vivre ou laisser mourir

 

 

 

une des affaires qui occupe l’agent – seul devant son jardin mort, dans son lotissement bondé de rond-points (sur l’un d’entre eux (tout est possible), un jour, il y eut un type qui enfouissait là un livre, a-t-il semblé – les gens ont de ces lubies…), à une place particulière ou pas, peu d’arbres, peu de végétaux, goudron, trottoirs inutiles non pratiqués (une espèce de ville éloignée d’une trentaine de kilomètres de la capitale,  desservie par une autoroute à péage non empruntée) – cette maison[s]témoin qu’il n’entretient qu’avec les plus grandes difficultés (au fond, non, il ne fait que son travail, il peut même au besoin mettre un peu de musique, dans le frigo des sodas, dans le garde-manger du pain, dans la bibliothèque du salon des livres et sous la télé (certes, elle est factice, mais rien ne l’empêche d’en amener une vraie (mais est-ce que ça existe encore, une vraie télévision ?) des disques numériques polyvalents mais ça ne résoudrait rien) – une des affaires qui l’occupe donc c »est cette façon de dire faire vivre ce lieu : parce que un lieu, est-ce quelque chose de vivant, un animal, un être, un lieu vit-il ? L’homme (c’est un homme, parfois il s’agit d’une femme mais là, c’est un homme) est debout devant cette baie vitrée donnant sur le jardin. Au mur derrière lui, prenant toute la surface, une vue d’une plage palmiers eau tendre soleil clair et bleu du ciel – personne sur la grève – on pourrait entendre les oiseaux, le bruit du vent dans les palmes, le ressac doux et léger de l’eau presque tiède. L’homme est là, attendant le pékin : il se peut qu’il ait un rendez-vous mais le lapin est fréquemment posé, parfois au loin une voiture semble s’approcher et à un rond-point fait demi-tour. L’homme est là, un agent, une cigarette à main gauche, il attend que passe le temps passe son travail, sa subsistance, sa subordination, sa respiration, tout se tient, tout se ligue, tout avance dans le même temps et le même tempo. Tout à l’heure, il pleuvra peut-être. Dans la fin du jour, il fermera les volets électriques, coupera le courant et s’en ira.
Tout à l’heure. Et bientôt, il prendra des vacances

 

le départ est fixé avant sept heures – on se bouscule dans le hall, on recherche son numéro de voiture on présente son ticket électronique on assiste à la bousculade bienveillante (tout le monde est-il content de partir ? – moi je n’aime pas ça, sans doute parce qu’il faut revenir) à nouveau un numéro mais de place cette fois-ci – assignée – individuelle unique – le bagage – les annonces – le départ
Ça se déroule dans le Montparnasse-Monde, c’est quelque peu sous terre (sous jardin, pour dire le vrai). À main droite si on se trouve dans le sens de la marche, on croisera un arbre fiché entre des immeubles d’un jaune passé, et qui croît malgré tout. Il ne pleuvra pas encore – peut-être tout à l’heure (réellement vers Biarritz et consorts et même avant), mais pour le moment, ce sont les faubourgs étendus d’une Babylone comptant une quinzaine de millions d’habitants qu’on traverse (ça sert à quoi, et surtout à qui, de compter ?).
Doucement, puis plus vite et encore et encore.
Un livre, un sandwich ou des biscuits, de l’eau ou du vin (très rarement), on enlève parfois ses chaussures, l’aise se prend (la plupart des êtres de cette réunion assise (elles sont peut-être quatre-vingt, ces âmes-là, dans cette voiture-ci, ce plancher à moquette grand passage) la plupart ne lit plus mais regarde un écran (les tailles en sont diverses) et c’est ainsi que les petites lampes  serties dans les dossiers (coudés, angles vifs et cruels) se retrouvent obsolètes comme on dit maintenant – codm) on installe son dos, ses jambes,  sur la vitre l’organisme a fait écrire « fenêtre avec vue » ce qui est d’un ridicule achevé (mais l’organisme est très friand de ce genre de pratique) on nous annonce que « le barrista qui nous attend en voiture x se nomme Serpico (pourquoi pas Macadam ou Samouraï ? ) et nous propose diverses boissons chaudes et froides blabla » puis que le train passera par ici par là par ailleurs avant d’arriver en cette gare-ci son terminus – l’organisme n’est jamais avare ni d’annonce inutiles ni de pratiques ridicules – la vitesse de croisière sera atteinte, et donc on croisera la Beauce

voilà bien des années, c’était à Nanterre (c’était en mai – ce n’étaient pas les événements)

mais tonton n’était pas encore locataire du faubourg saint-ho

un type nous enseignait les outils et autres mis en exergue peut-être, en égide ou en scène mots et images par Leroi-Gourhan

André de son prénom – nous, c’était alors des étudiants de diplôme de cinéma – essentiellement critique – et pour valider cet enseignement (peut-être cela s’intitulait-il un certificat, c’est bien possible)

il devait y avoir quelque chose qui avait trait à l’outil de travail – j’ai donné à cette validation (obtenue sans la moindre reconnaissance par le type en question (on en attend toujours, quoi qu’on puisse en dire) – un prof d’anthropologie il me semble bien me souvenir, qui disposait d’un pavillon d’oreille chiffonné)

un tour personnel (j’ai toujours travaillé durant mes études – longues et à rallonges multiples) en prenant comme outil

l’un des premiers train à grande vitesse (ils étaient alors orange et reliaient la capitale à celle des gaules)

un peu plus de deux heures – arrêt à Dijon si je me souviens, ou si j’interprète

l’eau des chiottes en était bleue

il y avait déjà pléthore d’annonces, il fallait bien se tenir, ne pas trop bouger dans les voitures – j’avais des questionnaires à distribuer, je fais comment dis moi pour « ne pas trop bouger » ? –

les portes entre les voitures étaient plus faciles à ouvrir, c’est vrai, et il n’y avait pas de vent dans ces soufflets non plus que d’espaces où on pouvait voir les rails, les cailloux – en gare on pouvait aller à quelque besoin – trois cents à l’heure rendez-vous compte – il ne m’en a rien dit

ou peut-être cela s’intitulait-il « unité de valeur »

comme outil de travail j’avais pensé que c’était bien trouvé

ça n’eut pas l’heur de plaire je suppose – ça allait vite comme maintenant

mais je n’avais pas, alors, ni le temps ni l’équipement pour regarder et fixer, pour un moment de splendeur, à cette vitesse-là la sublime beauté du paysage

 

texte d’éparpillement (accessoire qui me fait penser ici à moby) qui fait suite au numéro zéro du carnet de voyage(s) #156 – lequel s’établira dans les jours à venir –

 

ces jours-ci, la maison[s]témoin tape les onze ans, le nombre des billets du bernard-l’hermite d’agent (premier article le 17 mai 2015) que je suis s’établit à (indique la machine) 434 (ça me fait penser qu’il faudra passer par la case « mettre à jour l’index« ) – est-ce vivant ? est-ce mort ? est-ce que ça s’érige sur des bases organiques ? on s’en fout un petit peu (osefu2p)

chambre 12, Hôtel de Suède – distribution

 

 

 

toute notre gratitude à l’Employée aux écritures pour nous avoir fourni (par la poste) le lien vers le site qui permet le visionnage de ce beau documentaire 

 

Lorsque j’ai entendu dans le film le réalisateur au bout du fil (entre parenthèses, gardons confiance dans la réalisation pour nous affirmer que c’est lui qui est au bout du fil) répondre : « non mais vous rêvez non » sourires puis raccrocher après un « voilà au revoir »

« pourquoi je rêve ? « , demande l’interlocuteur, ici penché en avant, « dites-moi pourquoi je rêve » quand même ce serait Jean-Luc Godard, je me suis dit mais comment veux-tu qu’il réponde ? est-ce qu’on sait jamais pourquoi on rêve ? sinon pour ranger les souvenirs, dormir tranquille et reposer un peu cette pensée toujours en travail… Il y a cette image de « jeunes gens insouciants »

(bof) (on est août 1959) (je regarde ces images et je vois de loin Otto Preminger qui maltraite ses actrices; je vois, de loin encore, le même Jean-Luc Godard qui ne veut pas parler avec Marina Vlady (premier rôle de Deux ou trois choses que je sais d’elle – récemment en poème/express*875) sinon par micro et oreillette interposée) je regarde le générique d’un des films qui fera croire au reste du monde qu’existe une « nouvelle vague » cinématographique en France (une « bossa nova » au Brésil), alors voilà pour dire avant qu’il ne commence, ces jours-ci, ces temps-ci, à quoi ressemble le décor (ici en 2010 – légèrement difforme par la grâce du robot

là avant hier

) alors qu’on nous informe dans le (télé)film que l’hôtel va être détruit dans les huit jours (on s’en fout, je reconnais – ça donne une caractère d’urgence, de fatale destinée à l’enquête) et puisque cette maison reste témoin de ces agissements-là, alors pour la troisième fois ici (deux autres : ici et ) , le générique – il s’agit d’un téléfilm comme on dit

il date de 1993, semble-t-il (bouquinistes, mais pas de Notre-Dame) au son, les cinq notes dues à Martial Solal qui inondent littéralement le (télé)film (on croirait du Georges Delerue, c’est pour te dire…) (magistrales) (ça rime…)

un type arrive au volant d’une merco – l’hôtel s’appelait de Suède, c’est joli (ça me fait penser à Ingrid Bergman, qui envoie une lettre à Roberto Rossellini) c’est le générique de début

rien de spécial (Xavier Villetard joue probablement son propre rôle (ça veut dire quoi, » joue son propre rôle »  dis-moi ?) je crois que Claude Ventura fait la voix off

c’est ainsi que se déroule le (télé)film, une heure vingt de recherche (à voir encore je crois un moment ici) de rencontres, d’entretiens, un documentaire dont le sujet serait les relations qu’entretiennent le producteur et le réalisateur d’un film qui deviendra, sans qu’aucun d’eux en sache quoi que ce soit, une espèce de parangon de cette « nouvelle vague » – j’ai réalisé pas mal de « captures d’écran » comme on dit (capture d’écran ? ça veut dire quoi, capturer un écran… ? nous avons besoin des mots),  je les poserai plus tard ici, et puis voici les cartons du  générique de fin –

on ne dispose pas de celui de « Fin » sur l’écran – il n’y en a pas – Xavier Villetard attend pour traverser, devant le quinze du quai Saint-Michel (je préfère le mot toponyme, juste avant, de Montebello)

et puis c’est en noir et blanc – sonore – avec

tout ce monde interprète son propre rôle (réalisateurs, assistant, opérateur de prises de vue, acteur : pas une femme tu remarqueras) (je ne suis pas certain qu’ils soient cités dans l’ordre d’apparition à l’image)

ici deux femmes, la monteuse et une actrice (à laquelle, dans le film À BOUT DE SOUFFLE le Poicard fauche de l’argent, au début de ses pérégrinations) (Jim Palette ? je ne sais qui…) (seulement sa voix ?)

personnel télévisuel plutôt (on se perd en conjectures : jouent-iels leur propre rôle ?)

en tout cas image arrêtée (ou alors un autre, celui de leur profession?)

(l’accent grave sur le A tu repasseras) et puis

seul sur le quai

une esthétique des années soixante – À bout de souffle se dit Breathless en anglais – sans respirer – la suite au prochain numéro…

 

Chambre 12, Hôtel de Suède, un documentaire (donc) (télévisuel…) de Claude Ventura

 

 

Marvin

(foin de trêve confiturière ou point, confite ou autre, je vais à la mine) (de deux fois de suite convoquer le cinéma étazunnien prouve la puissance de l’objet : dans le même mouvement, temps, dans la même italique, on voit bien aussi qu’on en est baigné et qu’il ne sert peut-être à rien de tenter de s’en éloigner) (je pense souvent à ces idées-là, la Syrie ou l’Irak, la Libye ou la Tunisie, ces façons de vivre, mourir, naître ici ou là, les rêves souvent en cauchemar voir la cabine d’un camion, savoir que derrière soi pousse la cargaison de trente six mille kilos et avoir confiance en ses freins lorsque la route descend d’une pente à six degrés) (ces temps-ci, je l’avoue, j’ai la gorge un peu âcre) (je cite)

 

La pure merveille des films de ce DjiDji ce sont les relations qu’il parvient à instaurer dans les couples qu’il dépeint, met en scène, montre, représente. Dans son précédent « Only lovers left alive » (2013), déjà le couple entretenait ce type de proximité magnifique qu’on aimerait tant parvenir à instaurer avec les personnes qu’on aime, c’est vrai, c’est chaud, c’est tellement doux et ensemble, l’impression de ne vouloir, des deux côtés que le bonheur de l’autre  (les grands mots sont lâchés, mais si le cinéma ne les employait pas, c’est qu’il serait devenu inutile) (il faut aussi savoir que l’utilité, en art, n’a rien d’une mesure – mais le cinéma un art, c’est une question qu’on se résoudra à ne pas à poser: ici, on fait en sorte de donner à voir quelque chose d’un film, il est dans le salon -ou le séjour – parce que c’est dans cette pièce-là que le drame se noue).

paterson-sur-le-canape

(quelques photographies sont copyrigth Mary Cybulski, réalisatrice américaine – et donc photographe – il n’y a jamais très loin non plus, comme on voit, de l’image fixe à l’animée). Laura est sans doute plus la maîtresse du chien que ne l’est Paterson (ici à l’image): lui est conducteur d’autobus

paterson

dans cette vile qui s’appelle Paterson comme lui (ou l’inverse). C’est une histoire qui a lieu sur sept jours.

Comme la genèse, hein.

(Je suis allé voir un peu ce Paterson, j’ai trouvé ceci

autobus-depot-paterson-nj

on dira qu’il s’agit du dépôt de bus dans la réalité (quelle est-elle ? je ne sais pas), en regardant un peu j’ai aussi trouvé cela

chutes-paterson

il s’agit des chutes d’eau qu’on trouve dans le parc historique de la ville – évidemment, je me suis renseigné pour savoir où Jim Jarmusch avait vu le jour -imagine-toi qu’il est de la même année que moi – et c’est dans une ville nommée Cuyoaga falls, chutes d’eau comme ici, les voilà

cuyaoga-falls

ce me serait assez égal, mais il se trouve que cette ville (style 50 000 habitants) se trouve dans la banlieue d’une autre, Akron, laquelle est en relation directe avec l’équipementier pneumatiques Goodyear, là où j’ai commencé à travailler à seize piges, ce qui resserre encore l’amitié que j’éprouve pour ce Djidji-là).

Je ferme la parenthèse.

Le type conduit son bus et écrit des poèmes.

paterson

Sa femme, elle, est entichée de noir et blanc (elle est adorable, tout comme lui)

paterson-et-laura

tous les matins on les trouve tous les deux (en plongée – magnifique) allongés dans leur lit -dans les bleus et blancs, dis-moi, tous les jours il va bosser, écrit trois lignes, tous les soirs revient, replace la boîte aux lettres (déplacée par le chien – tant pis, c’est dit) dîne avec Laura, puis

paterson-et-marwin

sort le chien (Marvin, ici son portrait

nellie-alias-marwin

derrière la salière blanche, la poivrière noire, dans cette petite maison que j’ai cherchée sans la trouver mais je suis à peu près certain qu’elle se trouve à Paterson) (en fait il s’agit d’une chienne, Nellie, à qui le film est dédié) (Nellie dans la vraie vie, tu vois ce que je veux dire) , puis croise ici un rappeur

paterson_d12_0170

dans une laverie qui répète, il va boire une bière au bar, croise le patron, quelques connaissances, revient le plus souvent hors champ, en fin de semaine (pendant le week-end, si tu préfères), voilà que Laura vend des gâteaux qu’elle confectionne

paterson-et-laura-2

(même s’ils sont dans sa topique, on ne peut pas nier qu’ils soient magnifiques et c’est pourquoi) : elle les vend tous, gagne un paquet de dollars (286 si j’ai bonne mémoire) et invite son chéri à manger une pizza et au cinéma où ils vont voir une île du Docteur Moreau comme on n’en fait plus (Island of lost souls Ernest B. Shoedsack, 1932, version en noir et blanc évidemment) et ils rentrent à la maison (il m’a vaguement semblé que cette projection mettait en scène la jeune Laura, mais je ne suis pas complètement sûr).

Ca ne finit pas mal, ce ne sont que des mots (je ne dis rien, je ne veux pas dévoiler).  Il part se promener le lendemain

paterson_d09-0100

et sur ce banc rencontre un japonais (tout comme Ozu Yashihiro) qui lui fait un cadeau, devant les chutes de Paterson.

Ce sera tout.

Une merveille.

En dédicace spéciale (Noël, nouvel an, tout ça)  à Pierre Ménard, à Dominique Hasselmann, et à l’Employée aux écritures pour son commentaire (et par suite, à Brigitte Célérier).