Les chevaux

 

 

(c’est plutôt au grand air que ça se passe – en Asie centrale, loin – type cinq mille kilomètres à k’est d’ici, au nord de l’Inde comme à l’extrême ouest de la Chine, loin de tout semble-t-il, mais pas de la civilisation – celle de l’occident s’entend – on roule en quatre quatre quand on a des sous, on a des montres bling bling, on fait de la gymnastique dans sa salle de sport particulière…) ici les propiétaires

(le Kirghizistan, ex-république socialiste soviétique, indépendante depuis 1991) c’est l’histoire de ce type (on le surnomme Centaure) d’une cinquantaine d’années qui a épousé une jeunesse – elle est sourde et muette, elle s’exprime par signes, on lui écrit pour qu’elle comprenne aussi (encore que ce médium-là -l’écriture- exprime plutôt quelque chose comme la haine…) – ensemble ils ont un fils de cinq ans maintenant, qui ne dit mot. Ce n’est pas qu’il soit muet (enfin si) mais il ne parle pas, ce petit. Il fait beau, le père a cessé (on le saura au détour d’une phrase) son travail de projectionniste (il est incarné par le réalisateur) pour exercer celui de charpentier-maçon-ouvrier du bâtiment. C’est une belle histoire que celle de cet homme dont l’amour des chevaux est l’une des raisons de vivre (semble-t-il : c’est une allégorie, c’est que « le cheval est pour l’homme les ailes de la vie » – je ne suis pas sûr, mais c’est l’idée du proverbe kirghyze qu’on lit au début du film). Ici l’homme, suivi de sa femme, porte aux épaules leur enfant – ce sont aussi les amours de sa vie – ils vont de concert visiter une femme médecin – rebouteux, peut-être qui sait-, qui affirme que l’enfant peut parler.

L’homme emprunte les chevaux donc, ce qui fâche les propriétaires – ceux-ci se servent de ces chevaux pour concourir, parier, donner à ces chevauchées une raison d’argent, de gain, alors qu’il n’en est pas ainsi, les chevaux sont des envoyés des anciens pour nous guider sur un chemin de fraternité et de partage. Si on le surnomme Centaure c’est qu’il en est l’image : celle de l’affiche

C’est du cinéma comme on l’aime : le type se fait gauler, sa rédemption passe par sa conversion obligée à l’islam, on le rase on le rhabille l’oblige à assister à l’office mais non

là c’en est trop : la mosquée a pris la place de la salle de cinéma, mais reste le projecteur, reste le film

cette femme qui chevauche et croise cet homme

ils échangent sourires et plus certainement (sans doute est-ce un film de ce Tolomouch Okeev cité dans le film, je ne sais pas – en fait il s’agit du film titré « La pomme rouge », 1975 ) (on ne parle que d’amour…) le cinéma kirghyze, l’identité de ce peuple, dont on dit que ce sont ses femmes qui lui ont montré le chemin (en ce sens, tellement contemporain) et c’en est trop, il est banni, on le chasse du village…

Ici l’épilogue : le vol des chevaux…

Notre héros courra à sa propre perte en libérant des chevaux volés

mais on verra sa femme mais on verra son fils qui court sur le pont et chute

(comment ne pas voir dans cette image celle de ce petit Aylan sur la plage en Turquie, en septembre 2016 ?) mais il se relève pour crier « Papa!!! » dans les dernières images…

Que ce texte est plat… mais les images, ah ces images…

 

Centaure, un film de Aktan Arym Kubat.

 

2 réflexions au sujet de « Les chevaux »

  1. je tente d’imaginer avec un souvenir lointain d’un autre film kirghize (ou voisin de) au cinéma du réel… et je voudrais être devant

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