Un tour au jardin

 

 

Entretenir sa santé. Courir, avaler des kilomètres, chaussé de sport, vêtements assortis et justaucorps, casquettes et aux oreilles une musique quelconque, qu’on aime sans doute, au loin passent les cigognes

ce ne sont que des gens, bipèdes forcenés, l’âge de leurs artères, courir pour ne pas mourir, pour ne pas vieillir, courir après quelque chose de désirable, courir et respirer, respirer et encore respirer, courir encore quelques pas dans un air presque pur, préserver ses capacités pour les mettre au service de sa feuille de paye, les virements ici les agios là, les intérêts et les marges, parce que le crédit qui va le payer, la maison, bien sûr, nous convenait comme le gant à la main, elle nous était prédestinée sûrement, dès que nous y sommes entrés, ça a été comme un coup de foudre, bien sûr pour nous

et pour notre fille à venir, puis le deuxième enfant, oui, le tout est de continuer à courir, courir, voilà, courir, les lotissements, les voitures, l’électricité, l’atome aussi bien, les avions et les embouteillages de la fin des vacances, tu sais quoi ? j’ai adoré écrire cette histoire, il y avait des trains qui allaient et venaient, tout le jour, dès le matin, ces maisons qu’on trouve dans des enlacements en impasse, ces maisons toutes semblables, j’ai pensé aussi à elles lorsque le milliardaire qui s’en était fait le maçon s’est offert la douane de mer à Venise, après s’être acheté un palais sur le grand canal, courir, éliminer les toxines, courir encore, suer tant bien que mal, avancer sur le chemin de ce destin écrit pour nous, courir, sentir cette chaleur dispensée par nos muscles qui travaillent, travailler, courir, travailler

il y avait eu cette émission de radio, aussi, où on nous expliquait que chacun dans son coin faisait ce qu’il avait envie de faire, au milieu des autres, la vie urbaine, la vie en ville, la vie dans sa propre maison, courir autour du lotissement, autour des hectares de verdure, les montées et les descentes des Buttes Chaumont, les landaus du parc Montceau, les appareils photo et les cannes à selfie des Tuileries

courir courir comme s’il en allait de notre vie, courir autour, courir encore courir, chevilles et genoux coudes au corps, casque sur les oreilles, casquette à la tête courir, puis revenir, revenir revenir, la sueur qui marque le vêtement, les chaussures, les chaussettes qu’on vend par douzaines, les magasins à cette enseigne, nous autres humains courir même s’il pleut, courir et encore courir après l’avenir, le matin plus que le soir, mais la nuit oui, courir, avancer droit devant soi, à la nuit et puis, à un moment cesser

le é de cinéma

 

 

Il en est des lieux comme des gens: ils apparaissent, puis s’en vont sans qu’on y prenne garde. Je déteste ça, dans ce monde : dans ma petite enfance, je me souviens de cette carte postale que j’avais envoyée à mes soeurs de la Bourboule (tu vois comme les choses changent, hein), il s’agissait je la revois d’une girafe qui faisait « loin des yeux mais pas loin du coeur » j’y étais avec TNPPI pour curer mes bronches de cet asthme qui me valut, bien des années après, d’échapper à cette saloperie d’armée (je suis un « grand malade » suivant cette nomenclature, statut établi à l’hôpital de Percy (Clamart) au péril de ma vie (j’ai failli y passer, ce jour-là); je me souviens aussi de la journée de « don du sang » obligatoire où les appelés comme des mouches mais dans de grands « vlouffff » tombaient sur le sol de la tente dressée là pour l’occasion – pour ma part, l’appelé chargé de la mise en place de l’aiguille du prélèvement s’y reprit à trois ou quatre fois, ne trouva pas ma veine à mon bras droit, signa la pelure rose de la réalité de mon don et me libéra : j’avais gagné vingt quatre heures de permission…) (cela se déroulait au siècle dernier, mais il n’y a pas prescription). Mais en revanche, j’aime les souvenirs et ce matin m’est apparue cette image qui faisait suite à celle-ci capturée à la fin de mois dernier (il se trouve qu’elle est en date du 18 juillet et que le lendemain TNPPI tirait sa révérence – je l’aime toujours). Ce matin, donc cette image-làle cinéma (de plein air, disait-on) déménage : il est arrivé au parc dans les débuts quatre vingt dix, et plusieurs fois, j’en ai enquêté les publics – on était assez mal reçu, mais au début on percevait quand même quelque chose de la joie, ou de la détente. Je ne sais plus les films donnésmais ça n’a pas beaucoup d’importance – lorsqu’il pleuvait, abandon de terrain; on avait réservé une fois un transat à mon intention, je ne l’ai jamais utilisé, j’avais un  travail à exécuter et je le faisais, voilà tout, des spectateurs, des bouteilles de vin, du saucisson et des rillettes, des tartes préparées tout exprès, des sièges de fortune – un siège arrière de deux chevaux, je me souviens – la débrouille normale, la nuit qui tombe comme l’humidité et puis le film se termine et on rentre chez soi… Un peu plus haut sur l’avenue, on a posé les lettres du mot cinéma, ici le éen haut à gauche, bord cadre, je me suis souvenu de ce temps… Les enquêtes sur le jazz, celles sur les autres manifestations, j’avais un goût marqué pour le jardin, comme aujourd’hui (je me souviens de cette exposition du jardinier Gilles Clément, je me souviens de choses et d’autres : c’est qu’un mail, hier, m’a remémoré cette époque, l’ambiance de maçon qui y régnaitmes études de cinéma ne datent pas d’hier, mon travail dans ce milieu non plus, j’aime toujours autant les italiens, les américains, moins les français qu’est-ce qu’on peut y faire ? je me souviens de cet architecte à la retraite -short marcel méduses – qui venait d’Opéra à pieds et qui y retournerait par le même chemin « c’est tout droit » disait-il (l’avenue Jean Jaurès est en droite ligne de la rue Lafayette et de l’Opéra, certes), de nombre de personnes et je me souviens des entretiens filmés pour l’exposition de la fête foraine, autres temps ?sans doute, il y avait au bas d’un pavillon (Janvier peut-être ?) une bibliothèque, j’avais quelques amis dont cette dame, Françoise, qui publiait ce livre sur Belleville – j’allais y habiter – voit-on un rayon vert sur cette image ? on dit bonjour à Eric Rohmer et à Jullouville… – c’est chez Créaphis toujours, un autre ami qui vivait sur les quais de la Seine, le temps est passé, aujourd’hui il faisait beau, j’ai marché, le long du canal on a disposé une promenade surélevée (elle me fait penser à Gênes), j’y ai marché : le goudron s’en effrite, des folies en marquent le chemin (comme partout) : il y avait une émission, aussi, de radio, que je dois écouter, dimanche « l’esprit des lieux » je crois me souvenir, j’ai écrit alors de longs articles sur ces spectacles (je devrais les publier) , ceux du cirque comme ceux du pavillon blanc (Delouvrier de nos jours) (il portait le nom de son concepteur d’alors, Oscar Tusquets, on avait eu l’intention d’y proposer des cuisines du monde, on y donna une exposition de photographies de Jane Evelyn Atwood, elle prit mon texte – merci encore – je me souviens de la pâleur de mon commanditaire lorsque je le lui remis en guise de « rapport d’étude »…)je n’ai pas pris tellement de photographies aujourd’hui, non, j’avais à l’esprit cette institution(on voit mal ici gauche cadre en haut de son trépied le « m » de cinéma et sans doute le « a » vers le milieu de l’image) des gens passaient

vaquaient à contrejour, je me suis souvenu de cette époque et de la fin de mes travaux dans ce lieuil s’agissait d’enquêter de nuit, un spectacle autour d’une exposition, ou l’inverse, électrique, flippers et musique à rompre les tympans (électronique, deux pistes de danse, des jeunes gens soûls et défoncés, qui n’en a pas vu ou croisé ? jusque cinq heures, approcher les personnes qui sortent je me souviens de ce travail, l’un des plus difficiles) (un autre sur la projection en continu – huit heures du soir/neuf heures du matin – du feuilleton « Berlin Alexander platz », on sortait de là ébahis…), j’ai été remercié (c’est ainsi qu’on dit) pour ce travail, les gens sont encore sans doute en place j’imagine (TNPPI pourtant, je sais bien)

il y avait la cité de la musique et le conservatoireoù E. alla jouer du clavecin, je me souviens (si je trouve cette image, je la poste) mais c’est ainsi, les choses changent comme les lieux, les gens aussi, le temps passe, le soleil brille, j’ai regardé un moment ce type-làtout celà, c’est du travail tu comprends bien, ce n’est que ça, finalement, je vois les gens écrire, tenter de publier, s’entraîner, parler vivre, je me dis qu’il est assez inutile de se plaindre, à quoi ça pourrait bien servir (je me souviens qu’à l’occasion de cette fracture, j’avais écrit « détester être maltraité » mais est-ce que ça a de l’importance ? aujourd’hui, vingt ans après ?en réalité, beaucoup : toujours cette fêlure, cette trace à combler, cette disposition à souffrir pour des bêtises, qu’en a-t-on à faire ? « bien faire et laisser dire » comme elle disait; de la rancune ? certes; de la haine ? sans aucun doute, il y a dans ces jours-ci quelque chose chez moi, malgré l’incendie, les pertes, les larmes, il y a quelque chose qu’ils n’atteindront jamais, le garder sur soi, avec soi, en soi et continuer

 

 

Il est des moments où je me trompe : ce n’est pas ici que devrait se trouver ce texte, mais sur pendant le week-end, qui ferait un « Oublier Paris » d’un quantième (soixante douze, je le vois et je le ferais) mais je le pose dans cette maison(s)témoin qui accueille souvent des absurdes personnages (les acteurs de cinéma sont souvent absolument absurdes – on a été voir, par exemple, « Une femme douce » (Serguei Loznitsa, 2017) où le personnage principale ne laisse rien voir de ses affects – sans doute n’en a-t-il pas ?) ou des vendeurs assez désoeuvrés  parce qu’il faut la faire vivre – le genre de personnages qui est ici en quelque sorte la référence, assez abjecte je reconnais, ne va embellir l’ambiance, je sais bien, mais ce sont des choses qu’on ne gouverne pas facilement. Donc, à retrouver, sans doute dans quelques jours (le temps que les choses s’apaisent peut-être) d’un autre côté de mon éco-système (comme dit l’autre).

de la musique et de la danse

 

Une espèce de merveille qui envahit l’écran et la salle, c’est la musique et la danse de ce film : elles parviennent à dire l’humanité qui existe en nous, on l’espère, cette vraie humanité qui a parfois un aspect naïf, mais qui existe quand  même, peut-être plus que la haine. Aujourd’hui, c’est l’horreur : des corps jonchent les ramblas, on les a enlevés, on a dû nettoyer, le truc a été revendiqué et ceux qui ont agi l’étaient eux-mêmes par cette sorte de vantardise humaine qui imagine être le centre de la dignité. Ce qu’on a à leur opposer ? De la musique. Et de la danse.

Une horreur, mais nous sommes en vie. Il y a de la musique, des artistes et de la liberté, elle existe cette liberté même si certains aimeraient la ligoter (l’un des films précédents de Tony Gatlif, était intitulé « Liberté » (2010)) . Elle est là, nous l’avons, nous la défendons. Il y a des jeunes filles, deux : l’une, Avril (interprétée par Maryne Canyon)

 

l’autre, Djam (Daphné Patakia, créditée aussi de la chorégraphie)et la production du film est grecque, et turque et française. Peu importe l’ordre mais réunir ces trois institutions sous un même projet est déjà une preuve de la vérité de l’histoire. On se souvient (voilà seulement dix ans) du sauvetage des banques US (cette ignoble et abjecte façon de donner aux plus riches) , eh bien la Grèce (comme le Portugal) payent à présent (et depuis cinq ans au moins) pour ces errements. L’horreur que subit ce peuple et ce pays (ces pays, les pays pauvres) est à l’image des guerres subies elles aussi dans cette partie du monde, ce Moyen-Orient endeuillé déjà de tant et tant de guerres, de réfugiés, de morts tant, et tant, et tant…

Le beau-père de Djam (incarné par Simon Abkarian) Kakourgos, lui donne pour mission d’aller faire forger une bielle pour le moteur du bateau qu’il possède, défectueux et de toutes façons sans objet – il n’y a pas de touristes pour visiter l’île de Lesbos…

Le film trace une route : les deux jeunes femmes vont de Turquie en Grèce, déroulent une histoire, vont, avancent, rient et dansent, mangent et boivent. L’histoire c’est celle de notre vie à nous. Que nous restera-t-il, sinon nos yeux pour fixer les huissiers ? Scène magnifique de cinéma, Djam qui insulte les vautours, magnifique également celle où le moteur du bateau retourne : du vrai cinéma comme on l’aime.

Mission menée à bien : confiance, amour, joie et gratitude… Le reste du monde ? Sans doute, une histoire, des histoires… Mais la vraie dignité humaine est là : chanter, danser et rire. Ce sera tout.

Trois plans formidables : lorsque Kakourgos raconte l’histoire de sa vie avec la mère de Djam… Formidable cinéma à nouveau

A voir, magnifiquement.

Tout l’univers

 

Il s’agit d’une suite à ceci :

Des goûts (et des couleurs)

sans doute probablement.

On s’en fout, aussi, mais quand même : il y a là quelque chose de l’humanité, la vraie, la nomade (au sens où  : sommes-nous si sûrs, nous autres, dans nos immeubles, dans nos villes, ceintes de périphériques, de clôtures, de barrières et de portes, d’être assis sur quelque chose de stable ? Sommes-nous si sûrs, au sein de ces intérieurs douillets, ces centaines de mètres carrés hors d’eau, ces châteaux, ces appartements, ces maisons mêmes, sommes nous si sûrs de l’avenir, de la réalité des choses, de la vérité des sentiments ?). J’ai quelque chose avec (au hasard, Théodore Monod), j’ai quelque chose avec la divagation (la mienne est en ville, la sienne dans le désert, en tous les cas je l’aime bien ce garçon, et j’aime aussi beaucoup le désert, mais peu importe : on parle cinéma).

Du beau cinéma.

 Ni fiction, ni documentaire. Il y a là quelque chose qui intéresse. Une histoire de chance (en italien « fortuna ») – c’est un film italien, « Mister Universo » – un jeune homme (ici à l’image) recherche sa chance (il l’a perdue, on la lui a volée) et va voir ses connaissances (ses tantes, ses oncles, es parents sa famille, tous aussi nomades que lui). Lui est dompteur (un espèce de monsieur Loyal ( habit bleu souligné de rouge, parlant aux fauves, les amadouant, les connaissant, comme des âmes soeurs…). La relation avec les enfants est une sorte d’invariant formidable

on les aime, on les amuse, on leur parle vraiment, des histoires vraies, des histoires à taire, à ne pas divulguer, à garder pour soi, à chérir, à conserver, à sauver. Une si belle histoire

 (on devrait poser un #294 ici, mais enfin passons), chercher, rechercher, suivre, trouver les traces, les pas et les passages, et enfin, oui

« Mister Universo », alias Arthur Robin, gentillesse, indulgence, compréhension humanité… Une merveille, retrouvée en hiver, dans un parc d’attractions fermé…

Il faudrait aller voir le film (réalisé conjointement par Tizza Covvi et Rainer Frimmel), il faudrait comprendre la chance que garde le héros d’avoir, pour amour, une contorsionniste qui cherche elle aussi, qui trouve le fils qui a repris le même numéro que le père, et qui pour elle, grâce à quelques adjuvents

aide la chance à tourner…

Un vrai et beau film, sur l’amour, la superstition, la chance, la gloire, la lumière et somme toute, la vie, ses tourments et ses joies.

 

« Mister Universo », Tizza Covvi et Rainer Frimmel, 2016.

 

 

Z cité perdue

 

Le film nous épargne le « tiré d’une histoire vraie » frelaté qui nous échoit, la plupart du temps, pour faire reluire un scénario bancale. Ici, non, et c’est tant mieux (on remercie de cet égard pour les spectateurs). James Gray, qui en est le réalisateur, n’est pas, dit-on, tellement aimé à Hollywood ni aux Etats (comme disent nos cousins) mais il est tenace (mis en chantier en 2009, produit pour une part par Brad Pitt – qui devait, dit-on encore, tenir le rôle principal – on ne bénéficie de cette aventure qu’à présent, soit 7 ans plus tard) et a de la suite dans les idées (c’est peut-être mal vu : je plains ce pays, qui a élu à sa tête une baudruche terriblement nuisible au reste du monde – je crains pour le mien, de pays,qui se trouve dans l’alternative avec le libéralisme le plus éhonté – j’ai nommé micron et son passage éclair dans un gouvernement, aux finances, où ses notes de frais nous ont épatés – et l’ignominie de l’ordure – la fille du borgne dont on juge ces temps-ci quelques uns des laudateurs (leur chef a pris neuf ans ferme). Ce ne sont que bruits de canalisations d’eaux usées, soit des sondages, mais tout de même, l’état de cette société… On peut aussi voir, en Guyane, les ravages de ces politiques – on peut aussi les voir ici même, à Paris, où la police tue sans sommation des gens – seraient-ils d’une autre contrée…- chez eux sous prétexte qu’ils portent un ciseau à poisson, ou en manifestation, frappe avec violence la jeunesse, éborgne, sodomise : cette société où les contre-pouvoirs sont réduits à n’être que des chambres d’échos de ces paroles ignobles (il y avait ce matin à france culture des émanations nauséabondes et des rires odieux : j’ai tourné le bouton). Alors certes on tente de se réfugier dans la fiction.

On y parvient. C’est un bien beau film : la photo de Darius Khondji n’y est pas pour rien, non plus que la musique  due (pour une part je crois) à Christopher Spelman (qui est à Gray un peu ce que Bernard Hermann était Sir Alfred). Il y a une scène de bal, magnifique; quelques repas et quelques explications devant des parterres de scientifiques géographes, quelques descentes de fleuves, des piranhas et des flèches; des peintures de guerre

ou de paix; quelques sorties en forêt, des « Indiens », des sauvages ou des civilisés (mais ce ne sont pas tous ceux qu’on croie) , on parle de vivre ailleurs, de s’en aller, puis la guerre (la première, les gaz et les tranchées, la boue la mort), on survit, on essaye de passer outre et de se cacher, mais l’aventure reparaît…

Le héros Percy Fawcett (Charlie Hunnam), son ami, Henry Costin (Robert Pattinson), et Arthur Manley, son second ami (Edward Ashley)

Rebondissements, coups de théâtre, courage, loyauté et trahison, féminisme (la femme du héros – interprétée par Sienna Miller – touchante et majestueuse – l’aide, porte ses enfants, et les élève…), avancées dans l’espace et le temps,un film à voir. Pour oublier, peut-être…

avant d’entrer au cinéma, le ciel, au dessus de Pantin

Bon film, hein…

 

 

Ma mère (il faut quand même que j’en parle de temps à autre) avait coutume de schtrater pour aller au cinéma – elle aimait beaucoup Errol Flinn si je ne m’abuse, et j’ai toujours cette vision de lui dans « Les aventures de Robin des bois » (Michaël Curtiz et William Keighley, 1938) en train de manger du poulet (le pilon, bien sûr), dans la forêt de Sherwood) (y’avait aussi Olivia de Haviland, mais bon, bref) (schtrater c’est son mot (à ma mère, pas à Olivia, entendons-nous bien) pour sécher, n’y pas aller, envoyer chier l’emploi du temps, comme tu veux – et pour ma part, j’ai suivi des études de cinéma – je n’avais pas à m’emmerder la vie avec de fausses raisons, j’allais au cinéma pour l’étudier – jusque quatre fois par jour, tu imagines la détresse…)

Mais à présent, ça commence à m’ennuyer sérieusement (je me suis dit je vais faire autre chose dans cette maison-fantôme comme un vaisseau, je suis le Hollandais Volant (je suis James Mason) et le voilier jamais plus n’accostera, ou alors peut-être seulement un soir, tard, à la Vallette… J’ai gagné une place, j’y fus hier – j’écris aujourd’hui, c’est mardi, demain c’est mercredi, on change de film et tout ça tourne encore et toujours… Pour faire autre chose, je repasserai (mais j’ai une chronique sur le feu, avec ce « Une fuite en Egypte » (Philippe de Jonckheere, inculte) bardé de points-virgules : ce sera pour une autre fois, mais bientôt; et je te le flanquerai dans la cuisine; non mais eh; pourquoi pas ? Enfin bref.

Il semble que ce beau pays (où des présidentiables aiment à se faire offrir des costumes à six mille cinq par des amis) (les présidentiables ont les amis qu’ils méritent, hein) (enfin deuzèf) dans ce beau pays, donc, on a produit l’année dernière plus de trois cents longs métrages. Hier, j’en ai vu l’un d’eux, voilà tout.

 

C’est une histoire tragique même si l’héroïne (Claire alias Catherine Frot) fait un métier magnifique – sans doute le plus vieux du monde, s’il s’agit d’un métier – elle est sage-femme, et met au monde (« en vrai mais en Belgique » dira le réalisateur présent à la séance du Louxor) (en France, on n’a pas le droit de filmer ce type d’exercice) des humains, futurs quelque chose espérons, dans des conditions parfois difficiles. Béatrice (Catherine Deneuve) va mourir, je dévoile, c’est égal, et cherche à revoir son amour (il se trouve que c’est le père de Claire, il se trouve que cet homme s’est suicidé et on n’en saura pas vraiment la raison – il flotte dans l’air le fantasme qu’il se serait tué parce que Béatrice l’aurait quitté, mais bof, ça ne tient pas tellement) mais la force du fantasme, c’est que cette éventualité est défendue par Claire qui donc, au début du film, éprouve pour cette Béatrice quelque chose comme de la haine (lorsqu’elle s’en est allée, toutes deux s’entendaient bien, elles riaient etc etc). Elles en rient encore un peu, trente ans plus tard (je mets cette photo-là parce que mes mômes sont nées là-bas, c’est tout).

(c’est laborieux, putain). Tant pis, Béatrice va mourir, elle le sait, tumeur au cerveau elle est condamnée, elle le sait, elle s’en fout, boit du pif, fume des clopes, joue aux cartes. Irruption dans la vie de Claire qui vit plutôt seule avec son fils (Simon, interprété par Quentin Dolmaire – qu’on a vu dans le film d’Arnaud Desplechins, « Trois souvenirs de ma jeunesse » en 2015)

et qui cultive un bout de jardin dans la banlieue de Mantes-la-Jolie, où elle habite. Le voisin du jardin, c’est Paul (Olivier Gourmet) (enfin le fils du voisin)

Paul conduit un poids-lourd jusqu’en Pologne, en Russie peut-être, il rapporte de ses voyages du caviar du vin des trucs, il est sympathique, elle aussi, les voilà ensemble, et Claire qui débarque dans cette vie, pour y mourir.

Des dialogues formidables, surtout pour Béatrice, un rôle en or massif comme ses bijoux, une merveille en réalité qui, si elle est ici expliquée, perd tout son charme. Le merveilleux qui s’établit, c’est dans les baisers qu’on le trouve : il y en aura au moins trois. Le premier, c’est celui qu’échangent Claire et Paul (jusqu’ici, tout va bien). Le deuxième, tellement juste, c’est celui que Béatrice sans y penser donne à Simon (il faut dire que c’est le portrait craché de son grand-père). Le troisième, magnifique, c’est celui que Claire donne à Béatrice. C’est cette forme de relation mère-fille qui est magnifique – et d’autant plus que Béatrice n’est pas la mère de Claire, sinon dans la fiction, celle-là même qu’on voit se dire sous nos yeux. On aime l’appartement de Mantes-la-Jolie, on aime le jardin, la barque, le poids lourd, on aime à peu près tout. On le dit. Voilà tout.

En prime, le réalisateur, Martin Provot, a déjà réalisé « Séraphine » (2008) avec une Yolande Moreau formidable. Donc, ici aussi, deux femmes formidables, et la sage-femme n’est peut-être pas seulement Claire. Bon film, hein…

visite virtuelle #4 Le jardin

 

 

Ah, mais c’était il y a longtemps, ça, oui, on en mettait autour des propriétés c’était du grand standing oui bien sûr, un peu ce genre de truc, c’est de la ferraille, de la vieille et bonne ferraille mais comme vous voyez, ça peut rouiller aussi, enfin, c’est quand même un truc fait pour durer pas comme maintenant, des dizaines et des dizaines d’années, maintenant on aime quand ça change, ça ne se fait plus non, mais oui c’était là pour ceindre, on avait l’ambition de donner aux choses des abords singularisés et distingués, oui, on avait aussi la possibilité de mettre des murs de briques tout autour des jardins, parfois on les doublait d’une haie en troènes, puis une porte en bois dur, parfois même pas, ça entourait, ça disait ici c’est privé, aujourd’hui, comme vous savez, ce sont, nous avons opté pour des pelouses rases rasées qui entourent les bâtiments, les lotissements, les pavillons… Oh, c’est beaucoup mieux, mais on mettait ça en ville surtout, autour, on pouvait voir au travers, il y en a aussi autour des gares…

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c’est juste fait pour ceindre, pour empêcher aussi qu’un de ces olibrius désemparés se jette sur les voies et empêche les trains de faire leur boulot par le fait, c’est arrivé, vous ne croiriez pas l’imagination que peuvent avoir ces individus pour se supprimer, c’est à ne pas croire, mais enfin voilà, ici vous avez votre magnifique portion de gazon, là, semblable à celle que vous avez sur l’arrière, une plante grasse, ça habille, c’est un peu la campagne comme vous le voyez, et aussi là, vous pourrez emprunter le chemin qu’on va garnir pour le coup avec des petits cailloux – la teinte est standard partout, sur tous les lots oui, voilà,  c’est uniforme et c’est joli, ça donne à l’ensemble une gaieté particulière, vous ne trouvez pas ? un peu ce qu’on a coutume d’appeler une « french touch » n’est-ce pas ahah… et puis pour garer l’auto, il y a une place aussi pour la petite voiture dans le garage, ah oui, c’est spacieux, ah mais oui bien sûr, c’est en béton lissé, le petit portail est électrique bien sûr la porte… ah oui blanche, oui, c’est contractuel ça, oui, en matériau composite de dernière génération, léger, fiable, imputrescible,  on l’utilise pour construire les fusées vous savez, eh oui, tout à fait, c’est garanti, absolument, alors bien sûr, si vous y tenez, mais il y a un supplément non négligeable tout de même, on pourrait si vous y tenez faire en sorte de vous faire bénéficier d’une sorte de comment dire ? reconstitution de ce type de grille, oui, c’est une grille voilà…

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non, mais ça cache aussi la vue, c’est certain, ça a un effet dissuasif mais c’est aussi un peu gênant, ça ne s’utilise qu’en ville en même temps, vous pouvez bien sûr en bénéficier si vous y tenez mais je ne vous le conseille pas, ce n’est pas que ce soit interdit, comprenez-moi bien, c’est une dépense inutile je pense, c’est certain oui, mais vous verrez comme ça change tout d’être propriétaire, on jouit d’une position assurée, stable, confortable, d’autant plus qu’ici nous avons l’ambition de donner à nos clients une gentrification à échelle et visage humain…

Une gentrification ?…  Mais c’est un sursaut, un bond en avant, une réelle adaptation au milieu des classes supérieures aisées, de la vidéo-surveillance aux contrôles aux entrées du…

Mais évidemment, par des personnes assermentées, bien sûr…

La plupart des lots sont déjà partis, vous êtes au courant je suppose mais il ne s’agit pas de vous presser, non plus que de vous imposer quoi que ce soit, il est certain que, cependant si je peux me permettre évidemment, il est certain que pour ceindre rien ne vaut un beau gazon bien entretenu d’ailleurs vous pourrez constater que nous proposons la prestation, ici, voilà oui, là, payable au mois, afin d’entretenir comme il se doit ce petit coin de campagne, ce sera une merveille, une espèce de paradis individuel… Oui, la plupart des personnes qui nous ont approché ont décidé de prendre une option sur ce service, oui, c’est normal, tout à fait normal bien sûr, on comprend que quand on travaille toute la semaine, bien sûr, on préfère jouir de son coin de ciel bleu plutôt que de s’échiner à entretenir bien sûr, et puis l’outillage, il faut aussi y penser, bien que, naturellement, vous ayez la possibilité avec le garage… Evidemment, il faut réfléchir.

Bien sûr, évidemment.

Oui.

Quand vous voulez, nous sommes à votre disposition.

Sept vingt quatre, parfaitement, sur notre site, réponse garantie dans l’heure moyennant un supplément, vous savez de nos jours, tout se paye, n’est-ce pas…

Voilà. Oui, c’est pour vous…

Uniquement pour vous, c’est notre devise… Voilà, oui, madame, monsieur au plaisir, oui. Parfaitement, ici, mon téléphone, personnel et direct. Voilà.

A vous aussi.

maison(s)idéale

 

 

Il faut bien qu’on revienne, évidemment, pas nécessairement par le cinéma (l’été ne se prête pas aux films, les cinéphiles ne bronzent pas, haves, yeux fatigués, barbes et rides, ils ne considèrent pas le commun des mortels, des spectateurs, comme des objets dignes de quelque foi, ils vont, ils errent (certains à Venise sur le lido, d’autres à Locarno du moins ceux dont les finances le permettent) en ville…)

J’ai tout à l’heure cherché un film (aujourd’hui, il fait trente cinq et le parisien -comme la parisienne – sue), mais il n’y avait rien à mon goût, mon entendement, mon envie peut-être.
J’ai regardé sur le bureau (j’ai comme sale habitude de laisser traîner des images sur le bureau (je les prends dans le téléphone, je les remets de face, et j’attends qu’elles veuillent bien se prêter à un quelconque exercice)).

Cet été, il a été question de jardinage (couper des branches trop abondantes sur le cerisier, tailler des haies, ranger un peu le garage), et de trouver du bois pour l’hiver (mais je n’y vais guère en hiver). Cet été, après les vacances, on a donc continué à aménager la maison idéale (elle n’est témoin qu’ici, il faut que les choses évoluent, qu’elles vivent et continuent à embellir).

On a posé des chaises en osier au coin de la salle dans l’idée de la maison d’Erétria.

maison idéale 1

Dehors s’ouvraient les roses à nouveau (en spécial dédicace à Maryse Hache)

maison idéale 2

Lentement sur le devant de la maison poussait encore de l’herbe, comme à l’accoutumée. Verte, puis jaunie. On s’est promené, à travers champ pour trouver une sorte de raccourci pour ne pas suivre la grande route, on s’est perdu, on s’est retrouvé… La maison, il la faudrait à la campagne, il lui faudrait être au milieu des champs qu’on moissonne, il faudrait aussi qu’il y fasse parfois un vent doux, on aurait la joie d’y boire un verre à l’ombre, on lirait tranquillement quelque livre (l’été fut Modiano, mais en Grèce), on écouterait voler les hirondelles et le soir venu passerait à très basse altitude quelque chauve-souris myope ou bigleuse, il ferait tard et soir et doux encore, tomberait la nuit, on aurait tenté d’oublier les horreurs et quotidiennes les guerres et ce mon de réel, doucement sous un ciel profond et bleu, il ferait bon savoir que demain se lèverait un nouveau et beau jour

maison idéale 3

 

Mardi soir sur la terre

 

(Qu’est-ce donc que cette maison, ce témoin, ce lieu ébouriffé mais sage, aussi bien pourrait-on poser ici quelque chose de l’atelier d’été pourquoi pas, réceptacle, billet de blog , pourquoi ici, quelle question toujours semblable, ici on reçoit, on entre en laissant à la porte toute illusion, comme dans un moulin, entre ici Jean Moulin, panthéon de quoi, roses posées sur les tombes tendues par des mains complaisantes, magie des images, des mots, des sens, qu’est-ce donc ? Au même moment, sensiblement, que ce qui va être ici rapporté se déroulait, à la porte d’entrée par l’Asie de ce continent-ci, un drame abominable mais réfléchi, ourdi, organisé : trois hommes préparaient leurs affaires, ils s’en allaient, sur eux pesaient la folie et les détonateurs, les armes et leurs munitions, bientôt quarante et un  quarante trois  cinq morts et deux cent cinquante blessés dans le hall d’un aéroport, de quelle idée maudite pouvaient-ils donc être animés ? Sur Paris, ce soir-là il faisait si beau, il faisait si doux et des hommes, tout comme nous, qui en avaient décidé, réalisant leur acte ignoble, montaient dans un taxi, complice ou pas, lequel roulerait bientôt vers cette espèce de gare, ultra-protégée nous dit-on, afin de tenter de tuer notre liberté. Sur ce monde-là. Détestables) 

 

La vie continue. Sur le boulevard (c’est celui de la Villette, c’est à Paris 19) on a restauré voilà quelques années (peut-être quinze) un lycée professionnel ( il se nommait Diderot, je crois qu’il en reste quelque chose au fronton – se servir de ce satané robot pour en savoir quelque chose, en garder quelque trace, regarder les images

école 3

on ne voit pas très bien, mais c’est comme dans le marbre mais là dans la pierre inscrit « lycée technique municipal Diderot« ) (on a du garder ça pour faire couleur locale quelque chose, je suppose), on dézoome, ça se présente comme ça depuis le boulevard (ENSAPB : école nationale supérieure d’architecture de Paris Belleville, on est bien installé merci de l’accueil…)

école 2

de dessus, la cour en U et derrière le bâtiment du fond, un jardin aux trois arbres (platanes, il m’a semblé, essences d’ici je crois)

école architecture

on a conservé une cheminée, sans doute chauffage quelque chose qu’on aperçoit plus loin

école 4 cheminée

(en bas du cadre, deux des trois arbres du jardin) laquelle cheminée est encore visible de la rue (Burnouf en l’occurrence : l’indianiste ou le père philologue, enfin gens lettrés dix septième dix huitième siècle pour une rue dans le dix neuvième – traversez le boulevard, vous serez dans le dix, en même temps)

école 5 burnouf

auspices architecturaux, on entre, on monte au premier étage, une salle (open bar, des spectateurs et des performers : on doit à la vérité de dire que  l’entièreté du collectif L’aiR Nu – qui ces jours-ci lance un appel à dons chez ulule – était présent au grand complet puisque Mathilde Roux présentait des oeuvres – toujours magnifiques – en une sorte de dialogue avec d’autres d’Anaël Chadli – elles aussi…), puis Yves Boudier, à l’invitation de Cécile Portier (et l’inverse, certes), présentera la soirée titrée « Cartographie & Poésie, espaces de transformation »

marché de la poésie 1

ça commencera côté jardin, pour revenir dans cette salle plus tard. On part, on sort, on croise escaliers volumes verres et matériaux

marché de la poésie 2 escalier école

la lecture de Charles Robinson commence, elle est écrite sur des feuilles de papier, on écoute, sur les toits écoutent aussi les oiseaux

marché de la poésie 4 toit

presque informelle, lecture au milieu des auditeurs

marché de la poésie 3

puis dans le jardin, sous les arbres

marché de la poésie 5 robinson

cadre idyllique, entendre, écouter

marché de la poésie 6 batteur

un batteur improvise en écho, attention attentive

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lieu ouvert, presque public, on téléphone aussi

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lecture continue, drôle rare parfois crue cruelle acérée

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on rit, on applaudit, au sol dorment des galets

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et deux pièces de monnaie

marché 9 galets

on écoute, à la lecture, Anaël Chadli

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oui, chacun se replace, s’assoit, il lit, une espèce de livre unique, prototype blanc marqué de petites plaquettes autocollantes et rouges (elles ont disparu à l’image)  lecture comme d’un journal citations

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jardin écoute saxophone

marché de la poésie sax 1

douceur de juin, fin de mois, de saison, écoles et examens (derrière les feuilles, le batteur est toujours là)

marché de la poésie Sax 2

et puis on rentrera, trois objets attendront

marché de la poésie 14 intérieur

Cécile Portier fera part, lisant sur son téléphone portable, d’une géographie assez personnelle probablement post troisième guerre, tectonique renversée, plaques chamboulées, mers décentrées

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soutenue par des images au défilement programmé par Stéphane Gantelet, lequel continuera , sous les mots de Juliette Mezenc

marché de la poésie 16 juliette mézenc

qu’elle lit sur une tablette qui l’éclaire mais dans l’ombre (on ne fait que l’entrapercevoir)

marché de la poésie 17 stéphane gantelet

son acoustique faite d’images animées illustrant, espèce de jeu vidéo dans les roses, les verts, les ombres et les surexpositions, le fameux Brise-Lames…

On applaudit, on s’embrasse, je m’en vais, il est dix heures. Du soir du mardi vingt huit juin deux mille seize.

 

 

 

L’amour, la plage

 

(tu sais quoi ? qu’est-ce que ça change que les deux torgnioles du haut de la hiérarchie de cet ectoplasme de pays interdisent de manifester ? ils se ridiculisent un peu plus, voilà tout. Après les propos obscènes rapprochant sans la moindre humanité bris de vitres et enfant orphelin, un troisième ajoute une couche supplémentaire à l’horreur… quelque chose monte, et ils ne le voient pas. Comme disait je ne sais plus qui « nous vivons une époque épique »… Mais il y a aussi le cinéma dans la vie) (je crains pour les vies, cependant et je pense toujours à Romain D. …) 

 

(en même temps, si on veut bien suivre, ce n’est pas parce que Beatrice Morandini Valdirana -alias VBT- dit dans le dialogue qu’on se trouve à Viareggio que c’est la vérité) (hein, en même temps)  Je me rends compte un peu, ça se passe par là (mode de vie, d’été des Italiens à la plage…)

viareggio 1

on est loin, mais c’est, comme dirait l’autre, assez graphique (c’est qui l’autre ?)

Viareggio 2

comme on voit, il en est des bleus, il en est des jaunes et des beiges

Viareggio 3

un certain nombre (c’est sans doute qu’il y a une certaine demande)(c’est bien rangé en tout cas)

Viareggio 4

c’est joli, c’est rigolo, mais pour ma part, je n’y vois pas de plaisir

Viareggio 5

enfin, le satellite a ses limites (on remarquera que je laisse le robot signer ses photos) (quand même : pourtant,c ette marque, quelle cataplasme…), et comme c’est l’été qui vient, même si le climat est complètement pourri (il en va de la météo,mais aussi d’une sorte d’odeur d’insurrection, vous ne trouvez pas ?), c’est la maison toute entière qui sera habitée : les héroïnes, deux femmes

Folles 3

la brune tatouée (sur son épaule gauche, le prénom de son fils Elia), Donatella (Micaela Ramazzotti, à la ville -comme on dit connement, puisque à la campagne c’est aussi vrai -passons passons- épouse du réalisateur -je vais mettre sa photo taleur, qu’on se rende compte), la blonde à l’ombrelle Beatrice (VBT) toutes deux pensionnaires d’une maison(s)psychiatrique italienne (les Italiens aiment leurs fous, on ne peut rien contre ça, ils ne les maltraitent pas, les abattent aussi de calmants sans doute, mais leur donnent une place adoucie dans le monde), toutes deux blessées par un monde cruel, tranchant, cynique, qui les a rendues (un peu) folles (pas mal quand même).

Or elles s’échappent de cet asile (c’est un joli mot, pourtant)

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on les voit ici courir vers le bus 63 (c’est un bus que j’aime à Paris, qui suit la Seine, le boulevard, qui va à la gare de Lyon), elles se prennent d’amitié dans une sorte de cavale sentimentale débridée, éhontée, si joyeuse et gaie, parfois, si terriblement profonde, enkystée, intérieure à d’autres moments

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(on voit au fond la petite auto qu’elles abandonnent à la fin du film), elles s’unissent, recherchent l’enfant de la brune, le retrouvent, le film continue, des chansons, du cinéma (on voit un tournage, un peu comme dans « La nuit américaine » (François Truffaut, 1973), où la mère de Beatrice – qui est à la ville (wtf?) la mère de VBT  – indique que sa fille est assez marginale, disons), mais enfin pas mal de plages, un peu de mer (où la brune tente de se tuer) (non, le film n’est pas si gai, on pleure, ça ne fait rien, le cinéma c’est aussi fait pour ça), beaucoup de soleil, de nature (humaine, vivante, sensible) et de campagne, le tout mis en scène par ce garçon-là (Paolo Virzi, je ne le connais pas, n’en tire aucune fierté – ce sentiment que je hais -, mais la photo l’avantage-t-elle ? je ne sais pas dire)

folle de joie 4

(alors, on peut aussi trouver qu’il est plus facile  pour Beatrice d’être ce qu’elle est puisqu’elle est riche, que ce qui peut se passer se passe aussi parce qu’elle est riche, que la problématique de la mère et du fils est cousue d’un fil tellement italien, épais et lourd – mais l’identité d’un film passe aussi par les stéréotypes qu’il dispose – que la narration et la mise en scène relèvent d’une sorte de classicisme bridé, peut-être, mais l’amour qui unit les deux héroïnes est une figure magnifique et montre, accessoirement, qu’elles ne sont pas si folles – en tout cas, deux rôles en or…) (j’agonis le gimmick de la distribution qui s’oblige à ne pas traduire le titre original « La pazza gioia » -la joie folle, la folle joie peut-être – pour lui préférer « Folles de joie« )