Un passage (#4 résister)

 

 

 

alors ici, comment ça se passe ?

Où est l’agent ?

Il suffirait de poser sur la (fausse) platine (en carton) du salon un disque de Patti Smith (tu te souviens, « Horses » par exemple) et de pousser le volume de l’ampli (pareil) à fond, afin de montrer au monde qu’on existe (ce serait tellement inutile) (et l’utilité l’est tellement elle aussi) (on n’en sortirait pas si on allait ce chemin) (il y a dans le jardin un certain nombre d’arbres fruitiers (ceux-là sont vrai, ou plus ou moins, ou alors c’est moi qui délire (ou si préfères, « Because the night », c’est comme tu aimes) (moi les chansons, tu sais…) ici, c’est un peu comme qui dirait le réseau, on est là, on y vient on s’en va – on y passe quelquefois, il y a à la porte du jardinet de devant quelqu’un qui attend pour visiter – dans le garage, il y a toujours dans un coin éloigné, un cric oublié là par Voumvava Voum – on ne sait jamais (cette chanson faisait « on ne sait jamais comment l’amour vient aux amants/comment il fait comme il s’y prend ») ou alors Matthieu Chédid (sa grand-mère) (et son père aussi bien) enfin la famille – qu’est-ce que c’est qu’une maison ? un lieu pour que vive la famille et la petite voiture dans le garage, à côté de la grosse – l’accès direct à la cuisine, c’est pratique pour entrer les courses – on a mis un congélateur dans le garage ou quoi ? –

Vous la faites aussi de plain pied ?…
Non mais c’est aussi pour les vieux jours, vous comprenez, c’est moins facile avec un étage…

Un jour, il faudrait ranger un peu cette fausse vidéothèque (il y a Burt, nu dans sa baignoire dans la salle de bain et son « mon père, ne faites pas l’idiot… Le peignoir !!! ») des héros un peu partout, des femmes fatales, des destinées communes (pas si sûr qu’il y ait là Louise et Thelma ? Si ? Ah l’oubli…) – il y avait cette éventualité aussi, alors on a construit un lexique, on a élaboré un index – en pure perte – non mais il faut attendre, il faut savoir, il ne faut pas exagérer (« Out on the week-end », l’harmonica, oui)…

Non, l’agent n’est pas là, il ne reviendra pas avant quelques semaines, dans l’état des choses, vous comprendrez quand même qu’il y ait des choses plus essentielles – encore qu’une maison le soit, parfaitement, forcément une famille, la nation et la patrie (non, nous ne faisons pas de politique, non, nous faisons juste le job, comme vous n’êtes pas sans le savoir), la culture (celle des pensées dans les bacs), les loisirs et le barbecue – la joie des enfants et le plaisir de vivre – respirer un air qui le soit, pur – au ciel glisse un aéronef…

Je passe parfois par le lotissement, mais je ne m’y arrête plus, disait l’agent au téléphone (il était au volant de sa petite voiture de société, mauve tirant au taupe, il parlait à la secrétaire) – non je rentre chez moi (il raccrocha) (à bientôt oui) – dans le jardin il y a un parasol et deux chaises façon fauteuil en plastique mauve battant, courant au rouge, la fenêtre de la chambre du haut est fermée de persiennes – on dit stores – automatiques – toujours fermée, close, obturée – je n’ai pas exactement vérifié mais je crois que ça fait quelques années qu’elle a été vendue à ce couple, avec deux enfants 5 et 7, le choix du roi comme on dit, l’aînée était fille cependant – il y a un ordre dans ce monarchique choix ? je ne sais pas, je ne sais pas d’où me vient cette expression toute faite – un proverbe, un lieu commun – d’autres maisons à vendre, il y a d’autres familles solvables, d’autres contrats à signer, d’autres échéances à tenir, aller travailler, faire des courses, à manger et le ménage, s’offrir les services d’une bonne à domicile – les millions de maisons de par le monde – les millions de lotissements pour des millions et des millions de personnes et les millions et les millions de la même espèce qui vivent en bidonville, sans eau, à Lagos, à Rio, aux portes de Paris et aux confins de la Syrie… – non, je t’assure, je ne m’arrête plus

Actrice

 

 

(image d’entrée de billet : au centre, chemisier rouge, Feriel Chamari propriétaire du salon de coiffure/onglerie)

ce qu’on découvre dès le premier plan (elle est de dos, il fait beau, elle est dehors avec un type en t-shirt rouge) c’est le tatouage qu’elle porte à la base du cou.

Elle en porte un autre à l’intérieur de son poignet gauche – il me semble (un signe de sa liberté – si s’inscrire quelque chose à même  la peau possède cette signification). Elle parle de ce type qui porte fez et cigare « c’est mon patron » dit-elle  » il est juif » (c’est dans l’ordre inverse). On s’amuse dans le film même si l’actrice principale, elle défend hardiment son rôle, Selma, ne s’amuse pas vraiment. Elle fume, elle veut faire sa vie à Tunis, et y exercer sa profession de psychanalyste-psychothérapeute (plutôt la seconde profession, allons-y doucement…).
Sur cette image, sa tante (Ramla Ayari) discute clope au bec sur le divan (sa fille, et donc la nièce de Selma, se cache de sa mère) : le voile de la mère répond à celui de la fille.

Un film amusant qui n’est pourtant pas moins sérieux : les mœurs, la religion, la police, la critique douce du régime, l’incompréhension, les défis quotidiens, bien des choses dans un décor magique, servies par des actrices et des acteurs fort bien dirigées. Je me souviens du premier rôle, Golshifteh Faharani, dans « My sweet peperland » (Hiner Saleem, 2013) plus dramatique
où elle joue de cet instrument à percussions, le hang – un film où les Kurdes existent, où elle défend aussi un rôle de femme, institutrice et courageuse. Vraiment bien aussi : une femme puissante comme on dit de nos jours . Bien qu’elle en fasse un peu trop ici, on aime à la retrouver : on se souvient aussi de son magnifique rôle très en noir et blanc dans le Paterson
de Jim Jarmusch, cette merveille de cinéma (2016), en épouse d’un poète et conducteur d’autobus (Adam Driver dans le rôle)
GF avec Adam Driver poète et conducteur d’autocar
Un divan à Tunis, un film réalisé (elle est aussi au scénario) par Manele Labidi
(*) tout au long du film comme de cette rédaction, je me disais « Selma… Selma… »… et voilà que ça me revient : ce nom, ville de départ (et titre d’un film que je n’ai pas vu – mais réalisé par une femme engagée, noire et féministe) du périple de Martin Luther King pour l’émancipation la libération des Noirs étazuniens dans les années 60 du siècle dernier (1965) (Ava DuVernay, 2014). Comme un écho…

Issa, le lionceau, Chris et les autres

 

 

 

 

C’est difficile d’en parler – on ne fait pas spécialement partie de ce genre de dispositif – mas quand même, il y a là des enfants, des adultes presque encore adolescents puis des adultes, des salariés fonctionnaires, des férus de l’économie informelle (que dit-on de cette qualification ?), et puis pas mal de gens qui ne désireraient que vivre en paix. Notamment des femmes : on en parle que peu, mais elles sont là (les mères des « microbes » (les plus jeunes) comme celles des flics, baceux ou autres).

Il s’agit sans doute plus d’un film d’hommes, bien que la loi soit incarnée, en son autorité, par une femme

(Jeanne Balibar, tellement convaincante) : la commissaire qui connaît son personnel. On ne la croise qu’au début. Un film d’hommes…

La vie est compliquée quand on a la peau de couleur autre que ladite « blanche ». Surtout en banlieue…

Le jeune type immédiatement à gauche est celui par qui le scandale arrive (Issa) : dans le carton qu’il porte à l’image se trouve un lionceau prénommé Johnny par son père adoptif, un circassien qui veut retrouver son ouaille – ici de dos

. Face à lui, Chris ( Alexis Manenti, co-scénariste) chef de la petite brigade qui officie ce jour-là (la tragédie, peut-être, en unité de lieu, de temps et d’espace se joue et se noue ici). Le Chris en question est assez sûr de sa force et de sa représentation : il incarne la loi

avant celle promulguée par les frères musulmans (nommés ici « Muz » sans doute pour les faire apparaître moins prosélytes – mais ils le sont, et fortement).

Le Chris en question fait régner une espèce de terreur dans « son » quartier

où arrive Stéphane (en arrière plan, avec son brassard : Stéphane (Damien Bonnard, parfait)) – ce dernier est là pour apprendre, sans doute, mais se trouve confronté à la bêtise crasse de son supérieur, laquelle bêtise

ne tardera pas à se retourner contre son auteur. Course poursuite

dérapage

bavure – les ingrédients réunis – on ne saura pas comment se dénoue l’histoire, mais cela n’importe pas. Une bavure oui : mais filmée

 

par le drone de ce jeune type à lunettes, là (Al-Hassan Ly adorable mais malheureux – il ne serait pas improbable qu’il y ait là quelque  accointance avec le réalisateur – mais je n’en sais rien). En tout cas, il filme, enregistre, conserve et mémorise. Tout est là.

Dans le dossier de presse, le réalisateur indique qu’il filmait tout dans son jeune âge (il ne disposait pas de drone, non, mais filmait) – pour documenter les actions de la police (ainsi que le faisait, dans La Cordillère des songes, Pablo Salas – pratique du cop-watching) : ce sont les armes des pauvres, du peuple, des malheureux, des dominés.

On approche de la fin : le jeune Issa (interprété par Issa Perica) voleur (emprunteur) de lionceau sera repris, mutilé, humilié. On n’en parlera plus : la carte mémoire où figure le film impliquant la police dans cette bavure sera (probablement) détruite

par Gwada (Djebril Zonga) – on n’en devrait plus parler. Les affaires continueraient ainsi que la police qui continuerait ses rondes ordinaires

et tout rentrerait dans cette espèce d’ordre auquel on est (plus ou moins) habitués… Sauf que non

Dans ce film coup de poing, ces misérables-là se vengent…

 

Les Misérables, un film de Ladj Ly (2019) prix du jury au festival de Cannes cette année.

sur l’écran

Sur l’écran la pianiste s’agite, mais le son est coupé.
C’est une allégorie. Elle s’agite en silence pour dire toutes les femmes effacées, inconnues, oubliées.
« J’ai un mauvais pressentiment mais qu’importe » dit le héros sur une autre chaîne.
« Fais ce que tu as à faire quoi qu’il advienne », lui conseille-t-on.
_ Je ne te promets rien. » répond-t-il.
Moi non plus j’ajoute à voix basse (et donc pour moi-même). Le héros frappe à une porte. Il est question de sorcières, comme d’habitude. Les femmes effacées, inconnues, oubliées, nocives, ça fait très longtemps que ça dure, que ça se propage dans les esprits, les fictions et les réalités en rendent compte chacune nourrissant l’autre et l’inverse.
« Crache le morceau! » dit le héros.
Très bien.
Ma question est – que cette maison[s]témoin soit le témoin de ce questionnement – en a-t-il toujours été ainsi ? Pendant les deux cent-cinquante mille ans où nous étions chasseurs-cueilleurs (deux cent-cinquante millénaires, c’est-à-dire peu ou prou une durée d’environ cent vingt-cinq civilisations cul à cul), pendant ce temps où nous étions tapis autour des foyers, réunis, effrayés par les prédateurs, effrayants pour nos proies, en a-t-il toujours été ainsi ? Et les vénus callipyges ? Quelles mémoires racontent-elles silencieusement ?
Il y a plusieurs niveaux de connaissance, plusieurs niveaux au sens propre : dans la cave d’une maison témoin, les fossiles et les questionnements ; au rez-de-chaussée salon salle à manger cuisine, le théâtre, l’agent immobilier qui organise la visite (c’est un homme, ou bien c’est une femme avec le lexique et les automatismes d’un homme) pour les clients, un couple (sans doute qu’elle demande où pourra se brancher la machine à laver) ; à l’étage, la salle de bain aux miroirs kaléidoscopiques qui nous traquent, nous définissent ou que nous nous évertuons à tromper, rigoureusement peints à la main quand nous en avons l’énergie et/ou l’occasion, et puis les chambres où s’agitent des rêves. Et passent des allégories de pianistes travaillant leur instrument en robe de soirée sans que personne n’entende.

Ça c’est Paris (Dehors passant par le pont Royal)

 

 

j’étais dans le bus, j’allais vers je ne sais où – Pyramides probablement (le lieu où se produit  l’ « Accident de voiture » de Modiano) – il y a quelque chose dans les quartiers de Paris, certains (celui de la rue du Bac très prégnant pour moi – notamment parce que TNPPI y vivait et m’y avait trouvé l’une de mes premières adresses à Paris – 32 rue de Lille, 10 mètres carrés, je ne sais plus le loyer mais je me souviens du gros rat de l’escalier et de la folle du deuxième) (je lui portais fréquemment des roses)

c’était le 68 si je ne m’abuse – ça ne peut être que lui – et j’ai croisé ce garçon

derrière lui, des touristes, au fond de l’image le Grand Palais, la passerelle Léopold-Sédar-Senghor – sur laquelle ce boxeur a foutu sur la gueule aux flicards du petit cintré lors d’un des actes (le 8 – soit début janvier, voilà six mois) gilets jaunes – on n’oublie pas, c’est là, il se nommait Christophe Dettinger, je me demande s’il est en prison, je crois que non – mais ça c’est Paris – les quais, les prolos qui s’usent sur des vélos à porter à manger aux bourgeois qui s’engraissent et se maintiennent en forme dans les ateliers de fitness – il suffit

de passer le pont – passent les bateaux-mouche

Pont Royal, la Seine coule

peut-être désespérant quand même, malgré tout, le soleil, les touristes, le monde qui bouge – non, parfois ça ne me convient pas – les beaux quartiers et leurs chapeaux

dans le souterrain, un embouteillage, on attend, on transpire – il faisait chaud, tu te souviens, la semaine dernière ? ça n’arrêtait pas de nous bassiner avec ça, chaque émission de radio commençait par ça, la chaleur, on oublie le reste il fait trop chaud on ne parle que de ça –  non parfois ça ne me convient pas – mais en sortant les arbres des Tuileries

et sur le trottoir, rue Saint-Honoré, cette petite rose (que j’offre – outre aux lecteurs et trices – à TNPPI)

 

allez allez

en fait l’idée c’est de faire ce que l’on fait
avec plus ou moins de bonheur
plus ou moins de chance
plus ou moins de sérénité et de ténacité
plus ou moins de questionnements
sans oublier que nous ne sommes pas des îlots ou des gardiens de phare, faire c’est aussi regarder ce que font les autres avec plus ou moins de hardiesse, plus ou moins de vilenie, plus ou moins d’âpreté, plus ou moins de courage et/ou de cohérence
le faire des autres vient heurter s’engouffrer s’insinuer saupoudrer pénétrer notre faire à nous
et c’est ce qu’on garde de ces poudres de ces poteaux ou ces tenailles qui compte
par exemple j’ai lu cet homme qui dénonce ceux qui sont fiers de leur hideur
j’ai vu ces sit-in
ces armes maniées à la cow-boys
ces pelleteuses que des bras sans force repoussent, bras accablés
ces têtes hautes qui refusent de s’asseoir au fond du bus, qui refusent que les noyés se noient
faire, ce n’est pas difficile
faire, c’est impossible
c’est entre ces deux plateaux de la balance que son propre visage se sculpte en trois dimensions
et dans ce faire il y a aussi l’insu
ce qui survient et n’était pas prévu
parler de cinéma, ce n’est pas parler de cinéma, c’est parler des gens de comment ils vivent de comment ils sont vus de comment ils se voient de ce qui est proposé dans le faire
on peut se placer en vigie
on regarde ou on tourne les yeux
on fait comme ça nous chante
et parce qu’on fait ce qui nous chante ça sonnera toujours assez juste
(l’idée)
parce que les idées, ce ne sont pas des concepts, ce sont des corps
les rêves de piscines vides n’existent pas
ou bien c’est que les boutiquiers ont gagné ?
les boutiquiers à cols blancs dont les suv possèdent un pare-chocs anti rhinocéros en centre-ville ?
non les rêves de piscines vides n’existent pas
hop
inutiles
et déjà envolés
allez allez, ne traîne pas dit la voix, tout va bien

L’Arche

 

on commence comment ? je vais peut-être aller chercher une image de l’auteure – c’est Laurence Cossé, en entrée de billet, interrogée chez Mollat – ou alors je ne sais pas – c’est qu’on est dans une situation difficile – vingt cinquième/sixième samedi, malgré les blessures, les morts même, les gens estropiés, énucléés, meurtris par une police qui semble autonome et livrée à elle-même – elle fait ce qu’elle veut, ainsi que d’autres durant la dernière guerre, les policiers sont sans aucun doute drogués, le pouvoir ment tant et plus – c’est difficile – je me dis souviens-toi pinochet, le bouton de nacre et les rails qu’ils accrochaient aux morts pour les faire disparaître dans le Pacifique – non, je lis, je travaille, j’ai peur et je tente de me terrer… Parfois c’est la honte qui me prend, c’est que je tiens à ma vie – tant que ça ? la liberté ou la mort, disaient-ils il y a deux cent trente ans – il faut bien écrire et lire, il (me) le faut bien – cette histoire-là, comme on dit, c’est une histoire vraie (il n’y a pas que du cinéma dans la maison) . L’homme dont il est question est mort de maladie, quelque chose d’assez fulgurant semble-t-il – mais comment saurait-on la date du départ de sa maladie ? 

Il s’agit d’un architecte danois nommé JOS – Johan Otto von Spreckelsen (1927-1987) – on l’appelle Spreck si on veut – il a gagné le concours international d’architecture (lancé par Mitterrand qui voulait faire de grands gestes – 424 réponses, un seul gagnant) pour construire ce qui ne s’appelait pas encore « La Grande Arche de la Défense » – comme de nos jours. C’est une affaire terrible, mais je préfère ne poser que des images de ce qui s’est passé, des gens, peut-être – et de la fin de l’histoire – trente ans plus tard… Beaucoup sont morts, on n’y voit pas beaucoup de femmes, c’est l’architecture qui veut sans doute ça.

Par exemple, voyons ici Jean-Claude Subileau (né en 1943 – 43 ans sur l’image à peu près) (urbaniste, il bosse toujours (sans doute moins) semble-t-il, dans son agence)

(image tirée d’un film de l’ina, du temps où l’arche se construisait – 86 ou 87) (on reconnaît les lunettes à grands carreaux, ainsi que ceux de Chirac qui a pris la place du Fabius à Matignon) (SEM société d’économie mixte – soit privée et publique  alias PPP – partenariat public privé – organisme chargé de finir de mettre au point et de construire l’arche). Un autre exemple, Paul Andreu (1938-2018), le bras droit français de Spreck (c’est grâce à lui si l’arche se terminera)

c’est cette idée-là, de montrer des portraits qui fait son chemin – en faire des témoins – il y a eu aussi Robert Lion (qui dirigeait la banque laquelle finançait quand même, au début avec l’appui de l’Etat, ensuite sans…)

c’est cette idée-là, je ne vais pas raconter le livre (qu’il faudrait lire) (peut-être) (c’est difficile ces histoires de billets, un peu pour faire vivre cette maison, serait-elle témoin – un peu pour dire ce qui se passe dans l’intérieur de ma mémoire – ici la faute à une émission de radio) (il faudrait aussi l’écouter) on met des images, on a mal au ventre des cynismes dont a fait preuve le pouvoir – on ne va pas mettre d’image de tonton (1916-1996) (peut-être celle-là quand même

où on le voit à peine mais sa chemise porte ses initiales (est-ce d’un autre temps ? d’autres moeurs ? on voyait il y a peu l’autre minuscule avec ses boutons de manchettes qu’il commence à cacher – on voyait il y a un peu plus de deux ans le champion d’un autre groupe confondu par ses costumes) (on en parlait ici – images à l’appui) (il faut cesser de se poser des questions parfois peut-être).
C’est une erreur : on en mettra une autre du monarque socialiste (comme il disait). Dans le même film on découvre ces travaux-là

d’un peu loin, approchons

on en finira dans les temps (Spreck aura été emporté par un cancer, après avoir jeté son contrat aux orties – enfin une partie seulement – en 1986 – sa femme, ses trois enfants – déjà âgés alors – laissés à la solitude du royaume du Danemark) de nos jours, vue de Nanterre

rendre compte, mais de quoi ? de l’inanité de la parole humaine, peut-être – je ne sais pas bien, il est à peu près certain cependant que l’architecte

qui sourit ici est mort de chagrin – ou de dépit, emporté par ses idées franches et loyales, tombées dans cette cohabitation à la française comme on dit – à trente ans d’ici, inauguration en grandes pompes en juillet 1989 – tonton de retour – deux cents ans plus tard, tu sais bien – cet immense bâtiment

vu d’ici, c’est magnifique, il semble – le truc en forme de voile, peut-être pas tant que ça

il faut que j’en termine, des idées de lutte et de volonté de nuire – qu’en a-t-il de plus aujourd’hui, cet homme, après deux mandatures à la tête de l’État ? – ces turpitudes immondes – sur les images il fait beau, et les gens sourient, souvent –

(ici, les travaux de rénovation sur le pan nord) celui qui restait droit dans ses bottes, cette époque-là des attentas de la rue de Rennes, et autres – un peu plus de trente ans – ça avait l’air d’une espèce de rigolade, cette cohabitation – peut-être simplement ne la voyait-on que de notre fenêtre –

cet axe dit historique – cette défense (à cette place se tenait une statue un peu du genre de celle qu’on voit place de Clichy, de nos jours) – zoom arrière

on omet de parler du repris de justice qui faisait pluie, beau temps grêle et gel alors sur ce parvis – mettons une image quand même, ne le citons pas (on s’en voudrait de manquer un aussi beau cliché d’un aussi beau couple dans une aussi belle position)

(hein, qu’est-ce t’en penses ?) – que de célébrités – on s’est encore écharpé pour les travaux de rénovation (le marbre qui venait de Carrare n’était pas de la meilleure qualité, ou non traité ou sans égard enfin, des millions de types en costumes cravates passent repassent vont vaquent viennent dans ces parages – cette espèce de zone industrieuse à l’ouest (qui n’a, de ce fait, que ce qu’il mérite) de cette capitale – ville lumière, my foot – banlieue, métro – grand Paris de nos jours, milliards d’euros et crocs qui rayent les planchers…

Terrible…

Au fond,tout au fond – une pensée pour Spreck, allez

Une dernière (qu’on a piquée à la radio) où on voit la différence magnifiquement captée des attitudes de l’illustre tonton sphinx (ce qu’on peut lui en vouloir à celui-là), l’architecte heureux, le sinistre de la culture de l’époque qui pense à sa bastille sans doute – terrible…

 

 

La Grande Arche, un livre de Laurence Cossé

 

 

Musique chanson

 

Il s’agit d’une villa, pas d’une maison(s) serait-elle témoin… souvent, à l’évocation du sujet, de l’objet, du développement, je me demande ce que je suis en train de faire – de la promotion quand le film est nouveau, ou quoi quand il est ancien, âgé, vieux, vieilli bien ou mal, je ne sais plus, et dans les rues glacées, je marche. C’est un billet programmé (demain je me tire), et aujourd’hui on a parlé de la bibliothèque, les livres tout ça, très bien, je me suis dit que l’évocation qu’on voit dans le film (un extrait d’un autre du même, « Ki lo sa ? » (Robert Guédiguian, 1985)) avait donné lieu à son scénario, mais finalement non, quoi que. Enfin, j’ai lu l’entretien que le réalisateur a accordé à je ne sais qui, et il y dit que non, ce n’est pas le point de départ du film.

La villa a été construite par le père (Maurice, Fred Ulysse) et ses amis de Méjean (le trio infernal ce sont les enfants de Maurice – Angèle, Joseph et Armand), c’est vers Marseille comme à l’accoutumée (en gros). Le mieux, sans doute, c’est cette espèce de réalité de la fraternité qu’on perçoit quand l’un embrasse l’autre, ou que le petit nouveau (Robinson Stevenin) embrasse l’ancienne (Ariane Ascaride).

C’est l’espoir (je me rends compte que je ne donne pas vraiment leur chance à Angèle et Benjamin… le matériel dont je dispose est insuffisant, ou je n’en ai pas trouvé d’autre).

Il fait beau, mais froid, apparemment, les trentenaires tiennent une espèce de compte (ils comptent beaucoup, nos amis trentenaires) (d’autant plus amicaux que ce sont nos enfants – et très souvent il m’arrive – comme à nous tous, je pense, parents ou pas – de m’interroger sur les pratiques de ces gens nés avec le socialisme (ou peut-être seulement ce qu’on appelait tel) quand il a pris le pouvoir… Les « moi d’abord » comme les TPMG (tout pour ma gueule en langage trentenaire justement), ce sont bien nos progénitures, et donc voici ce qu’on leur a appris, ce qu’ils ont retenu, ce qu’ils en ont compris (on pourrait faire dans l’écriture « inclusive » cette abjection, pourquoi pas immersive pendant qu’on y est ? non, vraiment ce monde-là – qui est assez montré dans ce film – incarné par l’ordure en motoscafi qui passe, mais aussi par la nommée Bérangère (Anaïs Demoustier) (et aussi, dans une autre mesure, par le fils des voisins, Yvan (Yann Tregouët), médecin, qui lui aussi fait comme on lui a dit de faire, j’en ai peur…) . Heureusement, sans doute, il y a la comédie et le jeu.

C’est une villa dont on va hériter (les héritages, cette plaie toujours ouverte, toujours béante et ici, ces gens-là s’entendent – c’est heureux que, quelquefois, cela puisse arriver) (pas dans ma famille, mais n’importe), une famille donc (la mère, où peut-elle bien être ? décédée probablement…), puis tout à coup, cette chanson du prix Nobel – « Je te veux » merveille s’il en est de  nos jeunes années – je me permets d’informer que je la chantais dans le métro, ça n’avance à rien années 70, mais c’était au Palais Royal – la petite marchande de violettes était sur la place – et cette séquence qui donne sa raison au film : en réalité, rire et aimer les enfants, les nôtres comme ceux des autres. Tout irait mieux, tu sais…

 

La Villa, un film de Robert Guédiguian.

en ouverture de billet : La calanque de Méjean, sur la Côte bleue – Florian Pépellin, CC BY-SA 3.0

Maison rose

 

Pour le blanc, on repassera; ce n’est pas qu’on soit imperméable aux divers événements dégradants de ces jours-ci, l’entre-deux-tours comme on dit » la trêve des confiseurs » ou « le mois du blanc », non; ce n’est pas non plus que m’agrée cette espèce d’alternative entre une peste brune qui se prénomme de nos jours d’une autre couleur, fille de son père au rire gras et aux obscènes sorties éructantes en « détail » (l’ordure de ces paroles est telle qu’elle en parvient à salire les mots eux-mêmes…) et autres joyeusetés disparues comme par miracle mais par la perversion de communicants complaisants et un type propre sur lui, franc du collier adulé des médias et des banquiers, jeune et blanc, yeux bleus, enfin tout le kit – on ne peut guère en dire sur ses idées, sinon celle d’un gouvernement par ordonnances réduisant le parlement à une sorte de wassingue à oublier au fond d’un placard; ce n’est pas ça : dimanche on ira au bureau de vote, dans l’isoloir on se sera isolé et on aura glissé – ou pas – son bulletin dans son enveloppe et un « a voté » plus tard, on attendra le soir, quelque chose comme la rage au coeur et ce qu’on gardera de cette phase de la cinquième… Non, on en parle, partout, certes, mais ici, en cette maison(s)témoin, aussi mais moins : encore que… Non, ici aujourd’hui, quelque chose d’un feuilleton que je programme sur pendant le week-end en un nom « Rue Varda » qui ne sera que de quelques épisodes et dont, ici, je déploie un numéro spécial, et celui qui, en face, servait de bureau – il me semble, mais je ne tiens ces informations que de l’encyclopédie en ligne, elles ne sont pas avérées vraies, mais ce qui l’est, en revanche, c’est le vrai plaisir de parler et de cette vieille dame, Agnès Varda, et du livre dont elle est le héros (en quelque sorte) (on pourrait pratiquement dire d’elle que « Dita Kepler, c’est elle ») (tout comme on peut absolument le dire du rédacteur de ces lignes) ce livre « Décor Daguerre » publié aux éditions de l’attente et écrit par Anne Savelli : qu’elles en soient donc, ces deux amies, remerciées ici. Cette Maison rose leur est, en quelque moyen, dédiée.

 

C’est au quatre vingt six, il n’y a pas (pour le moment, je n ‘ai pas vraiment cherché) de façade d’une autre couleur, la porte est multicolore, ici une image de 2008

il s’agit de la rue Daguerre, dans le quatorzième de Paris (Varda y vit, dit-on, depuis le début des années 50, elle a alors vingt quatre ans, elle va devenir réalisatrice de cinéma, elle est photographe, travaille à Avignon « sous » Jean Vilar, puis réalisera « La Pointe Courte » (1954) avec les sous de sa grand-mère dit la chronique, là-bas à Sète où elle vécut son adolescence, on va passer sur la bio, même si « Cléo de 5 à 7 » (1962)

l’un des plus beaux films du monde ou « Les glaneurs et la glaneuse » (1999) l’un des plus beaux documentaires du monde

mériteraient plus – c’est ailleurs, si on aime, on trouvera).

En face, se trouve le 83, le voici (juillet 2016)

l’affiche sur la vitrine indique la présence d’un restaurant dit « végan » (c’est la mode, de nos jours, un genre de pratique alimentaire sans – je peux m’abuser, tu sais, je ne sais pas bien, ça a juste la qualité de me faire (tout doucement, je ne veux pas vexer) rigoler- sans donc viande poisson oeuf fromage gluten et tant d’autres choses, un usage de son système digestif un peu différent hein) mais si on regarde plus tôt dans le temps, ici en 2012

on parvient à distinguer des affiches de films de la Varda, un magasin qui donne sur la rue et qui propose livres jeux films, il se peut que l’étage un soit occupé apr les bureaux, l’arrière par des salles de montage, ou une seule suffit, je ne sais pas

ici c’est en juillet 2014 (j’aime assez la capture, gauche cadre de cette jeune femme)

là c’est en juin 2015, l’appartement du premier est à vendre, le rideau de fer est baissé (ça ne veut guère dire grand’chose, sinon que l’endroit change de main), comme on l’a vu au début de ce billet : en vrai, le billet est fait parce que je me suis dit ce serait amusant de croiser la Varda sur ces images, ainsi qu’un jour je m’étais croisé sur la terrasse du paris-Rome assis derrière nos cafés avec mon frère et capturés par le robot

mais non, on ne la voit pas : ici on aurait cru

mais ce n’est pas elle (en juillet 2014), on n’apercevra pas la porte multicolore ouverte

c’est juin 2015 une dame avec sa petite fille qui passe (le traiteur asiatique a cédé la place à un « chez Joy » plus en accord avec la clientèle du quartier (le quartier a beaucoup changé depuis « Daguérréoytypes » (1975), énormément, mais comme tout Paris, cet embourgeoisement galopant qui s’attaque à présent à Belleville…) (elle passera , dans la rue, mais devant une propre caméra

vitrine du boucher peut-être) et puis on décorera la porte d’une sorte de patate (ce doit être un collage papier, je suppose) en forme de coeur

(on est en juin 2016) ou une pomme tout court, les choses changent, Agnès Varda explique (à la cité des Sciences, ces temps-ci, son amour immodéré des patates en forme de coeur, ces choses qu’on jette parce qu’elles n’ont pas le calibre voulu, et on la suit, et on l’aime pour ça).

J’ai fini, pour la maison(s)témoin, cet épisode du feuilleton. Un jour, en vrai, j’irai photographier un peu ces parages, sans doute. Sous la nouvelle mandature, sans doute…

Avec mon meilleur souvenir à Anne S. et Agnès V.

 

 

 

 

 

 

 

Argumentaire

 

 

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’ici, il s’agit d’une antenne, d’une annexe… d’une dépendance si vous voulez…

Je ne dirai pas cela mais un très grand groupe, oui, forcément multinational bien sûr, ce sont des échelles importantes mais non les frontières ne constituent en rien une division,  un clivage ou une séparation, rien de tout ça dans notre esprit, notre façon de penser, notre manière d’envisager les choses, non, notre esprit est induit dans la plus pure transversalité…

Mais clairement, clairement… Transparence efficience pertinence ce sont nos maîtres mots, je dirai nos obsessions… Le siège ? Eh bien à Jersey Madame…

Mais certainement pas, ce qu’il faut savoir, Madame, Monsieur, c’est que ces constructions sont réalisées sur place, avec des matériaux locaux, évidemment, évidemment, il faut des aménagements, mais tout est… Mais oui, mais parfaitement, une éthique sans la moindre faille… Nous veillons au plus grand respect des lois en vigueur dans les pays dans lesquels nous intervenons… Socialement, mais parfaitement, oui… Dans le monde entier, des centaines de projets similaires voient le jour en Inde, en Chine, en Malaisie, que sais-je… Mais c’est que la demande est excessivement forte et que la conjoncture s’y prête complètement, c’est juste le moment, et concrètement je dirai qu’il ne faut surtout pas attendre…

Mais évidemment, mais bien sûr que les charges sont réduites au minimum… nous y veillons avec un souci constant… payables quand vous le souhaitez… dans une certaine mesure… mais comme vous dites, à tempérament, si vous voulez, comme vous l’entendez, bien sûr, c’est vous qui êtes maîtres de tout, c’est toute la force et je dirai toute l’efficience de ce projet… oui, nous savons qu’acheter sur plan a quelque chose d’hypothétique mais enfin regardez, tous ces dessins performatifs, toutes ces images sont bien réelles, je dirai réel tout ce que vous avez là, regardez le caractère d’authenticité par exemple ici dans le garage ce béton lissé dans les gris, dans les taupes… une vraie merveille… très réussie, oui… ah oui, oui mais alors la teinte coquille d’oeuf est en option, aussi oui, salissante mais en option… Eh bien écoutez, voyons cela ensemble, alors les tarifs, voilà c’est ici, quinze pour cent, avouez que ce n’est vraiment pas… ah oui, sur le prix tétécé, oui ben oui…  Alors le fournisseur est le même que celui qui a remporté de haute lutte le marché de la centrale d’Hinkley Point, c’est tout de même une référence… Hinkley Point, oui, c’est au Royaume Uni… Dans l’Europe, mais oui, toujours… Les dernières technologies, sécurisées consolidées et approuvées par la commission…

Jusqu’à preuve du contraire, Madame, la plus extrême vigilance… Mais tout à fait, il s’agit de notre manière de concevoir les choses, mais il n’y a aucune manière d’envisager… Non, impossible, ceci est contractuel…

Mais vous vous trompez, permettez-moi de vous le dire, vous vous trompez complètement, il n’y a là rien qui puisse nuire à…

Ah mais là, alors là vous avez parfaitement raison, je dirai même plus, vous êtes dans votre plein droit, tout à fait tout à fait tout à fait, exactement rien à dire je vous suis parfaitement absolument entièrement je partage, je partage, soyez-en persuadée, Madame, et vous aussi Monsieur, nous sommes absolument conscients de… Tout à fait, mais je pense que personne ne pourrait vous en tenir rigueur… Absolument, un délai de réflexion, si vous voulez vous concerter, je vous laisse libres et maîtres de votre réponse, je peux tout à fait vous laisser discuter entre vous si vous le souhaitez… Parfaitement. Oui.

pour-pch-maisons-temoin8

Ah.

Eh bien, tant pis, mais vous avez peut-être… Je ne crois pas, non, une offre telle que celle-ci est tout à fait je dirai spéciale, personnalisée, individualisée,  et dès demain, vous comprenez… Eh bien à prendre ou à laisser, non, vous y allez fort tout de même, mais suivant le marché, dans les dix neuf à vingt deux pour cent… Fatalement fatalement… Mondiale, que voulez-vous, mondiale, oui… Voilà. Au revoir, avec plaisir, Madame… Monsieur…