Dans trois mille ans

 

(publicité, propagande, j’ai beau faire attention à ce genre d’injonctions – si j’en vois une, je ferme… – comme j’aime le cinéma (même celui de chez l’oncle sam) j’en parle un peu avec des scrupules) (ce type d’italiques, en début de billet, ça permet de lancer la machine, mais c’est aussi, j’espère, dissuasif : sans un tout petit peu de sympathie pour Hollywood – une once, presque rien- on peut passer son chemin. Ici, dans la maison(s)témoin, on accueille toutes les sortes de fantômes goules et autres bizarreries, et c’est à peu près normal aussi qu’on y trouve des entités qu’on nomme « extra-terrestres » -bien qu’elles le soient, terrestres, évidemment, puisqu’elles ne sont que l’émanation d’esprits plus ou moins habités par ces histoires imaginaires – je les ai placées dans la chambre d’amis, parce qu’elles ne font que passer, et aussi dans la salle d’eau, parce que c’est sans doute grâce à l’eau qu’on parvient, ici, à les comprendre…).  

Ici, une jeune femme, linguiste (on l’appelle Louise – comme madame Brooks et ses araignées, au hasard – et Banks – comme je ne sais pas exactement quoi) (Amy Adams). Elle se trouve ici devant l’écran, une épaisse plaque de verre transparente sur laquelle, avec elle, correspondent les nouveaux venus (une douzaine de « coques », « vaisseaux » ou quoi que ce soit, habités par des genres de calamars à sept bras réparties sur toute la Terre (il ne s’en trouve point en France, désolé) – au fond de l’image, noire et grumeleuse : la paroi du « vaisseau »)

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Elle a l’honneur, ou la chance, ou le culot, d’entrer en relation avec des êtres supérieurs (sans doute) qui lui disent venir en ami sur cette planète afin d’aider l’humanité à surmonter ses divisions (entre US et Chine, malgré les efforts de Nixon, ce n’est pas, comme on croit le savoir, l’entente cordiale) (on ne parle pas – trop – de la Russie : la géopolitique du monde est changée depuis que l’union soviétique -ça fait bizarre de parler de ça, pas vrai ? – n’est plus). Plus loin, ces entités (nommée « heptapodes » -z’ont sept « pieds » – discutent par flots d’encres interposés, sont tout puissants, s’en iront à la fin dissous comme nuage de lait dans thé anglais…) veulent nous aider car elles auront, dans trente siècles – une paille – besoin de nous (disent-elles) (car elles connaissent, tout comme Louise, l’avenir). En tous cas, douze trucs arrivent sur Terre : l’armée est sur le pont (ici, l’armée et son chef, incarné par Forest Whitaker – sont moins bornés qu’à l’accoutumée…) (colonel Weber) (on pense à Folamour, et Sterling Hayden (alias Colonel Jack. D. Ripper…) et à ce que cette venue aurait pu provoquer chez eux…)

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On cherche et on finit par trouver : grâce à la culture scientifique (très scientifique) de ce garçon-là (très très scientifique, physicien en diable) (Ian Donelly, incarné par Jérémy Renner) on parvient à comprendre le langage des extraterrestres, et surtout leur but ultime.

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Même la CIA (dont on voit, dans l’image ci-dessus l’incarnation qui guette à la jumelle l’avenir) ne peut parvenir à mettre des bâtons dans les roues du (bientôt) couple. Et donc on discute le coup avec eux (les deux entités présentes aux US), et grâce à cette préscience dont est dotée cette mademoiselle Banks, on parvient à ne pas créer de dissension trop forte entre les divers Etats de cette planète afin de l’unir dans un but commun : continuer à vivre. Et à procréer (fatalement, pourrait-on suggérer) (on nous épargne la scène de lit, merci). Las, la progéniture est atteinte d’une maladie incurable… C’est donc en vain, en un sens, que tout ce qui a été entrepris se sera résolu. Mais enfin, nous verrons : dans trois mille ans puisque les fantômes s’en sont allés, et que la planète, elle, continue de tourner…

Le film (budget : 47 millions de dollars quand même) (en a rapporté, pour le moment, plus de trois fois plus…) (le cinéma est une (très) bonne affaire et aussi – bizarrement ? – le premier poste d’exportation du budget étazunnien, stuveux) est assez dramatique, le montage très alambiqué (on croit à des flash-backs, mais c’est l’inverse), l’image parfaite, les effets spéciaux réussis (on pensera à nouveau à Stanley Kubrick pour les changements de gravité entre l’intérieur du « vaisseau », et la Terre) : un beau film de science fiction au cinéma, ce n’est pas si courant…

 

visite virtuelle #2 la Salle d’Eau

 

 

Ce sont deux éviers, deux lavabos, deux vasques, l’une et l’autre dominées par des produits étiquetés codes barres prix qualités compositions emplois, baumes, crèmes, douceurs et satin, beauté et hygiène, extraits et concentrés, ou plus haut placée cette quintessence parfumée, et aussi mousses précipités appareils et émulsions force senteurs, essences et et et… vérification immédiate sur le support de faux argent par des yeux exercés et depuis longtemps rompus à ce type d’exercice -plutôt matinal, mais n’anticipons pas.

Séparer les usages, comme il se doit des genres (sauf à certains moments capitaux que, comme disait le poète, « ma mère m’a défendu de nommer ici ») (il parlait, certes, d’autre chose) : si ici se trouve le masculin, là sera le féminin (on choisira comme on aime préfères-tu, chéri-e être proche de la fenêtre ou …?  – on pensera (plus tard, nous avons le temps) à poser sur les vitres de celle-ci un film, opaque, de préférence à un tulle peu imperméable, afin de ne pas provoquer quelque atteinte à la pudeur, de ne pas choquer un voisinage semblable pourtant en tous points, mais justement cesser de s’identifier et les vaches -hors du lotissement- seront bien gardées…)

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Cette maison nous est proche parce que nous la partageons ; nous accueillons ici des couples (jeunes) (ou des vieux, si elle se trouve de plain pied)  : en salle de bain, certains sont  des habitués (on pense naturellement -naturellement, ce naturel-là est ici marqué au coin de l’usage, de la présence, de l’habitude- à la scène d’ouverture de « L’Arrangement » (Elia Kazan, 1969) (on ne se refait pas, comme on voit, et même s’ il y a pas mal de choses dans la vie, il y a le cinéma, aussi)  d’autres sont des novices un peu comme en amour : faut-il apprendre ou se lancer, tempérament ou caractère, friction fusion, se jeter ou attendre ? Deux visions du monde, insuffisantes peut-être, mais un homme et une femme (et s’il se pouvait qu’il en arrive deux du même genre pour partager cette antre, qu’en dirait le courtier -la courtière – la (ou le) « commercial-e » ? Mais rien. Rien. Non, rien de rien -sans en penser moins, évidemment – : vendre, vendre vendre voilà tout) (comme il est bon de partager le monde en deux, ici l’ombre, là la lumière) différences, onctions, soins de beauté, d’esthétique ou d’hygiène, on partage, il en est aussi ainsi des taches, la lutte pour les places, ici on est nu et on abolit dans l’omission besoins, efforts, tensions chaleurs vapeurs humeurs odeurs pour ne se consacrer qu’à une certaine apparence, s’oindre et se masser, se regarder et rectifier l’alignement des cheveux, du derme des ongles, des rides…

Ici, comme ailleurs dans cette maison, trônent, feulent, passent et disparaissent certains fantômes (on vient d’y croiser Kirk Douglas et sa femme du moment, Deborah Kerr -on emploie leur patronyme à la ville, peut-être ne sont-ce, comme pour Kazan, que des pseudonymes dus aux raccourcissements produits par les gardes d’Ellis Island – on y a vu pratiquement nu (« Allons, mon père ne faites pas l’idiot » disait-il)  Burt Lancaster en guépard, on y verrait sans doute (inutile de convoquer Sir Alfred, son « Psychose » (1960) et Janet Leigh, magnifique comme dans « La Soif du Mal » (Orson Welles, 1958) interprétant cette jeune madame Vargas) encore cette autre jeune femme qui remplace, pour sa grand-mère -qui ne passera pas la fin du film- une baignoire par une cabine de douche -la grand-mère est Claude Gensac, la jeune fille Salomé Richard, le film « Baden Baden » (Rachel Lang, 2016) (à la rigueur) , d’autres encore et tant d’autres hommes ou femmes, enfants ou chiens chats, qui jouent ici quelque chose de la vie réelle et tous les jours vécue par nous-autres, simples mortels à la connaissance binaire oui ou non, y aller ou pas , laver, curer récurer, et rincer, couper, poncer, nettoyer et jeter, frictionner puis détendre, caresser, effleurer, pincer, choyer puis épiler, comparer, regarder à nouveau l’effet au miroir, se reconnaître ou se haïr, un coup de rasoir ici un autre de peigne, là, prêts pour la jungle ou seulement le jardinage, décidément ce monde et cette maison…

Générique de fin

 

 

(ça dit parfois « vaut mieux être seul que mal accompagné », et c’est vrai, mais là, c’est la dernière de la saison) (elle reprendra sans doute, on peut l’espérer, dès la fin du mois prochain) (ça dit aussi « y’a pas que le cinéma dans la vie », mais parfois, c’est quand même très bien, comme aujourd’hui) (je n’ai pas pris de photos, j’en ai volé une ou deux, ici, là, voilà)

 

Il y a quelques mois, il y a eu dans un obscur amphithéâtre de la rue de l’école de médecine, une présentation de ces deux cinéastes enlevées à notre affection (notre grande affection, pour les deux) : Solveig Anspach et Chantal Akerman. Il me semble me souvenir (c’était en janvier, ce n’est pas si loin, mais les limbes s’épaississent, et bientôt les vacances, et les restes des objets meurent doucement avant d’être transformés en poussières) qu’il y avait là le scénariste de ce film, magnifique, amusant, drôle, limpide, profond, si original et tellement entraînant sur des voies sensibles et intelligentes.

La scène du début est formidable.

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c’est Agathe (Florence Loiret-Caille, toujours aussi attachante) qui envoie paître avec fracas un type qui veut lui offrir (peut-être) un travail et plus probablement son lit.

Une scène de comédie comme on les aime et on pense immédiatement à Ernst Lubitsch mais on se souvient de « Queen of Montreuil » (2013) en effet, et c’en est la suite. Agathe est veuve, elle travaille dans une piscine (Maurice Thorez, à Montreuil), elle représentera les maîtres-nageurs du coin au Colloque Mondial qui se tiendra en Islande. Elle y retrouvera Anna

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mais suivie par une sorte d’ombre (Samir Guesmi, le grutier raide dingue amoureux de cette nana-là : menteur, puis boum ! il oublie tout…)

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mais dès le générique de début

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qui est un film d’animation à lui tout seul, on se sent dans une ambiance tellement douce et drôle, sereine, quelque chose du calme et de la joie…

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Une merveille que « L’effet aquatique » dernier long métrage de Solveig Anspach qui apparaît encore dans le rôle d’une juge drôlatique… Sous ces traits-là…

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Elle nous manquera, on ne l’oubliera pas.

 

Une histoire d’eau

 

 

Ville d’eau, salle d’eau, rêves de brouillards et d’eau, paradis peut-être, hélicoptère, voiture de luxe (la même que celle que son directeur de la communication avait prêtée à un futur ex-président de la République qui fautât en hôtel du même tonneau -de luxe je veux dire) (moi je m’attendais à un petit coupé dans ce style

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mais non) (il s’agit de la voiture de la production du film dans lequel l’héroïne essaye de gagner sa vie) et avortement, (presque) tout est dit.

Le film est burlesque et, d’une certaine manière, un peu manqué, mais comme il s’agit d’un premier long métrage, il y a des choses qu’on veut bien aussi encourager (ici c’est dans la salle de bain, fatalement, qu’on va poser ce billet,  parce que l’argument est de la transformer, par les bienfaits d’un scénario un peu trop lâche à mon goût, en salle de douche).

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(je crois qu’elle est de tous les plans (1) : Salomé Richard, interprète d’Ana, chante à tue-tête une vague chanson dont on ne serait pas trop étonné que les paroles soient de Rachel Lang, la réalisatrice, trente deux piges, brune blouson de cuir cheveu court).

La grand-mère de l’héroïne est interprétée par Claude Gensac (vue dans « Lulu femme nue » (Solveig Anspach -tant regrettée, 2013) mais aussi en épouse -éphémère je crois- du De Funès gendarme tropézien baroque et si français). Sa salle de bains possède une baignoire et la grand-mère est vieille -comme il se doit-, elle ne peut plus guère s’installer dans son bain et sa petite fille décide, lors d’un séjour à l’hôpital de son aïeule (c’est embrouillé mais n’importe) de réaliser la transformation.

Entre ses deux amants (l’un Boris insupportable, l’autre Simon insupportable) éphémères eux-aussi, l’héroïne procède donc aux travaux. Elle aide aussi sa mère (Zabou Breitman, juste comme toujours) à cueillir des mirabelles (les mirabelles, dans l’est, c’est un peu comme les pommes en Normandie, les piments à Espelette ou le Fuji-Yama au Japon : quand on va tourner là-bas, c’est contractuel, il faut que ça y soit) (je blâââgue) (le film se passe à l’est de la France, oui). Et puis, les choses elles aussi se passent, la construction de la salle de douche s’opère…

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(avec l’aide de l’employé francophone et hypocondriaque, interprété par Lazare Gousseau, mais sans celle d’Amar, le carreleur bientôt légionnaire étrangère – tablier, hache, pas de l’oie et tout le bastringue au quatorze juillet) (non, là je brode)

Ce n’est pas tellement triste (ni drôle), enfin parfois acide, mais non : la scène de l’engueulade ciné est mal proportionnée (ou alors c’est le régisseur qui n’est pas crédible ou simplement complètement abruti – ça peut arriver, certes); l’héroïne revêt toujours un short qu’elle baisse (ainsi que son dessous peut-on imaginer, mais on est loin), devant la voiture (plan large) pour uriner (j’ai pensé à Chantal Ackerman : est-ce un hommage ? je ne sais) (aussi bien aurait-ce pu s’intituler « Les rendez-vous d’Anna » d’ailleurs (y’a deux « n »)(Chantal Ackerman, tant regrettée, 1978) quelle merveille…); l’amant Boris (on n’échappera ni à la scène d’amour debout, ni à celle -mais avec l’autre- sous la douche) confie son téléphone portable et son portefeuille avant de s’écrouler dans l’eau du canal (c’est tellement amusant) (le bateau-mouche est peut-être contractuel, lui aussi, je ne sais) illustrant par là que le film ne tient pas debout – mais Boris, malheureusement pour le film,  sait nager, il a une mère comme de juste insupportable comme lui (elle est, dans la vraie (?) vie directrice de ce casting-là : c’est plus qu’un caméo beaucoup trop long, d’ailleurs), des oeuvres comme lui et des idées comme lui, enfin on ne s’étonne pas. On aura aussi droit à la toilette avec l’amie plus ou moins (ouf, plutôt moins) saphique.

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Ici à l’image : une vraie scène de cinéma (je ne sais pas qui se trouve être la silhouette, cet homme qui joue le malade gauche cadre et qui prend l’air -il est extra-: qu’on me le dise, et je poserai en dédicace) comme on aime, un vrai enjeu (on ne voit pas ici son visage (les photos sont taxées si tu veux savoir) mais je crois que l’amie d’Ana au premier plan est interprétée par une certaine Noémie Rosset (elle aussi en short -c’est parce que c’est l’été, si tu veux tout savoir…- ; si ce n’est elle, qu’on me le dise, je changerai la dédicace) d’acier comme Zabou Breitman (mais elle on le sait, elle a cette force/présence/acuité).

Au total, une heure et demie de tendresses joliesses mais aussi quelquefois de ratages parce que d’insincérités. Un film moitié belge, moitié français,  qui sert de témoin à une jeunesse en mal de perspectives (mais tout (ne)reste (pas) à faire : le chantier est fini,  le feu d’artifice clôt dans la salle de douche l’histoire, un peu dans l’ombre, un peu dans la mélancolie)

(alors : debout)

A voir, probablement…

(1) : pas de tous les plans :  l’un d’eux où elle ne figure pas (comme le tout dernier, feu d’artifice de la salle de douche), magnifique cependant,  montre le balcon de l’appartement de la grand-mère et devant l’horizon fermé d’un immeuble aux fenêtres nombreuses et aux angles droits cruels

 

 

Je me rends compte qu’en cette maison n’est pas une salle de bain, mais une salle d’eau (encore que : là, ou …). Et qu’aussi, ainsi, ce film d’eau côtoie « Le Guépard » (Luchino Visconti, 1963), ce qui rend la comparaison (ce sont deux films de cinéma, réalisés à 53 ans d’intervalle) assez vertigineuse et dangereuse pour celui-ci mais n’importe, quand on aime… 

 

 

(ici la douche)

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Ici la douche ne fait pas fonction de douche, ni la baignoire de bain.  Ses remous ne sont que des promesses de remous au futurs, ultérieurs, les canalisations sont vides. Le lavabo est courbe, les robinets sont courbes, les sels de bain scintillent dans des fioles courbes, larges ou oblongues, tout est courbure et confortable, sans risque de coupures. On reste intact en entrant dans la douche qui ne fait pas fonction de douche, en caressant le bord de la baignoire qui n’est pas bain, et même la glace renvoie une image courbée, le miroir légèrement convexe amincit les silhouettes aux hanches, on reste intact, identique à l’image mentale qu’on se renvoie soi-même, plus mince que l’autre (celle de nous étrangère, dans les vitres d’immeubles intransigeantes).

Des serviettes de bain sont suspendues, moelleuses et douces éternellement. Les serviettes ne sèchent pas, les gants ne mouillent rien, parfaitement assortis au décor de galets qui ne connaissent de la mer que sa reproduction, image renvoyée sur du verre, photographiée, l’intensité, la luminosité réglées, et reproduite sur du papier, glacé, mat, satiné, une mer déclinée de l’image d’une autre, elle-même produite par une autre, une mer fractale. Et la forêt n’est pas une forêt d’arbres.

Ici on peut amener des questions simples : combien ? quand ? quels paramètres ? (dimensions, options, coloris) Ce sont aussi des questions courbes, caressantes, confortables, qui n’auraient jamais vu la mer. Des questions fluides et sinusoïdales, complexes (coloris nuancés, options listées,  des dimensions décroissantes ou croissantes et les prix), questions qui reproduisent l’image courbe et douce d’autres questions, elles-mêmes convexes, amincies, contrôlées (une fois que les questions entrent dans une aire fractale elles ne demandent plus rien).

On sort d’ici avec des questions douces, moelleuses et courbes, confortables. Ici l’eau ne coule pas des robinets, ce qui évite les questions pièges ou harassantes, on ne se demande pas si quelqu’un quelque part a soif. Si quelqu’un quelque part fait naufrage. Si quelqu’un quelque part ploie, tombe et se noie. On ne peut pas se le demander car les joints ici sont étanches.

Et si la nuit quelqu’un venait taguer les murs, tracer en rouge des lettres sur le carrelage blanc, en noir des lettres sur le carrelage gris, des lettres coupantes, tranchantes, par exemple un message qui dirait « Quelqu’un quelque part a soif »,  ou « Quelqu’un quelque part fait naufrage », ou « Quelqu’un quelque part ploie, tombe et se noie », il est fort possible que la texture particulière du revêtement saurait dissoudre toute tentative de rébellion massive, tout inconfort, déséquilibre dans les options, nuances et coloris, prix croissants, décroissants et les courbes. C’est comme ce mot « témoin » dans une maison témoin, ce qu’il nous force à ne pas regarder,  comme si le miroir qui renvoie une image déformée, la douche qui ne fait pas fonction de douche ni la baignoire de bain s’étaient fait pousser de grandes mains courbes et moelleuses qui venaient enserrer nos tempes et nos mâchoires pour que nos têtes se tournent en direction d’images d’images, leur intensité et luminosité en règle, reproduites sur du papier glacé, mat, satiné (pas de chute, pas de risques, rien qui tombe).

Ici la douche mesure l’écart, elle fait fonction de référent. C’est le modèle à reproduire, le quadrillage où glisse la translation. Et sa dictature est très douce, tout en courbes, confortables (pour trouver les images uniques, intransigeantes, on traque les reflets).

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Boîte en forme de cœur

Louer des appartements pour qu’à chaque voyage on ait, en choisissant un environnement spacieux, accueillant, chaleureux, et vivant, avoir l’impression d’être un peu chez soi dans un lieu qu’on découvre pourtant. Un catalogue en ligne me permet d’en visiter dans le détail l’ensemble des pièces, de jauger le confort, la luminosité, le volume des espaces, leur circulation, le voisinage également, à l’aide des photographies de l’extérieur prises depuis les fenêtres, les images manquantes de l’intérieur sont souvent révélatrices des défauts cachés de l’appartement, mais généralement le nombre important de photographies permet de se faire une idée plutôt juste de l’appartement.

Il y a quelques semaines, je découvre que l’appartement, où a vécu, entre 1991 et 1992, Kurt Cobain, le chanteur du mythique groupe Nirvana et sa compagne Courtney Love, est à louer, dans le quartier de FairFax à Los Angeles, à la semaine ou au mois sur airbnb.

La salle de bain de cet appartement est l’endroit où Kurt Cobain aurait écrit le titre Heart-Shaped Box (boîte en forme de cœur), issu de l’album In Utero. Quelque mois plus tard, Cobain et Courtney Love, alors enceinte de leur fille Frances Bean Cobain, décident de quitter les lieux à cause d’une fuite d’eau qui aurait abîmé les écrits et les guitares du chanteur.

« She eyes me like a pisces when I am weak

I’ve been locked inside your Heart Shaped box for weeks

I’ve been drawn into your magnet tar pit trap

I wish I could eat your cancer when you turn black »

De quoi cette maison a-t-elle été le témoin ?

 

Sortie de bain

 

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 » C’est le père Pirrone, qui dit que c’est urgent… »

L’homme (c’est le Guépard) bougonne : « qu’il entre…! » , sort de l’eau tiède

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(si ‘l’Employée aux écritures vient par ici, je lui dédie ce papier peint) (d’ailleurs, c’est un paravent) (il irait bien aussi chez un des héros du propriétaire de l’horloge comtoise) (mais je m’égare)

l’homme (c’est un prince) pense à part lui : « que me veux ce (WTF) ecclésiastique… ? »

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il sort de la baignoire, il vient de parcourir, en cinq ou six jours, la campagne sicilienne, voitures chevaux bruits de guerre et violences, dormant dans des auberges immondes, sous une chaleur caniculaire, et voilà que ce prêtre

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est surpris par la nudité du Prince qui n’a rien à cacher au Créateur et encore moins à ses représentants ici-bas

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non, il ne savait pas mais c’est énervant quand on a l’habitude d’être servi de ne pas trouver au sortir du bain le vêtement approprié

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dit le Prince au prêtre, et encore d’autres choses du genre : « vous qui avez l’habitude de la nudité des âmes, celles des corps est bien innocente, allons padre, le peignoir… » puis très vite, l’autre ne comprenant pas :

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le prêtre le couvre du linge lourd et le sèche, s’approche, et le Prince, sans sourire (ce n’est pas drôle) :

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Il est complètement anormal qu’on me trouve ici : on ne me voit pas, tu me diras, puisque je suis probablement dans un des placards qu’on ne distingue pas d’ici ou encore dans l’une des malles des nouveaux arrivants, peut-être (cette idée d’appeler cette pièce « salle d’eau » vient de qui ? on ne peut pas aller jusqu’à « salle de bains » non ?  ce type de lieu, témoin de quoi jte le demande, furieusement classe moyenne, médiane, commune, ni tout à fait complètement pauvre, crédit vingt cinq ans et au bout de ces vingt cinq ans, plus rien, les placoplâtres fichus, les fenêtres et les joints éventés, j’en passe des meilleurs des pires, c’est aigre aujourd’hui, pourquoi ce dégoût ?) je suis blanc, propre et sec : le prêtre, peut-être négligé dans cette lointaine campagne, le Prince qui va se parfumer, après ses jours dans la poussière et la chaleur, il me faut la photo de son visage, il y a peut-être une heure, quand il est arrivé à Donnafugata lorsque la messe en son honneur est dite, il me la faut parce qu’elle dit ce que c’est que d’être un acteur de cinéma, même si elle est trouble, sans doute parce qu’elle est trouble, elle dit (ne le dit-elle qu’à moi ?) ce que c’est que d’être un acteur du Nouveau Monde qui joue dans l’ancien, l’Histoire, la constitution de cette Italie, en mille neuf cent soixante trois, adaptant le livre date de mille neuf cent cinquante huit, et qui donne les événements de mille huit cent soixante

Burt

le Prince Salina, don Fabrizio, Burt Lancaster, trapéziste dans sa jeunesse, ici voyant le monde devant lui changer, changer pour que tout reste comme avant et que rien ne change…