Rester éveillés

 

 

 

L’instauration de cette illustration des divers objets se trouvant dans cette maison « pour faire vrai » (est-ce bien le but ? on se le demande) (mais les questions qu’ici on se pose sont innombrables apportant par elles-mêmes des réponses tout aussi innombrables)  a débuté (pensé-je) en mai 2015 et continue sur une espèce de lancée, une erre qu’il ne faudrait pas tenter de maîtriser (les divers et variés atermoiements du rédacteur de ces billets quant à l’existence même de cette maison, de ce décor, de ce lieu n’ont d’égal que ses propres fantasmes : il y a quelques temps, je me suis dit – passons au style direct, ça va bien comme ça – que la figuration m’allait (m’irait) comme un gant à une main) (et de là la gifle qu’il faut asséner à la plupart de ce type de réflexions – bien que ce mot soit assez disproportionné pour expliquer ces passades – je pense toujours – souvent – à cette silhouette qu’on commence à discerner sur les images de Thomas dans l’adaptation (tellement) libre des Fils de la Vierge (Julio Cortazar, in Les armes secrètes, 1963, Gallimard) qu’en a produit Michelangelo Antonioni en 1966 : c’est là

c’est déjà trop dire, mais n’importe (Blow up). Pour tenter de renouer avec le fil de l’histoire (quel fil? quelle histoire ? on n’en finit jamais), trois épisodes d’un film d’Howard Hawks revu pour des questions d’apprentissage de la langue anglaise (on fait ce qu’on peut et ce qu’on doit, aussi) dont le titre « The Big Sleep » (livre n°13 de la collection « Série Noire » traduction Boris Vian, 1948) pourrait s’adapter à n’importe quelle autre production de ce genre (je veux dire : fiction) ainsi que, par exemple « Le ciel pour témoin » ou quelqu’autre galéjade dont le langage a le secret.

 

  1. Le héros (Philip Marlowe) interprété par Humphrey Bogart (né un 25 décembre – 1899- décédé 57 ans plus tard) entre dans une librairie : une espèce de libraire qui n’y connaît rien tente de l’évincer, il s’en va, traverse la rue, entre dans une boutique de la même corporation, là rencontre la libraire (probablement : on ne sait comment elle se (pré)nomme non plus que son statut exact), et la relation qu’ils parviennent à entretenir est simplement magique

Interprétée par Dorothy Malone, (on s’amuse à les voir se répondre), elle défait ses cheveux, ôte ses lunettes

ils trinquent et se traitent en amis (on se souvient peut-être de cette même actrice dans le magnifique « Ecrit sur du vent » (Douglas Sirk, 1956) (elle est toujours parmi nous, celle-ci, et tape les 93 quand même…). Cette fraternité, ou sororité, qui s’exprime là a quelque chose, de l’humanité sans doute, de la camaraderie, de l’entr’aide et de la loyauté (elle ne réapparaît plus dans le film).

2. Ici l’objet qu’on posera peut-être dans le salon, cette tête sculptée

dans laquelle on a dissimulé un appareil-photo, lequel prend des clichés de personnages dans des positions propres à les faire revenir sur terre, et pour lesquels ils seront mis à contribution (ils se trouvent confrontés à ces clichés hors-champ, nous n’avons droit, nous autres spectateurs, qu’à l’évocation de leurs turpitudes capturées lors de leurs ébats avec la jeune soeur de l’héroïne qu’on va retrouver au point 3).

3. L’histoire est assez obscure, absconse et triviale (gangsters, maîtres-chanteurs, voleurs, tripots flics meurtres chantages et j’en passe sans doute – JP. Melville (dont on sait, par ailleurs, qu’il va s’agir bientôt – s’il n’avait été trop tôt arraché à notre affection – du centenaire de la naissance) a recensé 19 structures du roman policier, pas une de plus, ni de moins d’ailleurs – mais donne lieu à la romance (il s’agit d’une histoire assez d’amour) entre l’une des filles d’un vieillard impotent et notre Marlowe (laquelle jeune femme est interprétée par Lauren Bacal, qui comme on sait peut-être, est mariée avec ledit Humphrey depuis deux ans lors du tournage, et leur complicité fait plaisir à voir)

Ils sont tellement mignons, hein.

 

4. Epilogue (ici Howard Hawks et Lauren Bacall

dont on peut sans doute dire qu’il est celui qui l’a fait connaître au monde (occidental probablement) comme une star (magnifique) et la chanson dans le Grand Sommeil témoigne aussi de l’étendue de son registre…) (pas trouvé d’image, et le dvd était un emprunt fait – et rendu – à la médiathèque)

Trait d’union

 

 

Ca se passe il y a trente ans dans une ancienne boucherie chevaline transformée en une espèce de loft où vivent, semble-t-il, Marc et Anna (incarnés par Michel Piccoli et Juliette Binoche -celui-là au moment des faits (du tournage si tu préfères) tape les soixante piges, elle en a 22) elle l’aime, il l’aime mais ne veut pas le lui dire (c’est une espèce d’histoire d’amour). Il se trouve que je mène (en secret relatif) un travail sur « Le Cercle Rouge » (Jean-Pierre Melville, 1970) et que j’ai trouvé de vagues ressemblances entre ces deux films – à quinze ans d’écart, une histoire de malfrats. Dit comme ça c’est assez réducteur mais, en réalité, la comparaison est extrêmement flatteuse (en réalité, pour les deux films). Tout ça pour dire que, puisqu’il faut bien mettre ce film quelque part, eh bien ce sera dans le salon (puisque cette boucherie, c’est d’un salon, au fond, qu’il s’agit) même si très souvent on sort, on en sort, on n’arrête pas d’en sortir (on le met aussi en extérieur). J’ai pensé aussi aux films de Claude Sautet (surtout parce que Michel Piccoli et Serge Reggiani étaient des acteurs que ce dernier réalisateur aimait à employer (on aurait bien aimé voir, par exemple ici, François Périer mais non) (ce dernier de 1919 avait soixante sept ans au moment des faits…) (il y a « Max et les ferrailleurs » qui va bien comme un gant aussi à ce trait d’union que j’essaye de composer) (on pourrait rebaptiser ce »mauvais sang » en un « Marc, Alex, Hans et les autres« ).

Denis Lavant c’est Alex l’alter ego du réalisateur disons (25 ans, Alex Dupont en a 26…) (Alex Dupont et l’un des hétéronymes comme on dit maintenant du réalisateur) (ce mot est venu avec la mode qui s’est attachée à Fernando Pessoa et à sa valise, là, enfin sa malle) (ici comme on voit, Alex s’en va avec sa valise rouge)

Marc (Michel Piccoli, donc), Charlie (Serge Reggiani – il est de 22, il a 64 ans) (ils jouaient aussi tous les deux dans « le Doulos » (Jean-Pierre Melville, 1962)) et Hans (Hans Meyer, un médecin qui soigne les bobos des uns et des autres, il habite au dessus de la boucherie) sont des amis de longue date (quelques coups tordus, genre « Le trou » (Jacques Becker, 1960) (parce que dans « Casque d’Or » (Jacques Becker, 1952) Reggiani a trente ans) (enfin aussi) (enfin je me perds, et je vous perds, j’ai l’impression) (on verra Reggiani/Charlie taleur).

Ici Marc et Hans dans le salon.N’importe, l’image est belle, le film est assez beau, juste pèche un peu le scénario ( le MacGuffin (cher à Philippe Diaz – d’ailleurs un homonyme produit le film) (on a interverti les liens entre les hétéronymes) ne tient pas bien); l’ambiance de la Comète de Haley date un peu – surtout que le réchauffement climatique commence à se faire sentir à présent – à peine mais quand même – à titre personnel et subjectif évidemment, le 13 mars 1986, au passage de cet objet céleste (dit-on) tonton inaugurait dans d’anciens abattoirs qui n’avaient jamais servi à ce pour quoi ils avaient été construits un musée de sciences) (enfin le temps passe, mais le sang rouge reste…)

Il y a notamment des courses formidablement généreuses : la première c’est Lise (Julie Delpy)(elle aime Alex mais lui la quitte, il veut changer de vie) elle court c’est magnifique (ellelui court après mais il la sème)et c’est du cinéma comme on l’aime. Vraiment, comme on l’aime. L’autre course magique elle aussi est celle d’Alex – il met la radio (on pense à l’Air NU, évidemment), indique que la musique qui s’épand est toujours la bonne et marque « Ecoutons et laissons nous dicter nos sentiments… » et ici une minute vingt de parfaite grâceou de grâce parfaitedont ne rendent que peu compte les images fixes(Jean-Yves Escoffier, à l’image, nous a quitté à Los Angelès, en 2003, emporté par une crise cardiaque…) travelling merveilleux dans la nuit chaude du presque hiver (puisqu’on est, si on en croit la narration, en mars – il neigera un peu plus tard, aussi).

On ne parle pas d’Anna mais elle est là, tendre et douce sans doutepour elle a lieu ce combat de coqs, certeset la troisième course, magnifique elle aussifin du film sur le tarmac, Charlie (il y a là une espèce de Milou et j’ai pensé à « Milou en mai » (Louis Malle, 1990) avec le même Michel Piccoli qui y joue Milou – la scène des écrevisses…)et Anna qui court, court et presque s’envoleraitFormidable cinéma dans cette pure tradition française qu’il a de découvertes, d’inventions, de prises de risques…

Seul au salon

L’agent est venu pour rien. Ce matin, une alerte attentat a dissuadé les clients de venir en masse. Deux couples très renfermés ont fait la visite commune, au lieu de dix. Et ça a été tout.

Il est resté, lui, dans le salon, où la télé plus fausse que vraie est pourtant secrètement branchée, il suffit de glisser un DVD dans son lecteur intégré pour s’en convaincre. Mais les DVD des étagères, sont des faux décevants : de vieux films, des classiques, vus et revus. Alors l’agent a apporté un câble HDMI pour brancher son ordinateur et se perdre en haute mer avec Robert Redford sur un yacht trop léger pour l’océan Indien.

Ça commence comme ici, se dit l’agent, avec un container de baskets, perdu et dérivant. Le commerce heurte, ici, l’internationalisation des guerres aussi. Quelque chose détruit autre chose. Container, kalachnikov, finance, religion ; quelles différences ? Film sans dialogue, la solitude est complète, même avec lui-même. Seul jusqu’au fond de lui-même.

Les agents qui se relayent en cette maison témoin pour la vendre en exemplaires démoulés d’une usine imaginaire à maisons ne ferment même plus à clé. Le temps ne passe pas ici, sans cuisine, sans cris, et la poussière toujours faite. Quelque chose ne passe pas, il suffit de revenir pour le constater. Mais l’agent ne sait pas ce que c’est. Il se sent couler dans un eau claire, qui devient sombre, ne sait pas si c’est un rêve. Il s’enfonce dans le canapé et l’ordinateur se met en veille, déconnecté des nouvelles du monde.

Tango

 

 

Mercredi, c’est le jour du cinéma (les exploitants changent leur programme, il faut bien les suivre sans doute) – il fut un temps où c’était celui de merdalécole, mais ça a changé et on s’en fout – il faut tenir la distance (en même temps, il vaut mieux être seul que mal accompagné disait ma grand-mère). Il y a toujours des chansons (il y a peu, on m’a pris pour Charles Dumont, je ne suis pas complètement sûr de m’en être complètement remis) dont l’une fait « depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire » (la chambre noire, j’aime ça, c’est un peu comme la photographie, ou la verte (François Truffaut, 1978 – l’un des rares films qui me plaisent réalisés par ce cinéaste); ou la jaune, ou la rouge) et donc je divague un peu, j’erre dans les rues, dans la campagne : cette fois-là, je ne sais plus exactement – encore que ces circonstances soient tout à fait élucidables – c’est à cause du réalisateur, Stéphane Brizé dont je continue à regarder les films, parfois, pour m’en souvenir, et cette fois-ci donc, il s’agissait de l’histoire d’un type dont la profession est huissier de justice (il y a des professions difficiles à tenir, maton flic inspecteur du fisc – des fonctionnaires – détective tueur (à gage ou pas) bourreau et d’autres encore je ne vais me mettre à lister – y’en a plein – qui pourraient, à bon droit, revendiquer le titre de ce film (il date de 2004) (quand je mets une date, je fais un flash-back sur ma propre biographie, et je tente de regarder ce qui se passait alors – voilà plus de dix ans quand même, les choses s’effacent) (je ne l’ai pas vu à sa sortie) (je l’ai emprunté à la médiathèque du village du bourg enfin là-bas cinq kilomètres en auto, quinze euros l’abonnement à l’année, autant de films qu’on veut – peut-être seulement trois d’un coup, je ne sais plus) : « Je ne suis pas là pour être aimé » (2004).

Ce qui est évidemment faux, puisque tous les humains, de quelque genre qu’ils soient, sont là justement pour ça (content de vous l’apprendre si vous l’ignoriez). Au moins. Le type s’appelle Jean-Claude Delsart (c’est Patrick Chesnais qui l’interprète), il a hérité de l’étude (je crois que c’est ainsi que se nomme ce type de bureau ou d’officine) de son père, lequel finit ses jours dans une maison de retraite. Le type va voir son père tous les dimanches, et ensemble, ils disputent une partie de monopoly.

Comme on voit, le père (il n’est pas prénommé, juste Monsieur Delsart) est interprété par Georges Wilson (une certaine délectation à jouer les salauds ou les aigris animait cet homme – je crois comme tous les acteurs : ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans la vie et qui sont autorisées, là) (et en même temps, il n’est pas complètement avéré qu’ils ne soient pas dans ce style dans la vie courante : on s’en fout un peu mais on pense -surtout- à Jules Berry, que ce soit dans « Les visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) ou « Le crime de Monsieur Lange » (Jean Renoir, 1935)). Le fils encaisse (c’est le cas de le dire : pour un huissier, c’est l’encaissement qui compte). Il s’en va : son père le guette par la fenêtre, laisse glisser le rideau quand son fils se retourne (sans doute pour éviter de lui donner ne serait-ce qu’un signe). Des relations difficiles. J’aimerai continuer, mais j’ai peur de lasser.

Le fils voit, de sa fenêtre (un peu comme son père) un cours de tango : il se prend à vouloir danser (un médecin assez antipathique le pousse sur cette voie), il y va et y rencontre cette femme-là

Françoise Rubion, dite « Fanfan » lorsque la mère de ce Jean-Claude la gardait (ou quelque chose : elle le connait, et donc le reconnait; lui, non) (Anne Consigny dans le rôle : très bien). Puis les choses allant comme elles vont (le film est français – on échappe à la scène de lit – on parlera donc d’amour), ils s’entendent elle et lui, et dansent ensemble un tango lent, vraiment très beau on va dire. Elle lui explique les pas, il les comprend, ils s’entendent. C’est que quelque chose passe.

Le reste du monde 1 : elle va se marier, il l’apprend par une sorte d’indiscrétion, il en conçoit une sorte de blessure, ou de traîtrise, il ne veut plus la voir lorsqu’elle vient lui expliquer, dans son bureau, cette espèce de méprise peut-être (sans doute, probablement) cruelle.

Le reste du monde 2 : cette scène se déroule dans son bureau, et qui dit bureau dit secrétaire (une secrétaire préserve des secrets : celle-ci écoute aux portes

elle se prénomme Hélène (Anne Vincent, magique), elle remettra son patron d’aplomb).

Comme on sait (ou pas d’ailleurs), depuis que, lors d’une projection de « Senso » (Luchino Visconti, 1954 – une autre merveille), un (pas si) vieux (que ça) con m’a rabroué parce que je faisais des photos des écrans, je n’en commets plus (c’est ainsi, je suis impressionnable – j’agonis les abrutis aussi, mais je ne veux pas emmerder le monde non plus) (donc), je ne dispose plus que des films-annonces (j’aime ça) et de mes souvenirs de la vision du film. J’aime ce cinéma-là (il est un cinéma par réalisateur, celui de Stéphane Brizé – on a vu « Quelques heures de printemps« , formidable de retenu; « La loi du marché » – on a dû en parler ici – ; plus son premier film, je crois à la cinémathèque, mais je n’en trouve trace nulle part) celui de ce cinéaste-là me convient et me parle.

Il est d’autres péripéties, multiples, dont l’une (qui sera(it) un thème transversale à retenir) s’incarne dans le (futur) mari de Fanfan qui écrit : le tropisme de l’écrivain au cinéma est à traiter avec sérieux (j’aime ça, et je pense à ce magnifique « Providence » (Alain Resnais, 1977) où est suggérée la vie de Howard Philips Lovecraft) (Georges Wilson, et John Gielguld (il est Clive Langhman dans le film) sont de la même trempe) (y’a sans doute un étudiant en ciné qui a pondu une thèse là-dessus). En tout cas, ce cinéma-là s’incarne dans la dernière scène du film (juste une merveille).

Z cité perdue

 

Le film nous épargne le « tiré d’une histoire vraie » frelaté qui nous échoit, la plupart du temps, pour faire reluire un scénario bancale. Ici, non, et c’est tant mieux (on remercie de cet égard pour les spectateurs). James Gray, qui en est le réalisateur, n’est pas, dit-on, tellement aimé à Hollywood ni aux Etats (comme disent nos cousins) mais il est tenace (mis en chantier en 2009, produit pour une part par Brad Pitt – qui devait, dit-on encore, tenir le rôle principal – on ne bénéficie de cette aventure qu’à présent, soit 7 ans plus tard) et a de la suite dans les idées (c’est peut-être mal vu : je plains ce pays, qui a élu à sa tête une baudruche terriblement nuisible au reste du monde – je crains pour le mien, de pays,qui se trouve dans l’alternative avec le libéralisme le plus éhonté – j’ai nommé micron et son passage éclair dans un gouvernement, aux finances, où ses notes de frais nous ont épatés – et l’ignominie de l’ordure – la fille du borgne dont on juge ces temps-ci quelques uns des laudateurs (leur chef a pris neuf ans ferme). Ce ne sont que bruits de canalisations d’eaux usées, soit des sondages, mais tout de même, l’état de cette société… On peut aussi voir, en Guyane, les ravages de ces politiques – on peut aussi les voir ici même, à Paris, où la police tue sans sommation des gens – seraient-ils d’une autre contrée…- chez eux sous prétexte qu’ils portent un ciseau à poisson, ou en manifestation, frappe avec violence la jeunesse, éborgne, sodomise : cette société où les contre-pouvoirs sont réduits à n’être que des chambres d’échos de ces paroles ignobles (il y avait ce matin à france culture des émanations nauséabondes et des rires odieux : j’ai tourné le bouton). Alors certes on tente de se réfugier dans la fiction.

On y parvient. C’est un bien beau film : la photo de Darius Khondji n’y est pas pour rien, non plus que la musique  due (pour une part je crois) à Christopher Spelman (qui est à Gray un peu ce que Bernard Hermann était Sir Alfred). Il y a une scène de bal, magnifique; quelques repas et quelques explications devant des parterres de scientifiques géographes, quelques descentes de fleuves, des piranhas et des flèches; des peintures de guerre

ou de paix; quelques sorties en forêt, des « Indiens », des sauvages ou des civilisés (mais ce ne sont pas tous ceux qu’on croie) , on parle de vivre ailleurs, de s’en aller, puis la guerre (la première, les gaz et les tranchées, la boue la mort), on survit, on essaye de passer outre et de se cacher, mais l’aventure reparaît…

Le héros Percy Fawcett (Charlie Hunnam), son ami, Henry Costin (Robert Pattinson), et Arthur Manley, son second ami (Edward Ashley)

Rebondissements, coups de théâtre, courage, loyauté et trahison, féminisme (la femme du héros – interprétée par Sienna Miller – touchante et majestueuse – l’aide, porte ses enfants, et les élève…), avancées dans l’espace et le temps,un film à voir. Pour oublier, peut-être…

avant d’entrer au cinéma, le ciel, au dessus de Pantin

Tempête

 

Le fait est qu’il faut aussi faire en sorte que le cinéma vive : je ne suis pas complètement sûr que ce que je fais soit digne (?) d’attention pour le cinéma – le cinéma français – qui est un peu différent des grosses machines qu’on peut trouver ailleurs -jte parle même pas de l’Inde, hein, ni de la Corée ni de la Chine, ni mondial ni rien, jte parle du cinéma d’ici – je n’ai pas de prétention à la critique savante, je fais vivre ce lieu de ces images qui, une fois diffusées sur écran se perdent dans des limbes inconnues un peu comme lorsqu’on fait une faute de frappe et qu’on efface cette lettre, ce mot, qu’on le dépose où ? Qui dira la tristesse des mots laissés dans les corbeilles ? là c’était en DVD alors on pourrait le mettre dans le salon, mais non, c’est cette maison-là, toute entière, peuplée de fantômes et de revenants : les personnages de ce film-ci, le fils Mattéo

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Mayliss la fille -adoptée, on ne lui connait pas de père – sinon celui-ci-

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et le père Dominique

dominique-tempete

interprètent des rôles, ce sont les leurs (les mots sont beaux, de temps à autres : ce sont des leurres, oui) il y a peut-être quelques années de cela. L’histoire est un peu la leur, ils jouent

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ici au scrabble, ils interprètent, ils sont eux-même tout en étant des acteurs de leurs vies passées. C’est un très joli abyme : une tempête parce que le métier du père (le « grand métier » dit-on) c’est « d’aller à la mer » (pécheur sur un chalutier en haute mer : escale à Cork (Irlande) où débute le film, passage aux Sables d’Olonnes, puis dans la campagne environnante, petite voiture) : dans ce dispositif, on pense à ce film avec le Lindon (il y incarnait un agent de sécurité) (en même temps je cherche dans mon souvenir le titre, « La loi du marché » voilà (Stéphane Brizé, 2015) où les acteurs eux-mêmes jouaient leurs propres rôles -pas le Lindon qui reçut cependant un prix d’interprétation à Cannes si je me souviens bien) (on n’a guère le droit de se tromper de nos jours, avec cet internet où on peut tout vérifier) ou cet autre film, je ne sais plus, où cette cinquantenaire (je me souviens que cependant Nicole Garcia avait présidé à l’octroi, pour ce film d’une récompense : mais tout ceci est trouble) cette cinquantenaire donc décidait de retourner à son métier d’entraîneuse alors qu’un mariage avait toutes les chances d’aboutir (c’était « Party girl » caméra d’or en 2014 -Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis). Le réalisme documentaire, une sorte de sillon tracé ici, décalé de la fiction d’une certaine manière dramatique mais aussi comique, ou burlesque parfois.  Ici, ce film nommé « Tempête » (Samuel Collardey, 2015) fait la part belle aux acteurs qui sont dans leurs propres rôles, le film fonce sans pathos. A voir (le père, Dominique Leborne a reçu un prix type Lion d’or je crois, ou coupe Volpi à Venise) (je rechercherai, j’ai pas le temps) je m’en vais…

dminique-tempete-2

 

poser nouvel oeil

Elle disait «j’aime pas ces meubles, je ne me vois pas dedans»

je disais «oui, peut-être… moi non plus au fond, mais vous savez c’est le décorateur avec les conseils des commerciaux, ça doit être ce qui se fait – oubliez les»

elle disait «je peux pas»

et lui, agacé, un peu, pas trop, et qui ne voulait pas le montrer mais ça se voyait un peu quand même, bien sûr «superposes les tiens ou plutôt ceux que nous choisirons, parce que, hein…»

elle «oui, y en a pas beaucoup»

«quasiment pas, mais là qu’est ce qui te gêne, ce sont les meubles ou leur disposition ?»

«tu as raison, au fond, sans doute cette disposition, c’est tellement…»

«.. prévisible» et commençant à pousser le canapé «on n’a qu’à changer.. tu le mets où ?»

«dans le couloir»

«mais on ne pourra plus passer»

«mais si, tu vas voir» et à moi «vous m’aidez ?»

j’ai ouvert le bec ou écarquillé les yeux, ça revient au même, et on a poussé toutes les deux, on a eu du mal pour le franchissement de la porte – lui il aidait pas, il s’était assis par terre et il riait. Il est venu voir, oui, on passait, un peu de biais et si personne n’était assis mais on passait.

Nous, oui moi aussi, on triomphait.

Alors on a continué, tout valsait, on s’arrêtait parce qu’on riait trop, on reprenait.

C’était pas mal à la fin, en tout cas ça surprenait.

On a regardé, on s’est regardé avec de grands sourires

et puis ils m’ont aidé à tout remettre en ordre, parce que, bien sûr, ils n’achetaient pas la maison.