L’Arche

 

on commence comment ? je vais peut-être aller chercher une image de l’auteure – c’est Laurence Cossé, en entrée de billet, interrogée chez Mollat – ou alors je ne sais pas – c’est qu’on est dans une situation difficile – vingt cinquième/sixième samedi, malgré les blessures, les morts même, les gens estropiés, énucléés, meurtris par une police qui semble autonome et livrée à elle-même – elle fait ce qu’elle veut, ainsi que d’autres durant la dernière guerre, les policiers sont sans aucun doute drogués, le pouvoir ment tant et plus – c’est difficile – je me dis souviens-toi pinochet, le bouton de nacre et les rails qu’ils accrochaient aux morts pour les faire disparaître dans le Pacifique – non, je lis, je travaille, j’ai peur et je tente de me terrer… Parfois c’est la honte qui me prend, c’est que je tiens à ma vie – tant que ça ? la liberté ou la mort, disaient-ils il y a deux cent trente ans – il faut bien écrire et lire, il (me) le faut bien – cette histoire-là, comme on dit, c’est une histoire vraie (il n’y a pas que du cinéma dans la maison) . L’homme dont il est question est mort de maladie, quelque chose d’assez fulgurant semble-t-il – mais comment saurait-on la date du départ de sa maladie ? 

Il s’agit d’un architecte danois nommé JOS – Johan Otto von Spreckelsen (1927-1987) – on l’appelle Spreck si on veut – il a gagné le concours international d’architecture (lancé par Mitterrand qui voulait faire de grands gestes – 424 réponses, un seul gagnant) pour construire ce qui ne s’appelait pas encore « La Grande Arche de la Défense » – comme de nos jours. C’est une affaire terrible, mais je préfère ne poser que des images de ce qui s’est passé, des gens, peut-être – et de la fin de l’histoire – trente ans plus tard… Beaucoup sont morts, on n’y voit pas beaucoup de femmes, c’est l’architecture qui veut sans doute ça.

Par exemple, voyons ici Jean-Claude Subileau (né en 1943 – 43 ans sur l’image à peu près) (urbaniste, il bosse toujours (sans doute moins) semble-t-il, dans son agence)

(image tirée d’un film de l’ina, du temps où l’arche se construisait – 86 ou 87) (on reconnaît les lunettes à grands carreaux, ainsi que ceux de Chirac qui a pris la place du Fabius à Matignon) (SEM société d’économie mixte – soit privée et publique  alias PPP – partenariat public privé – organisme chargé de finir de mettre au point et de construire l’arche). Un autre exemple, Paul Andreu (1938-2018), le bras droit français de Spreck (c’est grâce à lui si l’arche se terminera)

c’est cette idée-là, de montrer des portraits qui fait son chemin – en faire des témoins – il y a eu aussi Robert Lion (qui dirigeait la banque laquelle finançait quand même, au début avec l’appui de l’Etat, ensuite sans…)

c’est cette idée-là, je ne vais pas raconter le livre (qu’il faudrait lire) (peut-être) (c’est difficile ces histoires de billets, un peu pour faire vivre cette maison, serait-elle témoin – un peu pour dire ce qui se passe dans l’intérieur de ma mémoire – ici la faute à une émission de radio) (il faudrait aussi l’écouter) on met des images, on a mal au ventre des cynismes dont a fait preuve le pouvoir – on ne va pas mettre d’image de tonton (1916-1996) (peut-être celle-là quand même

où on le voit à peine mais sa chemise porte ses initiales (est-ce d’un autre temps ? d’autres moeurs ? on voyait il y a peu l’autre minuscule avec ses boutons de manchettes qu’il commence à cacher – on voyait il y a un peu plus de deux ans le champion d’un autre groupe confondu par ses costumes) (on en parlait ici – images à l’appui) (il faut cesser de se poser des questions parfois peut-être).
C’est une erreur : on en mettra une autre du monarque socialiste (comme il disait). Dans le même film on découvre ces travaux-là

d’un peu loin, approchons

on en finira dans les temps (Spreck aura été emporté par un cancer, après avoir jeté son contrat aux orties – enfin une partie seulement – en 1986 – sa femme, ses trois enfants – déjà âgés alors – laissés à la solitude du royaume du Danemark) de nos jours, vue de Nanterre

rendre compte, mais de quoi ? de l’inanité de la parole humaine, peut-être – je ne sais pas bien, il est à peu près certain cependant que l’architecte

qui sourit ici est mort de chagrin – ou de dépit, emporté par ses idées franches et loyales, tombées dans cette cohabitation à la française comme on dit – à trente ans d’ici, inauguration en grandes pompes en juillet 1989 – tonton de retour – deux cents ans plus tard, tu sais bien – cet immense bâtiment

vu d’ici, c’est magnifique, il semble – le truc en forme de voile, peut-être pas tant que ça

il faut que j’en termine, des idées de lutte et de volonté de nuire – qu’en a-t-il de plus aujourd’hui, cet homme, après deux mandatures à la tête de l’État ? – ces turpitudes immondes – sur les images il fait beau, et les gens sourient, souvent –

(ici, les travaux de rénovation sur le pan nord) celui qui restait droit dans ses bottes, cette époque-là des attentas de la rue de Rennes, et autres – un peu plus de trente ans – ça avait l’air d’une espèce de rigolade, cette cohabitation – peut-être simplement ne la voyait-on que de notre fenêtre –

cet axe dit historique – cette défense (à cette place se tenait une statue un peu du genre de celle qu’on voit place de Clichy, de nos jours) – zoom arrière

on omet de parler du repris de justice qui faisait pluie, beau temps grêle et gel alors sur ce parvis – mettons une image quand même, ne le citons pas (on s’en voudrait de manquer un aussi beau cliché d’un aussi beau couple dans une aussi belle position)

(hein, qu’est-ce t’en penses ?) – que de célébrités – on s’est encore écharpé pour les travaux de rénovation (le marbre qui venait de Carrare n’était pas de la meilleure qualité, ou non traité ou sans égard enfin, des millions de types en costumes cravates passent repassent vont vaquent viennent dans ces parages – cette espèce de zone industrieuse à l’ouest (qui n’a, de ce fait, que ce qu’il mérite) de cette capitale – ville lumière, my foot – banlieue, métro – grand Paris de nos jours, milliards d’euros et crocs qui rayent les planchers…

Terrible…

Au fond,tout au fond – une pensée pour Spreck, allez

Une dernière (qu’on a piquée à la radio) où on voit la différence magnifiquement captée des attitudes de l’illustre tonton sphinx (ce qu’on peut lui en vouloir à celui-là), l’architecte heureux, le sinistre de la culture de l’époque qui pense à sa bastille sans doute – terrible…

 

 

La Grande Arche, un livre de Laurence Cossé

 

 

2 réflexions au sujet de « L’Arche »

  1. MERCI
    je vais écouter bien sûr… (j’étais passée à côté)
    et peut-être le livre… mais là ils s’accumulent et il faudrait que je sorte vraiment de mon petit marasme
    et bien sûr une pensée (ou plus) pour Spreck

  2. moi aussi MERCI
    je vais écouter l’émission
    (et puis je suis d’accord pour tout, sur tout)

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