des palmes

 

 

 

de temps à autre, un peu d’histoire ne nuit pas – par exemple en 1955, il n’y avait pas encore de palme à Cannes sur la croisette au palais etc. (on parle de cinéma – pour les palmiers, je ne sais pas – il y en avait sûrement) mais on distinguait quand même certains films (grand prix comme en formule un, tu vois le topo ?) et cette année-là fut couronné « Marty » de Delbert Mann (étazunien, tu les connais ? ben non…) – il paraît que Ernest Borgnine et Betsy Blair (les deux premier rôles – l’homme d’abord, évidemment) ont obtenu des oscars pour leurs prestations – on a oublié mais s’il passe un jour on ira (il faudrait s’en souvenir…) – tout ça pour dire que parfois, les palmes vont mieux aux canards (on a dû la faire une centaine de fois celle-là) ou aux académiciens (on en reparle) (elle n’est pourtant pas si drôle) attends que je regarde le jury : président : Marcel Pagnol… (voilà) (attends que je regarde : il y avait quand même une femme au jury, Isa Miranda – Scipion l’Africain (Carmine Gallone, 1937) et La Ronde (Max Ophüls, 1950)… –  (prix d’interprétation féminine Cannes 49 – dans Au-delà des grilles (René Clément, 1948) avec la réplique pour Jean Gabin

 – on n’en finirait pas mais ce qu’il est bien, le Montcorget, sur la photo (back from Hollywood, traversée du désert etc etc. : le métier d’acteur…) – jte parle même pas d’elle tellement elle est mignonne) (un univers est constitué d’un certain nombre de personnages : c’est toute la structure de cet univers qui se dévoile quand on commence à les connaître – par exemple il n’est pas douteux que les directeurs (et trices) des autorités administratives indépendantes soient des personnages connus de ceux qui les nomment (soit le gouvernement etc.) – je lisais (mais je m’égare) une somme sur les avocats d’affaire et les diverses concussions qu’ils peuvent réaliser avec d’autres hauts personnages (ils sont huit mille en France quand même – ils tournent, se trouvent ici ou là puis repartent ailleurs – cotisent pour leur retraite – disposent de salaires afférents comme de voitures de fonction appartements etc.) (je m’égare, mais j’aime les institutions) (c’est la même chose dans le cinéma : il faut connaître les gens) il y avait au jury cette année-là Marcel Achard (académicien) aussi (président du jury 58 et 59) – on n’en finirait pas – tout ça pour dire que les films comme les personnages passent – cette année (on parle de ça sans digresser) par exemple on a décerné l’or en palme à un film intitulé « Parasite » (président Alejandro Gonzales Inaritu (je ne dispose pas des diverses tildes et autres accents inversés, mes excuses), quatre femmes au jury – elles sont aussi sous le lien – on pourrait les nommer, mais je m’égare à nouveau – de femme présidente du jury, il en fut dix – Olivia de Havilland, Sophia Loren, Michèle Morgan, Françoise Sagan, Jeanne Moreau (par deux fois), Isabelle Adjani, Isabelle Huppert, Jane Campion et Cate Blanchett – pour mémoire, nous sommes à la soixante douzième édition de cette aimable réunion – une fois sur sept : enlève au cinéma les rôles féminins (il ne s’agit pas de parité) et tu pleures de rage…) à Parasite donc : du gros qui tache – mais un billet pour ce film je ne voudrais pas en commettre – bien que les diverses lacunes du scénario, sa perversion peut-être même, en disent long sur le monde dans lequel nous tentons de survivre – il y avait eu aussi ce Square du même tonneau (Ruben Östlund, 2017) (président Pedro Almodovar) m’a-t-il semblé (le tonneau intitulé du gros qui tache) – lourd, indigeste (ça ne se mange pas), frelaté, malsain : en un mot ça se veut réaliste sur ce qui nous occupe – et d’ailleurs qu’est-ce qui nous occupe ? le texte, les images, la littérature et le cinéma, la poésie ? Je n’en dit de ce film, en effet, rien, je mets une photo quand même, allez ne soyons pas chien (on joue à l’eau…

il y a deux familles et deux maisons – ces dernières sont les personnages principaux du film – pas à dire, c’est bien fait mais à qui donner le prix d’interprétation ? – les deux familles sont composées de la même manière, maman papa deux mômes fille et garçon – les uns plus âgés et plus riches que les autres) mais cependant, dans les grandes largeurs, on nous intime de ne pas divulguer quelque chose de la fin du film (on dit « spoiler » de nos jours, quelque chose d’extrêmement contemporain – à réfléchir – mais à gerber – et comme des abrutis, les journaleux ou autres animateurs socio-culturels se sont jetés sur « divulgacher » ignoble saleté reconnue dans le dico – passons), le réalisateur lui-même s’y met (ce qui montre qu’il s’agit d’une espèce de produit – laisse, c’est du cinéma) : dans le dossier de presse il nous enjoint à ne pas commettre l’irréparable – si nous ne le faisons pas, il considérera cet acte qui n’en est pas un comme une offrande – de là à penser que la culture sépare les individus (je veux dire moi et lui) comme elle les relie, il n’y a qu’un pas (le film est raconté en long large travers lourd simple ou léger dans la notice wiki – ah ces encyclopédistes n’ont aucune retenue) (je me garde cependant, pour conserver mon offrande, de poser un lien sous ce wiki plus ou moins maudit, donc).

Je (ne) sais (pas) bien ce qui m’occupe à présent (je ne veux pas parler des films que je n’aime pas, je ne veux pas argumenter, je ne veux pas convaincre – je préfère estimer ceux que j’aime), je n’ai pas les idées claires – je voulais illustrer quelque chose comme cette monotonie de l’ignoble, probablement (par exemple en Italie le maire de cette ville, Domenico Lucano, qui accueillait des malheureux dans son village de Calabre (Riace)

Domenico «Mimmo» Lucano à la sortie du Tribunal de Locri, mardi.

déchu de ses droits et mandats et peut-être emprisonné, ou la capitaine du bateau Pia Klemp laquelle sauve des malheureux naufragés en Méditerranée  

capture-piaklemp

– je retiens ce matin de lundi, les pêcheurs de Lampedusa qui s’honorent à recueillir des malheureux malgré les injonctions ignobles de l’État et son immonde représentant en la personne de son ministre de l’intérieur Salvini, qui s’honorent donc – ici les yeux et les mains arrachées (rien de plus normal pour notre représentant de l’État Nunes (il lui manque un tilde aussi à lui), du même acabit que l’autre de l’abjecte ligue du Nord), ce qui nous occupe ? comme la peur de perdre son travail, celle de ne pas parvenir à en trouver, celle de sortir de chez soi, de perdre son chez-soi – la peur ? cette peur… – le prix de la vie, de la profession, c’est ainsi : un prix, une décoration, une reconnaissance, des projets, des réalisations, des rencontres et des détestations. 

 

Colocation

Je dispose d’un film annonce, plus la vision du film en avant première dans un cinéma municipal rénové de fraîche date – enfin, là, ça commence à faire quelques années maintenant je suppose (en réalité, en fait, finalement voilà quatre ans) – situé dans un quartier – Barbès – où il semble que les choses changent, la Goutte d’Or, il y a ce cinéma puis le bar pour jeunes gens friqués qui a ouvert là où un magasin de tissus bon marché a brûlé, il y a en face Tati mais cette enseigne est, comme on sait, assez menacée, il y a à trois pas le Sacré-Coeur (il s’agit d’une basilique catholique et romaine, il me semble mais s’y adjoint quand même cette réminiscence abjecte de ce wtf monsieur thiers) et ses milliers de touristes quotidiens, alors la programmation du cinéma est ce qu’elle est, cosmopolite et très changeante : tant mieux, c’est ce cinéma-là qu’on aime, et le cinéma est à Paris et à Paris -normalement – ville du cinéma s’il en est- les choses changent et se mixent. Evidemment les phénomènes d’embourgeoisement pèsent, notamment quand la municipalité est ce qu’elle est – c’est-à-dire préoccupée par le rang que la ville doit tenir, vis-à-vis de Londres, Dubaï ou Kuala-Lumpur : en un mot bourgeoise, communicante et moderne (ça en fait trois) (bocomo) (on doit ajouter riche) (pfff). Un film annonce, et une invitation gagnée sur internet, dans un cinéma situé dans un quartier où les choses changent. J’y fus donc, à cette séance de vendredi soir c’était le 31 mars. Ici donc une retransmission (peut-être) partiale (sûrement) de sentiments devant ce film, il y avait du monde, on a ri on a pleuré, comme au cinéma. Le producteur n’était pas là, quoi que annoncé il me semble, mais on s’en fout un peu (je veux dire c’est dommage mais c’est fait). Huit heures du soir.

 

Dans la maison(s)témoin on est en colocation. Entre ici, disait l’autre, tu te souviens, donc entrez ici : trois femmes formidables. (J’ai mon panthéon personnel, et j’ai pensé à Gena Rowlands – dans « Opening night » (1977), un petit peu, mais surtout « Une femme sous influence » (1974) cette merveille (les deux, John Cassavetes,), à Ava Gardner (« La comtesse aux pieds nus« , Jo Mankiewicz, 1954), à Sophia Loren dans « Une journée particulière » (Ettore Scola, 1977) tu vois).

Trois femmes en colocation, l’une Selma (Sana Jammelieh)

la deuxième, Layla (Mouna Hawa)

la troisième Noor (Shaden Kanboura)

Il faudrait que vous alliez voir ce film pour en connaître l’histoire, mais ici, dans l’antre des goules, des monstres et des fantômes, je voudrais expliciter ce qui est diffusé comme une prévention (on trouve ces mots un peu partout dans les diverses communication à propos de ce film – c’est une merveille, vous ne devriez pas le manquer – mais vous ferez ce que vous voudrez) : ça dit « Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ».

Je pense que cela est posé en référence au viol que subit, de la part de son fiancé, Noor, cet homme-là (à ce niveau, je ne sais pas si « homme » convient, voyez) (et malheureusement, si)Wissam dans le film, à qui on présente Selma et qui refuse de lui serrer la mainau prétexte sans doute que c’est une femme. Cette attitude-là n’augure que mépris (c’est l’illustration de la réponse à la question: « qu’est-ce que c’est qu’un salaud ? »), et à ce titre m’a profondément bouleversé. Après cet acte abject, sa fiancée, Noor donc, violée donc, dans une scène magnifiqueira plonger dans l’eau

et là, je me suis dit – peut-être tout haut, je crois – « la malheureuse » parce que je pensais qu’alors, elle voulait se supprimer (et peut-être le personnage, à ce moment-là, a-t-il cette pensée : en finir) et le suspens se clôt

: non, se battre !

Trois femmes et trois destins liés, pour Layla (on -enfin moi – ne peut pas ne pas penser à cette chanson d’Eric Clapton), les amours sont sérieuses ( d’ailleurs, pour ces trois femmes, les amours sont sérieuses – pour les hommes, ah bah…), elle mène sa vie, aide les autres, refuse d’être maltraitée, une grande intégrité ou probité peut-être qui fait dire à son compagnon qu’elle quitteraNon, seulement elle croit en la liberté et se bat pour : formidable…il faudra qu’il sorte de l’auto – et de la vie de Layla, tout autant.

Selma refuse elle aussi de se plier aux ordres de parler hébreu par exemple dans un restaurant où elle fait la plonge : elle rend son tablier. S’en va, trouve une autre place, serveuse, là rencontre un amourje n’ai que le film annonce, je choisis dans cette minute trente, des images qui veulent montrer la tendresse, la vraie vie qui anime ce film, qui évoque des sentiments si doux (l’amour, y a-t-il ici plus beau ?) et d’autres si horribles (être pieux vaut-il cette sauvagerie ?) et qui pose, entre autres, des questions comme le « qu’en dira-t-on » est-il plus important que notre vérité, notre liberté ?

Il s’agit d’un premier film donc, d’une jeune palestinienne, Maysaloun Hamoud, dont les études de cinéma se sont déroulées à Tel-Aviv où elle était en colocation, dit la chronique. Eh bien, pour un premier film, on n’a qu’un mot : bravo.