À Victor Jara

 

 

c’est une histoire bourrée d’allégories – comme on aime – on aime le réalisateur, on aime sa manière (il est apparu dans un film de Nanni Moretti, « Santiago Italia » qui est aussi une merveille) – c’est toujours la même histoire, je le crains : la faculté de l’humanité à se détruire, se torturer, se piétiner, se battre, se blesser à mort pour enfin se tuer, j’avais à l’esprit Victor Jara

Patricio Guzman revient au Chili, le temps d’un festival, je crois – rencontre quelques amis, passe au dessus de ces montagnes qui isolent son pays du reste du monde – une île dira son ami écrivain

Jorge Baradit – on sait qu’il s’agit du pays où il est né, on sait qu’il l’a quittât par la grâce de l’ambassade d’Italie – il n’y est pas revenu – le pays a sombré sous l’immonde : une constitution réglée en 1980 en fait le laboratoire du « libéralisme » le plus éhonté. On y parle des montagnes : ici un ami sculpteur qui raconte la pierre de ces montagnes et les témoins qu’elles sont de ces horreurs

Francesco Gazitùa (les images viennent d’un dossier de presse distributeur : si on aime, c’est là) – des hommes des femmes aussi qui se battent pour respirer vivre créer – ici un autre sculpteur

Vicente Gazardo – une de ses œuvres et lui, dans le soleil

et tout est là : traduire ce que disent les roches dans un langage qu’on comprendrait

nous montons, les roches nous parlent – nous marchons : sur ces pavés (une petite scène : magnifique)

où en sont fichés d’autres

pour ne pas oublier, tenter de se souvenir, garder quelque chose de ces gens morts dans d’atroces circonstances, dans la rue, comme les pauvres et les chiens

comment veux-tu qu’on oublie ? Aujourd’hui, le pays est en crise profonde (elle dure depuis la chute d’Allende, le 11 septembre 1973

un séisme, l’allégorie du volcan – chute orchestrée par les US et notamment ce Kissinger de si noire mémoire), aujourd’hui les gens sont, depuis trois semaines dans la rue et continuent d’y mourir encore (on annonce vingt deux morts – mais ces annonces viennent du pouvoir lui-même – comment veux-tu qu’on oublie ?). On croisera Javiera Parra (le coup au cœur, la petite fille de Violeta, elle aussi chanteuse – comment veux-tu qu’elle oublie, elle aussi, comme Patrizio, comme tous ces gens – comme nous ?)

Et puis longuement, cet homme

Pablo Salas – et là, on est un peu frustré – : c’est un cinéaste qui filme toutes les manifestations chiliennes depuis les années quatre-vingt (car on se bat, toujours, depuis…) , on voit ses archives incroyables, on se demande pourtant comment il fait pour vivre (la frustration vient de là) et produire – il est vrai que l’entreprise a un air très artisanale – mais les archives ses archives sont là – mêlées aussi au film lui-même – on se souvient, rien n’est oublié :

ainsi que les montagnes, qui bordent la ville en son est

on se souvient

« n’oubliez jamais » chantait Joe Cocker (en hommage à son père, certes) – ni oubli ni pardon – et aussi, peut-être surtout cette image de l’enfance du réalisateur

cette boite d’allumettes, ces montagnes – les Andes, pillées pour le minerai de cuivre  : la nuit passent les trains qui vont au port, emmener le minerai qui vaut de l’or, dépeçant le pays de ses ressources – ici une mine accès interdit

affrétés par d’opulents hommes d’affaire qui se vautrent et se prélassent dans leurs résidences ultra-surveillées, au bord de lacs qu’ils se sont appropriés avec l’argent du cuivre, privatisés et gardés par l’État lui-même et sa constitution.

N’oubliez jamais.

 

La cordillère des songes, un film de Patrizio Guzman (2019)

en maison[s]témoin, sur le Bouton de nacre (autre merveille du même réalisateur)

 

 

Nettoyer

 

 

 

Ça va être les vacances – on va partir on va revenir – c’est l’important : on va se reposer, on va oublier un peu on va laisser passer les choses – ça ne va pas les changer, si elles doivent arriver, elles arriveront là-bas ici ailleurs – on va lire – prendre le temps de parler avec les autres, écouter ce qu’on a à dire, rire sûrement, s’étonner, poser des questions établir des réalités ou douter des illusions – il va faire beau – on va dans les Abruzzes, en orient d’Italie (ce pays malheureux gouverné par des chiens dont la pape lui-même – c’est pour dire – se défie) puis on passera de l’autre côté de la jambe – la géographie se mue en anatomie – passer les petites montagnes Apennins, tandis que les enfants passeront des jours entiers à Rome – ça ira, jambon pizza melon mozza basilic – ça ira – tomates salades – en attendant passer par le parc et poser ici quelques images qui me font souvenir des todolistes d’il y a quelques années – des images qu’on postait – c’est le matin, le mois d’Août, Paris au parc – petits métiers, nettoyeur jet à haute pression – faire du propre le matin avant l’arrivée des enfants des visiteurs des gens des vieux – tout ce monde-là

il ne fait plus chaud – il a fait mais là, c’est fini – les gens se promènent marchent

ou courent

en bas de la passerelle, une apparition – un nuage, un camion – au fond, à gauche l’hôtel de standing, à gauche la halle qui servait à garer le bétail bovin

au dessus la vague – on se hâte

on passe devant l’opérateur

 

(on va se gêner tiens) apparaît un peu dans la brume le servant du nuage le serveur de nuées

il fait beau – on va à l’expo (cheveux blancs obligent certainement – reliques dorés des saccages de tombes : il y a à voir et à photographier, le populaire s’y presse par centaines de milliers – le million !!! le million!!!) (je ris un peu jaune, je déteste ces raouts) (OSEF on nettoie)

on fait du propre, bruits brumes décors

on aperçoit de mieux en mieux le garçon (c’est un garçon)

il porte un gilet jaune (c’est le règlement, c’est contractuel : ne pas le porter serait probablement considéré (ou aurait été en d’autres temps ?) comme une faute grave lourde rédhibitoire : la porte ! – mais là, il le porte – avez-vous comme moi le sentiment que certains l’arborent de nos jours ? samedi prochain, tu sais quoi? acte 40… nous serons le 17 août – on ne lâchera pas)

bon, voilà qu’à nouveau il se cache – il y a quelque chose de jolie dans ces passages à vide, ces moments où la lumière joue avec l’eau, les gens passent s’amusent un peu – lui bosse…

moi j’avance, je me prépare

je change de route – je me cache : trop tôt

décadré

plan américain – la chance…

faire du propre – j’ai continué j’ai marché : au coin nord du théâtre, je ne l’avais jamais vu – mais il est normal que B2TS apparaisse ici aussi (chapeau melon moustache chaussures de cuir et costumes 3 pièces -je crois qu’il se trouve sur le mur de Saint-Louis aussi)

et à l’angle sur le mur de l’est du même théâtre – je ne sais, sépia un couple d’amis sûrement

au ciel des nuages

(tout à l’heure j’irai voir sans doute Perdrix, puis Nevada, puis d’autres choses encore)

À vous toutes et tous, que cet été vous soit doux

 

 

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

Le Grand bal

 

Toi qui entres en cette maison(s)témoin, abandonne toute idée de vitesse, rapidité ou performance et prends ton temps, celui de regarder cette foule d’images et de personnes – cette maison est le témoin de mes errements mais pas seulement heureusement : j’aime le cinéma (ce qu’on nomme la fiction n’est que la vie réelle tout autant que celle du documentaire) et j’y vais (j’aime les salles de cinéma – moins les affamés ou les gourmands avec leurs papiers sonores comme leurs déglutitions – , celles de Pantin (le ciné 104) ou du coin Magenta Villette – Louxor – bien que la nouvelle idée de ce cinéma municipal soit de donner à voir des publicités quand même elles seraient du coin – ou de l’avenue de Clichy – celui dit « des cinéastes ») (et d’autres évidemment, tant d’autres…). Il me souvient de la fin des années soixante dix, où je tenais pour cette radio-libre une émission du mardi soir (j’allais aux projections de presse sans carte, on me laissait entrer souvent, et je m’en allais en parler ou pas), ici donc j’imagine faire le même travail (je ne suis rémunéré par rien, je paye même ma place, c’est pour dire l’abnégation). Et donc ce film-ci, dans le jardin d’ici, bien que documentaire (je ne goûte guère ce « genre » – mais c’est un principe idiot, et comme on sait c’est en s’appuyant sur les principes qu’ils finissent par céder). Je m’appuie, donc… avec l’aide de nombre d’images fixes (et de deux ou trois chansons).

 

On excusera les cadrages légèrement approximatifs (liserés noirs parfois), je suis trahi par la technique…

 

C’est une affaire (qu’il m’est) difficile à comprendre parce qu’il s’agit surtout d’une espèce de pratique sportive (c’est peut-être le « surtout » qui grince, mais je ne sais pas exactement). La danse.

Il s’agit en tous les cas d’un film documentaire : une (ou deux) semaine(s) par an semble-t-il, on se réunit dans l’Allier afin de la pratiquer, cette danse, à deux, trois, cinq ou cent et plus (« C’était à Gennetines, faubourg de Moulins« ). Disant danse on dit musique et corps, il me semble. Il me semble aussi (mais je n’y suis pas tellement sensible) qu’il s’y joue une esthétique. Passons. Il s’y joue surtout, il me semble encore, quand on parle de bal, un avenir proche et connexe à la sexualité. Si on y tient vraiment, tels étaient mes présupposés.

Cela se passe la nuit, mais dans la journée on apprend avec des artistes qui savent ce qu’ils vous enseignent. « Raconter comment et combien c’est différent quand on ose enfin se toucher ». Ici un Italien

un autre ici (disons catalan, hein – espagnole, ibérique, quelque chose on s’en fout)

une autre là

on apprend dans la journée (la polka, la mazurka, la valse, d’autres tant d’autres sans doute), le soir on danse

on s’invite sans se connaître (parfois) paraît-il mais je crois qu’on y vient surtout se connaissant déjà (ici le trio qui se repose m’a fait penser à ce « Jules et Jim » (François Truffaut, 1962 – pas d’empathie cependant)

on danse tant qu’on se repose aussi (ces sourires sont contrefaits, mais n’importe)

je te dis il s’agit d’un sport (comment ne pas perdre la tête)

où l’on s’embrasse (serré.e par des bras audacieux)

on s’embrasse (car on croit toujours)

et l’on s’aime (aux doux mots d’amour)

et encore (quand ils sont dits avec les yeux)

on se sourit, on se serre

on s’adore

et on danse

pour moi surtout, vraiment surtout, la musique

(attention série) la musique (ils peuvent aussi danser)

celles et ceux qui la jouent

je crois jamais seul

en effet

mais toujours cette grâce : la musique

encore elle

(la chanson de Léo « Le piano du pauvre »  j’y pense, il est là), je l’entends encore

(ce moment-là du film, repris sur cette photo-là, la magie de l’ensemble, les humains, c’est quoi ? ça danse au son de la musique et quand elle s’arrête, ça danse encore et ça chante… une merveille) la chance de le capter, de le revoir, alors la musique chantée (« vous chantiez ? j’en suis fort aise, eh bien dansez maintenant » tu te rappelles)

et puis la musique (pour changer)

la musique

et encore la musique

alors on danse de nuit

et puis encore de jour

et puis à nouveau de nuit

sept jours huit nuits, on danse à perdre la raison ou à la trouver

pour l’amour des autres comme pour l’amour de soi (je ne me souviens pas de lui, mais le voilà seul qui marque le tempo)

et puis la musique et la danse dont on parle

mais peut-être surtout qu’on fait

on tourne encore

et encore et encore

et encore

et encore

… Il fait beau, c’est l’été, on danse, la musique nous charme, il fait beau il fait doux – allez dansez encore

et encore et encore… (on oublie, on laisse la musette à Nogent, on se souvient que l’autre, c’est en sept jours qu’il a fait, bâti créé réalisé construit dit-on ce monde-là, on se souvient de cette chanson qui faisait « et puis y’a l’bal qui vous  flanque des frissons partout/y’a les étoiles qui sont plus belles que les bijoux/y’a les beaux mâles qui vous embrassent dans le cou/l’reste après tout/jm’en fous« )

 

Le Grand bal, un film de Laetitia Carton.

Dans le brouillard

(on ne la voit guère, mais sur l’image ci-dessus, la jeune fille, Haemi, fait signe (de son bras, côté passager) à son ami Lee Jongsu (hors cadre : c’est ce qu’il voit) : elle et son ami Ben arrivent chez lui…)  

 

 

ça va se passer à la campagne (les maison(s)témoin de la campagne, je ne suis pas certain mais les lotissements qui viennent et mangent les abords de la ville, oui) (je ne suis pas sûr) depuis un moment le brouillard est tombé et le type court

on se demande pourquoi – il cherche des serres abandonnées, en plastique, auxquelles son contemporain nommé Ben dit qu’il aime mettre le feu (pourquoi ? pour s’amuser)

(ici, voici Ben) (la question en sous titre s’adresse à la jeune fille, Haemi) un type à l’aise financièrement – il conduit un petit coupé allemand carrera 4S – c’est une voiture qui vaut à peu près dix années de smic – et je me suis arrêté à ça (c’est un peu bête comme idée, mais il en est ainsi) l’homme conduit cette voiture il revient d’Afrique (le Kenya, je crois) en compagnie de cette jeune fille, Haemi, dont notre héros (celui qui court dans le brouillard) est amoureux

ici il est de dos (il se nomme Lee Jongsu), elle est de face, elle paraît plus jolie depuis, dit-elle, qu’elle est passée par le bistouri – alors il la trouvait « moche », quand ils se sont connus, dans la même petite ville de la campagne voilà quinze ans peut-être, mais à présent les choses ont changé – elle doit avoir un charme – c’est à peu près certain, elle en a – mais la voilà qui revient d’Afrique flanquée de ce Ben, riche, sympathique, gai, accueillant, simple : toutes les qualités… et voilà qu’ils viennent le trouver, lui, notre héros, dans sa campagne – ce sont des plans d’une grande beauté lorsqu’elle danse devant eux deux, puis tout à coup, elle se rassoit et s’endort… – tout comme elle disparaît tout à coup… Lui la cherche, court, se demande, mais plus que tout, il cherche quelque chose comme la vérité (où a-t-elle disparu ? est-ce Ben qui l’a perdue, enlevée brûlée vive ou pas ? endormie ? qu’en est-il de leurs relations, à elle, lui, Ben ? toutes sortes de questions inépuisables et justement, tout se trouve dans ces questions)

qui est-il, lui, pour la chercher ? Certes, il l’aime (ou le croit, ou le rêve) mais devant son rival (est-il bien un rival ? ou un ami ? un ennemi ? un double rêvé ?qui est-ce ?) il ne peut rien, ou presque… Mais je voudrais revenir surtout sur la scène finale, où le jeune Lee Jongsu passe devant la voiture qui flambe (et je voudrais revenir sur ce feu, ces flammes) pour me souvenir des formidables histoires qui courent sur le film « Le Guépard » (1) dans lequel Luchino Visconti demandait qu’on dépose dans les tiroirs des commodes du palais des Salina des dentelles, des vêtements de luxe, des chaussures, peut-être des parfums (toutes choses qu’on ne perçoit pas à l’écran, puisque c’est – comme on dit – du « cinéma ») et je me suis dit, reconnaissant le feu qui passe derrière les vitres du petit camion que Lee Jongsu conduit, nu semble-t-il, et laisse derrière lui – je me suis dit : « s’il s’agit d’un vrai feu, ce n’est pas celui de la carrera 4S de Ben » (ici une image d’une serre qui flambe)

vraiment, à l’écran… (mais ce n’est qu’un rêve d’enfant…)

Toute la différence est sans doute là : le cinéma, qu’est-ce que c’est ? Une illusion pour dire le vrai ? ou une vérité pour décrire le mensonge ? En tout cas, Haemi (la jeune fille qui disparaît) qu’on ne reverra plus garde, quelques temps encore après la fin du film, un charme presque inoubliable…

(me revient aussi ce qui se disait d’Andreï Tarkovski dans le Sacrifice où le plan – sublime – de l’incendie de la maison a été réalisé deux fois – à la fin de la deuxième reprise, l’équipe pleurait…)

 

Burning, un film (magnifique, cependant) de Lee Chang-dong (présenté au festival de Cannes en mai)

(1) Formidable livre que la biographie de Luchino Visconti, en folio (4891), par Laurence Schifano « Visconti, une vie exposée »

 

entre ciel et eau

 

 

des îles il y en a pas mal sur le plan d’eau – on fait un effort pour ne pas se croire en ville, ce n’est pas la mer, ce n’est pas l’océan, mais ça ne fait rien, on se baigne et il fait beau – la chance… des vues de haut

c’est une des dernières boucles de l’Oise, avant qu’elle n’aille rejoindre la Seine à Conflans

un paradis, mais d’un jour – baignades surveillées, accès sécurisés,  agents de sécurité – sans doute, quelque chose du contemporain, mais peu importe finalement, ce qui existe vraiment, c’est quelque chose comme une entente

si au loin est la ville

ici semble épargné – on joue, on chante

(un repas accompagné à l’accordéon, des gens, comme vous et moi) et de tous âges, on se promène on se baigne s’il fait beau, ici une mère et sa fille qui discutent de l’avenir (le son du film : une merveille de plus) (ajoutée à celle de la musique due à Yongjin Jeong : extra…)

il y a peut-être quarante petites histoires, les unes rapportées aux autres, les unes et les autres, jeunes vieux filles garçons des histoires, des gens des corps – ma préférée c’est celle du veilleur de nuit, rescapé in extremis, qui m’a fait penser à Doïsotievski, qui en réchappa in extremis aussi –  un petit train

rien, une petite fille qui regarde et le train qui roule : voilà tout, le soleil ou la pluie, une saison sur une île, on trouve parfois un cygne (ici c’est l’hiver)

pas mal de gens qui se marrent

un lieu, un territoire, quelque chose en ville, non loin tout au moins, tout le monde et n’importe qui, ça n’a pas d’importance, on est là et on vit, on se regarde et on se voit, on s’apprécie et on se sourit – ou pas – on s’amuse et on rit, à la nuit on s’en va, et quand l’été sera fini, on attendra (peut-être) le suivant, ici c’est l’automne sûrement

et puis il y aura sans doute l’hiver – on se promènera

le film, quant à lui, sera terminé, monté montré : splendide…

(les 4 dernières images : (c) Julien Vivet , recadrées, contrastées : bibi) (les 4 premières : issues d’une image de drone – via gsw)

L’île au trésor, un film documentaire de Guillaume Brac.

les chevaux (2)

 

Voilà un moment qu’on n’est pas entré dans cette maison (« entre ici Jean Moulin », tsais) c’est que les ennuis techniques alliés des contretemps et des obligations ont posé des barrages difficilement surmontables (apparemment) mais ça n’empêche pas d’aller au cinéma. De un. Et puis une espèce de lassitude vis à vis des choses courantes aussi, la maladie quelque peu, le travail pour une part (Henry Miller  » qu’il aille au diable celui pour qui le travail n’est pas un plaisir »), la relecture, le journal, la perte de quelques objets (retrouvés pour la plupart) toutes sortes de choses qui arrivent, n’empêchent plus de dormir, mais affectent l’allant du rédacteur. En vrai,la fatigue. Mais les histoires aussi parfois peuvent aider à surmonter cet état de l’âme. De deux. Peut-être (écriture qui continue, photographies qui essayent), un brin de défaitisme pour la résidence de la Marsa, la vie continue et les voyages reprendront, je ne m’inquiète plus, juste quelque peines et nostalgies, une espèce d’impression d’un  joug si lourd pour tracter de si lourdes charges – cela changera. Trois. Ici donc à nouveau, une merveille – il en faut – et qui vient d’une femme – et c’est tant mieux – trop choqué des événements de Toronto : cent mille lieues de comprendre le chemin de certains, quelle honte…

 

Les précédents chevaux étaient géorgiens, imbus peut-être d’une sorte de spiritualité qui allait légèrement en biais (ah voilà, il y avait cette chanson texte Louis Aragon, musique et chant Jean Ferrat : « ce qu’on fait de vous hommes femmes… ») (« J’entends j’entends ») (c’est un peu loin, je reconnais) (je m’y perds à peine) (il s’agit plus de l’amble, et des coeurs qui battent ensemble dans cette configuration, il me semble) : avec les animaux (foin des spécistes, et autres végans à la mode), autres habitants du monde, cette sensation d’appartenir aussi au même. Ici aussi : les plus belle images sont celles de ce héros (Brady Jandreau, dans son propre rôle, comme tous les personnages de ce conte si réel) qui parle avec un cheval sauvage, l’apaise, mais le dresse… Au même monde, certes, mais la plus noble conquête de nous.

Hors champ, lorsque dans l’histoire cette bête se blesse, pour garder sa liberté, il faudra l’achever. Et c’est cette mort même qui a servi de point de départ au film (The Rider, Chloé Zhao, 2017, présenté à Cannes en 2017 à la quinzaine des réalisateurs) et de moteur : l’allégorie qu’emploie le jeune cow-boy, cette plume qu’il porte sur son chapeau, sa vie elle-même qui ne vaut plus d’être vécue s’il ne peut plus jouer sa partie au rodéo.

Un accident de rodéo, un de ses amis qui lui aussi s’est trouvé sous les sabots de celui qu’on voulait entraver – le rodéo, que je comprends aussi mal que le base ball, a cette caractéristique – à moins que ce ne soit une qualité – ou un défaut je ne sais pas bien – de faire surgir des affects puissants, un peu comme la boxe, en une mise en scène tragique du couple dominé/dominant que cherche à cacher, voiler, dissimuler la politesse, la société, la vie en société – une visite à l’hôpital où il se trouve, cet ami, et puis des tatouages, et puis des animaux qui vivent ainsi que des hommes et des femmes dans ces grandes étendues étazuniennes (Dakota je crois bien, je suis allé voir avec GSW mais j’ai des difficultés avec les machines, aujourd’hui : un autre jour, peut-être, je trouverai les lieux de tournages).

Mais surtout les liens de fraternité qui existent entre le héros, déchu soigné (la trentaines d’agrafes qui resserrent le cuir de son crâne…) rétabli mais non, incomplet, et sa soeur et son père : cette intimité qu’on voyait aussi dans le film précédent, la réalité de cet humanité, juste magnifiquement suggérée mais montrée. Un bonheur, un plaisir, une joie.

A ne pas manquer (ainsi que le précédent).

Chloé Zhao (déjà croisée ici pour son précédent, magnifique tout autant)

et Brady Jandreau (le bras de l’opérateur, Joshua James Richard; derrière l’ingénieur du son Wolf Synder – ici en lien, le dossier de presse du film – les films du Losange)

 

 

 

Les poissons rouges

 

Comme il n’est pas question de laisser cette maison vide, on se résout à y déposer un billet – même si le film en question a quelque chose qui ne correspond pas vraiment à la passion qui peut animer le rédacteur pour le cinéma : ce n’est pas que le réalisme des faits soit mis en question; peut-être que le monde qu’il décrit est éloigné de celui dans lequel il vit. Il y a pourtant dans cette destination, ce pays, l’Iran, cette campagne et cette ville, quelque chose d’exact et de vrai. Les discussions qui ont lieu dans les voitures, les relations qui ne sont que d’intérêt, sans amour et sans compréhension sinon recours à la force, brute et aveugle, indiquent une disposition plutôt hargneuse et sauvage : il se peut que cette description soit la réalité de la vie. Je ne sais pas bien s’il s’agit d’une attitude franche contre le régime, ou d’une volonté de se montrer plus dur encore que l’acier tranchant dont on sent bien que l’Etat est fondé, bâti, constitué dans ce pays particulier. J’en ai peur, sans doute – mais dans cette circonstance, ici maintenant, regardant l’hypocrisie ambiante (celle de la tête de l’exécutif comme celle de ceux qui la servent), il se peut qu’il s’agisse d’une voie de recours. Le manque de sympathie fait trembler les certitudes, mais s’il n’y a qu’ainsi qu’on puisse survivre, peut-être faut-il s’y résoudre.  

 

 

Ca se passe en Iran, le type (jamais un sourire) vient d’ailleurs – on ne sait trop. Sa femme bosse dans une école, lui élève dans un paysage magnifiquedes poissons en eau douce (ce sont des poissons dont sont friands les Iraniens, sans doute à certaines fêtes – je ne me souviens plus exactement, il y a quelque chose comme un sens, un signe, un témoin de quelque chose). L’histoire commence par une aiguille pénétrant dans une pastèque : le type, en secret, fabrique une espèce d’alcool, cache ses fruits dans une trappe, arrivent deux types à moto : ils cherchent quelque chose (sans doute cet alcool) finissent par  lui confisquer son fusil ( la loi islamique, certainement : il faudra venir à la mosquée au besoin réclamer l’arme – c’est assez trouble).

Puis l’histoire suit son errance : le terrain est convoité par des édiles, il ne veut pas céder, l’eau dont il se sert lui est rationnée, sa femme tente d’intervenir

sans y parvenir… Il y a quelque chose de l’amour qui unit ces deux personnes (ils ont ensemble un fils) mais il y a surtout quelque chose qui les sépare (elle lui apporte son aide, mais lui n’en veut pas, quelque chose d’individuel et de sauvage aussi). Il faut qu’il paye, lui ne veut pas. L’eau de ses bassins où vivaient ses poissons rouges est empoisonnée, les poissons meurent… Il se réfugie dans une sorte de grotte, un bain d’eau chaude, il boit son alcool de pastèque

sans doute ourdit-il un plan dont il ne confie pas la teneur à sa femme. Simplement : il se batSeul. Contre tous, il vend son auto, paye, tente de surnager : non. Sa maison brûle…On se souvient de l’avant-dernier plan du film de Tarkovski « Sacrifice » cette merveille. Oui, on met le feu à sa maison (il a fait partir sa femme et son enfant chez son beau-frère, parce que se battre voilà le moteur). Il se batSeul. Conçoit, seul, sa façon, sa manière, sa victoire. Paye. S’allie. Et puis, et puis…Paysages magnifiques, villes et villages, villageois et vengeances, ce n’est pas qu’on ne le comprenne pas, simplement il est rattrapé par le reste du monde. Le film a obtenu le grand prix de la sélection « Un certain regard » à Cannes en 2017.

 

Un homme intègre, un film de Mohammad Rasoulof.

Lui : Reza Akhlaghirad; elle : Soudabeh Beizaee

Les chevaux

 

 

(c’est plutôt au grand air que ça se passe – en Asie centrale, loin – type cinq mille kilomètres à k’est d’ici, au nord de l’Inde comme à l’extrême ouest de la Chine, loin de tout semble-t-il, mais pas de la civilisation – celle de l’occident s’entend – on roule en quatre quatre quand on a des sous, on a des montres bling bling, on fait de la gymnastique dans sa salle de sport particulière…) ici les propiétaires

(le Kirghizistan, ex-république socialiste soviétique, indépendante depuis 1991) c’est l’histoire de ce type (on le surnomme Centaure) d’une cinquantaine d’années qui a épousé une jeunesse – elle est sourde et muette, elle s’exprime par signes, on lui écrit pour qu’elle comprenne aussi (encore que ce médium-là -l’écriture- exprime plutôt quelque chose comme la haine…) – ensemble ils ont un fils de cinq ans maintenant, qui ne dit mot. Ce n’est pas qu’il soit muet (enfin si) mais il ne parle pas, ce petit. Il fait beau, le père a cessé (on le saura au détour d’une phrase) son travail de projectionniste (il est incarné par le réalisateur) pour exercer celui de charpentier-maçon-ouvrier du bâtiment. C’est une belle histoire que celle de cet homme dont l’amour des chevaux est l’une des raisons de vivre (semble-t-il : c’est une allégorie, c’est que « le cheval est pour l’homme les ailes de la vie » – je ne suis pas sûr, mais c’est l’idée du proverbe kirghyze qu’on lit au début du film). Ici l’homme, suivi de sa femme, porte aux épaules leur enfant – ce sont aussi les amours de sa vie – ils vont de concert visiter une femme médecin – rebouteux, peut-être qui sait-, qui affirme que l’enfant peut parler.

L’homme emprunte les chevaux donc, ce qui fâche les propriétaires – ceux-ci se servent de ces chevaux pour concourir, parier, donner à ces chevauchées une raison d’argent, de gain, alors qu’il n’en est pas ainsi, les chevaux sont des envoyés des anciens pour nous guider sur un chemin de fraternité et de partage. Si on le surnomme Centaure c’est qu’il en est l’image : celle de l’affiche

C’est du cinéma comme on l’aime : le type se fait gauler, sa rédemption passe par sa conversion obligée à l’islam, on le rase on le rhabille l’oblige à assister à l’office mais non

là c’en est trop : la mosquée a pris la place de la salle de cinéma, mais reste le projecteur, reste le film

cette femme qui chevauche et croise cet homme

ils échangent sourires et plus certainement (sans doute est-ce un film de ce Tolomouch Okeev cité dans le film, je ne sais pas – en fait il s’agit du film titré « La pomme rouge », 1975 ) (on ne parle que d’amour…) le cinéma kirghyze, l’identité de ce peuple, dont on dit que ce sont ses femmes qui lui ont montré le chemin (en ce sens, tellement contemporain) et c’en est trop, il est banni, on le chasse du village…

Ici l’épilogue : le vol des chevaux…

Notre héros courra à sa propre perte en libérant des chevaux volés

mais on verra sa femme mais on verra son fils qui court sur le pont et chute

(comment ne pas voir dans cette image celle de ce petit Aylan sur la plage en Turquie, en septembre 2016 ?) mais il se relève pour crier « Papa!!! » dans les dernières images…

Que ce texte est plat… mais les images, ah ces images…

 

Centaure, un film de Aktan Arym Kubat.

 

Les animaux du zoo

 

 

la maison ((s)(témoin)) est située non loin d’un zoo, elle le jouxte sans doute, lequel est tenu et entretenu par un homme, sa fille, son fils, et sa compagne (qui n’est pas la mère des enfants – laquelle est morte dans des circonstances tues – elle n’est pas prénommée d’ailleurs – mais on peut la voir apparaître dans des images truquées – c’est bien le moins – du temps où ces enfants étaient petits). Il y a aussi un autre fils, le fameux Gaspard, qui rejoint le zoo et la tribu pour les nouvelles noces annoncées du père. Le film est produit par Agat films & cie (un collectif de huit producteurs) (auquel appartient Robert Guédiguian), une comédie peut-être fraîche et douce, assez exotique, qui ne craint de montrer la nudité ni des êtres ni des bêtes.

Au vrai, c’est que celles-ci et ceux-là vivent une entente, mais elle se meurt – rien à faire, la mise en presque prison d’animaux sauvages a quelque chose qui nous heurte à présent (c’est à peine si, de nos jours, on peut se laisser aller à manger un steak ou une volaille, je ne parle même pas du lapin ou du canard sans être traité de (je ne vais pas jusque nazi) tous les noms dont spéciste serait le plus indulgent – vegan quand tu nous tiens…) (pour ma part, c’est non)

C’est ainsi que l’explique le père Max (ici avec sa future épouse Peggy

(incarnée par Marina Foïs), le père lui par Johan Heldenbergh – je découvre qu’il a incarné un autre gardien de zoo, au côté de Jessica Chastain, couple qui sauva la vie à des centaines de Juifs de Pologne, lors de la dernière guerre mondiale, en les cachant dans son zoo, Jan Żabiński et son épouse Antonina) à ses enfants.

C’est la nuit américaine, ils les prend à part dans un champ, l’affaire est finie, les noces n’auront pas lieu, voilà, c’est tout.

Les enfants reviennent vers la maison

(l’image est un peu éclaircie) : au premier plan, Gaspard (Felix Moati – le fils à Serge oui – en plan américain), à gauche son frère Virgil (Guillaume Gouix), à droite sa soeur Coline (Christa Théret) vêtue d’une peau d’ourse. C’est la fin du zoo, c’est la fin de la jeunesse – de l’enfance – tout autant.

Il y a de la grâce chez ces acteurs (tous) mais les trois jeunes gens ont cette qualité, une scène lorsqu’ils préparent le mariage (ou alors n’est-ce qu’un repas, je ne sais plus) les montre dansant (c’est le mariage, puisque cette musique sur laquelle ils dansent est censée être celle des noces)

a quelque chose de subtil, et de simplement spontané (comme quoi – on imagine les heures de mise en place quand même – le cinéma n’est (pas) qu’une illusion, c’est pour ça qu’on l’aime aussi). L’amour qui lie les personnages est rassurant, rassérénant même s’il est parfois écorché. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié le rôle tenu par Laetitia Dosch (elle incarne Laura) qui s’enchaîne à un rail au début du film (sans doute pour empêcher le passage d’un convoi : on ne sait pas exactement – j’ai traduit déchets atomiques) et qui s’y endort… Elle est réveillée libérée par Gaspard qui va au mariage, et lui propose de jouer le rôle de sa petite amie… A la fin du film, le cadeau de mariage (car il y aura noces -fatalement) seront ces menottes employées pour un autre usage…

Ce n’est pas que joli, mais ça a cette qualité (l’image fréquemment splendide, la qualité du jeu des acteurs, le scénario qui reste affable…)

 

Gaspard va au mariage, un film d’Antony Cordier.