mensonges, home run et dépendances

J’ai écouté une artiste, sa conférence, c’était un peu brouillon ou bien c’est moi qui suis brouillon mais j’ai compris qu’elle travaillait sur le mensonge, le bullshit, les messages, la vérité — et je ne vois pas pourquoi je n’en parlerais pas ici, personne n’a jamais dit que la maison[s]témoin avait campé ses  fondations en haut d’un phare ni qu’elle devait se cantonner à explorer les limites de son cagibi.
Des mensonges j’en entends.
Hier un gros prononcé par la voix off d’un reportage sur l’état écologique désastreux de la planète, inondations, tempêtes, glissements de terrain. En conclusion : « l’homme pollue et il va en payer le prix fort. » Mensonge double, un : ce n’est pas l’homme qui va payer, c’est l’humain – la voix ignorait sans doute qu’un mot existe pour exprimer la totalité d’une population, femmes et enfants compris –, et c’est également faux parce que deux : ce n’est pas l’humain qui paiera le prix fort, non pas l’humain en général en tant qu’espèce, mais une certaine catégorie d’humains, particulière, celle qui n’est pas en pourparlers pour prendre la direction d’une banque d’affaires britannique – pas en cravate Dior la semaine et en veste de chasse à courre le week-end – qui ne regarde pas les cotations boursières comme un fan de baseball les statistiques des homes run d’un de ses joueurs préférés.
Il y a aussi des vérités toutes nues et on ne s’étonne même pas. L’agence immobilière ajoute à son nom « Privilèges », elle dit juste. C’est bien un privilège que de penser s’acheter un ancien manoir seigneurial restauré de fond en comble, offrant 10 pièces principales dont 5 chambres, soit environ 370 m2 habitables, son parc protégé par des murs d’enceinte comptant plusieurs dépendances. « Dépendances » aussi est un mot juste qui définit clairement.
En Nouvelle-Calédonie la catégorie d’humains qui débarqua du temps de James Cook croyait acheter leurs terres aux habitants sans comprendre qu’elle achetait seulement le droit temporaire de les cultiver et rien d’autre, le concept de propriété n’étant pas exprimable ni connu dans leur langue.
Il est vrai que nous ne sommes que locataires du paysage, passagers provisoires. Le roi Yax Ehb’ Xook (« Premier escalier du requin »), fondateur d’une dynastie qui dura presque 800 ans et qui vit s’ériger des temples monumentaux dont on n’a pas idée, ne dura que le temps qu’il dura, psssst, disparu.
Plus loin dans le temps, vraiment beaucoup plus loin, on trouve des cyanobactéries dont l’existence propagea l’oxygène dans l’atmosphère et donc, par la suite, la suite, c’est-à-dire nous, les rois, les godillots, celles et ceux qui paieront les prix forts et puis les autres.
Les mensonges, ça s’entend sans qu’on y prenne garde.
Une entreprise vante ses services, parmi lesquels « la qualité accessible à tous », à tous, ce n’est pas vrai, et il en manque du monde, mais le mensonge passe à heures fixes, on écoute la radio en faisant bouillir l’eau du riz et on ne tique même pas.
Il y a les choses qu’on dit, mensonges, bullshit, vérités assumées et puis les impressions, les sentiments.
Par exemple j’ai le sentiment que Catégoriser est un verbe très laid et très nocif, une construction mentale qui prend sa source profond, profondément. On demande naïvement aux petits de trier des couleurs, des formes géométriques, on croit bien faire, comme si la construction de groupes, d’ensembles, n’était pas une autre façon d’écarter ou de montrer du doigt.
C’est vendredi.

guadalupe

donc c’est une maison, d’où l’idée d’en parler ici, c’est logique maison >–< maison, quoique, on constatera par la suite qu’il y a maison & maison, que ‘maison’ n’est pas un concept uniforme, de plus celle-ci n’est pas ordinaire, les gens viennent en bus la visiter, enlevez vos chaussures on leur demande, on rappelle que cette Maison a fait l’unanimité de la critique internationale, elle se situe au bord d’un fleuve, en périphérie d’une grande ville, on s’en rend compte parce qu’une des chambres (celle de Madame) est équipée d’une sorte de hublot géant que guadalupe actionne avec une manivelle, elle dit regardez c’est beau on voit la ville, c’est le seul endroit parce que là > elle montre les autres ouvertures, des hublots minuscules au-dessus de la baignoire, elle se faufile à quatre pattes pour passer le chiffon > là on ne voit pas la ville, que des arbres, sauf l’hiver quand ils perdent leurs plumes, quelle partie de la maison préférez-vous lui demande-t-on, elle ne s’était jamais posé la question, ah rien, rien de spécial, ou tout, moi j’aime tout, tout me va, je suis ici pour le travail, c’est quand même très très gris dit guadalupe, tout ce béton, moi, déjà, j’aurai mis du granit c’est plus joli, mais c’est si gris, très gris, non si j’avais de l’argent je ne voudrais pas de gris, sauf ma tombe (elle sourit), elle est belle comme une déesse avec son seau ses produits d’entretien les balais et l’aspirateur, elle tient tout ça sur le même coude et avance sans trembler dans des escaliers au design qui refuse les rampes, elle ne tombe pas mais elle fait attention, elle a beau avoir l’air solide on remarque un bandage du côté de son genoux gauche, surtout quand elle descend-descend entre deux arbres et va chercher une épuisette pour nettoyer les algues du plan d’eau (quarante mètres sur douze au milieu de nulle part, pour faire de l’exercice ? s’interroge guadelupe), il y a aussi ce long moment où la plateforme fait monter guadalupe le long de la bibliothèque, tant de livres tant de livres qu’elle n’aura pas l’occasion de lire, ce n’est pas mon monde dit-elle, son emploi la cantonne à redresser les volumes bien proprement car les fins esprits qui les lisent oublient de les ranger < parfois les livres dégringolent et bloquent la plateforme automatique, guadalupe est coincée, elle dit il faut venir me dépanner > elle est debout sur une marche mince dans l’escalier (design), elle lave et elle aspire, elle n’est pas triste elle est active, les draps, les lits et du cif sur les plans de travail, elle s’arrête de ranger plier monter descendre pour parler, et pendant qu’elle arpente et soulève et replace on n’entend que les bruits de frottements de chiffon, les glings du manche de l’aspirateur contre le métal, le ziippp du glissement des rideaux sur une distance considérable ; à ce propos on se questionne sur ces rideaux, leur existence et leur utilité, étant donné que lorsque pointe le crépuscule et que Madame (élégante silhouette pieds nus et en robe rouge) les ferme, on voit à travers tout autant que s’ils étaient ouverts, on se questionne aussi sur la proportion de vitres, des vitres tant de vitres tant de surfaces de vitres, à croire que le design a oublié qu’il faudrait bien les nettoyer et que des mains devraient sortir la grande échelle ; dans la cuisine (c’est gris) une cagette de tomates, le rouge éclate, toutes ces tomates dit guadalupe qui les regarde sans savoir quoi en faire, c’est ainsi, dans certaines maisons, enfin ce type de maisons peu ordinaires il semble que les quantités de vitres et de tomates ne soient pas un problème ni les qualités de maniement et légèreté d’aspirateurs souvent vétustes – mais qui s’en sert ? – il semble que la réception de ce film documentaire catégorie art de vivre n’ait pas fait l’unanimité de la critique internationale car nombre de spécialistes ont été attristés de trop voir guadalupe au centre de l’écran et pas assez la Maison chef d’œuvre exemple unique d’architecture contemporaine classée monument historique, sans doute qu’ils n’ont pas goûté l’ironie de l’apparition furtive sur l’écran de télé du salon d’un film de jacques tati (playtime), ils n’ont sans doute pas du tout apprécié que le ballet somptueux des parties automatisées (sur fond de traviata) se termine par l’image en gros plan d’un grille-pain (une Maison grille-pain quelque sorte, mais qui grille qui ?), une Maison qui n’est pas faite pour les corps, je reformule, une Maison faite pour certains corps qui laissent traîner les livres, ne repassent pas les draps, et ne montent pas sur un seul bras un seau des balais des éponges, qui laissent le lit défait, un peignoir blanc immaculé au fond de la baignoire, puis quand la nuit arrive (car elle arrive pour tout le monde) et qu’ils se couchent, après avoir fermé leurs rideaux inutiles, ils trouvent un lit parfait et ne s’étonnent pas du peignoir blanc pendu magiquement < cette sorcellerie des objets est sidérante, celle des corps invisibles tout autant >

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Voir le jour

 

 

 

 

un mal de chien à bosser ( c’est que le travail n’attend pas, l’écriture et le cinéma, si…) – c’est un peu toujours la même histoire, always the same old story – mais là c’est un film français, je l’ai vu il y a un moment – les images sont du film annonce et de l’imdb – on fait ce qu’on peut, plus ça va plus c’est dur : peu importe, les artères se solidifient sans doute (on ne fera pas dans l’autofiction cependant) (il y a des choses qui se passent au monde qui me donnent la nausée mais qu’est-ce que ça fait ? ben rien –  peut-être que ça va mal finir qui peut le dire ? – aux us comme dans l’uk deux cinglés au pouvoir, un autre qui veut refonder un empire ottoman, un quatrième qui veut faire le tsar et élimine au poison ses opposants quand ce n’est pas par des coups de feu…) et pendant ce temps-là, des enfants naissent…

 

 

il y a une héroïne, mère d’une fille assez adolescente – l’héroïne en vrai se nomme Jeanne mais en dehors du vrai Norma – elle a été chanteuse d’un groupe c’est pour ça  Norma – elle a décidé un jour, enceinte d’on ne sait trop qui, de s’enfuir – elle a opté pour travailler dans une maternité, elle y est auxiliaire – elle a saisi sa chances rencontrant alors Francesca, la sage-femme incarnée magnifiquement par Brigitte Roüan – le film décrit la vie dans une maternité, accouchements, césariennes, péridurale, risques urgences la vie la mort… Des relations de travail. L’autre partie du film, ce sont les relations qu’entretient Norma-Jeanne avec le reste du monde, et notamment sa fille (Lucie Fagedet, solide) .

Ce sont sans doute maladresses mais le film tient, et il tient surtout par ses actrices : quelque chose passe. Une entente sans doute : les conditions de travail (la grève qui vient)

l’arrogance assumée (comme on dit aujourd’hui) tellement contemporaine du chef de service (Stéphane Debac)

mais se tenir ensemble, et faire face. Le film tient par ses actrices, Sandrine Bonnaire en Norma Jeanne (parfaite)

Brigitte Roüan en sage-femme (sans doute a-t-elle accouché Jeanne) lumineuse

Aure Atika qui disparaît à un moment – magique cependant – ici avec Kenza Fortas en stagiaire (une nature) –

Claire Dumas sympathique et honnête cœur sur la main (on l’avait aimée dans « Tout ce qui me reste de la révolution« )

en amorce ici Nadège Beausson-Diagne (adjointe au chef de service : de quel côté est-elle ?) (efficace et sensible), et d’autres comme Sarah Stern – en chanteuse légèrement fofolle –

des actrices une maternité des accouchements – des tensions, des chansons (il y a une chorale, il y a une chanson que nous donnait Nicoletta – tu te souviens de Nicoletta ? – Mamie blue – je ne suis pas trop pour la redondance à outrance, mais enfin, il y a l’adage qui indique que la mise en scène c’est taper sans relâche sur le même clou…) un retour du refoulé et des cendres jetées à la mer (…), des maladresses certes, mais une claire vision – de fortes et tendres  relations entre femmes : ce n’est pas si courant (même si ces rôles sont convenus – la corporation elle-même porte en titre sa fonction (les sages-femmes) – elles se battent, se mettent en grève, solidaires et unies : ce n’est pas si courant. On salue ici l’entreprise (et Sandrine Bonnaire qui porte le film, avec cette énergie qu’on aime).

 

Voir le jour, un film de Marion Laine.

Il manque dans cette petite narration d’un film sympathique toute la partie du passé de Jeanne donc Norma. J’ai voulu ne garder que le versant professionnel disons – j’ai vaguement le sentiment que la chanteuse le groupe cette musique probablement du temps des punks ne sert pas la force du film : je préfère y voir cette lutte pour un statut, tellement plus forte et plus vraie.   

Abbas 2 (où est la maison…?)

 

je me laisse faire : arte diffuse des films d’Abbas Kiarostami, alors à nouveau je les regarde, je les aime, je les regarde encore, je les ai vus, je les vois – Abbas Kiarostami est décédé il y a quatre ans, à Paris où il était soigné, il avait 76 ans mais ne tournait plus en Iran. Cette perte…

 

 

on aime les enfants – c’est une affaire entendue – parce que justement ils sont aimables – celui-ci par exemple

il se nomme Ahmad (dans le film: dans la réalité, il se nomme Mohammed Reza) ou celui-là

c’est lui Mohammed Reza (c’est Ahmad dans la « vraie » vie) (Abbas K. a interchangé les noms, pour rire, sûrement – pour les faire jouer l’un à la place de l’autre et vice-versa) – ils sont ensemble à l’école; ils doivent être en quelque chose comme le cours préparatoire, ils apprennent à écrire ; Mohammed s’est fait gronder, il n’a pas fait ses devoirs (il travaillait), il pleure, c’est déchirant (vraiment, pauvre môme…); ce sont des enfants, ils sont pauvres comme leurs parents et arrivés à la maison, avant de faire leurs devoirs d’écriture on les fait bosser : par exemple celui-ci a mal au dos

c’est pourquoi il n’a pas fait ses devoirs (les bidons de lait sont lourds)

une classe de garçons, ils sont vingt et ils bossent – c’est vraiment une belle histoire (un scénario en platine) – Ahmad a pris par mégarde le cahier de Mohammed Reza, il cherche à savoir où se trouve la maison de son ami (en platine – magnifique et sublime) ne la trouve pas, cherche et court et croise ce type qui s’appelle comme son ami

mais ce n’est pas son père alors il court, Ahmad, il cherche, se trompe court encore, revient repart, croise un vieil homme qui fabrique des portes, lequel lui donne une fleur, et l’emmène chez (de nouveau,) cet homme (ce n’est pas là) (non, ce n’est pas là mais c’est la nuit qui vient), Ahmad s’en va, c’est la nuit – il rentre chez lui – le voilà de retour, le soir on dîne, il a ses devoirs à faire, il va les faire – séquence formidable – il est là

tu vois comme il s’applique ? Pour faire son travail

sa mère lui apporte à manger (il n’a pas mangé à table, il était préoccupé : le cahier de son ami, il n’a pas réussi à le lui rendre : demain, le maître va le punir, le chasser peut-être…) – il travaille Ahmad – si Flaubert avait été Emma, moi j’aurais bien été Ahmad –

il est tard mon garçon – un peu, oui, il est un peu tard mais voilà que le vent ouvre la porte

le vent qui tourne les pages, le vent qui souffle entre, bouscule le linge, Ahmad est là et regarde le vent (tout comme Joris Ivens filmait le vent, Abbas nous le fait sentir) (c’est quoi le cinéma, sinon filmer le vent ?)

oui, Ahmad, regarde le vent, regarde Ahmad… (sa mère ramasse le linge dans la nuit – Ahmad regarde et regarde encore)

et c’est déjà demain, c’est déjà la classe, mais Ahmad n’est pas là – on se dit « il dort encore il s’est couché trop tard il était si fatigué » – et puis

le voilà (il tente un mensonge pour expliquer son retard et puis finalement non) il entre rejoint sa place

à côté de son ami (sa maison, il ne l’a pas trouvée)

mais ce n’est pas faute de l’avoir cherchée

bah tant pis – il a fait les devoirs de Mohammed, le maître voit les devoirs faits, c’est très bien – oui, c’est très bien

et là, la fleur donnée par le vieux type : sublimissime…

 

Où est la maison de mon ami ?, un film (formidable) d’Abbas Kiarostami (1987)

 

 

 

Jenny (et Maurice)

 

 

il y a certainement un truc qui ne va pas (chez moi, je veux dire) : probablement, une trop grande confiance en soi – de quelle source pourrait bien provenir cette arrogance ? Écrire pourquoi pas après tout – par exemple, j’ai aimé écrire pour cette croisière – ça a été une espèce de commande et j’en ai aimé les contraintes – puis le monde a changé – j’aime que le monde change (et le prince Fabrizio (l’un des premiers à venir visiter cette maison) (et à y demeurer) de redire « il faut que tout change pour que tout demeure semblable » – ah Burt…) le cinéma m’a manqué – il va revenir ici (on a vu récemment L’ombre de Staline qui n’est pas si mal) – mais pour le moment, un livre qu’on illustre des lieux où il s’est déroulé – bien des choses ont changé, mais voilà, c’était ici.

 

Le nom de la rue a changé – c’était la rue des Sablons (il en est une intra-muros jte dirais) – ils vivaient au 1 : le voici ici

image de juin 2008

le père (Nuchim), la mère (Rivka) et leurs deux enfants – Jenny et Maurice (il y avait un film de l’époque, je crois que c’était Françoise Rosay dans le rôle – il est de 36 – le mari jaloux, c’est Charles Vanel – ma mère avait dix ans, mon père treize – Carné, musique Kosma, scénario Prévert etc.) (il faut bien accrocher quelque part la réalité des choses), Jenny avait 11 ans, et Maurice 7.

(Il y a quelques jours, Maurice s’en est allé (que son âme soit paisible) le 13 juin).

juin 2014

Puis en 1930, ils déménagèrent, à Vincennes.

juillet 2015mai 2018   

(que cherches-tu dans les images ? des preuves ? des indices ? des hasards et des réalités ? il y a là du jeu, de l’amusement,du renseignement : comment était-ce ? comment est-ce ? de la curiosité, et aussi de la mémoire) les enfants vécurent ici un moment, deux ou trois ans pour Maurice, je crois – c’est Aubervilliers

mars 2019

Puis vint la guerre, les parents n’étaient pas français – ils étaient juifs, venaient de Pologne – la guerre, la déroute – l’occupation – puis le 16 juillet 1942, les rafles du vel’d’hiv – la complaisance des fonctionnaires de la police française, les dénonciations – les autobus, le commissariat (tu te souviens du 17 juillet 61, les mêmes autobus les mêmes agents, le même Papon) – et puis les parents qui disent à ces deux enfants (ils sont français, ils sont nés en France, ils peuvent rester…) (Jenny a seize ans, Maurice quatorze) « partez, les enfants »  – laissez-nous – « partez, sauvez-vous, vivez » – ils sont retournés ici donc

ils portent l’étoile, à sa place mais mal cousue par Rivka, la première fois qu’elle sort avec, Jenny passe devant ce café qui existe toujours, au coin de la rue des Vignerons

ils attendent leurs parents – mais ils ne reviendront pas  – Maurice est devenu Rajsfus, un homme magnifique comme sa sœur d’ailleurs, il arrivait que je regarde le site qu’il tenait (infatigable recherche de la vérité sur les exactions de la police…) on l’aimait beaucoup mais voilà. Le livre est écrit avec la voisine de l’auteure, laquelle est Jenny

32 avenue Franklin Roosevelt Vincennes

il apparaît de loin, peu importe, on le sait là, elle est là, elle qui aime apprendre à lire aux enfants – elle passera son bac avec son amie Monique – elles  uront fréquenté l’école de la rue de l’Egalité

j’aime tant les savoir sortir, peut-être de là, ces deux amies (ce sont elles deux, sur la photo d’entrée de blog, je crois bien – on ne m’a pas renseigné), et puis aller pour rentrer à la maison, les voir accoudées à cette rambarde de pont parlant parlant parlant


quand même on en aurait changé (le type sur le pont a été chercher du pain, voilà tout – le train passe et court vers la Nation) – Jenny et Monique – oui, pour se souvenir – le souvenir par exemple du numéro de déporté tatoué sur le bras du mari de Jenny , Jean-René – demandé par Marine, la petite fille de Maurice – pour ne pas oublier, dit-elle – oui, pour ne pas oublier, cette vie, ce monde, ce vingtième siècle…

Entre ici Maurice… (et Jenny qu’on aime tant, l’héroïne et la voisine dont l’histoire nous est racontée par Geneviève Brisac dans « Vie de ma voisine »  en 2017, au point seuil 4752 – magnifique)

 

les écharpes

Quelquefois, par hasard, nous voilà devant un hangar à montgolfières. C’est-à-dire que nous sommes en bas, de la taille d’un timbre, et que devant nous le hangar s’élève, immensément. Il a la forme d’un arc-en-ciel. Il est en fer. Un arc-en-ciel de fer, pourquoi pas, on en a vu d’autres.

À l’intérieur les gens tricotent. Chacun s’occupe de son tricot, certains font des écharpes multicolores qui s’entortillent, d’autres forment des carrés touffus, unis et lourds comme des pièces de feutre. Les aiguilles travaillent constamment, ça fait tchac tchac, tchac tchac, un cliquetis d’usines comme au 19 e siècle.

Certaines écharpes partent remplir des chambres froides. Le tchac tchac des adieux s’entrecroise avec le fil de la productivité admise.

Hélène Châtelain de La Jetée est morte ce jour. Plus haut que le toit du hangar à montgolfières, qu’est-ce qu’il y a ? Je t’en pose des questions ? Et est-ce qu’on a le droit de tresser ce qu’on veut comme écharpe pour tenir chaud ?

Message : « Ce document est ouvert en mode lecture seule. » Ah, que tu crois.

On passe des lignes comme des obstacles, et il y en a, et il y en a.

Vingt quatre images

 

 

 

la ville
l’image
le mouvement
deux filles – asservies au bidule – assises – les quatre autres dans l’image (la torsion, dans la production cinéma, du genre – on pense à Weinstein (Harvey) qui entre dans la salle avec un déambulateur – on pense à (wtf tout autant) Balkany (Patrick) qui sort de prison malade comme un chien) la vestale (la brune) cache l’image d’une hyène – les types sont debout asservis aussi  – chignon/barbe : le kit – le pantalon de cuir de couleur presque chair (bronzée oui) de la vestale brune – les bottines grises de la châtain – Paris une heure de l’après-midi – l’opérateur tout autant asservi – que deviendrions nous sans ces machines ? –

(léger recadrage au mouvement du pantalon grenat) (on ne sait jamais exactement ce qu’on fait) (on verra bien) on voit – plutôt cadre dans la largeur –

irruptions toujours présentes – un groupe de trois jeunes lycéens (j’interprète, je vais au boulot) – ici, là, droite gauche ou l’inverse – toujours – c’est le moteur probablement de la prise de vue (elle décadre l’image du cinéma – mais celle-ci n’apporte que des couleurs, immobiles et glacées comme disait je ne sais plus qui)

une blackette passe ou alors est-ce un type ? – je n’ai pas supprimé d’image, sans doute suis-je légèrement en zoom, le manteau rouge – (tant aimé cette chanson) – je vais au travail – c’est l’hiver

je n’ai pas corrigé l’assiette – seulement les contrastes – les jeunes gens droite cadre sacs à dos basketts – les deux femmes assises dans la même position inchangée –

quelque chose un trouble, recadrage légèrement pano droite gauche, pourquoi je ne sais pas, c’est là – quelqu’un en blanc je crois

recadrer – faire tomber le « E » de Est sur le bord du cadre – que le monde marche sur le bord bas de l’image du quai – les gens passent et leurs histoires –

sur les six de l’image, cinq asservis – le métro se prête à cet esclavage, les métaux rares, les pannes les images – moi-même, sur le quai d’en face, asservi – regard caméra peut-être extrême droite cadre

décadrer légèrement vers la droite sans doute par l’irruption de la jeune femme noire jean/baskett/casquozoreilles – le groupe de lycéens au premier plan le garçon présente son dos on consulte quelque chose on pense à autre chose –

une demi-seconde plus tard

à toute blinde, le manteau rouge passe – le lycéen tourne le visage, profil – ma,in dans la poche pantalon grenat –

autre manteau blonde sac – presque de face le lycéen laisse le passage – on attend, la rame s’annonce, un bruit ? un sentiment ?

mouvement de la brune assise – elle se prépare – le lycéen vérifie sur son écran – un instant plus tard, elle sera debout  – le chignon réfléchit – il manque le bruit l’odeur – la lumière comme au jour –

décidément quelque chose se prépare – on ramasse son sac, on va se lever – probablement l’annonce sonore « prochain train dans une minute » –

un type passe – la deuxième (châtain) assise n’a pas bronché –

allez debout

un autre dans l’autre sens – je ne crois pas qu’il soit blessé –

non, on ne voit pas – le cadre est stabilisé et laisse passer le monde – la jeune jean/baskett/casque/sac à l’arrière plan se prépare –

on est prêts – il arrive certainement – on l’entend peut-être déjà – je ne suis pas certain mais la châtain se prépare aussi il semble un geste à peine esquissé

pas certain – les lycéens vers la droite – le visage de la vestale brune pantalon cuir chair –

irruption gauche cadre

sans doute oui, le voilà

regard caméra de la blackette ? sans doute pas – on sait qu’il est là, il entre en gare – fin de l’épisode

 

 

Vendredi

 

 

 

 

c’est toujours avec une certaine solitude que le travail est entrepris – pour quoi faire, encore un billet ? ou alors pour qui ? c’est une impasse –

la maison[s]témoin telle qu’en elle-même : on attend que quelqu’un vienne, entre, compare, visite, estime, pose même quelques questions, on regarde l’état des lieux – on prend des photos ? non, quand même pas – jeune couple ? la femme qui garde des enfants, le mari technicien supérieur sur le plateau, non loin, entreprise public bientôt privatisée – un loyer, ou tout comme, accession à la propriété : un lieu à soi – cinq cents mètres carrés de terrain, un garage pour une voiture plus une petite – faire attention en sortant, lotissement, à sept heures du soir, tout le monde est rentré – faire construire une piscine, pour les jours d’été – poser un trampoline entouré de fin grillage de plastique mou pour éviter les chutes, les enfants sept et neuf – l’école à deux kilomètres, le centre commercial, les courses samedi matin – courir pour se maintenir en forme, le bois à deux cents mètres – de l’herbe, de l’air, de la terre et de la rosée – courir – casque aux oreilles, cheveux tenus en queue de cheval, vêtements dans les roses dans les gris (garçons filles) – éternellement jeunes, cosmétiques et publicités, une fois de temps en temps aller voter (le dernier des soucis) (la famille, les fêtes, et penser aux vacances – au bord de la mer en Vendée) (faire venir maman pour qu’elle ne reste pas trop seule) – rien à faire, allumer la télévision, empêcher les enfants de rester trop longtemps sur la console – classe moyenne, tu crois ? directement du lit à la cuisine, le petit déjeuner, réveiller les enfants et faire du café au lait, du thé, des tartines – penser repenser oublier et repenser encore – passer à la salle de bains – dans les bleus, dans les blancs – un peignoir, des savates – un homme se rase, se coiffe, se vêt – mercredi un jour comme un autre – faire des économies, mettre son manteau, embrasser les enfants la femme – entrer dans l’auto mettre le contact, la radio – les images qui défilent, la Grande Bretagne coupée en trois, le virus chinois  (on en pense quoi, à Hong-Kong, de cette manière de fermer une ville de onze millions d’habitants ?) – fumer ou non – nuit, périphérique, autoroute – le train, le métro ? Tous les jours. 

À la réflexion, j’ai le sentiment de m’être trompé de lieu – le cinéma, il n’y a que ça de vrai – l’illusion, c’est important. Je me souviens mais est-ce que ça intéresse quelque chose, quelqu’un.e  – dès qu’on commence à se soucier de cette écriture dite inclusive (ce sont des mots contemporains – immersive; disruptive – à vomir) ça commence à foirer.

Il ne fait jamais aussi gris qu’on croie – j’entame dans les mêmes jours, pratiquement, le livre de Philippe Lançon – il s’agit d’un journaliste qui a réchappé de l’attaque sur l’Allée Verte la rue Nicolas-Appert où se tenaient les bureaux de l’hebdomadaire satirique – je me souviens comme d’hier de ce vendredi (le surlendemain) où l’attaque allait être menée contre cette imprimerie où s’étaient retranchés les deux immondes frères assassins – dans le même moment l’autre ignoble salopard prenait en otage des clients de l’hypercasher (mot formidablement imbécile) de la porte de Vincennes – l’assaut fut donné en presque même temps – les embouteillages dans Paris douze et vingt étaient imbroglionesques – la télévision en temps réel disait des insanités et dénonçait des clients qui appelaient retranchés dans des lieux cachés de l’épicerie – je me souviens de l’abject – on devrait prendre de la distance avec ces faits : j’ai depuis longtemps jeté la télé et tenté d’ouvrir les yeux – j’entendais l’un des correspondants de la radio (je crois qu’il vivait dans la proximité de la porte) il tient une émission quotidienne à présent sur la science – sans doute passe-t-elle en même temps que j’écris – parfaitement – dehors il y a du soleil – je suis sorti ensuite, quand tout fut dit, les salauds comme les otages morts, la rédaction de Charlie Hebdo décimée, c’est à Belleville, un quartier tellement brassé – on avait dans les yeux et les gens et moi quelque chose de la terreur- comme si c’était hier. Le surlendemain dans les rues.

 

 

Il faut tenter d’écrire – de décrire aussi ce qui se passe au fond – dans cette maison[s]hantée – sans image, animée ou fixe, quelques mots – quelques phrases pour décrire ses tourments – quelques secondes dans la vie d’un homme, dehors le soleil brille, hello – comme dans sa jeunesse au bord de l’eau – il faut tenter d’écrire (poser quelque chose comme Bach ou Morricone, Delerue ou Mozart, une musique à effet – j’ai tant aimé la musique tu sais) (Chopin ?) 

 

 

    

 

du travail

j’ai bien essayé, je suis vraiment d’une bienveillance, de voir d’un peu plus près cette expression : « ressources humaines », et j’avais un a priori si positif que la fée clochette devait dans mon cerveau déverser ses paillettes, « ressources » c’est-à-dire « ce qui peut améliorer une position fâcheuse, avoir de la ressource, de l’ancien verbe resourdre (ressusciter, relever, remettre sur pied) », j’y voyais personnellement, et on peut dire avec l’innocence qui me caractérise, un clin d’oeil au mot « source », ça sort de terre Ô magnifique Ôde à la vie essence même de notre présence dans ce cosmos en expansion gonflé de matière noire (une matière non identifiée, et qu’est-ce qu’on sait du monde ? c’est la question), source donc source, eau vive, petits poissons, qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de négatif dans source ? et puis humaines, l’humanité c’est beau, c’est un cadeau, à ce moment précis j’ai vu passer une vidéo où un jeune quidam blouson-noir (sorte de hooligan) sortait de l’eau un chiot, ou bien un chien très mal en point, au bord de se noyer, incapable de remonter les berges abruptes d’un canal bétonné, le jeune homme tendait le bras, se plaçait en déséquilibre pour le ramener au sec, oui donc, « humaines », humanité, j’ai pensé que c’était ça la marque d’une grande humanité, que ça faisait un grand ensemble, une grosse patate (j’ai appris le concept de patate au collège avec la grosse patate des nombres décimaux), il y avait donc la grosse patate de l’humanité où on pouvait caser des mots comme aide, gentillesse, attention, sympathie, générosité, altruisme, et d’autres grosses patates sur le côté bien moins aimables, et il fallait placer un trait séparateur assez étanche entre les saloperies et le reste, je ne sais pas vous mais pour ma part je trouve cette façon de voir plutôt claire, rassurante, donc « ressources humaines », ça ne peut pas faire de mal cette affaire-là, ça ne peut pas être nocif allons bon, resourdre-remettre sur pied, les petits poissons et les sauvetages, qui peut trouver ça moche à part Caligula, ensuite j’ai vu dehors une trace sur le mur un peu alambiquée, étrange, sans doute le passage d’une limace ce que j’en sais, et ça formait comme une silhouette de tête pourvue de jambes et de bras inventifs, c’est une « ressource humaine » je me suis dit (tout ça pour indiquer d’où je parle, c’est-à-dire d’un endroit saturé de patates dérisoires, de minusculitudes, allons allons, marchons toujours), et j’ai ensuite pensé que ce « ressources humaines », et surtout au pluriel, faisait référence au travail (de mon côté, j’avais dû, au travail, faire preuve de ressources ainsi que preuve d’humanité, mais c’était autre chose), car là il s’agissait de « recrutement, gestion des carrières, formation, gestion de la paie et des rémunérations, évaluation des performances », c’est-à-dire décider qui travaillait, à quel poste et pourquoi, qui serrerait les boulons dans le sens de la marche pour que la machine tourne, Charlie-Chaplin-clé-à-molettes, et j’ai pu voir la grosse patate remplie de qui ne convient pas, contrats rompus-suicides, enfin ça ne sentait pas très bon d’un coup les « ressources humaines », celui ou celle « en charge de » avait autorité sur qui et tous et toutes placé-e-s plus bas, sur qui se trouve où et pourquoi, c’est-à-dire qui travaille à quoi, c’est-à-dire qui travaille pour qui, c’est-à-dire quelle vie s’utilise pour quelle autre, « en charge de », mettre de l’ordre, il y avait aussi ce côté trieur de pommes talées, ce côté garde-chiourme en charge de virer qui a la tête ailleurs ou qui est trop fragile, qui n’est pas performant, là j’ai revu un dessin, celui d’un vieil homme surmonté d’une bulle, il dit « nous, l’argent c’est pas le problème, nous c’est pouvoir manger qui nous inquiète », ensuite j’ai vu (vraiment ce qui passe devant mes yeux, on le constate, s’enchaîne sans logique apparente) qu’un gestionnaire aux ressources humaines avait mis à la porte une employée pour une erreur de quatre-vingts centimes, ça n’avait rien à voir avec les chiots qu’on sauve de la noyade, vraiment, cette langue, j’en suis témoin, est désobéissante, elle s’extrait des patates dès qu’on regarde ailleurs, les traits séparateurs ne savent plus où se mettre, et puis l’aplomb, le fil à plomb, l’enclume, le plombé infini enfile le costume du bien, du bon, de l’amélioration, alors je vois des choses, des détails à la suite, avec ou sans logique, je ne sais pas quelle fourchette saurait titiller sous les mots doux les malfaisances, ou bien une fourche ? c’est du travail en tout cas, du travail

C’est sûrement le paradis

 

 

 

évidemment, on n’a pas tellement le cœur à rire – ni à la comédie – on s’ennuie (on reste poli) dans les autos embouteillées, on patiente attendant l’autobus, les métros ne sont pas là, les gouvernants roulent dans leurs autos privées que la République met à leur disposition : c’est beau – il fait froid et entre l’ordure du vendredi noir et celles des fêtes de Noël, comment faire quand les finances ne sont pas si brillantes, et surtout ne pas gâcher, se gâcher la vie et l’émotion ? Comment faire pour continuer à penser à ceux et celles qu’on aime, à qui bien sûr il est toujours bon d’affirmer cet amour et de le réitérer encore et encore ? Des gens meurent dans la rue – plus de huit cents l’année dernière et l’autre cintré qui disait n’en plus vouloir :  menteur, qu’a-t-il seulement esquissé pour qu’il en soit ainsi ? Une loi travail – ni loi ni travail ? des yeux crevés et des mains arrachées ? Une femme morte chez elle, une autre grièvement blessée, les agents de ces crimes restés impunis ? C’est ce qui nous reste… Une comédie ? Un drame… On reste grave cependant et on soutient. 

Le titre de ce film , « Ce doit être le paradis », annonce vraiment ce qui est recherché – c’est l’histoire d’un type (probablement réalisateur de cinéma – puisque c’est lui qui joue son rôle, plutôt muet)

(là il tente de se débarrasser d’un oiseau qui veut l’empêcher de taper à la machine) (je dis taper à la machine parce que je préfère) (j’aimerai savoir qui se trouve en photo sur la droite de l’image) (ses parents ? lui-même?)

là, il est dans un taxi – le type qui conduit n’en croit pas ses oreilles

trop d’honneurs – notre héros, Palestinien, est à New-York et cherche un financement pour son film – on ne le sait pas trop (je ne le déclare qu’aux antisémites) mais mes parents étant juifs tous les deux, ils me l’ont cédée, cette appellation (je ne sais pas exactement ce que ça peut bien vouloir dire) et je me disais voyant celui-ci

lequel se sert dans le jardin de notre héros : voici des gens en guerre depuis soixante dix ans – voici des gens en guerre depuis des millénaires – et pourquoi ? un citron ? une orange ? – certes, il n’est pas avéré que dans les années trente ou quarante du siècle précédent, il y ait eu une hospitalité caractérisée pour cette peuplade disons au moyen-orient – ou du moins la plupart n’y émigrât point – mais on sait que tout ça peut se reproduire, l’homme (l’animal) est habitué à ce type de disposition – et de dispositif… – une comédie, oui, le réalisateur jouant son propre rôle, muet, va à Paris

– on aime Paris au mois de mai, les jolies filles tout ça tout ça – parfois, le champ pourtant y est vide (ici les jardins du Palais Royal)

là à la pyramide du Louvre

on y trouve parfois un type qui court, et planque sous une auto

un gros bouquet de fleurs – les flics le suivent

en un joli ballet, une femme marche dans le métro

les flics la suivent en un joli ballet – un type est installé sur une terrasse

les flics prennent 

des mesures (en un joli ballet), un type s’enfuie, les flics le coursent en un joli ballet – ça c’est Paris –

en France donc – et pourtant des chars

et des mirages

mais aussi des touristes qui cherchent

quelqu’un

mais non – ça c’est Paris – la France, et puis New-York (où tout le monde se trimballe armé jusqu’aux dents), on traque un ange

– on ne l’attrapera pas

– notre héros reviendra dans son pays, y retrouvera son voisin (le citronnier ou l’oranger aura poussé) – on verra un homme danser, magique et magnifique

et tout finira (comme il se doit) avec des chansons – mais des chansons joyeuses, jeunes et gaies – comme une note d’espoir et de joie.

 

« It must be heaven »

assez merveilleux (2019, mention spéciale du jury au festival de Cannes) (ici devant une librairie-papeterie transformée en salon de coiffure)