entre ciel et eau

 

 

des îles il y en a pas mal sur le plan d’eau – on fait un effort pour ne pas se croire en ville, ce n’est pas la mer, ce n’est pas l’océan, mais ça ne fait rien, on se baigne et il fait beau – la chance… des vues de haut

c’est une des dernières boucles de l’Oise, avant qu’elle n’aille rejoindre la Seine à Conflans

un paradis, mais d’un jour – baignades surveillées, accès sécurisés,  agents de sécurité – sans doute, quelque chose du contemporain, mais peu importe finalement, ce qui existe vraiment, c’est quelque chose comme une entente

si au loin est la ville

ici semble épargné – on joue, on chante

(un repas accompagné à l’accordéon, des gens, comme vous et moi) et de tous âges, on se promène on se baigne s’il fait beau, ici une mère et sa fille qui discutent de l’avenir (le son du film : une merveille de plus) (ajoutée à celle de la musique due à Yongjin Jeong : extra…)

il y a peut-être quarante petites histoires, les unes rapportées aux autres, les unes et les autres, jeunes vieux filles garçons des histoires, des gens des corps – ma préférée c’est celle du veilleur de nuit, rescapé in extremis, qui m’a fait penser à Doïsotievski, qui en réchappa in extremis aussi –  un petit train

rien, une petite fille qui regarde et le train qui roule : voilà tout, le soleil ou la pluie, une saison sur une île, on trouve parfois un cygne (ici c’est l’hiver)

pas mal de gens qui se marrent

un lieu, un territoire, quelque chose en ville, non loin tout au moins, tout le monde et n’importe qui, ça n’a pas d’importance, on est là et on vit, on se regarde et on se voit, on s’apprécie et on se sourit – ou pas – on s’amuse et on rit, à la nuit on s’en va, et quand l’été sera fini, on attendra (peut-être) le suivant, ici c’est l’automne sûrement

et puis il y aura sans doute l’hiver – on se promènera

le film, quant à lui, sera terminé, monté montré : splendide…

(les 4 dernières images : (c) Julien Vivet , recadrées, contrastées : bibi) (les 4 premières : issues d’une image de drone – via gsw)

L’île au trésor, un film documentaire de Guillaume Brac.

les chevaux (2)

 

Voilà un moment qu’on n’est pas entré dans cette maison (« entre ici Jean Moulin », tsais) c’est que les ennuis techniques alliés des contretemps et des obligations ont posé des barrages difficilement surmontables (apparemment) mais ça n’empêche pas d’aller au cinéma. De un. Et puis une espèce de lassitude vis à vis des choses courantes aussi, la maladie quelque peu, le travail pour une part (Henry Miller  » qu’il aille au diable celui pour qui le travail n’est pas un plaisir »), la relecture, le journal, la perte de quelques objets (retrouvés pour la plupart) toutes sortes de choses qui arrivent, n’empêchent plus de dormir, mais affectent l’allant du rédacteur. En vrai,la fatigue. Mais les histoires aussi parfois peuvent aider à surmonter cet état de l’âme. De deux. Peut-être (écriture qui continue, photographies qui essayent), un brin de défaitisme pour la résidence de la Marsa, la vie continue et les voyages reprendront, je ne m’inquiète plus, juste quelque peines et nostalgies, une espèce d’impression d’un  joug si lourd pour tracter de si lourdes charges – cela changera. Trois. Ici donc à nouveau, une merveille – il en faut – et qui vient d’une femme – et c’est tant mieux – trop choqué des événements de Toronto : cent mille lieues de comprendre le chemin de certains, quelle honte…

 

Les précédents chevaux étaient géorgiens, imbus peut-être d’une sorte de spiritualité qui allait légèrement en biais (ah voilà, il y avait cette chanson texte Louis Aragon, musique et chant Jean Ferrat : « ce qu’on fait de vous hommes femmes… ») (« J’entends j’entends ») (c’est un peu loin, je reconnais) (je m’y perds à peine) (il s’agit plus de l’amble, et des coeurs qui battent ensemble dans cette configuration, il me semble) : avec les animaux (foin des spécistes, et autres végans à la mode), autres habitants du monde, cette sensation d’appartenir aussi au même. Ici aussi : les plus belle images sont celles de ce héros (Brady Jandreau, dans son propre rôle, comme tous les personnages de ce conte si réel) qui parle avec un cheval sauvage, l’apaise, mais le dresse… Au même monde, certes, mais la plus noble conquête de nous.

Hors champ, lorsque dans l’histoire cette bête se blesse, pour garder sa liberté, il faudra l’achever. Et c’est cette mort même qui a servi de point de départ au film (The Rider, Chloé Zhao, 2017, présenté à Cannes en 2017 à la quinzaine des réalisateurs) et de moteur : l’allégorie qu’emploie le jeune cow-boy, cette plume qu’il porte sur son chapeau, sa vie elle-même qui ne vaut plus d’être vécue s’il ne peut plus jouer sa partie au rodéo.

Un accident de rodéo, un de ses amis qui lui aussi s’est trouvé sous les sabots de celui qu’on voulait entraver – le rodéo, que je comprends aussi mal que le base ball, a cette caractéristique – à moins que ce ne soit une qualité – ou un défaut je ne sais pas bien – de faire surgir des affects puissants, un peu comme la boxe, en une mise en scène tragique du couple dominé/dominant que cherche à cacher, voiler, dissimuler la politesse, la société, la vie en société – une visite à l’hôpital où il se trouve, cet ami, et puis des tatouages, et puis des animaux qui vivent ainsi que des hommes et des femmes dans ces grandes étendues étazuniennes (Dakota je crois bien, je suis allé voir avec GSW mais j’ai des difficultés avec les machines, aujourd’hui : un autre jour, peut-être, je trouverai les lieux de tournages).

Mais surtout les liens de fraternité qui existent entre le héros, déchu soigné (la trentaines d’agrafes qui resserrent le cuir de son crâne…) rétabli mais non, incomplet, et sa soeur et son père : cette intimité qu’on voyait aussi dans le film précédent, la réalité de cet humanité, juste magnifiquement suggérée mais montrée. Un bonheur, un plaisir, une joie.

A ne pas manquer (ainsi que le précédent).

Chloé Zhao (déjà croisée ici pour son précédent, magnifique tout autant)

et Brady Jandreau (le bras de l’opérateur, Joshua James Richard; derrière l’ingénieur du son Wolf Synder – ici en lien, le dossier de presse du film – les films du Losange)

 

 

 

Les poissons rouges

 

Comme il n’est pas question de laisser cette maison vide, on se résout à y déposer un billet – même si le film en question a quelque chose qui ne correspond pas vraiment à la passion qui peut animer le rédacteur pour le cinéma : ce n’est pas que le réalisme des faits soit mis en question; peut-être que le monde qu’il décrit est éloigné de celui dans lequel il vit. Il y a pourtant dans cette destination, ce pays, l’Iran, cette campagne et cette ville, quelque chose d’exact et de vrai. Les discussions qui ont lieu dans les voitures, les relations qui ne sont que d’intérêt, sans amour et sans compréhension sinon recours à la force, brute et aveugle, indiquent une disposition plutôt hargneuse et sauvage : il se peut que cette description soit la réalité de la vie. Je ne sais pas bien s’il s’agit d’une attitude franche contre le régime, ou d’une volonté de se montrer plus dur encore que l’acier tranchant dont on sent bien que l’Etat est fondé, bâti, constitué dans ce pays particulier. J’en ai peur, sans doute – mais dans cette circonstance, ici maintenant, regardant l’hypocrisie ambiante (celle de la tête de l’exécutif comme celle de ceux qui la servent), il se peut qu’il s’agisse d’une voie de recours. Le manque de sympathie fait trembler les certitudes, mais s’il n’y a qu’ainsi qu’on puisse survivre, peut-être faut-il s’y résoudre.  

 

 

Ca se passe en Iran, le type (jamais un sourire) vient d’ailleurs – on ne sait trop. Sa femme bosse dans une école, lui élève dans un paysage magnifiquedes poissons en eau douce (ce sont des poissons dont sont friands les Iraniens, sans doute à certaines fêtes – je ne me souviens plus exactement, il y a quelque chose comme un sens, un signe, un témoin de quelque chose). L’histoire commence par une aiguille pénétrant dans une pastèque : le type, en secret, fabrique une espèce d’alcool, cache ses fruits dans une trappe, arrivent deux types à moto : ils cherchent quelque chose (sans doute cet alcool) finissent par  lui confisquer son fusil ( la loi islamique, certainement : il faudra venir à la mosquée au besoin réclamer l’arme – c’est assez trouble).

Puis l’histoire suit son errance : le terrain est convoité par des édiles, il ne veut pas céder, l’eau dont il se sert lui est rationnée, sa femme tente d’intervenir

sans y parvenir… Il y a quelque chose de l’amour qui unit ces deux personnes (ils ont ensemble un fils) mais il y a surtout quelque chose qui les sépare (elle lui apporte son aide, mais lui n’en veut pas, quelque chose d’individuel et de sauvage aussi). Il faut qu’il paye, lui ne veut pas. L’eau de ses bassins où vivaient ses poissons rouges est empoisonnée, les poissons meurent… Il se réfugie dans une sorte de grotte, un bain d’eau chaude, il boit son alcool de pastèque

sans doute ourdit-il un plan dont il ne confie pas la teneur à sa femme. Simplement : il se batSeul. Contre tous, il vend son auto, paye, tente de surnager : non. Sa maison brûle…On se souvient de l’avant-dernier plan du film de Tarkovski « Sacrifice » cette merveille. Oui, on met le feu à sa maison (il a fait partir sa femme et son enfant chez son beau-frère, parce que se battre voilà le moteur). Il se batSeul. Conçoit, seul, sa façon, sa manière, sa victoire. Paye. S’allie. Et puis, et puis…Paysages magnifiques, villes et villages, villageois et vengeances, ce n’est pas qu’on ne le comprenne pas, simplement il est rattrapé par le reste du monde. Le film a obtenu le grand prix de la sélection « Un certain regard » à Cannes en 2017.

 

Un homme intègre, un film de Mohammad Rasoulof.

Lui : Reza Akhlaghirad; elle : Soudabeh Beizaee

Les chevaux

 

 

(c’est plutôt au grand air que ça se passe – en Asie centrale, loin – type cinq mille kilomètres à k’est d’ici, au nord de l’Inde comme à l’extrême ouest de la Chine, loin de tout semble-t-il, mais pas de la civilisation – celle de l’occident s’entend – on roule en quatre quatre quand on a des sous, on a des montres bling bling, on fait de la gymnastique dans sa salle de sport particulière…) ici les propiétaires

(le Kirghizistan, ex-république socialiste soviétique, indépendante depuis 1991) c’est l’histoire de ce type (on le surnomme Centaure) d’une cinquantaine d’années qui a épousé une jeunesse – elle est sourde et muette, elle s’exprime par signes, on lui écrit pour qu’elle comprenne aussi (encore que ce médium-là -l’écriture- exprime plutôt quelque chose comme la haine…) – ensemble ils ont un fils de cinq ans maintenant, qui ne dit mot. Ce n’est pas qu’il soit muet (enfin si) mais il ne parle pas, ce petit. Il fait beau, le père a cessé (on le saura au détour d’une phrase) son travail de projectionniste (il est incarné par le réalisateur) pour exercer celui de charpentier-maçon-ouvrier du bâtiment. C’est une belle histoire que celle de cet homme dont l’amour des chevaux est l’une des raisons de vivre (semble-t-il : c’est une allégorie, c’est que « le cheval est pour l’homme les ailes de la vie » – je ne suis pas sûr, mais c’est l’idée du proverbe kirghyze qu’on lit au début du film). Ici l’homme, suivi de sa femme, porte aux épaules leur enfant – ce sont aussi les amours de sa vie – ils vont de concert visiter une femme médecin – rebouteux, peut-être qui sait-, qui affirme que l’enfant peut parler.

L’homme emprunte les chevaux donc, ce qui fâche les propriétaires – ceux-ci se servent de ces chevaux pour concourir, parier, donner à ces chevauchées une raison d’argent, de gain, alors qu’il n’en est pas ainsi, les chevaux sont des envoyés des anciens pour nous guider sur un chemin de fraternité et de partage. Si on le surnomme Centaure c’est qu’il en est l’image : celle de l’affiche

C’est du cinéma comme on l’aime : le type se fait gauler, sa rédemption passe par sa conversion obligée à l’islam, on le rase on le rhabille l’oblige à assister à l’office mais non

là c’en est trop : la mosquée a pris la place de la salle de cinéma, mais reste le projecteur, reste le film

cette femme qui chevauche et croise cet homme

ils échangent sourires et plus certainement (sans doute est-ce un film de ce Tolomouch Okeev cité dans le film, je ne sais pas – en fait il s’agit du film titré « La pomme rouge », 1975 ) (on ne parle que d’amour…) le cinéma kirghyze, l’identité de ce peuple, dont on dit que ce sont ses femmes qui lui ont montré le chemin (en ce sens, tellement contemporain) et c’en est trop, il est banni, on le chasse du village…

Ici l’épilogue : le vol des chevaux…

Notre héros courra à sa propre perte en libérant des chevaux volés

mais on verra sa femme mais on verra son fils qui court sur le pont et chute

(comment ne pas voir dans cette image celle de ce petit Aylan sur la plage en Turquie, en septembre 2016 ?) mais il se relève pour crier « Papa!!! » dans les dernières images…

Que ce texte est plat… mais les images, ah ces images…

 

Centaure, un film de Aktan Arym Kubat.

 

Les animaux du zoo

 

 

la maison ((s)(témoin)) est située non loin d’un zoo, elle le jouxte sans doute, lequel est tenu et entretenu par un homme, sa fille, son fils, et sa compagne (qui n’est pas la mère des enfants – laquelle est morte dans des circonstances tues – elle n’est pas prénommée d’ailleurs – mais on peut la voir apparaître dans des images truquées – c’est bien le moins – du temps où ces enfants étaient petits). Il y a aussi un autre fils, le fameux Gaspard, qui rejoint le zoo et la tribu pour les nouvelles noces annoncées du père. Le film est produit par Agat films & cie (un collectif de huit producteurs) (auquel appartient Robert Guédiguian), une comédie peut-être fraîche et douce, assez exotique, qui ne craint de montrer la nudité ni des êtres ni des bêtes.

Au vrai, c’est que celles-ci et ceux-là vivent une entente, mais elle se meurt – rien à faire, la mise en presque prison d’animaux sauvages a quelque chose qui nous heurte à présent (c’est à peine si, de nos jours, on peut se laisser aller à manger un steak ou une volaille, je ne parle même pas du lapin ou du canard sans être traité de (je ne vais pas jusque nazi) tous les noms dont spéciste serait le plus indulgent – vegan quand tu nous tiens…) (pour ma part, c’est non)

C’est ainsi que l’explique le père Max (ici avec sa future épouse Peggy

(incarnée par Marina Foïs), le père lui par Johan Heldenbergh – je découvre qu’il a incarné un autre gardien de zoo, au côté de Jessica Chastain, couple qui sauva la vie à des centaines de Juifs de Pologne, lors de la dernière guerre mondiale, en les cachant dans son zoo, Jan Żabiński et son épouse Antonina) à ses enfants.

C’est la nuit américaine, ils les prend à part dans un champ, l’affaire est finie, les noces n’auront pas lieu, voilà, c’est tout.

Les enfants reviennent vers la maison

(l’image est un peu éclaircie) : au premier plan, Gaspard (Felix Moati – le fils à Serge oui – en plan américain), à gauche son frère Virgil (Guillaume Gouix), à droite sa soeur Coline (Christa Théret) vêtue d’une peau d’ourse. C’est la fin du zoo, c’est la fin de la jeunesse – de l’enfance – tout autant.

Il y a de la grâce chez ces acteurs (tous) mais les trois jeunes gens ont cette qualité, une scène lorsqu’ils préparent le mariage (ou alors n’est-ce qu’un repas, je ne sais plus) les montre dansant (c’est le mariage, puisque cette musique sur laquelle ils dansent est censée être celle des noces)

a quelque chose de subtil, et de simplement spontané (comme quoi – on imagine les heures de mise en place quand même – le cinéma n’est (pas) qu’une illusion, c’est pour ça qu’on l’aime aussi). L’amour qui lie les personnages est rassurant, rassérénant même s’il est parfois écorché. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié le rôle tenu par Laetitia Dosch (elle incarne Laura) qui s’enchaîne à un rail au début du film (sans doute pour empêcher le passage d’un convoi : on ne sait pas exactement – j’ai traduit déchets atomiques) et qui s’y endort… Elle est réveillée libérée par Gaspard qui va au mariage, et lui propose de jouer le rôle de sa petite amie… A la fin du film, le cadeau de mariage (car il y aura noces -fatalement) seront ces menottes employées pour un autre usage…

Ce n’est pas que joli, mais ça a cette qualité (l’image fréquemment splendide, la qualité du jeu des acteurs, le scénario qui reste affable…)

 

Gaspard va au mariage, un film d’Antony Cordier.

trains

 

 

je ne me souviens plus pourtant ce n’était que voilà, peut-être, dix jours, il y avait un signalement sur ce réseau social de maçon, de la part de François Bon, lequel indiquait qu’une de ses relations de la villa Médicis des années quatre vingts si je me souviens quand même avait posté quelque chose sur un train et la ville de Valentine (ou alors j’ai inventé cette proximité). Le problème avec le rédacteur solitaire, c’est qu’il est curieux (il pose ici ce billet, tout autant pourrait-il le mettre ailleurs, chez lui ou dans un autre lieu encore – il est curieux, et réflexif). Je me suis dit tant qu’à faire, je vais aller voir – il y a sur le bord de cette route (ça se passe aux Etats) une wtf succursale d’un faiseur de prêt-à-porter (en plein désert : OSEF).

Valentine, Texas USA. Le rédacteur curieux et réflexif est aussi presque tout autant superstitieux : à peine arrivée sur les lieux, voilà ce qu’il trouve

un peu comme à la bibliothèque de New-York, ces deux félins en gardent l’entrée (#323)

zoom arrière, les grands espaces ?

continuons : sur cette route (numéro 90) en traverse cette petite contrée de Valentine (pour ne pas dire trou hein, comprends-moi bien) pour arriver en sortie (ou en entrée tout dépend, évidemment) à cette station service (ici photographiée en 2008)

et là en 2013 (à gauche, le drapeau (american stars and bars – les étoiles et les barres étazuniennes) flotte sur le bureau de poste)

augmenté donc d’une espèce de toiture en zinc (le drapeau flotte dans le vent, donc ou n’est-il que faux, comme sur la Lune en 69 ?) rougi de peinture qu’on aperçoit ici, bord cadre à gauche en bas, pour donner quelques indications de la topographie du lieu

ah non, on voit rien, pardon, sinon que la ville est faite autour de la voie de chemin de fer : on descend pour aller voir, on tombe immédiatement sur ça

(il ne fait pas de doute que, comme l’indique à un moment le chanceux Eric Guillard dans son « Ordre du jour », le rédacteur a quelque velléités d’amusement d’enfant ainsi que l’ordure Goering en sa cave, je ne sais plus où – jte parle même pas du reste que trimbale avec lui le train et ses wagons à bestiaux) (je mets un lien quand même) : ici le spécimen dispose de deux locomotives comme on voit, mais la longueur du bidule se borne à quelques 21 wagons

ce qui fait, malgré tout, assez peu

ça se termine là

avec ces deux tapis roulant à épandre (je suppose) le ballast.

Trop petit : il tient dans une image

: s’il fait deux cents mètres de long, c’est le bout du monde…

J’ai donc cherché un moment encore (car, de plus, je suis patient et je sais attendre) parcourant cette voie de chemin de fer des Etats-Unis d’Amérique (je pensais à Rockfeller, aux coolies et autres malheureux mortels dévolus à la construction d’un tel ouvrage) ici une vue pour appréhender et le désert et la route qui longe la voie ferrée

des paysages sans fin, immenses, la frontière de l’ouest

en bas, Valentine, au presque centre Van Horn, et vers le haut Sierra Bianca : entre les deux villes peut-être quatre vingt kilomètres, on approche de Sierra Blanca

enfin il faut s’approcher encore

et distinguer le bourg de Sierra Bianca, en bas, à droite, la route désormais numéro 10 qui longe la voie de chemin de fer – en haut, le mont Sierra Bianca ici capturé par une certaine Cecilia Marchan dit le robot

recadré par le rédacteur) on distingue peut-être les fils du télégraphe qui bordent aussi cette voie de chemin de fer, qui lors du léger infléchissement vers le nord fait découvrir ceci

un peu au delà de Etholen

on ne le distingue pas encore, mais sur celle-ci

il commence à apparaître (il ne tiendra pas dans une image, il compte plus de cent wagons, ce qui en fait un bazar de plus de deux kilomètres de long)

devant : trois locomotives tractent

à l’arrière une quatrième qui pousse

assez loin, il faut le reconnaître (ou alors est-ce l’inverse, trois qui poussent une qui tire ?)(ça m’étonnerait jte dirai) et entre ces moteurs, des wagons

des wagons

des wagons (on remonte)

encore (y’en a 103…)

et encore

pour finir

et sur le croisement de la route qu’on voit en haut de l’image précédente, celle d’un certain C. Marquez du train qui passe là

disproportionné, too big to fail ? Deux chauffeurs ? (la Bête humaine…) (Jean Renoir, 1938 – ou Milou, 1890). Je me disais, voyant le film d’Otto Preminger « Tempête à Washington » (Advise and consent, 1962) que j’étais plus habitué aux marques et objets étazuniens, et que de les voir en film ne m’inquiétait pas tellement (je les reconnais) mais qu’en revanche ceux d’autres pays… Le cinéma, les trains, les Etats-Unis… (l’histoire écrite par les vainqueurs, sans doute)

 

addenda : retrouvé, c’était à Marfa (au sud de Valentine, quarante bornes peut-être, Quebec puis Ryan par la 90); et l’artiste c’est François Delbecques)

Pour Balthazar

 

photo d'entrée de billet : la plage municipale de Casablanca ( (c)Yassine Mounaim pour GSW, réglages et cadrage PCH)

 

 

 

Dans son charmant pied-à-terre qui donne sur le grand canal, Peggy a fait installer (enfouir, sans doute) les sépultures de ses chiens (il y en a une tripotée) et je crois bien aussi (peut-être que ce fait mériterait d’être vérifié, étayé, recoupé et légitimement accepté et alors communiqué) l’urne qui contient (au moins) une partie des cendres recueillies lorsque sa dépouille (sans plus de vie) a été brûlée (aux alentours de la Noël 1979)quelque part par là, dans les jardins du palais inachevé (dit Venier dei Leoni, du nom de la famille qui donna à la Sérénissime trois de ses doges dont le vainqueur de la bataille de Lépante, c’est dire si l’affaire est fichée dans le marbrede Carrare ou d’Istrie, je ne suis pas certain).

Ceci pour indiquer que, dans le jardin  de cette maison, serait-elle témoin – mais il y a de la pérennisation dans l’air (date à compter du 13 mai 15 soit deux ans et demi, pile le jour de la rédaction du billet deux cent quatre vingt dix huitième du nom) – il serait bon de prévoir un lieu où entreposer, laisser reposer, laisser et oublier les restes de certains fantômes (de compagnie, ou non) et autres innocences inconnues de nous comme d’elles-mêmes, et nous y porterions quelques fleurs, de temps à autre, nous y poserions des arbresla pluie en novembre, la neige et l’hiver, on essayerait d’y survivre comme tous les ans oubliant les erreurs et les impasses, ne pensant qu’à l’avenir, qu’à nos proches et nos amis, puis aux autres et aux autres encore. Que ces mots et ces images trouvent quelque pardon en vos lectures, Venise fait partie (ainsi que les lions – on aurait pu intituler ces trois là du #313 – ce sera peut-être fait d’ici là – et c’est fait) d’une espèce de tropisme qu’il m’est difficile, voire impossible, de refréner (d’ailleurs je n’y tiens pas spécialement, à vrai dire). Car enfin, le film (magnifique) dont il va être question n’a rien à voir avec Peggy, Venise ou les lions. Mais seulement avec les fantômes.

 

Il y aura trois générations qui apparaîtront en image. Le réalisateur, ses parents et son fils, prénommé Balthazar. Une histoire de famille qui va d’Espagne (pour les grands parents – ils ne sont plus) au Maroc, là où se marient les parents

dans les années cinquante, puis la France dans les années soixante où leur naquirent deux fils, dont l’un

a ourdi ce film. Un film d’histoire qui nous raconte ce qui, au début des années soixante, puis plus tard, agitait le pays (celui-ci, la France et ses colonies bientôt ou déjà libres de protectorat).  L’histoire d’une famille, d’une mère peut-être parfois tourmentée

un peu dirait-on (cette photo sans doute du début des années soixante dix). Puis, nous les verrons, ce père et cette femme, de nos jours. Une histoire d’enfant disparue, une fille prénommée Christine, décédée au début des années soixante, et qu’ils auront tenté d’oublier. Un homme finit sa vie (on le voit aussi, d’un plan, mort sur son lit d’hôpital)puis une femme qui niait l’évidence, puis ne cachera plus ses tentatives de réaménager le passé, peut-être même l’acceptera-t-elle, on la verra sur la tombe de son enfant (située dans le carré 35 du cimetière français de Casablanca – lequel carré n’existe pas plus notre maison(s)témoin, c’est pour te dire…), photo disparue, peut-être reposée ensuite, à Casablanca, au bord de l’océan, là où elle l’avait confiée à une soeur sienne.

Une des merveilles, c’est de l’y avoir ré-emmenée, cette femme, sur ces lieux…

Choses tues et cachées, oubliées, tramées, perdues, de la mémoire on tentait bien de les chasser en les transformant en quelque chose de plus acceptable parce que cette douleur-là, la perte d’une enfant, est indicible, et d’autant plus indicible que cette perte-là était presque désirée (mais ne l’est-elle pas chez nous tous ? à peine audible, visible, dicible tout autant, taire, et garder pour ceux-là tout notre amour). Choses tues , oubliées et cachées mais qui réapparaissent : passant d’un esprit à l’autre, sans mot dire, là où est cachée la vérité, là d’où il faudra la mettre au jour afin qu’elle ne blesse pas le nouveau venu… Balthazar, donc, alors : longue vie à lui, si possible…

Encore une chose, cependant, sur le bord de l’eau. Une image qu’on voit, pas si fugitive : j’avais à l’idée cette chanson de Michel Jonasz « Les vacances au bord de la mer » (« avec mon père ma soeur ma mère » y chante-t-il), la mise au point sur le côté si tramée gommée oublieuse des détails…parce que le point est sur cette petite fille qui a froid ou peur, ou quelque choseregard caméra presque, on peut le croire, elle ne bouge ni ne sourit… De longues images de l’eau, qui bouillonne ou qui envahit l’écran, comme quelque chose qu’il faudrait qu’on se dise, entre nous, sans un mot.

Une merveille.

« Carré 35« , un film d’Eric Caravaca.

 

 

 

 

Décorez moi ça

 

 

 

Il y a dans cette façon de laisser les choses en l’état une manière de désespoir – la maison(s)témoin demande pourtant à vivre, on la nourrit mais est-ce suffisant ? Il manque des fleurs

en voilà, elles sont décadrées mais c’est tout de même mieux que rien (le billet s’arrêterait ici qu’on n’en aurait guère plus : passe ton chemin, toi qui cherche des intelligences sur ce monde absurde).

Une chanson parle de carnet à spirale et d’écriture sympathique lettres bleues et capitales – cinéma, chansons, photographies, littératures, on aura tout eu : cultiver son jardin disait l’autre – eh bien je ne sais pas trop quand a commencé cette histoire de bouquet

(sans doute et très probablement avec les photos) mais c’est devenu une espèce d’habitude, une fois  par semaine, plus ou moins, j’allais à son hôtel (elle vivait à l’hôtel) lui porter un bouquet de roses que j’achetais dans un établissement du haut de la rue

(s’il le fallait, je compterai le nombre de clichés que j’ai de ces fleurs-là) (lorsqu’elle s’en allé, j’ai compté quatre vingt onze occurrences, mais ce ne sont que celles depuis fin octobre quinze)

trop sans doute, j’en dispose ici quelques uns afin de marquer aussi des souvenirs

aux ami-e-s disparu-e-s – ce ne sont pas que des pensées – l’autre jour

je passais en ville, j’attendais le bus, qu’avais-je à l’idée, je crois la maison de la mère de Marc Auger (j’étais à Maubert, oui), au fond de la perspective, il y avait l’île de la Cité, le quai des Orfèvres, à droite presque au quai, cette librairie qui aime les ouvrages de Jules Verne, et voilà qu’on me touche le coude

c’était ma fleuriste préférée, qui m’indiquait qu’elle travaillait là à présent, ah très bien, dis-je, le bus arrivait je le pris

cette image-là je l’aime plus particulièrement, elle affirme le jardin, elle soutient la vie du soleil, quelque chose de la vraie nature des choses (ça chélidoine, ces trucs-là) (je ne savais pas le faire, mais je crois que c’était dans ces eaux-là qu’elle s’en allait, Maryse, alors ces fleurs, ces décors de maison, ces senteurs suaves et gaies, tout cela sera pour elle comme pour TNPPI) (ici l’arbre d’où elles viennent)

 

Perlimpinpin aux Batignolles

 

 

On dit souvent qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie, et c’est vrai (on c’est moi, je reconnais, mais tout de même, je ne suis pas (si) seul) : il y a aussi la chanson (et l’agent, bien sûr…). Toutes les chansons du moment où elles sont ce qu’elles doivent être (alors j’aime d’abord Ella et Amalia, puis Cesaria (beaucoup), puis d’autres encore, comme évidemment Barbara, et le film du jour (une merveille qui aime et la chanson, et le cinéma) lui donne à vivre, pour qui, comment quand et pourquoi ? On le sait) (et aussi Georges (qu’elle chantait à ses débuts), Jacques (avec qui elle jouait au cinéma) et d’autres encore). On aura donc deux images (plus une d’elle) et une chanson, ici, dans le square des Batignolles (à côté de ce square et de la gare du Pont Cardinet, tant et tant de dimanches passés aux renseignements téléphonés, si tu savais…). On sait bien que rien ne change (puisque tout devra changer) : l’enfance a quelque chose de terrifiant, c’est sa naïveté, sa foi, sa croyance, son obligeance, son amour dédié à, parfois, d’abominables innocences. J’ai aimé mon enfance tout aussi bien, le bleu et le blanc, le reste du monde que je ne connaissais pas, ni les guerres, ni les tortures, ni les terreurs, non, le soleil oui, et la mer bleue au bout de l’avenue. Et j’aime, comme la vieillesse, l’enfance. Vivre. Je lisais tout à l’heure quelque chose à ce sujet, cette aigre façon d’envisager le temps, c’est à rire, les gens il faudrait ne pas le connaître – c’est ce qu’on fait, le plus souvent, et c’est tant mieux pour nous. Je garde par devers moi les douleurs en mes os, celles engendrées par la perte de la mémoire et de celles et ceux qu’on a aimé-e-s, parler de poésie, n’en plus parler, et offrir quelques fleurs, et toutes les chansons.

« Dites-le moi du bout des lèvres/Moi je l’entends du bout du coeur… » dit-elle, chante-t-elle. Quelle merveille, ici ou dans la chanson interprétée par Lou Casa dans le film (Mathieu Amalric, 2017). Et puis Jeanne Balibar dite Brigitte, espiègle (elle passe sur le pont Royal, et moi j’aime le pont Royal, tu comprends…)

gaie et profonde, opiniâtre et tenace, forte et sensible, comme la chanteuse, tout comme elle. C’est vrai, il n’y a pas que le cinéma dans la vie mais heureusement, parfois, il arrive qu’il soit là.

Paroles et musique de Barbara. Lire, écouter, entendre, vivre.

Pour qui, comment quand et pourquoi ? Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ? Où allez-vous ?  Qui êtes-vous ? Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose
Je suis pour le soleil couchant en haut des collines désertes Je suis pour les forêts profondes

Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir entre deux innocences 
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance 

Pour qui, comment, quand et combien ? Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain,  et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles 
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien 
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour un jardin qui frissonne 

Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance.

Contre qui, comment, contre quoi ? Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain, et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour une rose entr’ouverte,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne

Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses
Ne plus parler de poésie
Ne plus parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance

Et vivre vivre passionnément et ne se battre seulement

qu’avec les feux de la tendresse

Et riche de dépossession n’avoir que sa vérité

Posséder toutes les richesses
Rien que la tendresse pour toute richesse…

Un tour au jardin

 

 

Entretenir sa santé. Courir, avaler des kilomètres, chaussé de sport, vêtements assortis et justaucorps, casquettes et aux oreilles une musique quelconque, qu’on aime sans doute, au loin passent les cigognes

ce ne sont que des gens, bipèdes forcenés, l’âge de leurs artères, courir pour ne pas mourir, pour ne pas vieillir, courir après quelque chose de désirable, courir et respirer, respirer et encore respirer, courir encore quelques pas dans un air presque pur, préserver ses capacités pour les mettre au service de sa feuille de paye, les virements ici les agios là, les intérêts et les marges, parce que le crédit qui va le payer, la maison, bien sûr, nous convenait comme le gant à la main, elle nous était prédestinée sûrement, dès que nous y sommes entrés, ça a été comme un coup de foudre, bien sûr pour nous

et pour notre fille à venir, puis le deuxième enfant, oui, le tout est de continuer à courir, courir, voilà, courir, les lotissements, les voitures, l’électricité, l’atome aussi bien, les avions et les embouteillages de la fin des vacances, tu sais quoi ? j’ai adoré écrire cette histoire, il y avait des trains qui allaient et venaient, tout le jour, dès le matin, ces maisons qu’on trouve dans des enlacements en impasse, ces maisons toutes semblables, j’ai pensé aussi à elles lorsque le milliardaire qui s’en était fait le maçon s’est offert la douane de mer à Venise, après s’être acheté un palais sur le grand canal, courir, éliminer les toxines, courir encore, suer tant bien que mal, avancer sur le chemin de ce destin écrit pour nous, courir, sentir cette chaleur dispensée par nos muscles qui travaillent, travailler, courir, travailler

il y avait eu cette émission de radio, aussi, où on nous expliquait que chacun dans son coin faisait ce qu’il avait envie de faire, au milieu des autres, la vie urbaine, la vie en ville, la vie dans sa propre maison, courir autour du lotissement, autour des hectares de verdure, les montées et les descentes des Buttes Chaumont, les landaus du parc Montceau, les appareils photo et les cannes à selfie des Tuileries

courir courir comme s’il en allait de notre vie, courir autour, courir encore courir, chevilles et genoux coudes au corps, casque sur les oreilles, casquette à la tête courir, puis revenir, revenir revenir, la sueur qui marque le vêtement, les chaussures, les chaussettes qu’on vend par douzaines, les magasins à cette enseigne, nous autres humains courir même s’il pleut, courir et encore courir après l’avenir, le matin plus que le soir, mais la nuit oui, courir, avancer droit devant soi, à la nuit et puis, à un moment cesser