Héritières

 

 

(On s’en fout complètement mais enfin autant le dire : les diverses manifestations qui ont eu et vont avoir lieu ne manquent pas de nous interpeller – gilets jaunes, marches pour le climat, étudiants et lycéens, puis chauffeurs livreurs puis cheminots et pour finir – on l’espère vraiment – grève générale et dignité retrouvée des travailleurs et des autres – retraités ou chômeurs, sans abri et réfugiés… Certes utopie, mais sans elle, rien ne sera jamais possible non plus. Il faut qu’on se saisisse de ces moments – et donc, le cinéma dans ces conditions (me) semble assez inopportun. N’importe, je continue quand même cette rubrique pour faire vivre cette maison)

 

Deux femmes âgées vivent ensemble depuis bien longtemps (on dit 30 ans dans le synopsis) (le synopsis c’est l’histoire du film racontée par écrit) (ça ne se voit pas à l’écran, donc) mais les choses n’allant plus comme elles allaient, elles sont obligées de vendre la plupart des choses de prix que recèlent leur maison – vaisselles, piano désaccordé, mobilier de la salle à manger… Les choses ne vont pas car l’une d’entre elle est endettée (pourquoi ? mystère) : ici donc Chiquita

(interprétée par Margarita Irùn), et le juge l’envoie en prison… Ainsi, le couple est-il séparé (ici, Chela au lit, elle semble assez fragile, psychiquement disons)

(interprétée par Ana Brun) (les rôles sont tenus par des femmes toutes majestueuses et donc, certainement et sans aucun doute, particulièrement bien dirigées) (il s’agit d’un premier long métrage; le réalisateur n’a dans sa filmographie que 4 courts métrages – dont l’un au moins primé – il s’agit d’un beau cinéma, tout en gros plan, peut-être mais beau). Chiquita va en prison et Chela se retrouve seule – dans la maison, on vend les restes qui datent de la superbe

ici des dames admiratives qui se renseignent « c’est à vendre ? » au fond la bonne, Pati main aux hanches – seule peut-être mais vivante

et pour vivre, elle se sert de la voiture qu’elle a hérité de son père (elles voulaient la vendre, mais non, on ne la vendra pas : ici Chela qui enlève l’annonce de vente

) et elle transportera comme en taxi des femmes qui jouent aux cartes, elle les transporte, les attend, les ramène. Elle jouit ainsi d’une liberté et d’une vie nouvelle, laquelle est sans doute un peu magnifiée par la rencontre avec Angy (Ana Ivanova) avec qui elle noue une relation douce

amicale

d’amour tout autant

sans doute platonique, mais d’amour quand même. Entre les visites à la prison

et ses courses en taxi, Chela retrouve sa propre raison, sa propre réalité, sa vie elle-même et tout change et devient possible

Et Chiquita sortira de prison, et la vie continuera…

Le tout se passe à Asuncion (Paraguay), dans des circonstances plutôt normales – le monde auquel appartiennent les actrices, peut-être éloigné de la vie réelle, est donné comme aperçu, à travers quelques commérages, quelques faits diffus et légers, l’important est la vie retrouvée de Chela.

Très joli film.

Les Héritières, un film de Marcelo Martinessi.

Il s’agit d’une coproduction (les conditions sociales de production des films de cinéma sont toujours éclairantes bien qu’elles reflètent une histoire nationale, sinon nationaliste : il n’est pas complètement nécessaire d’attribuer à une nation la pérennité de l’argent qu’elle donne pour une réalisation, mais tout de même – ici Paraguay, Allemagne, Uruguay, Norvège, France, Brésil) (l’ordre lui-même – l’ordre, bien sûr – est déjà une divulgation : est-il imposé par le montant des subsides ou des ressources ? ici, il est repris du site allociné (sans lien, j’agonis – mais je lis quand même tu remarqueras) mais en regardant lisant le dossier de presse, la multitude des producteurs se referme un peu : en France, sans doute une aide à la distribution, j’imagine – parfois il faudrait que je me renseigne plus avant sur les arrières-cuisines de ces productions, mais la plupart du temps, mes essais demeurent infructueux alors je cesse – internet favorise cependant les choses : ainsi en allant sur le site de la production La babosa cine on apprend que le film est la résultante de six pays coproducteurs); il y a eu une espèce de statistique sur le cinéma mondial il me semble bien qui infère que 80°/° (je trouve pas la touche « pour cent » punaize) des dialogues sont le fait d’hommes : ici, il se trouve peut-être 5°/° de dialogue émis par des hommes – c’est un signe sans doute. Probablement. 

 

 

Cléo

 

Les paroles de la chanson sont de madame Varda, la musique de Michel Legrand (si on osait, on poserait une note de bas de page avec : il faudrait comparer les paroles de cette chanson-là avec celle-ci des Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964) – souviens-toi « non, jamais je ne pourrais vivre sans toi… » etc….) (depuis longtemps Jacques Demy y pense)

(j’aime assez les Moulins de mon coeur du même musicien) (c’est autre chose, mais c’est important – par ailleurs) (par ailleurs d’ailleurs, ce billet devrait prendre place sur l’Air Nu, pour ouvrir la rubrique « la ville au cinéma » que je tenterais de nourrir durant les années qui viennent 19/20/21 etc) (c’est ainsi qu’on aime envisager les choses – on posera les liens, à mesure et au fur que les choses se dérouleront)

Le film date de 1961, madame Varda a trente trois ans, Michel Legrand n’en a pas trente. Illustrant les paroles, des images du film, exceptée celle d’entrée, Corinne Marchand de profil, qui chante lors d’un Discorama (je suis content de réunir tout ce monde dans un billet) de madame Denise Glaser (une autre image en couleur, montrera aussi le domicile de Cléopatre – dite Cléo – 6 rue Huygens, Paris 6). L’un des plus beaux films du monde, quand même il serait français (ou parce que) (quoi que madame Varda naquit à Ixelles, banlieue de Bruxelles, j’aime beaucoup savoir ça), je n’avais pas dix ans (je l’ai vu plus tard, t’inquiète) (plusieurs fois, certes : il m’avait semblé, à la première vision, que la maladie était plus bénigne – une autre fois, qu’elle attendait de savoir si elle était enceinte : les souvenirs, ah Cléo – Florence Victoire, quelle merveille – ils s’évaporent, changent, se muent, et nous restons avec eux, semblables, différents, nos rides et nos yeux et nos sentiments qui parfois nous mentent) (encore à nouveau, le rôle tenu par Antoine était, dans mon esprit, tenu par le prince rouge de Peau d’Âne (Jacques Demy, 1970) le jeune Jacques Perrin – il avait alors vingt ans, et se nomme/ait Simonet – comme le temps change – il a adopté le pseudonyme de sa mère – non, donc, ce n’était pas lui…). On notera aussi que le film se déroule de 5 à 7 mais qu’il ne dure que quatre vingt dix minutes (une demi-heure – comme le condamné à mort – s’est échappée).

Tout commence vers 5 heures, par la visite à la voyante Madame Irma (Loye Payen dit wiki) (j’adore) (elle reçoit rue de Rivoli)et son mari (ne dit rien, non crédité) – on annonce que la mort rôde… –puisles chapeaux, et vient le voyage en taxi (une Déesse conduite par une femme : Lucienne Marchand, peut-être est-ce la soeur de Corinne, je ne sais), l’épisode des étudiants aux Beaux-Arts, et l’arrivée à destination. Ce sont les rues de Paris. Ici, le 6 rue Huygens.Un peu de pathos, certes, mais aussi une mue de cette charmante blonde, elle dit suite à ce plan« je vais m’allonger maintenant que je me suis allongée » (sa peut-être secrétaire gouvernante Angèle (Dominique Davray) à l’arrière plan  qui rit) , elle va recevoir son amant José (José Luis de Villalonga), puis chanter cette chanson lorsque Bob(Michel Legrand donc, à droite le Plumitif Maurice (Serge Korber)) lui indiquera de commencer. C’est après cette chanson qu’elle entamera sa mue (ôter sa perruque, se changer de blanc en noir, j’illustre ensuite, vous verrez)

Ainsi les paroles :

« toutes portes ouvertes /en plein courant d’air/je suis une maison vide/

Sans toi sans toi

comme une île déserte/ Que recouvre la mer/ Mes plages se dévident/

Sans toi sans toi 

Belle en pure perte/ Nue au coeur de l’hiver/ Je suis un corps à vide/ 

Sans toi sans toi

Rongée par le cafard/ Morte au cercueil de verre/ Je me couvre de rides/

Sans toi sans toi

Et si tu viens trop tard/ On m’aura mise en terre/ Seule laide et livide/

Sans toi sans toi

Sans toi » 

« Non, dit-elle, seule, laide livide, non !! »

Elle se change (elle sort)et la rue,  et les hommes sur le pas de la porte qui la suivent des yeuxsuivre la rue, effrayerles pigeonsça c’est Paris (et puis aller, marcher) (boulevard Edgar Quinet, l’avaleur de grenouilles, le type qui se perce le bras de son aiguille (un poignard javanais dit le scénario), les gens les cafés les gens les gens…) retrouver son amie Dorothée (Dorothée Blanck) qui pose nue dans un atelier de sculpture, s’en aller(la décapotable (on pense à la voiture amphibie des Rendez-vous de Juillet, évidemment ( Jacques Becker, 1948), les bobines de film…)le cinéma où officie le projectionniste , l’ami l’amant Raoul (Raymond Cauchetier, aussi crédité au générique comme photographe de plateau – on se souvient, à cette occasion, des débuts d’Agnès Varda en photographe de plateau des scènes de Jean Vilar, quelques années auparavant), on y donne « Elmer Gantry le Charlatan » (Richard Brooks, 1960) (et aussi en avant-programme sans doute, « Les fiancés du pont Macdonald » tourné à la Villette) le cinéma de la rue Delambre (Oh Burt…!), non loin de cette gare Montparnasse (lien vers le Montparnasse Monde) (et tout, souvent, illustré de ces gens)puis viendra l’épisode la scène la séquence du parc Montsouris (non loin de là, mais il n’y faut voir que des souvenirs réorganisés, mais quand même, malgré tout, là vivrait – quelques années plus tard – Coluche, non loin juste au dessus et de la prison de la Santé et de l’hôpital Sainte Anne juste là, le réservoir)Cléo seule (sans personne, livide…) et puis voici qu’apparaît Antoine (Antoine Bourseiller – à la ville, le père de la fille de madame Varda, Rosalie)le filigrane indique la guerre d’Algérie (début des années 60, Edith Piaf qui manque sons suicide, la guerre d’Algérie qui revient comme aux Parapluies…), on parle on se raconte, la maladie, l’engagement, la vie et la mort, quelque chose dans le regard de Cléo qui indique une espèce de chemindescendre ensemble le boulevard de l’Hôpital, à deux plus rien n’existerait ? – il me semble me souvenir qu’il s’agit du 67 – et dès lors la ligne – comme la 29 de Jacques Roubaud – garde sur elle – ou la 91 de l’Employée aux écritures – toute la profondeur des rues de Paris – on arrive, on croise le médecin (on lui donnerait bien quelques gifles – finalement non, la mort s’éloigne vite)il faudra se soigner, sans doute, mais il est déjà 7 heures, raccompagner Antoine par le pont d’Austerlitz (on se souvient aussi de « L’Homme de Rio » (Philippe de Broca, 1964) parce que, aussi, Françoise Dorléac…) (mais on se souvient aussi de Charonne, et de ces moments de guerre) qui s’en va à la guerre, pacifier… Il reviendra, Cléo…

 

Cléo de 5 à 7, un film d’Agnès Varda.

 

Pour l’amour des images

 

 

Il est des choses qui me sont plus difficiles que d’autres (qu’à d’autres, tout autant) et parler de photographie (celles qui viennent sont – comme la plupart d’ailleurs – magiques) en fait partie : ça arrête le temps, ça propose quelque chose qu’on aime, ça intime de penser quelque chose de différent sur le monde tel qu’on le conçoit, qu’on le voit tous les jours  – évidemment, c’est la même chose, il n’y a pas deux réalités, évidemment.

Il y a là deux types (qui peut dire s’ils sont frères, amants, associés, collègues ennemis peut-être pas mais ce sont des semblables) et un miroir; c’est pris à la Guidecca (cette île en face des Zattere, dans l’ombre quand il fait soleil) par le type qu’on distingue dans l’image du miroir. C’est repris par moi, mais c’est l’Italie, ce sont des gens qui travaillent. Ils sont là, mais ce que j’aime c’est cette façon qu’a celui de gauche de tenir son poignet (il porte un bracelet montre comme son collègue, ils sont un peu chauves, ils sont en bras de chemise et c’est qu’il fait chaud à Venise, en été).

C’est parce que c’est Venise, certainement.

Ce sont les grèves qu’il y a eu, juste avant guerre ou juste après (je n’ai pas pris de note, je retournerai sur place, je verrai) mais ce qui est certain, c’est que c’est la grève. (il s’agit d’une photo intitulée  « Grève à la SNECMA-Kellerman » – du nom du boulevard où était située l’usine, datant de 1947 – add.01.10.18). Ce type, là, allume son clopo, derrière lui les déchets de sa machine (c’est sa machine, ça ne fait pas de doute), tourneur ajusteur quelque chose en usine, Panhard Levassor du quai de Javel ou Citroën quelque chose – mais comment il est vêtu, le brillant de ses chaussures, la propreté impeccable des piles de tambours probablement, tout le travail et le savoir faire, tout est là, la dignité du travail surtout. Comme pour elle, cette merveille (une histoire sur cette Rose Zehner, adorable)

elle revient informer ses collègues de la suite des négociations, elles vont entrer en grève (l’histoire dit que cette femme a vu le photographe – lui aussi, et dès après son cliché, il n’en pris qu’un, il a disparu – et l’a pris pour un flic) (la photo, une preuve, un alibi, un témoignage – à charge, à décharge ? je me souviens des clichés qui ne sont pas parus (mais qui ont été pris) de Lady Diana morte dans le souterrain de l’Alma) : on l’écoute, on suit son geste… Le travail, ses luttes, ses victoires

celle-ci, un meeting au vélodrome d’hiver, Paris 1 rue Nelaton, quinzième arrondissement  : la photo ne rend pas compte de l’entièreté des choses, mais elle en suggère bien d’autres. J’aime les regarder, mais en rendre compte avec d’autres photos est plus difficile – je n’y parviens pas, je n’ai pas de point, je n’ai pas d’appareil ou de technique, tant pis, ce ne sont que des sentiments, même si on sait que, parfois, évidemment, ils mentent

mais certainement pas devant ces sourires. Ni devant ceux-ci (on entend presque les mômes (ce sont des Napolitains, tu parles comme on les entend dans leur sabir…) demander au photographe si il veut leur photo)

de quoi j’me mêle ? (ce qui m’appelle, c’est celui qui porte une casquette, on dirait Paul Frankeur). Enfin, des images, des photos, des centaines je n’ai pas compté, je n’en ai pris qu’une petite dizaine, pour me souvenir (mais déjà, Willy Ronis, déjà, on en avait vu de nombreuses de lui, sur Belleville comme on y pense parfois).

On a commencé par Venise, on finit par Venise (le visage du vendeur est trouble, au loin il porte une moustache, mais c’est ma prise de vue qui défaille – en réalité (?) il a l’air assez surpris et peut-être même vindicatif – il n’aime pas qu’on lui tire le portrait (alors qu’il n’est qu’une infime partie de cette image magnifique, tellement années 50…)

 

Une exposition de photographies de Willy Ronis, entrée gratuite au carré Baudoin, en haut de la rue de Menilmontant, Paris 20 – fermée le dimanche…

en paix*


Sur la table basse du coin salon-séjour-salle-à-manger-coin-détente-repas-relaxation-apéritif-dînatoire de la maison[s]témoin, il y a des magazines remplis de chansons douces & berceuses, parce qu’il fait froid dehors, froid dans la mer, et la montagne brûle, et le désert ronge et digère. On se repose le corps & l’esprit.


Dossier douillet et coussi / Qu’il repose en paix au paradis
d’assise moelleux, accueil / des Vanessa Paradis s’est marié
ouaté, fonction d’inclinai / e avec PHOTOS Charlotte Casirag
son pour suivre le moindre / hi officialise sa seconde gross
de vos gestes vous êtes as / son fils Tom futur acteur ? ell
assuré d’un maintien parfa / met le holà Découvrez sa magnif
de la nuque et des lombair / fique Charles Consigny s’expliq
quelle que soit votre posi / Elle coupe les ponts avec son p
, sans aucune manipulation / très cruel avec un secrétaire i
de votre part et en silenc / l balance tout ! un fan réalise
Vous profitez, avec d’un c / un surprenant portrait Les coif
fort inégalé, réitéré à ch / fures à adopter pour l’été Une
assise… L’essayer, c’est n / célèbre émission l’a recrutée !
plus vous en passer ! Choi / Vacances très sexy de Flora Coq


Peut-être que ce n’est pas si simple, et que l’on peut se reposer qu’un temps, un temps seulement, et s’affoler ensuite, et s’indigner ensuite, et se crever le cœur ensuite, peut-être – rien n’est exclu – que le tourbillon de repos ne pourra reposer de rien.

des photos d’amis

 

 

dans cette lointaine campagne (la maisons(s)témoin doit vivre, serait-elle éloignée de la ville inventée) (encore que cette injonction n’ait pas tant de nécessité que ça – sinon le désir qu’on en a) (les fleurs déjà

au loin les montagnes) il y eut cette fin d’hiver une exposition de photographies dues à Daniel Wallard (1913-1983) intitulée « l’ami photographe » (rétrospectivement j’en parle ici mais elle a fermé depuis le 3 juin) : elle illustre ses amitiés avec des gens qu’on aime, on en parle ici mais ils sont assez loin dans l’espace et le temps – on les aime toujours malgré leurs défauts qu’on pardonne (il en est d’autres à qui on ne pardonne pas, cependant) d’abord sans doute André Gide – sans image – et « Les faux monnayeurs », puis : je me souviens que dans mes premiers mois de vie à Paris – soixante quatorze – je prenais le métro pour lire (j’allais à La Motte Piquet-Grenelle pour prendre la direction de l’Etoile où je changeais pour prendre celle de Nation où je changeais pour prendre la direction de Denfert Rochereau, et poussant un peu, je changeais à La Motte-Piquet Grenelle) (le tour du monde, sur  les traces du Paris d’avant l’annexion) je lisais « Les voyageurs de l’Impériale » (et le reste du cycle)

(Louis Aragon, à droite, avec son pendentif en forme de montre – ou l’inverse) d’un des amis de Daniel Wallard, regardais lorsque le métro sortait cette ville désormais mienne (comme on y va, hein) alors que je ne faisais que lui appartenir pour les cinquante ou plus années à venir (le savais-je, l’ignorais-je, peu importe) (qu’en sais-je aujourd’hui, je l’ignore tout autant). Des amis de ce photographe, un autre que j’aime aussi est ce marchand (je ne le connais que d’avoir lu ce livre paru dans cette édition « mes galeries mes peintres » (il y allait aussi, tu remarqueras)) ami (entre tant d’autres) de Picasso

Daniel-Henry Kahnweiler (j’aime le foulard qui couvre la tête de la femme au deuxième plan – après les main appuyées sur la canne – et après la vie capturée de cet homme). Et puis aussi Marc Chagall

dont on aime tant les oeuvres et le sourire évidemment (cette histoire racontée par son fils : il va dans un restaurant avec son père, dans le quartier de l’opéra où il travaille, un type (peut-être un autre peintre) demande ce qu’il fait dans la vie, il répond « oh je repeins un plafond » et retourne à ses sardines (ou radis) beurre…) on a le droit de rire même dans le tragique, la vie traversée par ces gens, s’arrêter devant cette image magnifique

Fernand Léger de face et Blaise Cendras avec sa main gauche (années 1954 je pense) (il y aura d’autres images avec Fernand Léger, avec Emmanuelle Riva, avec Louis Pauwels ou Alexandre Calder, qu’il comptait parmi ses amis)  ici un des tableaux de Léger

quelque chose comme « les constructeurs » – la photographie, c’est se souvenir des belles choses… Et donc, cette petite maison dans le champ, au loin, pour se souvenir de la fin de l’hiver et du nouveau toit

et cette image du photographe devant une toile de son ami Léger (prise à Touques en 1957)

en entrée de billet, Elsa Triolet (qui fait penser à « La jetée  » de Chris Marker) qui tient le bras de son amoureux.

 

Les loups

 

 

 

 

ça répond au mot de dégraissage (en anglais ça fait « lean »), il y a des officines sur les bords de la mer Noire je crois bien qui pour quelques centaines d’euros vous font profiter de leur savoir faire afin de vous ôter ces poignées d’amour ou plus qui affectent votre beauté supérieure – il y avait cette image magnifique d’un président svelte aux rames d’un canoë ou quelque chose, tu te souviens – et d’autres qui parviennent à truquer les photos évidemment, c’est plutôt une attitude qui veut tenir compte de l’apparence, comment est-on en photo?, c’est une question qui se pose ici, dans cette construction, cette maison, qui veut traiter des traces laissées dans l’imaginaire. Ce qui fait qu’on dit « lean management » c’est quand même plus agréable et plus clair. Il y a quelques semaines, avant Noël, un autre de cette classe avait fait parler de lui

il se trouve à droite sur cette image (les cours de bourse dégringolaient), une espèce d’enfant sage tandis que son collaborateur préféré fait le spectacle (on aime la pochette, la montre, les boutons de manchette, le noeud des cravates, l’air satisfait, à l’arrière plan, le cadreur télé). A cette occasion, j’avais pris quelques images sous prétexte de me souvenir de ce moment où celui-là fut foutu dehors

manque de cravate, je suppose, enfin remercié (on ne s’inquiète pas trop non plus pour lui), le sourire c’est quelque chose de magnifique et qui inspire la confiance, un peu comme le rire

la confiance et la joie – c’était le bon temps – ce sont les images qui circulent : ici on applaudit parce qu’on a foutu quelques centaines de paumés dehors, on dégraisse, on applique les recettes et les cours en bourse montent  –

ces gens-là savent s’amuser et sont particulièrement drôles, cet humour magnifique et un peu pince sans rire, tu comprends

oui, entre amis, les marques comme on les aime, l’avenir radieux, la hausse des cours en point de fuite… Et puis ce ne sont que des hommes, après tout (il y a peu de femmes, c’est vrai mais ça se trouve quand même) : un billet qui en traite, quelque chose de dégradant ou d’indigne. Lorsqu’il arrive  la tête de l’Etat, celui-là a aussi de grandes idées pour le patronat (son prédécesseur avait accompli ce merveilleux cadeau de 50 milliards d’euros à cette classe dirigeante dont on aperçoit ici deux des fleurons d’alors que le monde nous envie)

n’est-ce pas qu’on sent bien l’humour, la franche gaieté et la camaraderie sincère (et non pas la veulerie,  ni l’hypocrisie : l’accord dans le ton des tissus est à l’image de celui des idées), il y a ces ordonnances, cette loi travail ni loi ni travail, et on balance des hommes et des femmes dehors, on dégraisse, c’est ce qu’il faut faire. Arrivé en  2015 à la tête d’une enseigne dont le bénéfice bondit (ici à la présentation du bilan

– le type est content, ici en 2016, on le serait à moins : cinq cents personnes dégraissées), il aime foncer (on (enfin votre serviteur…) ne lui connait pas encore – comme certains s’en vantent – de jet privé (c’est certain) ou de yacht (c’est probable) amarré à Miami toute l’année pour quelques jours de balade en mer), et on entend ces cris de loups à présent. Voilà six mois (un peu comme un autre) qu’il a été nommé à la tête d’une enseigne plus importante (pensez, elle est cotée dans les quarante plus grosses), on apprend que ce seront deux mille quatre cents qui seront foutu dehors (non, pardon, remerciés, mis à la retraite anticipée, dans le cadre de départ volontaires, sans doute négociés, avec des conditions avantageuses et tout le barda qui va avec)

non, ça n’a rien à voir avec ces éclats de rire d’autres concurrents laissés en arrière (mais pourtant, quelle joie…!) restons calmes, pondérés et présentables

et heureux, en un mot entre amis…

Quel monde merveilleux…

Rester éveillés

 

 

 

L’instauration de cette illustration des divers objets se trouvant dans cette maison « pour faire vrai » (est-ce bien le but ? on se le demande) (mais les questions qu’ici on se pose sont innombrables apportant par elles-mêmes des réponses tout aussi innombrables)  a débuté (pensé-je) en mai 2015 et continue sur une espèce de lancée, une erre qu’il ne faudrait pas tenter de maîtriser (les divers et variés atermoiements du rédacteur de ces billets quant à l’existence même de cette maison, de ce décor, de ce lieu n’ont d’égal que ses propres fantasmes : il y a quelques temps, je me suis dit – passons au style direct, ça va bien comme ça – que la figuration m’allait (m’irait) comme un gant à une main) (et de là la gifle qu’il faut asséner à la plupart de ce type de réflexions – bien que ce mot soit assez disproportionné pour expliquer ces passades – je pense toujours – souvent – à cette silhouette qu’on commence à discerner sur les images de Thomas dans l’adaptation (tellement) libre des Fils de la Vierge (Julio Cortazar, in Les armes secrètes, 1963, Gallimard) qu’en a produit Michelangelo Antonioni en 1966 : c’est là

c’est déjà trop dire, mais n’importe (Blow up). Pour tenter de renouer avec le fil de l’histoire (quel fil? quelle histoire ? on n’en finit jamais), trois épisodes d’un film d’Howard Hawks revu pour des questions d’apprentissage de la langue anglaise (on fait ce qu’on peut et ce qu’on doit, aussi) dont le titre « The Big Sleep » (livre n°13 de la collection « Série Noire » traduction Boris Vian, 1948) pourrait s’adapter à n’importe quelle autre production de ce genre (je veux dire : fiction) ainsi que, par exemple « Le ciel pour témoin » ou quelqu’autre galéjade dont le langage a le secret.

 

  1. Le héros (Philip Marlowe) interprété par Humphrey Bogart (né un 25 décembre – 1899- décédé 57 ans plus tard) entre dans une librairie : une espèce de libraire qui n’y connaît rien tente de l’évincer, il s’en va, traverse la rue, entre dans une boutique de la même corporation, là rencontre la libraire (probablement : on ne sait comment elle se (pré)nomme non plus que son statut exact), et la relation qu’ils parviennent à entretenir est simplement magique

Interprétée par Dorothy Malone, (on s’amuse à les voir se répondre), elle défait ses cheveux, ôte ses lunettes

ils trinquent et se traitent en amis (on se souvient peut-être de cette même actrice dans le magnifique « Ecrit sur du vent » (Douglas Sirk, 1956) (elle est toujours parmi nous, celle-ci, et tape les 93 quand même…). Cette fraternité, ou sororité, qui s’exprime là a quelque chose, de l’humanité sans doute, de la camaraderie, de l’entr’aide et de la loyauté (elle ne réapparaît plus dans le film).

2. Ici l’objet qu’on posera peut-être dans le salon, cette tête sculptée

dans laquelle on a dissimulé un appareil-photo, lequel prend des clichés de personnages dans des positions propres à les faire revenir sur terre, et pour lesquels ils seront mis à contribution (ils se trouvent confrontés à ces clichés hors-champ, nous n’avons droit, nous autres spectateurs, qu’à l’évocation de leurs turpitudes capturées lors de leurs ébats avec la jeune soeur de l’héroïne qu’on va retrouver au point 3).

3. L’histoire est assez obscure, absconse et triviale (gangsters, maîtres-chanteurs, voleurs, tripots flics meurtres chantages et j’en passe sans doute – JP. Melville (dont on sait, par ailleurs, qu’il va s’agir bientôt – s’il n’avait été trop tôt arraché à notre affection – du centenaire de la naissance) a recensé 19 structures du roman policier, pas une de plus, ni de moins d’ailleurs – mais donne lieu à la romance (il s’agit d’une histoire assez d’amour) entre l’une des filles d’un vieillard impotent et notre Marlowe (laquelle jeune femme est interprétée par Lauren Bacal, qui comme on sait peut-être, est mariée avec ledit Humphrey depuis deux ans lors du tournage, et leur complicité fait plaisir à voir)

Ils sont tellement mignons, hein.

 

4. Epilogue (ici Howard Hawks et Lauren Bacall

dont on peut sans doute dire qu’il est celui qui l’a fait connaître au monde (occidental probablement) comme une star (magnifique) et la chanson dans le Grand Sommeil témoigne aussi de l’étendue de son registre…) (pas trouvé d’image, et le dvd était un emprunt fait – et rendu – à la médiathèque)

L’escalieteuse

L’escalieteuse arrive avec son encombrant catalogue d’escaliers. Il s’agit d’une sorte d’énorme livre pop-up, mais en quatre dimensions, qui parvient à faire tenir dans un micro-volume trans-univers les différents modèles miniatures qui apparaissent entre ses mains comme par magie dans nos trois pauvres dimensions, tandis qu’elle feuillette l’étrange objet. Nulle magie pourtant, simple maîtrise élémentaire de l’espace-temps que, dit-elle, le CERN refuse de prendre en compte malgré les démonstrations répétées qu’elle leur a proposé. Passons.

L’agent lui fait passer en revue les nouveautés. Il faut en effet changer l’escalier témoin. De l’avis des différents collègues, ce serait bien, il y a de mauvais retours dessus : trop sombre, trop clair, trop anguleux, trop mou, trop sec, pas assez accueillant, pas assez familial, pas assez discret ; il faut bien le reconnaître. Combien de ventes perdues à cause de ces approximatifs degrés ? Il faudra donc démonter l’escalier, le renvoyer, le recycler — en cheminées semble-t-il — et installer le nouveau. L’agent considère les fenêtres, la porte d’entrée, et sent que l’installation n’ira pas de soi. Il demande si le truc des quatre dimensions sera — non, impossible, dit-elle : trop gros, ça ne fonctionne que pour les livres.

Elle sélectionne certains modèles, d’après les contraintes de cette architecture témoin, la décoration précise comme au cinéma.

Un tournant-bas ou un tournant-haut, éventuellement, il y aura quelques adaptations à faire sur l’échappée. Nous avons des limons sculptés, modernes ou néo-classiques, du plus bel effet, on ne s’y attend pas, ça ne se faisait plus mais revient à la mode.

Il nous faut du clair, du fluide, du qui élève sans effort, vous voyez ?

Oui, tout à fait, donc pas de reliefs. Et du tilleul, pour le bois. Du bois aussi pour la main-courante  ?

Peut-être sculptée à ce niveau, quelque chose qui se fasse sentir sous la paume, vous voyez, qui laisse un souvenir agréable à la peau venue visiter.

D’accord, notre rampiste peut proposer des textures granuleuses, noueuses…

Oui, c’est ça, du nœud, pour la rampe seule, le reste lisse sous les pas.

Je le note. Et pour les balustres ? Tournées ? Droites ?

L’agent plisse les yeux, pour se représenter, dans ce décor moderne, une balustre tournée, ventrue.

Je peux vous montrer… Elle feuillette l’espace-temps local de son catalogue magique pour en tirer un escalier moderne aux balustres métalliques, cylindriques.

Non ! L’agent sursaute. Surtout pas. Pas de métal. Du clair, de l’air.

Ou plusieurs rampes si vous préférez. Les enfants adorent la petite rampe. Ainsi, pas de verticales, que des lignes ascendantes.

L’agent sourit, il est heureux de cette entente immédiate avec l’escalieteuse. Que des rampes, des envolées, voilà qui est idéal.

Elle manipule encore le catalogue et en tire le modèle parfait, que l’agent observe sous tous les angles. Il ose à peine toucher cette maquette qui semble vivante. Mais oui, dit-il, c’est ça.

Elle replie le catalogue dans un bruit de couacs sans écho et de sifflements étranges. Ils sortent au soleil jaune d’automne et dans sa voiture, elle imprime le devis. L’imprimante est intégrée adroitement dans la boîte à gants. L’agent signe et devient soudain impatient d’emprunter ce nouvel escalier, comme s’il allait accéder à un nouvel étage entièrement neuf, une étape inconnue ouverte sur le ciel et sa douceur.

Tango

 

 

Mercredi, c’est le jour du cinéma (les exploitants changent leur programme, il faut bien les suivre sans doute) – il fut un temps où c’était celui de merdalécole, mais ça a changé et on s’en fout – il faut tenir la distance (en même temps, il vaut mieux être seul que mal accompagné disait ma grand-mère). Il y a toujours des chansons (il y a peu, on m’a pris pour Charles Dumont, je ne suis pas complètement sûr de m’en être complètement remis) dont l’une fait « depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire » (la chambre noire, j’aime ça, c’est un peu comme la photographie, ou la verte (François Truffaut, 1978 – l’un des rares films qui me plaisent réalisés par ce cinéaste); ou la jaune, ou la rouge) et donc je divague un peu, j’erre dans les rues, dans la campagne : cette fois-là, je ne sais plus exactement – encore que ces circonstances soient tout à fait élucidables – c’est à cause du réalisateur, Stéphane Brizé dont je continue à regarder les films, parfois, pour m’en souvenir, et cette fois-ci donc, il s’agissait de l’histoire d’un type dont la profession est huissier de justice (il y a des professions difficiles à tenir, maton flic inspecteur du fisc – des fonctionnaires – détective tueur (à gage ou pas) bourreau et d’autres encore je ne vais me mettre à lister – y’en a plein – qui pourraient, à bon droit, revendiquer le titre de ce film (il date de 2004) (quand je mets une date, je fais un flash-back sur ma propre biographie, et je tente de regarder ce qui se passait alors – voilà plus de dix ans quand même, les choses s’effacent) (je ne l’ai pas vu à sa sortie) (je l’ai emprunté à la médiathèque du village du bourg enfin là-bas cinq kilomètres en auto, quinze euros l’abonnement à l’année, autant de films qu’on veut – peut-être seulement trois d’un coup, je ne sais plus) : « Je ne suis pas là pour être aimé » (2004).

Ce qui est évidemment faux, puisque tous les humains, de quelque genre qu’ils soient, sont là justement pour ça (content de vous l’apprendre si vous l’ignoriez). Au moins. Le type s’appelle Jean-Claude Delsart (c’est Patrick Chesnais qui l’interprète), il a hérité de l’étude (je crois que c’est ainsi que se nomme ce type de bureau ou d’officine) de son père, lequel finit ses jours dans une maison de retraite. Le type va voir son père tous les dimanches, et ensemble, ils disputent une partie de monopoly.

Comme on voit, le père (il n’est pas prénommé, juste Monsieur Delsart) est interprété par Georges Wilson (une certaine délectation à jouer les salauds ou les aigris animait cet homme – je crois comme tous les acteurs : ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans la vie et qui sont autorisées, là) (et en même temps, il n’est pas complètement avéré qu’ils ne soient pas dans ce style dans la vie courante : on s’en fout un peu mais on pense -surtout- à Jules Berry, que ce soit dans « Les visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) ou « Le crime de Monsieur Lange » (Jean Renoir, 1935)). Le fils encaisse (c’est le cas de le dire : pour un huissier, c’est l’encaissement qui compte). Il s’en va : son père le guette par la fenêtre, laisse glisser le rideau quand son fils se retourne (sans doute pour éviter de lui donner ne serait-ce qu’un signe). Des relations difficiles. J’aimerai continuer, mais j’ai peur de lasser.

Le fils voit, de sa fenêtre (un peu comme son père) un cours de tango : il se prend à vouloir danser (un médecin assez antipathique le pousse sur cette voie), il y va et y rencontre cette femme-là

Françoise Rubion, dite « Fanfan » lorsque la mère de ce Jean-Claude la gardait (ou quelque chose : elle le connait, et donc le reconnait; lui, non) (Anne Consigny dans le rôle : très bien). Puis les choses allant comme elles vont (le film est français – on échappe à la scène de lit – on parlera donc d’amour), ils s’entendent elle et lui, et dansent ensemble un tango lent, vraiment très beau on va dire. Elle lui explique les pas, il les comprend, ils s’entendent. C’est que quelque chose passe.

Le reste du monde 1 : elle va se marier, il l’apprend par une sorte d’indiscrétion, il en conçoit une sorte de blessure, ou de traîtrise, il ne veut plus la voir lorsqu’elle vient lui expliquer, dans son bureau, cette espèce de méprise peut-être (sans doute, probablement) cruelle.

Le reste du monde 2 : cette scène se déroule dans son bureau, et qui dit bureau dit secrétaire (une secrétaire préserve des secrets : celle-ci écoute aux portes

elle se prénomme Hélène (Anne Vincent, magique), elle remettra son patron d’aplomb).

Comme on sait (ou pas d’ailleurs), depuis que, lors d’une projection de « Senso » (Luchino Visconti, 1954 – une autre merveille), un (pas si) vieux (que ça) con m’a rabroué parce que je faisais des photos des écrans, je n’en commets plus (c’est ainsi, je suis impressionnable – j’agonis les abrutis aussi, mais je ne veux pas emmerder le monde non plus) (donc), je ne dispose plus que des films-annonces (j’aime ça) et de mes souvenirs de la vision du film. J’aime ce cinéma-là (il est un cinéma par réalisateur, celui de Stéphane Brizé – on a vu « Quelques heures de printemps« , formidable de retenu; « La loi du marché » – on a dû en parler ici – ; plus son premier film, je crois à la cinémathèque, mais je n’en trouve trace nulle part) celui de ce cinéaste-là me convient et me parle.

Il est d’autres péripéties, multiples, dont l’une (qui sera(it) un thème transversale à retenir) s’incarne dans le (futur) mari de Fanfan qui écrit : le tropisme de l’écrivain au cinéma est à traiter avec sérieux (j’aime ça, et je pense à ce magnifique « Providence » (Alain Resnais, 1977) où est suggérée la vie de Howard Philips Lovecraft) (Georges Wilson, et John Gielguld (il est Clive Langhman dans le film) sont de la même trempe) (y’a sans doute un étudiant en ciné qui a pondu une thèse là-dessus). En tout cas, ce cinéma-là s’incarne dans la dernière scène du film (juste une merveille).

Z cité perdue

 

Le film nous épargne le « tiré d’une histoire vraie » frelaté qui nous échoit, la plupart du temps, pour faire reluire un scénario bancale. Ici, non, et c’est tant mieux (on remercie de cet égard pour les spectateurs). James Gray, qui en est le réalisateur, n’est pas, dit-on, tellement aimé à Hollywood ni aux Etats (comme disent nos cousins) mais il est tenace (mis en chantier en 2009, produit pour une part par Brad Pitt – qui devait, dit-on encore, tenir le rôle principal – on ne bénéficie de cette aventure qu’à présent, soit 7 ans plus tard) et a de la suite dans les idées (c’est peut-être mal vu : je plains ce pays, qui a élu à sa tête une baudruche terriblement nuisible au reste du monde – je crains pour le mien, de pays,qui se trouve dans l’alternative avec le libéralisme le plus éhonté – j’ai nommé micron et son passage éclair dans un gouvernement, aux finances, où ses notes de frais nous ont épatés – et l’ignominie de l’ordure – la fille du borgne dont on juge ces temps-ci quelques uns des laudateurs (leur chef a pris neuf ans ferme). Ce ne sont que bruits de canalisations d’eaux usées, soit des sondages, mais tout de même, l’état de cette société… On peut aussi voir, en Guyane, les ravages de ces politiques – on peut aussi les voir ici même, à Paris, où la police tue sans sommation des gens – seraient-ils d’une autre contrée…- chez eux sous prétexte qu’ils portent un ciseau à poisson, ou en manifestation, frappe avec violence la jeunesse, éborgne, sodomise : cette société où les contre-pouvoirs sont réduits à n’être que des chambres d’échos de ces paroles ignobles (il y avait ce matin à france culture des émanations nauséabondes et des rires odieux : j’ai tourné le bouton). Alors certes on tente de se réfugier dans la fiction.

On y parvient. C’est un bien beau film : la photo de Darius Khondji n’y est pas pour rien, non plus que la musique  due (pour une part je crois) à Christopher Spelman (qui est à Gray un peu ce que Bernard Hermann était Sir Alfred). Il y a une scène de bal, magnifique; quelques repas et quelques explications devant des parterres de scientifiques géographes, quelques descentes de fleuves, des piranhas et des flèches; des peintures de guerre

ou de paix; quelques sorties en forêt, des « Indiens », des sauvages ou des civilisés (mais ce ne sont pas tous ceux qu’on croie) , on parle de vivre ailleurs, de s’en aller, puis la guerre (la première, les gaz et les tranchées, la boue la mort), on survit, on essaye de passer outre et de se cacher, mais l’aventure reparaît…

Le héros Percy Fawcett (Charlie Hunnam), son ami, Henry Costin (Robert Pattinson), et Arthur Manley, son second ami (Edward Ashley)

Rebondissements, coups de théâtre, courage, loyauté et trahison, féminisme (la femme du héros – interprétée par Sienna Miller – touchante et majestueuse – l’aide, porte ses enfants, et les élève…), avancées dans l’espace et le temps,un film à voir. Pour oublier, peut-être…

avant d’entrer au cinéma, le ciel, au dessus de Pantin