Un nom à chacune d’elles

J’aurais voulu ne pas y être allée. Ne pas parler des noms des hommes des noms des femmes et du fait qu’elle voulait préférait qu’on la désigne en employant le terme masculin parce que c’est neutre elle disait. Sinon elle se sentait au rabais c’est ce qu’elle a dit. J’aurais voulu ne pas dire que la langue n’est pas neutre qu’elle est tordue ou lui dire que si toutes les femmes faisaient comme elle rien ne changerait ce serait toujours le masculin qui aurait la légitimité du non rabais. Il y a un risque à prendre à ne pas être dans l’exactitude et j’ai été brouillon. J’ai lancé l’académie française richelieu une volonté politique acteur actrice mais actrice voyez-vous on pouvait le dire parce qu’une actrice était considérée comme une catin une moins que rien autrice ça a été gommé ça veut bien dire quelque chose ? je l’ai dit de façon brouillon elle n’a pas entendu. Elle a dit qu’elle aimait le papier tourner les pages qu’il fallait avoir du temps pour lire que si le livre était trop bon elle ne s’endormait pas avant quatre heures du matin parce qu’elle voulait savoir la fin. Je n’ai rien dit j’ai même souri j’ai même approuvé comme si c’était le cas pour moi aussi alors que je ne lis jamais pour savoir la fin alors que je lis pour la phrase elle-même son entièreté et pour sa force sa capacité à réussir à ne pas trahir comme je l’ai fait en souriant approuvant sa force à rester dans la durée à être une sorte de bascule sans objectif la phrase comme une bascule qui tangue sans se démener pour obtenir ce but si vain d’arriver à une fin. J’aurais voulu être capable de dire les publicités ont une fin un objectif les émissions de télévision qui font le buzz ont une fin un objectif chaque prise de parole chaque clash chaque énormité est destinée à basculer vers la fin de sa répercussion puissante l’objectif du déversoir et du brouillage l’objectif de donner du volume. Je n’ai pas été capable de dire que je déteste d’une grande force le volume inapproprié. Que mon emploi celui que je me suis assigné c’est de détourner le volume fort le volume éclatant de me tourner vers l’inaudible. J’aurais voulu ne pas y être allée pour parler de mon sommeil haché. C’était une impossibilité. J’aurais voulu qu’elle ne polarise pas sur le morceau de chair qui me manque et ma féminité pas de problème elle disait j’en connais d’autres qui n’ont pas de problèmes la société fait pression il ne faut pas se laisser faire elle l’a dit tout en se laissant faire en acceptant l’idée d’être elle-même au rabais à cause de quatre lettres en plus et mon sommeil haché s’est encastré dans la société et dans mon problème qui n’est pas un problème mais qu’on appelle quand même problème quand je dis que la langue est tordue. Parce que je n’ai pas su raconter ce qui me réveille. Des ouvriers travaillent. Ce sont des artistes. Ils veulent donner des noms aux profils des lionnes. Un nom à chacune d’elles. L’intérieur de la grotte se déploie comme un grand drap qui sèche. Une danse de lignes dit quelqu’un. La lionne qui renifle. La lionne qui grogne. Ça lui sort du cou dit quelqu’un. C’est le même artiste qui les a peintes dit quelqu’un je reconnais sa danse. On ne sait pas son nom. Jamais ne sera évoqué à aucun moment ni même pensé que cet artiste du temps de la préhistoire est peut-être une femme. Le profil le dernier profil celui qui a été peint en dernier se trouve au centre. C’est celui que l’on voit en premier. C’est vers lui en attendant de le peindre que l’artiste a travaillé. Mais ce n’est pas une fin. C’est un milieu. « Il dessinait pas mal ce mec » a dit cette autre femme et le quelqu’un l’a approuvée.

2 réflexions au sujet de « Un nom à chacune d’elles »

  1. et la Brigetoun lisant se trouvait ballotée de l’une à l’autre (à propos du neutre, mais a passé sa vie de travail à faire admettre qu’elle était légitime et que le genre ne faisait rien à l’affaire, avec une ironie ferme accompagnée d’efficacité ou presque, en tout cas un peu plus qu’égale à celle d’un mâle, donc n’acceptait pas – pour le reste avec petites nuances était en accord avec celle qui dit je, pas parce que c’était elle 🙂

  2. je suis un peu comme toi, « trop bon » pour un livre ça me hérisse un peu – ça me hérisse pour n’importe quoi, ce genre de jugement idiot et marketing (comme ne pas parvenir à laisser le livre, comme ne pas dévoiler la fin, comme le lire d’une traite comme celle des vaches – ce monde est ignoble et ne fait pas la part de nous) – et j’ai peur de croire, que, non plus, dans ces circonstances (je ne sais pas), je n’aurais rien dit, peut-être aurais-je gommé le sourire simplement je suis un garçon – mais oui, la langue est tordue par le pouvoir, et le pouvoir est (pour le moment, jusqu’à ce qu’il change de genre) du côté des hommes

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