Le salon de T, Préquel(le, lent, les, lées, lés, ect.).

17/05/2024

Vendredi : apprendre à écouter l’autre en ne le niant pas puis en l’écoutant, dépasser la sensiblerie et la susceptibilité.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine. Aujourd’hui, c’est vendredi.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles.

 

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écris d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie.

 

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Pourquoi ? je crois qu’avec le temps j’ai appris à m’en foutre un peu, ce qui n’est pas anodin. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écrit d’ailleurs. Pendant longtemps j’ai cru qu’écrire pouvait me sauver de la folie de l’intérieur de mon corps. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie. « Je » existe au milieu de quelque chose d’autre.

Cela fait un peu plus de deux ans je crois que tous les matins j’ouvre le dossier « semainier » de mon ordinateur et je pioche le fichier en lien avec le jour de la semaine, même les matins où je ne crois à rien. Pourquoi ? je crois qu’avec le temps j’ai appris à m’en foutre un peu, ce qui n’est pas anodin. Il y a quelques années déjà que cette expression me taraude. « Se foutre de ». J’en avais cherché l’origine, je dois bien avoir un fichier ou deux là-dessus quelque part. S’auto-ensemencer. N’avoir besoin de personne pour se créer. J’écris depuis longtemps, dans tous les sens. Pendant longtemps j’ai plus crié qu’écrit d’ailleurs. Pendant longtemps j’ai cru qu’écrire pouvait me sauver de la folie de l’intérieur de mon corps. Puis j’ai cru que j’allais sauver des Jeans ou des Jeannes ou des Jeanes ou des Jeanns, ect. Aujourd’hui, c’est vendredi, et c’est pas mon jour préféré. Le mercredi non plus d’ailleurs, qui en est une variante peu douce à mes yeux d’oreilles. Les deux parlent d’ « écouter l’autre », cet être étrange qui ne m’a que si rarement écouté moua, mais même moua doit bien avouer qu’un peu des fois quand même, alors j’ai une vague idée de ce que cela signifie. « Je » existe au milieu de quelque chose d’autre. Ce quelque chose est vaste, trop souvent insaisissable, trop fluctuent, trop indéterminé, trop trop. C’est pour cela que, bien souvent, je préfère rester dedans. Au chaud de mes ombres, à l’intérieur de ce corps quitte à risquer la folie, la désespérance, ect., certes, mais ce sont les miennes, celles du dedans.

 

Sauf que. Sauf que c’est une illusion. Une belle, cela va sans dire, mais une illusion tout de même. Tout passe, aucune frontière n’est hermétique.

le texte impossible

 

 

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C’est un texte impossible à lire. Mais c’est un texte. On sait qu’il existe. Il devait arriver dans la maison[s]témoin et puis « à quoi bon » s’est dit André, et le texte n’est pas venu. Ce texte parle d’une chambre la nuit où l’on vient secrètement retrouver les souvenirs vivants d’un corps mort. Ce texte parle d’un jeune garçon, d’un accident, ça se passe donc dans une chambre qui a été chambre d’enfant il y a très peu de temps, et cela reste, une chambre où regarder des posters sur les murs, une collection de crayons, de globes terrestres, de gommes usées, de BD aux dos abîmés à force de les prendre à l’arrache car, on le sait, les adolescents prennent tout à l’arrache. Celui-là n’est pas devenu vieux, n’est pas devenu homme, comme celui-ci qui passe avec ses bâtons de marche en écartant les feuilles du ginkgo biloba changées en or. Celui-là est resté flottant et irréel dans les souvenirs réels de la chambre du texte. On ne sait pas ce qu’il serait devenu car son souvenir flottant n’a pas d’avenir. On suppose, on espère qu’il ne serait pas sorti un soir avec une arme automatique, une barre de fer, parce que lorsqu’on écrit un texte impossible à lire, on veut y mettre de la beauté. L’homme, le père, qui entre dans la chambre du presque enfant absent le fait subrepticement, il regarde les posters, les classeurs en désordre subrepticement, car c’est un père qui n’a rien à faire là, dans cette maison vendue à d’autres, aussi il ne restera pas longtemps, puis il ira dans le cimetière se recueillir comme on dit (cueilli une fois de plus, la sensation d’être une fleur coupée une fois de plus) sur une tombe durable. C’est peut-être un texte impossible à lire parce qu’il parle de ce qui est durable et de ce qui ne l’est pas et de la frontière mince indéfinie entre une tombe concrète et le désir d’attraper une chambre d’enfant, maladroitement. Les tombes attrapent toujours les choses maladroitement.
J’ai pensé que ce texte impossible à lire ne devait pas être seul. J’imagine une banque de données universelles où tous les textes indéfinis, flottants, seraient collectés, exposés, montreraient un petit morceau d’eux comme une pierre tombale montre maladroitement le tout qui la retient, défait. On pourrait s’entraider. Quelqu’un s’en emparerait, dirait je m’en occupe, par exemple d’attraper le moment où le père rôde autour de la maison avec la peur d’entrer, et on saurait comment, pourquoi il se décide enfin, ce serait une prise de décision transformée, reprise, recousue, réparée, assemblée par une aide extérieure. De toute façon, il y a toujours aide extérieure. Avec soi, en lisant (écrivant), on trimbale ceux qu’on aime, qu’on a aimés, avec leur regard qu’on dirait tout neuf à force d’en supposer l’accent, on trimbale aussi d’autres sois, les anciens, les enfants qu’on était dans nos chambres.
La banque de données de textes impossibles à lire est gigantesque. On ne le sait pas, mais parfois quand on marche, un texte se propose, et puis on n’a pas le temps, on y reviendra plus tard sûrement, c’est ce qu’on croit, mais il arrive que ce plus tard n’existe pas. Par exemple, le texte de l’homme qui marche, bâtons de marche, au milieu des feuilles de ginkgo, est impossible à lire. Ça ne l’empêche pas d’être disponible.

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