Boris

 

 

 

toi qui passe par cette maison[s]témoin, abandonne tout espoir si ta sensibilité est trop exacerbée – le sujet du billet te serait trop douloureux – si cette chaleur en dôme qu’on nous annonce à coups de trompe répétés, si cette pandémie interminable, si ces guerres sanglantes et tellement inutiles ont déjà eu raison de ta foi en l’espèce, tu ne peux entrer ici pour y puiser un bon bol de rire (ce n’est pas drôle) – car enfin ce type est à la tête (était, certes) d’un des états les plus riches du monde – ce monde là, cette planète bleue qu’on s’ingénie à nous rendre invivable – et cette brochette où il figure en plein centre, débraillé, probablement aviné et si heureux de l’être

représente les neuf individus membres de ce qui se nomme G7 (c’est vrai iels sont 9 et c’est déjà prouver la fausseté de leur intitulé) (iels ont préférés se séparer du dixième (le tsarulet kremliniotte assassin) ça aurait fait un peu désordre) – les reconnais-tu ? entre ici, si le courage t’en dit, si le cœur t’y aide car l’épreuve risque d’être  difficile à surmonter – une quinzaine de fois la même physionomie, un être menteur, truqueur, faiseur et malfaisant (mais oui, il s’entendait comme un larron avec cet autre du même acabit (lui est de 64, l’autre de 46, 22 ans d’écart et la même ignoble idéologie – on se souvient de ses manières, notamment en ce qui concerne les femmes)

– un îlien, peut-être mais enfin blanc – patriarcat hypocrisie abjection – ça n’en fait pas ce qu’il est devenu et ce qu’il est parvenu à montrer de sa personne. Il est vrai aussi que ces gens-là (je te les pose, à toutes fins utiles en une image qui te les montre tels qu’en eux-même) sont alliés (l’un part l’autre reste …)

(mains coupées) . L’ordre n’est pas si aléatoire : voici cette façade noire, adresse 10 Downing Street (voie en impasse) celle du domicile du premier ministre du royaume –

dans les jardins, des fêtes très arrosées organisées par les tenants du pouvoir et du cabinet – pendant la pandémie, bien sûr, lorsque mourut le prince consort aussi : en vérité rien à foutre on a le pouvoir et on s’amuse – voilà tout (un peu comme ici) – ce contentement de soi-même

un profil intéressé

sa marque de fabrique

commence à s’inquiéter

qui peut savoir ?

s’accroche au pouvoir, bec et ongles – n’est-ce pas là homme décidé ?

alors comment faire ? se distraire et distraire le monde (ce cynisme éhonté – le même qu’ici, qui vend des armes ici, là, ailleurs (en Inde par exemple) alors la guerre

les promesses

un  homme si sympathique (on ne le voit guère accompagné de sa femme, je crois qu’il la bat c’est pour ça) (mais oui)

gaffe quand même (ça sent le roussi gravement)il pose encore

mais pas à dire c’est préoccupant

faudra voir à voir –

enfin c’en est fini – stop terminus

s’en va bon débarras

il en a fait des dégâts

itinéraire ordinaire d’un fantoche chef d’état…

Ce monde

ici en démonstration de son aptitude à maîtriser les vaccins durant la pandémie de covid 19…

 

Mes billets en maison[s]témoin s’interrompent quelques semaines – jusque début ou mi-août – les vacances enfin…)

 

dans la bibliothèque de la maison[s]témoin, La Nuit de Gigi de Dominique Dussidour

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Gigi n’est pas le personnage principal. D’ailleurs on ne la suit pas tout de suite. C’est parce qu’elle se trouve à une intersection, un nœud, comme ceux que font les plantes-lianes à l’endroit où ça se resserre et où ça repart en tiges et en vrilles, poussé par la faim de trouver la lumière, ici et là. Dominique Dussidour emmène, au sens propre. Elle dit Viens, regarde ici cette rue qui mène à ce pont, elle dit allons voir plus loin, littéralement, un peu comme l’accompagnatrice au chapeau choisi pour être reconnaissable, c’est plus facile pour rallier les touristes autour d’elle, qu’ils ne se perdent pas, elle porte un classeur ouvert contre sa poitrine avec tous les détails importants, elle guide, elle dit Ici… et lève le bras pour montrer une petite maison posée sur la pierre d’un clocher, à des centaines de mètres au-dessus des têtes, elle raconte qu’un soldat dans cette petite maison coincée là-haut, il y a des années et des années, faisait le guet.

Elle, Dominique Dussidour, ne fait pas le guet, parce qu’elle n’a pas envie de rester sur place et immobile, il lui faut au contraire garder la liberté d’aller un peu partout, elle est très libre, et le parcours qu’elle suit est comme elle, gourmand, le passé, le présent, ce qui se voit de l’extérieur et même les endroits inconnus qu’on sait déceler, mais qu’on ne sait pas toujours nommer. Elle observe les fils enchevêtrés pour nous, avec nous, sans autoritarisme, avec le même genre de curiosité qu’a une Agnès Varda, une volonté de voir comment les choses se déplacent, s’articulent, se chevauchent, disparaissent tout en se créant.

Il y a un groupe d’amis et d’amies, il y a des conditions atmosphériques, un été là, de la pluie plus loin, une rivière où se baigner, un appartement à l’étage, un vieil homme qui a fait le tour de sa vie, et la vie capturée dans des dessins d’enfants.

La nuit est un moment spécial où toutes les choses se rejoignent, c’est l’endroit préféré des plantes-lianes, car ce qui semble être dû au hasard, ces petits détails accumulés, ces vestiges du jour trouvent de quoi s’agglomérer ensemble pour former un tout. Un vrai tout, c’est-à-dire un tout en expansion, non limité à ses bordures. Un tout poreux, comme les pierres blanches que l’on ramasse sur les plages, mangées de trous.

Il y a Lola, il y a Gabrielle, il y a Honoré, il y a une exposition de films et de photos, des adolescents en révolte ou simplement en recherche de quelque chose, de quoi on ne sait pas, mais cela flotte constamment, ce désir de trouver ce « quoi » que l’on cherche et qui ne finit pas avec l’âge. C’est la vie. Et comme la vue de Dominique Dussidour est panoramique, elle n’oublie pas, dans la vie qu’elle raconte, de placer les creux, les absences, les impossibilités, les empêchements, ces petits trous dans la pierre.

Ce n’est pas une vue mélancolique, nostalgique du temps qui, en passant, malaxe les vies de Jacques, de Léo et des autres.

Il y a une grande sérénité. Les choses graves sont acceptées, telles que. À la même échelle que les petites merveilles dessinées au crayon de couleur par les petites mains de Gabrielle enfant. Tout est grave, tout compte, tout est léger, ne pèse pas plus qu’une plume, et tout est lourd, marqué à jamais en creux.

Les poissons exotiques Gnatho, un disque de PJ Harvey, une chanson de Josquin des Prés, les œufs de cochenilles qui colorent de rouge les bâtons d’aquarelle, la géomancie, tout compte, tout est lourd et léger. Ou plutôt, tout pèse son poids, son poids interne, ou sensible, la hiérarchie de la vie étant bizarre, bizarrement dérégulée, de minuscules choses aussi fines qu’un conte d’Andersen étant aussi massives, ou plus, qu’un chapiteau de foire.

Au cœur de La Nuit de Gigi il y a un creux immense. Une disparition. Comme si une bombe était tombée. Gigi au milieu des gravats, rassemble, et rassemble les morceaux éparpillés. Je ne sais pas comment fait Dominique Dussidour pour braver la tristesse, la retourner, envers sur endroit. La Nuit de Gigi, avec sa tragédie centrale, n’est pas triste. Elle dit que oui, nous le savons, la vie est une tragédie, mais Viens, avançons au milieu des poissons. Oui, on peut penser que tout semble gratuit ou dérisoire, comme si rien n’avait de sens, mais si on regarde mieux c’est faux, tout est utile, toutes les vies servent, même celles qui se sont arrêtées, car en regardant mieux on voit bien que celles-là, les finies, continuent, comme les plantes-lianes s’arrêtent contre un obstacle, tâtonnent et le dépassent, la mort est un obstacle comme un autre, elle fait partie des cloisons et des contorsions que la vie charrie, naturellement.

Et puis il y a le degré de perception de Dominique Dussidour. C’est très fin. Ça claque et fuse. Très délicat. Et simple. Ouvert. Traversé par. Vivant. C’est paisible et terrible. Sans chercher l’exhaustivité ou le contraste décoratif (non, ça n’est pas décoratif).

Il y a aussi la question de la filiation. Ce qui est donné et transmis,  inconnu, incomplet, ce qu’on connaît bien mal de l’enfant qu’on a porté pourtant, ce qu’on connaît bien mal du parent dont on vient pourtant, comme cette guerre qui restera non-dite.

Si La Nuit de Gigi était un tableau, ce serait La Tempête de Giorgione. Une vue de la réalité, avec sa part d’énigmatique, gentillesses et douceurs, grandes inquiétudes incluses. Ou bien ce pourrait être certains tableaux de Zao Wou-Ki, par exemple Water Music.

Un peu de Perec aussi, dans la tentative d’épuisement de lieux qu’on n’épuisera jamais.

Le regard flotte pour extraire des indices. Et comme les choses ne sont pas délimitées, c’est une broderie de fils, tous distincts, différents, qui se rejoignent.

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J’aurais bien voulu pouvoir dire tout cela à Dominique Dussidour de vive voix, mais ça n’est pas possible, alors je vous le dis à vous.

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Une heure un coin (spéciale dédicace #perec40 paraît-il)

 

 

 

 

 

Mettons qu’il se fut agi d’une initiative dans un cadre particulier (expliquée ici) j’y suis arrivé à pieds (écoute (si tu as 2 minutes et seize secondes) le piano tu verras ce que c’est qu’un accompagnement) (c’est Bob Castella devant les 88 noires et blanches – ebony and ivory) je ne suis pas certain d’avoir choisi et surtout fais le bon choix –  j’y ai réfléchi pourtant un moment mais non – c’est là

à l’heure dite (12:30) je me suis installé (un peu avant au vrai) sous le parasol blanc du haut – une commande plus tard

à ma gauche, un

bedonnant tatoué d’approximativement mon âge buvait de l’eau pétillante – le monde ainsi que le temps passait – à l’heure dite (12:30:32)

il faisait gris mais doux – on en était aux derniers stigmates pandémiesques -on téléphone (12:32:23)

essentiellement suivant deux axes ici est-ouest, là nord nord-sud

comme on sait, chacun voit midi à sa porte – l’épuisement n’aurait lieu que sur ce coin de rue – en Ukraine on tue

on attend on se retrouve (sa fille est arrivée) (la première) –

des humains – un coin de rue (dans le vingtième) – la rencontre de chaussettes rouges et de radiographies

le jeudi c’est plutôt calme (les mardis et vendredis c’est un autre cocktail)(en arrière plan, des pralines ?) – des gens

heureux ou malheureux – on se retrouve

seul – camions livraisons taxis – autobus vélos -corbillard  ?

livreurs badauds passante (sa deuxième fille)

on se retrouve, on s’embrasse, on s’en va –

(toutes ces images sont tatouées de l’heure de prise de vue à la seconde près)

il est toujours midi à l’horloge du carrefour mais un quart d’heure est passé – un gilet jaune

on va déjeuner ? probablement pas (la dame au bonnet gris chapeau attend, il va arriver mais je ne le capterai point) – la dame à la fourrure va à son chagrin-

la place voisine n’est pas restée vide longtemps (le livre rouge est de Gaston Bachelard – elle en cachera le titre)

on appelle, on répond on téléphone – quelle est cette distinction de montrer les visages des mobiles et non ceux des assis ?

passent les téléphones les masques et les vélos – au deuxième plan, lunettes noires capuche grise va venir s’installer devant l’opérateur-paparazzo

la mode doudoune/jean/nino – il prendra une bière – masques débridés pratiquement – casques aussi bien

que de béquilles… –

couleurs charmes génération i grec ? – quelle affaire – on est un peu loin pour l’affirmer ouvertement mais il semble que de la part de blouson rouge s’exerce un regard caméra – casque quand même – l’opérateur ne se cache pas et sera bientôt découvert –

tandis qu’au deuxième plan passe un homme que la vie a frappé fatigué touché – arrive le rendez-vous

content de te voir – installe toi – autobus –

troisième plan, bientôt découverte du photographe

l’homme est outré –

sauvé ? (la jeune femme voisine annote son carnet) changer d’axe

regarder ailleurs

droite cadre sac gris et nino

compliqué hein – et puis le revoilà : où donc en étions nous?

je ne sais plus

passez circulez avancer – le président comme une antienne –

ce monde et ce passage – et à nouveau

c’est par là-bas (13:00:08) – rouges

bleu

à côté sans doute s’étaient-ils donné rendez-vous à une heure qui peut savoir ?

en tout cas il est là – avec son nino comme un passe-muraille/droit/sanitaire – au loin passe un bulgare jaune

récupération de nos gâchis sans fond sans fard sans honte – ici sans le savoir, un (ou une peut-être) qui se cache

oui, une plutôt – d’autres qui se pressent – ça urge (estampillée K)

d’autres encore

grands passages – maxées ou pas – souvent, très souvent en basketts – question d’âge et de génération sans doute

aussi, un peu

pas si sûr – un peu – ici une classe de gilets verts fluos (bientôt jaunes) la prof, amusée

par les cris des mômes – vivants – tandis que lunettes noires/capuche grise se tire (en fait non, il se replace) – passage au verre d’eau

vélo à contresens de la flèche

un regard doublé feu rouge

(j’aime beaucoup les fez comme en portait (dans mon sentiment et ma mémoire reconstituée diffuse et probablement trompeuse ou trompée) l’un de mes grands-pères – il était rouge (le fez, pas le grand-père) le truc en feutre vert –

marcher aller sac rouge

des oliviers sûrement – des tresses bicolores –

au menu couscous – mais non, je n’ai pas mangé, j’ai noté quelques trucs –

ah revoici la respectueuse (on en pourrait déduire la durée du dispositif)

ouais, on s’en fout -un peu de sport (13:14:48)

à côté ça discute ferme de quelque chose qui a à voir avec quelque chose d’autre – on s’en fout oui – on attend

(téléphone sac baskett) on passe

et on attend encore

autobus – passage – klaxons – douceur de l’air

pensées réminiscences on attend encore un peu

qui ou quoi ? personne ne peut savoir – sur l’image seulement un cadrage postérieur indique le chemin – le caban noir sur la robe grise – la main au front – les marques –

pieds à terre – troisième plan costard croisé cravate doudoune –

sans le point dommage – je la laisse hein –

oui aussi –

 

regard caméra – déterminé – et pour finir, fermant les yeux, attendant encore –

 

La transcription de la tentative épuisante du coin d’une heure, en mots autres mais sans image, se trouve à l’adresse 2092 pendant le week-end

épisode 10, la première de ce côté-ci de la mer

 

 

 

Il s’agissait certainement d’une maison de rapport conçue par un architecte de style (c’est le cas de le dire) rapport qualité-prix, elle comportait deux étages et ces deux étages étaient dédiés chacun à un appartement indépendant – l’histoire ne m’a pas dit la raison de la réunion en un seul lot, mais peut expliquer le doublon de garages ainsi que celui des cabinets (une chose trouble cependant (on aime assez le  » trouble » ces temps-ci, dans le monde, tu as remarqué ? je crois qu’il fait une part à « l’inquiétude » aussi – il est des impondérables que les plus subtils des technocrates que porte la planète ne peuvent parvenir à maîtriser expliquer ou comprendre)  : si tel était le cas, où pouvait bien se trouver la salle de bain du premier étage ?)

 

 

il y a quelques images qui traînent depuis un moment (on aurait pu les mettre en camemberts comme on faisait à cette époque-là, dans un certain monde) (des diapositives, comme chez Y.) – un peu comme les différentes séries mises en place, photographiées collectées rangées taillées archivées – si tu veux je peux aussi déployer par exemple reconnues cadrées éclairées jour ou nuit plein de trucs qui font que l’image fait son petit – ou son gros d’ailleurs, tout aussi bien – effet mais là elles ne sont pas d’un opérateur humain, industrielles probablement les qualifient mieux, une image

je la cadre différemment : ici pour pour poser un peu de couleur – j’aime les couleurs (il n’y a que de la lumière, mais j’aime la lumière tout autant) – à ce moment-là de l’histoire, il y a ce mur de briques contre lequel rebondissent mes balles blanches donnay ou quelque chose (une marque quelconque de ce genre d’objet – raquettes chaussettes basketts) (souvent en y repensant – j’avais dans les treize ou quatorze j’imagine, je faisais comme les gars du coin*, du tennis à quelques rues de là – attends je te montre où

encore qu’il y manque les chaises d’arbitre – mais je m’égare) – non, mais en y repensant, le tennis, pour un type comme moi ? je veux dire asthmatique – parce que pour le reste, classe sociale par exemple, ou paiement des cotisations, bien qu’ils ne roulassent pas sur l’or, mes parents y pourvoyaient et donc y appartenaient (ou voulaient, par là, le signifier) – si ma mère ne travaillait pas comme le voulait alors cette domination, mon père avançait en promotion hiérarchique dans le bazar (il devint cad-sup fin des années soixante, en dix ans le brave homme partant de celui d’employé-gratte-papier début soixante (poste qu’occupât l’aîné de ses fils durant un mois de juillet, une année) – une histoire à raconter), et donc il vivait (tout comme sa famille du reste) dans cette maison-là (c’est-à-dire avec sa femme et leurs quatre enfants)

(j’aime le format carré) (j’aime moins le blanc de ce ciel, qui peut virer au gris pour toute la journée semaine quinzaine…) (la similitude des tons est faite du pilonnage de la brique pour en faire cette terre battue des cours de tennis) trois étages plus un sous-sol dit complet (j’en sais rien) de l’autre bord elle avait à peu près cette allure

les quatre fenêtres rectangulaires qui encadrent la gouttière et marquent le coin indiquent la cage d’escalier; plus loin vers l’arrière, les deux petites du premier et du deuxième étage éclairent deux cabinets de toilette (aka d’aisance, ou chiottards, ou chiottes enfin relatifs à certains besoins nécessaires et triviaux comme on dit); au premier étage, la première porte fenêtre donne sur le salon dit vert (petit, on ne fait qu’y passer, on y installera plus tard le téléphone – noir à cadran), la seconde sur la cuisine; au second, la petite fenêtre qui jouxte celle du cabinet donne dans la salle de bain (tu suis, hein) et la fenêtre à peu prés normale, dans ma chambre (dite elle aussi verte au début : sans doute de la couleur du papier peint); au troisième le chien assis de grand empattement dans l’une des chambres des filles – mes sœurs, certes) – on recommence de l’autre côté ?

deux garages, au dessus les trois fenêtres ouvrent dans le salon et salle-à-manger – laquelle communique avec la cuisine (le salon avec le petit salon vert – double porte) – au dessus les deux premières, la chambre de mon frère qui fait angle (on la partageait lui et moi au début puis on a cessé) – la fenêtre du fond, la chambre des parents – au dessus l’autre chien assis chambre de mon autre sœur – (de petites lucarnes donnaient dans des greniers qui ont sans doute été aménagés depuis ) (la maison ne reposait pas sur cet orange assez minable) – les petits carreaux (trois rangées  de huit, plus la petite bouche grillagée d’aération, marquaient un piécette de rangement quelconque (on s’en servait au tout début comme d’une espèce de garde-manger dans lequel ma mère avait l’ambition de conserver quelques bouteilles de coca (immédiatement vidées) ou fanta (même punition/motif) d’autres choses rapidement consommées) (il y eut à un moment une velléité de faire livrer des trucs mais elle a arrêté assez vite)

sans souvenir de cette armoire devant la bouche (mais au dessus, sur le mur dans la fin des années soixante un graph marqué « crapule bourgeoise » sur les briques indiquait une présence des fachos d’ordre nouveau dans le sillage de certains agissements plutôt anarchistes de ce côté-ci de l’histoire)

–  nous n’avions accès qu’au seul premier garage (l’autre est indépendant), lequel débouchait dans la cave où était entreposé le charbon qui venait par sacs et boulets qui arrivaient, fin soixante et peut-être un an ou deux encore, sur une charrette tirée par un cheval boulonnais magnifique – il y faisait en hiver un froid de terreur – puis on installa dans le salon un poêle à gaz – puis la chaudière fut changée en une qui marchait au fuel (fin des années soixante) – aucun souvenir de cette bouche de boite aux lettres (elle était en bas de la porte d’entrée, en effet

) – une image où elle n’est pas encore à cette place

fausse puisque les cinq vantaux formant les portes (articulées, on les tirait vers la gauche pour ouvrir le garage) sont de même dimension…

 

* : parfois le sentiment de ne pas savoir ce qui s’écrit – il y a tellement longtemps tu sais – un demi-siècle – comme si c’était hier – quelque chose de l’empreinte, ou de l’emprise, qui resterait là, têtu comme une bourrique – suivre pas à pas – le premier vélo, puis le demi-course puis la mobylette (bleu et banc) dont le désir dispose d’une date : mai 68 – d’autres choses, moins importantes, se déroulaient au monde – il y aurait aussi à mentionner les lieux où vivaient les amis (les gars du coin, donc), la maison où on m’a volé la montre que je tenais de mon père (que je regrette encore de l’avoir laissée sans surveillance, ou oubliée (lors d’une de mes premières nuits découchées – on disait ça « découché » pour ne pas avoir dormi dans son (petit) lit (blanc) sans en prévenir les parents – mais c’était plus tard et les contraintes et les disciplines étaient plus lâches) – celles des amoureuses d’alors, ou d’autres encore – ne pas savoir ce qui s’écrit et oublier d’y penser

 

 

une version un peu différente de celle-ci, qui sera dite de la maison[s]témoin est consultable en atelier d’écriture – cette première version a été titrée « faire la cuisine » et se rapproche d’une autre qui prend un peu place (de loin en loin, les choses changent) dans le projet « vivre » non encore publié ni ici, ni là.

 

 

épisode 8, l’enfance

 

 

 

(j’avais retrouvé la photo, je l’ai reperdue, je l’ai reprise (tu la verras, elle est à la fin)

ils l’avaient appelée du prénom de l’épousée – le terrain, le foncier, le dur le capital avait été apporté là par son père à elle, quelque chose comme une dot; ils avaient fait construire; ils y avaient mis un 2 pour distinguer, je suppose; un sous-sol total, un garage sous des arcades, une buanderie mais sans souvenir de machine encore – sans doute pas mais je me souviens d’elle, ici (sur ce continent), qui marchait sur les draps dans la baignoire pour les laver – ; en haut des marches de l’escalier découvert, une petite terrasse, un garde-fou de métal peint de bleu; une photo les montre, elle et lui, tenant dans leurs bras les deux petites filles aux grands yeux, elle rit et le regarde, il sourit porte des lunettes d’écaille, à cinq ans de là il était à la guerre –  elle était dans les blancs et les bleus comme ils savent faire là-bas

là-bas est un axiome qui renvoie aux origines

l’étendue d’eau entourée de terre, la « notre mer » des Romains – ils y étaient, et elle, cette ville, devait être détruite – la villa se situe sur l’avenue de la Reine Didon, en descendant vers la plage (il n’y a plus de plage)

on traversait la route (il n’y a plus d’avenue non plus, elle est barrée, fermée, bétonnée – il faut faire attention, le palais du nouveau monarque est juste à quelques mètres – mais oui, le monarque a un palais gardé fardé de barbouzes

de policier(s)

juste comme ici ou tout comme celui de la Sublime Porte s’en est fait construire un, à mille trois cents chambres disent les gazettes, pour quatre cents millions d’euros – elles ne disent pas l’équivalent en livres turques) elle descendait vers le bleu et l’écume parfois

sur la droite, en bas, était la villa d’un grand-oncle (lequel employait dans son garage, en bas de l’avenue dans la capitale, au delà de la lagune, un certain nombre de types, dont lui, mon père) : lorsqu’il arrivait en auto, ce garagiste, ce grand-oncle, R., il klaxonnait afin qu’on vînt lui ouvrir le portail (il ne pouvait pas sortir de sa caisse, non) et puis il y avait la mer – au fond de l’image la montagne

à droite encore, c’était Neptune puis Salammbô (« c’était à Megara… » certes) et au loin, à gauche derrière la colline la falaise de Sidi Bou Saïd, Gammarth – on n’avait pas connaissance du Kram, on se baignait parce qu’elle nous y enjoignait, nous y obligeait presque, le midi après l’école, « venez les enfants » disait-elle, et nous la suivions – à notre gauche les termes d’Antonin – on marchait, tous les jours de juin soixante, on descendait sur le sable brûlant, on se baignait sans jamais dépasser une petite barrière de rocher (elle n’existe plus non plus) – au loin, de l’autre côté de la baie et puis ces noms, Hamilcar Hannibal la Marsa, ces arrêts du petit train, stations comme d’un métro ciel ouvert et bleu – et partout ces fleurs ces lauriers

bougainvilliers

couleurs odeurs sensation sentiments

un étage, des chambres, une grande cuisine, je ne me souviens plus – je ne sais plus les sacs à main de ses amies abandonnés sur un lit et nous qui y cherchions quoi ? je ne sais pas – je ne sais plus non plus le prénom du mari de l’une d’elles (ils étaient tous les deux photographes) lequel jurait comme un charretier, grossièretés qui faisaient tellement rire – je ne sais plus exactement mais ça ne fait rien, dans les bleus, dans les blancs – elle est là

il n’y avait pas d’arbres ni de rosiers, il n’y avait pratiquement rien, au dessus des murs qui la ceignent on avait fiché des tessons de bouteilles – sur la porte de fer forgé dans les bleus, une image me montre avec mon frère – dehors stationnent des voitures, une quatre chevaux, une Vauxhall il me semble – je ne sais plus mais je n’ai rien oublié

 

Album (dispersion,… ) (7)

 

 

 

 

sait-on jamais ce qu’on est en train de faire ? je regardais ces images, un jour, j’ai continué (j’ai dû découvrir – si ça se trouve – une pile de magazines dans un coin (se fut-il agi de « Lui » ou autre joyeuseté plus libidinale, y aurais-je attaché (tant d’) importance ?) (je veux dire 7 billets, ça commence à faire) (je vais te créer un lien, t’en fais pas) (les visiteurs, les futurs acquéreurs, les passants, les oisifs (qu’ils – ou elles – soient femelles ou mâles) (on s’y perd, hein) les intéressés, les habitués et autres ectoplasmes planant dans les parages du lotissement ne m’en voudront pas, j’espère : je ne garde que ceux (et celles) que j’aime) (quoique parfois, je cède à l’actualité mienne) il y avait le goût du décor (comme au cinéma : longtemps ici, je parlerai encore de cinéma – notamment « Mon cher enfant », sans doute la semaine prochaine – on posera le billet quelque part entre la cuisine (où la famille s’alimente) et la chambre – dans le salon, le père consulte internet et facebook – mais nous verrons) – je récapitule, sur les oreilles je porte casque diffusant une musique que j’aime (rien ne peut, jamais, se passer sans musique) (je veux dire au cinéma – le film sans musique, c’est presque une honte – par exemple les frères Dardenne (qui produisent pour partie ce « cher enfant ») n’en posent guère dans leurs réalisations) – « Shine on you, crazy diamond » chante le groupe – et c’est ainsi que je commence

 

la légende est inutile (quoi que je ne sache pas qu’on reconnaisse ici le garçon) (je pose une étoile (*) laquelle renvoie à l’énoncé du nom de l’artiste – je ne vois pas qu’on le reconnaisse sur l’image)

je n’ai lu que peu de choses sur cet Anthony-là (je l’ai adoré, pratiquement, dans la Strada (Federico Fellini, 1954) ( la verve et la grâce de Zorba le grec (Michael Cacoyannis 1964))

les images viennent dans un ordre que je connais pas (il n’y en a pas) – ici, je reconnais que l’affaire est tremblée (ils sont sept et mercenaires (John Sturges, 1960) toute ma jeunesse sans doute (je l’ai vu au Pax) (la musique magique) – en numéro 2, Steve McQueen, avant dernier en noir Robert Vaughn – en premier le chauve Yul Brynner (et les autres, Charles Bronson, James Coburn (sans doute le dernier, là), Brad Dexter et Horst Buchholz) (c’était à A., rue des Otages, l’immeuble a été détruit, remplacé par un commissariat de police (partout et justice nulle part) (je dis ça pour aujourd’hui, 19 mai où ça défile dans la rue, envie de gerber) ici un chanteur

le premier (*) chanteur (ils font le même métier) était Julien Clerc – ici on a droit à Gérard Manset – (son Manteau Rouge) ah bah

Jacques Audiard (on vient de voir Dheepan, palme d’or à Cannes en 2015 – c’est pour ça – mais cette conjonction qui me fait frémir : le carnage de Charlie hebdo, de l’Allée verte Nicolas Appert en janvier : où en était-il, en montage ?) (entendu parler avec Michel Ciment) (et non, je ne l’aime guère – tant pis) un autre chanteur, Rachid Taha

(on aura remarqué que : 1. la nappe de la table de la salle à manger de la maison[s]témoin est jaune (il s’agit d’une toile cirée); 2. il n’y a encore que des représentations mâles)

hasard objectif, voici Simon Abkarian (qu’on avait aimé dans Djam) (Tony Gatlif, 2017) (un film gréco-turc…)  (un de mes héros que je croisais au tabac qui fait le coin de la petite rue (en impasse donc) où on trouverait un musée de la poupée – vers Rambuteau (impasse Berthaud) – s’il venait à l’idée saugrenue d’en rechercher un) un type extra – et voici, extra aussi, une réalisatrice, dessinatrice

on l’aime beaucoup, Marjane Satrapi (Persepolis, entre autres – prix du jury, Cannes 2007)

Léo et sa musique – je croyais que c’était à Monte-Carlo (où il naquit) mais non – c’est à Montreux – de la même manière je confonds : pour Marjane je pensait qu’elle était l’auteure (elle en aurait été tout à fait capable)  des Hirondelles de Kaboul (mais c’est Yasminha Khadra) (réalisé ciné d’animation par Zabou Breitman)

ah la la Maria Casarès… (après ça va être difficile, hein Mélanie…pfff)


ici dans le rôle de Marguerite (alors Antelme) Duras dans « la Douleur » (faut que je le lise, ça fait partie des  obligations) porté à l’écran (comme on dit) par Emmanuel Finkiel, (2017) mais je ne l’ai point vu – dommage ? je ne sais…

un chanteur, Christophe, « les mots bleus » et les autos de sport – salut l’artiste

et puis Blaise Cendras (cette image, ce visage qu’on ne connait que peu) (si tu veux que je te dise, c’est surtout pour ça, ces images, pour les reconnaître si par hasard on les croise) (dans la rue, ou au cinéma) (juste pour savoir que ce sont elles et eux)

quelque chose de la Révolution incarnée (on l’aime assez, encore, Adèle croisée aussi au bar-tabac de Jourdain, un jour – qu’est-ce que ça peut faire ?)

c’est Ingmar Bergman photographié par Irving Penn (merveilleuse image hein) (fait penser à ce matin où j’écoutai, avec le café, une photographe qui disait que « les stars n’aiment pas la photo » – elle les traque – comment aimer un prédateur ? comment vivre sans image de soi, aussi, quand on est actrice (ou teur) chanteur (ou teuse) – il faut fermer le poste avant sept heures moins cinq en vrai) – et puis

Marceline (Loridan Ivens) qu’on a déjà vue ici (ça ne fait rien) – et pour finir, l’une de mes héroïnes (il en est d’autres, mais elle, Anna Magnani…) (dans la Voix humaine, texte de Cocteau pour le théâtre – mise en scène Roberto Rosselini, 1948, première partie de L’amore)

magique

 

la photo d’entrée de billet est de Denis Pasquier.

 

Les divers billets (au nombre de six) qui constituent cette dispersion se trouvent ici.

 

L’annexe

 

 

 

(ferait beau voir qu’on se tire pas, tiens…) (partons à la campagne) en attendant, ici quelques images qui traitent du livre offert (ici comme ailleurs) – contemporain peut-être (toujours en vitrine chez Delamain, c’est pour te dire si c’est un succès de librairie) (il est moins bien que le Ouistreham, peut-être mais a quelque chose de terrible pour le milieu du cinéma – en filigrane) ça se passait par là, un 19 décembre – en 2008 (ce n’est pas une image de l’hiver mais il y avait peut-être de la neige, certainement il faisait très froid)

on voit la petite boîte aux lettres jaune (centre de l’image), elle figure l’entrée d’un petit bureau de poste, une annexe de celui, bien plus bourgeois disons, de la petite ville en question –

la maison rose, là – la poste – mais comme on sait aussi, c’est fini ça – peu importe, il y a près de quinze ans, dans cette petite officine-là, l’annexe donc

fermée (on ne parvient pas à lire ce qui est écrit sur la porte, mais cette représentation de fleur… – c’est en décembre 2009, un an plus tard) – quatre ans plus tard, l’annexe de la poste est toujours fermée

l’affiche sur la porte a disparu, mais au sol, la représentation d’une fleur (image 2013) – non loin de là, la fontaine par temps clair (pratiquement le contrechamp de la première photo ici)

un peu à droite, en descendant, vivait dans la rue en impasse le père de la postière laquelle signait ses sms d’un Kathy – la voie en impasse, par là, à droite

une sale histoire, en vrai – mort causée par vingt-huit coups de couteau, ce matin-là donc, entre 8 heures trente et neuf heures du matin – la postière est morte – en face

gauche cadre, on distingue une fenêtre volets fermés puis une porte puis, presque au ras du trottoir, une autre fenêtre

ici en décembre 2009, la en 2013

ils appelaient ce logement « la grotte », ils étaient trois plus ou moins amis dont l’un avait été (et aurait sans doute pu continuer à être) une vedette de cinéma – il lui manquait sans doute quelque chose qu’il ne trouverait pas non plus ici – la grotte, en 2019, volets toujours tirés –

soupçonné parce que jeune, désœuvré buvant fumant éructant sans doute – un garçon gentil cependant paraît-il – il a du faire trois ans en prison quand même, pour rien – la vie n’a pas ce goût normalement : pour lui, non, orphelin famille d’accueil turpitudes terreurs viols – ses deux amis sont morts de ces trop qu’ils partageaient, bières alcools drogues – tragique mais pas seulement : broyés – de nos jours l’annexe a été transformée en salle municipale

on a changé la porte (image : 2019)

il reste la boite aux lettres jaune et aux pierres les traces ici du panneau Sncf (la poste vendait ici aussi des billets de train)

(un service,mais c’est fini tout ça) au dessus de la porte d’entrée, celle de l’effigie de la poste (le truc bleu stylisé sur fond jaune ici celui de la grande poste

) la trace seulement ici

On ne sait pas où se trouve Gérald Thomassin; on ne sait pas qui a bien pu commettre ce crime atroce (Kathy était enceinte de cinq mois)  – bientôt quinze ans et puis une image glanée ici (lien qui explicite peut-être un peu cette horreur – la vie courante – un fait dit divers – un féminicide – combien tous les ans, déjà ? – ce jour 7 mai 2021, j’entends : 39 en France depuis le début de l’année) (dans ce billet, ça n’est pas indifférent) le matin du crime

 

 

« L’inconnu de la poste », une enquête et un livre de Florence Aubenas publié ces temps-ci, à Paris, aux éditions de l’Olivier

 

 

 

 

Tout un cirque rue des Martyrs

 

 

 

il s’agit juste d’un coin de rue (hier soir j’entendais un des amis de Jean-Claude Carrière, Peter Brook, dans le poste parler de ces représentations qu’on appelle de nos jours « spectacles vivants » – ces mots de ronds-de-cuir, manches en lustrines et autres joyeusetés administratives – ces assis de je ne sais plus qui, Rimbaud probablement, que chantait Léo) qui, au cours des jours a légèrement changé ( quelque chose de notre contemporain capté par les machines) – la première image est ma préférée (OSEF unpetit peu, sans doute) : la plaque de rue, le type et ses courses, le poids des ans sur le dos (c’est en 2014)

mais il fait beau, les tuteurs sont aux arbres, potelets ombres, rue goudron Paris

on a ôté le tuteur de bois, (c’est en 2016) on a repeint sur les graffitis – monter la rue en direction des courses assez probablement (c’est en cette rue que vivait le Jean-Claude Carrière, je crois me souvenir) – la paix est meilleure que la guerre (je me souviens de Luis Bunuel et de certains films de Pierre Etaix) – trois ans suffisent

un mobilier urbain à peine différent (c’est en 2019) (un léger décadrage mais la plaque lettres blanches sur fond bleu a disparu…) la poubelle de la mairie et les deux roues à pleurer de cette « nouvelle mobilité » : destinée à qui, au juste ? – on s’amuse, on rit on danse – il fait beau et passent les jours et les semaines (nous sommes toujours en prison, celle du temps qui passe et qui durcit nos artères – cette belle jeunesse qui  prétend entrer dans la carrière : une espèce de dégoût ? tous semblables, rangés et disciplinés) – le printemps revient, sur ce coin de rue comme ailleurs –  le boulevard Rochechouart, la rue des Martyrs, le cirque en dur Médrano se tenait sur ce coin de ville, on l’a déconstruit (voilà) dans les années soixante dix (72 ou 73), on a foutu à la place un immeuble de rapport qu’on a intitulé (pas con, hein)

en lettres d’or c’est quand même le moins – on t’a flanqué une plaque en marbre (pur, de Carrare très probablement) laquelle indique

émerveillés furent-elles – tant mieux – on est content – il s’agit aujourd’hui d’un super-marché (groupe sublime au quart de milliards d’euros CICE mirifique et aux dégraissages sociaux bisannuels – faudrait quand même pas croire qu’on ne va pas rétribuer à leur juste prix les actionnaires – lesquels sont aussi les propriétaires) – on va faire une jolie petite fresque pour se souvenir (du pain et des jeux, tu sais)

agrémentez-moi ça de quelques jolis bouquets – ça c’est Paris – c’est joli, bientôt les jeux de l’Olympe le béton les affaires (je la repose, elle est si belle…)

hein, ces si jolis bosquets chloropĥylle tellement naturelle et bientôt fleuris – non, vraiment c’est beau…

 

 

Carte postale de la place

 

 

 

 

pas de danger qu’on s’en aille – et pourtant, c’est pas l’envie qui manque  (d’ici que le petit cintré hypocrite en bleu informe qu’on va nous refoutre en prison, y’a pas des kilomètres) (font braire) (des images de la place, pour la peine)

y’a quand même du monde, avoue – de jour de plus haut ?

ça poireaute pour entrer dans la basilique (entrée 10 euros minimum non? le trésor, je ne veux pas le savoir) – dommage pour la deuxième colonne (saint Théodore terrassant le caïman sublime) – si ça se trouve je n’irai plus de ma vie, seulement en image, et après ? là c’est plutôt l’hiver l’après midi – et là

plutôt l’été – sont nombreux quand même (on nous a épargné les volatiles) – il y en a tant, tu ne peux pas imagines pas comme disait ma tante – ça existe aussi la nuit avec la pleine lune si ça peut t’arranger

y’a moins de monde, sans doute – tard le soir – ou jours de pandémie (du temps où il ne s’agissait pas d’opérette et de volonté de foutre à bas le système de santé hérité du conseil de la Résistance – dormons tranquille, les travaux de l’Hôtel-Dieu, Paris capitale du monde, tendant à transformer cet hôpital en centre commercial vont très bon train, on remercie) (c’est central, oui, et bientôt et les jeux olympiques, et la samaritaine tu comprends) ou alors aussi sous l’eau, la punta, l’aqua alta (ils ont le Mose remarque bien aussi – le barrage contre cette marée… 10 ? 12 ? 20 ? (milliards d’euros))

et pour finir, une calmement le matin – tranquillement – doucement – cette sérénité…

(je vais faire du café, allez) courage surtout –

d’un voyage à l’autre #8

 

 

c’est un genre de tribune, images et texte, tous les mercredis ou les vendredis – ça pourrait aussi bien faire une carte postale de réclusion – on en est encore à la réclusion (pourquoi cinq mille et pas huit ou trois ?) (cinémas bars théâtres musées expos restaurants dance floor et autres music hall sont fermés pour combien de temps encore ? pour combien de temps encore ?) (noël sera dissemblable : tous les ans, on essaye d’y échapper – pourquoi ne pas prendre le pli ? – pourquoi aller faire des courses, des achats, des cadeaux dis moi, pourquoi ? pour qu’on nous aime ? )

quelques éléments de mobilier urbain en entrée de billet (quelque part à La Salle, Québec)

les images qui sont ici posées sont déjà médiatisées (la plupart d’entre elles apparaissent sur un rézosocio, en commentaires de signalements sur le tour du monde virtuel – tour je ne sais pas, virtuel donc deux fois plus – au carré dirait un matheux idiot – ce n’est pas qu’une lapalissade) (des images induites par d’autres qui existent donc ailleurs) dans les enceintes, Georges Harisson et son « isn’t it a pity  » – il y a sur le bureau un dossier marqué « dreamland + » lequel contient deux cent quatre vingt quatre éléments (un par jour peut-être, 5 jours par semaine, un ou deux ans de suite – marque de fabrique – ici huit occurrences) (maison[s]témoin des élucubrations – des images  n’en plus finir)

 

aux états, marques de pneumatiques dont l’une licencie à tour de bras ici (près de neuf cents – japonaise – les Conti les Goodyear les autres : les équipementiers automobiles – la crise ?)

quelque part au royaume uni (plus pour longtemps) (l’unité, je veux dire, de ce royaume – parfois je me dis que la disparition de la souveraine aux quatre vingt quatorze balais (sa mère mourut à cent un) (on ne le lui souhaite certes pas) marquera un pas dans cette désunion – que nous apportait ce royaume ? qu’a-t-il fait de ses esclaves  et de ses livres sterling ?

à nouveau aux états, un petit môme sur un banc bleu (l’image précédente le voyait choir de ce banc – un petit enfant noir) –

ici on travaille la couleur (étude en vert), encore aux états – un tropisme sans doute du réalisateur – les jeunes gens qui courent en ville (parfois ils se déplacent en meute – à d’autres moments ils glissent sur des patins à roulettes investissent les rues à la nuit tombée – les jeunes gens à qui appartient l’avenir comme à nous) et de l’autre voyage, quelques images retrouvées dans le dossier « récents » créé sans que j’en sache rien (six cent quatre-vingt documents)

ici c’est à Tandil, cinquante kilomètres au sud est de Buenos Aires (Argentine) (en cette ville se réfugia après guerre et trois années de prison, je crois, Robert le Vigan (acteur de cinéma français, pro-nazi) (il y mourut, à soixante-douze ans : la vie n’est pas chienne) (je regardais et cherchais ici la gare, et une maison bleue)

du côté de Vera-Cruz, un chien qui cherche de l’ombre – et le rose et le bleu – et le regard –

puis une plage à Dunkerque ( les couleurs qui reviennent, la voile blanche comme la peau du type- le nord) – la mer loin, la bâche –

je crois que c’est en Inde, à l’occasion de la recherche inaboutie que j’avais entreprise après relecture – durant les cent cinquante jours de l’inter-réclusion – de Nocturne indien (Antonio Tabucchi, 1984 et 87 en français traduit par Lise Chapuis, Christian Bourgois 10_18 1976)

probablement le contrechamp – c’est à Goa – le royaume était uni alors et le  Commonwealth (le même élan commun, quelque chose dans ce genre, la couronne, le kricket le golf et le polo) – nous disposons aussi de ce genre de folklore (Un barrage contre le pacifique tu te souviens ? ah Marguerite…) – alors les images

ici c’est en  France la construction de l’Iter (réacteur thermonucléaire expérimental et international) à Cadarache – le monde comme il tourne : budget initial : 5 milliards d’euros, le truc n’est pas fini mais le budget a été multiplié par 4 : sur Terre meurent de faim quelques centaines de millions de pauvres… –

deux mômes sur une mobylette à Hanoï (encore que pour les âges, je ne saurais pas te dire) – il faut illustrer, faire en sorte que quelques images de cette maison permettent aux passants de s’enhardir à poser quelques questions, à s’intéresser à ce lotissement – les temps sont durs pour tous – l’atout, c’est qu’elle se situe en banlieue , un jardin, une étendue libre, un air plutôt pur –

elles sont toutes vraies, mais celle-ci plus que les autres sans doute – « comme un petit coquelicot mon âme » quelque chose de ce genre –