Les gens

 

 

 

Il s’est agi de regarder un peu les clichés réalisés ces derniers jours semaines mois – et en Italie, cet été, un petit peu – les gens aiment à se glisser dans les images, une espèce de désir, quelque chose qui surgit – nous autres, nous tentons de capturer quelque chose, une action, des participants et ou des réalisants – et eux, bim ils entrent là

il y en a un vingtaine je les pose pour ne pas les oublier – ils sont là, partie du tout, présents malgré tout (ils n’existent pas, ils n’y sont plus, ils sont juste dans la maison)

ils se savent d’autant moins capturés – et captifs – que l’opérateur lui-même n’a aucune idée de leur présence – seule la maison, aujourd’hui –

ceux-ci travaillent – il n’est pas rare de découvrir (peut-être un peu comme la précédente) des regards directs

si on y tient absolument, on peut intituler « hasard » cette conjonction – eux passent, l’image les attrape –

c’est le même homme en effet – place des Pyramides – les deux jeunes gens sont aussi au travail sur cette place – la statue de Jeanne d’Arc domine tout ce monde -là

celui-là dort à un jet de pierre – pelouse du jardin des Tuileries – je pourrais aussi bien poser l’entièreté des images afin qu’une idée puisse se faire à les observer

celle-ci attend son taxi wtf nouvelle ère – autoentrepreneur voiture en leasing plateforme esclavagiste : la classe – celle-ci

discute et raconte à qui veut les entendre les mérites comparés des divers emplois qu’elle occupait – celui-ci relève certains compteurs

petite image pour petit métier (pour une fois que ce qualificatif convient à ce métier)

mieux vaut chômeur que contrôleur probablement – cette criminalisation des sans-travail donne des envies de meurtre – mais laissons là, brisons, parlons d’autre chose – c’est d’ici que les choses partirent

cinq portraits oubliés sur le comptoir de la sécurité sociale – cinq fois le même : lequel est le bon ? on pose on prend on s’en va – les gens ne se savent pas pris dans les rets de la photo

on marche et on pense

quand même nous verrions-nous que nous ne nous reconnaîtrions pas – ils étaient là, j’y étais aussi – et alors ?

Paris rue Racine devant le désormais fermé restaurant Acropole : l’homme passe (il se peut qu’à l’autre bout du monde, il soit retourné dans ses pénates) ce matin-là

ici de suite, deux d’Italie – elle et sa canne, lui et sa cheminée –

ramoneur des Abruzzes – soleil à peine voilé… : ce qu’on distingue au fond, ce sont des oliviers : ici l’entière est au zoom

Passant près du métro, toutes les chances sont de leur côté : les voici à trois

restant groupés suivis de peu de celui-ci qui veut se prendre la tête

puis tous réunis – non c’en sont d’autres… –

le métro les a doublés

ici ou là, un peu partout tout en étant nulle part – nos contemporains

et puis on nous emmène… Ailleurs. Le bras lâché

et d’autres encore : elle ici téléphone

d’autres marchent et vont et viennent

et pour finir, cette petite mignonne capturée sans le savoir (et sans que je le sache) dans le jardin des Tarots (Niky de Saint-Phalle)

 

 

les gens, en italique, en image, en fondu, derrière l’image,  la vraie, la seule, les gens sont passés – pris, emprisonnés, ils sortent de l’image : leur mère ne les reconnaîtrait, eux-mêmes si on les leur présentait, nieraient en faire partie – c’est le statut de l’image : elle n’existe pas, ou alors ailleurs; elle ne représente rien sinon quelque fantôme ou illusion – ils y étaient sans doute, probablement, c’est crédible et vraisemblable, on peut y croire – mais à présent ? Qui sont-ce ? Alors on objecterait qu’ici elles existent vraiment – il s’agit d’une qualité… Peut-être, mais reverra-t-on jamais ces images ? La réalité les a englouties – on les sauve pour un jour – elles retournent presque immédiatement dans le caveau… (dans la salle à manger, dans un tiroir du buffet – dans le tiroir du bas de l’armoire de la chambre d’amis, quelque part ailleurs, où personne ne les cherchera) (une chanson de Claude Nougaro dit ainsi « pensent-elles encore à nous en ce moment / ou font-elles brûler nos photos ? » – Sing Sing) 

Passons… laissons-les reposer

 

sur l’écran

Sur l’écran la pianiste s’agite, mais le son est coupé.
C’est une allégorie. Elle s’agite en silence pour dire toutes les femmes effacées, inconnues, oubliées.
« J’ai un mauvais pressentiment mais qu’importe » dit le héros sur une autre chaîne.
« Fais ce que tu as à faire quoi qu’il advienne », lui conseille-t-on.
_ Je ne te promets rien. » répond-t-il.
Moi non plus j’ajoute à voix basse (et donc pour moi-même). Le héros frappe à une porte. Il est question de sorcières, comme d’habitude. Les femmes effacées, inconnues, oubliées, nocives, ça fait très longtemps que ça dure, que ça se propage dans les esprits, les fictions et les réalités en rendent compte chacune nourrissant l’autre et l’inverse.
« Crache le morceau! » dit le héros.
Très bien.
Ma question est – que cette maison[s]témoin soit le témoin de ce questionnement – en a-t-il toujours été ainsi ? Pendant les deux cent-cinquante mille ans où nous étions chasseurs-cueilleurs (deux cent-cinquante millénaires, c’est-à-dire peu ou prou une durée d’environ cent vingt-cinq civilisations cul à cul), pendant ce temps où nous étions tapis autour des foyers, réunis, effrayés par les prédateurs, effrayants pour nos proies, en a-t-il toujours été ainsi ? Et les vénus callipyges ? Quelles mémoires racontent-elles silencieusement ?
Il y a plusieurs niveaux de connaissance, plusieurs niveaux au sens propre : dans la cave d’une maison témoin, les fossiles et les questionnements ; au rez-de-chaussée salon salle à manger cuisine, le théâtre, l’agent immobilier qui organise la visite (c’est un homme, ou bien c’est une femme avec le lexique et les automatismes d’un homme) pour les clients, un couple (sans doute qu’elle demande où pourra se brancher la machine à laver) ; à l’étage, la salle de bain aux miroirs kaléidoscopiques qui nous traquent, nous définissent ou que nous nous évertuons à tromper, rigoureusement peints à la main quand nous en avons l’énergie et/ou l’occasion, et puis les chambres où s’agitent des rêves. Et passent des allégories de pianistes travaillant leur instrument en robe de soirée sans que personne n’entende.

La quête

 

 

c’est juste une bande annonce et il y a tout le film dedans – dans le temps, il y a un moment (quatre vingt deux je crois bien – je ne sais plus, j’ai tout perdu, j’ai recherché je n’ai rien trouvé), j’avais exercé mon goût du cinéma en étudiant le film annonce – la bande annonce, la publicité que le cinéma fait du cinéma – je tenais le truc pourtant, mais non, il a fallu gagner sa vie – il aurait fallu faire face à ces mois et ces années d’études et de recherches – peu importe la bio, j’exerce mon jugement : le film de cette semaine est passé sous le radar parce que l’époque d’alors (2015 a été pour tous une année difficile) ne se prêtait pas au cinéma (il ‘y avait pas de maison[s]témoin non plus remarque – ah si, ça a commencé le 13 mai 2015 – comme quoi…) – il y a peu, j’ai vu le film d’André Téchiné titré l’Adieu à la nuit (2018) qui traite d’un sujet semblable (c’est un blanc qui se convertit à l’islam et veut partir se battre pour se convaincre que la foi est une (ou sa) bonne étoile – je simplifie, certes  – ici, c’est une blanche qui épouse un type qu’elle aime (c’est assez elliptique sur le sujet) et le suit pour se convaincre etc.) – cette problématique torture semble-t-il notre monde (par notre j’entends ce pays, la France, et ses habitants, je veux dire les parents et leurs enfants) – il y a eu aussi le film de Jacques Audiard (dont Thomas Bidegain était un des scénaristes) intitulé Un prophète (2009) ou cet autre, La désintégration (Philippe Faucon, 2011) et puis d’autres encore – il s’agit du lieu de la blessure, la colonisation, quelque chose qui hante donc ce monde (on n’en a pas fini tout de suite non plus) – mais on voit les ravages causés par ces actes, ces actions, ces délires sans doute, mais l’adolescence est le lieu, aussi, de toutes les utopies (et – pourtant – tant mieux…). Difficile moment, difficile passe, difficiles émotions…

 

 

C’est une affaire qui commence en octobre 1994 (indique le film : en 1995, on se souvient des terribles attentats qui ensanglantèrent au minimum Paris – il s’agit de quelque chose comme ça)

c’est une histoire de famille (le père aime le folklore des cowboys – c’est son droit – apparemment cependant sa famille n’a pas à ne pas aimer ça : la fille se prénomme Kelly, le jeune garçon a pour surnom Kid) c’est une fête, tout est bien

il chante une chanson – voici sa femme et son fils qui l’applaudissent parce que c’est charmant

mais on sent que quelque chose couve, on ne saurait dire quoi – on saura tout de suite que la fille aînée s’en va

elle va rejoindre son amoureux – elle n’a que seize ans – s’ensuit alors une quête du père qui veut entraîner la mère et le fils : partout (ici chez le père du garçon)

où il ira la chercher (là dans un café ailleurs)

choux blanc comme on dit… Les années passeront, la mère n’en pourra plus (sa fille, leur fille est partie : elle leur écrit , elle a sa vie : elle a eu un enfant de son amoureux – qui n’est pas celui qu’on croyait – mais ça on le savait) – il s’agit en effet soit de sa propre vie soit de celle de sa fille

je ne pense pas qu’un parent puisse choisir mais peu importe ce que je pense : même si la mère n’en peut plus, lui, le père ne désarme pas (le fils a grandi, il suit son père, l’aide dans sa recherche : les tours jumelles se sont affaissées sous les deux avions, la terreur continue)

ensemble ils finissent par retrouver sa trace, suivre son parcours vers l’Afghanistan à suivre son embrigadé de mari –

mais finalement, le fils refusera de suivre son père, cette fois ce sera non

le père part seul, en auto

(grands espaces, peines, accident mort) le fils reprend la quête, va jusqu’en Afghanistan, en plein carnage (Ben Laden qui va mourir, la guerre, les blessures, la mort tutoyée)

un type l’aide

(grands espaces, blessures, recherches vaines puis abouties, accident (le meurtre du mari qui s’est débarrassé de son fardeau, a pris une autre femme – prison et tortures plus tard) il rentrera par la chance qu’il a – puis un jour, bien des années plus tard (vers le moment où se déroule le film – 2015…) il retrouvera cette soeur portant voile et servant dans une épicerie… Ils se reconnaissent, ne se parlent pas.

Fin de l’histoire.

Vingt ans dans la vie d’une famille : française, blanche, classe moyenne, province… Combien de jeunesses perdues, combien d’erreurs commises, combien de foi diverse et simulée, combien de confiances trahies, d’inhumanités et de traîtrises et pourquoi ? La guerre, où qu’elle soit… Les acteurs sont épatants, en tout cas.

Les Cowboys, une film de Thomas Bidegain (2015)

(le père : François Damiens, la mère : Agathe Dronne, la fille aînée Kelly : Iliana Zabeth, le fils jeune : Maxime Driesen (il se nomme Georges, en vrai dans le film), plus vieux : Finnegan Oldfield)

 

 

 

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

Toiles

 

 

 

Parfois, cette injonction à laquelle en moi-même je pense : tu pourrais faire simple… Mais non.

Il y avait cette chanson qui faisait « écran noir / nuit blanche » – et Claude Nougaro n’était pas bien grand – je me souviens de lui sur la scène du théâtre de la Ville, à Paris milieu des années soixante dix, dix huit heures trente la place à tarif réduit (je ne sais plus, six francs peut-être), une heure de concert (on avait vu Lavilliers et ses biceps sous son gilet de cuir noir sans encore la boucle d’oreille, on avait vu Pauline Julien merveilleuse et d’autres encore) – je me souviens mais ce n’est pas de musique qu’on devrait revêtir les murs de la maison (on devrait mais je n’en parle pas – on parle ou on écrit, c’est pareil) – c’est la toile (on se fait une toile dit la vulgate – c’est vieillot on ne dit plus ça – on va au ciné ? – on ne dit plus ça non plus, on regarde sur un écran de six centimètres carrés une série idiote à base de mauvaise libido ou de perversion avérée – et qui donc est ce « on » ?) – c’est la toile, le cadre, les couleurs et les lumières – c’est pour décorer et faire joli – il y aura quelques objets (des sculptures qu’on posera ici ou là) et des images sur les murs (tout cela est tiré d’une exposition sur la lune, satellite qui ressemble à ce que serait pour la Terre cette côte tirée du corps d’un dieu, du dieu des dieux, pour la Terre muée en Jupiter, satellite qui, d’un peu moins de trois centimètres chaque année s’éloigne de son astre (notre planète pour la lune est pour nous notre soleil qui pour le reste de la galaxie n’est qu’une étoile parmi des milliards laquelle galaxie n’est qu’une infime partie de l’univers lui-même n’étant qu’une expansion qu’on n’en finira(it) pas de décrire et ainsi de suite) une espèce de tourbillon observé, répertorié comme on peut – ces images d’autres images, tourbillons elles-aussi, on les place ici pour donner à cette maison, et à ses murs, un semblant d’humanité (personne ne l’habite, elle compte 380 portes (j’en ai posé cent cinquante sept), elle fut ouverte le treize mai deux mille quinze et depuis je me sens un peu comme une espèce de vieux jardinier, je nettoie un peu, j’aime laisser les herbes pousser (« braves gens braves gens c’est pas moi qu’on rumine et c’est pas moi qu’on met en gerbe » dit le poète) je visite ceci pour en porter là le contenu – surtout le cinéma, surtout : la chanson, la littérature ou la poésie, un peu j’illustre – mais si peu de théâtre – je n’y vais pas, et une de mes filles s’y voue, pourtant – mais de la musique s’il te plaît celle qu’on aime, oui

 

Il fallait préparer les images et suivre un ordre défini – dans une exposition, on suit, on va avec les autres, il y a un sens, il y a des étages, on les parcourt comme le veux le concepteur, si ce sens défaille il se peut qu’on perde quelque chose comme une compréhension – celle qu’on a voulu nous inculquer : sauf qu’elle nous influence et que de l’influence à l’injonction, le pas se franchit facilement, et cela s’appelle (ce pas) la communication – je m’en défie comme de la gale, et comme de la peste aussi je me défie de la publicité – chacun ira dans son sens, et chacune aussi (celle qu’on appelle inclusive me fait braire) (tous ces points que nous mettons à présent dans les phrases et aux adjectifs, cette nouvelle façon de créer pour la catégorie du genre un troisième ou un quatrième item active tellement le ridicule du nombril…) – je les place dans le mien

le champ de bataille de Waterloo (morne plaine) (mes excuses, je n’ai pas gardé le nom de l’auteur de cette toile-là) tous ces morts qui me font penser à cette image (elle n’est pas dans cette exposition) d’un autre âge (ou du même que celui du tableau qu’on voit ici dans les flous, la gardienne mains au dos passe, la visiteuse consulte le cartel)

(le rêve je crois que s’intitule ce champ de bataille, mais avant qu’elle ne soit déclenchée) (ici la bataille sera perdue, il me semble) (le savoir est difficile à acquérir – c’est le petit matin, en tout cas) et on avance, la joie du regard et des couleurs de Marc Chagall

cette petite statue, image de l’oudjat (l’oeil de faucon d’Horus, qui protégera cette maison) (le souvenir de « mon coeur vole comme un faucon » du vieil homme – le grand-père de coeur, justement, du héros – de « Little Big Man » (Arthur Penn, 1970) ( il faut bien que le cinéma revienne ici ou là)

une merveille – et cette petite représentation, qui tient aussi ce petit oeil dans ses mains

une espèce de singe sans doute (sans comprendre, juste pour voir) et cette lune et ces étoiles incas

des images juste pour se souvenir – et comme j’ai tant aimé cette ville (aujourd’hui, elle ploie sous les immondices d’un chef de guerre qui ne veut que dominer, et emprisonne et tue et blesse et humilie, aujourd’hui) Istanbul en son Bosphore

et pour finir (il faut savoir finir) cette évocation de l’une des colonnes qui marque l’entrée de la place, celle surmontée du lion ailé (cette ville aussi bien, exploitée, pillée, détruite et sapée, dans cette Italie d’aujourd’hui, menée de même manière que la Turquie, par cette honte pour l’humanité toute entière, renfermée sur elle-même, ne voyant que ses pauvres petits intérêts ridicules et rancis) au fond San Giorgio Maggiore et la lagune

Versailles

 

 

 

il n’est pas question de laisser aller les choses sans en tenir une chronique un peu circonstanciée : parfois, le rédacteur se prend les pieds dans le tapis, cherche son chemin,  se demande les raisons de sa présence ici, là ou ailleurs – on ne va quad même pas aller jusqu’à la métempsychose, mais on pourrait – les grands de ce monde se la pètent grâve, il faut s’en inquiéter. Il y a une espèce de chronique dans cette maison, celle de cette sorte de mégalomanie qui s’est emparée d’eux (et d’elles) dont on a rendu compte (malhabilement, parfois) par deux fois, afin de peupler de goules, de spectres et de fantômes, de striges et de fausses images ces pièces si souvent vides et de sens et d’humanité. Continuons (je souffre d’un tropisme, je le reconnais assez bien, il est formé de garage, de voitures, d’argent et de pouvoir, de politiques et de connaissances, d’entregent et de communications, le voyeurisme de ce monde auquel j’appartiens favorise (s’il n’en est pas la fonction) ce travers).

 

Ailleurs, les turpitudes du tycoon sont données à voir : depuis le dix neuf novembre dernier, l’homme est traqué, chassé, reclus; il maigrit, s’aigrit, perd de sa superbe (s’il en eut jamais, c’est vrai). A l’heure où la Fiat d’une grande famille (Agnelli – ici à droite, un de ses représentants, cette chevelure blanche

en compagnie d’un dirigeant du parti socialiste italien d’alors) (la porte de l’automobile en dit un peu) (les sourires sont magnifiques) va unir sa destinée avec la marque au losange – dite Renault du nom de son fondateur (on laisse de côté les turpitudes qui, comme disons chez Bayer, ont marqué la mémoire des années quarante du siècle dernier de ces pedigrees) (ça n’a rien à voir, je sais, je mélange tout), marque reprise en main par un directoire enfin sûr (assuré, droit fiable loyal responsable – enfin tout ce que l’ironie permet comme qualificatif pour ces agissements), mais il y a plus de cinq ans de cela

l’ami Carlos fêtait au château un anniversaire, serait-il de mariage, ou alors le sien, ou encore celui de sa tendre et douce compagne ou enfin quelque chose de digne : dans une espèce de maison[s]témoin construite par le quatorzième du prénom de Louis dans une famille aussi impressionnante : c’est de cela qu’il s’agit.

On a un précédent en magasin (formidable image des grands de ce monde, STGME2 plus tonton (ce qu’il peut être amusant, ce garçon), l’immonde dirigeant de la démocratie chrétienne italienne dans des petits souliers mains au dos en haut à gauche, une vraie brochette

de si charmants camarades…)

Ici, ce sera moins achalandé en têtes couronnées, mais enfin on sera quand même fiers d’être là

Rien de moins.

Malheureusement, je n’ai pris que quelques clichés des prototypes invités – captures d’écran d’un film retrouvé opportunément (je crois bien) par la marque au losange qui veut se refaire une espèce de virginité – elle n’y est (et surtout les machines qu’elle vend) elle n’y est pour rien (la main sur le coeur, les yeux dans les yeux) : on a abusé d’elle.

On a donc invité, en ce 9 mars 2014 (c’était un dimanche – on a donc droit au film du dimanche soir) cent vingt personnes à dîner; on a acheté la présence de nombreuses silhouettes, figurants et autres musiciens (cachets payés à la Sacem et autres turpitudes sociales inventoriées par la production) dans les grands on a mis les petits plats, du vin du champagne des liqueurs dans des verres de cristal et on a fait un film de cette inoubliable soirée parce que c’est plus joli de garder quelques souvenirs

(le luxe a beau ruisseler par tous les pores de l’organisme, on n’en reste pas moins contemporain : une image au portable pour immortaliser la scène, on pose, on se regarde, on contemplera l’affaire quand on reviendra à la maison – un peu comme nous tous, hein).

J’en termine parce que ce n’est pas ma place que de se mouvoir dans ce monde d’or et de pouvoir (les gens, il faudrait ne les connaître que disponibles : on les invite, ils se vêtissent et viennent, la politesse des rois est la ponctualité des princes…). J’adore celle-ci qui vous a quelque chose de vraiment sublime

Une dernière tout de même de l’hôte en ces lieux, son altesse elle-même, souriante presque et heureuse, glacée peut-être (j’ai vaguement le sentiment, dans cette poignée de mains, de reconnaître quelque chose comme de l’amitié – dans ce sourire de la femme, quelque chose comme une approbation généreuse du partage –

des gens comme tout le monde, dans un décor à peine frelaté.

Juste au dessous, dans le recueil d’images que j’ai composé pour ce billet, s’est glissé sans que je le sache vraiment cette dernière (Shirley Eaton qui tient le rôle de Jill Masterson)

Ah comme ce monde est brillant…

Radio cinéma

 

 

 

(il me semble bien que je l’ai déjà fait, ce plan avec Blow up) (c’est une émission que je regarde parfois sur youtube) (c’est que j’ai pas la télé) (c’est quand même dans le salon que ça se pose ce genre de truc – quoi que la radio, c’est plutôt un peu n’importe où) (partout en réalité) ( et surtout ça laisse un peu les mains et l’esprit libre) (on peut faire autre chose avec les yeux je veux dire) (ça n’engage à rien) (c’est la radio) (bon ça va comme ça) cette émission parle de la radio au cinéma – j’ai pris quelques unes des images (y’en a 9, mais ça ne fait que 8 films) (il s’agit d’une émission de montage un peu comme ce que fait le Président Pierre Ménard Liminaire tous les quinze jours, si j’ai bien compris) parce que j’aime les films qu’elles me remémorent – on fait ce qu’on peut – et que j’aime bien parler de cinéma – c’est ce que je fais ici, de temps à autre, le mercredi, ça nous change un peu – peu importe, c’est le printemps – ce n’est pas que je sois désespéré tu comprends bien, mais enfin quand je vois et j’entends que les plus grosses fortunes du monde donnent un peu de monnaie pour reconstruire un bâtiment brûlé, je trouve ça merveilleux, certes, mais fiscalement très avantageux pour elles – ce qui fait que j’étais déjà assez malheureux comme ça, mais que ça continue et que j’en ai ma claque de cette façon de faire des grandes fortunes sur le dos de qui, je te/me le demande) laisse, et commence (l’image d’entrée : Sacrifice Andreï Tarkovski, 1986)  ici c’est un film de Costa Gavras, « L’aveu » (1970) (il y a Yves Montand aussi) (les guillemets pour les titres des films, c’est une habitude ou une obligation, me demandé-je fréquemment)

c’est Simone Signoret (nostalgie mais je me suis trompé, en réalité, je me disais c’est « l’Armée des Ombres » (Jean-Pierre Melville, 1969) – mais non, je ne crois pas – c’est difficile à dire – là une image de ce film merveilleux (je le croyais en noir et blanc, mais non) (sans compter les majuscules aux titres, alors là)

L’ARMÉE DES OMBRES

ça ne fait rien, je continue mon exploration (exploitation) de cette émission, et je tombe sur ce DJ aveugle nommé Super Soul qui guide Kowalski tout au long du film – Kowalski, ex-pilote de course, qui doit convoyer une voiture traverse du nord au sud les Etats Unis (« Vanishing Point », Point limite zéro en français, Richard C. Sarafian, 1971) (un de mes films favoris quand j’avais 20 ans) (après ça s’est tassé) (mais je ne l’ai pas revu depuis – ça veut dire « Point de fuite » si tu traduis le titre d’anglais en français)

je me souviens (j’aime me souvenir) de Robin Williams (il s’est tiré, lui) (Simone et Yves aussi, tu me diras) (pour Clivon Little qui joue le DJ, on me dit aussi) Robin Williams donc qui crie « Gooooood Mooooornig Vietnam !!! » ce que j’ai adoré cette façon de dire merde à l’uniforme, l’armée, l’imbécilité, tu te souviens ?

avec ce sourire, cette joie de vivre – et la guerre… – ce sont des films qui restent, ils sont là, un peu comme les images dont on rêve, moi j’ai cette impression, un peu aussi comme certaines musiques, certaines chansons tout autant, des choses qui sont là, qu’on entend, qu’on écoute et qu’on regarde (là, c’est Shock corridor  Samuel Fuller, 1963) c’est pas dans l’émission, mais tant pis

) c’est là, un pli une lettre une enveloppe, c’est à l’intérieur de nous – ça nous accompagne, ça nous rassure et ça nous aide parce que le monde réel est si présent aussi, on veut s’en détacher un peu – je me souviens de cette image de Michel Piccoli dans « Habemus papam » (Nanni Moretti, 2011)

ou celle-ci

ce pape qui refuse l’uniforme – se battre, peut-être – à nos âges ? – j’aime ces histoires-là – ici j’ai pris cette image

pour me souvenir que Georges Perec faisait du cinéma, ça me réconforte – je me souviens aussi de Robert Bober, et de son film (Récits d’Ellis Island, 1979) et aussi de son « En remontant la Villin » (1992) dix ans après la mort du Georges – adaptation et dialogue

« Série noire » (Alain Corneau, 1979) non pas que l’artiste (je ne sais pas les comédiens, les acteurs sont-ils des artistes ? je ne sais pas) Patrick Dewaere me soit quelque chose pourtant, mais dans ce film-ci, oui, c’était l’année du début des études de cinéma – oublier, reconnaître, le monde tourne – sans doute quelques regrets – mais ils ne me sont de rien – ici un vieil homme

« Umberto D » (Vittorio de Sica, 1952) déchirant (Carlo Battisti…), je ne sais plus ce que fait ici cette image, peut-être vient-elle d’ailleurs, mais c’est l’Italie qui revient de tellement loin – l’Italie, oui – ces temps-ci elle semble retourner vers ces démons – je préfère aller au cinéma, c’est vrai –

cette image-là, où Charlie Chaplin se rend compte que la dictature et la démocratie empruntent les mêmes voies (les mêmes voix : celles de la radio) et ce désespoir qui se lit sur ses rides (Le Dictateur, Charlie Chaplin, 1939) – la conscience ne suffit pas, il nous faut l’action aussi : alors faire, et encore et continuer…

Pour finir comme il faut, cette image de Christopher Walken (un des acteurs fétiches du chroniqueur) qui danse dans ce clip d’un DJ (clip réalisé par Spike Jonze – ici à regarder – réalisé en 2000)

il dort, puis se réveille en rêve puis danse et se rendort… Et il se réveille parce que bien sûr et d’abord, sans doute peut-être, je ne sais pas bien, mais la radio diffuse de la musique  (première à éclairer la nuit…)…

 

C’est ça l’amour

 

 

On avait aimé Party Girl où Catherine Burger travaillait avec une de ses acolytes femissiens (Marie Amachoukeli) et Samuel Theis (qui tenait un rôle à l’écran aussi). Ici aussi, nous serons à Forbach (ville du nord est de notre beau pays), et nous suivrons une histoire de famille (le cinéma français a ses thèmes ou ses genres : ici, l’un d’eux donc). A l’image, on trouvera Julien Poupard aussi : une espèce de groupe (l’union fait, aussi, la force). Dans l’image, on croisera la directrice de production (elle interprète la mère), la décoratrice (elle est la supérieure hiérarchique du père, lequel bosse en préfecture), la directrice de distribution (dans le rôle d’une camionneuse en short) (je n’aime pas le mot « casting »). L’amour des acteurs (une direction amoureuse, oui) et un scénario comme on aime : l’éveil la recherche la vraie vie un petit peu (je dis ça parce qu’il y a de l’autobiographie dans l’histoire : je me demandai de qui – la plus jeune, Frida ou l’aînée Niki – j’ai pensé Frida… (quelqu’un pour répondre dans la maison ?) il paraît que la maison est celle du père de la réalisatrice, lequel ressemble au sien comme je lui ressemble moi-même – une même histoire, un même amour des enfants, une joie de vivre et de partager)

L’histoire d’un père (Bouli Lanners, adorable)

et de ses deux filles (la blonde Frida (ici doublée), la brune Niki) (Justine Lacroix, vraie; Sarah Henochsberg, en acier – magique sûre et loyale)

dont l’épouse (la mère) (Cécile Rémy-Boutang, vibrante et lumineuse) est partie vivre sa vie (comme disait JLG)

Un éclairage de cette difficile passe

pour les filles

comme pour leurs parents, mais puisque c’est ça, l’amour (sans interrogation)

sans doute parviendront-ils (ensemble) à maîtriser l’incendie

Amours, tendresses, désirs, joie de vivre et confiance aussi – danser chanter et croire en notre humanité.

 

C’est ça l’amour, un film de Claire Burger

Cléo

 

 

Repasser en une ce billet sur Cléo (cette merveille) (entendu dans le poste madame Varda indiquer que le film s’appelle « de 5 à 7 » alors qu’il ne dure qu’une heure et demie « peut-être pour donner un côté coquin » au titre. Peut-être). En tout cas, vendredi dernier, je crois bien vers 11 heures, on apprit la mort, le décès, le départ vers d’autres cieux cinémas histoires de la réalisatrice qui tapait les quatre-vingt-dix printemps quand même. On avait vu Visages, villages il y a peu . Sans doute faut-il que les choses se passent – je ne sais plus, je crois que j’ai vu pour la première fois un film d’elle au début des années soixante dix, « La pointe courte » c’est certain, la date il me semble – je me trompe sans doute, peu importe. En une espèce d’hommage, et aussi à cause d’Anne Savelli qui  a écrit le magnifique Décor Daguerre (éditions de l’attente, 2016)  dont on parlait aussi ici et ailleurs, enfin disons que les choses passent, et se passent; les films et les livres resteront, sans doute – qui peut dire cette certitude..?

Par ailleurs, ou dans un même mouvement, lecture à la librairie La Petite Lumière, vers 19h le 10 avril (c’est mercredi prochain et 14 rue Boulard, Paris 14 métro Denfert-Rochereau) de quelques parties de ce Décor Daguerre.

Sur l’image d’entrée, madame Varda entourée de JR et M (à Cannes, il y a bientôt 2 ans je crois bien)

 

 

 

 

Les paroles de la chanson sont de madame Varda, la musique de Michel Legrand (si on osait, on poserait une note de bas de page avec : il faudrait comparer les paroles de cette chanson-là avec celle-ci des Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964) – souviens-toi « non, jamais je ne pourrais vivre sans toi… » etc….) (depuis longtemps Jacques Demy y pense): ici Florence dite Cléo (ainsi qu’Arlette était dite Agnès) (Corinne Marchand, magique)

(j’aime assez « les Moulins de mon coeur » du même musicien) (c’est autre chose, mais c’est important – par ailleurs) (par ailleurs d’ailleurs, ce billet devrait prendre place sur l’Air Nu, pour ouvrir la rubrique « la ville au cinéma » que je tenterais de nourrir durant les années qui viennent 19/20/21 etc) (c’est ainsi qu’on aime envisager les choses – on posera les liens, à mesure et au fur que les choses se dérouleront)

Le film date de 1961, Agnès Varda a trente trois ans, Michel Legrand n’en a pas trente. Illustrant les paroles, des images du film, ci-dessus Corinne Marchand de profil, qui chante lors d’un Discorama (je suis content de réunir tout ce monde dans un billet) de madame Denise Glaser (une autre image en couleur, montrera aussi le domicile de Cléopatre – dite Cléo – 6 rue Huygens, Paris 6). L’un des plus beaux films du monde, quand même il serait français (ou parce que) (quoi que madame Varda naquit à Ixelles, banlieue de Bruxelles, j’aime beaucoup savoir ça), je n’avais pas dix ans (je l’ai vu plus tard, t’inquiète) (plusieurs fois, certes : il m’avait semblé, à la première vision, que la maladie était plus bénigne – une autre fois, qu’elle attendait de savoir si elle était enceinte : les souvenirs, ah Cléo – Florence Victoire, quelle merveille – ils s’évaporent, changent, se muent, et nous restons avec eux, semblables, différents, nos rides et nos yeux et nos sentiments qui parfois nous mentent) (encore à nouveau, le rôle tenu par Antoine était, dans mon esprit, tenu par le prince rouge de Peau d’Âne (Jacques Demy, 1970) le jeune Jacques Perrin – il avait alors vingt ans, et se nomme/ait Simonet – comme le temps change – il a adopté le pseudonyme de sa mère – non, donc, ce n’était pas lui…). On notera aussi que le film se déroule de 5 à 7 mais qu’il ne dure que quatre vingt dix minutes (une demi-heure – comme le condamné à mort – s’est échappée).

Tout commence vers 5 heures, par la visite à la voyante Madame Irma (Loye Payen dit wiki) (j’adore) (elle reçoit rue de Rivoli)et son mari (ne dit rien, non crédité) – on annonce que la mort rôde… –puisles chapeaux, et vient le voyage en taxi (une Déesse conduite par une femme : Lucienne Marchand, peut-être est-ce la soeur de Corinne, je ne sais), l’épisode des étudiants aux Beaux-Arts, et l’arrivée à destination. Ce sont les rues de Paris. Ici, le 6 rue Huygens.Un peu de pathos, certes, mais aussi une mue de cette charmante blonde, elle dit suite à ce plan« je vais m’allonger maintenant que je me suis allongée » (sa peut-être secrétaire gouvernante Angèle (Dominique Davray) à l’arrière plan  qui rit) , elle va recevoir son amant José (José Luis de Villalonga), puis chanter cette chanson lorsque Bob(Michel Legrand donc, à droite le Plumitif Maurice (Serge Korber)) lui indiquera de commencer. C’est après cette chanson qu’elle entamera sa mue (ôter sa perruque, se changer de blanc en noir, j’illustre ensuite, vous verrez)

Ainsi les paroles :

« toutes portes ouvertes /en plein courant d’air/je suis une maison vide/

Sans toi sans toi

comme une île déserte/ Que recouvre la mer/ Mes plages se dévident/

Sans toi sans toi 

Belle en pure perte/ Nue au coeur de l’hiver/ Je suis un corps à vide/ 

Sans toi sans toi

Rongée par le cafard/ Morte au cercueil de verre/ Je me couvre de rides/

Sans toi sans toi

Et si tu viens trop tard/ On m’aura mise en terre/ Seule laide et livide/

Sans toi sans toi

Sans toi » 

« Non, dit-elle, seule, laide livide, non !! »

Elle se change (elle sort)et la rue,  et les hommes sur le pas de la porte qui la suivent des yeuxsuivre la rue, effrayerles pigeonsça c’est Paris (et puis aller, marcher) (boulevard Edgar Quinet, l’avaleur de grenouilles, le type qui se perce le bras de son aiguille (un poignard javanais dit le scénario), les gens les cafés les gens les gens…) retrouver son amie Dorothée (Dorothée Blanck) qui pose nue dans un atelier de sculpture, s’en aller(la décapotable (on pense à la voiture amphibie des Rendez-vous de Juillet, évidemment ( Jacques Becker, 1948), les bobines de film…)le cinéma où officie le projectionniste , l’ami l’amant Raoul (Raymond Cauchetier, aussi crédité au générique comme photographe de plateau – on se souvient, à cette occasion, des débuts d’Agnès Varda en photographe de plateau des scènes de Jean Vilar, quelques années auparavant), on y donne « Elmer Gantry le Charlatan » (Richard Brooks, 1960) (et aussi en avant-programme sans doute, « Les fiancés du pont Macdonald » tourné à la Villette) le cinéma de la rue Delambre (Oh Burt…!), non loin de cette gare Montparnasse (lien vers le Montparnasse Monde) (et tout, souvent, illustré de ces gens)puis viendra l’épisode la scène la séquence du parc Montsouris (non loin de là, mais il n’y faut voir que des souvenirs réorganisés, mais quand même, malgré tout, là vivrait – quelques années plus tard – Coluche, non loin juste au dessus et de la prison de la Santé et de l’hôpital Sainte Anne juste là, le réservoir)Cléo seule (sans personne, livide…) et puis voici qu’apparaît Antoine (Antoine Bourseiller – à la ville, le père de la fille de madame Varda, Rosalie)le filigrane indique la guerre d’Algérie (début des années 60, Edith Piaf qui manque sons suicide, la guerre d’Algérie qui revient comme aux Parapluies…), on parle on se raconte, la maladie, l’engagement, la vie et la mort, quelque chose dans le regard de Cléo qui indique une espèce de chemindescendre ensemble le boulevard de l’Hôpital, à deux plus rien n’existerait ? – il me semble me souvenir qu’il s’agit du 67 – et dès lors la ligne – comme la 29 de Jacques Roubaud – garde sur elle – ou la 91 de l’Employée aux écritures – toute la profondeur des rues de Paris – on arrive, on croise le médecin (on lui donnerait bien quelques gifles – finalement non, la mort s’éloigne vite)il faudra se soigner, sans doute, mais il est déjà 7 heures, raccompagner Antoine par le pont d’Austerlitz (on se souvient aussi de « L’Homme de Rio » (Philippe de Broca, 1964) parce que, aussi, Françoise Dorléac…) (mais on se souvient aussi de Charonne, et de ces moments de guerre) qui s’en va à la guerre, pacifier… Il reviendra, Cléo…

 

Cléo de 5 à 7, un film d’Agnès Varda.

 

3 films français

 

 

 

Trois fois sur le métier – trois films français – et pourtant, la nation… – enfin surtout lorsqu’elle est représentée par celui qui nous promet « le pire » – je suis tellement dégoûté de cette tournure – « lorsqu’on va dans des manifestations, on est complice du pire » a-t-il le front d’affirmer – mais n’importe on n’est pas là pour parler de cet ectoplasme en manche de chemise – cependant, il n’est pas douteux que le pire est à venir…

Brisons là, parlons d’autre chose.

Ce sera dans la pièce à vivre, ce sera facile comme une comédie, il n’y aura pas trop de tristesse, pas trop de drame, et la vie, comme un rêve…

Une première avec « les Estivants » (Valéria Bruni-Tedesci dans le premier rôle, une famille riche, des serviteurs, lutte des classes et faux semblants – quelque chose qui nous met mal à l’aise, mais le propos est de comédie, quand même – une fin dans le brouillard, somptueuse – de toutes les manières, VBT on l’aime (elle peut avoir le beauf qu’elle veut – et celui qu’elle a l’est particulièrement) – ça se passe dans sa villa du cap Nègre, sa mère, sa fille et sa tante sont au générique aussi- quelque chose avec les acteurs, formidable)

Une deuxième avec « Tout ce qu’il me reste de la révolution » (Judith Davis, extra) – il s’agit d’un collectif, on se réunit dans une salle de classe mise à disposition par un directeur d’école (l’amoureux qui vient) et on parle de choses qui nous émeuvent : par exemple, on énonce une chose dont on est sûr et certain (quelque chose de magique – vers la fin son beauf gifle sa meilleure amie (photo d’entrée de billet : Claire Dumas, extra aussi)  parce qu’il se laisse entraîner à jouer le rôle qu’il joue dans sa vie professionnelle) (beaucoup de tendresse de nervosité de vérités)

Et trois avec « Deux fils » (ici, Yvan, le cadet – incarné par un Mathieu Capella dont il semble qu’il s’agisse d’un premier rôle)

– à la réalisation Félix Moati, un acteur aussi qu’on avait aimé dans « Gaspard va au mariage » (Antony Cordier, 2017), qui joue aussi dans « Le grand bain » (Gilles Lelouche, 2018) – avec une merveille lorsque la protale du lycée de cet Yvan annonce à son père (Benoît Poolvoerde, en écrivain qui a jeté aux orties son cabinet de médecin) « Yvan traverse un épisode compliqué de sa vie… avec votre cancer » et lui « Je n’ai pas de cancer…  » (il sourit)

– un peu Quatre cents coups (le « ma mère est morte ! » de Doisnel, tu te souviens sûrement), un peu comédie américaine (dialogues ping pong, et drôles et des sous-titres sous l’eau sans qu’on entendent les deux amoureux se parler puisqu’ils ne se parlent pas… – l’aîné (Vincent Lacoste) et Anaïs Demoustier) quelque chose du cinéma, de la comédie, de la légèreté et du rire – quelque chose aussi de la maladie du monde, d’ici, cette France… : on en a un peu besoin quand même (en tout cas plus que de ce « grand » débat enfumant le reste des vérités (on y retourne samedi ?) (euh oui… mais au cinéma)