La vie facile

 

 

T’en souvient-il de cette chanson qui fait :  » la grande vie/à mon avis/c’est la vie que l’on vit/lorsque l’on s’ai-ai-aime » ?  Je ne me souviens plus, peut-être Zizi Jeanmaire (prénom d’un autre siècle, pas vrai ? mais moi je l’aime bien cette dame, toujours parmi nous jte ferai dire)… Trouvée.

 

C’est l’histoire d’un type de peut-être seize ans qui s’en va de sa campagne (il y laisse une mère, un frère plus âgé marié père d’un enfant -on l’apprend ensuite) pour travailler en ville

(il semble – je n’ai pas fait le travail comme il faut, je n’ai pas lu l’entretien avec le réalisateur; parfois je n’ai pas le temps, je n’ai pas l’envie) (la solitude, sans doute) un boulot de merde comme on dit de nos jours (le film se déroule de nos jours, sorti en décembre 2016, présenté l’année dernière à Cannes à la Semaine de la Critique), quand le bâtiment va, tout va : c’est le cas, semble-t-il à Phnom Penh, capitale du Cambodge, située au milieu du territoire mais sur le Mékong

ici le champ : là où bossent des milliers de gens pour l’établissement de résidences ou hôtels de luxe pour « population solvable » (c’est beau comme de l’antique, l’hôtel de ville y est d’architecture greco-romaine…)

contrechamp : le fleuve – alors « Le barrage contre le Pacifique », un peu comme la mer, et celle de Marguerite (sa mère), la rue Saint-Benoît, Robert Antelme et les années cinquante, ça m’évoque et me dit à l’âme des mots et des choses qui me disposent, fatalement sans doute, très bien à l’égard du film, je le reconnais), le jeune type (il se nomme Bora dans le film – évidemment aussi voilà un prénom qui descend des montagnes sur Trieste tu sais – son nom en vrai : Sobon Nuon, simple et vrai, magnifique) est happé par la grandeur ou la beauté de la ville

(une photo retournée et recadrée prise au dossier de presse, ici au film annoncele clinquant n’est pas douteux, mais n’importe), les couleurs, la joie de vivre et de côtoyer des amis, des garçonscomme des fillesdes histoires eau de rose (comme on voit, le rose, oui), Bora retrouve un frère plus âgé lequel remarqué par un riche américain semble disposer de nombreux atouts

il se nomme Solei (Cheanik Nov) (on ne les connaît pas, non) le voilà qui aide notre héros, les choses vivent avancent, les temps changent, la mère au loin, du coeur, s’en ira, impalpable au loin « fais attention à toi, tu as bien mangé ? » tu sais comment elles sont, et tout parle, Bora grandit sans doute, son frère lui montre la voie ou le chemin, peut-être gagner mais derrière soi abandonner (son amie, son amour, Aza – Madeza Chem – adorable

la vie qui va) nuances, charmes et douceurs, là-bas quand on ne répond pas, ça veut dire oui, trahison sans doute, aidé par un travail au son magnifique de transition et de simplicité fluide, un peu comme dans un rêve

sans tapage ni violence, une sorte de reconversion, quelques années plus tard, épilogue sans doute, Bora installé, bien coiffé propre sur lui, atteignant peut-être une espèce d’idéal légèrement frelaté, le futur se chargera (on ne le lui souhaite pas) peut-être de drames, quelque chose sourd cependant des images…

Fin.

 

Une merveille, « Diamond Island » de Davy Chou (sa photo en entrée de billet).

Dans la bibliothèque des dvd de la maison(s)témoin, à l’extérieur parce que le monde bouge plutôt à l’extérieur, ici il n’est pas douteux qu’on trouve des appartements témoin : voilà une photo pour illustrer le monde de la vraie vie, dans la salle à manger… (Building G, Koh Pich – Diamond Island en khmer – photo copyright Narun Ouk)

Bon appétit…

Décorez moi ça

 

 

 

Il y a dans cette façon de laisser les choses en l’état une manière de désespoir – la maison(s)témoin demande pourtant à vivre, on la nourrit mais est-ce suffisant ? Il manque des fleurs

en voilà, elles sont décadrées mais c’est tout de même mieux que rien (le billet s’arrêterait ici qu’on n’en aurait guère plus : passe ton chemin, toi qui cherche des intelligences sur ce monde absurde).

Une chanson parle de carnet à spirale et d’écriture sympathique lettres bleues et capitales – cinéma, chansons, photographies, littératures, on aura tout eu : cultiver son jardin disait l’autre – eh bien je ne sais pas trop quand a commencé cette histoire de bouquet

(sans doute et très probablement avec les photos) mais c’est devenu une espèce d’habitude, une fois  par semaine, plus ou moins, j’allais à son hôtel (elle vivait à l’hôtel) lui porter un bouquet de roses que j’achetais dans un établissement du haut de la rue

(s’il le fallait, je compterai le nombre de clichés que j’ai de ces fleurs-là) (lorsqu’elle s’en allé, j’ai compté quatre vingt onze occurrences, mais ce ne sont que celles depuis fin octobre quinze)

trop sans doute, j’en dispose ici quelques uns afin de marquer aussi des souvenirs

aux ami-e-s disparu-e-s – ce ne sont pas que des pensées – l’autre jour

je passais en ville, j’attendais le bus, qu’avais-je à l’idée, je crois la maison de la mère de Marc Auger (j’étais à Maubert, oui), au fond de la perspective, il y avait l’île de la Cité, le quai des Orfèvres, à droite presque au quai, cette librairie qui aime les ouvrages de Jules Verne, et voilà qu’on me touche le coude

c’était ma fleuriste préférée, qui m’indiquait qu’elle travaillait là à présent, ah très bien, dis-je, le bus arrivait je le pris

cette image-là je l’aime plus particulièrement, elle affirme le jardin, elle soutient la vie du soleil, quelque chose de la vraie nature des choses (ça chélidoine, ces trucs-là) (je ne savais pas le faire, mais je crois que c’était dans ces eaux-là qu’elle s’en allait, Maryse, alors ces fleurs, ces décors de maison, ces senteurs suaves et gaies, tout cela sera pour elle comme pour TNPPI) (ici l’arbre d’où elles viennent)

 

Perlimpinpin aux Batignolles

 

 

On dit souvent qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie, et c’est vrai (on c’est moi, je reconnais, mais tout de même, je ne suis pas (si) seul) : il y a aussi la chanson (et l’agent, bien sûr…). Toutes les chansons du moment où elles sont ce qu’elles doivent être (alors j’aime d’abord Ella et Amalia, puis Cesaria (beaucoup), puis d’autres encore, comme évidemment Barbara, et le film du jour (une merveille qui aime et la chanson, et le cinéma) lui donne à vivre, pour qui, comment quand et pourquoi ? On le sait) (et aussi Georges (qu’elle chantait à ses débuts), Jacques (avec qui elle jouait au cinéma) et d’autres encore). On aura donc deux images (plus une d’elle) et une chanson, ici, dans le square des Batignolles (à côté de ce square et de la gare du Pont Cardinet, tant et tant de dimanches passés aux renseignements téléphonés, si tu savais…). On sait bien que rien ne change (puisque tout devra changer) : l’enfance a quelque chose de terrifiant, c’est sa naïveté, sa foi, sa croyance, son obligeance, son amour dédié à, parfois, d’abominables innocences. J’ai aimé mon enfance tout aussi bien, le bleu et le blanc, le reste du monde que je ne connaissais pas, ni les guerres, ni les tortures, ni les terreurs, non, le soleil oui, et la mer bleue au bout de l’avenue. Et j’aime, comme la vieillesse, l’enfance. Vivre. Je lisais tout à l’heure quelque chose à ce sujet, cette aigre façon d’envisager le temps, c’est à rire, les gens il faudrait ne pas le connaître – c’est ce qu’on fait, le plus souvent, et c’est tant mieux pour nous. Je garde par devers moi les douleurs en mes os, celles engendrées par la perte de la mémoire et de celles et ceux qu’on a aimé-e-s, parler de poésie, n’en plus parler, et offrir quelques fleurs, et toutes les chansons.

« Dites-le moi du bout des lèvres/Moi je l’entends du bout du coeur… » dit-elle, chante-t-elle. Quelle merveille, ici ou dans la chanson interprétée par Lou Casa dans le film (Mathieu Amalric, 2017). Et puis Jeanne Balibar dite Brigitte, espiègle (elle passe sur le pont Royal, et moi j’aime le pont Royal, tu comprends…)

gaie et profonde, opiniâtre et tenace, forte et sensible, comme la chanteuse, tout comme elle. C’est vrai, il n’y a pas que le cinéma dans la vie mais heureusement, parfois, il arrive qu’il soit là.

Paroles et musique de Barbara. Lire, écouter, entendre, vivre.

Pour qui, comment quand et pourquoi ? Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ? Où allez-vous ?  Qui êtes-vous ? Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose
Je suis pour le soleil couchant en haut des collines désertes Je suis pour les forêts profondes

Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir entre deux innocences 
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance 

Pour qui, comment, quand et combien ? Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain,  et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles 
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien 
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour un jardin qui frissonne 

Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance.

Contre qui, comment, contre quoi ? Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain, et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour une rose entr’ouverte,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne

Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses
Ne plus parler de poésie
Ne plus parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance

Et vivre vivre passionnément et ne se battre seulement

qu’avec les feux de la tendresse

Et riche de dépossession n’avoir que sa vérité

Posséder toutes les richesses
Rien que la tendresse pour toute richesse…

de la musique et de la danse

 

Une espèce de merveille qui envahit l’écran et la salle, c’est la musique et la danse de ce film : elles parviennent à dire l’humanité qui existe en nous, on l’espère, cette vraie humanité qui a parfois un aspect naïf, mais qui existe quand  même, peut-être plus que la haine. Aujourd’hui, c’est l’horreur : des corps jonchent les ramblas, on les a enlevés, on a dû nettoyer, le truc a été revendiqué et ceux qui ont agi l’étaient eux-mêmes par cette sorte de vantardise humaine qui imagine être le centre de la dignité. Ce qu’on a à leur opposer ? De la musique. Et de la danse.

Une horreur, mais nous sommes en vie. Il y a de la musique, des artistes et de la liberté, elle existe cette liberté même si certains aimeraient la ligoter (l’un des films précédents de Tony Gatlif, était intitulé « Liberté » (2010)) . Elle est là, nous l’avons, nous la défendons. Il y a des jeunes filles, deux : l’une, Avril (interprétée par Maryne Canyon)

 

l’autre, Djam (Daphné Patakia, créditée aussi de la chorégraphie)et la production du film est grecque, et turque et française. Peu importe l’ordre mais réunir ces trois institutions sous un même projet est déjà une preuve de la vérité de l’histoire. On se souvient (voilà seulement dix ans) du sauvetage des banques US (cette ignoble et abjecte façon de donner aux plus riches) , eh bien la Grèce (comme le Portugal) payent à présent (et depuis cinq ans au moins) pour ces errements. L’horreur que subit ce peuple et ce pays (ces pays, les pays pauvres) est à l’image des guerres subies elles aussi dans cette partie du monde, ce Moyen-Orient endeuillé déjà de tant et tant de guerres, de réfugiés, de morts tant, et tant, et tant…

Le beau-père de Djam (incarné par Simon Abkarian) Kakourgos, lui donne pour mission d’aller faire forger une bielle pour le moteur du bateau qu’il possède, défectueux et de toutes façons sans objet – il n’y a pas de touristes pour visiter l’île de Lesbos…

Le film trace une route : les deux jeunes femmes vont de Turquie en Grèce, déroulent une histoire, vont, avancent, rient et dansent, mangent et boivent. L’histoire c’est celle de notre vie à nous. Que nous restera-t-il, sinon nos yeux pour fixer les huissiers ? Scène magnifique de cinéma, Djam qui insulte les vautours, magnifique également celle où le moteur du bateau retourne : du vrai cinéma comme on l’aime.

Mission menée à bien : confiance, amour, joie et gratitude… Le reste du monde ? Sans doute, une histoire, des histoires… Mais la vraie dignité humaine est là : chanter, danser et rire. Ce sera tout.

Trois plans formidables : lorsque Kakourgos raconte l’histoire de sa vie avec la mère de Djam… Formidable cinéma à nouveau

A voir, magnifiquement.

Un peu partout

 

 

 

Faire coïncider le titre et le lieu, c’est aussi ce que c’est, la maison(s)témoin – de ce côté-ci de l’écran (?) c’est une question qui se pose : qui vient, qui visite dans quel but ? personne, disent les statistiques (enfin, non, si on travaillait pour le nombre, on aurait cessé depuis longtemps : l’efficacité du truc, la performance, la lecture la consultation et les passages, il doit bien y avoir une autre raison pour faire vivre cette affaire-là – et sans doute n’est-ce qu’une habitude, une manie, une danseuse ? passons

).

On a laissé là le cinéma ( il fait trop chaud pour y aller ? non, mais on change, il n’y a pas que le cinéma dans la vie – par ailleurs, la chaleur est une des profondes ennemies du  rédacteur) pour s’en aller à beaubourg, sans majuscule ni autre envie que de voir s’il y avait (justement) du cinéma : il n’y en avait pas, de la photo (un type assez allumé – Steven Pippin qui, en érection – nu par le fait – marche devant des machines à laver qui font office de chambre – chacun fait ce qu’il peut) si, au premier sous-sol dans la galerie, on dansait aussi (cette façon de se donner en spectacle a quelque chose que j’agonis, pas la danse mais ce type de rassemblement, un entre-soi, des échanges de regards et des sourires entendus, très peu pour moi, je passe), et au rez-de-chaussée de cette étrange et grande maison, cette femme

au sol, ce sont des grains de riz (sans doute complet, vu la couleur), la femme danse tout en traçant au sol des passages -à moins que ce ne soient les passages qui la fassent danser, c’est indéterminé me dis-je –

à ses chevilles sont fixées des clochettes qui tintent sous ses pas

et donnent à son balayage (donc) un rythme un peu hypnotique

par ailleurs passent les visiteurs (l’un d’eux, un peu rêveur, manquera de croiser le projet, dont le fond noir marque le territoire) mais d’autres restent, regardent, sans qu’aucune presse, aucune excitation, rien ne vienne déranger le passage de cette femme, toute à son affaire et son aise (il ne s’agit pas, cependant, de faire du propre, non plus que de rendre le territoire aux passants).

On apprendra, sur l’affiche, que cette performance intitulée « Our labyrinth » (on aime bien, dans cette maison-là, parler la novlangue, on ne se trouve pas à Paris mais dans le monde, occidentale, développé, libérale et anglo saxon dominant) est due à un Thaïwanais du nom de Lee Mingwei mais, comme on voit, c’est une autre performeuse qui était en charge du balai. Et le monde regardait

Des gens passent, le balai trace, la femme danse. On regarde. Bienvenue.

 

Une chambre à soi

 

Comment faire pour n’y pas penser ? On est là, on va, on vaque, le cinéma les courses le travail le blog les amis les anniversaires, les meubles les cadeaux, le pain marcher dans les rues, le soleil, et puis voilà, un cinglé, un fou une ordure qui ose donner sa vie pour une cause et prendre celle de vingt-deux autres la leur ôter briser ce qui ne tient à rien, ici à Manchester sur le boulevard Voltaire à Paris ou rue Bichat, pour des idées – mais sont-ce vraiment des idées ? – pour qu’on entende comme si on était sourd, on est sourd oui, on continue quand même, donner tort raison faire comme si de rien n’était, des morts partout, sur la promenade des Anglais, ailleurs tellement ailleurs tous les jours, tous les jours, tous les jours. On ne va pas cesser, on ne va pas céder, on va plutôt continuer à tenter de décrire la beauté des choses et du monde, et de ces films qu’on aime. On prie, peut-être, on essaye d’invoquer quelque puissance, le hasard la chance, on devient superstitieux, on jette en pensée derrière ceux qui partent un peu d’eau d’un verre dans lequel on a fait glisser une pièce, on tente de s’essayer à demander sans y croire que les choses se distinguent, qu’il soit enfin fait une place à la paix… Mais souvent, souvent, souvent il fait un froid de tombeau

 

La maison(s)témoin c’est exactement ce vers quoi veut aller Manana (Ia Shughliashvili, formidable) : elle s’en va. Sa famille reste sa famille mais elle, elle s’en va. Personne ne sait pourquoi, mais c’est juste parce que c’est devenu insupportable. Elle loue un petit appartement deux pièces banlieue de Tbilissi (c’est en Géorgie, une république de l’union soviétique socialiste -1917-1989, 72 ans d’union : morte enterrée oubliée – située entre la mer Noire et la mer Caspienne, au nord de la Turquie, ce n’est plus l’Europe sans doute, mais est-ce déjà l’Asie, on se perd en conjectures ou peut-être pas, enfin, moi ici, oui), elle s’en va et laisse mari enfants parents vivre dans l’appartement qu’elle aussi occupait, mais c’est fini, trois générations et bientôt quatre sous le même toit : insupportable. Personne n’est sûr de savoir ce qu’elle fait, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle le fait

Elle continue son métier (elle enseigne, sans doute les lettres, elle s’occupe de ses élèves

qui d’ailleurs le lui rendent bien) elle s’en va, s’installe, et continue de vivre (marché, courses, correction des copies cahiers

Il y a probablement quelque chose de la religion en Géorgie et il s’agit de chanter : alors on chante (des merveilles, par quatre fois dans le film, des merveilles, des pures merveilles).

Servie par un scénario en acier du plus bel alliage (une merveille aussi), une mise en scène qui ne trouble pas (ici, on pose l’image

des deux réalisateurs, Nana  – Ekvtmishvili – et Simon -Gross, c’est un s tzette en allemand, il doit être quelque chose comme pas loin de l’allemand, j’imagine – on accepte ce genre d’image pour mettre au point quelque chose – le chapeau, la montre, l’épaule nue les regards… la lumière : tout cela censé décrire probablement la réalité des actes et des métiers…) (on ne demande rien à la mise en scène, sinon de ne pas (trop) se montrer), une histoire de famille comme on aime (ici une espèce de conseil…

qui tente de faire revenir Manana sur sa décision…) des moeurs sans doute légèrement différentes mais la réalité de la vérité, la place des femmes au monde, la force du désir et celle du destin (un film formidable).

Je voudrais seulement revenir sur un trait transversal du cinéma : on peut, par exemple, s’interroger sur la place des portes, des raccords, sur les scènes de lit ou de disputes, sur celles qui montrent des acteurs en train de procéder à leur toilette, à leurs besoins, les ablutions ou les lavages de dents ou d’autres parties du corps, toutes catégories qui permettent d’envisager les choses d’une distance féconde à l’interprétation ou à la compréhension de ce que désiraient montrer (ou faire passer) les réalisateurs, producteurs et autres collaborateurs de création (j’adore ça, moi, les collaborateurs de création : c’est pas complètement nouveau, mais ça sent bon son technicien de surface son agent de production ou sa force de vente – la nausée technocratique, voilà tout). Ce sont des topiques, sans doute, ou des tropismes (j’adore ça aussi, la topologie, c’est un de mes sports favoris) et l’une de celles que j’adopte en regardant les films, c’est celle du repas. Alors je conseille de s’attarder sur cet aspect particulier de la mise en images (ou scène, si on préfère) : elle apporte, ici comme ailleurs, de très nombreuses voies de compréhension. Lorsqu’on attend la petite amie du fils cadet, on regarde les biscuits sur la table

(elle arrive, gaie pimpante enceinte…), ou lorsqu’on se retrouve vingt ou trente ans plus tard lors d’une réunion d’amis de fac

ou lors du repas normal, quotidien, semblable à tous les autres (la place de Manana est vide, au premier plan)

mais tout le monde (tout son monde) est là.

 

Une famille heureuse (My happy famyli) de Nana et Simon, 2016.

 

 

 

 

Maison rose

 

Pour le blanc, on repassera; ce n’est pas qu’on soit imperméable aux divers événements dégradants de ces jours-ci, l’entre-deux-tours comme on dit » la trêve des confiseurs » ou « le mois du blanc », non; ce n’est pas non plus que m’agrée cette espèce d’alternative entre une peste brune qui se prénomme de nos jours d’une autre couleur, fille de son père au rire gras et aux obscènes sorties éructantes en « détail » (l’ordure de ces paroles est telle qu’elle en parvient à salire les mots eux-mêmes…) et autres joyeusetés disparues comme par miracle mais par la perversion de communicants complaisants et un type propre sur lui, franc du collier adulé des médias et des banquiers, jeune et blanc, yeux bleus, enfin tout le kit – on ne peut guère en dire sur ses idées, sinon celle d’un gouvernement par ordonnances réduisant le parlement à une sorte de wassingue à oublier au fond d’un placard; ce n’est pas ça : dimanche on ira au bureau de vote, dans l’isoloir on se sera isolé et on aura glissé – ou pas – son bulletin dans son enveloppe et un « a voté » plus tard, on attendra le soir, quelque chose comme la rage au coeur et ce qu’on gardera de cette phase de la cinquième… Non, on en parle, partout, certes, mais ici, en cette maison(s)témoin, aussi mais moins : encore que… Non, ici aujourd’hui, quelque chose d’un feuilleton que je programme sur pendant le week-end en un nom « Rue Varda » qui ne sera que de quelques épisodes et dont, ici, je déploie un numéro spécial, et celui qui, en face, servait de bureau – il me semble, mais je ne tiens ces informations que de l’encyclopédie en ligne, elles ne sont pas avérées vraies, mais ce qui l’est, en revanche, c’est le vrai plaisir de parler et de cette vieille dame, Agnès Varda, et du livre dont elle est le héros (en quelque sorte) (on pourrait pratiquement dire d’elle que « Dita Kepler, c’est elle ») (tout comme on peut absolument le dire du rédacteur de ces lignes) ce livre « Décor Daguerre » publié aux éditions de l’attente et écrit par Anne Savelli : qu’elles en soient donc, ces deux amies, remerciées ici. Cette Maison rose leur est, en quelque moyen, dédiée.

 

C’est au quatre vingt six, il n’y a pas (pour le moment, je n ‘ai pas vraiment cherché) de façade d’une autre couleur, la porte est multicolore, ici une image de 2008

il s’agit de la rue Daguerre, dans le quatorzième de Paris (Varda y vit, dit-on, depuis le début des années 50, elle a alors vingt quatre ans, elle va devenir réalisatrice de cinéma, elle est photographe, travaille à Avignon « sous » Jean Vilar, puis réalisera « La Pointe Courte » (1954) avec les sous de sa grand-mère dit la chronique, là-bas à Sète où elle vécut son adolescence, on va passer sur la bio, même si « Cléo de 5 à 7 » (1962)

l’un des plus beaux films du monde ou « Les glaneurs et la glaneuse » (1999) l’un des plus beaux documentaires du monde

mériteraient plus – c’est ailleurs, si on aime, on trouvera).

En face, se trouve le 83, le voici (juillet 2016)

l’affiche sur la vitrine indique la présence d’un restaurant dit « végan » (c’est la mode, de nos jours, un genre de pratique alimentaire sans – je peux m’abuser, tu sais, je ne sais pas bien, ça a juste la qualité de me faire (tout doucement, je ne veux pas vexer) rigoler- sans donc viande poisson oeuf fromage gluten et tant d’autres choses, un usage de son système digestif un peu différent hein) mais si on regarde plus tôt dans le temps, ici en 2012

on parvient à distinguer des affiches de films de la Varda, un magasin qui donne sur la rue et qui propose livres jeux films, il se peut que l’étage un soit occupé apr les bureaux, l’arrière par des salles de montage, ou une seule suffit, je ne sais pas

ici c’est en juillet 2014 (j’aime assez la capture, gauche cadre de cette jeune femme)

là c’est en juin 2015, l’appartement du premier est à vendre, le rideau de fer est baissé (ça ne veut guère dire grand’chose, sinon que l’endroit change de main), comme on l’a vu au début de ce billet : en vrai, le billet est fait parce que je me suis dit ce serait amusant de croiser la Varda sur ces images, ainsi qu’un jour je m’étais croisé sur la terrasse du paris-Rome assis derrière nos cafés avec mon frère et capturés par le robot

mais non, on ne la voit pas : ici on aurait cru

mais ce n’est pas elle (en juillet 2014), on n’apercevra pas la porte multicolore ouverte

c’est juin 2015 une dame avec sa petite fille qui passe (le traiteur asiatique a cédé la place à un « chez Joy » plus en accord avec la clientèle du quartier (le quartier a beaucoup changé depuis « Daguérréoytypes » (1975), énormément, mais comme tout Paris, cet embourgeoisement galopant qui s’attaque à présent à Belleville…) (elle passera , dans la rue, mais devant une propre caméra

vitrine du boucher peut-être) et puis on décorera la porte d’une sorte de patate (ce doit être un collage papier, je suppose) en forme de coeur

(on est en juin 2016) ou une pomme tout court, les choses changent, Agnès Varda explique (à la cité des Sciences, ces temps-ci, son amour immodéré des patates en forme de coeur, ces choses qu’on jette parce qu’elles n’ont pas le calibre voulu, et on la suit, et on l’aime pour ça).

J’ai fini, pour la maison(s)témoin, cet épisode du feuilleton. Un jour, en vrai, j’irai photographier un peu ces parages, sans doute. Sous la nouvelle mandature, sans doute…

Avec mon meilleur souvenir à Anne S. et Agnès V.

 

 

 

 

 

 

 

blanc vide rien

Et toi, qu’est-ce que tu mettrais sur les murs sur le sol de la maison témoin ? Autour des fenêtres, des portes, sur les vitres ? Quelles couleurs, formes, textures, qu’est-ce que tu oui hein toi tu toi mettrais ? Qu’est-ce qui resurgirait ?
On va dire que tu as le droit. On va dire que tu as tous les droits.
Non mais, tous.
Je veux dire même le droit du rien, le droit du blanc, le droit de la pureté blanche. Ho, je constate que les mots ont un sens, et que derrière ceuxlà, des anodins qui ne mangent pas de pain, qui ne font la guerre à personne, on pourrait dire on pourrait croire à un message, à un autre message en direction du rien, ou du blanc. Tu me comprends.

Donc oui, tu as le droit de ne rien mettre sur les murs de la maison témoin qui est témoin et qui reste témoin de ce droit que tu as de ne pas l’investir brutalement, énergiquement, passionnément. Mais tu comprends aussi que le rien que le blanc ne disent pas tout, ne proposent pas tout, s’effacent, et la place vide, tu comprends bien qu’elle va automatiquement se remplir. Et tu n’y pourras rien, ça viendra de tous les côtés. Ça submergera le rien, le blanc. Je crois même que ça le salira. Et comme ce sera incompressible et chaotique, toutes les couleurs venues de tous côtés, même des côtés obscurs, imprévisibles, dictatoriaux, se mélangeront, ça donnera du brun, de la gadoue, tu ne crois pas ?
Moi je ne sais pas et je ne veux pas parler à ta place, la mienne est déjà assez croche, donc je ne sais pas, mais de mon côté le rien le blanc c’est bien gentil mais comment dire, je trouve ça mou.
J’aime attraper, accrocher, agripper et tous les synonymes que tu voudras derrière, jouons. Et dès que tu installes le jeu, le jeu du synonyme ou autre, le je, tu es dans le faire et tu n’es pas dans le rien. Tu ne parles pas dans le blanc. D’une voix blanche. La voix des grandes sidérations.
Alors voilà, on est tombés d’accord je crois, qu’est-ce que t’en penses ?
Alors ? Qu’est-ce que tu mettrais, agripperais, accrocherais, agraferais scarifierais dans la maison témoin sur les murs sur le sol ?
Tout dépend du matos tu vas me dire.
Allez, on va dire tu es libre, mais j’ai peu de moyens, toi aussi non ?
On va dire qu’on n’a que notre peau pour nous.
Notre peau, c’est déjà bien, déjà pas mal, on va pas chochoter.
Nos peaux nos bras, c’est déjà bien déjà pas mal, allez, en route. Ho, j’arrête les métaphores là, parce que trop tu vois, je l’ai pas vue venir mais maintenant ça devient massif ou carrément téléphoné.

Alors qu’est-ce qu’on a comme matériel, notre peau et nos bras, ça peut servir.

Hier j’ai vu un homme, sa peau ses bras, et il empilait, il empilait, il empilait des morceaux de bois usagés, des détritus de bois, des planches jetées, il les empilait vraiment haut, et ça tenait un peu à l’arrache, avec des serres-joints et des tubes de métal pour coincer, et des sangles pour retenir, et tu me croiras si tu veux ça tenait. On s’est tous mis autour pour soulever ça, ces planches de n’importe quoi et ça s’est levé, et ça tenait, crois-moi si tu veux, juste la vérité. Et une femme, hier j’ai vu une femme s’enrouler dans des draps de papier, des feuilles immenses qu’elle dépliait comme en dansant, et elle les plaquait contre le mur, le blanc du mur, et les pigments volaient dans l’air. Du rouge surtout du rouge. Du jaune, son pantalon était marbré et ses mains toutes tachées de craies rouges et jaunes et noires. Et sur le mur ses empreintes digitales, parce qu’elle retenait comme elle pouvait les grands draps de feuilles de papier coloré. À la toute fin elle chiffonné rageusement les grands draps, elle les a laissés là sur le sol. Avec leurs ombres et leurs pliures. Leur monde complexe de zones complexes d’ombres et de pliures, où on pourrait se mettre je crois. Être cachés. En embuscade.

C’est ça qu’il faudrait non ? sur les murs de la maison témoin son sol, des embuscades.

De mon côté, comme j’attendais, enfin j’attendais sans attendre, je faisais aussi en attendant, j’ai fait une petite embuscade de bois. C’est un bout d’étagère qui ne servait pas, oui, mes moyens à part la peau les bras ça vole pas loin, c’est pas peinturalhuilegrandarmada mon truc. J’ai pris un tournevis en embuscade. J’ai creusé, j’ai griffé. J’ai recouvert de gouaches. J’ai pressé. J’ai posé deux gros dictionnaires dessus. Je suis montée debout sur les gros dictionnaires, un sous chaque pied. J’étais bien là-haut, les mots qui me portaient, ou m’empêchaient de tomber, c’est selon. J’ai enlevé les gros dico, mis de l’encre de chine, nettoyé, frotté, caressé gentiment mon embuscade. Et de la colle pour la vernir. Comme ça on peut la mettre dehors elle dégoulinera pas. Elle fanera pas au soleil, elle deviendra pas blanche ni rien, elle sera pas grand-chose mais pas blanche ni rien, à ça qu’elle sert. Je la pose là.

Et toi ?

Parce qu’on va pas se laisser faire non plus. Je veux dire, la peau, les bras, on va aussi respirer.

C’est l’idée de respirer, cette histoire. Des bouts de bois debout, des draps rouges, ça respire.

Trop de souffles perdus. Trop. Dans la gadoue, oui, tu me comprends, trop de souffles vitaux perdus dans la souillure, on est d’accord.

Colocation

Je dispose d’un film annonce, plus la vision du film en avant première dans un cinéma municipal rénové de fraîche date – enfin, là, ça commence à faire quelques années maintenant je suppose (en réalité, en fait, finalement voilà quatre ans) – situé dans un quartier – Barbès – où il semble que les choses changent, la Goutte d’Or, il y a ce cinéma puis le bar pour jeunes gens friqués qui a ouvert là où un magasin de tissus bon marché a brûlé, il y a en face Tati mais cette enseigne est, comme on sait, assez menacée, il y a à trois pas le Sacré-Coeur (il s’agit d’une basilique catholique et romaine, il me semble mais s’y adjoint quand même cette réminiscence abjecte de ce wtf monsieur thiers) et ses milliers de touristes quotidiens, alors la programmation du cinéma est ce qu’elle est, cosmopolite et très changeante : tant mieux, c’est ce cinéma-là qu’on aime, et le cinéma est à Paris et à Paris -normalement – ville du cinéma s’il en est- les choses changent et se mixent. Evidemment les phénomènes d’embourgeoisement pèsent, notamment quand la municipalité est ce qu’elle est – c’est-à-dire préoccupée par le rang que la ville doit tenir, vis-à-vis de Londres, Dubaï ou Kuala-Lumpur : en un mot bourgeoise, communicante et moderne (ça en fait trois) (bocomo) (on doit ajouter riche) (pfff). Un film annonce, et une invitation gagnée sur internet, dans un cinéma situé dans un quartier où les choses changent. J’y fus donc, à cette séance de vendredi soir c’était le 31 mars. Ici donc une retransmission (peut-être) partiale (sûrement) de sentiments devant ce film, il y avait du monde, on a ri on a pleuré, comme au cinéma. Le producteur n’était pas là, quoi que annoncé il me semble, mais on s’en fout un peu (je veux dire c’est dommage mais c’est fait). Huit heures du soir.

 

Dans la maison(s)témoin on est en colocation. Entre ici, disait l’autre, tu te souviens, donc entrez ici : trois femmes formidables. (J’ai mon panthéon personnel, et j’ai pensé à Gena Rowlands – dans « Opening night » (1977), un petit peu, mais surtout « Une femme sous influence » (1974) cette merveille (les deux, John Cassavetes,), à Ava Gardner (« La comtesse aux pieds nus« , Jo Mankiewicz, 1954), à Sophia Loren dans « Une journée particulière » (Ettore Scola, 1977) tu vois).

Trois femmes en colocation, l’une Selma (Sana Jammelieh)

la deuxième, Layla (Mouna Hawa)

la troisième Noor (Shaden Kanboura)

Il faudrait que vous alliez voir ce film pour en connaître l’histoire, mais ici, dans l’antre des goules, des monstres et des fantômes, je voudrais expliciter ce qui est diffusé comme une prévention (on trouve ces mots un peu partout dans les diverses communication à propos de ce film – c’est une merveille, vous ne devriez pas le manquer – mais vous ferez ce que vous voudrez) : ça dit « Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ».

Je pense que cela est posé en référence au viol que subit, de la part de son fiancé, Noor, cet homme-là (à ce niveau, je ne sais pas si « homme » convient, voyez) (et malheureusement, si)Wissam dans le film, à qui on présente Selma et qui refuse de lui serrer la mainau prétexte sans doute que c’est une femme. Cette attitude-là n’augure que mépris (c’est l’illustration de la réponse à la question: « qu’est-ce que c’est qu’un salaud ? »), et à ce titre m’a profondément bouleversé. Après cet acte abject, sa fiancée, Noor donc, violée donc, dans une scène magnifiqueira plonger dans l’eau

et là, je me suis dit – peut-être tout haut, je crois – « la malheureuse » parce que je pensais qu’alors, elle voulait se supprimer (et peut-être le personnage, à ce moment-là, a-t-il cette pensée : en finir) et le suspens se clôt

: non, se battre !

Trois femmes et trois destins liés, pour Layla (on -enfin moi – ne peut pas ne pas penser à cette chanson d’Eric Clapton), les amours sont sérieuses ( d’ailleurs, pour ces trois femmes, les amours sont sérieuses – pour les hommes, ah bah…), elle mène sa vie, aide les autres, refuse d’être maltraitée, une grande intégrité ou probité peut-être qui fait dire à son compagnon qu’elle quitteraNon, seulement elle croit en la liberté et se bat pour : formidable…il faudra qu’il sorte de l’auto – et de la vie de Layla, tout autant.

Selma refuse elle aussi de se plier aux ordres de parler hébreu par exemple dans un restaurant où elle fait la plonge : elle rend son tablier. S’en va, trouve une autre place, serveuse, là rencontre un amourje n’ai que le film annonce, je choisis dans cette minute trente, des images qui veulent montrer la tendresse, la vraie vie qui anime ce film, qui évoque des sentiments si doux (l’amour, y a-t-il ici plus beau ?) et d’autres si horribles (être pieux vaut-il cette sauvagerie ?) et qui pose, entre autres, des questions comme le « qu’en dira-t-on » est-il plus important que notre vérité, notre liberté ?

Il s’agit d’un premier film donc, d’une jeune palestinienne, Maysaloun Hamoud, dont les études de cinéma se sont déroulées à Tel-Aviv où elle était en colocation, dit la chronique. Eh bien, pour un premier film, on n’a qu’un mot : bravo.

 

Chandni Chowk

 

 

L’affaire se passe d’Etats-Unis aux Indes : un jeune homme (Roshan, incarné par Abhishek Bachchan)

se propose de ramener sa grand-mère (Dadi, Waheeda Rehman, magnifique) en Inde où elle vécut, il y a peut-être vingt ans, notamment le quartier, ou le marché, de Chandny Chowk (probablement assez différent de ce qu’il est, mais qui en donne, cependant une idée assez disons bollywood…) (on peut rappeler que c’est l’Inde qui, au monde, produit le plus grand nombre de films de cinéma, lequel nous est pratiquement inconnu focalisés que nous sommes par celui de nos pays, et de l’occident) :  le type ne connaît pas le pays, le voilà arrivé avec sa grand-mère, elle choisit une urne pour ses cendres

adorable, tout se passe en ville, ils vont ici ou là, connaissent tant de monde : c’est comme si la grand mère n’était pas partie (mais elle le fut : elle revient, les choses ont changé) et les esprits bouillonnent, entre hindous et musulmans, toujours amis et voisins, les choses changent, c’est comme dans le monde, ce monde-ci, les rues de Dehli sont le cadre

l’Inde, une autre mélodie, un autre décor, une merveille… On se battra, le garçon manquera de peu son entrée au Paradis (on y met une majuscule par habitude), le film est entièrement comble d’histoires et de musique, une merveille vraie parce que la narration ne s’embarrasse de rien, peut-être une linéarité mais diffuse, on chante on danse on rit, le drame s’expose, rixes, violences, le singe noir comme un Mac-guffin presque hilarant s’il n’était tragique, et encore une fois, et surtout, une musique qui souligne doucement les traits fins des acteurs

(on voit ici Sonam Kapoor, une autre star de ce cinéma mondial, dans le rôle de Bittu, un tel humour…

) les sentiments (plutôt les bons, certes), les couleurs et presque lesodeurs, les rires aussi bien que les pleurs, c’est une affaire qui palpite de vie, de joie de vivre, d’amitié d’amour de haine, de l’humour sans prétention, on apprend le pays, peut-être différent mais tellement semblable aux autres, les gens, la famille et une sorte de vérité qui passe par une fiction complètement débridée faisant appel aux anciennes légendes comme aux plus contemporaines turpitudes (notamment cette guerre de religion à laquelle nous assistons, ces temps-ci, sur le vieux continent), l’un des plus riches cinémas du monde qu’ici on ne connaît guère… C’est fort dommage

 mais peut peut-être, si on y parvient, se rattraper. Ce sera tout ce qu’on vous souhaitera.

« Dehli 6 » (c’est le nom du quartier), un  film réalisé par Rakeysh Omprakash Mehra.

(une rétrospective pour les Parisien-ne-s et les autres a lieu, ces temps-ci, à la vidéothèque de la ville de Paris – elle ne se nomme plus ainsi, mais OSEF) (en réalité, il s’agit d’un établissement municipal mais la politique menée par cette administration a quelque chose de tellement révoltant qu’on ne parviendra pas à en faire quelque annonce que ce soit, bien qu’ayant voté pour elle… encore, et à nouveau, comme pour 2012 cette déception qui va avec ce pouvoir)