rêve américain

 

 

C’est un peu l’histoire du rêve américain – c’est à dire que c’est rêvé par des américains (étazuniens, surtout) il y a à voir avec cet autre film  : en réalité, le scénario se compose de la même manière – le van est un des personnages mais loin d’être le principal – une camionnette qui transporte des personnes handicapées

d’un endroit à un autre d’une ville de province – on ne sait pas bien ce que ça peut être, la province des États-Unis mais c’est qu’il y a trop de capitales sans doute – je suppose – alors disons qu’on recommencerait comme « c’est l’histoire d’un type qui conduit une camionnette »

et ce serait suffisant (le type Vic, interprété par  Chris Galust). On appartient à l’histoire, et on la suit.  Il y a son grand-père gentil mais un peu fou, il y a la soeur de Vic aussi

il y a leur mère musicienne, qui donne (ce sera le soir) un concert dans son appartement, il y a les gens de l’établissement où vit le grand-père (l’une d’entre celles et ceux-ci est décédée, Lilya, il faut aller à son enterrement)

il y a les gens qu’il faut convoyer – une jeune femme assez obèse qui va chanter dans un concours « ‘Rock around the clock », une autre jeune fille handicapée

noire

qui doit aller quelque part, qui est évidemment comme tout le monde, en retard et puis d’autres encore – je ne sais plus exactement – mais arrive le neveu de la Lilya

qui est morte, qu’on va enterrer qui vient assister à l’enterrement – et tout ce beau monde est embarqué à cent à l’heure…

C’est un  peu le rêve américain – on aime cette nation, on vient d’ailleurs pour la plupart de Russie (les gens qui vivent dans le même immeuble que le grand-père) et on dispose d’une âme slave (je me souviens de cette chanson, je me souviens de Jacques Higelin qui la chantait, je me souviens) et donc on chante – on s’est trompé de tombe

tant pis on change et on chante, on chante et c’est l’hiver, il a neigé, il fait un froid de gueux, elle est enterrée, Lilya.  Le rêve américain, c’est aussi pas mal les Noirs – la famille de cette jeune fille (Tracy  dans le film, interprétée par Lauren »Lolo »Spencer)

qui a apporté à son boyfriend (son ami de coeur) un carton qu’il ne prendra pas et un cadeau d’anniversaire – un sabre japonais dans son étui – qu’il ne prendra pas non plus, cette jeune fille dont le frère fait partie d’un groupe de rap – ils chanteront un morceau a capella – il y a des gens qui travaillent et qui chantent

la jeune fille participe à son concours, on chante – des gens rient, des gens dansent…

C’est un peu comme on aimerait que soit le rêve américain : les choses s’arrangent toujours – un peu de bric ici, un peu de broc là – on déménagera pour le concert un canapé, à pied, loin, on s’assiéra dedans fumer une cigarette au bord de la route, il neige c’est bientôt la fin de l’après midi, on a été chercher les clés de l’appartement de Lilya, puisqu’elle est morte, il faut qu’on boive qu’on mange et qu’on chante – on ne peut pas, non impossible d’avoir les clés, non : son neveu charme la gardienne agent de sécurité, il lui parle gentiment, elle l’écoute finit par sourire – on va aller boire, tous ensemble – on va rire aussi

c’est vraiment le bazar

on partira ensuite, on s’en ira écouter le concert, on reviendra ici, là ailleurs – ce sera la nuit : chez la jeune fille noire, le groupe de jeunes gens rappeurs se sont fait prendre, ils sont au commissariat, il faut aller délivrer le frère, mille dollars, on les emprunte ici, on les trouvera là (la mère les a planqué dans le canapé,le canapé n’est plus là…)  et puis et puis une séquence endiablée

(en noir et blanc)

on se bat

on se bat – terrible séquence… L’Amérique (les États, plutôt)si elle était comme elle nous est montrée là, comme elle est et devrait être, c’est ainsi qu’on l’aimerait…

Je ne raconte pas tout, évidemment, les images sont fixes, le texte est ce qu’il est – mais dans tous les sens, partout, tout le temps, cet amour immodéré pour les gens,ce qu’ils sont simplement (il y a surtout – ça ouvre et ferme le film – ce dialogue où Vic ne dit rien, mais c’est un dialogue, avec un de ses amis – cigarette simples mots : for-mi-da-ble.

C’est la nuit

c’est l’hiver

il fait un froid de gueux, ce sont les rues d’une ville de province, parcourues à tombeau ouvert par une camionnette qui sert au transport des handicapés – un peu comme dans ce film, là, qui était tellement bien… Ici aussi, tellement bien, c’est la nuit, il fait froid, c’est un peu un rêve américain

 

Give me Liberty, un film (extra) de Kyrill Mikhanovski.

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

Toiles

 

 

 

Parfois, cette injonction à laquelle en moi-même je pense : tu pourrais faire simple… Mais non.

Il y avait cette chanson qui faisait « écran noir / nuit blanche » – et Claude Nougaro n’était pas bien grand – je me souviens de lui sur la scène du théâtre de la Ville, à Paris milieu des années soixante dix, dix huit heures trente la place à tarif réduit (je ne sais plus, six francs peut-être), une heure de concert (on avait vu Lavilliers et ses biceps sous son gilet de cuir noir sans encore la boucle d’oreille, on avait vu Pauline Julien merveilleuse et d’autres encore) – je me souviens mais ce n’est pas de musique qu’on devrait revêtir les murs de la maison (on devrait mais je n’en parle pas – on parle ou on écrit, c’est pareil) – c’est la toile (on se fait une toile dit la vulgate – c’est vieillot on ne dit plus ça – on va au ciné ? – on ne dit plus ça non plus, on regarde sur un écran de six centimètres carrés une série idiote à base de mauvaise libido ou de perversion avérée – et qui donc est ce « on » ?) – c’est la toile, le cadre, les couleurs et les lumières – c’est pour décorer et faire joli – il y aura quelques objets (des sculptures qu’on posera ici ou là) et des images sur les murs (tout cela est tiré d’une exposition sur la lune, satellite qui ressemble à ce que serait pour la Terre cette côte tirée du corps d’un dieu, du dieu des dieux, pour la Terre muée en Jupiter, satellite qui, d’un peu moins de trois centimètres chaque année s’éloigne de son astre (notre planète pour la lune est pour nous notre soleil qui pour le reste de la galaxie n’est qu’une étoile parmi des milliards laquelle galaxie n’est qu’une infime partie de l’univers lui-même n’étant qu’une expansion qu’on n’en finira(it) pas de décrire et ainsi de suite) une espèce de tourbillon observé, répertorié comme on peut – ces images d’autres images, tourbillons elles-aussi, on les place ici pour donner à cette maison, et à ses murs, un semblant d’humanité (personne ne l’habite, elle compte 380 portes (j’en ai posé cent cinquante sept), elle fut ouverte le treize mai deux mille quinze et depuis je me sens un peu comme une espèce de vieux jardinier, je nettoie un peu, j’aime laisser les herbes pousser (« braves gens braves gens c’est pas moi qu’on rumine et c’est pas moi qu’on met en gerbe » dit le poète) je visite ceci pour en porter là le contenu – surtout le cinéma, surtout : la chanson, la littérature ou la poésie, un peu j’illustre – mais si peu de théâtre – je n’y vais pas, et une de mes filles s’y voue, pourtant – mais de la musique s’il te plaît celle qu’on aime, oui

 

Il fallait préparer les images et suivre un ordre défini – dans une exposition, on suit, on va avec les autres, il y a un sens, il y a des étages, on les parcourt comme le veux le concepteur, si ce sens défaille il se peut qu’on perde quelque chose comme une compréhension – celle qu’on a voulu nous inculquer : sauf qu’elle nous influence et que de l’influence à l’injonction, le pas se franchit facilement, et cela s’appelle (ce pas) la communication – je m’en défie comme de la gale, et comme de la peste aussi je me défie de la publicité – chacun ira dans son sens, et chacune aussi (celle qu’on appelle inclusive me fait braire) (tous ces points que nous mettons à présent dans les phrases et aux adjectifs, cette nouvelle façon de créer pour la catégorie du genre un troisième ou un quatrième item active tellement le ridicule du nombril…) – je les place dans le mien

le champ de bataille de Waterloo (morne plaine) (mes excuses, je n’ai pas gardé le nom de l’auteur de cette toile-là) tous ces morts qui me font penser à cette image (elle n’est pas dans cette exposition) d’un autre âge (ou du même que celui du tableau qu’on voit ici dans les flous, la gardienne mains au dos passe, la visiteuse consulte le cartel)

(le rêve je crois que s’intitule ce champ de bataille, mais avant qu’elle ne soit déclenchée) (ici la bataille sera perdue, il me semble) (le savoir est difficile à acquérir – c’est le petit matin, en tout cas) et on avance, la joie du regard et des couleurs de Marc Chagall

cette petite statue, image de l’oudjat (l’oeil de faucon d’Horus, qui protégera cette maison) (le souvenir de « mon coeur vole comme un faucon » du vieil homme – le grand-père de coeur, justement, du héros – de « Little Big Man » (Arthur Penn, 1970) ( il faut bien que le cinéma revienne ici ou là)

une merveille – et cette petite représentation, qui tient aussi ce petit oeil dans ses mains

une espèce de singe sans doute (sans comprendre, juste pour voir) et cette lune et ces étoiles incas

des images juste pour se souvenir – et comme j’ai tant aimé cette ville (aujourd’hui, elle ploie sous les immondices d’un chef de guerre qui ne veut que dominer, et emprisonne et tue et blesse et humilie, aujourd’hui) Istanbul en son Bosphore

et pour finir (il faut savoir finir) cette évocation de l’une des colonnes qui marque l’entrée de la place, celle surmontée du lion ailé (cette ville aussi bien, exploitée, pillée, détruite et sapée, dans cette Italie d’aujourd’hui, menée de même manière que la Turquie, par cette honte pour l’humanité toute entière, renfermée sur elle-même, ne voyant que ses pauvres petits intérêts ridicules et rancis) au fond San Giorgio Maggiore et la lagune

Décors de murs

 

 

 

On va en mettre un peu partout, histoire de convaincre les futurs acheteurs ou locataires, qui peut bien savoir ?, de cette maison (serait-elle témoin)  du bien fondé de la décoration contemporaine. Elle indique, en effet, un état des moeurs et des actes de ce pouvoir (comme on vote en fin de semaine – pendant le week-end, évidemment – voilà qui donne quelques pistes pour accomplir un devoir civique de plus en plus inepte (enfin, il me semble). Commençons par les fondamentaux (comme ils disent au foot)

c’est un bon début – viennent ensuite les tentatives d’éveil –

le point d’interrogation serait à proscrire – un remède à nos agacements

pour les plus jeunes, cette exhortation

un peu de rire pour nous détendre

le tout pourrait nous détendre, en effet, un tel pathétique provoque un sourire, mais le tragique, le drame l’horreur n’est jamais loin : c’est que la réalité nous rattrape

et ce sont les blessures (on n’a pas encore touché à la sacralité de la mort, mais on n’oublie pas Rémy Fraisse sur les lieux du barrage de Sivens, dont la construction inique a été abandonnée, ni Zineb Romdhane de Marseille, quatre vingts ans – et c’est bien une honte pour ce pays, non plus que l’ignoble saccage des cabanes de Notre-Dame-des-Landes)

et tant et tant de blessés, meurtris, handicapés aux vies déchirées, estropiés mutilés, pourquoi ?

pour rien, pour ne pas entendre, pour ne pas écouter et satisfaire des intérêts immondes – ne rien partager, ne rien donner –

garder la tête hors de l’eau, rire de l’enflure d’alors renouvelée aujourd’hui

continuer quand même à écouter de la musique, aller au cinéma ou au théâtre ou ailleurs, renouveler les émois et garder sa dignité

rire encore et malgré tout – image suivante : (c)Dominique Hasselmann)

et vivre, ce n’est qu’unis que nous gagnerons

que le printemps soit avec nous…

 

en entrée de billet, la lagune de Faro, au sud du Portugal – juste pour le plaisir

C’est ça l’amour

 

 

On avait aimé Party Girl où Catherine Burger travaillait avec une de ses acolytes femissiens (Marie Amachoukeli) et Samuel Theis (qui tenait un rôle à l’écran aussi). Ici aussi, nous serons à Forbach (ville du nord est de notre beau pays), et nous suivrons une histoire de famille (le cinéma français a ses thèmes ou ses genres : ici, l’un d’eux donc). A l’image, on trouvera Julien Poupard aussi : une espèce de groupe (l’union fait, aussi, la force). Dans l’image, on croisera la directrice de production (elle interprète la mère), la décoratrice (elle est la supérieure hiérarchique du père, lequel bosse en préfecture), la directrice de distribution (dans le rôle d’une camionneuse en short) (je n’aime pas le mot « casting »). L’amour des acteurs (une direction amoureuse, oui) et un scénario comme on aime : l’éveil la recherche la vraie vie un petit peu (je dis ça parce qu’il y a de l’autobiographie dans l’histoire : je me demandai de qui – la plus jeune, Frida ou l’aînée Niki – j’ai pensé Frida… (quelqu’un pour répondre dans la maison ?) il paraît que la maison est celle du père de la réalisatrice, lequel ressemble au sien comme je lui ressemble moi-même – une même histoire, un même amour des enfants, une joie de vivre et de partager)

L’histoire d’un père (Bouli Lanners, adorable)

et de ses deux filles (la blonde Frida (ici doublée), la brune Niki) (Justine Lacroix, vraie; Sarah Henochsberg, en acier – magique sûre et loyale)

dont l’épouse (la mère) (Cécile Rémy-Boutang, vibrante et lumineuse) est partie vivre sa vie (comme disait JLG)

Un éclairage de cette difficile passe

pour les filles

comme pour leurs parents, mais puisque c’est ça, l’amour (sans interrogation)

sans doute parviendront-ils (ensemble) à maîtriser l’incendie

Amours, tendresses, désirs, joie de vivre et confiance aussi – danser chanter et croire en notre humanité.

 

C’est ça l’amour, un film de Claire Burger

Pour l’amour de la musique

 

 

je ne sais pas bien pourquoi la musique et Doisneau ont été mis en exposition, sans doute parce que celui-ci aimait assez celle-là pour être engagé à aller couvrir comme on dit quelques concerts – son amitié avec le violoncelle et l’un des ses plus fervents adeptes, Maurice Baquet, a du faire le reste – j’imagine.

Robert Doisneau Neige à New York

image trouvée, les rues de New York, la neige, le gag. Le lieu est le musée de la musique, dans la cité du même nom, dont on a changé le titre – mais ce lieu-là, je le préfère avec son titre ancien.

L’exposition montre des personnages que j’apprécie je pose mes photos ainsi que je les ai prises – j’en fais profiter un peu cette maison qui me semble de plus en plus vide – décorons, soignons nos effets, tentons d’habiller murs espoirs et esprits.

Il fait toujours beau quand on entend de la musique et des chansons… Désole du flou, ici c’est Germaine Montero – derrière elle Vladimir Cosma – elle sourit chante sans doute, il joue du piano quelque chose de la pause, pourquoi pas ?

Vient ensuite Jean-Roger Caussimon – à la Rose rouge – de près

puis de plus loin (ce sont ses manches courtes qui me plaisent – mais lui aussi que j’aime)

et dans le même cabaret (si je ne m’abuse) les frère Jacques

troublé comme La Calas (quel hommage mets-je ici, c’est pour ne pas oublier, Maria, seulement – pardon, pardonne-moi)

(on la reconnaît à peine, cette divine mais on devine un peu de sa grâce – je me souviens d’elle avec Pasolini à l’arrière du bateau – et de la fin de sa vie si triste dans ce Paris d’alors) (j’ai oublié je préfère j’ai oublié ces voiles ces tentures ce refus de la lumière – j’ai oublié) ici

adoré le costume de Vincent Scotto, l’homme aux quatre mille chanson –

vu Fréhel une dernière fois

(au bal des Tatoués – les Escarpes, place de la Contrescarpe) et j’ai sauvé ce cartel informatif

Viennent ensuite des plus contemporains (j’ai laissé Charles Aznavour, sur le tournage de « Tirez sur le pianiste », Juliette Gréco qui avait encore son nez comme disait la chanson et les Rita Mitsouko, comme Jacques Higelin dans le parc) ici le fils de Marc Chagall

David McNeil, cette image de Pierre Schaeffer qui évoque tellement le type qu’il était

cette autre de Thomas Fersen (c’est aux puces de la porte de Vanves)

et enfin celle-ci de Sapho

(on ne la reconnaît guère)

Enfin, tant pis, Robert Doisneau a tiré sa révérence à la fin du siècle dernier (1994) – la photographie comme on l’aime, un peu dans le genre de celle de Willy Ronnis.

 

les couleurs de Douchanbé

 

D’un voyage à l’autre #4 : espèce de série inspirée disons des voyages effectués par O.Hodasava sur son site Dreamlands virtual tour.

 

Douchanbé, c’est une localité du Tadjikistan – c’en est même la capitale – (ou Dushanbé) – Asie centrale, ex-union des républiques socialistes soviétiques – en gros c’est là

 

c’est pour qu’on se repère (en vert) – les billets de Dreamlands virtual tour sont, depuis quelque jours, orientés Asie Douchanbé pourquoi pas – on parle aujourd’hui de ce que d’autres pourraient voir là-bas – je suis coutumier du fait  (il s’agit de la quatrième recension des diverses recherches que j’entreprends le matin, vers sept heures trente quelque chose) (en semaine) – on aura ici, oules 3 premiers billets de cette affaire – en vrai c’est donc la capitale (je croyais que c’était Tachkent mais je me trompais – c’est celle du voisin, l’Ouzbékistan) (il s’agit d’un pays sans mer) l’hiver il y fait froid – la voiture robot n’y passe évidemment pas – le capitalisme a ses propres fantasmes comme on sait – ce sont donc des images réalisées par quelques personnes j’imagine – je ne sais pas lire l’alphabet tadjik (j’imagine qu’elles et ils parlent tadjik) (un peu comme le russe je suppose – j’en sais rien) – il y en a du reste un bon paquet de ces images réalisées par un gonze qui va en vélo (ou une gonzesse, j’en sais rien non plus) (quoique le vélo, comme on le voit là, gauche cadre, soit plutôt marqué masculin – bof mais quand même)

quatorze images donc de ce lieu (ici réparer son vélo), de ce que j’en ai plus ou moins retenu – il y a des couleurs surtout – et peut-être comme toujours, je n’irais jamais là-bas – le peut-être est quasiment certain – qui peut dire ? je n’ai pas le temps, j’ai des trucs à faire – on ne va pas non plus mourir tout de suite – avançons, voulez-vous ? ce qui est sur le mur d’une salle de sport (pas mal de salle de sports muscu truc à la con mais peu importe – l’âme slave le corps quelque chose ? peut-être bien – en tout cas ceci

un mec un vrai (à pleurer ? peut-être, qui sait ?) – se faire couper les cheveux (traitement d’image du coiffeur et non de l’auteur du billet)

(c’est moi, ou ça vous a quelque chose de semblable ?) ( c’est moi, certes) c’était l’intérieur, passons au patio

(je ne connais pas signification de ce signe droite cadre, petit doigt levé (tant que ce n’est pas le majeur) quelque chose de la couleur – entrez, par ici (ils’agit d’un autre restaurant)

une espèce de carnet de voyage, un passage dans le temps et l’espace – je passe, je m’en vais – c’est imaginaire, c’est collaboratif, c’est enrichissant – j’avance, je mets un disque d’Amalia et puis je continue –

remarquable, sans doute – jardins, rues, chemins, je ne m’attarde pas, je me suis donné une heure avant de reprendre la saisie – j’aime voyager

locomotive à vapeur, char d’assaut pour la victoire finale de l’étoile rouge

il y a une flopée d’images de machin (le chef, le leader maximo, le fürher, que sais-je ? mais j’en mets pas, tu m’excuseras), il y a de la neige et des enfants des jeunes gens

le monde comme il va, mais surtout des couleurs, j’ai aimé, à Duchanbé, les couleurs, les verts de ces murs des arbres de la haie de l’auto

(sous son drap on ne la reconnaît pas, l’arbre cache l’écusson) (une Lada peut-être bien) – les couleurs, ce vert pastel, cet or, ce bleu

celles de cet homme assis en gris comme s’il ne voulait pas être dans l’image, le rouge du mur, la porte dans les jaunes, la veste  et le vert derrière la rampe blanche- qui sait ce qu’on prend en photo ? – le soleil sur le pavé bicolore

il en reste une, je ne sais plus, où se cache-t-elle ?

Ici la sculpture devant l’aéroport international – voici la dernière, au revoir, adieu à bientôt (c’est l’opéra Ayni et presque le monde est déjà parti…) (dans les rouges, fatalement

Les rendre visibles

 

 

 je me disais « mettons les treize autres richards, on verra plus tard » – le billet est prêt – je suis en avance c’est beau et c’est rare – je ne sais pas quel est ce calendrier, ni cet agenda mais tant pis, je continue – on avait déjà vu « Discount » du même Louis-Julien Petit ( qui avait quelque ressemblance : on en avait un peu parlé ici) – et puis non, ici et maintenant. Disons : c’est un film dont les rôles principaux sont tenus par des femmes, et c’est important à souligner. C’est important de savoir que le monde tourne grâce à elles – et peut-être d’abord : il y a toujours, et partout, des gens (ce sont des femmes, le plus souvent) qui aident les autres, qui les éduquent les soignent les lavent les secourent et les nourrissent (ce sont ces jours dont on connaît la venue, ceux des « établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes » et rien que l’intitulé donne envie de tout foutre en l’air) (je m’égare, pardon). Le film montre des femmes qui n’ont pas de domicile et qui tentent de survivre dans ce monde idiot et brutal créé par des hommes (ou des femmes, c’est selon) (mais plutôt des hommes quand même). 

 

Il s’agit d’un établissement dit « de jour » : on y accueille durant la journée des femmes qui n’ont pas où aller – sinon la rue. Trois salariées, une bénévole, une vingtaine de résidentes ; on y tente de vivre et de trouver du travail.

(ici, de dos (invisible elle aussi) la directrice de l’établissement; de face les invisibles). Le propre du film est premièrement de nous les montrer; de nous les donner à voir – on ne les voit plus, on les oublie et à la rue, elles meurent – eux aussi, mais elles meurent. c’est que ce monde de performance, d’efficacité imbécile et de concurrence absurde ne veut pas voir ce qu’il crée – il faut aller les voir cependant. Deuxièmement de les faire exister et vivre, réellement – une heure et demie, peut-être, mais exister.

Ici l’assistante sociale (incarnée avec joie finesse et subtilité par Audrey Lamy), là la directrice

Corinne Masiero (retenue, drôle et puissante), puis la stagiaire gauche cadre

Déborah Lukumena solaire et spontanée

(on l’avait vue dans « Divines » tu te souviens je crois) (Houda Benyamina, 2016) et enfin la bénévole, Noémie Lvovski

(fébrile, fragile si vraie) (elle va vendre sa télé, tiens) (ouvrez les yeux, hein)

toute une pléiade de femmes aux âges différents

attachantes parce que gaies ou pas mais vivantes, aux voix et aux yeux limpides ou atterrés – le centre de jour fermera (on le rouvrira parce que la loi – incarnée ici par Brigitte Sy

n’a pas le dernier mot (ce qu’on décèle c’est la direction d’acteurs, magique, on dirait Renoir : toutes sont justes sans jouer – ainsi en va-t-il aussi des acteurs, mais ils sont loin dans l’ordre des rôles, et on les oublie) (le méchant n’est pas si méchant que Jules Berry, non) (on a droit au jeune barbalakon quand même, remarque bien) : parce que la loi est inique, et que lorsqu’elle l’est, il est bon de la transgresser et de la changer – on préparera une journée portes ouvertes

accueillant le voisinage et plus, une réussite – un moment de joie et de danse

on est heureux, et parfois on pleure, on oublie mais le monde nous rattrape – peu importe, ce qui importe c’est le chemin qu’on a parcouru, ensemble, des individus, des personnes, des sentiments et des réalités

 

Une réussite, à nouveau : Les Invisibles, un film de Louis-Julien Petit

 

le tiroir


S. n’habitait la maison[s]témoin que depuis sa construction.
Avait posé la première pierre, avait frotté du plat de la main la première plaque de placo-plâtre.
Avait testé le premier tour de robinet.
S. avait décidé de laisser venir.
Les mots.
Puis de les coller comme ils venaient,
dans l’ordre d’apparition à l’écran de sa vue,
sur des morceaux de cartons étonnement rectangulaires, régulièrement carrés, le plus souvent munis de ces angles qu’on qualifie de droits.
De temps en temps, S. s’arrêtait de tourner dans la maison[s]témoin.
Cessait de regarder par les fenêtres
(les ponts, les travées, les affiches, les barricades, les courbes en hausse à 150 %).
S. lisait alors la récolte de messages ainsi constituée dans le plus heureux des hasards, celui qui s’adressant à S. ne pouvait jamais se tromper.
S. lisait :

« nonchalamment étendus dans la vase du fleuve
au milieu de cette foule de chevaux affolés
PROJETS D’AVENIR
Je m’écriais en moi-même :
cette clef
« ALLONS? JEAN-PIERRE EMBRASSONS-NOUS »
_Vous avez tort de me parler sur ce ton.
_N’y comptez pas !
_Mais si, mais si…
_Je ne vois pas ce que je gagnerai au change !
La porte s’ouvrit silencieusement.
vous imaginez que
_Je vous méprise autant
_Eh bien, mettons que j’en ai assez !
_Si j’étais vous
_Peut-être
_Mardi. _Ce n’est pas mardi. _Est-ce mardi ? _ C’est peut-être mardi.
SE PRÉOCCUPER DES FONDS OBSCURS
_Oui, c’est mardi.
Visser le fond
avec le pointilleur.
RÉVÉLATIONS !
un vrai miracle
directement à votre adresse.
La rivière est barré
et l’eau remonte.
On sent que le pas de l’homme
peut être regardé comme la plus grande
dérivation.
Un très riche et très noble dessein,
nous, à ses pieds,
il nous suffisait de l’apercevoir. »

Une fois ses lectures faites (à voix haute et à voix basse simultanément), S. se repliait en seize morceaux de taille identique et se rangeait dans un tiroir, celui du haut, ou celui du bas, selon la teneur de ses émotions, fugitives, contradictoires, pesantes, enthousiasmantes, incontrôlables, et propres à transformer S. en fumée.
C’est à ce titre que les volutes du S qui lui servait d’initiale lui apparurent comme prémonitoires.

« Vous devez être heureux de votre voyage » lui répondait alors un livre ouvert page 47(une page saturée d’un hasard objectif, millénaire, incompressible et discret).

les listes et les podiums

Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il y avait sur cette liste, des sortes de résolutions, et en toute fin celle de ne jamais faire de liste.

Ce dont je me souviens est haineux surtout, mais je ne sais pas dans quelle mesure l’hippocampe du cerveau doit être tenu pour responsable et comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on – un deux trois quatre dit le mec au téléphone dans la cour – étudier ou même tout simplement reconstituer ce qui amène à ça, à la détestation des différences – la grille de la cour claque de façon très reconnaissable en se refermant, le mec un deux trois quatre est très différent de moi, je ne le déteste pas mais je suis tout à fait capable de détester qui s’érige qui se porte garant, qui refuse d’accorder, qui n’imagine pas se tromper, qui prend l’espace et la parole, ce serait trop compliqué de faire une liste, surtout sachant que certains paramètres de reconnaissance de ces qui détestables sont diffus, de l’ordre du sensible, et tiennent à une manière de prononcer certains mots, avec une certaine torsion de la bouche, par exemple en s’érigeant, se portant garant, refusant d’accorder etc.

Ensuite il y a beaucoup d’avis qui sont donnés sans préavis.
On cherche la poule qui sait compter ou le poulpe qui donne des résultats de paris sportifs.

Finalement, recopier intégralement, ou pratiquement intégralement, le discours d’une chaîne de téléachat est reposant, parce que le détestable se montre tout clair, sans masque, pas besoin de se fatiguer à le débusquer ou à le traduire. C’est l’éloge de la différence – plus exceptionnel, meilleur, performant, ça va vous changer la vie – mais d’une autre différence, celle qui nous rapproche de l’exception admirable. Le téléachat installe des nuées de podiums sur tous les emplacements, même quand il s’agit d’un coton-tige ou d’un parapluie pour que nous devenions tous l’exception admirable. Ne pas être comme les autres, c’est être meilleur – plus exceptionnel, performant – que les autres, ce qui est un abîme sans fond, car si ça fonctionnait avec cent pour cent de réussite, à la fin nous serions tous identiques. C’est reposant de voir à l’œuvre cette schizophrénie. Mais quel outil, comment, avec quoi, tirer des conclusions, sauf en détestant ce détestable.

Les décorations de noël sont en place, les rues ont été bloquées très peu de temps pour que les boutiques n’aient pas à en subir les conséquences, en termes d’accès, ventes, black-friday. Certaines guirlandes lumineuses ont peut-être été installées de nuit. À la devanture du magasin de jouet du centre-ville, un père noël ventru de douze centimètres sourit dans la nacelle d’une montgolfière tissée. Aucun jouet n’est à moins de cent cinquante euros. Le pull moutarde dans la vitrine d’à côté est en solde à deux cent vingt-cinq euros. Il en faut deux pour obtenir le prix d’une paire de chaussures. La ville est calme. C’est en périphérie qu’on brûle des pneus. Ce sont des différences visibles, des podiums bien installés. La haine aussi veut son podium. La ville est calme. Il n’y a pas de mère de famille tuée sur son palier à coups de couteau ici, comme dans d’autres villes. C’est peut-être une question géographique. On pourrait se dire – comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on, un deux trois quatre  – que les différences – de prix et de couteaux – sont géolocalisées. Peut-être même qu’il existera bientôt une application pour téléphone où les podiums apparaîtront en temps réel sous une tête d’épingle rouge ou verte en forme de goutte d’eau stylisée inversée. Une qui sert le café avait un bleu au visage l’autre jour et les yeux rouges. L’étrange, c’est qu’elle ne se trouve pas en périphérie. La chaîne du téléachat est dans toutes les télévisions, peu importe leur emplacement. C’est pareil pour les bleus, ça l’est moins pour les jouets en bois faits à la main, les montgolfières tissées de quinze centimètres de haut en soie et les vêtements moutarde. Historiquement, c’est un peu comme les chambres de bonnes toutes au rez-de-chaussée. Il y a une ville en Amérique du sud dont les quartiers les plus privilégiés se trouvent sur les hauteurs, et les zones pauvres en bas. Quand les pluies dévalent les pentes, qu’elles engorgent des rigoles parfaitement goudronnées, s’y engouffrent, longeant les interphones des portails électriques, passant devant des escaliers à double volée donnant sur des statues au centre de parterres fleuris, elles inondent les cabanes de bois et de tôles ondulées, elles les recouvrent, elles les pourrissent et elles les noient, avec des gens à l’intérieur. La haine de qui s’érige de qui refuse d’accorder s’écoule, simplement, au grand air.

Après, il y a ce souci dès qu’on écrit, d’arriver à une conclusion. De faire une démonstration. Ou un portrait. De donner à voir un angle qui ne serait pas commun, ou qui serait différent. C’est peut-être la corrosion qui gagne. L’acide du podium se répand. Dès qu’on écrit, et sans qu’on le formule, même sans qu’on veuille s’y intéresser, arrivent les différences, le haut, le bas. La sélection. Écrire c’est sélectionner. Recopier c’est sélectionner ce qu’on va recopier.
Même la longueur d’un texte est soumise à la sélection : trop longue pour un billet en ligne sur le net comme ici, trop courte pour un livre. Si je choisis d’écrire un texte trop long pour être lu en ligne, est-ce que c’est pour déjouer ce principe ou pour faire différent ? (me la jouer ?) Comment – quel outil, comment savoir, comprendre, répondre, et où se terrent les illusions, sur soi et sur le reste, celles qu’on voudrait avoir, celles dont ne sait pas qu’elles nous collent aux talons.

« Il y aurait plus de mondes potentiellement habitables dans l’Univers que prévu », me dit un site. Juste après m’avoir demandé
« Qui est Jesus ? » et
« Comment préparer une pizza parfaite selon la science ? ».
Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si dans ces mondes aussi il y a obligation d’agencer en vue de démontrer, et si tout s’organise hiérarchiquement, même la pluie.