Nurith Aviv, ou l’image de « Daguerréotypes »

 

 

Un billet qui sort de l’ordinaire (s’il y a un ordinaire) parce qu’il retrace pour le lecteur (ou la lectrice) la fin d’une soirée dans un cinéma (c’était dimanche dernier, 13 octobre 2019).

Ça se passe à Beaubourg, dans la petite salle, le public (un peu clairsemé) a eu droit à la projection du téléfilm « Daguérréotypes » d’Agnès Varda (1975). On connaît assez bien (ici) le travail d’Agnès Varda (et sa Cléo, par exemple), et on a été voir un peu ce qui se tramait là-bas. À l’issue de cette projection, il y avait un entretien avec l’une des plus importantes cinéastes du monde (tout simplement) qui a commis l’image de ce film (et de quatre autres de la Varda : elle la connaît bien).  Ce fut, c’est toujours d’ailleurs,la première chef opératrice, directrice de la photo à posséder une carte professionnelle du CNC : figure historique donc, aussi…

Ici donc, le rédacteur a ouvert son magnétophone (en vrai c’est son appareil photo, qui fait aussi téléphone). Ici, la retranscription des paroles dites alors. Je chercherai le nom de la personne qui accueillait ici Nurith Aviv, mais déjà, on remercie pour l’accueil.

(en italique, les questions de ce monsieur; en gras et en italique, les questions de la salle)

Comment avez-vous connu Agnès Varda ?

Eh bien très simplement comme c’était à l’époque, c’était en 75 donc au téléphone elle m’a appelée bonjour c’est Agnès Varda, j’ai vu l’image d’un film que vous avez fait, je l’ai vu à Cannes, et je voulais vous féliciter » donc je me dis c’est bien Agnès Varda veut me féliciter pour Erica Minor le film de Bertrand van Effenterre qui est passé à Cannes, très bien, et puis elle me dit « vous voulez bien travailler avec moi ? «  j’ai dit bon, ok, vous pouvez passer demain, oui,je peux passer demain… J’arrive et elle me dit, « bon il y a après demain, il y a ce type-là qui passe au café, est-ce qu’on peut commencer à tourner demain ? » Mais oui, ça va, le lendemain on a commencé à tourner le lendemain, et ce qui est étonnant dans cette histoire c’est qu’elle a vu les images que j’ai faites dans un long métrage et elle a décidé que c’est moi qui… et elle n’est pas du tout… c’est à dire que pendant une semaine elle me cherchait par des voies complètement, complètement détournées, elle a regardé la liste de tous les techniciens qui ont fait le film et elle appelait tout le monde finalement elle est tombée sur la femme d’un ingénieur du son qui lui a donné mon adresse, mais elle était cool…moi je ne l’aurais pas été jusqu’au dernier moment, moi je n’aurais pas eu … voilà elle m’a dit qu’elle avait vu cette image-là et qu’elle était avec Jacques Demy et que tous les deux étaient très… du cadre de la lumière, ça leur a beaucoup plu, je trouve ça génial de la part de quelqu’un comme ça, elle ne savait pas qui j’étais juste, elle a aussi prétendu qu’elle ne savait pas si j’étais homme ou femme…

Quelle était l’équipe lors du tournage, vous étiez combien ?

Eh bien j’avais un assistant qui était à l’époque Denis Gheerbrant mais je crois que ça ne se passait pas très bien entre lui et Agnès je crois qu’en cours de route quelque chose mais je ne sais pas, en fait bon voilà, après je ne me rappelle pas qu’il y avait un électricien, mais il devait y avoir quand même un ingénieur du son, donc ça fait que bon on était quand même au moins 4 oui

Et comment se faisait la connexion entre Agnès Varda et vous, sur le tournage elle était derrière le cadre vous aviez un système de communication… parce que la mise en scène est très précise…

Ça dépend… c’est à dire que le premier jour, je me rappelle je m’en rappelle comme un cauchemar… parce que tout c’était mets toi là mets toi là et mets toi là mets toi là et c’était des plans très courts, hein… bon, le deuxième jour on s’est trouvé chez le boucher et là, ce qui s’est passé c’est que le couple, le vieux couple là qui finit ce film (« le Chardon Bleu ») oui voilà ils sont arrivés

et ils ont… et moi j’ai filmé comme je pouvais donc et elle elle ne pouvait rien, rien dire puisque c’est un plan séquence, hein, là, donc à partir de là, et elle ne pouvait rien dire mais moi non plus c’est à dire que tout d’un coup ça se faisait et il fallait suivre donc c’est là qu’il y a eu quelque chose qui s’est passé et à partir de ce moment-là… je parle de tout ce qui est le… suivre les gens on était là à suivre et elle devait faire confiance et en me faisant confiance à moi, moi aussi je pouvais me faire confiance aussi, donc vous voyez il faut laisser faire, c’est à dire que ce n’est pas moi, moi je ne fais rien moi je pense que c’est les gens qui font la caméra moi je dois juste je suis juste présente mais vraiment je dis ça très sérieusement mais il y a aussi toute la partie qui est de la mise en scène, vraiment de la mise en scène, pas photographique mais presque… Mais alors là ça s’est vraiment passé super bien, c’était vraiment mais justement il ne fallait pas la parole du tout…

Intuitivement

Oui, il n’y avait plus beaucoup de paroles, moi j’ai trouvé ça vraiment.. pour tout ce qui est mise en scène parce que c’était toujours des références à la photographie, on était toutes les deux photographes donc oui, ça s’est vraiment passé dans quelque chose qui était vraiment harmonieux, alors on ne peut pas tellement comprendre comment ça s’est passé le premier jour, parce que vraiment tout au long après, tout au long c’était génial, vraiment génial… Et puis bon voilà

Est-ce qu’il y a des questions, des remarques des observations dans la salle… ?

(dans la salle on apporte le microen attendant) Moi j’ai une question, euh… oui,il n’y avait pas d’électricien, mais comment était l’électricité sur le tournage ?

Mais parce que on a tout tiré depuis chez Agnès, pour éclairer et il en fallait parce que à l’époque il fallait éclairer quand même, il n’y avait pas de lumière du tout, là il fallait quand même une certaine quantité de lumière donc, on a tiré un fil de chez Agnès et on tournait en 16 hein, et on a tiré donc le fil de 80 mètres on ne pouvait pas aller plus loin que 80 mètres…

Ce qui a limité le champ d’action

Oui, voilà c’est ça donc on allait dans tous les sens, au maximum 80 mètres et Agnès prétendait que c’était son cordon ombilical (rires) et Mathieu avait à l’époque un an et demi et donc il fallait qu’elle fasse quelque chose qui soit proche si vous voulez voilà… qui la reliait à la maison

 

Oui, alors la question de la salle : « Bonsoir, j’ai une question un peu bête, je voulais savoir combien de temps a duré le tournage, et est-ce que les scènes étaient répétées ou alors est-ce que c’était spontané ? »

Euh… ça dépend desquelles… répétées je ne crois pas mais bien sûr il y a des scènes qui sont mises en scène bien sûr, exprès quand ils parlent des rêves quand on voit que c’est une caméra et la fin, oui, tout ça est mis en scène mais le reste non, ce n’est pas répété, c’est de l’observation.. et pour le tournage je crois que c’était que quatre semaines… mais après il y a aussi je crois que Agnès a eu des idées une fois qu’elle était au montage des petits bouts qu’elle a ajoutés après comme le sourire de la Joconde, elle a trouvé que la fille ressemblait mais c’est vrai hein… et puis aussi des petits trucs avec le magicien, des petits trucs comme ça qu’on a fait, mais ça c’est la méthode Agnès hein, mais c’est des petits moments, elle monte un peu et des petits trucs qu’on a peut-être fait plus tard…

Ce qui est intéressant, c’est que vous avez dit tout à l’heure que c’était la représentation du magicien qui a déclenché le tournage…

Oui, oui, voilà parce que c’était un samedi et elle a du se dire que oui on va tourner et certainement qu’elle a eu l’idée de dire à tous les voisins d’y aller parce que comme ça, il y aurait tout le monde vous comprenez, c’est à dire que c’était la trame narrative pour elle, c’était à partir de là…

(de la salle) oui,tu disais que c’était qu’elle avait dit « c’était mon cordon ombilical » et je voulais savoir à quel moment de sa vie elle avait décidé de tourner ça ?

Là c’est quand Mathieu son fils a un an et demi et qu’elle n’a pas fait de film depuis un moment..

Et avec son mari ça va ?

Avec son mai ? Oui… là ça allait mais… là où ça n’allait pas c’est un film que j’aime beaucoup c’est un film qui s’appelle « Documenteur » qui raconte le moment où ça ne va pas avec son mari …mais après ils se sont retrouvés hein, mais le moment où ça n’allait pas, ça a donné un de ses meilleurs films en tout cas que moi j’aime beaucoup qui s’appelle « Documenteur » et en anglais «Emotion picture »

Est-ce que c’est un film qui a pu nourrir les vôtres, même si on voit qu’il y a surtout des différences il y a des choses qui ont pu résonner dans votre travail ?

Comme chef opérateur ou comme réalisatrice, parce que c’est quand même différent…

Réalisatrice

Comme réalisatrice… j’ai prix le contre courant de ce que je fais comme chef opératrice hein parce que justement, les films que je fais, à partir du film « Circoncision » et tous les films sur le langage après je me suis privée de justement de tout ce qu’il y a là, la vie des gens, je voulais vraiment me… je voulais vraiment me heurter à comment filmer la parole sans vraiment… y aller en direct hein frontalement et que je continue encore mon dernier film est pareil, mais c’est pas pareil non plus parce que il y a tout un travail qui se fait pendant un an ou deux avec tous ceux qui seront dans le film donc c’est pas pareil mais justement c’est le contraire, mais on croit que ce sont des documentaires mais pour moi, ça ressemble plus au travail que font les acteurs au théâtre… Donc ça n’a pas non… mais je ne peux pas dire mais ce qui continue quand même, tout ce qu’on voit c’est que dans tous mes films on voit ce qui a rapport à la photographie, c’est à dire qu’on voit les gens qui sont debout, le cadre dans le cadre aussi..

Oui, c’est peut-être votre touche de chef-opératrice sur le film, ça, le cadre dans le cadre..

Oui peut-être mais c’est à dire que c’est toujours un va et vient entre si… le travail se passe bien, c’est qu’on ne peut plus savoir qui a fait quoi, parce que ça suffit aussi c’est comme jouer du jazz, on ne sait pas qui fait quoi exactement, qui lance on ne peut pas dire c’est une note, une note une note et on ne peut pas dire, alors évidemment chaque film va nourrir celui qui va venir après mais on ne peut pas tellement dire, ce n’est « un plus un » hein…

(de la salle) Vous avez coupé ensemble ?

Monter on dit, monter…

Oui, vous avez monté le film ensemble ?

Chez les Allemands on coupe, chez les Français on monte hein (rire) non, mais c’est pas moi, non, c’est Agnès, mais Agnès met beaucoup beaucoup de temps pour monter, je dis « met » mais elle est quand même là, hein, elle est là, donc oui, elle mettait beaucoup de temps pour monter ses films parce que c’était toujours tout un travail d’associations d’idées, après elle avait d’autres idées, et elle contrairement à moi parce que pour moi le film ne se passe pas au montage, pas du tout dans mes propres films… mais elle, elle travaille beaucoup beaucoup et même elle va tourner encore après parce qu’elle a trouvé une association d’idée et qu’elle veut montrer.. mais je ne sais pas combien mais des mois et des mois…

(de la salle) Merci pour le film… je voulais savoir si le film s’inspire de la photographie ou plutôt de l’histoire du cinéma parce que on voit toutes ces références à la psychologie photographie, allemande ou même je pense à l’expo … on ne donne pas leurs noms mais on sait où les trouver, c’est comme un album de famille, je voulais savoir ça…

Euh c’est toi qui fais tout le travail là, hein… Mais je ne crois pas qu’Agnès ait des références intellectuelles, hein, non, elle a des références à la peinture, à la photo aussi mais beaucoup beaucoup à la peinture et le travail avec Agnès se fait beaucoup après parce que j’ai fait quand même cinq films avec elle et on allait beaucoup beaucoup ensemble voir des expositions, beaucoup et pas forcément pendant le film mais dès qu’on était quelque part dès qu’on arrivait dans une ville on allait voir beaucoup, beaucoup et elle a fait aussi l’école du Louvre hein et pour elle c’était vraiment et pour moi aussi d’ailleurs jusque maintenant avant que je commence un film je vais toujours au Louvre, mais c’était pour voir comment le peintre le portrait comment la lumière etc. etc. la référence est beaucoup la peinture…

Est-ce qu’on peut dire que c’est une sorte de peinture vernaculaire parce que ça ressemble à ce qu’il y a juste à côté comme exposition…

C’est encore toi ça… oui, mais c’est formidable de faire ces associations-là, c’est bien oui justement

Est-ce qu’on peut parler des portraits photographiques ?

Elle a la chance d’habiter la rue Daguerre et il faut le faire hein…

Il y a un montage aussi qu’elle faisait manuellement, avec un cache…

Oui, oui, avec Agnès tout est artisanal, tout se faisait manuellement, elle avait un cache qu’elle enlevait, qu’elle mettait oui, pas du tout… elle était comme ça toujours du côté artisanal, beaucoup comme la couture… c’est une sorte de patchwork, vous voyez, un peu comme ça, couture et patchwork

Vous avez parlé de « retake » après le tournage, c’est par exemple le magicien, par exemple, retournage après, en cours de montage

Oui, il y a des petits… oui mais vous savez c’était en 75 hein, et je me rappelle qu’avec le magicien on avait refait le plan, par exemple avec la Joconde, oui ça je suis sûre, et aussi avec la boite, les boites des choses comme ça, oui mais elle a eu comme des idées et donc après qu’on ait tourné, elle voulait encore les boites… bon tout comme ça… Et je me demande si on n’avait pas tourné avec la fille, là, sur la patinoire aussi, oui j’ai l’impression que c’était plus tard, et je me dis maintenant que ce n’était pas nécessaire, mais justement moi je suis trop conceptuelle, disons, je crois que si on dit 80 mètres c’est 80 mètres et c’est tout moi je l’aurais enlevé… (rires)

(la salle) je voulais savoir ce que vous pensez du rapport entre le quotidien et le rêve chez Agnès

Chez elle, est-ce que je dois faire sa psychanalyse … ? (rires) non moi ce que je sais c’est que moi à l’époque je faisais une psychanalyse et elle ça l’a beaucoup troublée, elle voulait tout le temps savoir ce qui se passe, et pourquoi je fais ça, et pourquoi j’en ai besoin et moi j’essayais d’expliquer, je disais que au centre de la psychanalyse, c’est le rêve et le travail sur le rêve, voilà alors moi je prétends que c’est sur l’écran, c’est à dire que elle a fait comme si elle était contre et tout ça, mais après elle a demandé à tout le monde de quoi il rêvait… Et les gens, ce qui est marrant c’est que les gens ils ne parlent pas du rêve de la nuit, ils parlent du rêve de jour quoi… hein… alors le rêve, pour les gens à part peut-être le coiffeur, ou celui qui a fait le somnambule, oui je crois qu’il y a quelque chose comme ça, mais moi je me rappelle que ça l’a beaucoup intriguée le pourquoi je vais en analyse que les artistes ils ont pas besoin d’aller en analyse de tout ça…

(la salle) le film a l’air de se poser dans une quotidienneté objective extraordinaire, mais en fait il devient une fiction

Une vision ?

Une fiction…

Ah oui, bien sûr

Un rêve, les gens commencent à révéler quelque chose d’eux-mêmes, et il me semble que le personnage de l’illusionniste introduit cette dimension surprenante…

Oui mais c’est ça le problème de la fiction, c’est ça

Qui fait que le film n’est plus un documentaire, c’est quelque chose de très poétique, elle dit quelque chose…

Mais oui, bien sûr… mais moi je ne sais pas ce que c’est que la réalité et cetera parce que déjà dès qu’on met un cadre autour de quelque chose c’est déjà une fiction, hein, pour moi, donc après qu’est-ce qu’on appelle fiction, pour moi, ce n’est pas très… Et elle, elle a pris à bras le corps l’illusionniste, elle a commencé le film par là, et elle savait que ça devait aller par là intuitivement, donc elle a commencé par là intuitivement et après elle a suivi mais c’est ça la force d’Agnès justement elle a fait ça fiction documentaire etc comme d’ailleurs Chantal Akerman aussi, il n’y a pas, il n’y a pas … c’est à dire qu’un jour on va faire ce qu’on appelle fiction et un jour ce qu’on appelle documentaire, hein

C’est vrai que le film, avec le magicien, serait plus dans la ligne Lumière du cinéma mais le magicien introduit Méliès…

Oui…

Éventuellement, ces références cinématographiques, cette cohabitation,de ces deux lignées

Oui,mais c’est ça avec Agnès,elle allait de l’un à l’autre oui, et justement moi c’est ce à quoi je tiens beaucoup, et j’aime ça beaucoup…

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

Décors de murs

 

 

 

On va en mettre un peu partout, histoire de convaincre les futurs acheteurs ou locataires, qui peut bien savoir ?, de cette maison (serait-elle témoin)  du bien fondé de la décoration contemporaine. Elle indique, en effet, un état des moeurs et des actes de ce pouvoir (comme on vote en fin de semaine – pendant le week-end, évidemment – voilà qui donne quelques pistes pour accomplir un devoir civique de plus en plus inepte (enfin, il me semble). Commençons par les fondamentaux (comme ils disent au foot)

c’est un bon début – viennent ensuite les tentatives d’éveil –

le point d’interrogation serait à proscrire – un remède à nos agacements

pour les plus jeunes, cette exhortation

un peu de rire pour nous détendre

le tout pourrait nous détendre, en effet, un tel pathétique provoque un sourire, mais le tragique, le drame l’horreur n’est jamais loin : c’est que la réalité nous rattrape

et ce sont les blessures (on n’a pas encore touché à la sacralité de la mort, mais on n’oublie pas Rémy Fraisse sur les lieux du barrage de Sivens, dont la construction inique a été abandonnée, ni Zineb Romdhane de Marseille, quatre vingts ans – et c’est bien une honte pour ce pays, non plus que l’ignoble saccage des cabanes de Notre-Dame-des-Landes)

et tant et tant de blessés, meurtris, handicapés aux vies déchirées, estropiés mutilés, pourquoi ?

pour rien, pour ne pas entendre, pour ne pas écouter et satisfaire des intérêts immondes – ne rien partager, ne rien donner –

garder la tête hors de l’eau, rire de l’enflure d’alors renouvelée aujourd’hui

continuer quand même à écouter de la musique, aller au cinéma ou au théâtre ou ailleurs, renouveler les émois et garder sa dignité

rire encore et malgré tout – image suivante : (c)Dominique Hasselmann)

et vivre, ce n’est qu’unis que nous gagnerons

que le printemps soit avec nous…

 

en entrée de billet, la lagune de Faro, au sud du Portugal – juste pour le plaisir

sur le trottoir devant la maison[s]témoin

J’aimerais vous donner de ses nouvelles, clairement, je ne sais pas. Sa présence ne passait pas inaperçue. Voilà, et vous savez la suite. Il parlait de rien. Lui était médecin et il savait, à la visite d’embauche il aurait pu dire. Jamais on s’est posé la question de la visite inverse. La réponse était inapte. L’usine de la honte. L’usine cercueil. Essentiellement des femmes. Les gens qui habitaient dans la rue sont morts. Non lieu. Il n’y a même pas matière à instruire ou à juger. Dans cette rue y’avait les abattoirs, la spa et l’assédic. Maintenant ils ont mis des sdf. C’est pour dire la vocation de cette rue. Avant c’était une rue ouvrière. Y’avait les grèves, des distribution de tracts. Maintenant y’a quelques entrepôts, c’est des bureaux, artisan du placard, expertise-comptabilité, ils ont acheté ça pas cher. Là où y’a écrit horizon, moi j’ai commencé à travailler là, là où c’est marqué horizon. Le dernier pdg il travaillait là. Avant c’est son père qui était pdg. C’est des verrières. On n’a pas besoin de faire de fenêtres pour les ouvriers, sinon ça les distrairait. C’est la poésie patronale. Mon père avait été licencié comme syndicaliste, je pouvais plus aller à l’école, je suis venue et on m’a embauchée. On rentrait là. À côté y’avait la filature et en haut c’était le filage tressage. Il faisait tellement chaud, ça tapait on demandait au chef de peindre en bleu pour filtrer les rayons du soleil, on prenait les bobines et on les balançait sur les verrières, on les cassait alors ils venaient et ils peignaient. Y’avait des machines qui brasaient partout, vers chaque machine y’avait un nuage de poussière. C’était une atmosphère irrespirable. C’était une machine qui faisait une tresse, une gaine, la machine y’avait un tapis, ça faisait une mèche, on n’avait ni masque ni gant. Toutes les femmes en blouses de nylon, parce qu’en coton ça se collait dessus. On en avait dans les cheveux, les oreilles. Les médecins anesthésient les gens. Y’avait peut-être vingt-cinq navettes qui tapaient tapaient, ça faisait un bruit infernal tout le temps. Au début je venais pour gagner ma vie après je venais pour faire la syndicaliste. Le seul problème qu’on posait pas c’est celui qu’on savait pas. Entre gêné et empoissonné, c’est pas la même chose. Elle respirait pas bien ou elle toussait? On se disait c’est de la poussière. Aucune poussière n’est bonne. On se disait ça se saurait. On voyait des gens qui mourraient mais le lien était jamais fait. Il est mort de façon très rapide. La direction devait s’employer justement à dire ils fument ils boivent ils s’abîment la santé eux-mêmes, les mineurs crachaient leur poumons, les gars du bâtiment dégringolaient des échafaudages, c’est la condition minimum. Ce qui me tracasse beaucoup, c’est peut-être que ça se réveille. Le jour où ils ont annoncé la fermeture les gens étaient désespérés, j’ai demandé d’être entendue, on est rentré tous dans le grand bureau, il était là, elles ont commencé à dire c’est une honte, ce qu’on dit quand on est jeté à la rue et lui il était très surpris, il nous regardait d’un air détaché, y’avait une part d’indifférence, peut-être presque d’indifférence de naissance. C’est le dernier cliché que j’ai. Moteur.

Je suis arrivé tout début janvier. J’ai découvert le site, c’était le moyen âge. Y’avait de la poussière qui était là depuis quarante ans. Au bout des six mois, il avait rien fait, il fallait arrêter toute l’usine. Quels travaux. L’expert a mis huit mois pour faire le voyage, huit mois pour faire son rapport, en tout deux ans. Le pdg a déposé son bilan. Entre nous je crois que la faillite est arrivée au bon moment. Il savait très bien que c’était excessivement dangereux. C’est scandaleux. Ils ont bénéficié de ces experts, de ces médecins qui venaient dire que c’était pas dangereux. Le fils, quand il a pris l’affaire il savait très bien tout ce qu’il fallait faire, il savait.

Nous faisons partie de votre héritage. Vous avez eu le meilleur et nous le pire. Vous avez eu l’argent, nous avons eu la maladie. Il voulait pas faire de travaux. La fortune il l’a pris. Il faut qu’il prenne les victimes aussi. Les patrons ils venaient pas beaucoup, une demie-heure par an. La plainte a toujours pas abouti. Les témoins sont morts. Les accusateurs sont morts. Mais on se dit que ça pourrait donner à réfléchir aux autres. La dignité. Que nous on nous donne le statut de victimes, et lui d’empoisonneur. Que chacun ait sa place. Et que les ouvrières redescendent du bus en chantant. Qu’il ose nous faire face. On lâchera jamais.

(lettre à Chopin)

Les rendre visibles

 

 

 je me disais « mettons les treize autres richards, on verra plus tard » – le billet est prêt – je suis en avance c’est beau et c’est rare – je ne sais pas quel est ce calendrier, ni cet agenda mais tant pis, je continue – on avait déjà vu « Discount » du même Louis-Julien Petit ( qui avait quelque ressemblance : on en avait un peu parlé ici) – et puis non, ici et maintenant. Disons : c’est un film dont les rôles principaux sont tenus par des femmes, et c’est important à souligner. C’est important de savoir que le monde tourne grâce à elles – et peut-être d’abord : il y a toujours, et partout, des gens (ce sont des femmes, le plus souvent) qui aident les autres, qui les éduquent les soignent les lavent les secourent et les nourrissent (ce sont ces jours dont on connaît la venue, ceux des « établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes » et rien que l’intitulé donne envie de tout foutre en l’air) (je m’égare, pardon). Le film montre des femmes qui n’ont pas de domicile et qui tentent de survivre dans ce monde idiot et brutal créé par des hommes (ou des femmes, c’est selon) (mais plutôt des hommes quand même). 

 

Il s’agit d’un établissement dit « de jour » : on y accueille durant la journée des femmes qui n’ont pas où aller – sinon la rue. Trois salariées, une bénévole, une vingtaine de résidentes ; on y tente de vivre et de trouver du travail.

(ici, de dos (invisible elle aussi) la directrice de l’établissement; de face les invisibles). Le propre du film est premièrement de nous les montrer; de nous les donner à voir – on ne les voit plus, on les oublie et à la rue, elles meurent – eux aussi, mais elles meurent. c’est que ce monde de performance, d’efficacité imbécile et de concurrence absurde ne veut pas voir ce qu’il crée – il faut aller les voir cependant. Deuxièmement de les faire exister et vivre, réellement – une heure et demie, peut-être, mais exister.

Ici l’assistante sociale (incarnée avec joie finesse et subtilité par Audrey Lamy), là la directrice

Corinne Masiero (retenue, drôle et puissante), puis la stagiaire gauche cadre

Déborah Lukumena solaire et spontanée

(on l’avait vue dans « Divines » tu te souviens je crois) (Houda Benyamina, 2016) et enfin la bénévole, Noémie Lvovski

(fébrile, fragile si vraie) (elle va vendre sa télé, tiens) (ouvrez les yeux, hein)

toute une pléiade de femmes aux âges différents

attachantes parce que gaies ou pas mais vivantes, aux voix et aux yeux limpides ou atterrés – le centre de jour fermera (on le rouvrira parce que la loi – incarnée ici par Brigitte Sy

n’a pas le dernier mot (ce qu’on décèle c’est la direction d’acteurs, magique, on dirait Renoir : toutes sont justes sans jouer – ainsi en va-t-il aussi des acteurs, mais ils sont loin dans l’ordre des rôles, et on les oublie) (le méchant n’est pas si méchant que Jules Berry, non) (on a droit au jeune barbalakon quand même, remarque bien) : parce que la loi est inique, et que lorsqu’elle l’est, il est bon de la transgresser et de la changer – on préparera une journée portes ouvertes

accueillant le voisinage et plus, une réussite – un moment de joie et de danse

on est heureux, et parfois on pleure, on oublie mais le monde nous rattrape – peu importe, ce qui importe c’est le chemin qu’on a parcouru, ensemble, des individus, des personnes, des sentiments et des réalités

 

Une réussite, à nouveau : Les Invisibles, un film de Louis-Julien Petit

 

les listes et les podiums

Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il y avait sur cette liste, des sortes de résolutions, et en toute fin celle de ne jamais faire de liste.

Ce dont je me souviens est haineux surtout, mais je ne sais pas dans quelle mesure l’hippocampe du cerveau doit être tenu pour responsable et comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on – un deux trois quatre dit le mec au téléphone dans la cour – étudier ou même tout simplement reconstituer ce qui amène à ça, à la détestation des différences – la grille de la cour claque de façon très reconnaissable en se refermant, le mec un deux trois quatre est très différent de moi, je ne le déteste pas mais je suis tout à fait capable de détester qui s’érige qui se porte garant, qui refuse d’accorder, qui n’imagine pas se tromper, qui prend l’espace et la parole, ce serait trop compliqué de faire une liste, surtout sachant que certains paramètres de reconnaissance de ces qui détestables sont diffus, de l’ordre du sensible, et tiennent à une manière de prononcer certains mots, avec une certaine torsion de la bouche, par exemple en s’érigeant, se portant garant, refusant d’accorder etc.

Ensuite il y a beaucoup d’avis qui sont donnés sans préavis.
On cherche la poule qui sait compter ou le poulpe qui donne des résultats de paris sportifs.

Finalement, recopier intégralement, ou pratiquement intégralement, le discours d’une chaîne de téléachat est reposant, parce que le détestable se montre tout clair, sans masque, pas besoin de se fatiguer à le débusquer ou à le traduire. C’est l’éloge de la différence – plus exceptionnel, meilleur, performant, ça va vous changer la vie – mais d’une autre différence, celle qui nous rapproche de l’exception admirable. Le téléachat installe des nuées de podiums sur tous les emplacements, même quand il s’agit d’un coton-tige ou d’un parapluie pour que nous devenions tous l’exception admirable. Ne pas être comme les autres, c’est être meilleur – plus exceptionnel, performant – que les autres, ce qui est un abîme sans fond, car si ça fonctionnait avec cent pour cent de réussite, à la fin nous serions tous identiques. C’est reposant de voir à l’œuvre cette schizophrénie. Mais quel outil, comment, avec quoi, tirer des conclusions, sauf en détestant ce détestable.

Les décorations de noël sont en place, les rues ont été bloquées très peu de temps pour que les boutiques n’aient pas à en subir les conséquences, en termes d’accès, ventes, black-friday. Certaines guirlandes lumineuses ont peut-être été installées de nuit. À la devanture du magasin de jouet du centre-ville, un père noël ventru de douze centimètres sourit dans la nacelle d’une montgolfière tissée. Aucun jouet n’est à moins de cent cinquante euros. Le pull moutarde dans la vitrine d’à côté est en solde à deux cent vingt-cinq euros. Il en faut deux pour obtenir le prix d’une paire de chaussures. La ville est calme. C’est en périphérie qu’on brûle des pneus. Ce sont des différences visibles, des podiums bien installés. La haine aussi veut son podium. La ville est calme. Il n’y a pas de mère de famille tuée sur son palier à coups de couteau ici, comme dans d’autres villes. C’est peut-être une question géographique. On pourrait se dire – comment, de quelle façon, quoi, avec quel outil, comment pourrait-on, un deux trois quatre  – que les différences – de prix et de couteaux – sont géolocalisées. Peut-être même qu’il existera bientôt une application pour téléphone où les podiums apparaîtront en temps réel sous une tête d’épingle rouge ou verte en forme de goutte d’eau stylisée inversée. Une qui sert le café avait un bleu au visage l’autre jour et les yeux rouges. L’étrange, c’est qu’elle ne se trouve pas en périphérie. La chaîne du téléachat est dans toutes les télévisions, peu importe leur emplacement. C’est pareil pour les bleus, ça l’est moins pour les jouets en bois faits à la main, les montgolfières tissées de quinze centimètres de haut en soie et les vêtements moutarde. Historiquement, c’est un peu comme les chambres de bonnes toutes au rez-de-chaussée. Il y a une ville en Amérique du sud dont les quartiers les plus privilégiés se trouvent sur les hauteurs, et les zones pauvres en bas. Quand les pluies dévalent les pentes, qu’elles engorgent des rigoles parfaitement goudronnées, s’y engouffrent, longeant les interphones des portails électriques, passant devant des escaliers à double volée donnant sur des statues au centre de parterres fleuris, elles inondent les cabanes de bois et de tôles ondulées, elles les recouvrent, elles les pourrissent et elles les noient, avec des gens à l’intérieur. La haine de qui s’érige de qui refuse d’accorder s’écoule, simplement, au grand air.

Après, il y a ce souci dès qu’on écrit, d’arriver à une conclusion. De faire une démonstration. Ou un portrait. De donner à voir un angle qui ne serait pas commun, ou qui serait différent. C’est peut-être la corrosion qui gagne. L’acide du podium se répand. Dès qu’on écrit, et sans qu’on le formule, même sans qu’on veuille s’y intéresser, arrivent les différences, le haut, le bas. La sélection. Écrire c’est sélectionner. Recopier c’est sélectionner ce qu’on va recopier.
Même la longueur d’un texte est soumise à la sélection : trop longue pour un billet en ligne sur le net comme ici, trop courte pour un livre. Si je choisis d’écrire un texte trop long pour être lu en ligne, est-ce que c’est pour déjouer ce principe ou pour faire différent ? (me la jouer ?) Comment – quel outil, comment savoir, comprendre, répondre, et où se terrent les illusions, sur soi et sur le reste, celles qu’on voudrait avoir, celles dont ne sait pas qu’elles nous collent aux talons.

« Il y aurait plus de mondes potentiellement habitables dans l’Univers que prévu », me dit un site. Juste après m’avoir demandé
« Qui est Jesus ? » et
« Comment préparer une pizza parfaite selon la science ? ».
Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si dans ces mondes aussi il y a obligation d’agencer en vue de démontrer, et si tout s’organise hiérarchiquement, même la pluie.

Pour l’amour des images

 

 

Il est des choses qui me sont plus difficiles que d’autres (qu’à d’autres, tout autant) et parler de photographie (celles qui viennent sont – comme la plupart d’ailleurs – magiques) en fait partie : ça arrête le temps, ça propose quelque chose qu’on aime, ça intime de penser quelque chose de différent sur le monde tel qu’on le conçoit, qu’on le voit tous les jours  – évidemment, c’est la même chose, il n’y a pas deux réalités, évidemment.

Il y a là deux types (qui peut dire s’ils sont frères, amants, associés, collègues ennemis peut-être pas mais ce sont des semblables) et un miroir; c’est pris à la Guidecca (cette île en face des Zattere, dans l’ombre quand il fait soleil) par le type qu’on distingue dans l’image du miroir. C’est repris par moi, mais c’est l’Italie, ce sont des gens qui travaillent. Ils sont là, mais ce que j’aime c’est cette façon qu’a celui de gauche de tenir son poignet (il porte un bracelet montre comme son collègue, ils sont un peu chauves, ils sont en bras de chemise et c’est qu’il fait chaud à Venise, en été).

C’est parce que c’est Venise, certainement.

Ce sont les grèves qu’il y a eu, juste avant guerre ou juste après (je n’ai pas pris de note, je retournerai sur place, je verrai) mais ce qui est certain, c’est que c’est la grève. (il s’agit d’une photo intitulée  « Grève à la SNECMA-Kellerman » – du nom du boulevard où était située l’usine, datant de 1947 – add.01.10.18). Ce type, là, allume son clopo, derrière lui les déchets de sa machine (c’est sa machine, ça ne fait pas de doute), tourneur ajusteur quelque chose en usine, Panhard Levassor du quai de Javel ou Citroën quelque chose – mais comment il est vêtu, le brillant de ses chaussures, la propreté impeccable des piles de tambours probablement, tout le travail et le savoir faire, tout est là, la dignité du travail surtout. Comme pour elle, cette merveille (une histoire sur cette Rose Zehner, adorable)

elle revient informer ses collègues de la suite des négociations, elles vont entrer en grève (l’histoire dit que cette femme a vu le photographe – lui aussi, et dès après son cliché, il n’en pris qu’un, il a disparu – et l’a pris pour un flic) (la photo, une preuve, un alibi, un témoignage – à charge, à décharge ? je me souviens des clichés qui ne sont pas parus (mais qui ont été pris) de Lady Diana morte dans le souterrain de l’Alma) : on l’écoute, on suit son geste… Le travail, ses luttes, ses victoires

celle-ci, un meeting au vélodrome d’hiver, Paris 1 rue Nelaton, quinzième arrondissement  : la photo ne rend pas compte de l’entièreté des choses, mais elle en suggère bien d’autres. J’aime les regarder, mais en rendre compte avec d’autres photos est plus difficile – je n’y parviens pas, je n’ai pas de point, je n’ai pas d’appareil ou de technique, tant pis, ce ne sont que des sentiments, même si on sait que, parfois, évidemment, ils mentent

mais certainement pas devant ces sourires. Ni devant ceux-ci (on entend presque les mômes (ce sont des Napolitains, tu parles comme on les entend dans leur sabir…) demander au photographe si il veut leur photo)

de quoi j’me mêle ? (ce qui m’appelle, c’est celui qui porte une casquette, on dirait Paul Frankeur). Enfin, des images, des photos, des centaines je n’ai pas compté, je n’en ai pris qu’une petite dizaine, pour me souvenir (mais déjà, Willy Ronis, déjà, on en avait vu de nombreuses de lui, sur Belleville comme on y pense parfois).

On a commencé par Venise, on finit par Venise (le visage du vendeur est trouble, au loin il porte une moustache, mais c’est ma prise de vue qui défaille – en réalité (?) il a l’air assez surpris et peut-être même vindicatif – il n’aime pas qu’on lui tire le portrait (alors qu’il n’est qu’une infime partie de cette image magnifique, tellement années 50…)

 

Une exposition de photographies de Willy Ronis, entrée gratuite au carré Baudoin, en haut de la rue de Menilmontant, Paris 20 – fermée le dimanche…

Acheter son Atmosphère en ligne (directe)

Description du projet :
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Les caractéristiques de ce modèle de maison :

Plans adaptés aux terrains en pente d’un lieu haut vers un lieu bas, ce qui fait pour l’âme ce que l’inclinaison fait pour les corps, douce, raide, inévitable, la pente vers soi est le commencement de tout désordre.
2, 3 ou 4 chambres, c’est selon. 4, 3 ou deux chambres quand l’ordre des choix est décroissant.
Porche et hall d’entrée de mise
Cellier (c’est-à-dire que c’est attaché avec l supplémentaire gratuit)
Cave à la cave
Double garage deux fois
Wc séparés à l’amiable
Salle de bains hydrothérapique humidifiable capable de contenir l’eau sous toutes ses formes liquides
Suite parentale de 26 m² (version 3 chambres) avec salle de douche, dressing et espèces de rangement
Modèles de maison de 80 à 110 m² habitables et chaises si besoin.

Construire sur un terrain en pente peut s’avérer complexe, le modèle Atmosphère vous séduira par sa fonctionnalité, son adaptabilité, sa souplesse, sa décontraction, sa malléabilité, sa maniabilité, sa diplomatie, sa subtilité perspicace.

Protégée par un porche proche, la maison vous offre un hall cadeau d’entrée généreux où vous pourrez créer, optimiser, maximiser, bonifier, dégrossir, épurer, sophistiquer vos rangements.

Ce hall comprend également tout ce qu’on lui dit, avec l’entrée dite de « service » (charité bien ordonnée, coopération, dépannage) desservant le double garage fois deux pouvant accueillir deux voitures fois quatre si le temps (éclaircie, période, conjoncture) le souscrit (signature en bas de page), le cellier et la cave vous permettant des possibilités quasi illimitées (démesurées, effrénées, insondables) d’organiser votre intérieur dedans et à l’interne.

Se déclinant en 2, 3 ou 4 chambres, ce modèle de maison est modulable selon vos goûts et ses couleurs, avoir bon.

De 80 à 110 m² (voire rectangulaires) ce modèle de maison familiale sur demi niveaux à demi divisé en moitiés dont le total additionné est égal à un est convivial, chaleureux, sympathique, et sait préserver (abriter, chaperonner) l’intimité (commerce, attachement, agrément) grâce à une partie nuit (nocturne) à l’étage en hauteur avec la salle de bains et les toilettes séparées d’un commun accord, et une partie diurne qui ravira vos journées dès le lever du soleil, voire même de l’aube au crépuscule.

En version a capella 3 chambres, l’espace parental à l’étage avec dressing (dressant, domptant) (costume à paillettes disponible sur simple demande) et salle de bains privative (de bains, d’où les économies d’eau substantielles) vous garantira un espace privé à soi personnel confortable et douillet de plus de 25 m² (version triangulaire optionnelle offerte, case à cocher sur formulaire B912 alinéa 16 à retirer dans toutes nos succursales annexes et dépendances).

Les plans de ce modèle Atmosphère sont modulables et c’est ce qu’on demande d’abord à un modèle (représentation, imitation des formes).

Consultez nos conseillers pour des conseils et des consultations (mises en garde, enseignements, incitations, instructions, traitements thérapeutiques) et ainsi vous découvrirez les multiples possibilités exponentielles (avec variables en exposants) de personnalisation de nos maisons responsables.

N’oubliez pas : les maisons responsables, c’est de leur faute.

des affiches

 

 

 

on sacrifie à la mode de l’anniversaire, en un sens, avec deux affiches pour décorer un peu cette maison (vide) (il y avait cette chanson émise par Michel Polnareff « dans la maison vide » qui n’arrivait pas à la cheville de celle nommée « le château des Laze » diamants rubis topazes) (bah, aucun rapport, n’importe : illustration musicale peut-être) ces affiches datent des années claires dont on nous rebat déjà les oreilles, et les cinquante ans (ce qui ne nous rajeunit que peu). Celle-ci d’abord parce que d’actualité à Poitiers et à Toulouse

rien nulle part dans les journaux (je ne dois pas lire les bons, j’imagine) mais je m’interroge (ici, ailleurs), les choses se meuvent, les terreurs (je me souviens aussi, de l’assassinat de Martin Luther King, comme je vois celui de Marielle Franco, je repose ici une image d’elle pour ne pas oublier

selon toute vraisemblance assassinée par la police, quatre balles dans la tête) tu vois son sourire et l’humanité entière existe…

C’est l’état d’urgence ici, la Ligue des droits de l’homme a posé, je crois, quatre questions prioritaires de constitutionnalité sur cet état-là (le conseil en délibère et rendra son jugement le 29 mars) mais il me semble (je peux me tromper, je suis sans doute influencé par mon désir) que les choses ont un aspect particulier et dès demain, on manifeste déjà, puis les grèves des cheminots (ici une deuxième affiche de l’époque, que j’ai empruntée à « notre héroïne » de la Binaf – merci à elle)

on ne voit pas les choses bégayer, non, le contexte a changé, la liberté pourtant est vraiment menacée par la réaction dont l’incarnation hypocrite est bien au pouvoir, avec son costume cintré (cette histoire de costumes qui a mis à bas les prétentions de celui qui l’avait emporté et sur le droit dans ses bottes et sur le type encore en garde à vue à Nanterre, là maintenant au moment où je pose ces mots) et ses clins d’oeil entendus, cette entente avec la banque et l’omniprésence de l’entre-soi.

Ne pas lâcher, rien, et continuer, suivant ses moyens (pauvres, ici, comme il se doit), modestes mais tenaces.

 

 

trains

 

 

je ne me souviens plus pourtant ce n’était que voilà, peut-être, dix jours, il y avait un signalement sur ce réseau social de maçon, de la part de François Bon, lequel indiquait qu’une de ses relations de la villa Médicis des années quatre vingts si je me souviens quand même avait posté quelque chose sur un train et la ville de Valentine (ou alors j’ai inventé cette proximité). Le problème avec le rédacteur solitaire, c’est qu’il est curieux (il pose ici ce billet, tout autant pourrait-il le mettre ailleurs, chez lui ou dans un autre lieu encore – il est curieux, et réflexif). Je me suis dit tant qu’à faire, je vais aller voir – il y a sur le bord de cette route (ça se passe aux Etats) une wtf succursale d’un faiseur de prêt-à-porter (en plein désert : OSEF).

Valentine, Texas USA. Le rédacteur curieux et réflexif est aussi presque tout autant superstitieux : à peine arrivée sur les lieux, voilà ce qu’il trouve

un peu comme à la bibliothèque de New-York, ces deux félins en gardent l’entrée (#323)

zoom arrière, les grands espaces ?

continuons : sur cette route (numéro 90) en traverse cette petite contrée de Valentine (pour ne pas dire trou hein, comprends-moi bien) pour arriver en sortie (ou en entrée tout dépend, évidemment) à cette station service (ici photographiée en 2008)

et là en 2013 (à gauche, le drapeau (american stars and bars – les étoiles et les barres étazuniennes) flotte sur le bureau de poste)

augmenté donc d’une espèce de toiture en zinc (le drapeau flotte dans le vent, donc ou n’est-il que faux, comme sur la Lune en 69 ?) rougi de peinture qu’on aperçoit ici, bord cadre à gauche en bas, pour donner quelques indications de la topographie du lieu

ah non, on voit rien, pardon, sinon que la ville est faite autour de la voie de chemin de fer : on descend pour aller voir, on tombe immédiatement sur ça

(il ne fait pas de doute que, comme l’indique à un moment le chanceux Eric Guillard dans son « Ordre du jour », le rédacteur a quelque velléités d’amusement d’enfant ainsi que l’ordure Goering en sa cave, je ne sais plus où – jte parle même pas du reste que trimbale avec lui le train et ses wagons à bestiaux) (je mets un lien quand même) : ici le spécimen dispose de deux locomotives comme on voit, mais la longueur du bidule se borne à quelques 21 wagons

ce qui fait, malgré tout, assez peu

ça se termine là

avec ces deux tapis roulant à épandre (je suppose) le ballast.

Trop petit : il tient dans une image

: s’il fait deux cents mètres de long, c’est le bout du monde…

J’ai donc cherché un moment encore (car, de plus, je suis patient et je sais attendre) parcourant cette voie de chemin de fer des Etats-Unis d’Amérique (je pensais à Rockfeller, aux coolies et autres malheureux mortels dévolus à la construction d’un tel ouvrage) ici une vue pour appréhender et le désert et la route qui longe la voie ferrée

des paysages sans fin, immenses, la frontière de l’ouest

en bas, Valentine, au presque centre Van Horn, et vers le haut Sierra Bianca : entre les deux villes peut-être quatre vingt kilomètres, on approche de Sierra Blanca

enfin il faut s’approcher encore

et distinguer le bourg de Sierra Bianca, en bas, à droite, la route désormais numéro 10 qui longe la voie de chemin de fer – en haut, le mont Sierra Bianca ici capturé par une certaine Cecilia Marchan dit le robot

recadré par le rédacteur) on distingue peut-être les fils du télégraphe qui bordent aussi cette voie de chemin de fer, qui lors du léger infléchissement vers le nord fait découvrir ceci

un peu au delà de Etholen

on ne le distingue pas encore, mais sur celle-ci

il commence à apparaître (il ne tiendra pas dans une image, il compte plus de cent wagons, ce qui en fait un bazar de plus de deux kilomètres de long)

devant : trois locomotives tractent

à l’arrière une quatrième qui pousse

assez loin, il faut le reconnaître (ou alors est-ce l’inverse, trois qui poussent une qui tire ?)(ça m’étonnerait jte dirai) et entre ces moteurs, des wagons

des wagons

des wagons (on remonte)

encore (y’en a 103…)

et encore

pour finir

et sur le croisement de la route qu’on voit en haut de l’image précédente, celle d’un certain C. Marquez du train qui passe là

disproportionné, too big to fail ? Deux chauffeurs ? (la Bête humaine…) (Jean Renoir, 1938 – ou Milou, 1890). Je me disais, voyant le film d’Otto Preminger « Tempête à Washington » (Advise and consent, 1962) que j’étais plus habitué aux marques et objets étazuniens, et que de les voir en film ne m’inquiétait pas tellement (je les reconnais) mais qu’en revanche ceux d’autres pays… Le cinéma, les trains, les Etats-Unis… (l’histoire écrite par les vainqueurs, sans doute)

 

addenda : retrouvé, c’était à Marfa (au sud de Valentine, quarante bornes peut-être, Quebec puis Ryan par la 90); et l’artiste c’est François Delbecques)