photos de famille

 

 

il y a très souvent dans ma démarche (je marque mon pas sur les pas de quelqu’un.e) quelque chose qui ressemble à une prise de position – se faire remarquer, on disait (lorsque nous étions petit.es dans cette famille mienne, un père, une mère et quatre enfants – dans l’ordre d’apparition à l’image – et, aussi, dans celui plus socialement constitué, patriarcal – « faire son intéressant » – ou du troll (sans qu’il s’agisse jamais d’une attitude négative – je fais ce que je peux) : ici, la conjonction de deux événements (l’un décrit en entrée de billet, l’autre sous ce lien) augmentée des divers travaux menés (notamment d’enfance et d’écriture) impose (il me semble) ce billet plutôt (disons) personnel – subjectif (ça n’existe pas) – et je ressens un peu car noir sur blanc ces mots s’écrivent un sentiment qui me suggère ce qu’on nomme en anglais « coming out »  – le secret étant de polichinelle, j’indique ici que, certes, je suis juif mais comme l’un de mes maîtres (que je n’ai connu que par ses écrits, Maurice Halbwachs qui disparut dans les mêmes conditions que l’un des protagonistes de ce billet) seulement pour les antisémites. 

 

 

ce n’est pas une très bonne période pour moi, sans doute ressens-je le contrecoup de différents événements (outre des deuils, les guerres à répétition – la façon de les montrer – les montées des discours de haine – celles de la bête immonde ici, (on se souvient de cette ordure d’Ui mais de Bertold Brecht) en Argentine, Hollande, Russie Ukraine, Pologne, Hongrie, Turquie, Syrie que sais-je), lequel contrecoup s’exerce sur et dans mon corps – fragilisant ma santé probablement – et puis comme le terme, sinon le but, de l’affaire est de s’anéantir et d’accepter de l’être (notre condition, donc, semble-t-il), une espèce de volonté imposée de me retourner vers un passé ancien – je n’y étais pas – et l’image du billet précédent que je pourrais facilement reproduire (faisant par là économiser un clic à notre planète) (est-ce bien certain qu’elle soit notre… sans nous appartenir, peut-être ?) (empêchant ou plutôt ne favorisant pas la lecture dudit billet)
donc non

Des images trouvées dans une enveloppe, laquelle m’était destinée, remise au gardien (O.) de l’immeuble derrière son comptoir d’acajou, avec d’autres documents à un moment où j’entreprenais une tentative – dont on peut ici découvrir la teneur (ça n’a pas marché, d’ailleurs)
Inconnu, tel est ce passé
ce sont gens de facture assez classique (j’ai failli écrire « bonne » mais ça ne me plaisait pas) (ainsi que dans « de la bonne société ») (bourgeoise, « à l’aise ») – il s’agit ici d’une réunion plus ou moins (plutôt moins, je suppose, vue l’affluence) familiale (la tablée doit être familiale), je peux dater la prise de vue (qui est de l’ordre du début du siècle : le jeune homme regard caméra droite cadre est un de mes grands-oncles (le frère de ma grand-mère), quel âge peut-il avoir ? dix ans ? (il doit y avoir ma grand-mère,ce pourrait être, gauche cadre, lajeune fille à la robe qui ici apparaît blanche) – il doit être né au début du siècle précédent ou la fin du précédent encore (beaucoup d’enfants)

ce n’est probablement pas une photo de famille (les gens ne sourient pas, les regards divergent etc.) : ils  et elles, certes, semblent écouter un speech – sans doute un mariage (ils ont l’air sur leur trente-et-un, il me semble) (il se peut que le type au nœud papillon soit le père du môme, la femme à lunettes sa mère) une remise de prix – les gens debout au loin – que de questions… (j’aime beaucoup la femme au chapeau, au deuxième plan, à gauche, on dirait bien Delphine Seyrig)

Une autre de la même époque, crois-je : portrait posé – asseyez-vous ne bougez plus (pendant deux ou trois secondes – merci)

turlututu chapeau pointu – l’une de mes (quatre, certes) arrières grand-mères, crois-je, en costume typé des femmes juives de l’époque en Tunisie (début 20ième) – je ne sais pas, mais le coussin sous les pieds ? en tout cas, elle sourit (trop mignonne) – n’est-ce pas la même que celle qu’on voit sur la photo précédente avec des lunettes ? – une recherche rapide avec le grand frère gougueule permet de retrouver ceci (1903)

ou ceci (1880)

Voilà la chose fixée.
Et donc plus tard : le petit (c’est un garçon) est un de mes oncles (naissance en 29, je crois bien)

l’adulte en manteau/chapeau/lunettes qui sourit, un de mes (deux) grands-pères – une espèce d’instantané (palmeraie ? calèche ? servant ? d’autres enfants au loin, qui s’arrêtent, est-ce pour la pose?). Et pour finir, cette image-là

qui sont-ce ? je ne sais (peut-être le même grand-père et sa femme – le type droite cadre me plaît beaucoup…) où est-ce ?  des palmiers, du sable sans doute – en Tunisie certainement mais plus avant…?

le texte impossible

 

 

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C’est un texte impossible à lire. Mais c’est un texte. On sait qu’il existe. Il devait arriver dans la maison[s]témoin et puis « à quoi bon » s’est dit André, et le texte n’est pas venu. Ce texte parle d’une chambre la nuit où l’on vient secrètement retrouver les souvenirs vivants d’un corps mort. Ce texte parle d’un jeune garçon, d’un accident, ça se passe donc dans une chambre qui a été chambre d’enfant il y a très peu de temps, et cela reste, une chambre où regarder des posters sur les murs, une collection de crayons, de globes terrestres, de gommes usées, de BD aux dos abîmés à force de les prendre à l’arrache car, on le sait, les adolescents prennent tout à l’arrache. Celui-là n’est pas devenu vieux, n’est pas devenu homme, comme celui-ci qui passe avec ses bâtons de marche en écartant les feuilles du ginkgo biloba changées en or. Celui-là est resté flottant et irréel dans les souvenirs réels de la chambre du texte. On ne sait pas ce qu’il serait devenu car son souvenir flottant n’a pas d’avenir. On suppose, on espère qu’il ne serait pas sorti un soir avec une arme automatique, une barre de fer, parce que lorsqu’on écrit un texte impossible à lire, on veut y mettre de la beauté. L’homme, le père, qui entre dans la chambre du presque enfant absent le fait subrepticement, il regarde les posters, les classeurs en désordre subrepticement, car c’est un père qui n’a rien à faire là, dans cette maison vendue à d’autres, aussi il ne restera pas longtemps, puis il ira dans le cimetière se recueillir comme on dit (cueilli une fois de plus, la sensation d’être une fleur coupée une fois de plus) sur une tombe durable. C’est peut-être un texte impossible à lire parce qu’il parle de ce qui est durable et de ce qui ne l’est pas et de la frontière mince indéfinie entre une tombe concrète et le désir d’attraper une chambre d’enfant, maladroitement. Les tombes attrapent toujours les choses maladroitement.
J’ai pensé que ce texte impossible à lire ne devait pas être seul. J’imagine une banque de données universelles où tous les textes indéfinis, flottants, seraient collectés, exposés, montreraient un petit morceau d’eux comme une pierre tombale montre maladroitement le tout qui la retient, défait. On pourrait s’entraider. Quelqu’un s’en emparerait, dirait je m’en occupe, par exemple d’attraper le moment où le père rôde autour de la maison avec la peur d’entrer, et on saurait comment, pourquoi il se décide enfin, ce serait une prise de décision transformée, reprise, recousue, réparée, assemblée par une aide extérieure. De toute façon, il y a toujours aide extérieure. Avec soi, en lisant (écrivant), on trimbale ceux qu’on aime, qu’on a aimés, avec leur regard qu’on dirait tout neuf à force d’en supposer l’accent, on trimbale aussi d’autres sois, les anciens, les enfants qu’on était dans nos chambres.
La banque de données de textes impossibles à lire est gigantesque. On ne le sait pas, mais parfois quand on marche, un texte se propose, et puis on n’a pas le temps, on y reviendra plus tard sûrement, c’est ce qu’on croit, mais il arrive que ce plus tard n’existe pas. Par exemple, le texte de l’homme qui marche, bâtons de marche, au milieu des feuilles de ginkgo, est impossible à lire. Ça ne l’empêche pas d’être disponible.

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d’un voyage à l’autre #5

 

 

 

étant donné que l’ami Lucien s’en est allé à Rome (et en est revenu) (la fiction, les dévoilements, les indiscrétions, les habitudes particulières ou la réalité des choses étant, ici, sur la toile le web internet virtuel etc. pléthore) je dépose cette image qu’il me dit avoir postée sur touittaire « pour ses fans » (je ne le suis pas – j’en suis pourtant – mais pas sur ce réseau-là)

dont j’apprécie particulièrement l’arrière-plan

pixellisé, certes – donc je me promène aussi (cette ville magique et magnifique) (un peu comme partout sauf qu’il y a le climat et les collines, le Tibre et la villa Borghèse – et d’autres choses encore) – passons (on y retournera, espérons-le) mais pour le moment

je ne parviens pas à lire mais cette plaque est apposée sur un mur de l’ex-immeuble de la police (plus ou moins) secrète de l’ignoble salazar (sans majuscule) en souvenir des quatre morts du 25 avril 1974, laquelle plaque ne fut mise là qu’il y a peu (on préfère toujours oublier) – c’est à Lisbonne (on y retournera aussi, oui, espérons) (on vit d’espoir quand on voyage) (on n’en finira jamais) – j’ai aussi celle-ci en magasin

mais ça, c’est Paris au troisième acte des gilets jaunes (dont le cinquantième se déroulera ce samedi – je pense souvent à Nuit Debout, il m’arrive d’oublier : je ne suis pas militant) – mais passons, le monde est à nous

quelque part à la Nouvelle-Orléans ou à Bâton-Rouge (je ne suis pas non plus très rigoureux – je prends des images mais ne les indexe que peu) (j’aime la femme en rose sur son palier) (et la batterie de paraboles)

quelques années plus tôt – une série commence à deux –

mais d’autres gens – Sophia dite Maria et Luchino (le polo fermé au cou) – constituer un panthéon ou quelque chose de cet ordre (on n’aime guère le panthéon reconnaissant mais tant pis)

une autre de la même – en passant – poing fermé – ce ne sont pas des voyages, mais qu’importe – j’essaye de ne pas penser au travail – j’essaye de ne pas penser que, bientôt, il en sera fini – la Force du destin, la Norma, ou comme tu veux –

des changements en ville

je passe seulement

l’officine des roses de TNPPI – rue du Bac – Paris

petits métiers (pour gens de couleur) architecture grossière – contrechamp

on ne s’arrêtera pas de vivre quand même – on a à continuer – on doit avancer – ici le mur du cimetière Montmartre

sans les images de B2TS mais ici avec (mais sans type à cabas)

c’est Paris, oui – ailleurs aussi

c’est en Hongrie, c’est en fleur – zéro trace de la pourriture endémique de ce monde

des images qui peuvent parler d’elles-mêmes sans trop savoir pourquoi elles se côtoient ici sinon cette volonté de ne pas mourir de surnager de vivre et de rire

comme dans cette jeunesse un peu ternie à présent – elle s’éloigne, elle s’érode, elle s’oublie – ces avions au ciel qu’on saluait, ces roses qu’on portait, ces cailloux qu’on posait – et puis le reste du monde

ses beautés éphémères (image (c) Juliette Cortese)

platine/épaules/verre/piscine

débardeur/jean moulant/ceinture/poing levé dans le stade – du pain et des jeux ? – toute une machinerie qui intime à se rendre compte, à se souvenir, à ne pas oublier cette vie-là, ce monde-ci, ces façons d’être et de se tenir

(la plage de Dunkerque quand même)

c’est journal en images (des semaines et des semaines de lutte)

JO Cox, morte assassinée par un déséquilibré (seize juin 2016, à coups de couteau, type d’extrême droite fan du brexit sans doute) – ne pas oublier, non et continuer à lutter

Marielle Franco, assassinée au Brésil par les amoureux de Bolsonaro (le 14 mars 2018,à coups de feu, des balles provenant des stocks de l’armée : merci qui ?) et puis le monde tourne – non, bien sûr non, on n’oublie pas – écouter de la musique, regarder de belles images et le beau côté des choses

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

les listes et les podiums

Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il y avait sur cette liste, des sortes de résolutions, et en toute fin celle de ne jamais faire de liste.

Ce dont je me souviens est haineux surtout, mais je ne sais pas dans quelle mesure l’hippocampe du cerveau doit être tenu pour responsable et comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on – un deux trois quatre dit le mec au téléphone dans la cour – étudier ou même tout simplement reconstituer ce qui amène à ça, à la détestation des différences – la grille de la cour claque de façon très reconnaissable en se refermant, le mec un deux trois quatre est très différent de moi, je ne le déteste pas mais je suis tout à fait capable de détester qui s’érige qui se porte garant, qui refuse d’accorder, qui n’imagine pas se tromper, qui prend l’espace et la parole, ce serait trop compliqué de faire une liste, surtout sachant que certains paramètres de reconnaissance de ces qui détestables sont diffus, de l’ordre du sensible, et tiennent à une manière de prononcer certains mots, avec une certaine torsion de la bouche, par exemple en s’érigeant, se portant garant, refusant d’accorder etc.

Ensuite il y a beaucoup d’avis qui sont donnés sans préavis.
On cherche la poule qui sait compter ou le poulpe qui donne des résultats de paris sportifs.

Finalement, recopier intégralement, ou pratiquement intégralement, le discours d’une chaîne de téléachat est reposant, parce que le détestable se montre tout clair, sans masque, pas besoin de se fatiguer à le débusquer ou à le traduire. C’est l’éloge de la différence – plus exceptionnel, meilleur, performant, ça va vous changer la vie – mais d’une autre différence, celle qui nous rapproche de l’exception admirable. Le téléachat installe des nuées de podiums sur tous les emplacements, même quand il s’agit d’un coton-tige ou d’un parapluie pour que nous devenions tous l’exception admirable. Ne pas être comme les autres, c’est être meilleur – plus exceptionnel, performant – que les autres, ce qui est un abîme sans fond, car si ça fonctionnait avec cent pour cent de réussite, à la fin nous serions tous identiques. C’est reposant de voir à l’œuvre cette schizophrénie. Mais quel outil, comment, avec quoi, tirer des conclusions, sauf en détestant ce détestable.

Les décorations de noël sont en place, les rues ont été bloquées très peu de temps pour que les boutiques n’aient pas à en subir les conséquences, en termes d’accès, ventes, black-friday. Certaines guirlandes lumineuses ont peut-être été installées de nuit. À la devanture du magasin de jouet du centre-ville, un père noël ventru de douze centimètres sourit dans la nacelle d’une montgolfière tissée. Aucun jouet n’est à moins de cent cinquante euros. Le pull moutarde dans la vitrine d’à côté est en solde à deux cent vingt-cinq euros. Il en faut deux pour obtenir le prix d’une paire de chaussures. La ville est calme. C’est en périphérie qu’on brûle des pneus. Ce sont des différences visibles, des podiums bien installés. La haine aussi veut son podium. La ville est calme. Il n’y a pas de mère de famille tuée sur son palier à coups de couteau ici, comme dans d’autres villes. C’est peut-être une question géographique. On pourrait se dire – comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on, un deux trois quatre  – que les différences – de prix et de couteaux – sont géolocalisées. Peut-être même qu’il existera bientôt une application pour téléphone où les podiums apparaîtront en temps réel sous une tête d’épingle rouge ou verte en forme de goutte d’eau stylisée inversée. Une qui sert le café avait un bleu au visage l’autre jour et les yeux rouges. L’étrange, c’est qu’elle ne se trouve pas en périphérie. La chaîne du téléachat est dans toutes les télévisions, peu importe leur emplacement. C’est pareil pour les bleus, ça l’est moins pour les jouets en bois faits à la main, les montgolfières tissées de quinze centimètres de haut en soie et les vêtements moutarde. Historiquement, c’est un peu comme les chambres de bonnes toutes au rez-de-chaussée. Il y a une ville en Amérique du sud dont les quartiers les plus privilégiés se trouvent sur les hauteurs, et les zones pauvres en bas. Quand les pluies dévalent les pentes, qu’elles engorgent des rigoles parfaitement goudronnées, s’y engouffrent, longeant les interphones des portails électriques, passant devant des escaliers à double volée donnant sur des statues au centre de parterres fleuris, elles inondent les cabanes de bois et de tôles ondulées, elles les recouvrent, elles les pourrissent et elles les noient, avec des gens à l’intérieur. La haine de qui s’érige de qui refuse d’accorder s’écoule, simplement, au grand air.

Après, il y a ce souci dès qu’on écrit, d’arriver à une conclusion. De faire une démonstration. Ou un portrait. De donner à voir un angle qui ne serait pas commun, ou qui serait différent. C’est peut-être la corrosion qui gagne. L’acide du podium se répand. Dès qu’on écrit, et sans qu’on le formule, même sans qu’on veuille s’y intéresser, arrivent les différences, le haut, le bas. La sélection. Écrire c’est sélectionner. Recopier c’est sélectionner ce qu’on va recopier.
Même la longueur d’un texte est soumise à la sélection : trop longue pour un billet en ligne sur le net comme ici, trop courte pour un livre. Si je choisis d’écrire un texte trop long pour être lu en ligne, est-ce que c’est pour déjouer ce principe ou pour faire différent ? (me la jouer ?) Comment – quel outil, comment savoir, comprendre, répondre, et où se terrent les illusions, sur soi et sur le reste, celles qu’on voudrait avoir, celles dont ne sait pas qu’elles nous collent aux talons.

« Il y aurait plus de mondes potentiellement habitables dans l’Univers que prévu », me dit un site. Juste après m’avoir demandé
« Qui est Jesus ? » et
« Comment préparer une pizza parfaite selon la science ? ».
Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si dans ces mondes aussi il y a obligation d’agencer en vue de démontrer, et si tout s’organise hiérarchiquement, même la pluie.

femme en guerre

 

 

Un film islandais (au vrai, islando-franco-ukrainien) – mais on aime les Islandais un peu comme on aime les Portugais pour leur 25 avril 1974 et leur révolution des oeillets, sans trop de sang, dont le déclenchement a eu lieu par la diffusion d’une chanson « Grandola, vila Morena » (écrite et mise en musique par Zeca Alfonso) une espèce d’hymne – et ici aussi, la musique joue un rôle dans l’image même (vraiment j’ai adoré).

Comédie, ou drame, admirable oui on s’en fout un peu : une femme est en guerre contre les ravages d’une usine d’aluminium. Elle se bat avec ses armes, et coupe le courant qui alimente l’usine (gauche cadre les étincelles qui font sauter les lignes)

et plus tard fera exploser un pylône convoyant l’électricité. Elle mène une lutte plutôt seule bien qu’elle trouve de l’aide auprès d’un présumé cousin qui lui prête par exemple une voiture (sur l’image, elle convoie des fleurs pour son cousin dans la voiture que celui-ci lui a prêtée une première fois (elle a caché au milieu de l’engrais – constitué de chiures de poules malodorantes –  les pains de semtex utilisés pour le dynamitage du pylône) (L’explosif est nommé d’après Semtín, une banlieue de Pardubice dans l’est de la Bohême. : j’adore ce genre de précision que nous apporte wikipédia)

: contrôle infructueux donc, par l’opération de l’engrais  naturel… Elle porte des fleurs à son présumé cousin, fait sauter le pylône, et se retrouve coincée malgré sa défense contre les drones de la police (elle porte là un masque en forme de Nelson Mandela) –

on ne nous donnera pas de recettes de cuisine pour manger sainement – tout ça devrait aller ensemble cependant – mais le film raconte une histoire d’entraide, salutaire et hors de nos frontières. On se souvient pourtant des démissions des banquiers véreux (il y a comme une espèce de lapalissade dans ce couple substantif qualificatif) et des politiques qui ne l’étaient pas moins il y a quelques temps dans ce pays, l’Islande donc. J’ai raconté l’histoire, mal, puisqu’il me reste une photo

notre héroïne dans un bains d’eau chaude propre à la régénérer avant d’être reconduite en ville par son (supposé) cousin (cachée sous des moutons…). Peu importe : il y a aussi un autre ami à elle, probablement assez espion, du ministère de l’intérieur si j’ai bien compris : à chacune de leur rencontre pour parler un peu de ses agissements à elle, ils isolent de concert leurs téléphones portables dans le freezer du réfrigérateur

mais ils ne mangent pas… Beaucoup de trouvailles de scénarios, tant et tant de choses encore – un choeur ukrainien, des enfants, des dessins, des animaux… – qui donnent au film tout un charme qui aide à supporter les avatars contemporains…

 

Woman at war, un film de Benedikt Erlingsson, avec au rôle principal (au vrai, double : vous verrez) Halldora Geirhardsdottir – formidablement drôle.

 

La concierge est dans l’ascenseur

J’ai constaté avec une soudaine stupeur que la maison témoin n’a pas d’ascenseur. Vous me direz, elle n’en a pas besoin, attendu qu’elle n’a pas d’étage (toute information entrant en contradiction avec cette affirmation et provenant d’un autre texte de cet espace doit être considérée comme nulle et non avenue). Mais depuis quand le besoin est-il une condition nécessaire pour acquérir un objet quelconque ? L’ascenseur est un signe d’ascension sociale, les immeubles avec étant plus prestigieux que ceux qui n’en sont pas pourvus. Ou plutôt, l’ascenseur est devenu, comme le bac, quelque chose qu’il faut avoir parce que sans, c’est encore pire. Donc, hors de là, point de salut… Maintenant, on pourrait envisager (NB : inscrire ce sujet à l’ordre du jour de la prochaine réunion de copropriétaires) l’installation d’un ascenseur horizontal, qui ne ferait ni monter, ni descendre, une sorte de cellule sur trottoir roulant qui amènerait de l’entrée à la cuisine – où l’on saisirait en passant une bouteille de bière dans le frigo – et de là au salon où l’on se laisserait tomber sur le canapé avec ladite bouteille. On pourrait avantageusement accompagner cet ascenseur à plat d’un chariot non-élévateur pour le transport des bagages, sacs de courses alimentaires ou non, animaux de compagnie, enfants en bas âge et autres impedimenta. Des options supplémentaires (diffuseurs de musique, de parfums, de suggestions d’occupations, de poèmes surréalistes…) viendraient compléter l’installation. Il est opportun, en outre, de définir le circuit desservi par cet engin, selon qu’il devra passer par toutes les pièces de la maison ou seulement par certaines d’entre elles (NB : et dans ce cas déterminer lesquelles et pour quels motifs).