Les Genove

 

(imagine-toi qu’il s’agit du billet 300, lequel s’intéresse à un livre porté sous le signe du 3 à la puissance quatre et au carré : c’est beau comme de l’antique) (j’en suis fort aise, mangeons maintenant) (y’a pas que le cinéma dans la vie, tu sais bien) (cet article est en WIP) (tu connais, travail en cours ?) (cet article est en TEC) 

Tout allant par neuf dans l’ouvroir, il se trouvera une neuvaine d’établissements recensés ici. On commence sans doute par l’un des plus petits en surface et grand en renommée (il faut dire que la cuisine qu’on y goûte est délicieuse : l’endroit est pris d’assaut dès onze heures, les fritures dévastées vers quatorze, fermé vers seize dans mon souvenir). Ici la spécialité de poulpe bouilli ((c) Daniele Pectini)

l’endroit se trouve sous les arcades du vieux port (via di Sottoripa, établissement Carega) « Pizze calde Farinate »

Une autre officine de cet ordre – vente à emporter, à manger sur place immédiatement et vite – on pense à Francis Lemarque qui vivait à la Varennes-Saint-Hilaire, et venait à Paris par les quais de la Marne en mangeant des frites – se trouve du côté du marché oriental (manqué lors des visites) via San Vincenzo

ou de plus près

qui semble mieux (à vendre : tourtes aux légumes etc…) (torte, farinate).

Ensuite, on passe à table.

Dans le monument à Gênes dédié par Benoît Vincent intitulé GEnove ou GE9 comme on veut, composé de quatre vingt et un billets (l’intitulé des chapitres, c’est aussi comme on veut) on a gardé le 29, non parce qu’il débute en page 100 et finit en cent cinq, non plus à cause de la qualité de premier du quantième, mais parce qu’il traite de la cuisine de ce pays-là, Gênes, cette république maritime, cette ville magnifique, qu’on aime (on va y aller, ne t’en fais pas, on y va)

(ici le port et la lanterne, au zoom pris de l’hôtel où on passait une première nuit, au dessus des voies de chemin de fer, mais bref) Ligurie quand tu nous tiens, le golfe, cette sauce à base de basilic, de pignon et de parmesan, mêlée aux trofie ou aux linguine (dont on apprend qu’elles peuvent s’intituler trenette ou bavette) dite pesto, on a recherché dans les images proposées par le robot les néons ou les façades des officines où l’auteur aime à se sustenter. Tout seigneur a ses premiers honneurs, je crois qu’il faut commencer par là

non loin de la pension où nous logions (Caffaro sixième étage et sa suite Napoléon), pour continuer par celle-ci, non moins célèbre

(peut-être assez surfaite), puis d’autres plus obscures

(d’autant que close au passage du robot) les trois fenêtres qui donne sur le port antique probablement, cette autre (magique je crois)

(je veux dire l’image)  (encore que pasto completo 10 euros non seulement ça rime mais en plus ce n’est pas trop onéreux) on mettra des italiques plus tard, on continue notre mise en ligne, toutes celles-ci sont en ville

(ici da Ugo) et dans la rue parallèle, plus au sud ce galion

défendu d’un carabinier (sans doute en faut-il ?) (encore que cette évocation dans cette ville-ci a quelque chose de tragiquement dégradant, tu sais, ni pardon ni oubli, non) mais se tient dans l’arrière-pays (on prend le train, en cette gare – je suppose

– Principe) et stop à Acquasanta pour trouver, non loin de l’église environnée de quelque court de tennis

le da Dria (la jolie résonance avec mon patronyme n’est pas pour rien dans la recherche obstinée menée pour la trouver jte dirai) dont la devise (« arborée fièrement » dixit BV) est ici reprise

(comme elle l’est dans les notes de colonnes de l’ouvrage qui nous a renseignés) ne peut qu’être de bon augure… Il me reste cette image (il m’en reste des centaines, mais elles me sont intérieures aussi) du palais blanc je crois de la rue Garibaldi pour me souvenir encore, et encore de cette merveilleuse étape

 Avec nos compliments pour ce merveilleux ouvrage (bon appétit, surtout).

 

« GEnove GE9 Villes épuisées » autoGEographie par Benoît Vincent, Le Nouvel Attila collection Othello, 2017

 

Les Intrus

 

Le décor, ou le lieu prépondérant de cette histoire, est la cour d’une ferme où se trouve une petite maison faite de parpaings, petite fenêtre, tôle ondulée, une porte, tout en un, refuge prêté par la directrice du lieu à une jeune femme seule (dit-elle) et accompagnée de deux enfants en bas âge. Ainsi ici on ira dans la cuisine, laquelle fait office de tout dans cet asile ou retraite :  la maison(s)témoin, ce sera ce petit havre. La voici ici , y entrent la mère et la soeur (sans doute) de Maria, l’intruse.

On dispose d’un matériel spécial pour ce film puisqu’il a été présenté au festival de Cannes quinzaine des réalisateurs cette année dix sept (les photos en noir et blanc proviennent de cette manifestation) (promotion ou pas, parfois, on s’en fout) Et donc à l’image l’intruse qui fait le titre du film (Valentina Vannino souriante et heureuse, semble-t-il).

Sans doute, enfin on ne sait pas exactement bien, tout au long de la narration (serrée) qui, d’elle ou de sa fille, est l’intruse.

Ici l’équipe réduite du film (sans doute celles et celui qui firent le déplacement de Cannes en mai : à gauche, la jeune fille (Martina Abbate) qui joue le rôle de Rita , la fille de la jeune femme ici plutôt blonde qui joue sa mère, Maria – femme d’un mafieux qui a tué par mégarde (on sait comment ils sont, oublieux, sans trop de respect pour la vie d’autrui) un passant dans la rue – lequel était le père d’une des enfants qui jouent dans le film, dans une centre d’aide social nommé « La ferme » (en français, en italien « La Masseria ») lequel centre est dirigé par Giovanna (interprétée par Raffaella Giordano, à droite de l’image). Ca se passe à Naples (la mafia de là-bas, s’intitule la camorra).

Le réalisateur Leonardo di Costanzo, napolitain lui-même mais qui vit aussi en France, le type qui sourit avec ses cheveux blancs, nous avait déjà donné un film « L’intervallo » (2012) dans le même esprit disons (Naples, la camorra, les banlieues et les jeunes gens qui tentent de s’en tirer). Rien à faire, j’aime le cinéma italien, sinistré comme l’anglais peut-être, mais tant pis. Ici interrogé à Cannes

(un peu de couleurs ne nuit pas généralement), on pense aussi au « A Ciambra » (Jonas Carpignano, 2017), vu récemment aussi (je pensais en avoir parlé ici, mais non) qui se passe en Calabre, mais avec toujours aussi cette présence à peine entrevue de la mafia. Et c’est cette présence qui travaille : ici les protagonistes (très nombreuses sont les femmes, ce sont les premiers rôles) ont à vivre avec cette force, ou ce pouvoir. Occulte en effet.

L’intruse, c’est aussi sans doute la mafia : cette jeune femme qui a deux enfants (sept ans peut-être pour Rita, quelques mois pour son frère) ne montre rien de la reconnaissance qu’on pourrait attendre du fait qu’elle a été recueillie. Giovanna s’en arrange parce qu’elle comprend, sans doute avec beaucoup de grâce et d’humanité, qu’elle a en face d’elle quelqu’un de blessé, très gravement et, si elle n’y prend garde, de perdu.

Sans doute aussi, cette blessure ne se guérirait que par la compréhension, la mise à l’écart des meurtres du mari. Sans doute, s’il se pouvait, passerait-on l’éponge…

Ici Giovanna, qui toujours, comprend les choses plus simplement que par l’émotion, qui toujours attend pour répondre, toujours comprend avant de condamner. Pas facile : rôle en or, sans doute, mais tout le monde cependant se retrouvera  sans doute non pas vraiment contre elle, mais contre l’intruse.

Pour ma part, j’ai vraiment apprécié (d’abord les premiers, certes, mais aussi) les deuxièmes rôles, ceux des médiateurs disons : ici un garçon tellement empathique avec les enfants (je ne retrouve pas son nom)là Sabina (magnifique Anna Patierno)ici une autre éducatrice probablement (je ne retrouve pas non plus son nom)mais des seconds rôles tellement attachants (le jardinier aussi bien, le directeur ou le policier; les mères des enfants tout autant). Une direction d’acteurs d’acier, et un travail avec les enfants qui oublient la présence de la caméra, une espèce de documentaire mais non, une espèce de fiction formidablement interprétée, dirigée, écrite.

Le thème donc, que faire de ceux qui côtoient la mafia, les enfants, les épouses, se résout malgré les efforts de Giovanna : il est certain qu’il faut faire un pas vers la clarté, mais à qui de le faire, au monde de l’Etat, de la vie, de la société ou plutôt aux meurtriers et à ceux qui les voisinent ? Magnifique scène où l’intruse se maquille pour aller (probablement – c’est hors-champ ) rendre visite à son mari incarcéré, bijoux, coiffure, rouge à lèvres, qu’elle ôte avec quelque chose de la rage… Mais comment faire si le reste du monde demeure sur ses positions, refuse d’accueillir et d’aider (au fond, il s’agit d’aider et de recueillir) ces malheureux enfants de malfrats ? En sont-ils aussi, eux, des meurtriers ?

Alors, évidemment, si les efforts ne restent que d’un seul côté (de celui de la loi), ça ne peut pas se résoudre : lorsque la jeune Rita a quelques mots avec un de ses camarades (des mots qu’ont toujours les enfants entre eux (ainsi que les adultes d’ailleurs), sans qu’il soit nécessaire que cela se termine dans le sang…) et que sa mère tente d’imposer (par pure courbure de l’habitude, de ce qui lui a été enseigné) sa propre loi, ça ne peut pas marcher… Elle le sait, l’intruse écoute les conversations qu’on ne peut cacher

comprend, et s’en va… La fête aura lieu sans elle (si elle était restée, elle n’aurait pas eu lieu non plus…), sans ses enfants, sans Rita : elles s’en iront, sans qu’on sache très bien pour où, mais ce qui est certain, c’est qu’on ne les aura pas aidées à rester, et à vivre…

Terrible constat, mais qui peut être assez fort, sinon l’Etat lui-même, pour imposer cette espèce de pardon ? Et d’ailleurs, en veut-on seulement, nous autres qui ne sommes pas proches de ces meurtriers, de ce pardon de ces actions terribles qui ont été commises contre notre monde ? Pas si sûr…

 

« L’Intrusa » un film de Leonardo di Costanzo.

 

Hans

 

Tous les plans n’y seront pas, mais n’importe : voilà qu’on revient à une espèce de table de montage (celle où (à laquelle) on passait des heures entières sans les voir passer – comme si on écrivait, et on écrivait d’ailleurs – dans le sous-sol de l’institut d’art et archéo pour disséquer, détailler, répertorier, agencer les plans d’un film ou d’un autre  – le monde a bougé, Claude Beylie est décédé, il se peut que la table ait été ôtée de cet endroit, je ne sais ce qu’il est advenu de la cinémathèque universitaire) (je me renseigne, t’inquiète) (je fais quoi, là ? je ne sais, ça n’importe pas vraiment). Dans le cadre des ateliers d’écriture proposés par François Bon, ici l’hiver 2017-18, on a une espèce de cap à tenir (durant ces mêmes ateliers – mais d’une autre année – les précis d’atelier se tiennent dans une rubrique, on peut lire pendant le week end si on veut les contributions, on peut lire les autres sur le tiers livre) : on a déjà donné, sur ce film-là mais toujours pareil, RAF ou OSEF c’est comme on veut : l’important est le travail. Tous les plans n’y sont pas, mais j’en ai pris onze – probablement en hommage à Pierre Michon, vu que j’ai fait semblant de l’être une fois, puis deux. OSEF et RAF encore : voici venir le moment du travail; il se verra tenir ici illustré (sans doute parce que cette maison(s)témoin a déjà quelques images de ce héros (Peter Lorre alias Hans Beckert, en 1931 -ces images sont en mots, on ne voit que Lohmann). La séquence d’ouverture, l’une des plus tendues que sache présenter le cinéma, toutes époques confondues (ces trucs-là sont extrêmement subjectifs, et d’ailleurs, étant humain nous n’avons que cette objectivité-là à proposer, comme on sait). On la prend, on l’arrête : elle ne dure que quelques minutes (un peu moins de 7 minutes). On travaille…

 

La cour (plongée) d’un l’immeuble, des enfants (une dizaine) jouent  : ils sont en rond, ce ne sont pas que des filles, certains sont déjà sortis de la ronde, l’une d’entre elles, au milieu, fait la plan en chantant une comptine :

attendez juste un instant le vilain homme en noir va revenir

avec son petit hachoir

il fera un hachis de toi !

celle ainsi désignée sort du jeu (« tu sors » lui la chanteuse) , et l’enfant recommence, et chante tandis qu’au premier étage (pano vers le haut) une femme (elle est enceinte) range le linge sec dans un panier qu’elle prend d’un fil à linge tendu sur un balcon – une femme de ménage, qui fait son travail; elle entend les enfants chanter et leur crie :

Les enfants arrêtent, elle s’éloigne, on les entend qui recommencent. (Dans un instant, le vilain homme en noir va revenir…). Elle s’en va

tout le temps cette maudite chanson

Elle se trouve dans l’escalier qu’elle monte difficilement,

elle porte sa charge, lourde, des deux bras, elle s’approche d’une porte, sonne avec son coude, deux fois, attend en soufflant (la caméra est dans le trou de l’escalier). La porte s’ouvre (travelling avant) , une femme apparaît, elle semble un peu âgée, elle prend la panière des mains de sa collègue (sans doute est-elle repasseuse, l’autre est lingère ? des gens, des femmes de peu – elle s’essuie le front) qu’est-ce qu’il y a ? lui demande la femme qui a pris le panier.

En vérité c’est en montage parallèle : pendant que sa mère (on l’identifiera tout de suite après) oeuvre

prépare le repas

(le sourire… ) (il est midi au coucou, puis midi vingt, etc.) met la table le tout avec amour et une espèce de bonheur figé, la petite fille sort de l’école, abandonne ses amies, traverse se fait klaxonner, un flic l’aide à traverser, elle joue au ballon

(derrière elle,

non, devant – des gens passent, lisent le journal, elle fait rebondir son ballon comme une basketteuse, cartable au dos)

puis avance vers une espèce de colonne Morris sur laquelle est collée une affiche – une voix off énonce ce qui est écrit, en caractères gothiques – et précisément c’est ici que commence le film qui m’échoit.

Précisément il n’y a pas de voix off, seulement la traduction en sous-titres en français, le bruit du ballon… Le ballon contre la colonne; le texte en caractère gothique (c’est le carton des films muets) – on lit

« 10 000 marks de RECOMPENSE.

QUI EST LE MEURTRIER ?

Depuis le 11 juin le petit KARL KLAVINSKI et sa soeur CLARA ont disparu. On pense bien sûr que les enfants ont été victimes d’un crime semblable à celui commis l’automne dernier contre les soeurs DOERING »

là, par la droite

l’ombre cache les écritures, c’est un homme en chapeau manteau assez corpulent, ses lèvres remuent quand il dit : «  tu as un bien joli ballon… » il se penche vers elle (hors champ), son ombre couvre toute l’affiche,  » et comment t’appelles-tu donc ? » et (off) la petite fille de répondre « Elsie Beckmann« .

Cut : la mère dans sa cuisine en train de couper une pomme de terre dans la soupe chaude et fumante, puis elle regarde dans la direction coucou – plan de coupe : le coucou marque midi vingt – (sur elle à nouveau, préoccupée) elle entend des bruits dans l’escalier : « ah la voilà » pense-t-elle, elle s’essuie les mains, va vers la porte, non, elle ouvre – cut : deux enfants montent les marches vers l’étage supérieur – (off : la mère) « Elsie n’est pas rentrée avec vous ? » – les enfants se penchant à la rampe de l’escalier : « Non » dit l’une. « Pas avec nous. » dit l’autre. Cut de nouveau sur elle qui regarde vers le haut, les enfants s’en vont, elle regarde dans la cage, scrute à droite et à gauche, rien, elle rentre chez elle, ferme la porte.Cut : (plan large, l’homme de dos fouille dans sa poche, cherche des pièces, Elsie à sa gauche, de trois quarts, le marchand de ballons de face) le marchand de ballon est aveugle (il a des blindismes et porte sans doute une pancarte attachée autour du coup qui indique « aveugle »), il prend un ballon, le tend à Elsie, l’homme est de dos mais on l’entend qui siffle son petit air, « Comme il est beau ! » dit Elsie prenant le ballon, l’homme siffle, l’aveugle entend, puis sent avec ses doigts les pièces que lui a donné l’homme, il doit y avoir le compte, Elsie avec une petite révérence  » Oh merci« , l’aveugle met les pièces dans sa poche, la petite et l’homme sortent par la droite.

Cut – dans la cuisine, la mère pose la soupière dans un bain-marie afin de la garder au chaud, la sonnette, elle se précipite presque « enfin » elle ouvre, un type (« ah mon Dieu non ce n’est pas elle…« )  petites lunettes rondes d’intellectuel, chapeau manteau grosse serviette bourrée de périodiques, lui dit d’une voix fatiguée : » bonjour madame Beckmann, un nouveau chapitre passionnant, palpitant, sensationnel… » elle va chercher un peu d’argent « ah oui, un moment monsieur Gerke… » il sort l’exemplaire qu’il va aller vendre au dessus, elle revient « dites moi, monsieur Gerke… – oui ? fait-il – avez-vous vu mon Elsie ? lui – non, ce n’est pas elle qui montait les escaliers ? elle lui tend de l’argent, dit – Non, elle n’est pas encore rentrée… il prend l’argent, un peu pressé  » Ne vous en faites pas elle va arriver, au revoir madame Beckmann… » il s’en va « au revoir monsieur Gerke » – il s’en va, elle va fermer la porte, se ravise, va vers la cage d’escalier.

Cut – plongée sur la cage d’escalier, vide, vide. Off, la mère qui appelle « Elsie..! » rien.

 

Cut -elle rentre, le périodique palpitant dans la main, elle ferme la porte, entend un crieur dans la rue, va vers la fenêtre, déplace une bouteille, ouvre la fenêtre, crie « Elsie…! » puis à nouveau, presque terrorisée « Elsie…! »

Cut – le plan de la cage d’escalier vide, vide. Off, la mère qui appelle presque en criant « Elsie..! »

Cut – le grenier où sèchent des linges, personne, off la mère qui crie et appelle « Elsie…! » une autre fois plus fort « Elsie… »

Cut – sur la table, les couverts entourent l’assiette vide, la serviette dans son rond, sur le côté, la chaise, en haut du cadre, vide.

Cut – une pelouse mal entretenue, le ballon d’Elsie qui y roule, rouel encore un peu puis s’arrête.

Cut – des fils électriques, s’y coince le ballon acheté à l’aveugle et offert tout à l’heure par l’homme, puis le vent l’emporte

Fondu au noir. Noir de quinze secondes.

 

 

Ce film a déjà ici été l’objet d’un billet (la petite tablette devant la fenêtre sur laquelle Hans Beckert écrit je ne sais plus quoi au crayon rouge – le truc est important, mais voilà bien trente ans que je n’ai pas regardé ce film en entier), ici c’est pour mettre à l’étrier le pied de l’atelier d’écriture, pourquoi ici je n’en sais rien, mais c’est là. En tout cas, il m’importe de déceler ici dans ce « M » une espèce d’intitulé (la scène où le tueur d’enfant dit qu’il est pris par quelque chose qu’il ne peut pas contrôler est, à mon sens, une sorte d’illustration de ma propre condition – il n’est sans doute pas indifférent que je sois né un onze juin). En tout cas et état de cause, ce prénom fait écho à celui du petit homme dans ce magnifique « Freaks » (« La monstrueuse parade », Todd Browning,  1932), presque contemporain (dans une espèce de mémoire rétroactive et ré-interprétative – on a fait la même chose avec « La Chinoise » (1967) de Jean Luc Godard,  en 1968 – on peut dire que ces deux films parlaient sans vraiment le savoir complètement du nazisme). Pour moi, donc, des emblèmes de mes années d’école (j’ai rédigé le découpage plan à plan de « Freaks » pour le magazine l’avant scène cinéma, à l’époque où, étudiant en cinéma de Paris trois j’avais des stages à réaliser – j’avais refusé de faire le nègre (où ce que je considérais ainsi) du directeur de recherche, j’avais cherché ailleurs, trouvé la place d’assistant à la cinémathèque universitaire, travaillé là à monter du quatrième sous-sol jusqu’au rez-de-chaussée les boites de films dans un caddy taxé à la société nationale de chemin de fer, il me semble, mené avec d’autres des actions commando pour chercher des films perdus,oubliés, laissés aux ordures (dans l’ancienne usine Kodak de Vincennes, notamment) afin d’enrichir le fonds de la cinémathèque universitaire et d’autres choses encore). Epoque que j’aime encore, insouciance probable, cheveux peut-être longs, rires et joies, vaches maigres, débuts dans la vie. Le cinéma, que d’histoire(s)…! – et cette dernière sans doute avec ce charmant (il est vraiment charmant) Peter Lorre (soit dans « le Faucon Maltais », John Huston, 1941) soit dans « Casablanca » (Michael Curtiz, 1942), qui montre dans ce dernier film, un Claude Rains jeter à la poubelle une bouteille d’eau de Vichy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de la musique et de la danse

 

Une espèce de merveille qui envahit l’écran et la salle, c’est la musique et la danse de ce film : elles parviennent à dire l’humanité qui existe en nous, on l’espère, cette vraie humanité qui a parfois un aspect naïf, mais qui existe quand  même, peut-être plus que la haine. Aujourd’hui, c’est l’horreur : des corps jonchent les ramblas, on les a enlevés, on a dû nettoyer, le truc a été revendiqué et ceux qui ont agi l’étaient eux-mêmes par cette sorte de vantardise humaine qui imagine être le centre de la dignité. Ce qu’on a à leur opposer ? De la musique. Et de la danse.

Une horreur, mais nous sommes en vie. Il y a de la musique, des artistes et de la liberté, elle existe cette liberté même si certains aimeraient la ligoter (l’un des films précédents de Tony Gatlif, était intitulé « Liberté » (2010)) . Elle est là, nous l’avons, nous la défendons. Il y a des jeunes filles, deux : l’une, Avril (interprétée par Maryne Canyon)

 

l’autre, Djam (Daphné Patakia, créditée aussi de la chorégraphie)et la production du film est grecque, et turque et française. Peu importe l’ordre mais réunir ces trois institutions sous un même projet est déjà une preuve de la vérité de l’histoire. On se souvient (voilà seulement dix ans) du sauvetage des banques US (cette ignoble et abjecte façon de donner aux plus riches) , eh bien la Grèce (comme le Portugal) payent à présent (et depuis cinq ans au moins) pour ces errements. L’horreur que subit ce peuple et ce pays (ces pays, les pays pauvres) est à l’image des guerres subies elles aussi dans cette partie du monde, ce Moyen-Orient endeuillé déjà de tant et tant de guerres, de réfugiés, de morts tant, et tant, et tant…

Le beau-père de Djam (incarné par Simon Abkarian) Kakourgos, lui donne pour mission d’aller faire forger une bielle pour le moteur du bateau qu’il possède, défectueux et de toutes façons sans objet – il n’y a pas de touristes pour visiter l’île de Lesbos…

Le film trace une route : les deux jeunes femmes vont de Turquie en Grèce, déroulent une histoire, vont, avancent, rient et dansent, mangent et boivent. L’histoire c’est celle de notre vie à nous. Que nous restera-t-il, sinon nos yeux pour fixer les huissiers ? Scène magnifique de cinéma, Djam qui insulte les vautours, magnifique également celle où le moteur du bateau retourne : du vrai cinéma comme on l’aime.

Mission menée à bien : confiance, amour, joie et gratitude… Le reste du monde ? Sans doute, une histoire, des histoires… Mais la vraie dignité humaine est là : chanter, danser et rire. Ce sera tout.

Trois plans formidables : lorsque Kakourgos raconte l’histoire de sa vie avec la mère de Djam… Formidable cinéma à nouveau

A voir, magnifiquement.

Alimentaire

 

 

Il s’agit juste d’une sorte d’épicerie – si j’ai bien compris, je ne suis pas complètement certain, je n’ai pas posé de questions (je n’en pose jamais dans ce genre de réunion, en même temps) – réservée aux coopérateurs : ils ont le droit d’acheter des légumes, des produits type fromages etc. et entretien aussi semble-t-il dans la mesure où ils donnent quelques heures de leur temps tous les mois (un peu moins de trois heures je crois bien) (et aussi une centaine de dollars d’inscription, il m’a semblé).

le magasin, capturé par le robot, juin 2009 (devant l’entrée le bénévole -gilet jaune fluo –  qui aide à porter les sacs) 

Ca se passe à New-York, quartier Brooklyn, sous quartier Park Slope entre la 4° avenue et Union street. Apparemment, d’après le film (vu au cent quatre à Pantin- je crois que la maison(s)témoin devient une succursale de ce cinéma-là- entrée libre, salle assez emplie, notamment du fait du début de la « semaine du développement durable » qui commençait hier), le quartier est en phase d’embourgeoisement avancé (on entend ici des gens qui nous donnent des explications sur ce changement dans ce quartier – moi j’y ai vu Belleville et Oberkampf, mais chacun voit midi à sa porte à ce qu’on dit). On fait attention à ce qu’on mange, et aussi à combien on paye pour ces produits de bonne qualité. On a, preuve à l’appui, comparaison faite avec les mêmes produits vendus sous d’autres enseignes, l’évaluation des gains en argent réalisés.

l’épicerie en mai 2011 (apparemment fermée, on attend l’ouverture; sur le banc, assis, deux bénévoles qui attendent aussi de pouvoir raccompagner les clients au besoin : il s’agit d’une des possibilités pour parvenir à devenir client du lieu)

Le film (documentaire d’assez bon aloi) intitulé « Park Slope Food Coop«  est réalisé en 2016 par une personne qui a réalisé le même type de produit, d’épicerie, de lieu dans le dix huitième de Paris, association nommée « La Louve » (supermarché autogéré, ici) (ouverture automne 2016 dit wikipédia bizarrement mais il me semblait connaître le lieu avant). Il s’agit (sans doute) de quelque chose comme du prosélytisme : une réalité sociale de notre monde moderne.

l’épicerie en octobre 2013 (à droite cadre sans doute la remise sous la marquise verte) (l’adresse est 782 Union street donc)

Comme d’habitude, ce type de dispositif n’a pas non plus tellement besoin d’écho : il semble que la situation de ce commerce se tienne assez bien (celui de Brooklyn est installé là depuis 1973 : on entend les précurseurs raconter leur histoire, sympathique et donc, édifiante – la photo d’entrée de billet, c’est eux). De nos jours, il s’agit de notre santé donc. Dans ces temps où les végétaux semblent prendre une certaine importance dans l’alimentation des jeunes gens (je n’en suis plus mais des vieux aussi) (j’en suis, ça va aller) : on fait attention donc, à son (petit) intérieur.

en septembre 2014

(la bénévole qui raccompagne les clients pour les aider a repéré le robot) les enfants sont là, le monde US donc, il fait assez beau (dans le film il pleut, c’est Noël, il neige même). L’important est sans doute plus dans le fait que les flux de produits sont réalisés avec des producteurs locaux et que ces produits peuvent profiter à des personnes dont les ressources sont moindres – produits non nécessairement bio (organic in english) mais achetés avec l’aval des divers coopérateurs – du fait des coûts réduits de la main d’oeuvre, et de la mise en place d’une marge de 20 pour cent unique sur tous les produits.

en novembre 2016

Franchement, les documentaires et moi, nous ne sommes pas très amis (que ce mot a perdu de son sens…) : cette chronique pour signaler ce film, mais surtout pour indiquer ce quelque chose de la mode (peut-être est-ce  cette mode du documentaire qui me fait un peu ne pas goûter le genre ? je me souviens de « Nanook l’esquimau » (Robert Flaherty, 1922) ou des « Trois soeurs du Yunan » (Wang Bing, 2012), ou même de ce « Camion » (Marguerite Duras, 1978) qui peuvent expliquer aussi mon peu de goût pour ce mode narratif)  indiquer ce quelque chose donc qui se passe aujourd’hui dans la haine qui monte (ça commence quand même à faire vingt ans…) pour la grande distribution, la consommation à outrance suremballée et tout le kit qui nous vient de ce merchandising d’outre-atlantique.

On résiste, alors ? (ici, nous autres avons pour nous, cependant, encore, l’appétence pour la gastronomie…)

Food coop, un film de Tom Boothe, 2016.

Photos: courtesy of GSV.

Tzanko

 

Rien n’oblige non plus à tout aimer, d’un bout  l’autre, d’un film : quelques parties, quelques autres, ici ceci – une actrice – là, celà – un acteur, un décor, une lumière, un plan – parfois on tombe en accord complet avec ce qu’on nous montre, parfois, en désaccord assez total et tout prend cette couleur (le film « L’homme aux mille visages » – Alberto Rodriguez, 2015 – par exemple sera jugé à cette aune – une voix off d’un bout à l’autre à vous faire regretter de n’être pas sourd, des acteurs qui en font des kilos (mais pas des tonnes non plus), une histoire tirée d’une « vraie » comme si chacun savait ce que ça pouvait bien vouloir dire, un Paris de wtf cartes postales nulles, enfin non définitivement même s’il peut, parfois, s’y trouver quelque chose). Un film est aussi, pourtant, tout un (c’est un prototype, réalisé durant quelques années de la vie de personnes, une image une histoire une idée et surtout peut-être une musique, celle qu’on entend, celle qu’on nous suggère, celle qu’on nous inflige). La maison(s)témoin n’a plus guère que cette vision-là du monde : des films. On tente, ici, de ne pas trop en faire dans la gross-ièr-e artillerie lourde US – d’autant moins qu’à présent, le coeur d’Hollywood va se mettre à battre pour le peroxydé (souviens-toi de mac carthy sans majuscules pour l’immonde, et résiste) : aujourd’hui, un film produit en Bulgarie, deux maisons de production, l’une du cru, Abraxas Film, l’autre grecque Graal Film, ce qui interroge un peu (une production grecque et les noms des maisons…), qui se base aussi sur une historie réellement arrivée à quelqu’un paraît-il : le Mac Guffin (ah Sir Alfred…) est tombé du ciel sur une voie de chemin de fer, et voilà toute une vie malmenée, traînée dans la boue, dépecée, réduite à peu… Il se posera dans la salle à manger (je ne sais pas bien s’il y en a une ici) : c’est un coin-repas, mais aussi dans la cuisine – qui n’est pas américaine, donc. 

 

C’est un homme simple et bègue, son prénom est Tzanko, il élève des lapins, travaille pour la société nationale locale de chemin de fer (c’est Stephan Denolyubov qui l’incarne).

Son père lui a offert une montre (la marque de cet objet

donne son titre au film – Glory) sur laquelle est gravée son prénom.

L’homme travaille et voilà qu’un jour, il trouve sur son chemin de fer (son travail consiste à vérifier le bon état des voies, dans une commune sans doute assez éloignée de la capitale, Sofia, qu’on ne verra guère – c’est bien dommage) un tas de billets de banque. Un très très gros tas (en un mois, l’homme gagne, dira-t-il, 350 lev; le tas de billets – de cent et de cinq cents lev – doit représenter probablement une vingtaine d’années de salaire, au bas mot). Mais l’homme est honnête et rend à l’Etat ce qu’il pense qu’il lui appartient : cela fait de lui un héros.

L’Etat en l’occurrence, ce sera le ministère des transports, lequel dispose comme il se doit d’une cellule de communication, kornaquée par une femme sûre d’elle (Julia) et très au faîte de son pouvoir – interprétée par Margita Gosheva, déjà croisée dans le précédent film des deux réalisateurs (tout comme Stephan Denolyubov), Kristina Grozeva et Petar Valchanov, intitulé « La leçon », 2014 : il semble qu’il s’agisse là des deux premiers numéros d’une trilogie; ils sont aussi les coproducteurs du film.

L’homme, Tzanko, s’en va à la capitale recevoir le prix de son honnêteté (une montre – digitale – qui ne fonctionne pas…). Car le ministère veut récompenser cet acte valeureux (ici, Tzanko et le ministre)

(d’autant plus que ledit ministère est englué dans une histoire, semble-t-il assez banale, de pots de vin, concussions et autres prises illégales d’intérêt – vols, achats reventes, trafics…).

C’est le début de l’engrenage : tous se servent de Tzanko, sans exception, et lui sera proche d’y perdre la vie. Discours lénifiant du ministre

Tzanko qui cherche sa montre (Julia la lui a perdue)

en fait part à un journaliste qui l’utilisera : le ministre se fâchera, excuses, prisons, battu à mort…

On ne dévoilera pas la fin (par habitude idiote, sans doute, et puis un film se doit aussi d’être vu, peut-être) mais elle ne nous plaît pas.

Du tout. pourtant le reste est d’une assez belle facture : mais une esthétique assez télévisuelle (emprunte de gros voir de très gros plans, suivis caméra à l’épaule…moderne ?) mais le milieu de la communication comme on dit est dépeint avec des réalités sans doute assez proches de celles qui ont lieu (l’image d’entrée de billet montre la cellule de communication du ministère qui rit du bégaiement de Tsanko). On ne sait pas d’où vient l’argent – mais on sait où il retourne et ceux qu’il fait marcher… A voir, probablement.

 

Glory, 2015, Bulgarie-Grèce, 2016, Kristina Grozeva et Petar Valchanov

Joie de vivre

 

 

 

 

Ne pas s’arrêter en si bon chemin – le truc c’est qu’il n’est pas question de laisser cette maison en l’état – c’est une vue de l’esprit mais deux ans en mai quand même, je continue malgré tout, inutilement peut-être pourtant je continue… On (se) convainc de l'(in)utilité de la poursuite en italique des choses (acheter un de ces jours « Les choses » ) (je suis passé jeudi après midi dans cette librairie où ma mère achetait le Gaffiot, dans les années 60, Gibert Joseph – contrepet : Joseph Gibert – coin Racine je crois qu’il me semble, j’ai trouvé le « Caché dans la maison des fous » (Didier Daenincks, folio, 2017) qui reproduit le poème Liberté de Paul Eluard) (Gaffiot se prénommait Félix imagine-toi, on en a trimé des trucs guerre des gaules et carthago delenda est, allez roulez jeunesse…) (tu vois comme ça peut glisser d’ici à là, et voilà tout) aujourd’hui que suis-je devenu ? Il y a dans la rue un crachin monotone je suis allé acheter le « La fuite en Egypte » (Philippe de Jonckheere, inculte 2017), il y autant de point-virgule que d’espaces entre les étoiles de la voie lactée, je ne veux pas me braquer mais il vaut mieux que ça veuille dire quelque chose – c’est sans doute une énigme – j’espère pas la seule du livre – jte dirai, t’inquiète – et alors il y a eu ce film hier soir. Ici donc, comme de juste : une sorte de vertige, une espèce de nausée, une manière de compte-rendu (le jargon, parfois, cette horreur), une solitude, tant pis, mieux que mal accompagné, sans doute, on a besoin de vacances, c’est affreusement nauséabond, ces affaires deuzèf ou l’immonde fille du borgne, le minable micron ou l’autre encore que personne dans son camp ne veut soutenir, on s’en fout, ici, dans la cuisine à nouveau, parce que c’est nécessaire justement pour l’un des héros. Je renouvelle, ce réalisateur là

n’est pas encore entré ici (l’homme au chapeau, Dieter Kosslick, est un de ses amis et dirige le festival de cinéma de Berlin, comme il y en a un à Venise, Toronto, Locarno, Arras ou Cannes) (des souvenirs fondent, sans place ici) (ça m’est égal -j’adore cette chanson, à écouter, déjà placée par là, où je ne sais plus, mais je l’adore) (les tronches d’Edith P. valent leur pesant de mélancolie)

 

Il est nommé « L’autre côté de l’espoir » son réalisateur (Aki Kaurismäki) a tapé l’Ours d’argent du meilleur réalisateur (quand le film hongrois Ours d’or sortira, on ira on en parlera ici aussi, OSEF, on verra) on a été voir ça en « avant première » (la ville de la sortie, quelle affaire) (cette façon « happy few » est d’un ringard- c’était au Louxor, il faut reconnaître que c’est un cinéma municipal et que cette municipalité tente tout pour ne pas sembler ce qu’elle est, c’est-à-dire ringarde) (ça me fait penser au tapis rouge qui était déroulé je ne sais plus pour qui devant la cinémathèque, les vigiles – 2 mètres, deux cent soixante livres au bas mot – les robes du soir fourrures smokings, non mon ami, non) (ça fouettait son Hollywood sur Marne  – et c’est pas gentil pour la Marne, je reconnais) enfin le film est ce qu’il est, toujours net, toujours clair, toujours joué avec cette façon, deux héros

l’un qui vendait des chemises se reconvertit dans la restauration

l’autre syrien réfugié demande l’asile à la Finlande, et trouve donc ce travail chez le premier

Oui derrière lui qui passe l’aspirolo, c’est bien Jimi Hendrix, oui, et c’est parce que la musique (comme dans les films indiens qu’on a vus ces derniers temps) joue le rôle magnifique du personnage principale qu’on aime ces films-là. Enfin « on » c’est moi (et mon amie) le film va son chemin drôle et empathique, son humanité, sa grâce rythmée par cette musique

qu’on trouve au détour des histoires racontées. J’adore ça. Ici, lors de la reconversion du premier héros, sa femme dont il se sépare

des images éparses, ici l’une d’entre elles que j’ai volée quelque part

un film finlandais, une histoire contemporaine (que fait-on des réfugiés ? ici en France ? On se pose la question, on a quelque honte), un humour ravageur et une joie de vivre partagée. Une merveille.

Le sourire

 

Non, rien n’est simple (mais on y revient) (voilà qui a l’air de fonctionner comme il faut) (On remercie toute l’équipe, mmes C.Jeanney et R. Lecomte, mr.G.Vissac pour le boulot de désinfection de la maison(s)témoin) (On y revient) (on a du retard…) (on remet sur le métier la même ouvrage d’il y a quelques semaines) (depuis que le temps est passé, on reprend un dimanche, depuis ce temps-là outre-atlantique – comme on disait du temps où on n’était plus dans l’organisation du traité de l’atlantique nord – un autocrate tente de gouverner la fédération des Etats-unis d’Amérique, mais dans la rue et ailleurs, on voit des milliers et des milliers de personnes, et on tente quand même de faire barrage à l’ordure et l’avilissement).

Il s’agit d’une histoire de mariage et de repas ( les repas, au cinéma – et pas seulement, dans la vie -, c’est quelque chose de signifiant, un peu comme les génériques : transversalement, on compare, par exemple, celui du « Festin de Babeth » (Gabriel Axel, 1987) avec celui de « Festen » (Thomas Vinterberg, 1998)). Ce film-ci est assez librement composé (il s’agit peut-être d’une litote pour dire que la mise en scène est parfois approximative). Deux frères (ici à l’image)

R PV DS 3

cuisinent pour une fête de mariage assez enlevée (ça se passe en Egypte, je ne me souviens plus exactement, je suis désolé j’ai oublié). Durant cette fête de mariage, on apprend qu’un mauvais bougre veut s’emparer de cette entreprise pour y installer quelque chose de neuf, de clinquant, performatif et financièrement avantageux : quelque chose d’exactement contemporain, pour tout dire. On danse cependant

on s’amuse, c’est drôle et vivifiant

ça tournera au drame, mais là n’est sans doute pas l’important : encore que si, certainement, mais comme ça se passe dans le monde musulman, ça vous a quelque chose de tellement libre que le drame – qui est partout, c’est entendu, non seulement au Moyen-Orient (comme on dit) mais aussi ailleurs (aux Etats, au Canada, au Carroussel du Louvre, j’en passe parce que je ne veux pas plomber non plus trop le truc) – le drame passe après l’amour

quel que soit l’âge… On remarque que le père des deux cuisiniers (lui qui a fait la boutique, tant et si bien que la rue où elle se trouve porte son nom, un peu comme Emile Littré, ici, à Paris, a été dépossédé de la sienne par un potentat de l’édition) se trouvera aussi dans l’embarras de l’amour (son grand âge l’oblige à user de substances qu’il ne parviendra pas à dominer), mais la morale, à la fin, triomphera quand même.

Ici, en cette maison(s)témoin, donc, entre « Le ruisseau, le pré vert et le doux visage » (Yousry Nasrallah, 2016), témoignant de la gaieté et de la joie de vivre d’un peuple espiègle et cultivé, aimant manger rire et danser…

Primus en Norvège

(quelle est donc cette façon de faire, de toujours rester accroché à quelque chose, qu’on aime, certes, mais qui n’est qu’une sorte d’habitude, qui ne vit que par soi, qui n’a pas d’autre ambition, d’autre but, d’autre fin ? A quoi est-ce que cela peut bien ressembler ? Impossible de trouver, sinon à de l’addiction, simple, comme celui qui a besoin de sa dose; le surmoi conquérant impose de continuer parce que on a commencé, et qu’on ne s’arrêtera pas; seul : Quichotte, mais Sancho Panza, son âne Rucio et sa Rossinante, Jules Maigret et sa femme à blanquette, ou Sherlock et son fidèle Watson – j’apprends que la réplique « alimentaire mon cher Watson » n’est jamais tombée de la bouche du détective violoniste et cocaïnomane – « élémentaire », non plus, t’inquiète ) (il ne fait aucun doute que ce film-ci, même s’il n’y a pas que le cinéma dans la vie, se trouvera dans la cuisine – et pas seulement du fait de la carte postale de L’aiR Nu) (à paraître) (ne suis-je qu’un héros de fiction et ne suis-je donc que cela ?) 

 

Le héros de ce film (« Bienvenus! » ou « Welcome in Norway« , 2016 ) se nomme Primus par une sorte d’antiphrase (interprété par l’acteur probablement fétiche du réalisateur, Anders Baasmo Christiansen) (le réalisateur se nomme Rune Denstad Langlo – je me documenterai pour savoir s’il s’agit de noms composés ou de deux prénoms, l’un figurant celui d’un père/aiëul/grand oncle par alliance – si quelqu’un passe et sait, qu’il-ou elle-m’informe…) : il n’est maître de rien, n’importe, il possède (venant d’un héritage, semble-t-il) un hôtel qu’il veut faire fructifier (l’hôtel reste à terminer) : l’Etat propose à ses administrés de financer l’accueil de réfugiés à hauteur de cent mille couronnes par tête (soit à peu près onze mille euros) et Primus en accueillera donc cinquante. Ils seront dans son hôtel comme chez eux du moment qu’ils effectuent les travaux, et que l’hôtel se trouve aux normes. Primus est assez raciste, en un sens, et pour lui il s’agit d’une affaire pour s’en tirer. Les hôtes arrivent : ils vient les chercher en bus à la gare…

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L’histoire rebondit (sa famille, sa femme, sa fille, tout ce joli monde vit dans le froid) (on l’a vue au 104 à Pantin), mais ce qu’on trouve de profondément différent c’est la place qu’occupent les femmes. Elles tiennent les commandes, d’une certaine manière. Ici, la policière et l’assistante sociale

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même à l’image, les hommes viennent ensuite (l’assistant social, l’hôtelier) :  un des réfugiés (qui n’a sans doute pas de papier) s’enfuit et tout le monde de le regarder faire (on ne peut pas l’attraper, il a passé une frontière communale…). C’est un film débonnaire, les enjeux sont de faire vivre ensemble une cinquantaine d’individus aux religions différentes (sinon antagonistes) dans un même lieu. Trois histoires se tissent, trois personnages les incarnent : ici Abedi (Olivier Mukuta)

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là Zoran (Sliman Dazi)

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enfin Mona (Elisar Sayegh)

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(à gauche, devant la femme – Hanni (Henriette Steenstrup) légèrement déprimée de Primus – et sa fille Oda (Ninni Bakke Kristiansen) qui veut mener sa vie et y parviendra sûrement). Trois personnages qu’on  suit dans les détours de l’histoire (un scénario structuré et serré), dont les destinées seront différentes, on s’en doute, mais on accepte de voir leurs façons d’agir tout en les partageant.

C’est burlesque, même si le sujet est grave. On rit, on s’amuse, on s’attend un peu à ce qui se passera, mais le plus important, c’est certainement qu’on dépassera sa peur de l’autre et des autres pour s’entraider : c’est sans complaisance et très sensible.

Ici Primus coupe des tranches de pain pour le buffet (à la scie circulaire…) (voilà pourquoi la cuisine)

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ailleurs il sera presque violé par la bibliothécaire (Line, alias Renate Reinsve

renate-reinsvequi elle aussi sait ce qu’elle veut), plus loin d’autres déploiements qui ne finissent ni en drame ni en tragédie (bien que la cruauté des diverses histoires affleure) mais donnent aux spectateurs du film un sens doux-amer mais tendre d’une sorte d’humanité où les religions, les couleurs de peau, les genres mêmes et surtout s’équivalent : l’important ne serait que des les unir… Lourde tâche cependant, mais probablement ici réussie.

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En tout cas, sans prétention, sans leçon à donner, assez comique et suffisamment profond pour faire réfléchir sur nos identités européennes (même si la Norvège, comme on sait, ne fait pas partie de l’union : mais, de cela, qui en a quelque chose à faire ? Pas les réfugiés, en tous cas…).

A voir.

 

 

 

La vraie nature du monde

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Il y a là plusieurs histoires qui, toutes, se groupent pour donner un portrait de cette société-là (un groupe, une secte, une association : des hommes, pour la plupart, qui ne reculent devant rien pour asseoir leur pouvoir) – le wiki du film en compte cinq, c’est possible – il y a eu aussi une série télévisée tirée du livre de Roberto Saviano – un contrat doit être sur sa personne, il me semble qu’il doit être protégé par la police où qu’il soit – je ne sais pas grand chose de cette histoire- là je me documente, certes, mais les choses ne sont pas simples, non plus – c’est un lieu du monde qui doit se garder d’éclairages et de mises au jour – le type vit à présent à New-York, ou Hollywood, gardé par des flics dit la gazette – c’est un film qui raconte comment on entre, comment on s’adapte à cet univers, comment il faut montrer pour cela une espèce de courage.

Comment être au monde… enfin dans ce monde-là (le nôtre…?).

Au fond et typiquement un  tropisme masculin. Trahisons, haines, vices et trucages, mensonges et comédies, initiations idiotes et croyances imbéciles. Tisser une toile sur laquelle se peint la vraie nature du monde (on peut espérer que ce n’est pas la seule…) : ici comme ailleurs.

Le drame se joue à Naples, sans doute quelque faubourg (la documentation rapporte que l’auteur du livre dont est tiré ce film est originaire du lieu (Casal di principe, un quartier du nord de Naples) et que du fait qu’il donne les vrais noms des vrais gens, ceux-ci lui en veulent à mort).

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On veille, on guette (le sous-titre qu’on ne voit pas dit « gendarmerie dans la rue…! ») : descente de police

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tout le monde fuit – on tire on saigne, on meurt – des jeunes gens, ils n’ont pas vingt ans, ils reprennent ce qu’on faisait dire à Al Pacino (« Scarface », presque remake de celui de Howard Hawks (ah Paul Muni…)(1932) de Brian de Palma, 1983), « boum boum boum !!! » assène Marco à son acolyte Piselli (des jeunes gens, qui meurent, ceux qu’on voit sur l’affiche du film

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grand prix du jury à Cannes en 2008 sous la présidence de Sean Penn ), le titre probablement une contraction de Gomorrhe (l’une des deux villes ensevelies sous le feu de Dieu, selon la genèse) et Camorra (la mafia napolitaine), j’ai pris des images du film-annonce, travaillées recadrées, j’ai tenté de faire quelque chose, mais le point n’y est (toujours) pas

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on ne cesse pas de compter les billets de banque, on enfouit des centaines de tonnes de déchets toxiques (800 tonnes ? oui, 800 tonnes… c’est illégal, ah oui)

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c’est qu’il n’y a aucune loi, sinon celle du plus fort, du plus riche, du moins regardant, on s’en fout, on flingue, on entraîne des jeunes types de quinze ans ou moins

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on tire dans le tas, on s’en fout on veut qu’ils meurent, on veut qu’ils perdent, du sang, de la haine, et pas la moindre (ou si peu) présence de l’Etat – c’est une certaine idée de l’Italie, de la démocratie tout autant – et pendant ce temps-là Berlusconi gouvernait… – trahir, toujours : ici le portrait du « caissier »

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qui vient, pour les capi distribuer de l’argent aux familles de ceux du clan qui sont en prison… (il n’y en a jamais assez, d’argent)

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On apprend à la fin du film, avant le générique, que l’argent de cette société s’investit aussi dans la reconstruction du Ground Zero (Sol zéro, ici à l’image gsv 2013) en remplacement du world trade center tours jumelles : il ne fait pas de doute que l’argent n’a pas d’odeur.