Horloge encore, tentative de roman

 » Le hasard apporta une horloge comtoise chez l’aubergiste qui le recevait. Le livreur, un homme aux cheveux blancs, aux gestes lents, disposa devant lui le châssis de bois, la pendule et le balancier. Nicolas, que d’habitude la compagnie des hommes faisait fuir, ne perdit pas une miette de l’installation. Il donna même quelques judicieux conseils pour maintenir l’ensemble dans une parfaite verticalité et éviter tout frottement sur les parois de bois qui pourraient à la longue provoquer une imprécision et une usure prématurée des engrenages. Vous êtes du métier ? s’enquit l’artisan. Non, j’ai simplement du goût pour la technique, répondit Nicolas, […]Le vieil homme regarda la pendule déposée dans un coin de l’atelier. Un meuble de bois peint d’une seul pièce laissait voir à travers la vitre de son ventre le mouvement lent d’un balancier en bois doré, orné dans la partie supérieure d’un thermomètre à mercure, et, dans la partie inférieure, d’un baromètre à cheveu qui, suivant le temps, faisait sortir soit un homme muni d’un parapluie, soit une femme portant une ombrelle à son bras. La pendule, tout en haut, possédait une aiguille de fer pour les jours, tandis que celles en laiton indiquaient l’heure et les minutes sur des chiffres romains. Le cadran, commandé par l’artisan, indiquait son nom, René Herment, et le bourg où il avait ouvert sa boutique. C’était la première fois qu’il proposait pour ses clients les marques de sa profession, associées à son identité. Une fierté. Le mécanisme était rustique et l’horloge était massive, ornée de dorures bon marché, mais il lui semblait qu’elle avait été le reflet de toute sa vie, depuis qu’il s’était installé ici en 1858 après son alliance avec une fille de la région. Personne alors ne misait sur lui, qui avait inscrit à la rubrique profession en bas de l’acte de mariage « commerçant ambulant ». Il s’était établi, avait honnêtement accompli son métier et pouvait à présent s’enorgueillir de son expérience. Cette pendule, qu’ils avaient montée ensemble était la première d’une série que l’artisan avait achetée pour partie en pièces détachées en prévision des futures foires à venir, la mode était à de tels cadeaux de mariage, et voir son nom marqué sur la pendule entrer dans l’intimité d’intérieurs de jeune mariés où elle allait rythmer le temps et les naissances à venir, donnait au vieil homme l’illusion qu’il avait su trouver sa place ici, avoir un rôle. C’était cet hommage que Nicolas voulait lui rendre : chaque homme doit trouver sa place, chaque société doit lui laisser saisir sa chance.  »
(extrait d’un texte en cours)

Une réflexion sur « Horloge encore, tentative de roman »

  1. qui flatte mon goût fasciné pour les pendules et les horloges (souvenir d’une pendule remontée rituellement devant nous enfants faisant cour, et souvenir d’avoir suivi de salle en salle l’homme chargé de remonter les pendules des salles d’art décoratif du Louvre, fabuleux)
    attendons le texte

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