Madeleine (1)

 

 

il y aura deux épisodes : les images fixes (ce billet-ci) et les images d’un film, projetées sur un des piliers de l’exposition, le projecteur visible, le public passant ou pas devant – mais le film m’a plu – l’exposition  présente les diverses étapes disons des voyages de la photographe – Madeleine de Sinéty

journaliste donc (dite Sinéty…) – ici un portrait d’elle par elle-même (un peu peintre aussi)

probablement des rencontres, des amours, des mariages – des images beaucoup – des enfants aussi – et puis les voyages (ici l’image de la petite quatre-chevaux de mon enfance)

(ou du moins, une semblable) le désert puis le froid d’Iran

ou d’ailleurs (on pense à L’usage du monde – on pense aux voyages, au grand tour, les cargos et les départs au long cours) (et moi à Y. et sa femme C. en route vers Karachi) – mais une première étape peut-être d’abord, du moins chronologiquement m’a-t-il semblé ici

(éditions Rue des Scribes à Guingamp) qui donne lieu au film de la deuxième partie – qui en est une émanation, un objet autre que d’illusion : ici un photogramme

cheminot – l’embarquement plus ou moins secret – et des images encore, (comme celle-ci

qui découvre donc l’écran en pilier) suivra le voyage aux états-unis (mais qui ressemble plus à un marchand ambulant qu’un autre marchand ambulant ?)

et des fleurs (c’est plus à Paris)

et des fleurs (plus le quai aux Fleurs, à Paris – mais ça ne fait rien)

et cette image-ci (comme la 4 chevaux tout à l’heure, quelque chose de bizarrement proche)

un gros quartier de viande dans le coffre d’une (grosse) voiture, un papier kraft, un homme enchapeauté imperméable beige : quelque chose… et puis la campagne sans doute aussi

une foire aux chevaux, sans doute – quelques explications

de l’humanité, beaucoup (et donc, s’il se peut qu’on y croie encore, de l’empathie) (quelque chose de daté peut-être, de la deuxième moitié d’un siècle…) – et ceci aussi, qui nous ramènerait en France

de la simplicité, de la spontanéité, de la vérité – revenir plus tôt dans la chronologie, plus vers le Montparnasse-Monde d’alors

et vers ces images de campagne, rurales, un autre monde, quelque chose d’autre que l’urbain côtoyé chaque jour sans doute : un dépaysement (ou alors un conte…) (j’ai pensé à Jeanne Favret-Saada et à son magique Les mots la mort les sorts

et pour finir, ce cahier qui téléscope des recherches menées depuis bien des années (tu sais, non mais le monde continuait de tourner comme toujours disons, entre mars et mai 1978…)

 

 

 

une exposition au musée du jeu de Paume (Paris, place de la Concorde, jardin des tuileries)

 

 

La technique me dépasse et me barbe aussi (l’un entraînant sans doute l’autre) mais l’agencement de cette maison a quelque chose qui me contraint mais me dépasse aussi – le sentiment du n’importe quoi du moment qu’on y (que j’y) pose quelque chose (l’amie de tentatives a plus de constance dans les idées, il me semble) (elle vient d’emménager  dans la salle de visionnage) (je pourrais y coller le billet mais ici ce sont images fixes – ça ne change pas grand chose, je sais bien) – afin de faire avancer le bidule* (je me souviens de guy lux – voilà bien une référence  intellectuelle quoi que télévisuelle – à méditer – philosophique – et de cette blonde, là, qui présentait l’avant journal de la mi-journée comme c’est dit – danièle gilbert qui nous a quitté.es il n’y a pas si longtemps crois-je me souvenir (mais non, 83 aux pelotes dixit l’oracle : c’en était une autre, je me souviens de son sourire, faire-valoir comme Léon Zitrone mais point sur la même image, ni sur le même plan – Simone Garnier (je l’aurais bien vu en Françoise cependant) elle aussi toujours parmi nous – de même source)) – j’ai conservé cet esprit, cette espèce de conception midinette (ou peuple) du monde : c’est égal, je m’en irai avec – je pose des images que je tire de journaux (la série dispersion) ou des lieux que je fréquente (j’avais conçu un journal d’atelier tout à fait sensible à ce sujet – l’actualité ou du moins la mienne – il est quelque part j’ai cessé à un moment (il se trouve toujours des princes desquels je me fais le bouffon – le clown – l’idiot – je ne le sais pas mais m’y trouve cantonné, à un moment – bernard l’hermite ou quelque chose de ce style : c’est égal je continue (de cette avancée, je ne connais ni l’usage ni la teneur, je continue simplement) (je n’ai pas rancune, seulement de la mémoire et encore s’effrite-t-elle)
* : quel bidule ? une façon d’exercer, probablement (mais qui peut savoir ?) ce titre de film en forme de proverbe ou de viatique
S’en fout la mort j’ai l’impression et l’attrait des images (jouir de la pulsion scopique)
j’y retourne immédiatement

 

 

 

L’océan et la Tour

 

 

 

 

 

On dira peut-être qu’il s’agit toujours de la même vieille histoire (always the same old story) puisqu’une jeune fille épouse contre son gré un homme riche mais qu’elle en aime un pauvre. La jeune fille (Mama Sané tient le rôle d’Ada)

et le jeune homme pauvre ( Souleiman, interprété par Ibrahim Traore)

Cependant (outre qu’on se demande qui peut bien être ce « on » qui ouvre ce billet, sinon un gardien de quelque originalité triviale), il y a plus qu’une histoire d’amour dans ce film (primé à Cannes cette année, avec le Grand prix – tourné avec des acteurs non professionnels (mais qui le sont devenus, de fait) – doté d’une grande force et d’un grand courage quand même).

Il s’agit de donner une forme à un moment de la vie du pays et, particulièrement de sa jeunesse.

Une tour pyramidale et noire qui symbolise le devenir d’une certaine Afrique (et qui ne verra jamais le jour…) et d’un certain pays.

C’est cette tour le véritable fantôme du film – même si elle ne compte que peu dans la narration. C’est par elle que les jeunes hommes se révoltent

et qu’ils s’en vont (vers l’Europe) : leur voyage se solde par leur mort. Alors les filles se retrouvent seules

Sans qu’on sache très bien dans quelle circonstances, la nuit, les filles se lèvent et marchent.

Il y a quelque chose de merveilleux dans cette nuit – mais quelque chose de la terreur aussi, ou de la mort qui revient hanter les vivants. Il y aura un grand vent

Puis lors du mariage d’Ada (c’est elle sous le voile noir)

un feu prend dans la maison des nouveaux épousés sans qu’on puisse savoir pourquoi. Plus tard, un autre feu détruira la maison du promoteur de la tour. Un jeune commissaire sera nommé pour résoudre l’affaire (Issa, interprété par Amadou Mbow)

mais lui aussi sera pris

Une espèce de sort s’est emparé des êtres et des rêves

et c’est aussi pour qu’il existe que vient ce billet (*).

Mais surtout, toujours proche, toujours présent

l’océan qui donne son titre au film mais qui a pris la vie des êtres aimés.

S’il manque peut-être une dimension magique à l’image, le film tient bon et nous emmène avec charme et grâce vers un dénouement fin et élégant (on pense à Cocteau et son Orphée, les miroirs ici aussi mentent, les ombres portées et les musiques suggèrent, les acteurs – notamment les seconds rôles – nous emportent). Une réussite très prometteuse (il s’agit du premier long métrage de Mati Diop).

 

Atlantique, un film de Mati Diop

 

(*) il faut lire à ce propos le magnifique ouvrage de Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts.