le père a été lourdé de ses boulots divers – il n’aime pas qu’on soit sur son dos pour vérifier le travail.  Il décide de devenir auto-entrepreneur – il achète un camion avec l’argent de la voiture de sa femme

c’est un brave homme, Ricky (Kris Hitchen), typique et vertueux – et c’est cette vertu même que le monde s’emploie à réduire et à détruire. Cette vertu qui veut qu’on soit son propre chef parce qu’on sait ce que c’est que le travail – et qu’on l’aime un peu bien qu’il soit tellement difficile et dur. Comme on voit, c’est son travail qui prime, mais sa femme travaille elle aussi – sans voiture elle ira en transport en commun vers les personnes dont elle s’occupe – dominée, donc. On a des problèmes avec l’aîné : le garçon, sur les épaules du père sur la photo (il se nomme Seb, incarné par Rhys Stone) ici dans son lit (il est tard, il ne se lève pas, il va se faire lourder du lycée)

non, lui ce qu’il aime c’est les graffitis –  il va jusqu’à voler des bombes de peinture, on l’attrape, on le sermonne, son père va le chercher au poste, mais pourtant la vie, parfois, redevient un peu comme avant

on aime à rire – sauf que le travail de l’une (la mère, Abbie – Debbie Honeywood – tendre, gracieuse, gentille) (sous-payée…)

adorable comme sa fille, compréhensive – gaie et loyale avec son mari comme il l’est avec elle – une relation juste humaine (magnifique mais juste humaine) que ce monde s’emploie à briser – comme  de l’autre, le travail de Ricky

incarné par un chef borné et salaud (on sait ce que c’est qu’un salaud) (Ross Brewster, un chef d’équipe vrai comme s’il avait fait ça toute sa vie – il était policier et l’est peut-être toujours)

des acteurs formidablement dirigés (on court pour porter les paquets plus vite, à l’heure, quand et comme il faut)

des relations interpersonnelles fortes et vraies, de l’amour pourtant

mais ça ne suffit pas…

 

« Sorry, we missed you », un film de Ken Loach (comme on l’aime lui), un scénario implacable de Paul Laverty (formidable aussi)

d’un voyage à l’autre #5

 

 

 

étant donné que l’ami Lucien s’en est allé à Rome (et en est revenu) (la fiction, les dévoilements, les indiscrétions, les habitudes particulières ou la réalité des choses étant, ici, sur la toile le web internet virtuel etc. pléthore) je dépose cette image qu’il me dit avoir postée sur touittaire « pour ses fans » (je ne le suis pas – j’en suis pourtant – mais pas sur ce réseau-là)

dont j’apprécie particulièrement l’arrière-plan

pixellisé, certes – donc je me promène aussi (cette ville magique et magnifique) (un peu comme partout sauf qu’il y a le climat et les collines, le Tibre et la villa Borghèse – et d’autres choses encore) – passons (on y retournera, espérons-le) mais pour le moment

je ne parviens pas à lire mais cette plaque est apposée sur un mur de l’ex-immeuble de la police (plus ou moins) secrète de l’ignoble salazar (sans majuscule) en souvenir des quatre morts du 25 avril 1974, laquelle plaque ne fut mise là qu’il y a peu (on préfère toujours oublier) – c’est à Lisbonne (on y retournera aussi, oui, espérons) (on vit d’espoir quand on voyage) (on n’en finira jamais) – j’ai aussi celle-ci en magasin

mais ça, c’est Paris au troisième acte des gilets jaunes (dont le cinquantième se déroulera ce samedi – je pense souvent à Nuit Debout, il m’arrive d’oublier : je ne suis pas militant) – mais passons, le monde est à nous

quelque part à la Nouvelle-Orléans ou à Bâton-Rouge (je ne suis pas non plus très rigoureux – je prends des images mais ne les indexe que peu) (j’aime la femme en rose sur son palier) (et la batterie de paraboles)

quelques années plus tôt – une série commence à deux –

mais d’autres gens – Sophia dite Maria et Luchino (le polo fermé au cou) – constituer un panthéon ou quelque chose de cet ordre (on n’aime guère le panthéon reconnaissant mais tant pis)

une autre de la même – en passant – poing fermé – ce ne sont pas des voyages, mais qu’importe – j’essaye de ne pas penser au travail – j’essaye de ne pas penser que, bientôt, il en sera fini – la Force du destin, la Norma, ou comme tu veux –

des changements en ville

je passe seulement

l’officine des roses de TNPPI – rue du Bac – Paris

petits métiers (pour gens de couleur) architecture grossière – contrechamp

on ne s’arrêtera pas de vivre quand même – on a à continuer – on doit avancer – ici le mur du cimetière Montmartre

sans les images de B2TS mais ici avec (mais sans type à cabas)

c’est Paris, oui – ailleurs aussi

c’est en Hongrie, c’est en fleur – zéro trace de la pourriture endémique de ce monde

des images qui peuvent parler d’elles-mêmes sans trop savoir pourquoi elles se côtoient ici sinon cette volonté de ne pas mourir de surnager de vivre et de rire

comme dans cette jeunesse un peu ternie à présent – elle s’éloigne, elle s’érode, elle s’oublie – ces avions au ciel qu’on saluait, ces roses qu’on portait, ces cailloux qu’on posait – et puis le reste du monde

ses beautés éphémères (image (c) Juliette Cortese)

platine/épaules/verre/piscine

débardeur/jean moulant/ceinture/poing levé dans le stade – du pain et des jeux ? – toute une machinerie qui intime à se rendre compte, à se souvenir, à ne pas oublier cette vie-là, ce monde-ci, ces façons d’être et de se tenir

(la plage de Dunkerque quand même)

c’est journal en images (des semaines et des semaines de lutte)

JO Cox, morte assassinée par un déséquilibré (seize juin 2016, à coups de couteau, type d’extrême droite fan du brexit sans doute) – ne pas oublier, non et continuer à lutter

Marielle Franco, assassinée au Brésil par les amoureux de Bolsonaro (le 14 mars 2018,à coups de feu, des balles provenant des stocks de l’armée : merci qui ?) et puis le monde tourne – non, bien sûr non, on n’oublie pas – écouter de la musique, regarder de belles images et le beau côté des choses

d’un voyage à l’autre #5

 

 

 

ça s’est interrompu – et voilà que ça a repris (S. va beaucoup mieux, crois-je possible de croire) – il y a dans le dossier « image » un peu trop de documents, je m’en vais le vider – d’autant que pour l’Air Nu, je commence une nouvelle rubrique intitulée « Ville et cinéma » qui va me prendre un peu du temps qui me reste – dans les moments de presse, il faudra faire attention et preuve de patience – (un entretien à monter pour la petite fabrique du livre aussi, enfin, il y a des choses sur le feu)

commençons par cet arbre abattu, une série en cours qui a pour nom « souche Corentin » que je croise en allant travailler – c’est une image du robot – mais elle ne correspond pas aux voyages d’Olivier Hodasava – je la pose ici à titre de marqueur : le monde va son chemin (à Rouen, à Pantin dans l’école Méhul ce samedi 21septembre, à Washington où on espère que la loi va foutre dehors ce menteur truqueur voleur raciste homophobe et j’en passe à la tête de l’État, à Londres où cet autre du même acabit fait semblant de croire qu’il va tenir ses fausses promesses…)

(on ne la présente pas mais elle fut grugée) – continuons voulez-vous continuons

c’est sûrement l’été mais c’est une station de sports d’hiver – on nage – on se protège du soleil – on nous informe que le niveau des eaux monte, que la civilisation actuelle (kézako ?)  va vers sa perte en 2050 (on aime les comptes ronds) mais les affaires continuent (business as usual comme ils aiment à dire)

lui est mort mais pas elle – en Arabie recueillie sur son lit de millions de dollars : charmante – les images ne mentent que parfois et encore : admirable le partage du pied de poule carrés noirs et blancs etc. hein… –

(ce doit être en Irlande je crois bien – le flou a gagné les roses, c’est une horreur mais peu importe : nous en sommes les auteurs) –  il n’y a pas de quoi s’offusquer

on répare (wabi sabi) partout (ici c’est dans le Dakota) c’est dehors, on garde un oeil, on refixe, mourir pourquoi faire ?

on met des gens et ça vous a tout de suite une autre esthétique pas vrai ? (elle, Megan Rapinoe, équipe de football des US qui refuse d’aller saluer le peroxydé machiste et homophobe, elle, je l’aime bien) – une espèce de journal – je fais défiler les images

tu te souviens, le changement de direction au CNC ? concussion, renvoi d’ascenseur, non les affaires continuent – ils ont changé de locaux, sont boulevard Raspail à présent, un certain Boutonnat préside…- rapport de cause à effet, qu’en savoir ? – et tant qu’elles continuent, pourquoi s’en faire ? préparons plutôt l’échéance prochaine –  je dispose aussi d’images de cinéma, je les range dans un coin à part – le truc est encombré, c’est à ne pas croire- faut que je range, mais je suis malade, il est 5h10 et je ne dort plus depuis une heure – je vais fatiguer, mais je travaille, j’y travaille

j’avance je ne sais vers où – ma fièvre monte, mes bronches s’enferrent, je tousse, un thé, un café, quelque chose ?

ça se passe à Dublin, le pont a été baptisé Samuel « bon qu’à ça » Beckett (j’ajoute évidemment des guillemets – une rue, un pont, un édifice à son nom, quelle reconnaissance…) (que de son vivant il ait crevé de faim n’est pas le sujet) (d’ailleurs,il n’y a pas de sujet)

(en dédicace spéciale à  Elisabeth Legros-Chapuis – la photo est d’elle je pense) (moi je serai plutôt celui qui nage, là, bord cadre en bas à gauche) (j’aime nager)

un type attend (c’est en Angleterre, Manchester quelque chose)

ici (Charleroi, en haut : la Sambre) du linge sèche,voitures indifférentes, trains bientôt dans son fracas

quelques fleurs rouges (de Waterloo, Iowa) pour saluer Sharon Tate (on a vu le film de Tarentino – performance d’acteurs, certes, mais misogynie assez grave j’ai trouvé)

pour finir, Fatoumata Diawara aux Vieilles Charrues avec Mathieu Chédid (parce que le monde recèle des merveilles – quand même)

Avec son meilleur souvenir

Le dernier jour des vacances, presque un pied déjà dans le bateau pour le continent, j’ai écrit une carte postale, collé un joli timbre et mis l’adresse de la maison-témoin. J’ai hésité au bord de la boite à lettres (celle par où on expédie et non l’inverse) : fallait-il indiquer un nom avant l’adresse, et lequel ? Qui serait là quand la carte arriverait ? Personne, probablement. Qui la récupérerait quinze jours après, parmi les avis de passage des petits Savoyards et les publicités tonitruantes des supermarchés ? Elle se perdrait, peut-être. J’ai juste écrit « Maison Témoin », comme ça. Était-ce tellement important, après tout, que je vienne par ce bout de carton illustré (petites barques blanches sur une mer bleue, fond de ciel bleu) dire aux gens qui ne sont pas dans la maison-témoin que non, je n’y suis pas non plus ? Entre temps, le temps (toujours lui) a grignoté le délai que je m’étais accordé ; la sirène du bateau a retenti, il allait partir sans moi. Peut-être que le facteur penserait qu’il s’agit d’une personne, prénom Maison, nom de famille Témoin. Ou pas.

ces choses-là

 

 

il s’agit d’une chronique (c’est à dire que le temps (qui, certes, ne fait rien à l’affaire) prend part à ce qui est ici raconté) : jamais je n’avais vu ce film – c’est une erreur que je rattrape – il  en serait ainsi sans doute quelques centaines…

Peu importe, nous ne sommes pas tenus à l’exhaustivité – ici on parle de ce qui arrive et de ce qu’on aime – voilà tout – on peut aussi agonir ce n’est pas interdit – c’est (un peu) du temps de perdu et on n’en a pas tant que ça – et plus ça ira, moins on en aura – sans doute mais à nouveau peu importe :  ici le numéro 165 – je l’aime beaucoup – si je me souviens, quand tout fut dans la boite (juin 1969) je me préparai à entamer ma vie professionnelle – j’avais d’autres choses en tête – à goodyear pour deux mois, puis quatre ans de plus jusqu’au bac – double terminale – les femmes ? l’amour ? les voitures ? – non, c’est un beau moment d’alors…

 

 

Il y a les choses :

  • des chemises qu’elle (Hélène) achète pour lui (Pierre) un cadeau – trois longueurs de manche, oui;
  • la commode adjugée à 1800 qu’il (Pierre) emporte lors d’une vente aux enchères à la Rochelle (elle (Hélène) la voulait peut-être);
  • les cigarettes, la prochaine allumée à la cendre de la précédente;
  • la lettre qu’il (Pierre) écrit (à Hélène) dans le début de la deuxième journée, un bout de  table, le stylo, l’enveloppe (tout est là – c’est l’image d’entrée de billet – elle est fausse); la poste, le téléphone et le message (j’ai adoré le message « viens immédiatement » : j’adore – c’est que c’est ça, l’amour c’est immédiat, c’est tout de suite et on ne discute pas : on est);
  • les voitures (« monte dans ton Alfa, Roméo » disait – peut-être bien – la  (fo) bébé méprisante à ce Jack producteur Palance): l’Alfa Giulietta (Massina ?) de Pierre, la mini Cooper de l’amie d’Hélène, la bétaillère (qui cale) de l’éleveur de cochons (Bobby Lapointe), le conducteur du poids lourd qui bouche la route, les motos des gendarmes, l’ambulance DS break; la machine à écrire, les pommes croquées

(parfois, c’est quand même du lourd, certes), ainsi que les cerises

il y a le volet de la maison de l’île de Ré (fatalement), le bateau, le vélo

mais après

des choses, le verre de vin qui se renverse, celui de whisky et d’autres encore…

Et puis il y a les grands rôles (les premiers disons) et les seconds – mais on s’en fout : enfin, non, mais on les traite de la même manière (c’est parce qu’on les aime) : c’est ça, le cinéma quand il est grand – bien fait – bon – il y a trois choses d’abord : l’histoire, puis l’histoire, puis l’histoire – c’est certain – mais après il y en a d’autres  : notamment les rôles, premiers deuxièmes énièmes – je suis assez désolé, je n’ai pas d’images de ceux-ci mais si, ici l’ami de Pierre (c’est Jean Bouise (il est de 29) qui interprète le rôle)

et Pierre c’est Michel Piccoli – il est de 25 : dans le film, il a quarante quatre ans – le réalisateur, Claude Sautet, en a un de plus – ce n’est pas pour s’identifier – il y a au générique – un peu comme toujours – Isabelle Sadoyan qui est la femme « dans la vie » de Jean Bouise)

ce sont deux journées de la vie de Pierre qui sont évoquées : il vit séparé de sa femme – Catherine (c’est Léa Massari (8 ans de moins que Piccoli), dans un rôle qu’on aimerait endosser) (parce que c’est le beau) (ce rôle, trop bien, trop vrai, trop humain – mais jamais trop : le cinéma, c’est ça : jamais trop) – il vit avec Hélène (Romy Schneider (13 ans de moins que Piccoli) – il a un fils Bertrand (Gérad Lartigau, 17 ans de moins que Piccoli) qui fabrique des objets qui ne servent pas à grand chose, il y a le père de Pierre qui vient le taper (100, 120 comme tu peux), les parents d’Hélène qu’on ne verra que peu, les auto-stoppeurs, la postière, la vendeuse, les médecins, les infirmiers, les gens partout – la course, la vie, les couleurs, les passages

Mais d’abord il y a le générique de début – une merveille à rebours – et ce plan formidable

c’est ainsi qu’il commence

se poursuit

et encore jusqu’à laisser la voiture de Pierre loin, si loin : un petit point qui s’efface…

J’ai pensé à ce mot du (wtf) locataire du moment du palais du faubourg saint-honoré pour qualifier l’Europe où lui-même se meut : « vieux continent de petits–bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel » (*) (on cite ses sources) et qui, en effet lui va comme un gant avec sa bobonne peroxydé ainsi que celui de Washington, sa piscine, ses affidés et ses sicaires – le film date de mille neuf cent soixante dix, l’étriqué dans l’âme n’était même pas né…

Une merveille , pas une ride, sans doute – un cinéma magnifique, montage au cordeau, musique (Philippe Sarde) inoubliable, dialogues argentés (Jean-Loup Dabadie), les années soixante dix commencent…

(*) : revue NRF n°630, Paris mai 2018

 

 

Les Choses de la vie, un film de Claude Sautet.

 

 

 

rêve américain

 

 

C’est un peu l’histoire du rêve américain – c’est à dire que c’est rêvé par des américains (étazuniens, surtout) il y a à voir avec cet autre film  : en réalité, le scénario se compose de la même manière – le van est un des personnages mais loin d’être le principal – une camionnette qui transporte des personnes handicapées

d’un endroit à un autre d’une ville de province – on ne sait pas bien ce que ça peut être, la province des États-Unis mais c’est qu’il y a trop de capitales sans doute – je suppose – alors disons qu’on recommencerait comme « c’est l’histoire d’un type qui conduit une camionnette »

et ce serait suffisant (le type Vic, interprété par  Chris Galust). On appartient à l’histoire, et on la suit.  Il y a son grand-père gentil mais un peu fou, il y a la soeur de Vic aussi

il y a leur mère musicienne, qui donne (ce sera le soir) un concert dans son appartement, il y a les gens de l’établissement où vit le grand-père (l’une d’entre celles et ceux-ci est décédée, Lilya, il faut aller à son enterrement)

il y a les gens qu’il faut convoyer – une jeune femme assez obèse qui va chanter dans un concours « ‘Rock around the clock », une autre jeune fille handicapée

noire

qui doit aller quelque part, qui est évidemment comme tout le monde, en retard et puis d’autres encore – je ne sais plus exactement – mais arrive le neveu de la Lilya

qui est morte, qu’on va enterrer qui vient assister à l’enterrement – et tout ce beau monde est embarqué à cent à l’heure…

C’est un  peu le rêve américain – on aime cette nation, on vient d’ailleurs pour la plupart de Russie (les gens qui vivent dans le même immeuble que le grand-père) et on dispose d’une âme slave (je me souviens de cette chanson, je me souviens de Jacques Higelin qui la chantait, je me souviens) et donc on chante – on s’est trompé de tombe

tant pis on change et on chante, on chante et c’est l’hiver, il a neigé, il fait un froid de gueux, elle est enterrée, Lilya.  Le rêve américain, c’est aussi pas mal les Noirs – la famille de cette jeune fille (Tracy  dans le film, interprétée par Lauren »Lolo »Spencer)

qui a apporté à son boyfriend (son ami de coeur) un carton qu’il ne prendra pas et un cadeau d’anniversaire – un sabre japonais dans son étui – qu’il ne prendra pas non plus, cette jeune fille dont le frère fait partie d’un groupe de rap – ils chanteront un morceau a capella – il y a des gens qui travaillent et qui chantent

la jeune fille participe à son concours, on chante – des gens rient, des gens dansent…

C’est un peu comme on aimerait que soit le rêve américain : les choses s’arrangent toujours – un peu de bric ici, un peu de broc là – on déménagera pour le concert un canapé, à pied, loin, on s’assiéra dedans fumer une cigarette au bord de la route, il neige c’est bientôt la fin de l’après midi, on a été chercher les clés de l’appartement de Lilya, puisqu’elle est morte, il faut qu’on boive qu’on mange et qu’on chante – on ne peut pas, non impossible d’avoir les clés, non : son neveu charme la gardienne agent de sécurité, il lui parle gentiment, elle l’écoute finit par sourire – on va aller boire, tous ensemble – on va rire aussi

c’est vraiment le bazar

on partira ensuite, on s’en ira écouter le concert, on reviendra ici, là ailleurs – ce sera la nuit : chez la jeune fille noire, le groupe de jeunes gens rappeurs se sont fait prendre, ils sont au commissariat, il faut aller délivrer le frère, mille dollars, on les emprunte ici, on les trouvera là (la mère les a planqué dans le canapé,le canapé n’est plus là…)  et puis et puis une séquence endiablée

(en noir et blanc)

on se bat

on se bat – terrible séquence… L’Amérique (les États, plutôt)si elle était comme elle nous est montrée là, comme elle est et devrait être, c’est ainsi qu’on l’aimerait…

Je ne raconte pas tout, évidemment, les images sont fixes, le texte est ce qu’il est – mais dans tous les sens, partout, tout le temps, cet amour immodéré pour les gens,ce qu’ils sont simplement (il y a surtout – ça ouvre et ferme le film – ce dialogue où Vic ne dit rien, mais c’est un dialogue, avec un de ses amis – cigarette simples mots : for-mi-da-ble.

C’est la nuit

c’est l’hiver

il fait un froid de gueux, ce sont les rues d’une ville de province, parcourues à tombeau ouvert par une camionnette qui sert au transport des handicapés – un peu comme dans ce film, là, qui était tellement bien… Ici aussi, tellement bien, c’est la nuit, il fait froid, c’est un peu un rêve américain

 

Give me Liberty, un film (extra) de Kyrill Mikhanovski.

 

Ça c’est Paris (Dehors passant par le pont Royal)

 

 

j’étais dans le bus, j’allais vers je ne sais où – Pyramides probablement (le lieu où se produit  l’ « Accident de voiture » de Modiano) – il y a quelque chose dans les quartiers de Paris, certains (celui de la rue du Bac très prégnant pour moi – notamment parce que TNPPI y vivait et m’y avait trouvé l’une de mes premières adresses à Paris – 32 rue de Lille, 10 mètres carrés, je ne sais plus le loyer mais je me souviens du gros rat de l’escalier et de la folle du deuxième) (je lui portais fréquemment des roses)

c’était le 68 si je ne m’abuse – ça ne peut être que lui – et j’ai croisé ce garçon

derrière lui, des touristes, au fond de l’image le Grand Palais, la passerelle Léopold-Sédar-Senghor – sur laquelle ce boxeur a foutu sur la gueule aux flicards du petit cintré lors d’un des actes (le 8 – soit début janvier, voilà six mois) gilets jaunes – on n’oublie pas, c’est là, il se nommait Christophe Dettinger, je me demande s’il est en prison, je crois que non – mais ça c’est Paris – les quais, les prolos qui s’usent sur des vélos à porter à manger aux bourgeois qui s’engraissent et se maintiennent en forme dans les ateliers de fitness – il suffit

de passer le pont – passent les bateaux-mouche

Pont Royal, la Seine coule

peut-être désespérant quand même, malgré tout, le soleil, les touristes, le monde qui bouge – non, parfois ça ne me convient pas – les beaux quartiers et leurs chapeaux

dans le souterrain, un embouteillage, on attend, on transpire – il faisait chaud, tu te souviens, la semaine dernière ? ça n’arrêtait pas de nous bassiner avec ça, chaque émission de radio commençait par ça, la chaleur, on oublie le reste il fait trop chaud on ne parle que de ça –  non parfois ça ne me convient pas – mais en sortant les arbres des Tuileries

et sur le trottoir, rue Saint-Honoré, cette petite rose (que j’offre – outre aux lecteurs et trices – à TNPPI)

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien