Leto

 

 

 

C’est une histoire de musique – les protagonistes l’aiment – ils en jouent, et s’en amusent : une sorte de liberté, de raison de vivre – ça se passe à Leningrad, au début des années 80 – ça ne s’appelle plus Saint-Pétersbourg depuis 1917 – on joue de la musique avec des guitare sèches, l’électricité a encore quelques difficultés à s’emparer des instruments – tout est cher, les cigarettes, le cinéma, l’alcool et les aliments – ce sont des  jeunes gens, ils n’ont peut-être pas trente ans, ils jouent, ils s’aiment, ils s’amusent, et tentent de vivre – c’est en noir et blanc, ça commence à la mer

ça continue en ville, on  joue, de jour comme de nuit – il y a cette espèce de petite famille

lui (Mike, incarné par Roman Bilyk)

elle (Natalia, épouse de Mike, c’est Irina Starshenbaum)

le troisième premier rôle, c’est Viktor (Teo Yoo dit-on)

plus jeune, talentueux, nouveau – il a quelque chose que d’autres n’ont pas, sans doute, comme dit la chanson. La musique, l’amour

ou seulement le désir – les chansons, les mots, les lieux : des chansons dans le métro

parce qu’il faut qu’on vive

et qu’il faut qu’on s’amuse

et qu’on en rie

alors le reste du monde – c’est-à-dire l’attirance

mais surtout la musique, la production et la réalisation des choses et sa propre passion

chanter, et puis laisser vivre et aimer (sans bénédiction, même si la roue pourrait tourner

non, ce ne sont pas des larmes

juste de la pluie) une légèreté, tendresse, une aisance, une liberté : chanter d’abord

chansons engagées comme on disait dans le temps (à cette époque-là…) peu importe : c’est d’aujourd’hui qu’on parle, d’aujourd’hui où l’immonde demeure au pouvoir là-bas, où on enferme et on tue (je me souviens de Anna Politkowvskaïa), on assigne à résidence (comme dans le plus abject des fascismes) : ici le réalisateur Kirill Serebrennikov, qui ne peut plus tourner par ordre du pouvoir

ici les acteurs en couleurs et à Cannes, lors de la présentation du film en compétition en mai dernier

parce qu’il faut que ça se sache – le rock’n’roll, la musique, la vie, l’amour : oui – pour le reste badges au revers

ce qui reste, c’est du cinéma, celui qu’on aime, simple, direct, allégorique : alors de nos jours, ne pas laisser les choses aller comme veulent qu’elles aillent les tenants de l’obscurantisme, les … et autres dictateurs pas si éloignés d’ici – aimer la musique la vie et le cinéma, oui, mais sans jamais oublier qu’ils sont des combats et des batailles à mener gagner et toujours recommencer.

 

Leto (L’été) un film de Kirill Serebrennikov.

 

ici une émission de radio qui retrace aussi le parcours de Viktor et Mike : rock russe

Héritières

 

 

(On s’en fout complètement mais enfin autant le dire : les diverses manifestations qui ont eu et vont avoir lieu ne manquent pas de nous interpeller – gilets jaunes, marches pour le climat, étudiants et lycéens, puis chauffeurs livreurs puis cheminots et pour finir – on l’espère vraiment – grève générale et dignité retrouvée des travailleurs et des autres – retraités ou chômeurs, sans abri et réfugiés… Certes utopie, mais sans elle, rien ne sera jamais possible non plus. Il faut qu’on se saisisse de ces moments – et donc, le cinéma dans ces conditions (me) semble assez inopportun. N’importe, je continue quand même cette rubrique pour faire vivre cette maison)

 

Deux femmes âgées vivent ensemble depuis bien longtemps (on dit 30 ans dans le synopsis) (le synopsis c’est l’histoire du film racontée par écrit) (ça ne se voit pas à l’écran, donc) mais les choses n’allant plus comme elles allaient, elles sont obligées de vendre la plupart des choses de prix que recèlent leur maison – vaisselles, piano désaccordé, mobilier de la salle à manger… Les choses ne vont pas car l’une d’entre elle est endettée (pourquoi ? mystère) : ici donc Chiquita

(interprétée par Margarita Irùn), et le juge l’envoie en prison… Ainsi, le couple est-il séparé (ici, Chela au lit, elle semble assez fragile, psychiquement disons)

(interprétée par Ana Brun) (les rôles sont tenus par des femmes toutes majestueuses et donc, certainement et sans aucun doute, particulièrement bien dirigées) (il s’agit d’un premier long métrage; le réalisateur n’a dans sa filmographie que 4 courts métrages – dont l’un au moins primé – il s’agit d’un beau cinéma, tout en gros plan, peut-être mais beau). Chiquita va en prison et Chela se retrouve seule – dans la maison, on vend les restes qui datent de la superbe

ici des dames admiratives qui se renseignent « c’est à vendre ? » au fond la bonne, Pati main aux hanches – seule peut-être mais vivante

et pour vivre, elle se sert de la voiture qu’elle a hérité de son père (elles voulaient la vendre, mais non, on ne la vendra pas : ici Chela qui enlève l’annonce de vente

) et elle transportera comme en taxi des femmes qui jouent aux cartes, elle les transporte, les attend, les ramène. Elle jouit ainsi d’une liberté et d’une vie nouvelle, laquelle est sans doute un peu magnifiée par la rencontre avec Angy (Ana Ivanova) avec qui elle noue une relation douce

amicale

d’amour tout autant

sans doute platonique, mais d’amour quand même. Entre les visites à la prison

et ses courses en taxi, Chela retrouve sa propre raison, sa propre réalité, sa vie elle-même et tout change et devient possible

Et Chiquita sortira de prison, et la vie continuera…

Le tout se passe à Asuncion (Paraguay), dans des circonstances plutôt normales – le monde auquel appartiennent les actrices, peut-être éloigné de la vie réelle, est donné comme aperçu, à travers quelques commérages, quelques faits diffus et légers, l’important est la vie retrouvée de Chela.

Très joli film.

Les Héritières, un film de Marcelo Martinessi.

Il s’agit d’une coproduction (les conditions sociales de production des films de cinéma sont toujours éclairantes bien qu’elles reflètent une histoire nationale, sinon nationaliste : il n’est pas complètement nécessaire d’attribuer à une nation la pérennité de l’argent qu’elle donne pour une réalisation, mais tout de même – ici Paraguay, Allemagne, Uruguay, Norvège, France, Brésil) (l’ordre lui-même – l’ordre, bien sûr – est déjà une divulgation : est-il imposé par le montant des subsides ou des ressources ? ici, il est repris du site allociné (sans lien, j’agonis – mais je lis quand même tu remarqueras) mais en regardant lisant le dossier de presse, la multitude des producteurs se referme un peu : en France, sans doute une aide à la distribution, j’imagine – parfois il faudrait que je me renseigne plus avant sur les arrières-cuisines de ces productions, mais la plupart du temps, mes essais demeurent infructueux alors je cesse – internet favorise cependant les choses : ainsi en allant sur le site de la production La babosa cine on apprend que le film est la résultante de six pays coproducteurs); il y a eu une espèce de statistique sur le cinéma mondial il me semble bien qui infère que 80°/° (je trouve pas la touche « pour cent » punaize) des dialogues sont le fait d’hommes : ici, il se trouve peut-être 5°/° de dialogue émis par des hommes – c’est un signe sans doute. Probablement. 

 

 

en paix*


Sur la table basse du coin salon-séjour-salle-à-manger-coin-détente-repas-relaxation-apéritif-dînatoire de la maison[s]témoin, il y a des magazines remplis de chansons douces & berceuses, parce qu’il fait froid dehors, froid dans la mer, et la montagne brûle, et le désert ronge et digère. On se repose le corps & l’esprit.


Dossier douillet et coussi / Qu’il repose en paix au paradis
d’assise moelleux, accueil / des Vanessa Paradis s’est marié
ouaté, fonction d’inclinai / e avec PHOTOS Charlotte Casirag
son pour suivre le moindre / hi officialise sa seconde gross
de vos gestes vous êtes as / son fils Tom futur acteur ? ell
assuré d’un maintien parfa / met le holà Découvrez sa magnif
de la nuque et des lombair / fique Charles Consigny s’expliq
quelle que soit votre posi / Elle coupe les ponts avec son p
, sans aucune manipulation / très cruel avec un secrétaire i
de votre part et en silenc / l balance tout ! un fan réalise
Vous profitez, avec d’un c / un surprenant portrait Les coif
fort inégalé, réitéré à ch / fures à adopter pour l’été Une
assise… L’essayer, c’est n / célèbre émission l’a recrutée !
plus vous en passer ! Choi / Vacances très sexy de Flora Coq


Peut-être que ce n’est pas si simple, et que l’on peut se reposer qu’un temps, un temps seulement, et s’affoler ensuite, et s’indigner ensuite, et se crever le cœur ensuite, peut-être – rien n’est exclu – que le tourbillon de repos ne pourra reposer de rien.

des photos d’amis

 

 

dans cette lointaine campagne (la maisons(s)témoin doit vivre, serait-elle éloignée de la ville inventée) (encore que cette injonction n’ait pas tant de nécessité que ça – sinon le désir qu’on en a) (les fleurs déjà

au loin les montagnes) il y eut cette fin d’hiver une exposition de photographies dues à Daniel Wallard (1913-1983) intitulée « l’ami photographe » (rétrospectivement j’en parle ici mais elle a fermé depuis le 3 juin) : elle illustre ses amitiés avec des gens qu’on aime, on en parle ici mais ils sont assez loin dans l’espace et le temps – on les aime toujours malgré leurs défauts qu’on pardonne (il en est d’autres à qui on ne pardonne pas, cependant) d’abord sans doute André Gide – sans image – et « Les faux monnayeurs », puis : je me souviens que dans mes premiers mois de vie à Paris – soixante quatorze – je prenais le métro pour lire (j’allais à La Motte Piquet-Grenelle pour prendre la direction de l’Etoile où je changeais pour prendre celle de Nation où je changeais pour prendre la direction de Denfert Rochereau, et poussant un peu, je changeais à La Motte-Piquet Grenelle) (le tour du monde, sur  les traces du Paris d’avant l’annexion) je lisais « Les voyageurs de l’Impériale » (et le reste du cycle)

(Louis Aragon, à droite, avec son pendentif en forme de montre – ou l’inverse) d’un des amis de Daniel Wallard, regardais lorsque le métro sortait cette ville désormais mienne (comme on y va, hein) alors que je ne faisais que lui appartenir pour les cinquante ou plus années à venir (le savais-je, l’ignorais-je, peu importe) (qu’en sais-je aujourd’hui, je l’ignore tout autant). Des amis de ce photographe, un autre que j’aime aussi est ce marchand (je ne le connais que d’avoir lu ce livre paru dans cette édition « mes galeries mes peintres » (il y allait aussi, tu remarqueras)) ami (entre tant d’autres) de Picasso

Daniel-Henry Kahnweiler (j’aime le foulard qui couvre la tête de la femme au deuxième plan – après les main appuyées sur la canne – et après la vie capturée de cet homme). Et puis aussi Marc Chagall

dont on aime tant les oeuvres et le sourire évidemment (cette histoire racontée par son fils : il va dans un restaurant avec son père, dans le quartier de l’opéra où il travaille, un type (peut-être un autre peintre) demande ce qu’il fait dans la vie, il répond « oh je repeins un plafond » et retourne à ses sardines (ou radis) beurre…) on a le droit de rire même dans le tragique, la vie traversée par ces gens, s’arrêter devant cette image magnifique

Fernand Léger de face et Blaise Cendras avec sa main gauche (années 1954 je pense) (il y aura d’autres images avec Fernand Léger, avec Emmanuelle Riva, avec Louis Pauwels ou Alexandre Calder, qu’il comptait parmi ses amis)  ici un des tableaux de Léger

quelque chose comme « les constructeurs » – la photographie, c’est se souvenir des belles choses… Et donc, cette petite maison dans le champ, au loin, pour se souvenir de la fin de l’hiver et du nouveau toit

et cette image du photographe devant une toile de son ami Léger (prise à Touques en 1957)

en entrée de billet, Elsa Triolet (qui fait penser à « La jetée  » de Chris Marker) qui tient le bras de son amoureux.

 

Les loups

 

 

 

 

ça répond au mot de dégraissage (en anglais ça fait « lean »), il y a des officines sur les bords de la mer Noire je crois bien qui pour quelques centaines d’euros vous font profiter de leur savoir faire afin de vous ôter ces poignées d’amour ou plus qui affectent votre beauté supérieure – il y avait cette image magnifique d’un président svelte aux rames d’un canoë ou quelque chose, tu te souviens – et d’autres qui parviennent à truquer les photos évidemment, c’est plutôt une attitude qui veut tenir compte de l’apparence, comment est-on en photo?, c’est une question qui se pose ici, dans cette construction, cette maison, qui veut traiter des traces laissées dans l’imaginaire. Ce qui fait qu’on dit « lean management » c’est quand même plus agréable et plus clair. Il y a quelques semaines, avant Noël, un autre de cette classe avait fait parler de lui

il se trouve à droite sur cette image (les cours de bourse dégringolaient), une espèce d’enfant sage tandis que son collaborateur préféré fait le spectacle (on aime la pochette, la montre, les boutons de manchette, le noeud des cravates, l’air satisfait, à l’arrière plan, le cadreur télé). A cette occasion, j’avais pris quelques images sous prétexte de me souvenir de ce moment où celui-là fut foutu dehors

manque de cravate, je suppose, enfin remercié (on ne s’inquiète pas trop non plus pour lui), le sourire c’est quelque chose de magnifique et qui inspire la confiance, un peu comme le rire

la confiance et la joie – c’était le bon temps – ce sont les images qui circulent : ici on applaudit parce qu’on a foutu quelques centaines de paumés dehors, on dégraisse, on applique les recettes et les cours en bourse montent  –

ces gens-là savent s’amuser et sont particulièrement drôles, cet humour magnifique et un peu pince sans rire, tu comprends

oui, entre amis, les marques comme on les aime, l’avenir radieux, la hausse des cours en point de fuite… Et puis ce ne sont que des hommes, après tout (il y a peu de femmes, c’est vrai mais ça se trouve quand même) : un billet qui en traite, quelque chose de dégradant ou d’indigne. Lorsqu’il arrive  la tête de l’Etat, celui-là a aussi de grandes idées pour le patronat (son prédécesseur avait accompli ce merveilleux cadeau de 50 milliards d’euros à cette classe dirigeante dont on aperçoit ici deux des fleurons d’alors que le monde nous envie)

n’est-ce pas qu’on sent bien l’humour, la franche gaieté et la camaraderie sincère (et non pas la veulerie,  ni l’hypocrisie : l’accord dans le ton des tissus est à l’image de celui des idées), il y a ces ordonnances, cette loi travail ni loi ni travail, et on balance des hommes et des femmes dehors, on dégraisse, c’est ce qu’il faut faire. Arrivé en  2015 à la tête d’une enseigne dont le bénéfice bondit (ici à la présentation du bilan

– le type est content, ici en 2016, on le serait à moins : cinq cents personnes dégraissées), il aime foncer (on (enfin votre serviteur…) ne lui connait pas encore – comme certains s’en vantent – de jet privé (c’est certain) ou de yacht (c’est probable) amarré à Miami toute l’année pour quelques jours de balade en mer), et on entend ces cris de loups à présent. Voilà six mois (un peu comme un autre) qu’il a été nommé à la tête d’une enseigne plus importante (pensez, elle est cotée dans les quarante plus grosses), on apprend que ce seront deux mille quatre cents qui seront foutu dehors (non, pardon, remerciés, mis à la retraite anticipée, dans le cadre de départ volontaires, sans doute négociés, avec des conditions avantageuses et tout le barda qui va avec)

non, ça n’a rien à voir avec ces éclats de rire d’autres concurrents laissés en arrière (mais pourtant, quelle joie…!) restons calmes, pondérés et présentables

et heureux, en un mot entre amis…

Quel monde merveilleux…

Rester éveillés

 

 

 

L’instauration de cette illustration des divers objets se trouvant dans cette maison « pour faire vrai » (est-ce bien le but ? on se le demande) (mais les questions qu’ici on se pose sont innombrables apportant par elles-mêmes des réponses tout aussi innombrables)  a débuté (pensé-je) en mai 2015 et continue sur une espèce de lancée, une erre qu’il ne faudrait pas tenter de maîtriser (les divers et variés atermoiements du rédacteur de ces billets quant à l’existence même de cette maison, de ce décor, de ce lieu n’ont d’égal que ses propres fantasmes : il y a quelques temps, je me suis dit – passons au style direct, ça va bien comme ça – que la figuration m’allait (m’irait) comme un gant à une main) (et de là la gifle qu’il faut asséner à la plupart de ce type de réflexions – bien que ce mot soit assez disproportionné pour expliquer ces passades – je pense toujours – souvent – à cette silhouette qu’on commence à discerner sur les images de Thomas dans l’adaptation (tellement) libre des Fils de la Vierge (Julio Cortazar, in Les armes secrètes, 1963, Gallimard) qu’en a produit Michelangelo Antonioni en 1966 : c’est là

c’est déjà trop dire, mais n’importe (Blow up). Pour tenter de renouer avec le fil de l’histoire (quel fil? quelle histoire ? on n’en finit jamais), trois épisodes d’un film d’Howard Hawks revu pour des questions d’apprentissage de la langue anglaise (on fait ce qu’on peut et ce qu’on doit, aussi) dont le titre « The Big Sleep » (livre n°13 de la collection « Série Noire » traduction Boris Vian, 1948) pourrait s’adapter à n’importe quelle autre production de ce genre (je veux dire : fiction) ainsi que, par exemple « Le ciel pour témoin » ou quelqu’autre galéjade dont le langage a le secret.

 

  1. Le héros (Philip Marlowe) interprété par Humphrey Bogart (né un 25 décembre – 1899- décédé 57 ans plus tard) entre dans une librairie : une espèce de libraire qui n’y connaît rien tente de l’évincer, il s’en va, traverse la rue, entre dans une boutique de la même corporation, là rencontre la libraire (probablement : on ne sait comment elle se (pré)nomme non plus que son statut exact), et la relation qu’ils parviennent à entretenir est simplement magique

Interprétée par Dorothy Malone, (on s’amuse à les voir se répondre), elle défait ses cheveux, ôte ses lunettes

ils trinquent et se traitent en amis (on se souvient peut-être de cette même actrice dans le magnifique « Ecrit sur du vent » (Douglas Sirk, 1956) (elle est toujours parmi nous, celle-ci, et tape les 93 quand même…). Cette fraternité, ou sororité, qui s’exprime là a quelque chose, de l’humanité sans doute, de la camaraderie, de l’entr’aide et de la loyauté (elle ne réapparaît plus dans le film).

2. Ici l’objet qu’on posera peut-être dans le salon, cette tête sculptée

dans laquelle on a dissimulé un appareil-photo, lequel prend des clichés de personnages dans des positions propres à les faire revenir sur terre, et pour lesquels ils seront mis à contribution (ils se trouvent confrontés à ces clichés hors-champ, nous n’avons droit, nous autres spectateurs, qu’à l’évocation de leurs turpitudes capturées lors de leurs ébats avec la jeune soeur de l’héroïne qu’on va retrouver au point 3).

3. L’histoire est assez obscure, absconse et triviale (gangsters, maîtres-chanteurs, voleurs, tripots flics meurtres chantages et j’en passe sans doute – JP. Melville (dont on sait, par ailleurs, qu’il va s’agir bientôt – s’il n’avait été trop tôt arraché à notre affection – du centenaire de la naissance) a recensé 19 structures du roman policier, pas une de plus, ni de moins d’ailleurs – mais donne lieu à la romance (il s’agit d’une histoire assez d’amour) entre l’une des filles d’un vieillard impotent et notre Marlowe (laquelle jeune femme est interprétée par Lauren Bacal, qui comme on sait peut-être, est mariée avec ledit Humphrey depuis deux ans lors du tournage, et leur complicité fait plaisir à voir)

Ils sont tellement mignons, hein.

 

4. Epilogue (ici Howard Hawks et Lauren Bacall

dont on peut sans doute dire qu’il est celui qui l’a fait connaître au monde (occidental probablement) comme une star (magnifique) et la chanson dans le Grand Sommeil témoigne aussi de l’étendue de son registre…) (pas trouvé d’image, et le dvd était un emprunt fait – et rendu – à la médiathèque)

Trait d’union

 

 

Ca se passe il y a trente ans dans une ancienne boucherie chevaline transformée en une espèce de loft où vivent, semble-t-il, Marc et Anna (incarnés par Michel Piccoli et Juliette Binoche -celui-là au moment des faits (du tournage si tu préfères) tape les soixante piges, elle en a 22) elle l’aime, il l’aime mais ne veut pas le lui dire (c’est une espèce d’histoire d’amour). Il se trouve que je mène (en secret relatif) un travail sur « Le Cercle Rouge » (Jean-Pierre Melville, 1970) et que j’ai trouvé de vagues ressemblances entre ces deux films – à quinze ans d’écart, une histoire de malfrats. Dit comme ça c’est assez réducteur mais, en réalité, la comparaison est extrêmement flatteuse (en réalité, pour les deux films). Tout ça pour dire que, puisqu’il faut bien mettre ce film quelque part, eh bien ce sera dans le salon (puisque cette boucherie, c’est d’un salon, au fond, qu’il s’agit) même si très souvent on sort, on en sort, on n’arrête pas d’en sortir (on le met aussi en extérieur). J’ai pensé aussi aux films de Claude Sautet (surtout parce que Michel Piccoli et Serge Reggiani étaient des acteurs que ce dernier réalisateur aimait à employer (on aurait bien aimé voir, par exemple ici, François Périer mais non) (ce dernier de 1919 avait soixante sept ans au moment des faits…) (il y a « Max et les ferrailleurs » qui va bien comme un gant aussi à ce trait d’union que j’essaye de composer) (on pourrait rebaptiser ce »mauvais sang » en un « Marc, Alex, Hans et les autres« ).

Denis Lavant c’est Alex l’alter ego du réalisateur disons (25 ans, Alex Dupont en a 26…) (Alex Dupont est l’un des hétéronymes comme on dit maintenant du réalisateur) (ce mot est venu avec la mode qui s’est attachée à Fernando Pessoa et à sa valise, là, enfin sa malle) (ici comme on voit, Alex s’en va avec sa valise,  rouge)

Marc (Michel Piccoli, donc), Charlie (Serge Reggiani – il est de 22, il a 64 ans) (ils jouaient aussi tous les deux dans « le Doulos » (Jean-Pierre Melville, 1962)) et Hans (Hans Meyer, un médecin qui soigne les bobos des uns et des autres, il habite au dessus de la boucherie) sont des amis de longue date (quelques coups tordus, genre « Le trou » (Jacques Becker, 1960) (parce que dans « Casque d’Or » (Jacques Becker, 1952) Reggiani a trente ans) (enfin aussi) (enfin je me perds, et je vous perds, j’ai l’impression) (on verra Reggiani/Charlie taleur).

Ici Marc et Hans dans le salon.N’importe, l’image est belle, le film est assez beau, juste pèche un peu le scénario ( le MacGuffin (cher à Philippe Diaz – d’ailleurs un homonyme produit le film) (on a interverti les liens entre les hétéronymes) ne tient pas bien); l’ambiance de la Comète de Haley date un peu – surtout que le réchauffement climatique commence à se faire sentir à présent – à peine mais quand même – à titre personnel et subjectif évidemment, le 13 mars 1986, au passage de cet objet céleste (dit-on) tonton inaugurait dans d’anciens abattoirs qui n’avaient jamais servi à ce pour quoi ils avaient été construits un musée de sciences) (enfin le temps passe, mais le sang rouge reste…)

Il y a notamment des courses formidablement généreuses : la première c’est Lise (Julie Delpy)(elle aime Alex mais lui la quitte, il veut changer de vie) elle court c’est magnifique (elle lui court après mais il la sème)et c’est du cinéma comme on l’aime. Vraiment, comme on l’aime. L’autre course magique elle aussi est celle d’Alex – il met la radio (on pense à l’Air NU, évidemment), indique que la musique qui s’épand est toujours la bonne et marque « Ecoutons et laissons nous dicter nos sentiments… » et ici une minute vingt de parfaite grâceou de grâce parfaitedont ne rendent que peu compte les images fixes(Jean-Yves Escoffier, à l’image, nous a quitté à Los Angelès, en 2003, emporté par une crise cardiaque…) travelling merveilleux dans la nuit chaude du presque hiver (puisqu’on est, si on en croit la narration, en mars – il neigera un peu plus tard, aussi).

On ne parle pas d’Anna mais elle est là, tendre et douce sans doutepour elle a lieu ce combat de coqs, certeset la troisième course, magnifique elle aussifin du film sur le tarmac, Charlie (il y a là une espèce de Milou et j’ai pensé à « Milou en mai » (Louis Malle, 1990) avec le même Michel Piccoli qui y joue Milou – la scène des écrevisses…)et Anna qui court, court et presque s’envoleraitFormidable cinéma dans cette pure tradition française qu’il a de découvertes, d’inventions, de prises de risques…

Seul au salon

L’agent est venu pour rien. Ce matin, une alerte attentat a dissuadé les clients de venir en masse. Deux couples très renfermés ont fait la visite commune, au lieu de dix. Et ça a été tout.

Il est resté, lui, dans le salon, où la télé plus fausse que vraie est pourtant secrètement branchée, il suffit de glisser un DVD dans son lecteur intégré pour s’en convaincre. Mais les DVD des étagères, sont des faux décevants : de vieux films, des classiques, vus et revus. Alors l’agent a apporté un câble HDMI pour brancher son ordinateur et se perdre en haute mer avec Robert Redford sur un yacht trop léger pour l’océan Indien.

Ça commence comme ici, se dit l’agent, avec un container de baskets, perdu et dérivant. Le commerce heurte, ici, l’internationalisation des guerres aussi. Quelque chose détruit autre chose. Container, kalachnikov, finance, religion ; quelles différences ? Film sans dialogue, la solitude est complète, même avec lui-même. Seul jusqu’au fond de lui-même.

Les agents qui se relayent en cette maison témoin pour la vendre en exemplaires démoulés d’une usine imaginaire à maisons ne ferment même plus à clé. Le temps ne passe pas ici, sans cuisine, sans cris, et la poussière toujours faite. Quelque chose ne passe pas, il suffit de revenir pour le constater. Mais l’agent ne sait pas ce que c’est. Il se sent couler dans un eau claire, qui devient sombre, ne sait pas si c’est un rêve. Il s’enfonce dans le canapé et l’ordinateur se met en veille, déconnecté des nouvelles du monde.

Tango

 

 

Mercredi, c’est le jour du cinéma (les exploitants changent leur programme, il faut bien les suivre sans doute) – il fut un temps où c’était celui de merdalécole, mais ça a changé et on s’en fout – il faut tenir la distance (en même temps, il vaut mieux être seul que mal accompagné disait ma grand-mère). Il y a toujours des chansons (il y a peu, on m’a pris pour Charles Dumont, je ne suis pas complètement sûr de m’en être complètement remis) dont l’une fait « depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire » (la chambre noire, j’aime ça, c’est un peu comme la photographie, ou la verte (François Truffaut, 1978 – l’un des rares films qui me plaisent réalisés par ce cinéaste); ou la jaune, ou la rouge) et donc je divague un peu, j’erre dans les rues, dans la campagne : cette fois-là, je ne sais plus exactement – encore que ces circonstances soient tout à fait élucidables – c’est à cause du réalisateur, Stéphane Brizé dont je continue à regarder les films, parfois, pour m’en souvenir, et cette fois-ci donc, il s’agissait de l’histoire d’un type dont la profession est huissier de justice (il y a des professions difficiles à tenir, maton flic inspecteur du fisc – des fonctionnaires – détective tueur (à gage ou pas) bourreau et d’autres encore je ne vais me mettre à lister – y’en a plein – qui pourraient, à bon droit, revendiquer le titre de ce film (il date de 2004) (quand je mets une date, je fais un flash-back sur ma propre biographie, et je tente de regarder ce qui se passait alors – voilà plus de dix ans quand même, les choses s’effacent) (je ne l’ai pas vu à sa sortie) (je l’ai emprunté à la médiathèque du village du bourg enfin là-bas cinq kilomètres en auto, quinze euros l’abonnement à l’année, autant de films qu’on veut – peut-être seulement trois d’un coup, je ne sais plus) : « Je ne suis pas là pour être aimé » (2004).

Ce qui est évidemment faux, puisque tous les humains, de quelque genre qu’ils soient, sont là justement pour ça (content de vous l’apprendre si vous l’ignoriez). Au moins. Le type s’appelle Jean-Claude Delsart (c’est Patrick Chesnais qui l’interprète), il a hérité de l’étude (je crois que c’est ainsi que se nomme ce type de bureau ou d’officine) de son père, lequel finit ses jours dans une maison de retraite. Le type va voir son père tous les dimanches, et ensemble, ils disputent une partie de monopoly.

Comme on voit, le père (il n’est pas prénommé, juste Monsieur Delsart) est interprété par Georges Wilson (une certaine délectation à jouer les salauds ou les aigris animait cet homme – je crois comme tous les acteurs : ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans la vie et qui sont autorisées, là) (et en même temps, il n’est pas complètement avéré qu’ils ne soient pas dans ce style dans la vie courante : on s’en fout un peu mais on pense -surtout- à Jules Berry, que ce soit dans « Les visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) ou « Le crime de Monsieur Lange » (Jean Renoir, 1935)). Le fils encaisse (c’est le cas de le dire : pour un huissier, c’est l’encaissement qui compte). Il s’en va : son père le guette par la fenêtre, laisse glisser le rideau quand son fils se retourne (sans doute pour éviter de lui donner ne serait-ce qu’un signe). Des relations difficiles. J’aimerai continuer, mais j’ai peur de lasser.

Le fils voit, de sa fenêtre (un peu comme son père) un cours de tango : il se prend à vouloir danser (un médecin assez antipathique le pousse sur cette voie), il y va et y rencontre cette femme-là

Françoise Rubion, dite « Fanfan » lorsque la mère de ce Jean-Claude la gardait (ou quelque chose : elle le connait, et donc le reconnait; lui, non) (Anne Consigny dans le rôle : très bien). Puis les choses allant comme elles vont (le film est français – on échappe à la scène de lit – on parlera donc d’amour), ils s’entendent elle et lui, et dansent ensemble un tango lent, vraiment très beau on va dire. Elle lui explique les pas, il les comprend, ils s’entendent. C’est que quelque chose passe.

Le reste du monde 1 : elle va se marier, il l’apprend par une sorte d’indiscrétion, il en conçoit une sorte de blessure, ou de traîtrise, il ne veut plus la voir lorsqu’elle vient lui expliquer, dans son bureau, cette espèce de méprise peut-être (sans doute, probablement) cruelle.

Le reste du monde 2 : cette scène se déroule dans son bureau, et qui dit bureau dit secrétaire (une secrétaire préserve des secrets : celle-ci écoute aux portes

elle se prénomme Hélène (Anne Vincent, magique), elle remettra son patron d’aplomb).

Comme on sait (ou pas d’ailleurs), depuis que, lors d’une projection de « Senso » (Luchino Visconti, 1954 – une autre merveille), un (pas si) vieux (que ça) con m’a rabroué parce que je faisais des photos des écrans, je n’en commets plus (c’est ainsi, je suis impressionnable – j’agonis les abrutis aussi, mais je ne veux pas emmerder le monde non plus) (donc), je ne dispose plus que des films-annonces (j’aime ça) et de mes souvenirs de la vision du film. J’aime ce cinéma-là (il est un cinéma par réalisateur, celui de Stéphane Brizé – on a vu « Quelques heures de printemps« , formidable de retenu; « La loi du marché » – on a dû en parler ici – ; plus son premier film, je crois à la cinémathèque, mais je n’en trouve trace nulle part) celui de ce cinéaste-là me convient et me parle.

Il est d’autres péripéties, multiples, dont l’une (qui sera(it) un thème transversale à retenir) s’incarne dans le (futur) mari de Fanfan qui écrit : le tropisme de l’écrivain au cinéma est à traiter avec sérieux (j’aime ça, et je pense à ce magnifique « Providence » (Alain Resnais, 1977) où est suggérée la vie de Howard Philips Lovecraft) (Georges Wilson, et John Gielguld (il est Clive Langhman dans le film) sont de la même trempe) (y’a sans doute un étudiant en ciné qui a pondu une thèse là-dessus). En tout cas, ce cinéma-là s’incarne dans la dernière scène du film (juste une merveille).

Z cité perdue

 

Le film nous épargne le « tiré d’une histoire vraie » frelaté qui nous échoit, la plupart du temps, pour faire reluire un scénario bancale. Ici, non, et c’est tant mieux (on remercie de cet égard pour les spectateurs). James Gray, qui en est le réalisateur, n’est pas, dit-on, tellement aimé à Hollywood ni aux Etats (comme disent nos cousins) mais il est tenace (mis en chantier en 2009, produit pour une part par Brad Pitt – qui devait, dit-on encore, tenir le rôle principal – on ne bénéficie de cette aventure qu’à présent, soit 7 ans plus tard) et a de la suite dans les idées (c’est peut-être mal vu : je plains ce pays, qui a élu à sa tête une baudruche terriblement nuisible au reste du monde – je crains pour le mien, de pays,qui se trouve dans l’alternative avec le libéralisme le plus éhonté – j’ai nommé micron et son passage éclair dans un gouvernement, aux finances, où ses notes de frais nous ont épatés – et l’ignominie de l’ordure – la fille du borgne dont on juge ces temps-ci quelques uns des laudateurs (leur chef a pris neuf ans ferme). Ce ne sont que bruits de canalisations d’eaux usées, soit des sondages, mais tout de même, l’état de cette société… On peut aussi voir, en Guyane, les ravages de ces politiques – on peut aussi les voir ici même, à Paris, où la police tue sans sommation des gens – seraient-ils d’une autre contrée…- chez eux sous prétexte qu’ils portent un ciseau à poisson, ou en manifestation, frappe avec violence la jeunesse, éborgne, sodomise : cette société où les contre-pouvoirs sont réduits à n’être que des chambres d’échos de ces paroles ignobles (il y avait ce matin à france culture des émanations nauséabondes et des rires odieux : j’ai tourné le bouton). Alors certes on tente de se réfugier dans la fiction.

On y parvient. C’est un bien beau film : la photo de Darius Khondji n’y est pas pour rien, non plus que la musique  due (pour une part je crois) à Christopher Spelman (qui est à Gray un peu ce que Bernard Hermann était Sir Alfred). Il y a une scène de bal, magnifique; quelques repas et quelques explications devant des parterres de scientifiques géographes, quelques descentes de fleuves, des piranhas et des flèches; des peintures de guerre

ou de paix; quelques sorties en forêt, des « Indiens », des sauvages ou des civilisés (mais ce ne sont pas tous ceux qu’on croie) , on parle de vivre ailleurs, de s’en aller, puis la guerre (la première, les gaz et les tranchées, la boue la mort), on survit, on essaye de passer outre et de se cacher, mais l’aventure reparaît…

Le héros Percy Fawcett (Charlie Hunnam), son ami, Henry Costin (Robert Pattinson), et Arthur Manley, son second ami (Edward Ashley)

Rebondissements, coups de théâtre, courage, loyauté et trahison, féminisme (la femme du héros – interprétée par Sienna Miller – touchante et majestueuse – l’aide, porte ses enfants, et les élève…), avancées dans l’espace et le temps,un film à voir. Pour oublier, peut-être…

avant d’entrer au cinéma, le ciel, au dessus de Pantin