Un passage (#4 résister)

 

 

 

alors ici, comment ça se passe ?

Où est l’agent ?

Il suffirait de poser sur la (fausse) platine (en carton) du salon un disque de Patti Smith (tu te souviens, « Horses » par exemple) et de pousser le volume de l’ampli (pareil) à fond, afin de montrer au monde qu’on existe (ce serait tellement inutile) (et l’utilité l’est tellement elle aussi) (on n’en sortirait pas si on allait ce chemin) (il y a dans le jardin un certain nombre d’arbres fruitiers (ceux-là sont vrai, ou plus ou moins, ou alors c’est moi qui délire (ou si préfères, « Because the night », c’est comme tu aimes) (moi les chansons, tu sais…) ici, c’est un peu comme qui dirait le réseau, on est là, on y vient on s’en va – on y passe quelquefois, il y a à la porte du jardinet de devant quelqu’un qui attend pour visiter – dans le garage, il y a toujours dans un coin éloigné, un cric oublié là par Voumvava Voum – on ne sait jamais (cette chanson faisait « on ne sait jamais comment l’amour vient aux amants/comment il fait comme il s’y prend ») ou alors Matthieu Chédid (sa grand-mère) (et son père aussi bien) enfin la famille – qu’est-ce que c’est qu’une maison ? un lieu pour que vive la famille et la petite voiture dans le garage, à côté de la grosse – l’accès direct à la cuisine, c’est pratique pour entrer les courses – on a mis un congélateur dans le garage ou quoi ? –

Vous la faites aussi de plain pied ?…
Non mais c’est aussi pour les vieux jours, vous comprenez, c’est moins facile avec un étage…

Un jour, il faudrait ranger un peu cette fausse vidéothèque (il y a Burt, nu dans sa baignoire dans la salle de bain et son « mon père, ne faites pas l’idiot… Le peignoir !!! ») des héros un peu partout, des femmes fatales, des destinées communes (pas si sûr qu’il y ait là Louise et Thelma ? Si ? Ah l’oubli…) – il y avait cette éventualité aussi, alors on a construit un lexique, on a élaboré un index – en pure perte – non mais il faut attendre, il faut savoir, il ne faut pas exagérer (« Out on the week-end », l’harmonica, oui)…

Non, l’agent n’est pas là, il ne reviendra pas avant quelques semaines, dans l’état des choses, vous comprendrez quand même qu’il y ait des choses plus essentielles – encore qu’une maison le soit, parfaitement, forcément une famille, la nation et la patrie (non, nous ne faisons pas de politique, non, nous faisons juste le job, comme vous n’êtes pas sans le savoir), la culture (celle des pensées dans les bacs), les loisirs et le barbecue – la joie des enfants et le plaisir de vivre – respirer un air qui le soit, pur – au ciel glisse un aéronef…

Je passe parfois par le lotissement, mais je ne m’y arrête plus, disait l’agent au téléphone (il était au volant de sa petite voiture de société, mauve tirant au taupe, il parlait à la secrétaire) – non je rentre chez moi (il raccrocha) (à bientôt oui) – dans le jardin il y a un parasol et deux chaises façon fauteuil en plastique mauve battant, courant au rouge, la fenêtre de la chambre du haut est fermée de persiennes – on dit stores – automatiques – toujours fermée, close, obturée – je n’ai pas exactement vérifié mais je crois que ça fait quelques années qu’elle a été vendue à ce couple, avec deux enfants 5 et 7, le choix du roi comme on dit, l’aînée était fille cependant – il y a un ordre dans ce monarchique choix ? je ne sais pas, je ne sais pas d’où me vient cette expression toute faite – un proverbe, un lieu commun – d’autres maisons à vendre, il y a d’autres familles solvables, d’autres contrats à signer, d’autres échéances à tenir, aller travailler, faire des courses, à manger et le ménage, s’offrir les services d’une bonne à domicile – les millions de maisons de par le monde – les millions de lotissements pour des millions et des millions de personnes et les millions et les millions de la même espèce qui vivent en bidonville, sans eau, à Lagos, à Rio, aux portes de Paris et aux confins de la Syrie… – non, je t’assure, je ne m’arrête plus

Une réflexion sur « Un passage (#4 résister) »

  1. et les solitudes des gens dans leurs maisons et celles encore plus grande de ceux que longent dans les rues les solitaires des maisons

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